C'était une très mauvaise idée.

Tony aurait dû y renoncer à la seconde où elle lui était venue à l'esprit, mais il avait toujours manqué du plus élémentaire bon sens. En fait, ce qui allait arriver était entièrement sa faute.

Août était arrivé, traînant une méchante vague de chaleur derrière lui et, pendant deux semaines, la climatisation de Loki était tombée en panne. Ils devaient remplacer l'unité de conditionnement d'air, et cela prendrait facilement une semaine et demie. Alors qu'il faisait plus de 32°, avec presque 100% d'humidité, tout le temps. Pire encore, la résidence de Loki n'avait pas de piscine.

Comment Tony était-il censé passer deux semaines dans cette chaleur sans même une piscine pour se rafraîchir ?

Appelez-le chochotte si vous voulez, mais il avait grandi en Californie, pas dans ce foutu désert du Sahara. Il était habitué à des étés doux, des hivers plus doux encore et à la climatisation dès que le mercure grimpait un peu trop. Même son ranch au milieu de nulle part avait la clim. Bien sûr, son ranch au milieu de nulle part avait presque tout ce qu'on pouvait désirer. Air conditionné, ok. Piscine, ok. Et à l'intérieur en plus, pour ne pas avoir à nettoyer les feuilles et le reste.

Il avait pensé à avoir des chevaux, mais cela exigeait beaucoup d'efforts, ou d'avoir à embaucher quelqu'un qui vivrait en permanence sur le ranch, et c'était inconcevable. Personne n'allait et venait chez lui sans contrôle strict de Tony. Il n'aimait pas avoir des gens sur sa propriété.

Alors pourquoi avait-il invité Loki pour un long week-end ?

Oh oui, la chaleur.

Tony jeta les dernières mauvaises herbes dans le sac de compost à sa gauche, avant de s'asseoir sur ses talons et de s'étirer. Il tassa la terre à l'endroit où il avait arraché les mauvaises herbes et contempla son œuvre. C'était parfait. Le mûrier près des arbres avait meilleure apparence, et les mauvaises herbes avait disparu. Il savait qu'il aurait pu utiliser un désherbant, mais il préférait éviter. Cela risquait de tuer les choses qu'il voulait faire pousser.

Retirant son t-shirt poisseux, il s'en servit pour s'éventer. C'était une journée exceptionnellement chaude, même pour la région. Probablement pas le meilleur jour pour s'atteler à la tâche, mais ses choix étaient relativement limités. Il avait remis cela pendant deux semaines, en espérant que la chaleur baisserait. Cela n'avait pas été le cas. Et Loki venait ce soir-là, ce jeudi, et resterait jusqu'au lundi. Il avait même pris sa journée pour rester plus longtemps.

Tony jardinait donc ce jeudi après-midi. De cette façon, il pourrait passer tout le week-end avec son petit ami, sans avoir à penser aux tâches qui l'attendaient.

Tous les contrats qu'Obadiah lui avait envoyés avaient été lus, signés et renvoyés. Il avait lu le rapport trimestriel du conseil d'administration et parlé à son comptable. Tout se passait bien chez Stark Industries. Il avait vérifié le pH de la piscine. Il avait utilisé une sorte d'engrais organique naturel pour les mûres, qui avaient mauvaise allure du fait de la chaleur et de l'inhabituelle absence de pluie. Il ne lui restait plus que le désherbage, et maintenant c'était fait.

Il se releva, fit rouler ses épaules pour soulager la tension musculaire et se dirigea vers le sac de compost. C'était pénible de devoir le porter jusqu'à à la maison chaque fois qu'il jardinait. Peut-être devrait-il acheter une brouette.

Non, ce serait de la paresse. Ce n'était pas comme si un peu d'exercice lui ferait du mal.

Il avait juste assez de temps pour se doucher et se changer avant que Loki n'arrive. Cela ne se faisait pas d'inviter quelqu'un et de l'accueillir couvert de sueur et de crasse. Après avoir jeté le contenu du sac dans le bac de compost, il alla se préparer.

Il se doucha et se prépara aussi lentement que possible, mais il était plein d'une énergie fébrile. Personne n'était venu au ranch depuis Marianne, et il ne voulait pas penser à elle.

Après avoir passé la semaine à s'inquiéter de ce qu'il allait porter, il avait décidé de ne pas changer radicalement pour impressionner Loki. Ils s'étaient tous les deux vus nus, de quoi pourrait-il bien s'inquiéter ?

