Chapitre 8

*

Le soleil m'aveuglait, enfin ce qui me semblait être le soleil m'éblouissait tellement que je n'arrivais pas à distinguer l'ange qui me faisait face. Je ne percevais que les yeux de Jasper, d'un noir de jais, signe évident de son désir grandissant, fixant ardemment cette femme à ses côtés. Je savais par expérience, qu'à cet instant, le venin emplissait sa bouche et ses pensées par la même occasion. L'envie prenait le pas sur sa conscience et sur toutes ces années d'abstinence. En retrait, la déesse aux cheveux roux veillait, se délectant du spectacle sordide qui s'offrait à elle. Apparemment, mon amour sombrait dans un pur délice et franchissait toutes les barrières de la morale…

Quelques jours auparavant…

L'Espagne ne me plaisait plus tant que ça. J'avais fait le tour de ce pays pourtant si magnifique. Maintenant Je voulais découvrir de nouveaux horizons en compagnie de Jasper. Je voulais partager avec lui les paysages fabuleux de l'Irlande, les cultures fantasques des pays de l'Orient ou encore les reflets du soleil sur le sable du Sahara. Cette dernière proposition allait sans doute être compliquée à mettre en place mais qu'importe ! Pour le moment, je tentais de rassembler mes affaires personnelles dans trois énormes valises… néanmoins trop petites pour contenir tout mon dressing room. Mon compagnon, allongé sur le lit, me laissait vaquer à mes occupations pendant qu'il tentait de ne pas insulter la standardiste de la compagnie aérienne. Avoir un vol durant les vacances d'hiver ne s'avérait pas chose facile et je m'amusais à le voir à bout de nerf, prêt à exploser le combiné du téléphone à la moindre occasion. Une petite ride s'était formée sur son front, à mesure qu'une veine palpitait sur sa tempe. Il m'étonnait cependant de par son self-control. Outre ces signes physiques évidents, rien n'augurait une crise de nerf dans son attitude. Il restait poli avec l'employé, tentant de cacher son agacement à la suite des réponses négatives. Je ne pus me retenir plus longtemps et grimpa sur le lit avec lui. Allongée à ses côtés, je voulais l'apaiser à ma manière. Prenant sa main tiède dans la mienne, nos doigts se croisèrent naturellement. Je laissais mon souffle chaud se balader le long de sa nuque, admirant avec convoitise une petite mèche doré qui lui barrait le regard.

« Hum, hum… je vois. Très bien… » Lui dit-elle distraitement. Mes mains étaient à présent passées sous sa chemise, à l'insu de ma volonté ! Ces petites cachotières s'amusaient à découvrir encore et encore les courbes qui constituaient son torse athlétique. Mes yeux pétillaient littéralement de malice, les siens de désir. La veine s'était à présent calmée et les petits plis de son front étaient enfin invisibles. Il était plus serein, mon travail était donc terminé. Je sautais alors sur mes jambes, au moment où il raccrochait le téléphone. Il me rattrapa habilement et me plaqua sur le lit, à l'abri de ses bras.

Il reprit là où je m'étais arrêté… parfaite réplique de mes propres gestes. Lentement, il me prit la main et croisa nos doigts dans un geste qui se voulait doux et tendre. Nos yeux ne se quittaient plus, nous plongions tout deux dans l'âme de l'autre. Mon corps lui était complètement dédié, je n'aurais pu bouger même si j'en avais eu envie. Tout en se baissant sur moi, il balada son visage sur mon cou, me laissant le soin de respirer le parfum envoûtant de ses cheveux. Son haleine tiède sur ma nuque eut pour effet de me sortir de ma transe. Je passais donc mes bras autour de ses épaules et ramena ses yeux à mon niveau, m'emparant ensuite en un mouvement habile de ses lèvres entrouvertes. Ses mains quant à elles, s'étaient frayé un passage jusque sous mon corsage, provoquant derechef mes tremblements. Mon baiser se fit plus pressant, preuve du plaisir que je prenais à être dans ses bras. Ma jambe s'enroula autour de sa taille au moment où sa main glissait inévitablement vers un endroit de mon anatomie qui lui était déjà tout offert, mon corps s'arquant de désir sous le poids de ses lentes caresses. Je n'avais qu'une seule envie : lui enlever cette chemise, ce bout de tissu freinant mes ardeurs. J'entrepris donc de défaire un à un les boutons, lentement, délicatement laissant ainsi l'envie nous submerger tous deux, tout en ne cessant d'abreuver chaque partie de son corps qui m'était accessible de baisers langoureux. Il comprit ce que je voulais faire, et sans même penser à l'épargner, arracha le mince vêtement que constituait mon chemisier. Nous étions donc tous les deux à égalité : torse nu offert aux soins de l'autre. Il plongea son visage dans ma poitrine nue, s'imprégnant au passage de mon odeur, m'embrassant les seins avec tant d'avidité que je ne pouvais plus bouger. Je ne parvenais qu'à murmurer son prénom en une longue complainte, lui intimant de continuer. Son bassin se collant au mien, dans une danse des plus sensuelles, ne me laissait plus rien supposer du désir que je lui insufflais. Un râle de plaisir s'échappa de mes lèvres, à mesure qu'il découvrait mon corps. Il stoppa ses caresses et planta ses yeux dans les miens. Un instant, je ne pus percevoir que la même chaleur qui m'animait, mais à bien y regarder, je pus y déceler une immensité de sentiments auxquels je n'avais jamais osé rêver.

