Chapitre relativement court, mais j'espère qu'il vous plaira quand même! Pour le prochain j'essairais de faire plus long, promis!
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Chapitre 11
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Nous étions postés l'un en face de l'autre, scrutant les prunelles nous faisant face. Je ne savais pas quoi lui dire, j'étais la victime de l'après-coup. Lui non plus ne disait rien, attendant certainement que j'engage le dialogue ou essayant sans doute de cerner mes sentiments. Tant d'émotions m'avaient submergé en si peu de temps que je n'arrivais plus à y faire face. J'étais déboussolée et bien plus encore. J'étais partagé entre mon envie de lui sauter au cou parce qu'il avait compris et la colère_ non la déception, ce n'était pas de la colère_ de son rejet cuisant. Jamais je n'aurais pu imaginer qu'il était capable d'autant de froideur et de fureur envers moi. J'étais blessée au plus profond de mon âme, et c'était bien la plus horrible des blessures. Je pouvais encore sentir la brûlure de sa gifle ou voir la haine dans son regard. Et son attitude à l'égard de cette sirène restait le pire. Jamais je n'aurais pu oublier ce baiser qu'ils avaient échangé, cet horrible cauchemar était inscrit à coup sûr dans ma mémoire. Je savais pertinemment qu'il était sous son influence, mais je ne pouvais pas effacer ce souvenir… je n'arrivais pas à pardonner. J'aurais dû lui poser mille questions. J'aurais dû lui demander comment il m'avait reconnu à ce moment fatidique, comment il m'avait trouvé dans la forêt, ce qu'il avait ressenti en la tenant dans ses bras, s'il avait conscience ou non d'avoir enlevé la vie d'une innocente. Mais rien ne me venait, aucun mot ne passait la barrière de mes lèvres figées en un rictus pitoyable.
Nous étions sur cette plage, là où tout avait commencé. C'était le même endroit, rien n'avait changé. Les vagues s'écrasaient, encore et toujours, au contact du sable ; Le ciel d'un argent profond contrastait durement avec l'éclat doré du sol. Et pourtant rien n'était plus pareil, quelque chose s'était brisé. Il n'y avait jamais eu de nuages dans ce paradis depuis notre arrivée mais aujourd'hui, comme si la météo répercutait mes émotions, le temps était gris et menaçant. Jasper se tenait devant moi, droit comme un « i », son visage était impassible mais ses yeux trahissaient son chagrin. Je le connaissais trop bien pour qu'il tente de me cacher ce qu'il ressentait. Je n'étais donc pas la seule à souffrir, et cette évidence m'assena une terrible douleur… encore une. Mais je ne pouvais pas bouger, mon corps ne voulait pas aller le réconforter, pas tant qu'il aurait l'odeur et les traces de cette démone sur lui. Et pourtant… l'envie de le prendre dans mes bras devenait de plus en plus irrésistible. Il s'avança et fît un geste dans ma direction… je me reculais ostensiblement, comme si sa main tendue vers moi avait été de l'acide. Ce geste de refus lui arracha un hoquet de stupeur. Il ne s'attendait pas à ce que, moi aussi à mon tour, je le repousse.
Le repousser ? Étais-ce que je voulais réellement… qu'il éloigne de moi ? Mes pensées étaient tellement confuses que je ne savais même plus ce que je désirais ou pas.
« Alice… » Mon prénom sonna comme une complainte dans sa bouche. Je détournais les yeux, ne résistant pas à la vue de la tristesse qui avait emplit son visage. « Laisse-moi m'excuser ou au moins t'expliquer. »
Aucune réponse de ma part, aucun geste pour l'inviter à poursuivre son monologue. J'étais figée, statufiée comme seule notre race sait l'être, délibérant toujours intérieurement sur ce que j'allais faire.
« Pardonne-moi je t'en supplie… Alice… » Cette voie, cette complainte, cette tristesse… comment y résister ? En me souvenant de cette gifle, bien évidemment.
« Je suis tellement désolé. »
Là. Voilà. Il s'excusait.
Mais comment cette phrase apparemment pleine de sincérité et totalement innocente pouvait-elle me causer tant de peine et en même temps me faire sortir de mes gonds ? Comment ne pouvait-elle pas avoir l'effet escompté sur moi ? Car au lieu d'accourir vers lui et de le prendre dans mes bras, ses mots avaient joué sur un moi comme un répulsif. Ils m'éloignaient encore plus de lui.
