Ce chapitre est dédié à Floee qui as mis la centième reviews (et beaucoup d'autres d'ailleurs... :) ). Merci à vous tous pour vos reviews! :)

*

Chapitre 16

*

« Non, non et non ! »

La vendeuse parisienne me toisât durement, avant de rapporter sa robe de créateur hors de prix à l'arrière de sa boutique. Apparemment ici la cliente, c'est-à-dire moi, n'était pas reine. Tout ici n'était que fanfreluches, dentelles, décolleté outrageant et voile de cinq mètres de long… rien qui ne me corresponde. Mais qu'est-ce qu'elle voulait ? Que je ressemble à une meringue pas fraîche ou à une prostituée bon marché pour mon mariage ? Hors de question.

Je me changeais en vitesse avant de prendre mes affaires et de déguerpir aussitôt de ce magasin inutile. Paris, capitale de la mode. Paris, paradis pour toute accro au shopping. Mais aussi Paris, mon enfer personnel pour trouver une robe digne de ce nom. Ça allait être le jour le plus important de ma vie, je ne pouvais donc pas me contenter d'un pauvre bout de chiffon. Je me devais de faire honneur à l'Apollon qui m'attendrait à l'autel. Cela faisait trois semaines que j'étais fiancé à Jasper, et je n'en revenais toujours pas. Nous allions nous marier. Sur ma main gauche trônait fièrement une bague en or blanc, savamment travaillée d'arabesques et de courbes compliquées. Elle était surmontée d'une pierre de lune, ma pierre préférée, elle-même entourée de minuscules diamants. Une pure merveille.

J'arrivais enfin à notre chambre et m'écroulais sur le lit. Un vampire ne pouvait pas se fatiguer et pourtant j''étais « morte » de cette journée-marathon. Je ne pus m'empêcher de laisser échapper un soupir de frustration et mon fiancé me gratifia de son rire cristallin.

« Alors ? » J'adorais sa voix, et cela allait en s'empirant avec le temps.

« Alors, rien. Je n'ais rien trouvé. Pfff… je désespère d'être décemment vêtue pour le jour J »

Ses yeux pétillèrent instantanément et sa bouche s'étira en un sourire malicieux. « Oh, tu sais, si ça ne tenait qu'à moi, tu ne porterais rien du tout. Mais je pense que le prêtre n'apprécierait pas. »

Il fît un pas dans ma direction, jaugeant apparemment le moment où le jeu prendrait une tournure plus intéressante.

« Enfin, mon amour… la robe n'est pas là que pour faire jolie. Elle sert aussi à dissimuler ta surprise pour la lune de miel. » Sur ce, il se jeta sur moi et fît courir ses lèvres sur mon cou, jouant dangereusement avec mes nerfs déjà à bout.

« Vraiment ? Peut-être que je pourrais en avoir un petit aperçu… ? » Oh, ce qu'il pouvait me faire fondre quand il le voulait.

« Ou pas ! » Il releva la tête d'un air surpris, désarmé par la réplique qui venait de passer mes lèvres.

« Tu n'auras rien de moi jusqu'au jour de nos noces, mon cher. » Cette fois-ci il ne s'y attendait clairement pas, son sourire fondît comme neige au soleil, tandis qu'il me scrutait pour voir si j'étais sérieuse. « Je ne suis pas une fille légère moi, monsieur. »

Je me dégageais alors difficilement de son étreinte, laissant sur le lit un Jasper encore sous le choc de ma révélation.

« Alice… mais, je… on n'a même pas définit une date. Je… tu ne peux pas faire ça ! »

Et bien si, à première vue je le pouvais. Je n'avais même pas réfléchi à ce que j'avais dit. Ma bouche et mon cerveau ne s'était apparemment pas consultés sur ce coup-là. Mais après tout, ça ne pouvait pas être une si mauvaise chose. Attendre ne ferait qu'augmenter notre plaisir à tous les deux. Nous n'étions pas des bêtes, nous savions nous contrôler quand même ! J'avais passé plus d'un siècle en étant vierge de toutes caresses, ce n'était pas quelques temps de plus ou de moins qui allaient me poser problèmes. Ce n'était pas la mer à boire, je devais juste me sevrer de Jasper, du moins pour un temps. Plus aucun contact, d'aucune sorte… ne plus sentir sa peau sur la mienne, ne plus embrasser ses lèvres, ne plus sentir son odeur sur mon corps… ça allait être rudement difficile d'attendre ! Mais attendre combien de temps en fait ? À voir l'air effaré qu'affichait mon amour, il se posait lui aussi la même question.

« Bon… heu… tu crois qu'on pourrait se marier tout de suite là ? »

L'expression de Jasper changea du tout au tout, et pour la seconde fois en si peu de temps, il éclata de rire.

