"Chérie,

J'aurai préféré t'annoncer tout cela de vive voix plutôt que d'être contraint à devoir t'envoyer un hibou… Je voulais tout d'abord te dire que j'allais bien. Enfin bien, que je n'étais pas en danger.

Tu te souviens d'Albus Dumbledore ? Nous avions échangé quelques lettres avec lui au printemps derniers. Il est venu me rendre visite ce matin, à la boutique. Je pense que tu auras compris avant de lire les mots qui suivent, mais cette visite n'avait rien d'une visite de courtoisie. Ma sœur et Calum nous ont été arrachés. Dumbledore m'as ensuite invité à rejoindre prestement Duncan, mourant, à l'hôpital. Le petit ange à réussit à s'accrocher à la vie jusqu'à mon arrivée. D'après les médicomages, les potions qu'il a ingurgité ces derniers temps pour faire retomber sa fièvre ont beaucoup aidées. Nous avons pu échanger quelque mot avant qu'il ne s'endorme. Le temps que je descende reconnaître les… Reconnaître ses parents, il était parti... Quant à Mélusine je n'ai pas encore pu la voir mais je sais qu'elle est au bon soin d'Arthur et Molly. J'irai la voir demain après-midi.

Comme ma main tremble ! J'essaie de me contrôler mais c'est difficile. J'espère que tu arriveras à me lire… Je suis sortie de l'hôpital il y a peu de temps, pas mal de papiers à remplir. Ma sœur m'avait déjà donnés les directives à suivre si cela arrivait, notamment que sa famille devaient reposer au Cimetière de Paimpont, dans le caveau familial. Si je le visitais pour mes parents et grands-parents, je n'avais jamais un jour imaginé le fleurir pour notre neveu…

La conjoncture politique ne me simplifie en rien la tâche : comme tu as pu le lire dans le journal de ce matin, la France est en état d'alerte. Elle à fermer toute frontière avec le Royaume-Uni, et je ne te parle pas uniquement des moyens de transport de tes compatriotes moldus. Il est désormais impossible aux sorciers se trouvant en Angleterre de transplaner, de voler, ou d'utiliser un portoloin pour se rendre en France sans en avoir demandé l'autorisation écrite au Département des Transports Magiques des deux états. J'ai envoyé des hiboux depuis l'hôpital pour demander la validation de mon retour pour Samedi prochain, le temps de gérer le rapatriement des corps. Pour pouvoir rentrer, j'aurais besoin de plusieurs documents que tu trouveras dans la petite malle en cuir, au grenier, derrière le tableau de ta maman. Il me faudrait : ma carte d'identité, mon certificat d'étudiant de Beauxbatons, ma patente pour la boutique ainsi que le livret de famille de mes parents, ma déclaration de naissance et notre certificat de mariage. Demande à Lucien, (le patron de la Baguette Magique) d'en faire une copie, n'envoie surtout pas les originaux ! Tu peux utiliser la poudre de Cheminette pour te déplacer sur le territoire français tu gagneras du temps. J'ai prévenu Vasilios, il s'occupera de la boutique durant mon absence. J'ai réussis a trouvé une chambre dans un petit hôtel miteux qui m'assurera un confort modeste durant ce séjour forcé, envoie un oiseau de la volière de la boutique au Chaudron Baveur.

Ma Maddy, je t'aime de tout mon cœur et ce soir plus que jamais. J'aimerai rentrer, là, tout de suite, et te prendre dans mes bras, te couvrir d'amour. J'aimerai aussi donner le biberon à Léon et lui raconter mes contes d'enfances en le regardant s'endormir. J'aimerai ne jamais avoir eu l'occasion de rencontrer Albus Dumbledore.

Ma Maddy, si jamais tu m'écris, reste prudente dans ce que tu me racontes : il est fort possible que les courriers soient eux aussi surveillés.

Tu me manques déjà…

Je t'embrasse tendrement, juste au coin de l'oreille, comme tu l'aimes tant.