Il repartit à l'assaut de mes lèvres, m'offrant ainsi une infime partie du nirvana… lorsqu'une personne malhabile frappa à la porte, coupant court à toutes nos perspectives. Comme douche froide, on ne pouvait pas faire mieux.

« Service de chambre » Brailla une petite voix de l'autre coté.

« Nous n'avons rien commandé. Partez ! » Jasper n'avait put dissimuler son agacement dans cette réplique et la femme ne demanda pas son reste avant de s'en aller précipitamment. Il était toujours posé sur moi, scrutant mes prunelles avec tant d'intensité que j'eus presque peur de m'évanouir. Mais le moment était passé à présent. J'observais toujours ses lèvres avec envie, mais la magie de notre étreinte s'était envolé aussi vite que l'employé malavisée. Il dû lui aussi songer à la même chose puisqu'il se releva et s'assit à mes côtés.

« Tu sais… cette situation me frustre énormément… » Lui dis-je après un moment. Il me regarda avec des yeux taquins et une moue pleine de sous-entendus, il ne me fallut pas longtemps pour en déduire ce qu'il avait saisit.

« Non… oh, enfin ça aussi mais… je parlais plutôt de mon absence de visions. »

À l'évocation de mon problème, il prit soudain une figure très grave empreinte de sollicitude. Au fil du temps, j'avais compris une chose : Jasper n'était pas très loquace ou expressif. J'avais dû user et abuser de toute ma perspicacité pour savoir dans quel état d'esprit il pouvait se trouver. A présent, il était curieux et inquiet à la fois. « Pour je ne sais quelle raison, depuis quelques mois c'est le noir complet. J'essaye de voir notre futur à tous les deux, mai rien. Je n'aime pas, ne pas savoir ce qui va se passer ensuite. » Continuais-je sur le même ton.

« Eh bien, je suis désolé mais je n'ai pas d'explication à ce phénomène, mon ange. La seule chose que je peux t'assurer, c'est que nos futurs à tous les deux sont indéniablement réunis. » Me répondit-il de manière pensive. À l'évocation de notre avenir commun, je ne pus m'empêcher de sourire béatement. « Quand dis-tu que cela a commencé ? » Lança-t-il innocemment.

« Depuis notre rencontre… » Reconnus-je d'une petite voix. Cette réponse me parut tellement stupide, comment avais-je bien pu penser que ce jour de novembre était la cause de ma mésaventure. Bien évidemment, cette date ne signifiait pas la fin de quelque chose, mais plutôt le début d'une belle histoire. Le fait que ces deux évènements soient liés était simplement une malheureuse coïncidence, un tour grotesque du destin.

« Oh… si tu le désires, je veux bien m'en aller. Peut-être que ton don reviendra. » Déclara-t-il d'un ton très sérieux, cependant que ses yeux affichaient une pointe d'amusement.

« Tu sais, je ne pense pas que ce soit la solution adéquate pour remédier à ce problème. Mais si tu souhaites t'en aller, je ne te retiens pas. » Lui répondis-je sur un ton faussement désinvolte. Il ne s'y méprit pas et attrapa ma main, tandis qu'il plantait ses yeux dans les miens.

