Alors avant de commencer un énorme, un gigantesque MERCI à DansMaBulle qui m'a beaucoup aidé pour ce chapitre! T'es adorable!! :)

J'ai un peu galérée pour celui-là mais j'espère que vous apprécierez! Enjoy... ^^

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Chapitre 10

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J'étais là… accroupie sur la branche d'un arbre, guettant la moindre odeur, le moindre petit son qui m'indiquerait que ma proie est dans les parages. Tapis dans l'épais feuillage d'un eucalyptus, je repensais à Jasper, l'amour de ma vie, que j'avais laissé quelques minutes plus tôt sans rien lui expliquer. Il devait être réellement dérouté à cet instant car ma fuite dans la jungle thaïlandaise avait été plus que précipitée. Je ne lui avais pas dit où j'allais où ce que j'allais faire. Je n'avais même pas pris le temps de trouver une bonne excuse pour qu'il ne s'inquiète pas. Non, je m'étais décidé en un millième de seconde après qu'il m'ait avoué être totalement impuissant face à Eliauna.

« …trop difficile, je ne sais pas si j'aurais supporté son emprise encore très longtemps. En fait… tout était très bizarre, comme édulcoré. » Je n'avais saisit que la moitié de sa phrase, encore sous le choc de ce qu'il venait de m'apprendre : Eliauna l'avait subjugué et il ne m'avait plus vu. Ça n'avait donc pas été qu'une impression, à un instant j'avais vraiment été transparente à ses yeux. Son indifférence à ce moment-là me revint en pleine face, m'assommant encore une fois. Mais ce n'était pas de sa faute, c'était la sienne… Je devais donc me reprendre et régler la situation.

« Édulcoré ? Qu'est-ce que tu veux dire par là ? » L'utilisation de ce mot me paru bizarre. Jasper ressentant mon incompréhension, continua son discours.

« Je n'arrive pas vraiment à l'expliquer… c'est un peu le brouillard quand j'y repense. Je ne me souviens pas du tout de certain moment, comme ma rencontre avec elle dans les bois. C'est très confus. Mais d'autres passages, comme notre arrivée sur la plage, sont très clair, presque trop même. Je me souviens d'une vive lumière, illuminant chaque détail. »

« Mais… c'était le matin, très tôt. Le soleil ne s'était même pas encore levé quand vous êtes arrivés. »

« Je sais et c'est ce qui est étrange. En y repensant, je ne pense pas que ce soit naturel. C'était trop beau, trop irréel. Et même mes sentiments ont été plus vifs, comme si ce n'était pas moi. C'est d'autant plus frustrant que je comprenais que quelque chose n'allait pas, mais que je ne pouvais rien y faire. J'avais l'impression que mon corps ne m'écoutait plus. Très déroutant comme sensation. Heureusement que tu étais là… » Il leva les yeux, me fixant ardemment pour me montrer la véracité de cette dernière phrase, mais je ne la comprenais pas. Comment avais-je pu l'aider en quoique ce soit ? J'avais été complètement inutile et refourguée au second plan, spectatrice malheureuse de ce jeu de séduction.

« Comment ça ? Je ne t'ais pas été d'un grand secours. » Lui avouais-je sans difficulté. J'aurais préféré garder cette phrase pour moi, et avec elle, l'illusion que je lui avais été essentielle lors de cette grotesque scène ; Mais on ne pouvait jamais rien lui cacher.

« Au contraire, sans toi tout à côté, je n'aurais sans doute pas pu lui résister autant. Elle aurait fait de moi, ce qu'elle voulait. »

C'était clair dans ma tête à cet instant, il ne pouvait plus l'affronter. Je devais le faire seul… et l'expulser hors de notre vie, même si cela signifiait la tuer. Je n'avais plus aucun doute quant à l'issue de cette situation. Mais j'hésitais encore dans les mots que j'allais utiliser au moment de la rencontre avec cette créature à la chevelure de feu. Lui parler de ma vision ou lui interdire d'approcher mon fiancé ? Les deux possibilités me semblaient idiotes et futiles car d'une part, elle n'allait sûrement pas s'en aller gentiment avec un grand sourire, et d'une autre, je ne voulais pas la renseigner sur mon don. Don qui soit dit en passant, m'aurait été encore une fois très utile, mais qui se bornait toujours à être inconstant et hors de mon contrôle. La solution la plus simple aurait été sans doute de partir en avion sur le champ en oubliant cette histoire pour de bon. Mais je ne pouvais pas me sortir de la tête cette odeur, ce cri horrible et ce rire choquant. Je voulais comprendre ce qui se passait mais surtout je voulais tout faire pour que cette atroce scène n'ait pas lieu. J'ignorais toujours tout de son pouvoir, et encore moins l'ampleur de celui-ci. Tout ce que je savais, c'était que Jasper avait été très bizarre en sa présence. Il avait été totalement bouleversé et il s'en voulait terriblement de m'avoir fait douter de ses sentiments à mon égard. Cette situation était vraiment bizarre… En une minute tout notre monde s'était modifié. Le bonheur de nos vacances à l'étranger avait laissé place à l'amertume d'un destin nous échappant. L'envie de nous retrouver ensemble s'était muée en quête inespérée de vérité ; Et la réalité, auparavant agréable et insouciante, s'était changée en scène de théâtre dramatique. Jasper… mon Jasper, toujours si protecteur à mon égard. Si jamais il avait su que j'allais me confronter à cette créature, il m'aurait sans doute attachée à un arbre pour m'en empêcher, ou serait lui-même parti à ma place. Mais je l'aimais tellement… comment aurais-je supportée de lui faire courir un tel risque ?