Armel »

Armel reposa sa plume après avoir fini sa lettre. Il n'avait pas envie de la relire. Il avait assez pris son temps pour l'écrire, veillant à ne pas en dire plus que nécessaire. Avant de changer d'avis, il scella l'enveloppe et la donna à un Hibou Grand-Duc du Cap qui avait l'air sérieux. L'oiseau le fixa sans ciller de ses grandes pupilles rougeâtres, comme s'il ne semblait pas adhérer au contenu de la lettre. Fouillant dans les poches intérieures, il en sorti quelques scarabées séché qu'il tendit à l'oiseau. Le volatile les prit à l'aide de sa patte, sans le quitter des yeux. Le sorcier soupira :

- C'est comme ça. C'est ça décision, et je… je suis sûre que c'est ce qu'il y a de mieux à faire. Alors arrête de me regarder comme ça… File apporter cette lettre. Soit doux avec Madeleine s'il te plait, elle n'a pas l'habitude de manipuler les hiboux…

L'oiseau le fixa encore un instant, puis dans un mouvement gracieux prit son envol. Lorsqu'il n'était plus qu'un point blanc, Armel, loin du regard perçant de l'animal se trouva soudain bien stupide à avoir eu le besoin de se justifier devant un hibou. Il ferma la fenêtre bancale et se dirigea mécaniquement vers la minuscule salle de bain. Fermant les yeux sur les poils qui se trouvaient dans le bac, il ouvrit l'eau chaude et entreprit de se frotter vigoureusement la moindre parcelle de peau avec un savon malodorant. Il ne s'arrêta que lorsque l'eau commença à le bruler et alla se coucher, avec cette désagréable sensation d'être toujours aussi sale.

Allongé dans le noir, Armel se laissa submerger par ses sentiments. Il ne réussit pas à dormir cette nuit-là. Il ne le savait pas encore, mais il n'allait plus avoir de nuit tranquille lors des dix-huit prochaines années, hantées à chaque crépuscule par les souvenirs de cette journée.

Le lendemain matin, il se réveilla encore plus fatigué que la veille, l'estomac noué. Tel un automate, il se débarbouilla et s'habilla avant de descendre au comptoir de l'hôtel. A peine eu-t-il franchit la porte du pub que Tom, le propriétaire bossu se tourna vers lui et l'accompagna au comptoir:

- Monsieur Lebihan! Petit-déjeuner j'imagine ? Thé, café ? Œuf ou croissant ?

Armel sentit la nausée naître en lui au fur et à mesure que le propriétaire lui proposait de quoi se restaurer.

- Je vous prendrai uniquement un thé, s'il vous plait.

- Bien sûr ! répondit le bossu en faisant chauffer l'eau d'un coup de baguette. Bergamote ? Sureau ? Queue de cerise ? Rooibos ?

Armel regardait perplexe le barman. Il lui fallut quelques secondes avant de répondre :

- Bergamote, oui oui, très bien, Bergamote.

- On a passé une mauvaise nuit ? demanda Tom, imperturbable, continuant son service.

- Laisse donc ce pauvre homme, Tom. Il semble bien trop poli pour te faire comprendre que tu le dérange !

Tom hocha la tête avant de partir nettoyer les tables, maugréant dans sa barbe. Le français tourna la tête afin de remercier d'un pâle sourire son sauveur. Comment avait-il fait pour ne pas voir cet homme avant qu'il ne parle ? L'homme avait des cheveux noirs, longs et emmêlés qui se fondait dans une barbe broussailleuse ce qui lui cachait presque tout le visage. Il était environ deux fois plus grand que Tom et au moins cinq fois plus large. Ses yeux semblables à deux petits scarabées brillants fixaient le sorcier. Si son apparence pouvait sembler sauvage, Armel ne décela aucune animosité dans ce regard. Il remercia l'homme d'un signe de tête, et le géant lui répondit par un grognement.

- Rubeus Hagrid, dit-il en tendant une main de la taille d'un couvercle de poubelle. Garde-chasse de Poudlard.

- Armel Lebihan, Apothicaire, s'entendit répondre Armel. Il avait eu peur que la poigne d'Hagrid lui casse les os de la main, mais elle se révéla bien plus douce que ce qu'il appréhendait.

- Avec un nom pareil et un si fort accent, je parie mes pousses de Botruc que vous êtes français ! Par Merlin, mais qu'êtes-vous donc venu faire à Londres, par les temps qui courent ?

- Je suis… J'ai… Affaire de famille. Pour tout vous dire, je dois me rendre au Ministère de la Magie, dit Armel en sucrant son thé, mais je ne sais même pas vraiment où votre Ministère à poser ses quartiers…

- Je dois y aller aussi. Dumbledore m'a demandé de lui rendre un service.

Le sorcier français faillit s'étouffer en buvant son thé. Il fut pris d'une quinte de toux et cracha de manière très inélégante le contenu qu'il avait dans la bouche. Les tapes qu'Hagrid s'acharnaient à lui mettre dans le dos empirait plus qu'elle n'aidait la situation. Lorsqu'il eut repris son souffle, il éloigna sa tasse de lui et demanda :

- J'ai eu l'occasion de le rencontrer hier. Que pensez-vous de lui ?