« Il faudrait toute une armée pour m'empêcher d'être à tes côtés ma chère Alice. » Ajouta-t-il dans un souffle. Toutes traces d'espièglerie étaient à présent envolées. C'était la première fois depuis notre rencontre qu'il affichait autant de sincérité et de conviction. Ce nouvel élan de franchise me bouleversa et je ne pus rien répondre pendant un instant, ma voix se perdant dans la contemplation de ses traits sublimes. Je tendis le bras et mon autre main rencontra sa joue, penchant la tête sur le côté il l'embrassa. J'avais rencontrée bon nombre de personnes dans mon existence : humains à la fragilité déconcertante et vampires à la beauté prodigieuse. Mais aucun d'entre eux n'arrivait à la cheville de l'homme qui me faisait face. Jamais je n'avais vu personne aussi digne et pure, mélange effrayant d'élégance et d'indécence. Jamais Jasper ne m'était apparu plus beau qu'en cet instant. Nous restâmes un long moment à nous regarder, sans rien dire. C'était comme si le temps s'était figé et que plus rien n'importait, sinon le moment parfait que nous partagions.

« Je t'aime Jasper. » Rien d'autre ne m'était venu à l'esprit, sinon ces quatre petits mots lourds de sens que je n'avais jamais prononcé auparavant. Je ne me souciais plus à cet instant qu'il ne partage pas mes sentiments, qu'il s'en aille en claquant la porte ou même que la Terre explose sous l'impact d'une météorite. Non, plus rien n'importait car en cet instant une immense joie emplit ma poitrine. J'avais l'impression que mon cœur s'était remis à battre sous l'impact de la véracité de mes propos. C'est alors qu'il prononça la phrase la plus belle qu'il m'ait été donnée d'entendre.

« Pas autant que je t'aime, mon ange. »

Le sol s'effondra sous mes pieds, le ciel s'abattît sur ma tête et une myriade d'étoiles rayonnèrent dans mon cœur. Comment ces quelques mots pouvaient-ils me faire un tel effet ? Sans même attendre ma réaction, il ajouta :

« Moi aussi, je suis heureux. Cela fait trop longtemps que nous nous cherchions. »

« Nous ? Il y a deux mois, tu ne savais même pas que j'existais, mon cher. Je t'ais attendus pendant près d'un siècle, moi. » Ma bonne humeur était apparemment contagieuse puisqu'il me gratifia d'un sourire étincelant, avant de prendre part à mon petit jeu.

« Je te signale que même si je n'ais pas de visions, j'ai toujours su que tu débarquerais un beau jour dans ma vie, » Lança-t-il avant de continuer sur un ton innocent. « Même si je m'attendais à autre chose. »

« Vraiment ? » Il avait piqué ma curiosité à vif, mon petit jeu se retournait contre moi. Jasper, quant à lui, s'amusait sans aucun doute de me voir aussi intéressée. J'étais à présent dans ses filets. « Et qu'espérais-tu donc si ardemment ? » Je ne tenais plus, son indifférence feintée m'agaçait au plus haut point.

« Oh… rien d'exceptionnel, je pensais juste que la femme de ma vie serait blonde, pulpeuse et ferait au moins 1,70m. » Ajouta-t-il tout en s'esclaffant.

« Eh bien tu dois être vraiment déçu. Malheureusement pour toi, je suis brune, menue et irrémédiablement petite. Quel dommage, n'est-ce pas ? » Ah, il devait vraiment adorer me tourmenter de la sorte. Quelle sotte je faisais, je tombais droit dans le piège qu'il m'avait tissé.

Je me levais pour admirer la vue par la baie vitrée, tout en me renfrognant. Ses bras m'enveloppèrent, avant de me rassurer.

« Tu n'es pas blonde et grande, mais tu es parfaite. Tu es la femme que j'aime et tu oses en douter alors que je ne fais que plaisanter ?! Je ne te connaissais pas aussi influençable. » Je ne pris pas la peine de répliquer, son visage trop prés du mien m'envoutant de par son odeur étourdissante.

*

L'avion entamait sa descente dans la nuit noire de Bangkok. La plupart des passagers se reposaient tranquillement, excepté nous deux, seuls vampire de l'habitacle. Jasper, à mes côtés, feignait de dormir mais ses doigts chatouillaient le creux de ma jambe à l'insu des hôtesses. A part ce mouvement, sa comédie était irréprochable, son visage impassible ne trahissait rien de ses émotions. Aussi figé qu'une statue depuis déjà six heures, il se « réveilla » lorsque l'appareil toucha le sol, provoquant d'horribles secousses au passage.

