Non, non, ils ne sont pas à moi ces perso de Twilight.... :(

Chapitre 5

Je n'avais encore jamais ressentie un tel désir. Non j'en étais sûre, cette sensation m'était toute nouvelle mais aussi terriblement dévastatrice. Jamais une telle brûlure ne s'était insinuée au plus profond de mon corps. Je la sentais qui emplissait petit à petit toute ma gorge, annihilant mes autres pensées mais accroissant mes sens à leur summum. Je n'avais qu'une seule volonté : boire le sang de cette petite fille. Elle sentait tellement bon, un supplice de ne pas en jouir pleinement. A présent, j'étais un prédateur et le destin avait fait d'elle ma proie malchanceuse. Sans le vouloir, elle était devenue la victime de ma soif. Je ne me souciais plus de la morale, du bien ou du mal. Je n'avais pas la force de réfléchir aux conséquences de ce que je m'apprêtais à faire, de la vie que j'allais enlever, de l'âme que j'allais offrir, prématurément, au ciel. Non, en cet instant, il n'y avait plus que le parfum de son sang qui me guidait. Ma vision perfectionnée me permettait de voir le sang affluer sous ses joues, sa peau d'une blancheur diaphane m'invitait à me servir. Je me voyais déjà porter ma bouche à son pauvre cou gracile et y planter mes dents, tout en douceur, profitant de chaque goutes que son corps voulait bien m'offrir. Je ne tenais plus, il fallait que je j'aille m'abreuver et étancher cette soif qui me tiraillait. Elle était seule, jouant tranquillement sous la pluie, dans une ruelle à l'écart. Il n'y aurait donc pas de difficultés. Je décidais donc de descendre à sa rencontre…

Je rejoignais la rue d'en bas, à une vitesse incroyable. J'étais vraiment dotée de capacités extraordinaires ; mais je n'avais ni le temps, ni l'envie de m'attarder à ces détails futiles. Je n'apercevais pas les passants qui lançaient des regards ébahis sur mon passage. J'étais uniquement focalisée sur cette petite chose, d'une blondeur intense qui me tournait le dos, postée là dans la ruelle sombre sous la pluie, à l'abri des regards indiscrets. Elle était tellement innocente… et tellement à ma portée. Je ralentis le pas en arrivant à sa rencontre. Sans un bruit, ni même un souffle, je parvenais à sa hauteur. Son odeur était vraiment délicieuse, telle une invitation au ravissement. Ma gorge me brûlait d'autant plus, je n'étais plus capable de me retenir. Elle se retourna soudain, sentant ma présence derrière elle. Un magnifique sourire s'empara de son visage. « Bonjour… » Me dit-elle. Ses yeux s'attardèrent sur les miens, et son expression, changea du tout au tout. Un cri d'horreur déformait ses traits angéliques, mais aucun son ne passait la barrière de ses lèvres. Je n'attendis pas de la voir alerter toute la ville, je me jetais sur elle, sans une once de culpabilité, la soif dévorant tout mon être.

Je m'agrippais à sa gorge et m'étanchais de tout mon saoul. Sa peau était brûlante et son sang à bonne température… délicieux, le nirvana sur Terre ! Je ne ressentais que satisfaction et volupté. J'avais enfin assouvie ce désir qui m'obsédait, je pouvais revenir à des actes plus rationnels… comme me préoccuper des cris qui parvenaient à mes oreilles. Je sortis de ma transe pour m'apercevoir qu'une femme hurlait de terreur, témoin fortuit du carnage que je venais d'orchestrer d'une main de maître. Je n'avais pas été la seule à l'entendre proférer de tels hurlements… Derrière elle, des dizaines de badauds se pressaient pour lui venir en aide. Le corps de la petite gisait sur le sol, blanc comme un linge. Plus aucuns battements ne résonnaient dans sa petite poitrine, plus aucun souffle n'agitait son être innocent. Et moi j'étais là, accroupie à ses côtés, une expression neutre sur le visage, les preuves du crime encore visibles au coin de ma bouche. Je ne réalisais pas ce qui se passait que déjà toute la foule se jetait sur moi. On me poussait à terre, me piétinait, m'injuriait de tous les noms, me lynchait de dizaines de coups… choses que je méritais certainement. Les femmes hurlaient de douleur à la vue du massacre, les hommes me maudissaient et ne cessaient de me battre. J'aurais pu aisément les en empêcher mais ma conscience me dictaient de ne rien faire, que je méritais ce jugement. J'étais un monstre, un véritable tueur en puissance et pourtant, je me faisais insulter et battre. Le meurtre de cette vingtaine de personnes n'aurait pas été difficile. Une poussée trop brutale, un cou brisé brusquement, un poumon perforé de ma main… rien de bien compliqué.

