Voilà le chapitre 6 de ma FF. Désolé j'ai mis un peu de temps à la poster mais je n'étais pas totalement satisfaite de ce que j'ai écris. Je ne le suis tojours pas d'ailleurs ^^
Menfin.... Au fait, MERCI pour vos reviews!!! Je crois que j'ai répondu à tout le monde, si ce n'est pas fait désolé, je me rattraperais pour les prochaines... :)
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Chapitre 6
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Les années passèrent sans que je m'en aperçoive. Avec le temps j'avais appris à cohabiter avec ma nature vampirique ; parce c'est ce que j'étais, un vampire. Au bout d'une dizaine d'année, j'en étais venue à cette conclusion. L'attrait du sang, une force incroyable, un corps anormalement froid, une vitesse inhumaine, un cœur qui n'émettait plus le moindre battement… ça ne pouvait qu'être cela et la rencontre de plusieurs nomades de ma race m'avait confortée dans cette idée. Comme moi, ils bougeaient sans arrêt, parcourant le monde, totalement en marge de la société. Nous étions si semblables et pourtant tout nous opposaient. Leur régime alimentaire était uniquement constitué de proies humaines. Ils ne se souciaient pas le moins du monde des vies qu'ils prenaient, de la souffrance qu'ils engendraient. Non, il n'y avait que l'attrait du sang qui les guidait. Leurs yeux d'un rouge rubis étaient le signe de leur alimentation si spéciale ; Les miens aussi avaient eu cette teinte à une époque, désormais ils arboraient une couleur miel-noisette, beaucoup plus chaude. Pour ma part, j'avais refusé depuis longtemps de me nourrir de cette façon. D'ailleurs, j'aimais me mélanger aux humains et apprendre à les connaître. Mon carnet d'adresse s'était incroyablement allongé au fil de mes voyages aux quatre coins du globe. J'avais fait ainsi fait la connaissance d'un aviateur japonais lors d'un passage à Osaka, d'un globe-trotter allemand en passage comme moi à Dublin ou encore d'un reporter italien en quête d'un article croustillant à Rome. Les destinations s'égrenaient au fil de mes envies. J'évoluais à travers les pays sans aucune conscience du temps, j'allais là où me guidaient mes pas, à la rencontre de nouvelles cultures et idées à partager. Ce mode de vie était passionnant toutefois j'avais le sentiment que quelque chose me faisait terriblement défaut. Une partie de moi-même me manquait. Pour combler ce manque, je mentais à tout un chacun, m'inventant un passé dont j'ignorais même la couleur.
Je faisais semblant, je trompais tout le monde et à tous moments. Jamais je ne pouvais raconter ma véritable histoire. Jamais je ne pouvais m'attacher aux personnes que je rencontrais. Jamais je ne pouvais être honnête avec qui que ce soit. Je ne pouvais rester plus de quelques années au même endroit. Je devais toujours m'en aller pour me retrouver seule encore une fois et recommencer tout au début. J'avais l'impression de porter un horrible masque, changeant en fonction de la situation mais toujours empreint d'une solitude qui me dévastait. Parfois j'étais une funambule en quête d'un travail, une autre fois j'étais une femme trompée fuyant une vie monotone. Une fois même, je m'étais faite passée pour une romancière déchue parcourant l'Europe à la recherche de l'inspiration. Mais à aucun moment je n'étais moi-même, jeune-femme de dix-neuf ans figée dans son corps pour l'éternité.