« Salut mon amour » Me susurra-t-il au coin de l'oreille, pendant que je me démenais pour enlever ma ceinture de sécurité. Je tournais la tête au moment où il éloignait la sienne, attrapant ses lèvres au passage dans un baiser enflammé. Stoppant notre étreinte en entendant les gloussements de quelques personnes, je lui décochais mon plus beau sourire.

« Bonjour toi. Bien dormi ? » Il opina rapidement, tout en m'invitant à me lever pour sortir. Passant devant moi, je vis les hôtesses qui pouffaient comme des adolescentes tout en lui souhaitant une bonne journée. Quand j'arrivais à leur rencontre, bizarrement, elles ne me remarquèrent pas.

L'aéroport national de la Thaïlande était bondé malgré l'heure plus que matinale. Jamais je n'avais vu autant de personne amassées au même endroit à trois heures du matin. Jasper me laissa seule au moment de récupérer nos bagages pour aller chercher un moyen de locomotion adapté à nos besoins ; C'est-à-dire, une voiture très rapide aux vitres teintées. Nous ne pouvions risquer d'être vue par quiconque en plein soleil. Je m'affairais à hisser une de mes nombreuses valises sur le chariot à roulette quand un homme m'aborda. D'une vingtaine d'années environ, le visage carré cerné de mèches sombres, les yeux d'un bleu azur dans lesquels n'importe quelle femme aurait pu plonger, le teint halé, un corps élancé et musculeux, on aurait dit un vrai mannequin. Plutôt pas mal dans son genre.

« Permettez-moi de vous aider. » me dit-il avec un sourire très avenant, tout en prenant le bagage de mes mains. J'avais l'air d'être en sucre ou quoi ? Au point de ne même pas pouvoir porter un petit sac… enfin pas si petit que ça, puisqu'il était pratiquement aussi haut que moi. Mais tout de même, je n'étais pas ce qu'on pouvait appeler une « faible femme ». Apparemment, ce gentil jeune-homme n'était pas de mon avis puisqu'il s'occupait déjà d'empiler dans un équilibre incertain mes affaires. Je le laissais faire, après tout, ce n'était pas tout les jours que j'avais droit à un excès de galanterie. La plupart du temps, les hommes me dévisageaient sans pour autant oser m'aborder ; soit à cause de mon vampire de petit-ami qui leurs offraient un grognement dissuasif, soit à cause de leur instinct à garder la vie sauve.

« Merci. » lui lançais-je, tout en faisant un geste pour reprendre les rênes du chariot à bagages. Mais il ne m'en laissa pas l'opportunité puisqu'il y plaqua ses mains, cependant qu'il me dévisageait vivement.

« Vous devez être épuisée après un tel vol, laissez-moi vous offrir un verre ! » Déclara-t-il avec toutefois un peu trop d'ardeur. Je me faisais draguer ! Oh, voilà qui plairait à mon compagnon. Apparemment les vrais gentlemen n'existaient plus, toute cette mise en scène n'était qu'un vague moyen de me mettre dans son lit. Pathétique ces humains, vraiment. Le peu d'estime que j'avais éprouvé pour lui retomba comme un soufflet.

« Non, merci. Ça va aller. » Lui répondis-je tout en lui intimant de se pousser. Jasper devait m'attendre à présent et lorsqu'on volait une voiture, on n'avait pas le loisir de traîner sur les lieux du crime. Je devais donc me hâter d'aller le retrouver à la sortie. L'homme me scruta d'autant plus que je lui résistais, un vrai don juan celui-là, à ne pas manquer.

« Oh, allez ! Faites-moi le plaisir de pouvoir au moins vous raccompagner jusqu'à votre taxi. »

« Non, je ne crois pas que ce sera nécessaire. » Mon ton était suffisamment sec, pour lui laisser l'opportunité de comprendre que je n'étais pas intéressée. Mais il ne s'en alla pas pour autant. J'allais devoir le mordre pour qu'il prenne ses jambes à son cou ou quoi ? Franchement, après deux refus, n'importe qui aurait lâché le morceau alors pourquoi s'acharnait-il de la sorte ? Je n'attendis pas sa réaction, et m'en alla vivement, me faufilant à travers les touristes trop nombreux… mais il me rattrapa. « Vous n'abandonnez jamais, hein ? » lui lançais-je durement.