- C'est certainement le plus grand sorcier de tous les temps.

Armel en attendait un peu plus mais manifestement le géant trouvait sa réponse claire et pertinente et n'approuva pas l'envie de l'étoffer davantage. Ayant-eu peur de l'avoir froissé et de ne plus avoir de guide, il reprit :

- Ainsi donc, Hagrid, vous vous rendez au Ministère ?

- Oui, je dois donner le…

Mais il s'arrêta net de parler, jetant un coup d'œil rapide à travers la salle. Puis ajouta à voix basse :

- Donner un truc à quelqu'un.

- Pourrions-nous faire route ensemble ? lui souffla Armel.

- Bien sûr ! Murmura le géant. Mais par Merlin, pourquoi chuchotons-nous ?

Ils quittèrent la mince chaleur du bar pour se retrouver dans la ville. La brume n'était pas retombée et le temps grisâtre et maussade de la ville de Londres semblait jouer avec les nerfs de la population qui se désespérait d'avoir un temps digne de ce début Aout.

Hagrid le guida jusqu'à une petite cabine téléphonique délabrée, entrée des visiteurs du Ministère de la Magie. Puisqu'il ne pouvait pas tenir à deux à l'intérieur, il lui expliqua comment procéder pour pouvoir entrer. Après avoir récupérer son badge, «Armel Lebihan – Visiteur – Démarches Administratives Mortuaires » il remercia et salua le géant tout en s'enfonçant dans le sol. Sans un coup d'œil pour l'architecture du bâtiment, il fit enregistrer sa baguette. La suite fut floue.

Armel se sentait perdu et noyé dans un vaste mouvement de va et vient entre les innombrables services et étages du ministère. Ses aller et retour l'épuisait, parler en anglais devenait fatiguant, et il était à deux doigts de jeter le bureau d'un employé par la fenêtre lorsqu'on le renvoya au point de départ car il n'avait pas écrit le nom de son beau-frère en lettre capital pour le rapatriement.

Il était assis dans un couloir, à bout de nerf, remplissant pour la cinquième fois consécutive un formulaire vert criard lorsque que quelqu'un l'apostropha :

- Par la Barbe de Merlin ! Armel ! Bénis soit les chaudrons, cela fait plus d'une heure que je te cours après ! Je suis monté au bureau de régularisation et du recensement de la population magique en passant par le service notarial des passations de baguette qui m'a dit t'avoir envoyé à l'office international de l'embaumement pour m'entendre dire qu'ils t'avaient renvoyé à celui des annonce et déclarations des actes mortuaires !

Le nouveau venu avait parlé très rapidement, sans reprendre son souffle. Ses lunettes étaient de travers, comme s'il avait couru et ses joues qui avaient pris une belle couleur carmin –sans doute à cause de sa course forcée- juraient avec ses cheveux roux qui commençaient à se dégarnir. Sans le vouloir, Armel laissa s'échapper un sourire. Il déposa plume et documents sur le fauteuil voisin et se leva pour saluer le nouvel arrivant :

- Bonjour Arthur ! Comment vas-tu ?

- Oh, on fait comme on peut en ce moment.

Il baissa la voix et s'approcha d'Armel :

- Comme je te l'ai dit la dernière fois, Tu-Sais-Qui cherche encore à percer le Ministère. L'ambiance est à a la paranoïa... M'enfin… C'est à toi qu'il faut poser la question… Comment te sens-tu ?

- Fatigué…

Armel n'en dit pas plus, il n'en avait pas besoin. Son visage était cireux et terne. Il transpirait dans ses vêtements et pour couronner le tout, un de ces hiboux qui semblait transporter des notes de services s'était vidé sur lui. Et il était extrêmement douloureux pour lui de passer autant de temps à réécrire inlassablement sur divers parchemins de couleurs différentes les noms et prénoms de sa famille disparue. Arthur jeta un coup d'œil à la pile colorée des parchemins qui trainait sur le siège et eu un sourire compatissant :

- Je vois ça… Je pourrai prendre tes papiers et les déposer pour toi ? Cela ne me prendra que quelques minutes, s'empressa-t-il d'ajouter lorsqu'Armel ouvrit la bouche pour protester. Je travaille ici, cela sera bien plus simple. Tu en profitera pour aller te reposer, manger un bout. Mélusine, Bill et Charlie doivent faire la sieste à cette heure-là, passes à la maison te détendre, Molly dois t'attendre.