« Non, tu as raison. Je pense que c'est une bonne idée. (1) Mais ça va être horriblement compliqué… tu es si belle, mon ange. »

« Oh, je t'en pris ! Ne m'achève pas. Je ne sais pas d'où me vient cette idée. Ça doit être toute ces stupidités de robe blanche et de pureté qui va avec… » Et pour la seconde fois moi aussi, je me laissais tomber comme une pierre sur le lit qui désormais ne nous servirait vraiment plus à rien. Ce que je pouvais avoir des idées farfelues parfois !

Doucement, Jasper s'approcha et passa ses bras autour de moi.

« Nous resterons sages mais cela ne m'empêche pas de prendre ma future femme dans mes bras, n'est-ce pas ? Parce que sinon, tu vas me tuer là ! » Je ne lui répondis pas. D'une part parce que son odeur m'enivrait tellement que je ne pouvais pratiquement plus réfléchir ; et d'autre part, parce que nous étions tout les deux sur la même longueur d'onde. Nous ne ferons plus l'amour jusqu'à la lune de miel, mais me priver des bras de Jasper était comme me couper de mon oxygène. Tout bonnement impensable.

Nous restâmes pendant de longues minutes enlacés étroitement en une étreinte tout ce qu'il y avait de plus chaste, lorsque je me remis à lui parler. Une chose était sûre, me priver de la parole était juste impossible. Même dans les moments les plus tendres, je ne pouvais m'empêcher de discuter.

« Tu sais… je… j'aurais aimé pouvoir partager ces moments… »

A nouveau, mon cerveau se rendit compte de ce que j'avais dit un peu trop tard. Je n'avais pas expliqué tout le cheminement de ma pensée et Jasper en avait sûrement saisit un sens tout à fait opposé.

« Quoi ?!! Une troisième personne ? Tu sais, tu ne m'as jamais parlé de tes fantasmes mais jamais je n'aur_ »

Je ne m'étais pas trompée. Il fallait absolument que j'apprenne à tourner ma langue sept fois dans ma bouche avant de parler.

« Oh Jasper ! Arrête, ce n'est pas ce que je voulais dire. Je parle des préparatifs du mariage, de l'essayage de la robe, de la déco… tout ça. » Il se radoucit immédiatement.

« Oh… et bien, je suis là, moi. »

« Je sais… mais la tradition veut que ces choses là se fassent entre filles. Le futur marié, normalement, ne s'occupe que de son costume et d'être là au bon moment. Il doit juste penser à dire le bon prénom à l'instant fatidique. » (2)

« Oui, je sais. Mais dis-toi que si tu as besoin de moi pour quoique ce soit, je suis là. Je t'aime et je suis bien évidemment conscient que ça n'arrange pas tout, mais je fais du mieux que je peux. »

« Oh, Jasper ce n'est pas ce que je veux dire. Tu es la chose la plus importante pour moi. Mais j'aimerais avoir une famille… des sœurs... une mère… J'aimerais être humaine parfois. Mais je n'échangerais pour rien au monde notre bonheur, rien que tout les deux. »

Mais il y avait un manque évident. Jasper était mon cœur, mais il me manquait mon âme. Des êtres sur qui je pourrais compter, des personnes qui m'aimeraient à n'importe quel prix. Je voulais une famille mais c'était bien sûr impossible. Nous les vampires n'avions pas de famille, nous avions dans le meilleur des cas un clan, des bêtes réunis pour chasser sauvagement les humains. Ou bien nous évoluons en solitaire ou en couple. Rien de plus.

« Au fait, en parlant de préparatif, tu as décidé comment tu vas t'habiller ? »

« Hein ? » Mon amour me regarda avec des yeux ronds, s'étonnant apparemment de la facilité que j'avais de changer de sujet de conversation. « Alice, non. Tu ne vas pas faire de moi ta poupée. Je t'ais déjà dit que je n'aime pas ça. »

« S'il-te-plait, mon ange. Je parie que tu n'as encore rien trouvé toi non plus. Et j'ai vu un costume trois pièces signé Dior qui irait à merveille avec… »

« Alice, non ! En plus, tu te trompes. » Quoi ? Il s'était déjà trouvé quelque chose ? Comme il l'avait dit lui-même, nous n'avions pas fixé de date, et d'habitude Jasper n'était pas des plus pressé question shopping. Bizarre. Je le fixais dans les yeux comme si je pouvais lui extirper la vérité d'un simple regard… ce qui n'était pas le cas, à mon grand regret. Il se leva alors, pour ouvrir les portes de la penderie et y farfouiller entre mes habits de couturiers de renom.

« Et fais attention ! » Lui dis-je alors qu'une robe Chanel atterrissait à mes pieds. Je l'aimais, mais il ne fallait pas pousser non plus !