Je m'accommodais tant bien que mal de mon nouveau statut mais ces doutes me tiraillaient. Je ne savais toujours pas d'où je venais, qui m'avait rendue ainsi, quelle était la raison de ma transformation ou encore le pourquoi de cette amnésie. La seule chose dont je me souvenais de mon ancienne vie était mon prénom : Alice, uniquement cela. Toutes ces questions formaient un grand vide que ni mes visions, ni mes nouvelles aptitudes ne parvenaient à combler. Pourtant à travers tout ce trouble, une lueur d'espoir me faisait avancer. Jasper, cet homme blond figé dans ce café de Chicago emplissait chacune de mes pensées. Je savais que je devais le rencontrer, il me fallait juste attendre ce jour d'automne 1948. Je savais d'avance que nous étions faits pour nous aimer, qu'il était l'unique. Avant cette vision dans la forêt, jamais je n'aurais pu penser que moi aussi j'avais un cœur capable d'aimer, que je méritais un tel bonheur. Mais c'était le cas, et je savais une chose : j'aimais Jasper avant même de l'avoir rencontré. Au cours des années, je me repassais souvent cette fameuse scène de notre première rencontre… et je ne m'en lassais pas. Je ne cessais d'admirer ses traits parfaits et cette juste proportion que m'offrait son visage, cerné de mèches dorées. Je mourrais littéralement d'envie de le toucher, d'effleurer les courbes de son torse, d'agripper ses cheveux, de frôler ses lèvres si sensuelles avec les miennes… Le désir qui me submergeait à chaque fois que je le voyais était tout bonnement incontrôlable mais j'étais forcée au rôle de spectateur.
Avec le temps, j'avais vu la société évoluée et les mœurs changés. Les jupes s'étaient progressivement raccourcies, en même temps que les conflits politiques emplissaient. Mais ces problèmes purement humains ne m'alarmaient pas vraiment. Après tout, la question de la possession de petites villes allemandes par un quelconque dictateur ne me concernait pas. Ce qui m'intéressait plus fortement en Europe, c'était l'impact de certaines personnes sur une société toute entière. Les artistes, libres-penseurs, écrivains en tout genre qui n'hésitaient pas à clamer haut et fort ce qu'ils pensaient et à rallier le plus de gens possible à leurs causes. C'est ainsi que mes pas m'ont naturellement conduit à Paris, capitale des arts. C'est dans cette ville magique que j'ai approchée les plus grands peintres contemporains ou discutée de l'avenir du monde avec de célèbres humanistes. C'est là aussi que j'ai rencontrée les nouveaux stylistes de mode, ceux qui se targuaient d'être à l'origine d'un tournant de la société, ceux qui pensaient pouvoir créer la tendance, ceux qui m'ont tout appris. C'est là, à l'ombre d'un chêne bordant la Seine, pendant que je réalisais plusieurs croquis, que j'ai compris que cette passion qui m'animait n'était pas un simple un loisir. Non, j'excellais dans ce domaine et cela n'avait rien à voir avec ma nature de vampire. J'étais douée pour la mode, aussi bien que l'aurait pu l'être une humaine. En concevant de beaux vêtements, portés par les plus grands de ce monde, je me rapprochais de mon côté humain, je le mettais en avant et les gens me reconnaissait ce talent. Ils ne se souciaient plus de mes histoires à dormir debout ou de ma beauté indécente, ils ne voyaient qu'Alice prodige du stylisme, dont les doigts réalisaient des merveilles à partir de lambeaux de tissus.
Mais pour le moment, je n'étais plus à Paris.
J'étais à Chicago, assise dans un café des plus lamentables, fixant un homme que je ne connaissais pas encore. Il était de dos, me laissant tout le loisir d'admirer sa coiffure des plus désordonnée. Les rayons du soleil, déclinant sous le poids du crépuscule et éclairant chacune de ses mèches, lui donnaient un aspect plus qu'irréel. Dehors, les premières neiges de l'hiver s'était invitées de bonne heure cette année. Elles rencontraient les dernières lueurs du jour en un ballet improvisé par le souffle du vent. Les passants se stoppaient net dans leurs courses pour admirer ce spectacle fabuleux, avant de se hâter de rentrer chez eux pour la nuit. Mais je ne remarquais rien de tout cela, toute mon attention était portée sur Jasper. J'étais dans ma bulle et le ciel aurait bien pu tomber que je ne l'aurais pas perçu. Tant d'années que j'attendais cela et le moment était enfin arrivé. Je me levais donc pour aller à la rencontre de mon destin. L'endroit était faiblement éclairé par des lampes posées ça et là, au gré des envies, mais cette ambiance ne me gênait pas le moins du monde ; Mes yeux pouvaient percevoir chaque détail même dans la nuit la plus noire. J'avançais donc avec grâce, déambulant parmi les chaises disparates et les tables trop usées pour tenir encore debout.