Tout en parlant, il avait pris le bras d'Armel et l'avait entrainé devant l'ascenseur, bousculant plusieurs personnes aux passages. Voyant que le français était sur le point de dire quelque chose, il ajouta :

- Molly m'a dit de te dire que ta chambre était déjà prête. Alors file !

Armel plongea dans les yeux bleus qui lui faisaient face. Il remercia son ami d'un sourire, puis entra dans l'ascenseur, bien trop heureux de quitter les bureaucrates britanniques.

Lorsqu'il arriva devant le Terrier, sa première pensée fut que rien n'avait changé. Des poules grasses picoraient inlassablement dans la cour, les gnomes sautaient au-dessus des herbes folles qui se balançaient au grès du vent glacial. Quelques petits détails cependant ne se trouvaient pas là lors de sa dernière visite : des balais pour enfants jonchaient la cour, ainsi que divers jeux colorés qu'il prit grand soin de contourner. Arrivé devant la porte, il leva les yeux vers la bâtisse : elle avait l'air un peu plus fatigué que dans son souvenir. Peut-être était-ce dû à l'étage supplémentaire qui tenait par Merlin seul savait quel miracle ? La porte s'ouvrit avant même qu'il ne frappe :

- Rentre vite ! Ne reste pas dehors par ce froid.

Molly Weasley avait en un temps record réussit à le faire entrer, lui enlever sa veste et l'assoir à la table de la cuisine sur lequel trônait un plat de saucisse, d'œuf et de lard. Elle lui servit une assiette et s'assit à côté d'elle :

- J'avais dit à Arthur que cela ne serait pas simple de te trouver dans tous ces étages. La dernière fois que nous avons dû nous rendre pour sa mère, j'ai presque du dormir là-bas le soir même ! Mais après avoir menacé Dave Goujon de l'envoyer au bureau des centaures j'ai eu gain de cause. Enfin, bref, la preuve que ce Ministère ne veux rien dire ! Mais toi, comment vas-tu ? Mange, tu as sale mine. Et Léon et Madeleine ?

Armel avala difficilement la saucisse qu'il avait dans la bouche, s'étouffant presque en répondant :

- ça va mieux, maintenant. Je n'ai pas eu de nouvelle de Madeleine depuis avant-hier, je lui ai envoyé un hibou mais pas encore eu de réponse. Molly je... heum merci d'avoir récupérer Mélusine. J'ai demandé l'autorisation de rentrer d'ici samedi prochain avec elle, penses-tu pouvoir la garder jusque-là ?

Molly secoua les épaules, comme faussement vexée :

- Bien sûr que nous pouvons ! Surtout que Bill et elles sont devenu inséparables et n'arrête pas les bêtises, comme s'ils faisaient un concours - j'ai dû les punir quand ils ont transformé les poules en ballon ce matin ou quand j'ai retrouvé Charlie sur le toit, la couche sur la tête. J'espère ne jamais avoir de jumeaux, cela doit être un enfer d'organisation !

Le sorcier sourit doucement. Il avait littéralement engloutit son assiette et se détendait, écoutant avec amusement Molly. Bill et Mélusine étaient nés le même jour, à quelques heures d'intervalles dans la même salle. C'était à l'hôpital Sainte Mangouste que sa sœur et Molly s'étaient rencontrées et avait partagées les joies et les douleurs de la naissance. Il demanda avec appréhension :

- Comment va Mélusine ?

Elle soupira en hochant la tête. Sa réponse fut lente et coupée, elle cherchait ses mots :

- Elle dort là, je n'ai pas voulu la réveiller… Mais... Enfin comme tu peux t'en douter, elle ne se rend pas bien compte... Elle demande encore quand sa maman revient... On a... On a essayé de lui expliquer mais ce n'est jamais vraiment évident, tu comprends ? Elle dort mal, elle se réveille souvent en criant ou en pleurant. Je crois qu'elle a vu les... les corps. Mais elle ne veut pas en parler, elle ne raconte pas ses cauchemars.

Molly marqua une pause et reprit, se mordillant l'ongle du pouce, le regard dans le vide :

- Elle ne quitte pas un livre, je ne peux même pas lui prendre des mains… Elle accepte à peine de le lâcher quand je veux la doucher, et elle passe son temps à parler d'une fée... Perline ou…

- Persine, coupa le sorcier, souriant. C'est une des histoires dans le livre des contes. Sa préférée je crois…

- Oui oui, continua Molly. Enfin bref je pense qu'elle doit se protéger en se racontant ses histoires avec des fées… Ce qui est étrange, c'est qu'elle ne dit rien quant à son frère et son père... Elle demande juste tout le temps quand reviendra Morane... à cause d'une promesse.