Une odeur, son odeur me sortit de mes pensées. Son horrible parfum m'écœurait.

Elle était toute proche, je pouvais l'entendre se mouvoir non loin de là. Elle devait m'avoir entendu également, je m'avançais donc pour aller à sa rencontre. Après tout, j'étais là pour ça et nos sens décuplés de vampire ne laissaient pas beaucoup de place à l'effet de surprise. Sa beauté me surprit encore une fois, elle était postée dans une clairière, dos à moi et toutes mèches rouges à la merci du soleil étincelant. Le contraste entre son corps qui brillaient de mille feux et la nature environnante presqu'obscure, était incroyable. Elle se retourna pour me faire face, affichant un grand sourire amical, cependant que ses yeux se voilaient. Je me mis à avancer doucement, tuant petit à petit la distance qui nous séparait, dernier rempart entre ma rivale et moi. Elle me fixait, attendant que je prononce une parole. Mais rien ne me vînt, je l'observais toujours pendant que je me remémorais les raisons de ma venue ici.

« Alice… que fais-tu ici ? » Me dit-elle d'un ton enjoué qui cachait mal sa surprise. « Oh… tu es sûrement venu chasser justement je viens de flairer une panthère, ça doit être appétissant pour toi, non ? »

Je ne pris pas la peine de répondre à ses questions et à son ton bien trop aimable à mon goût. Elle me dévisagea, affichant un air indescriptible pendant un moment puis repris contenance avant de s'adresser à moi plus sèchement.

« Je vais me répéter une dernière fois, ma chère. Que fais-tu ici ? »

« Qu'as-tu fait à Jasper tout à l'heure ? » Ma voix s'était faite tranchante et brusque. Je devais avoir des explications avant de lui sauter à la gorge et je n'avais pas l'intention de céder à sa comédie clairement sur jouée.

« Ne t'inquiète pas. Il va bien maintenant non ? Alors pourquoi m'importuner plus longtemps… va-t-en je te prie. » Elle s'était adressée à moi de manière hautaine et impérieuse, m'octroyant un petit geste de la main pour que je m'en aille. Décidément elle me sortait vraiment par le nez. « Mais je dois avouer que ton Jasper a un charme certain. Il est viril et brûlant comme la braise… ouh… j'en ferais bien mon quatre heure de ce jeune-homme, sans mauvais jeu de mot. » Ce sur quoi, elle partit d'un rire guttural m'emplissant de haine. Son attitude aussi libérée et franche ne me plaisait pas et je sentais que celle-ci n'était qu'une mise en scène tentant de me faire outrepasser mes limites. Je fulminais intérieurement, m'intimant l'ordre de ne pas lui arracher tous les membres un à un dans la seconde. Je devais lui parler, connaître toute la vérité.

« Dommage pour toi, il est à moi. » Affirmer une telle chose n'était pas totalement vrai. Jasper n'était pas à moi, il faisait parti de moi. Nous étions les deux moitiés d'une même âme, nous nous complétions parfaitement. Mais je doutais qu'une personne aussi vile qu'Eliauna puisse comprendre une telle chose, une phrase aussi simpliste lui convenait donc. « Et j'aimerais bien savoir ce que tu lui as fait. »

« Oh moi ? Rien du tout. La nature s'en est chargée à ma place.» Mais enfin ne pouvait-elle pas simplement me dire la vérité sans passer par toute cette théâtralité ? Je savais pertinemment qu'elle avait utilisé son don pour le manipuler, alors pourquoi le nier encore ? Elle avait l'air de bien s'amuser pendant que je la fixais. Elle s'avança d'un pas dans la lumière, promenant sa main de manière désinvolte autour d'elle, effleurant au passage les plantes à sa portée. Elle me scruta d'un regard inquisiteur, cherchant à connaître les pensées qui m'animaient. « Tu sais, tout n'est pas toujours bon à manger… ou plutôt à dévorer dans ce pays. » ajouta-t-elle avec une moue narquoise.