Je m'assis face à lui, avant même qu'il ne le comprenne. Il leva la tête et mon regard plongea dans ses yeux interrogateurs. Je ne me souciais guère en cet instant du reflet argenté que prenaient ses boucles ou de la pâleur quasi lunaire que reflétait sa peau. Non, je n'en avais pas conscience car ce que je décelais dans ses prunelles me déstabilisa profondément. Je savais qu'il n'était pas des plus heureux, j'avais ressenti des décennies auparavant le malheur qu'il dégageait. Mais rien n'aurait pu me préparer à une telle intensité, jamais je n'aurais pensé que souffrir autant était possible. La peine que je pouvais lire dans son regard me transperça, je n'avais qu'une seule idée : le consoler. Je voulais aspirer ses soupirs, embrasser ses larmes et faire disparaître toute trace de tourment. Mon corps se mit à trembler légèrement, il dû comprendre mon trouble car avant même de me demander mon identité, il s'inquiéta de mon état.
« Vous allez bien ? » me dit-il d'un ténor soutenu. « Vous semblez vraiment inquiète. Mon nom est Jasper. »
Soudainement, une vague de bien-être m'assaillit. Je pris conscience de la situation. J'étais là où je devais être, avec la personne qu'il fallait. Je repris contenance, avant de lui répondre.
« Oh… Oui, je sais. Tout va bien maintenant. Je suis Alice et il faut que l'on se parle, Jasper… en privé. »
Il me scruta pendant de longues secondes, avant de m'accompagner vers la porte de la sortie sans un mot. Il me guida vers son appartement, situé juste en haut de l'établissement, toujours dans un silence d'outre-tombe. J'essayais de rassembler mes idées, ne sachant pas par quoi commencer. C'était bien la première fois que j'étais prise au dépourvue, une de mes visions m'aurait été bien utile à ce moment. Comment lui annoncer que je l'avais vu et attendu pendant prés d'un demi siècle ? Que je savais que nous étions faits pour être ensemble ? Que sa seule rencontre avait suffit à me faire renoncer à la mort ? Bien sûr c'était un vampire, mais une telle dévotion ferait fuir n'importe quel homme, non ? J'angoissais… alors que j'aurais dû profiter amplement des moments passés en sa compagnie.
Après avoir grimpé un minuscule escalier et ouvert une porte branlante, nous arrivions enfin chez lui. L'endroit n'était qu'une sombre copie du café qu'il surplombait, agrémenté cependant d'une couche de poussière impressionnante. L'unique pièce se séparait en deux parties pour laisser apparaître un coin cuisine, dont il ne se servait certainement jamais, et un coin séjour. Trois fenêtres constituaient l'unique décor des murs défraichis, offrant à la pièce les lueurs du soleil couchant.
Je décidais de commencer par le plus simple : mon don. Il m'invita à m'asseoir sur le canapé décrépit avant de s'installer sur le fauteuil qui me faisait face. Il me fixait, attendant que j'engage la conversation. Je ne pouvais pas me concentrer et, même si l'air ne m'était plus indispensable, je suffoquais. La crise d'angoisse allait bientôt arriver. Une seconde vague de bien-être m'envahit et je pus enfin commencer mon histoire.
« Comme je l'ais dit avant, je m'appelle Alice et je peux voir le futur. »
Au moins, ça, c'était dit. J'avais été claire et direct… peut-être même un peu trop. Il me regarda d'un air ahuri, sans m'interrompre pour autant. Il était sacrement silencieux quand même ! Depuis les dix minutes que je le connaissais, il n'avait prononcé qu'une seule phrase. Je décidais donc de continuer sans attendre une intervention de sa part.
« Comme toi, je suis un vampire mais j'ai un don : des visions. Et cela fait plus de soixante années que je t'attends Jasper. » Cela avait été plutôt bref, je m'attendais à ce que mon discours soit plus riche, plus long mais je n'avais été capable de débiter que l'essentiel des informations. Rien d'autre ne me venait, je ne savais pas quoi ajouter. Après tout, j'avais exprimé le principal, c'était à son tour de me dire quelque chose maintenant. Mais il était plus que muet….
« Dis quelque chose, ne reste pas silencieux, je t'en pris. » Ma voie s'était faite entendre comme une supplique. Il réagit aussitôt, se redressant sur son siège.