L'idée de voir Loki nu fit merveille pour dissiper son anxiété. Voir Loki nu rendait le week-end plus facile à appréhender.

Après s'être habillé, il descendit vérifier le dîner — il s'était finalement décidé pour un ragoût, car il n'avait aucune envie de rester aux fourneaux quand Loki serait là — qui mijotait dans la marmite. Il y avait aussi du pain frais et une bouteille de merlot et, si Tony connaissait Loki aussi bien qu'il le pensait, ce serait parfait pour se remettre d'une longue journée de travail, suivie par un long trajet au milieu de nulle part.

Le ranch de Tony était assez loin de la ville, et ça lui plaisait comme ça. Intimité, calme et tout l'espace dont il pouvait rêver. Il l'avait trouvé complètement par hasard, au détour d'une virée nocturne quelques années plus tôt. Tony était alors dans une passe difficile, et emménager au ranch lui avait fait le plus grand bien.

Il n'avait pas entendu la voiture de Loki, mais le système d'alarme lui dit que quelqu'un arrivait dans l'allée. Cela ne pouvait être que lui. Alors Tony se lança dans une dernière course folle entre la cuisine et le séjour, s'assurant que tout était en ordre. C'était stupide, vraiment, étant donné le nombre de fois où il avait déjà tout vérifié. Il réarrangeait un coussin sur le canapé pour ce qui devait être la quinzième fois quand la sonnette retentit.

Comme un adolescent à son premier rendez-vous, il bondit vers la porte. Il n'allait pas laisser Loki attendre devant la porte. Ses chaussettes dérapèrent sur le parquet glissant de l'entrée, et il se rattrapa de justesse à la porte. Bon, il avait peut-être bondi un peu trop fort.

Il ouvrit la porte, et... bon, Loki était là. Rien d'extraordinaire, d'accord, mais il ne put s'empêcher d'être à la fois terrifié et ravi par la présence de Loki chez lui. Loki était vraiment venu à lui, l'avait choisi. C'était une bonne chose.

Loki lui sourit.

« Tout va bien ? Tu as l'air essoufflé.

— Je vérifiais juste que tout était en ordre », répondit-il, réalisant qu'il était en effet un peu essoufflé. C'était certainement la présence de Loki qui en était la cause, plus que sa course, mais il s'abstint de le lui dire. Même dans sa tête, cela sonnait bizarre.

Loki eut l'air surpris.

« Tony, ne me dis pas que tu as tout nettoyé pour moi !

— Pourquoi pas ? demanda-t-il, tu en vaux bien la peine. »

Immédiatement, Loki s'inclina pour un petit baiser. C'était un bisou très chaste, mais il laissa Tony pantelant. « Je n'ai jamais nettoyé pour toi, tu sais. »

Tony sourit. « Tu es quelqu'un de naturellement ordonné. Tu ne voudrais pas voir à quoi cet endroit ressemble quand j'y suis seul. »

Il tendit la main pour prendre le sac de Loki et ignora ses vagues protestations pour se diriger vers sa chambre.

« Je sais que tu peux porter ton sac, dit-il en se tournant vers Loki après avoir ouvert la porte. Mais tu ne savais pas où était ma chambre. » Il se tut.

« Si... Si tu veux dormir dans ma —

— Tais-toi et pose mon sac sur le lit, Tony. »

Tony s'exécuta. En fait, cela lui causait toujours un petit frisson quand Loki disait des choses comme ça.

« Bon, c'est ma chambre, dit-il gauchement. C'est, ben, une chambre. Tu sais, je veux bien te faire visiter la maison, mais ce serait vraiment ennuyeux. Des chambres, une salle de bains, une cuisine, une salon, une salle à manger... Si tu veux faire le tour, tu peux. »

Loki se mit à rire. « Aucune chambre secrète où tu conserverais le corps de tes épouses décédées ? »

Tony tressaillit légèrement tout en clignant des yeux sous l'effet du choc et de l'épouvante. Une blague, se dit-il, essayant de reprendre ses esprits. C'était juste une blague.

Heureusement, Loki ne prêta pas attention à la réaction de Tony. Il lui avait tourné le dos et commencé à sortir ses affaires.

« La salle de bain est là ? », demanda-t-il en désignant la porte attenante.