Soudainement, je me relevais et combattais les passants d'une fougue encore insoupçonnée jusque là. Non, je ne me battais pas, je me VOYAIS en train de me battre. Ma vision des choses était déformée, j'étais extérieur à cette bataille. Mais qu'en était-il de ma conscience et de tous ces morts ? Pourquoi est-ce que je ne m'arrêtais pas de tuer ? Pourquoi est-ce que je continuais ce carnage ? Et surtout pourquoi mes yeux avaient-ils cette couleur ? J'avais l'impression de n'être que spectateur de la scène, je ne contrôlais plus rien. Une étrange lumière blanche éclairait chaque détail, rendant la ruelle presque aveuglante ; Or, j'avais eu l'impression auparavant que celle-ci était plutôt sombre et qu'il pleuvait. Je me voyais, à présent en train d'abattre trois hommes, de deux fois ma taille, d'un même mouvement. Aucune des personnes présentes ne s'en sortirait vivante, apparemment j'étais animée d'un véritable instinct destructeur me poussant à faire le plus possible de dégâts possible. Mais enfin, qu'est-ce que j'étais en train de faire ? Un monstre, j'étais devenue un monstre. J'étais en train d'abattre des personnes innocentes… encore plus de personnes innocentes ! Le spectacle de la petite blonde étendue sur le sol me déchira les entrailles, pas le cœur. Je n'avais plus de cœur, après avoir commis un tel forfait, je ne pouvais plus en avoir. Je me mis à pleurer, le massacre dont j'étais la cause se perpétuant toujours sous mes yeux, mais les larmes ne vinrent pas. Il n'y avait que mes sanglots qui trahissaient le silence glacé de l'épouvante que je commettais.

Tout d'un coup, La scène s'arrêta, la lumière se dissipa et les ténèbres reprirent possession de la ruelle. Mes cheveux me collaient au visage à cause des gouttes qui ne cessaient de tomber, l'horreur que je venais de perpétrer me glaçait encore. La petite était toujours à mes côtés mais il n'y avait aucun autre corps en vue. Etrange. J'entendais les pas d'une femme qui approchait, elle se dirigeait droit dans notre direction et n'allait pas tarder à pousser des cris d'alertes... Je saisissais enfin, la scène qui venait de se dérouler sous mes yeux, s'était en fait passée dans ma tête. Une vision, oui c'était cela, j'avais vu le futur. Rien d'étonnant vu ce qui m'arrivait depuis mon « réveil ». Ces capacités dont j'étais pourvue depuis lors pouvaient être vraiment déstabilisantes. Donc, je n'avais pas encore tué tous ces gens, je n'avais pas encore fait tout ce mal. J'avais déjà enlevé une vie et c'était déjà beaucoup trop. Je n'allais plus me permettre de refaire de pareilles erreurs. Je prenais enfin conscience de mes actes, de cette vie que j'avais prise, de cette âme que j'avais bafouée. J'en étais sûre à présent : l'image du sourire divin que m'avait offert cet ange, et celle de son corps reposant, froid et inanimé, à côté du mien, me hanterait pour toujours.

Je ne voulais pas, je ne pouvais pas avoir le poids d'autres vies sur ma conscience et sur mon cœur, ou ce qu'il en restait. Il fallait donc que je m'enfuie le plus vite possible. Peu importe où et comment, la seule chose qui importait était de savoir que je ne briserais plus aucune existence. Je pris alors mes jambes à mon cou, m'enfuyant comme une voleuse dans la nuit, sauf qu'il faisait plein jour dans une ville embrumée. Je cavalais à travers les rues, voulant m'éloigner le plus possible de toute civilisation. La forêt, oui c'est ça. C'était là-bas que je devais aller, là où il n'y avait pas âme qui vive. Je me répugnais. Comment le sang d'un autre humain pouvait-il m'attirer et me plaire ?! Quelle sorte d'abomination étais-je devenue ? Que m'avait-on fait ? Pourquoi moi ? Je ne m'arrêtais pas de courir avant d'être au cœur d'une forêt verdoyante. Ici, je ne ferais plus de dégâts, personne n'oserait s'aventurer aussi loin dans la nature impérieuse. C'était un endroit idéal pour ce que j'étais devenue… une exclue, un déchet de la société, une épine dans le pied de la morale. Quelle horreur ! Je ne voulais même plus me regarder, ni apercevoir mon reflet et mes yeux rubis, teinte qui j'en étais certaine était dû au sang que j'avais ingurgité.