« Voilà ! » Il se retourna et me tendît fièrement un horrible costume miteux, percé de toute part et sentant étrangement la mente poivrée. Et dire qu'il avait mélangé mes vêtements, mes précieuses beautés avec ça ?

« C'est une blague ? » Vu le regard que je lui lançais, il aurait dû jeter cette horreur tout de suite par la fenêtre, ce qu'il ne fît pas. Tout d'un coup ma vision parfaite de mon avancée vers l'autel fût entachée de cette veste. Et c'était la seule chose que je voyais. Pas de Jasper, pas de regard amoureux, pas de conte de fée qui prend réalité. Non. Juste ça. « Jasper, Mais qu'est-ce que c'est ? »

« C'est mon costume d'officier ! Celui que je portais durant la guerre. J'ai pensé que ce serait une bonne idée ! En plus, il me va encore. »

« Bien sûr qu'il te va. Ce n'est pas comme si ton corps pouvait encore changer. N'oubli pas ce que nous sommes. »

Non, mais franchement, il voulait que je pète les plombs ou quoi ? C'était bien assez compliqué d'organiser un mariage !

« Jasper, chéri… « Le 'chéri' n'était pas de trop dans ce cas là. « Tu ne préférerais pas un beau smoking en accord avec ma robe. » Quand j'aurais trouvé cette fichue robe, bien évidemment. « Tu serais tellement beau. » Le compliment non plus n'était pas de trop.

« Mais je serais parfait avec ça, non ? C'est classe, tu ne trouves pas ? » Non, pas vraiment, même pas du tout.

« Oui… c'est très… très… heu… pas mal… mais pas pour notre mariage. Je pense que ce serait mieux de le conserver à l'abri. Tu vois, il n'est plus en très bon état… » C'était le moins que je pouvais dire sans froisser l'égo de mon fiancé : Les manches de l'ensemble n'étaient plus que des lambeaux de tissus, la boutonnière n'avait plus que le nom et l'état général était très fatigué. « … Je ne pense pas que tu devrais le porter, tu devrais le garder comme… une relique, tiens ! Sous vide, à l'abri du risque ! » Et surtout des regards.

« Tu as certainement raison… Il n'est plus tout neuf. Tu sais que j'ai combattus des dizaines de fois avec cet accoutrement. J'avais fière allure quand je le portais, tous les hommes me respectaient et les demoiselles ne cessaient de… »

Je n'entendis pas les dernières paroles de mon amour. Mon esprit s'en alla loin de Paris et de cette chambre d'hôtel. Comme à chaque fois mes yeux se voilèrent et s'en allèrent sur une autre réalité.

J'étais dans une forêt. Etats-Unis. Washington. Tout près d'une petite ville nommée Forks. Jasper à mes côtés, nous écoutions attentivement les moindres bruits. Soudain, deux hommes se plantèrent devant nous. L'un grand, massif, les cheveux ondulés et bruns, une allure de grosse brute. L'autre, élancé, les cheveux roux, le regard méfiant. Derrière eux gisaient des carcasses de cerfs encore chaudes. « Attends Em', ils ne nous veulent aucun mal. »

Deuxième vision. J'étais dans une maison blanche, accoudée à un piano noir. Jasper était dans un coin de la pièce jouant apparemment aux échecs avec le dénommé Em'. Il semblait aux anges. Nous étions entourés de cinq autres personnes : le garçon de la forêt, une magnifique blonde, un homme qui tenait délicatement la main d'une femme. Emmet, Edward, Rosalie, Carlisle et Esmée. Je les connaissais tous.

Troisième vision. J'avançais vers l'autel, Jasper m'attendant à l'autre bout de l'allée. J'avançais mais je n'étais pas seule, Carlisle m'enserrant le bras. Des sourires bienveillants m'accueillaient à mesure que je marchais. Nous n'étions plus seuls. Jasper et moi avions une famille.

« Alice, Alice !!! » Je revenais enfin à moi. C'était la première fois qu'une de mes visions m'avaient offerte trois scènes distinctes. Jasper quant à lui n'avait plus de couleurs… Ou encore moins que d'habitude.

« Je… Mais enfin… Ca fait un quart d'heure que tu es dans cet état. Ça va ? Ça va ? » Il toucha mon front comme quand on le fait avec un enfant malade bien que ça ne servait strictement à rien. Mais j'allais bien, tout était même parfait.

« Tu sais, je peux te parier ce que tu veux que tu porteras un smoking le jour de notre mariage. »


(1) Si une seule personne me trouve un garçon qui réagit de cette façon là dans ce cas précis, je lui tire mon chapeau. (Les filles, si vous en avez un comme ça, ne le laissez pas s'échapper ! lol )

(2) Spéciale dédicace à 'Ross' de la série Friends qui s'est gouré de prénom… lol

Hum... ça sent la fin tout ça... :( (... ou pas! )