— Oui, acquiesça Tony, sans doute trop vite. Tu peux y mettre tes affaires, et il y a de la place dans le placard à droite si tu veux suspendre quelque chose. Je vais aller voir où en est le dîner », fit-il avant de se diriger vers la cuisine.

Bravo, se réprimanda-t-il. Il fait juste une petite plaisanterie et toi, tu nous fais pratiquement une dépression nerveuse.

Il mélangea le ragoût. Ça, au moins, c'était réussi. Se tournant vers l'îlot central, il commença à fouiller dans les tiroirs. Chaque fois qu'il rangeait le tire-bouchon, il essayait bien de mémoriser l'endroit mais, chaque fois qu'il en avait besoin, il devait le chercher. Il le trouva dans le troisième tiroir et sortit la bouteille de vin du réfrigérateur. Il se doutait qu'il y avait quelque chose d'hérétique à servir un vin tout juste sorti du réfrigérateur, mais il ne connaissait pas bien le cérémonial du vin. Ou il s'en moquait. Il savait que Loki s'en fichait également, alors ce serait très bien.

Il s'affaira dans la cuisine, sortant des assiettes d'une armoire, des verres à vin d'une autre, et cherchant un couteau à pain. Il prenait des cuillères dans un tiroir quand Loki arriva, l'air stupéfait.

« Cet endroit est immense, souffla-t-il. Comment fais-tu pour ne pas te perdre ? »

Tony ne put retenir son son rire. « Je ne pense pas que ce soit si grand. Ou, si c'est le cas, il n'y a pas tant de pièces que ça. La maison familiale était l'une de ces demeures typiques de la Nouvelle-Angleterre, avec des pièces minuscules, des planchers bizarrement inclinés et des passages secrets. Je ne voulais pas de ce genre de maison, alors c'était parfait. »

Seigneur, il espérait que Loki ne verrait pas son argent comme un problème. C'était l'une des raisons qu'Eric avait invoquées pour le quitter.

Je ne veux pas me faire entretenir, Tony, avait-il dit en faisant ses valises. En plus, je suis parti de chez moi pour voir le monde et ta maison a beau être immense, ce n'est pas ce que je voulais.

Lorsque Tony avait proposé de l'emmener partout où il voudrait aller, il s'était contenté de rire tout en continuant de faire ses bagages. Son sourire lui manquait. Il avait ces adorables fossettes qui faisaient fondre Tony à chaque fois. Son rire, par contre, ne lui manquait pas.

« Tony ? », demanda la voix de Loki juste à côté de lui. Quand avait-il bougé ? « Tu vas bien bien ? Tu semblais à des années-lumière d'ici. »

Tony soupira.

« Oui, je pensais juste à un truc — Loki, mon argent ne te dérange pas, j'espère ? Je veux dire, tu n'as pas le sentiment que je veux t'acheter ou quelque chose comme ça, non ?

— Mais si, bien sûr, répondit Loki en levant les yeux au ciel. C'est pour cette raison que nous avons passé des mois à mon appartement, avec mon canapé tout défoncé et ma télé minuscule. J'ai vu la tienne, soit dit en passant. Je pense que les week-ends TV devraient désormais se dérouler chez toi.

— Et cela ne te dérange pas ? », demanda-t-il encore. Il savait que Loki avait pratiquement répondu, mais il éprouvait un besoin impérieux de l'entendre, d'entendre les mots sortir de la bouche de Loki.

Loki sembla comprendre, parce qu'il sourit. Ce sourire éclipsa tout ce que Tony avait pu connaître. « Non, cela ne me dérange pas que tu aies de l'argent, Tony. Je ne t'aime pas à cause ou malgré ton argent. L'argent est ce que tu as, pas ce que tu es. J'aime qui tu es, et je ressentirais la même chose si tu en avais davantage, ou pas du tout. »

Que pourrait-il vouloir de plus ?


Loki était pratiquement sûr d'être tombé amoureux de Tony au moment où il avait tenu la portière pour une vieille femme qu'il ne connaissait même pas, juste pour qu'elle se sente bien. Il était tombé amoureux de tout ce que Tony avait pu faire au cours de ces mois passés ensemble. Cela allait du fait qu'il lui préparait le petit déjeuner tous les week-ends, à la façon dont Loki se pelotonnait contre lui pour profiter de sa chaleur lors des soirées fraîches, sans oublier son incroyable prévenance au lit.