Je n'avais plus aucune estime de moi-même, plus aucune force de continuer… Je restais là dans les bois, sans bouger pendant plusieurs longues heures, laissant la pluie me frapper. La nuit tomba mais aucune fatigue physique ne se faisait sentir. Je n'avais pas besoin de dormir, je fermais les yeux mais ... rien. Je ne sombrais pas dans l'inconscience qui m'aurait été, pourtant, bien utile. Les jours se succédèrent sans que j'arrive à faire quoi que ce soit, ni dormir, ni manger... normalement. Je n'étais plus qu'un lambeau, un haillon de personne, me repassant en boucle les images de ces corps mutilés. Je pensais sans cesse à la souffrance que j'avais causée, à cette petite fille d'abords, mais aussi à sa famille, ses amis. La répugnance de mes actes m'emplissait tellement que je n'avais plus la force de penser à autre chose. Puis soudain, une décision s'imposa à moi. Je ne pouvais plus vivre dans cet état, avec ses sombres pensées, avec cette peur de tout recommencer un jour… non, je ne pouvais plus vivre ! Je voulais en finir. Plusieurs moyens de me suicider me vinrent en tête : me laisser tomber d'une falaise, me planter un pieux en bois dans le cœur, foncer à toute vitesse contre un rocher… que de réjouissances en vue !!

La première solution me sembla la plus appropriée. Je me mis donc en quête d'une falaise ou, à défaut, d'une chute d'eau vertigineuse. Je ne pouvais, décemment, pas y survivre. Un élan de motivation me guidait enfin. J'avais, depuis je ne sais combien de temps, un but, un objectif, quelque chose qui me faisait avancer ; Même si mes pas me menaient irrévocablement vers ma mort prochaine. Au bout de deux jours de recherches effrénées, j'arrivais enfin à destination: Une cascade de plus de soixante mètres de hauteur, surplombant un lac magnifique d'un bleu profond, en plein cœur des montagnes. Je devais m'être enfoncé vraiment loin dans la forêt. L'endroit semblait utopique, comme sorti d'un rêve, inaccessible pour la plupart des hommes. Je restais quelques minutes à rêvasser devant ce si surprenant spectacle, avant de reprendre mes esprits. Je n'étais pas ici pour profiter du calme quasi solennel qui régnait ou de la beauté qui se profilait devant mes yeux… non, j'étais là pour me donner la mort. Je devais mourir, je le méritais. Je me mis à penser que l'endroit était vraiment trop beau pour me servir de tombeau, non vraiment je ne méritais pas une si belle demeure pour l'éternité.

Le décor changea du tout au tout. La belle forêt laissa place à un café miteux, embrumé de fumées de cigares, sentant plus le whisky que la caféine. Un décor de désolation humaine. Pitoyable. Ces gens n'avaient pas l'air d'être en meilleur état que moi. L'ambiance était plus à la déprime qu'à la conversation. Le décor ne m'était pas familier, je ne reconnaissais rien. D'ailleurs, tout était bizarre dans cet endroit. Outre la lumière blafarde qui éclairait les lieux, les gens étaient vêtus de façon étrange, comme d'un autre temps. C'était sûr, ils auraient détonné avec les corsets et les chemises à jabots qui ornaient les rues de la ville que j'avais fuie. Une serveuse aigrie, âgée de plus de cinquante ans, des cernes sous les yeux et un petit chapeau ridicule sur la tête, servait un café gluant à deux hommes accoudés au comptoir. Une femme et son amant, se consolait avidement dans un coin, ne laissant rien supposer de leurs intentions mutuelles. La plupart des personnes présentes ici, suintaient le dépit et l'abandon. Un jeune homme en particulier attira mon attention… Assis à une table, sa peau était d'une blancheur presque translucide, ses yeux d'un ambre profond, ses traits d'une rare finesse cachant mal sa souffrance. Il était d'une beauté sans égal, à me couper le souffle ; Son corps élancé s'accordant parfaitement avec sa chevelure d'un blond vénitien. Il semblait ne pas faire parti du même monde que les autres clients. Certes, il n'était pas des plus joyeux… mais il n'avait rien d'affligeant ou de pitoyable. Non, il était magnifique mais semblait perdu… juste perdu. Face à lui, une jeune fille plutôt frêle, mais d'une beauté semblable, le fixait intensément… Les lèvres rouges, la poitrine élégamment mise en valeur par un chemisier beige, la taille marquée, un chapeau beaucoup trop original à mon goût… C'était MOI !! J'eu un soubresaut silencieux en assistant à la scène. Il bougea les lèvres, la plus douce des mélodies me parvint alors aux oreilles. Jasper. Son prénom était Jasper.

Il me fallut un certains temps pour me rendre compte que c'était encore une vision. J'étais assise face à ce bel apollon, dans un endroit qui semblait ne même pas exister encore. Je tombais irrémédiablement amoureuse d'une personne que je ne connaissais même pas. Je jetais un coup d'œil à la une du journal posé sur la table : 20 Novembre 1948.

1948 ? Cela ne se pouvait pas… je ne pouvais pas vivre pendant prés de soixante six ans en ayant toujours l'air d'une fleur de dix-neuf ans, non ?