« Pas quand la récompense est aussi belle que vous ! » me dit-il avec un sourire qui se voulait ravageur.

Récompense ? Ma tête avait donc la forme d'une médaille. Encourageant. On ne faisait pas mieux comme compliment. Cet individu commençait vraiment à m'étouffer lorsqu'une voie familière nous interrompit.

« Je crois qu'elle vous a dit non, vous pouvez donc partir. » assena un ténor soutenu. Le grand brun dépassait mon amoureux d'une tête mais ne se risqua pas à répliquer devant le sifflement qu'il avait perçu. Il disparut aussi vite que Jasper était arrivé. Tel le preux chevalier, ce dernier venait sauver sa princesse en détresse. Princesse, moi ? Je ne crois pas, non ; En détresse, encore moins.

« Tu es chou mais je m'en sortais très bien, tu sais. » Marmonnais-je avant de continuer ma route.

« Oh j'ai vu ça, oui ! » Ses accents étaient empreints d'un peu trop de sarcasmes à mon goût. « Je vous observe depuis déjà deux minutes, et ce gros balourd n'a pas arrêté de te fatiguer. Je me suis retenu pour ne pas lui sauter à la gorge, vu ce qu'il ressentait. »

« Serais-tu jaloux ? » m'empressais-je de lui demander. Ma précipitation ne le laissait rien supposer de mon ravissement à le voir me protéger. Il ne répondit pas, ce que je pris pour un acquiescement à ma question. « Eh bien, tu n'avais pas à t'inquiéter, j'allais l'envoyer paître. En plus ce n'est pas vraiment mon type, je n'aime pas les grands bruns ténébreux. »

« Je sais. » ajouta-t-il, les yeux dans le vague, un semblant de sourire éveillant ses traits. « Mais je ne supporte pas de les voir te désirer à ce point. J'ai l'impression qu'ils ne te voient que comme… »

« Une récompense.» le coupais-je, me souvenant de ce que je venais d'entendre quelques minutes auparavant. « Eh bien, tu n'as qu'à te concentrer sur les miens, de sentiments… et tu verras que ma récompense à moi, c'est toi. » Déclarais-je simplement.

Nous étions à présent sur le tarmac et je respirais à plein poumons, profitant de l'air frais, cependant qu'il me dirigeait vers une Mercedes flambant neuve aux vitres sombres. J'allais prendre place dans la voiture lorsque quelque chose changea. La scène n'était plus la même et j'étais témoin d'un étrange spectacle. Cette vision n'était pas aussi distincte que les précédentes. Eblouit par la lumière, je ne percevais que des fragments de personnes, des couleurs, des sons, des voix… rien de bien explicite. J'arrivais à distinguer une longue chevelure rousse presque brune, des éclats de rire, le visage de Jasper et le mien qui se mêlaient les uns aux autres dans une danse impromptues, me laissant un amer goût de chaos et de confusion. Soudain l'odeur du sang humain me frappa de plein fouet, aussi sûrement que si j'avais été sur les lieux. Un vampire aux traits déformés par la soif s'en donnait à cœur joie… si cela avait été possible.

Je revenais à moi pour découvrir un Jasper au summum de l'inquiétude, me tenant par les bras et me secouant vivement pour que je revienne à moi. « Que se passe-t-il Alice ? Qu'est-ce que tu as vu pour te mettre dans un état pareil ? » Implora-t-il. Mais de quel état parlait-il ? J'allais bien… enfin je crois. A dire vrai, cette vision m'avait choquée. Les yeux écarquillés, pas un mot ne passait la barrière de mes lèvres. Je restais pétrifiée, figée comme seule notre race savait l'être, par l'effroi de la situation à venir. Apparemment cette allure ne plaisait pas à mon amoureux, lui qui savait mieux que personne le trouble intérieur qui m'animait. Je restais muette, ne pouvant me résigner à parler, alors que le visage d'une petite fille m'apparaissait. Une chevelure d'un blond presque divin, un sourire angélique laissant subitement place à… un masque d'horreur tandis que je me jetais sur elle. Je fus alors transpercée de sanglots dénués de larmes alors que je prenais conscience de l'épouvante de ce qui allait arriver. De nouveau, quelqu'un allait mourir. L'un de nous deux allait bientôt attaquer une personne innocente… un humain.

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Je voulais vous dire un grand merci pour vos reviews!!! J'adore en recevoir!! :)