Le fait que Tony ne semblait pas se voir ainsi était déprimant. Pas étonnant qu'il se soit retrouvé en psychiatrie, et c'était une putain de bonne chose que cela soit arrivé avant que sa situation devienne désastreuse. Loki détestait imaginer son adorable Tony si déprimé qu'il veuille se tuer.

Le monde de Loki serait moins beau sans lui. Il avait juste à convaincre Tony que c'était la vérité.

Tandis que Loki réfléchissait à son désir de protéger son amant, Tony s'affairait dans la cuisine. Il avait préparé le dîner, semblait-il. Quelque chose avec du bœuf, étant donné la délicieuse odeur.

S'approchant doucement derrière Tony, occupé à remplir les assiettes d'un bon vieux ragoût de bœuf, Loki passa les bras autour du torse de Tony. « Comment puis-je avoir autant de chance, hum ? Non seulement mon adorable petit ami regarde la télévision avec moi tout le week-end, mais veille également à ce que je ne meure pas de faim. »

Tony gloussa. « Tu n'as pas encore goûté, tu ne sais pas...

— Tu n'as pas encore réussi à me décevoir sur ce terrain-là, lui susurra Loki à l'oreille. Et tu sais comment je suis dès qu'il s'agit de nourriture.

— Le cœur de l'homme passe par son estomac ? Vraiment ? fit Tony d'une voix faussement incrédule. Et moi qui pensais que, pour trouver le chemin jusqu'à ton cœur, je devais juste picoler suffisamment pour me retrouver à l'hôpital. »

Loki lui donna une petite tape sur la poitrine et lui mordilla l'oreille. « Tony, tu sais bien que je ne couche avec mes patients que s'ils ont de beaux yeux marron de jeune chiot. » Il passa doucement les mains sur le torse de Tony et le serra davantage contre lui. « Mais je commence à penser que le moyen infaillible de gagner mon cœur consiste à être Tony Stark. »

La peau de Tony rosit et se réchauffa sous les mains de Loki, et il laissa tomber la cuillère qu'il tenait.

« Tu me gâtes, tu sais ?

— Attends juste un peu, après le dîner, lui chuchota Loki à l'oreille, je te montrerai ce que c'est, de gâter quelqu'un. »

Bien sûr, le dîner fut parfait. Loki supposait que le fait de vivre seul au milieu de nulle part requérait des talents de cuisinier. C'était soit ça soit l'absence de papilles gustatives.

Ils ignorèrent la salle à manger et dînèrent dans l'immense séjour. La totalité de l'espace était pratiquement occupée par un large canapé d'angle et une télévision si grande que Loki s'inquiétait de sa stabilité. Il ne voulait pas que ça lui tombe dessus.

Tony s'assit dans un coin du canapé, les jambes sur un pouf qu'on aurait pu confondre avec une table basse, si ce n'était le fait qu'elle était recouverte du même tissu foncé que le canapé lui-même. Loki s'arrangea pour prendre autant de place que possible — comme d'habitude. Il posa tout de même les pieds sur les genoux de Tony, cherchant le contact. Cela avait beau être la maison de Tony, cela restait un endroit inconnu, ce qui le mettait légèrement mal à l'aise.

Tony sembla comprendre que avait Loki besoin de se sentir en confiance, et passa une série qu'ils avaient déjà vue.

Quelques blagues idiotes plus loin, Loki se souvint. « C'est la fille qui l'a tué. Tony Stark, as-tu choisi la série que nous regardions la première fois que nous avons fait l'amour ? »

Tony lui sourit. « Je me suis rappelé que cela semblait te faire plaisir la première fois. Et aussi, tout ce qui me permet d'arriver dans ton lit aura à vie une place particulière dans mon cœur. »

Loki attrapa un coussin quelque part derrière lui et le jeta à la tête de Tony.

« Nous aurions pu regarder les Teletubbies que j'aurais quand même couché avec toi ce jour-là. J'avais tout prévu, tu te rappelles ?

— Comme si je pouvais oublier, répondit Tony, posant son assiette sur le pouf et grimpant sur les jambes de Loki. Comme si tu n'étais déjà pas assez sexy sans projeter de me séduire. Tu veux réessayer ? Je promets d'être un cobaye docile. »

Loki gloussa — gloussa vraiment — et posa son assiette sur le sol. « Pourquoi ne pas me montrer à quel point tu peux être docile, et nous en parlerons. »


Loki se réveilla en sursaut, pas parce qu'il se sentait perdu ou mal à l'aise, mais parce qu'il sentait confusément qu'il n'était pas chez lui. Cela sentait le bois de cèdre et le gel nettoyant au citron. Ce n'était définitivement pas chez lui.