« Être désolé n'arrange rien. Ça ne suffit pas. » Ma phrase avait claquée dans l'air comme un coup de fouet. Brutal, hostile, violent, dérangeant.
« Mais alors quoi ? Dis-moi ce que je dois faire ! » Ses yeux… oh ses yeux ! S'il avait été humain, il aurait pleuré, moi aussi d'ailleurs ; un torrent de larmes se serait déversé par mes yeux. Son regard exprimait une horrible douleur qui faisait écho à la mienne ; Et malgré cela, mon corps refusait d'avancer.
Pourquoi ne l'avais-je toujours pas consoler ? Pourquoi est-ce que nous étions encore si loin, l'un de l'autre ? Pourquoi est-ce que son visage d'habitude si souriant, était à présent déformé par la peine ? Oui, c'est vrai: Mon propre chagrin était bien trop grand pour qu'un autre occupe encore ne serait-ce qu'une cellule de mon être.
« Tu m'as giflé. »
Ce n'était pas ce que j'aurais dû répliquer. Mais les mots étaient sortis tout seul, comme indépendant de ma volonté ; Tandis que ses traits se figeaient encore une fois à cause de la souffrance.
« Je sais. » dit-il en baissant la tête.
« Tu m'as poussé à terre. »
« Je sais. »
« Tu as tué une innocente. »
« Je… » Aucun autre mot n'avait pu passer ses lèvres. D'un coup, il semblait porter tout le poids du monde sur ses épaules, ou avoir réellement une centaine d'année. Jamais je ne l'avais vu souffrir autant… ou peut-être si, dans ce petit café, juste avant notre rencontre. Mais je restais immobile, encore. Rien ne parvenait à me sortir de ma transe. Pendant tout le temps de notre échange, je n'avais pas fait un seul geste lui dévoilant ma peine, dont il savait évidemment absolument tout. J'aurais pu être secouée de sanglots, traversée de spasmes traduisant ma peine, dévastée au point de tomber au sol... mais rien. Je ne bougeais pas, je ne respirais pas. J'étais morte, littérallement.
« J'ai besoin de temps, de beaucoup de temps. Je dois réfléchir à tout ça. » Lui dis-je finalement, brisant le silence religieux qui s'était installé. « Je ne sais pas si j'arriverais à te pardonner. Tu étais sous son contrôle, mais... tu m'as fait tellement de mal, Jasper. »
Il ne protesta même pas, ce dont je lui étais reconnaissante. Je ne savais pas si j'aurais été capable de l'affronter plus longtemps. Il baissa la tête, encore une fois, rompant le lien de nos regards. Il me tourna le dos et s'éloigna doucement. Mon cœur mort se réanima pour mieux se briser en mille morceaux. En partant de cette plage, Jasper emmenait avec lui une partie de mon âme, une partie de moi-même. Mais je ne pouvais pas le retenir, toutes les fibres de mon corps me disaient que je devais le laisser s'en aller même si j'en souffrais le martyr. Je ne savais plus où j'étais, j'avais perdu mes repères et pour mieux les retrouver, j'avais le besoin vital d'être loin de l'homme que j'aimais. La seule chose dont j'étais certaine à présent était que cette plaie béante qui me faisait office de poitrine désormais, ne se refermerait jamais totalement.
« Attends… » Dernière prière, dernière parole avant une période incertaine. Je voulais qu'il cède à ma puérile demande, qu'il assouvisse ma curiosité maladive avant de me quitter totalement. Je devais savoir et quel égoïste cela faisait de moi !
« Comment as-tu su ? » Il comprit aussitôt et planta ses iris ambrés dans les miens, comme lui seul savait si bien le faire.
« C'était toi Alice, tout simplement. Il m'a fallut du temps pour le comprendre. Mais ça a toujours été toi, uniquement toi. Et puis… tu ne m'a jamais appelé 'Chéri' » acheva-t-il avec un sourire triste.
Et il s'en alla, sans même un bruit. La plage resta calme pendant une fraction de seconde, comme pour lui adresser une dernière révérence.
J'étais vraiment seule pour la première fois depuis si longtemps et cela ne me procurait aucun bien. Jasper, mon Jasper était parti.
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