Pourquoi me parlait-elle de nourriture ? Je lui demandais des explications sur son pouvoir et sur Jasper… et elle me parlait casse-croûte. Quelque chose n'allait pas chez cette fille ! Soit elle était complètement stupide, soit c'était moi. Voyant mon incapacité à déchiffrer ses propos, son sourire s'allongea de plus belle. Mais elle ne m'aida pas pour autant. Puis mon cerveau se mit en marche à toute vitesse et, en un millième de seconde, je compris. Le pouvoir d'Eliauna, Jasper et son attitude étrange, les dangers de s'alimenter dans ce pays, moi qui étais resté dans mon état normal…. Jasper s'était jeté sur un animal non-comestible pour les vampires ! Quelle révélation et surtout quelle ironie ! Nous, vampires mort depuis déjà longtemps, ne digérions pas le sang de la faune thaïlandaise ! La situation aurait pu être risible, si nous ne nous étions pas retrouvés dans ce contexte embarrassant.

« Donc tu n'as jamais utilisé tes pouvoirs, c'est ça ? »

« Pas avec vous… pas encore. » Me dit-elle simplement.

A cet instant, une odeur puissante de chêne vint brusquement nous assaillir : Jasper ! Non, il ne devait pas venir jusqu'ici ! Je n'en avais toujours pas terminé avec Eliauna, et je ne voulais pas qu'il soit dans les parages. Je n'avais aucune confiance en elle et en sa théorie étrange au sujet des animaux de ce pays. Elle était clairement attirée par mon amoureux et je ne voulais pas qu'elle puisse l'avoir à portée de main pour expérimenter ses pouvoirs. Mais il venait toujours dans notre direction, courant à travers les fourrés à une vitesse incroyable, venant sans doute à mon secours. Son arôme se fit plus pressant, de même que ses pas se rapprochaient indubitablement de cette clairière. Non, il ne fallait pas qu'il vienne jusqu'à elle… je me retournais donc, courant dans sa direction pour le dissuader d'avancer encore, lorsque je le vis à une cinquantaine de mètres de là.

« Non, Jasper arrête ! Je vais bien, ne t'en fais pas ! Ne va pas là-bas, reste avec moi ! » Lui criais-je.

Mais il ne réagit pas à mon appel, il continuait d'avancer dans ma direction. Lorsqu'il rencontra mes yeux, son regard changea, se chargeant de haine. De haine ? Mais enfin comment pouvait-il me haïr à cet instant ? Il avançait toujours, toujours plus vite et toujours vers moi. En fait, il fonçait droit sur moi ! Jasper me chargeait ! Je ne comprenais pas ce qui lui prenait, pourquoi diable réagissait-il de cette façon ?

Et il me frappa de plein fouet. Le contact fût brutal, assourdissant… et terriblement violent. Dans sa course, il m'avait projetée en arrière. Mon corps avait fait un bond fulgurant, me procurant au passage une douleur incroyable. Je me retrouvais dans la clairière que je venais de quitter. Face à moi, Eliauna était toujours debout, encerclée cette fois par des bras puissants. Je me relevais péniblement pour assister à un spectacle terrible : Mon amour embrassant avec tendresse cette immonde créature. QUOI ?!! Cette scène me transperça le cœur, me faisant plus de mal que ma chute.

« Jasper… qu'est-ce que tu… »

« Alice, tout va bien mon ange ? »

Nous avions parlé tous les deux au même moment. Mais ses paroles n'étaient pas pour moi. Il s'adressait à cette rouquine, dont il tenait amoureusement le visage entre ses mains. Celle-ci tourna les yeux vers moi, avant d'acquiescer à sa question et de fendre sur ses lèvres.

« JASPER !!! » Mon cri déchirant brisa le silence de cette forêt et leur baiser par la même occasion. Il se tourna lentement vers moi, m'envoyant, à travers son regard, un tel degré de colère que je faillis en tomber. « Jasper, c'est moi Alice » continuais-je d'une voie implorante, les sanglots s'insinuant dans ma gorge. Mais sa seule réaction fût de s'avancer vers moi et de me gifler. Sa main s'abattit sur moi comme un poignard dans une plaie béante. Il ne me reconnaissait pas… Je tenais ma joue d'une main, essayant de trouver une solution, lorsque je vis Eliauna. Elle me souriait de façon malsaine, tout en dégustant amplement ce moment burlesque. C'est alors que toute la rage emplit chaque partie de mon être, me poussant à me relever et à lui faire vraiment face.