Sa tête était à moitié enfouie dans l'oreiller mais, même sans cela, il lui semblait quand même que la chambre était sombre. Deux autres parfums attirèrent son attention. Le premier était l'odeur de Tony sur les draps. Lotion après-rasage et gel douche à la noix de coco — ça, ça sentait comme chez lui. Mais il y avait quelque chose d'autre. Il y avait un léger effluve de...

Loki se redressa tout droit dans son lit. Du bacon. Il était chez Tony, et il y avait du bacon.

Sautant hors du lit, Loki se dirigea vers l'endroit où il avait laissé son sac la veille. Il en sortit une pile bien ordonnée de jeans et de t-shirts, avant d'estimer qu'il avait mieux à faire que s'habiller. Il se contenta de passer un t-shirt par-dessus son pantalon de pyjama. Comme il finissait de l'enfiler, un reflet doré sur la commode attira son attention.

Sur le coin droit du meuble, brillait un médaillon en or. Étrange. Ce n'était certainement pas à Tony. C'était beaucoup trop délicat pour Tony. En fait, Tony ne portait pratiquement jamais de bijoux. Alors pourquoi y avait-il quatre bijoux sur sa commode ?

Loki prit le médaillon, se demandant s'il avait appartenu à la mère de Tony. Il n'y avait aucune photo à l'intérieur.

À côté du médaillon, se trouvait un bracelet de coquillages, le genre que pourrait porter un surfeur dans une série télé. Il vit ensuite une bague en diamant sur une chaîne en or. Puis des perles. Loki supposa que c'était une sorte de chapelet — pour un bouddhiste, peut-être ? C'était étrange, la façon dont ils étaient soigneusement espacés sur la commode, comme s'ils n'avaient jamais bougé de là, et qu'ils avaient une certaine importance.

Étant donné le désintérêt de Tony pour les bijoux, c'était bizarre. Il se promit de lui poser la question plus tard.

Il avait des affaires beaucoup plus urgentes à traiter, cependant. Bacon.

Se mettant pratiquement à courir pour rejoindre Tony dans la cuisine, il fut surpris de son humeur. Il n'avait jamais réussi à bien dormir chez quelqu'un d'autre auparavant. Pas même quand il est allé rendre visite à son père dans sa nouvelle maison. Quelque chose chez Tony le détendait d'une manière impossible à définir.

Évidemment, Tony était dans la cuisine avec une poêle pleine d'œufs. Cela ressemblait à une sorte de frittata aux épinards et oignons caramélisés. Tony était sur le point d'y verser du fromage quand Loki entra, et il sourit. « Ma mère serait scandalisée, j'ai complètement dévoyé la recette de sa mère. Mais tout est meilleur avec du fromage. »

Pouffant, Loki hocha la tête.

« Ne crois pas que j'aie oublié la fois où tu m'as fait manger des macaroni au fromage avec des sandwichs au fromage grillé.

— Hé, c'était un super repas, protesta Tony. Un véritable chef-d'œuvre culinaire !

— Tu sais y faire avec un morceau de cheddar, je te l'accorde », opina gentiment Loki. Il était toujours gentil quand quelqu'un s'apprêtait à le nourrir.

— Le truc, c'est d'utiliser du gruyère. » Tony sortit assiettes et tasses des placards. « Hé, tu peux prendre les couverts ? Dans ce tiroir », dit-il en pointant le doigt vers la gauche.

Loki ouvrit quelques tiroirs avant de trouver le bon et sortit ce que Tony lui avait demandé.

« Alors, faisons-nous quelque chose de spécial aujourd'hui, ou allons-nous juste profiter de ton admirable climatisation ?

— Nous pourrions aller nager, suggéra Tony. Je me rappelle à quel point nous nous sommes lamentés sur ton absence de piscine.

— Je te rappelle que tu étais le seul à te lamenter, fit Loki. J'ai apporté un maillot. »

Cela sembla inexplicablement décevoir Tony. « Alors, pas de baignade tout nu ? » Il glissa la frittata sur un plat avant d'en disposer des parts sur des assiettes. Puis il garnit les assiettes avec du bacon, ce qui était encore mieux.