« Pourquoi… pourquoi éprouvez-vous de… ce genre de sentiment à mon égard ? De… l'amour ?!» Sa voie s'était faite incertaine, comme s'il cherchait à se convaincre lui-même de ce qu'il disait. Voilà une question qui me troubla, je m'attendais à tout mais pas à cela. Et cette vision, elle venait ou pas ?
« Je… je n'ais jamais parlé de tel sentiment et par pitié ne me vouvoie pas. Ça me donne l'impression d'avoir vraiment quatre-vingt ans. » Mon ton se voulait léger, maigre tentative de détourner son attention de ce sujet délicat que je ne voulais pas encore aborder.
Cette remarque eut pour point positif de lui arracher un sourire… qu'il ravalât rapidement. Il semblait lui aussi perdu, confus comme s'il cherchait une explication logique à ce que je venais de lui dire auparavant ou à ce qu'il venait de constater à l'instant.
« Non, tu n'en as pas parlé mais je l'ai ressenti. Tu n'es pas la seule à avoir un don. » Ajouta-t-il dans un souffle, sans me regarder. J'avais l'impression qu'il hésitait à me confier la suite, mais il en avait déjà trop dit. « Je peux discerner n'importe quelle émotion chez les personnes qui m'entourent, et les contrôler. » Si j'avais pu, mes joues seraient devenues écarlates. Il pouvait lire en moi, déceler les moindres sentiments qui m'animaient. Eh bien, ma tâche serait plus aisée. Je n'aurais pas à lui avouer ce que je ressentais puisqu'il le savait déjà. Ce qui ne me réconfortait pas le moins du monde.
« Eh bien, c'est compliqué. » avouais-je en répondant à sa question qui était sans doute purement rhétorique. Il ne réagit pas et changea de sujet aussitôt.
« Comment être sûr que tu dises la vérité… au sujet de tes visions ? Beaucoup de personnes ont tentés de me duper durant ces années. Je sais lire les émotions mais pas les pensées. J'ignore si tu es digne de confiance. »
Je m'attendais à cette remarque. Il voulait une preuve, il était sceptique et c'était bien normal. Je débarquais sans prévenir dans sa vie, et je m'attendais à ce qu'il m'accueille à bras ouverts ? Oui, peut-être que j'espérais qu'il réagisse ainsi. Mais ce n'était pas le cas. Je dû alors me concentrer, essayant tant bien que mal d'avoir une vision cohérente et suffisante. Comme pour répondre à mes attentes, la scène devint soudain lumineuse, la pièce exigüe était la même que cinq secondes auparavant. Jasper était toujours assis, les mains croisés sous son menton, aussi parfait qu'une statue grecque. J'étais installée face à lui, lui offrant un sourire malicieux. Quand soudain un oiseau d'un noir de jais vint s'abattre contre la fenêtre qui donnait sur la rue, faisant un désordre fracassant. Aucun de nous ne bougea, le bruit ne nous avait pas déconcentrés. Mais un asiatique rondouillard d'une cinquantaine d'années, poêle à la main et tablier autour de la taille, fit irruption dans la pièce sans même se soucier de notre présence. Il se rua à la fenêtre, l'ouvrit d'un coup de main stupéfiant, tout en bramant des paroles incompréhensibles à l'encontre du volatile. Il s'en alla aussi vite qu'il était entré, provoquant un chaos indescriptible sur son passage et emportant dans son sillage une pile de document qui s'envola avant de s'éparpiller au sol. Je fixais toujours Jasper, une fois la porte fermée j'éclatais de rire tellement la scène qui venait de se dérouler dans son salon était improbable.
Je revenais à moi, quelques minutes avant le forfait. Je plongeais mes yeux dans ceux de l'homme qui me faisait face, il avait l'air troublé.
« Ça va ? Tes yeux sont devenus bizarres et tu avais l'air d'être ailleurs pendant une minute !? » Me dit-il, visiblement mon moment d'absence ne l'avait pas laissé indifférent. Il semblait curieux et… inquiet.
Mon visage s'était illuminé d'un sourire, tandis qu'il se penchait vers moi, croisant les mains sous son menton, parfaite réplique de ce que je venais de voir.
« Il y a un restaurant chinois dans les environs, non ? »
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