Le silence fit un écho à la phrase de Molly. Armel la fixait de ses grands yeux gris, perdu dans ses pensées. Les deux adultes se regardèrent un moment en silence, puis il posa ses couverts dans l'assiette. Profitant de ce moment, Molly se leva pour débarrasser et proposa du café à Armel qui refusa, poliment.

- Je dois me rendre à Cardiff, j'ai des choses à récupérer dans la maison... Et mes affaires sont au Chaudron Baveur, je ferai mieux de filer rapidement. Je n'ai que trop trainer ici.

- Mais tu dors ici ce soir ? Les enfants dormiront ensemble et nous te laisserons la chambre de Charlie !

- Promis. Veux-tu que je rapporte quelque chose?

- Non, j'ai tout, merci, répondit Molly. Viens dès que tu as finis... Mélusine à hâte de te voir.

Le sorcier remercia encore Molly avant de partir pour Cardiff.

Il n'était allé que rarement chez sa sœur, à Mermaid Street, mais il reconnut la maison sitôt qu'il la vue. La grande bâtisse aux murs blancs et aux tuiles verte jaillie entre les numéros onze et quinze, sans que personne d'autre que lui ne s'en rende compte. Il poussa le petit portail en fer forgé tandis que les passants continuait leurs promenades et gravit les quelques marches du perron. Ce ne fut que là qu'il se rendit compte que la porte d'entrée n'était pas fermée. Il sortit sa baguette puis entra silencieusement, retenant son souffle.

Aucun bruit ne provenait de la maison, si ce n'était que les battements de son propre cœur. Il se détendit au fur et à mesure que ses yeux s'habituaient à la pénombre du vestibule. Lorsqu'il vit assez clair, il se mit en marche, évitant les débris de verres et de bois qui se trouvaient dans le couloir. Plus il approchait du salon et plus il pouvait sentir une odeur âcre qui lui emplissait les narines comme seul un morceau de viande avarié savait le faire. Il se figea sur le bas de la porte. C'était ici, dans cette pièce, que l'horreur avait eu lieu. Des traces de sang avaient commencées à sécher sur le papier peint fleuris. Sur l'épaisse moquette beige, le liquide était tellement dense que le rouge était encore presque écarlate au cœur des flaques. Nauséeux, Armel quitta la pièce à reculons. Il se dirigea vers l'escalier. Sans un coup d'œil pour la chambre de Mélusine, il courut presque jusqu'à celle de son neveu. Il resta quelques minutes là, son regard s'attardant sur le lit défait puis le bocal dans lequel flottaient maladroitement quelques têtards. Tout en soupirant, le sorcier prit un sac à dos en toile bleu qui se trouvait sur le bureau. Il hésita à faire demi-tour, regardant le port par la fenêtre. Il secoua la tête, ravalant ses larmes puis jeta une photo de son neveu et sa nièce dans le sac. Il ajouta quelques livres qu'il choisit avec soins, quelques pulls, ainsi que la baguette de son neveu, puis referma la porte. Retournant sur ses pas, il se dirigea dans la chambre de sa nièce. Il prit la peluche sur le lit, quelques vêtements ainsi que plusieurs poupées. Son pied buta sur une bouteille vide. En souriant, il prit aussi le « Spray Anti Booh ». C'était un petit pulvérisateur violet dans lequel se trouvait de l'essence de fleur d'oranger, dilué avec de l'eau. C'était Calum qui l'avait fait et Mélusine prétendait que cela faisait fuir les monstres qui venaient l'embêter la nuit.

Chargé de son bagage de fortune, il se dirigea dans la chambre de sa sœur. Il tâta du pied plusieurs latte du parquet, comme pour en entendre le son. Lorsque l'une des latte sonna creux, il l'arracha et plongea la main dans l'obscurité pour en ressortir une boite à musique, à peine plus grande qu'une plaque de beurre. La boite était faite d'ébène et d'ivoire, gravée de fleurs aux riches détails. Elle était scellée par un saut en or qui recouvrait toute la ligne d'ouverture. Armel ne voulait de toute façon pas l'ouvrir, il voulait juste s'en débarrasser. Maudissant cette boite de Pandore, il la rangea dans la poche de son pantalon et caressa le bois du bout des doigts tout en jetant un dernier coup d'œil à la pièce.

Puis, sans lâcher la boite, il transplana au chaudron baveur.


J'espère que vous avez tous passé de bonnes fêtes, et je vous souhaite le meilleur pour l'année 2016 !

Grosse pensée à tous ceux qui ont repris aujourd'hui,

Caillou_e