2 – Cherry blossoms (JinFuu)
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Des fleurs de cerisier. Jin a enfin trouvé à quoi lui faisait penser Fuu, depuis tout ce temps.
Elle n'en a pas le calme. Elle est vive comme le vent, elle dont le prénom s'écrit avec le même caractère. Mais il y a chez elle une sorte de délicatesse juvénile, malgré tout. À l'instar d'un haiku, elle peut être aussi raffinée que triviale.
Il n'y a pas de cerisiers, sur leur route, mais non loin de là, quelques pétales d'un pêcher en fleurs s'échappent sous la brise et se posent dans la chevelure de Fuu. Elle lève les yeux, sans bouger, porte une main à sa tête, ramasse un pétale, sourit.
Jin ne sait pas ce qui lui arrive, tout d'un coup, mais son regard ne parvient pas à se détacher du spectacle de la jeune fille à la silhouette nimbée de rose. Une mèche de cheveux caresse sa joue fruitée et vient chatouiller l'arête de son menton, tandis qu'elle penche la tête sur le côté, une moue comique aux lèvres. Elle tient un pétale sur ses doigts effilés. Qu'ils sont minces et blancs! Il ne s'en était jamais rendu compte, mais ses mains et ses poignets sont d'une finesse incroyable. Et la manière dont elle balaie sa coiffure, pour chasser les fleurs, c'est fascinant… Il comprend qu'un peintre ait voulu la prendre pour modèle, il voit les lignes pures de ses épaules, sa grâce, et son charme de bouton à peine éclos. Alors, comme pour les cerisiers en fleur, chaque année, il ne se lasse pas de contempler la beauté de Fuu, dont il n'avait encore jamais pris autant conscience auparavant…
…jusqu'à ce qu'une claque dans le dos le ramène sur terre.
Le visage cabossé de Mugen, qui mâchonne une tige de mauvaise herbe, tel un chardon dans un champ de coquelicots, vient gâcher son paysage et sa rêverie.
– Ho t'es dans la lune? Tu pensais à quoi, heeeeiiiin?
– À rien que tu sois capable de comprendre, réplique Jin avec toute la distance qu'il possède en réserve.
– Ouais, c'est ça, ricane Mugen, à qui on la fait pas. Tu la mates, je t'ai vu.
– Va te faire voir, riposte Jin, perdant pour de bon sa remarquable impassibilité.
Et, dépassant son compagnon goguenard, il rougit comme une fleur.
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