« TOI !! Comment as-tu osé ? Laisse-le tranquille ! Arrête de le manipuler ! » Je me jetais sur elle, tentant de lui infliger le plus de coup possible… lorsque mon amour m'arrêta et me projeta encore une fois, à dix mètres de là.

« Non, attends chéri. Laisse-là, je veux savoir ce qu'elle a à dire. » Lui dit-elle, en le prenant par la main. Il la regarda d'un air étonné, puis tourna les talons et la laissa s'avancer jusqu'à moi. Je me relevais, tant bien que mal, cette nouvelle chute m'avait plus meurtrie que la première tant physiquement que moralement.

« Allons parle ! » Me dit-elle impérieusement quand elle fût à mes côtés. J'aurais voulu lui arracher la gorge à mains nues, mais en retrait Jasper veillait et guettait le moindre de mes gestes. Que fallait-il que je dise ? Comment persuader mon amour que j'étais bien moi ? Comment faire pour que ce cauchemar s'arrête ? Rien de ce que je pouvais dire à Eliauna n'aurait changé la situation, je décidais donc de m'adresser à lui, seule personne qui saurait vraiment trouver la vérité ; Lui seul me comprendrait… il devait me comprendre.

« Jasper… je t'en supplie, crois-moi. Eliauna te manipule ! C'est moi Alice, elle contrô… »

« ASSEZ !!! » cria-t-elle en me coupant la parole. Elle se tourna alors vers lui, lui offrant un sourire des plus mièvres.

« Jasper chéri, tu n'as pas… soif ? » Soif ? Cette question le désarçonna autant que moi. Comment pouvait-elle penser à manger en cet instant ?

Au moment où je me demandais encore quel travers pouvait bien se cacher derrière sa question, une nouvelle fragrance attira mon attention. Exquise, envoûtante, appétissante… le nirvana : du sang humain ! J'avais été trop préoccupée auparavant pour la déceler à travers cette forêt, mais maintenant j'en étais certaine : Il y avait un humain à deux cents mètres de là. Jasper avait compris lui aussi, puisque sous l'effet du venin, tout son corps se tendit. Ses pupilles devinrent noires à mesure qu'il prenait conscience de sa soif. Non, nous ne devions pas lui céder ! Jasper ne pouvait pas lui céder !

« NON ! » Je criais, encore une fois, mais cela ne changeât rien. Eliauna éclata d'un rire diabolique, elle adorait la tournure que prenaient les choses. Elle contrôlait absolument tout. Elle se tourna et s'engouffra dans la forêt à une telle vitesse que je faillis ne pas la voir. Elle revint tout aussi vite, ramenant avec elle une bien trop grande tentation pour nous : une jeune-fille frêle, tout en larmes. Celle-ci, une jeune touriste apparemment, ne cessait de jeter des regards apeurés dans tous les coins, cherchant certainement une échappatoire à son destin funeste. Son parfum m'électrifia. Chaque centimètre carré de ma peau brûlait d'envie de se jeter sur elle. Mais une voix me sortit de ma transe.

« Un cadeau pour toi. »

Jasper lui sourit et lui baisa la main affectueusement. Il semblait étonné et… impatient. Non, il ne devait pas écouter son désir, il ne devait pas assouvir sa soif de cette façon, il ne devait pas… tuer cette enfant. Enfant… blonde, angélique, affectueuse, innocente ! Mon habituel souvenir venait me hanter encore une fois, pourtant les deux situations n'avaient pratiquement en commun. Rien à part le meurtre d'un être inoffensif.

« Une panthère ? Quel étrange animal… très appétissant. » Déclara-t-il sans détourner les yeux de cette pauvre femme. Eliauna se jouait de lui encore une fois, à la place de sa victime, il ne voyait qu'un animal. Le sourire de la démone rousse s'accentua tandis qu'elle acquiesçait à ses propos. Mes idées s'embuaient devant mon impuissance. Je ne pouvais pas le raisonner. Il ne m'entendait pas, il ne me croyait pas.