« Après avoir été gavé de bacon, tu sais que ferai presque tout ce que tu voudras, » plaisanta Loki. Se baigner nu ne lui faisait pas peur. D'ailleurs, Loki ne pouvait imaginer que Tony suggère de faire quelque chose qui ne lui plairait pas. Il se contenterait parfaitement de se pelotonner contre Tony dans sa bibliothèque (il avait une bibliothèque ! ) et de lire toute la journée.

Tony posa son assiette devant lui.

« Alors, à quoi ce bacon et la presque-recette-de-frittata-de-ma-grand-mère me donnent droit ?

— Tu vas devoir attendre pour le savoir. » Loki lui adressa un regard faussement effarouché qui disait assez qu'il serait plus qu'heureux de poursuivre dans cette voie.

« Et si j'ajoute du café ? fit Tony en prenant une tasse et en l'agitant suggestivement devant Loki.

— Eh bien, dans ce cas, je suis à toi pour toujours, » répondit Loki en attrapant si vivement la tasse que son contenu brûlant faillit lui tomber sur la main. Les talents de Tony en matière de café s'étaient considérablement améliorés ces derniers mois. « Mmmm, léger et au lait, juste comme je l'aime. »

Tony gloussa. « Comme si je l'ignorais. Et voici le mien, dit-il en désignant sa propre tasse, long, noir et délicieux[1]. »

Loki leva les yeux au ciel.

« Pourrais-tu être plus ridicule ?

— Nan. Mais je peux essayer, pour toi. »

Avalant la moitié de son café en une gorgée, Loki s'assit sur un des tabourets adossés au comptoir. « Je te jetterais bien un truc là, maintenant, mais la seule chose que j'aie sous la main est du bacon, et tu le garderais. »

Prenant un morceau de bacon dans sa propre assiette, Tony hocha la tête. « Bien sûr que oui. Je fais un excellent bacon. » Sur ce, il mordit dans son bacon.

Après le petit déjeuner, ils décidèrent d'aller nager. À la grande déception de Tony, ils portaient des maillots de bain.

Loki leva les yeux au ciel en entendant ses protestations.

« Je n'aime pas être nu dans l'eau chlorée. Je ne sais pas pourquoi. Mais si tu me veux nu, emmène-moi jusqu'à ton magnifique jacuzzi, celui qui est dans la salle de bain qui fait la taille de mon appartement.

— Hé, ton appartement fait au moins deux fois la taille de ma salle de bain ! protesta Tony.

— Oh, au moins, acquiesça Loki en roulant des yeux. Je ne vois pas pourquoi je me suis permis de suggérer que ta salle de bain était excessivement grande.

— Je ne sais pas, Loki, répondit Tony, en passant pensivement la main sur son bouc. Je ne suis pas tout à fait satisfait de ma salle de bain. Il y manque quelque chose d'important. »

Soupirant, Loki vint poser les bras sur le rebord de la piscine.

« Tu es sur le point de dire quelque chose de ridicule, hein ? »

— Tu sais quoi ? J'ai trouvé, annonça Tony, ignorant complètement les commentaire de Loki. Ma salle de bain n'a pas de Loki vivant dedans. C'est un quasi désert. »

Loki lui envoya de l'eau au visage. Lorsque Tony répliqua, cela se transforma rapidement en compétition pour savoir qui pouvait envoyer le plus d'eau à la figure de l'autre. Quinze secondes plus tard, Loki se retrouva plaqué contre le bord de la piscine, un corps chaud pressé contre le sien. Il fut tenté de plaisanter, mais le regard intense de Tony lui transforma le cerveau en gelée. Tout ce qu'il voulait faire était soutenir ce regard.

Non, ce n'était pas vrai.

Il voulait embrasser son petit ami jusqu'à en perdre le souffle, jusqu'à ce qu'ils soient tous deux tellement hors d'haleine qu'ils n'aient guère l'énergie nécessaire pour sortir de la piscine. Quand ils sortiraient finalement de la piscine, il voulait être tellement focalisé sur Tony, Tony qui continuerait à l'embrasser, qu'ils ne prendraient même pas la peine de se sécher avant de regagner la chambre de Tony et de passer le reste de la matinée dans les bras l'un de l'autre.

Alors c'est ce qu'ils firent.

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[1] En VO : tall, dark, and beautiful. Tony joue avec les mots. Utilisés pour parler du café, cela donne « long, noir et délicieux » et, pour décrire Loki, on peut aussi comprendre « grand, brun et magnifique ».