« Je t'en pris… » Ma voix se perdit dans mes sanglots. Je savais qu'à cet instant, toutes ses pensées étaient remplacées par l'appel du venin. Je ne pouvais pas assister à ça, il allait vraiment se jeter sur elle. La jeune fille se mit à pleurer de plus belle en remarquant l'attitude hostile de Jasper. Un grognement sourd, agressif et sauvage sortit de sa gorge, faisant crier sa victime déjà effrayée. Soudain, je me mis à courir afin d'empêcher mon amour de commettre l'irréparable, afin de sauver une vie. Mais Eliauna m'attrapa le bras fermement et me tint sauvagement sur place, m'obligeant à assister à ses côtés à ce spectacle déplorable.

C'est alors qu'il avança, lentement d'abord, puis à une vitesse effroyable. Une seconde ne s'était pas écoulée qu'il s'abreuvait déjà au cou de sa proie. Celle-ci le visage figé et déformé par l'horreur, n'avait même pas eu le temps de comprendre ce qui se passait. Mon cœur se brisa. Il la vidait de son sang et y prenait un plaisir incomparable. Me tenant toujours le bras, Eliauna s'approcha de moi et me chuchota doucement à l'oreille.

« C'est bientôt ton tour, ma chère Alice. »

Je la regardais avec fureur et, sous l'impulsion d'une gigantesque colère, me jetais sur elle. Dans mon attaque, je nous projetais toutes deux à terre. Je la tenais fermement à terre, tentant tant bien que mal de lui briser le cou, lorsqu'elle m'assena un violent coup de pied dans le ventre. Mon souffle s'était coupé sous le choc, et je restais tétanisé pendant un quart de seconde. Je me relevais et fendait déjà sur elle quand un bras fort m'encercla la taille, m'empêchant d'avancer. Non, pas encore lui ! C'était ridicule et affligeant. Comment ne pouvait-il ne toujours pas me reconnaitre ? Il me jeta alors telle une poupée de chiffon avant de se ruer sur Eliauna pour l'aider à se relever. J'étais au sol, n'ayant plus la moindre force de me redresser ou de combattre. J'étais figée, la rage qui m'avait animée quelques instants plus tôt s'était évaporée aussi vite qu'elle avait apparue. Je restais là, à le regarder l'étreindre tendrement encore une fois.

« Achève-là chéri » lui dit amoureusement Eliauna. Et voilà, c'était fini. J'allais mourir, tuée par les propres mains de mon âme sœur, de mon Jasper.

Il se tourna alors vers moi, toujours prostrée au sol. Je ne pouvais que le voir s'avancer dans ma direction. Je ne pouvais rien faire d'autre, mon esprit semblait paralysé par la peur. Je n'avais en tête que son prénom, les moments passés ensemble, son visage affectueux, notre rencontre… uniquement nous. Ses yeux étaient animés de tant de ressentiment que je préférai tourner la tête. Je ne voulais pas le voir de cette façon, je ne voulais pas qu'il me regarde de cette façon.

Il est maintenant tout proche.

Son parfum… hum… Délicieuse odeur.

Il n'est plus qu'à quelques centimètres de mon corps.

Ses pieds, seule partie de lui, que je m'autorise à fixer à cet instant.

Un bruit, un bourdonnement me sort de mes pensées. Le rire infernal d'Eliauna. Encore.

J'attends alors le coup fatal. Le coup de grâce. Celui qui m'enverra en enfer et qui nous séparera à jamais.

J'attends, toujours.

Encore et encore. Etrange.

La mort ne peut décemment pas être aussi longue, non ?

C'est alors que je m'autorisais à relever les yeux pour apercevoir un Jasper empreint au doute et au tiraillement. Il plongea alors la tête vers moi, doucement.

« Alice, c'est vraiment toi ? » Articula-t-il sans un mot, m'obligeant à traduire cette phrase sur ses lèvres. Oh… espoir ! Enfin, il avait compris !

« Alors chéri ? Qu'est-ce qui te prends ? » Lança Eliauna derrière lui. C'est alors qu'il se retourna et se jetais sur elle à une vitesse fulgurante, engageant un combat sans merci. Jamais je ne l'avais vu se battre auparavant. Mon Amour faisait preuve d'une dextérité et d'une agilité sans pareille, cette femme n'avait aucune chance. Tandis que je me remettais sur mes jambes, il s'agrippa à son cou et lui brisa l'échine. La dépouille d'Eliauna tomba à terre dans un bruit sourd. Son corps se transforma aussitôt en un millier de flammes rougeoyantes dans la pénombre de la jungle, puis en un tas de cendres que le vent se permit de répandre. La violence et la rapidité de l'acte me submergea, mais aucun remords ne m'atteignit. Eliauna devait mourir, c'était la raison de ma venue dans ces bois. C'est alors que je m'avançais et pris la main de mon amour pour l'emmener loin de ce lieu funeste, là où deux personnes avaient trouvés la mort à cause de nous.