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Chapitre 19
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Déjà trois semaines que nous vivions chez les Cullen. Trois semaines qu'ils nous avaient accepté entièrement et les fêtes de fin d'années approchaient maintenant à grand pas. Chaque centimètre carré de la grande villa était décorée pour l'occasion par mes soins. Esmée m'avait donné carte blanche pour laisser s'exprimer ma folie créatrice, en ces temps de noël. Un grand sapin avait volé la vedette au piano d'Edward dans le salon, et j'avais pris soin d'illuminer chaque pièces communes d'ornements rouge et or. Mon enthousiasme avait étonné toute la famille, excepté Jasper. Mais il avait tous mis la main à la pâte à leur niveau.
Emmett s'était chargé de « cueillir » le sapin dans la forêt toute proche et de le ramener dans la pièce principale ; Ou plutôt d'en exploser le tronc à coup de poings avant de l'expulser à travers la pièce en faisant gicler des tonnes de neige sur son passage. Carlisle et Rosalie s'étaient ensuite chargés de le décorer. Edward et Jasper avait bien voulu installer les illuminations sur les pourtours et le toit de la maison, selon mes indications. Ces mêmes 'indications' étaient plus des ordres, selon l'avis de certain. Esmée, quant à elle, m'accompagnait avec plaisir dans mes excursions shopping pour trouver de nouvelles bougies ou de nouvelles boules scintillantes.
La décoration de la grande villa terminée je devais m'attaquer à un autre projet, et pas des moindres : Le mariage. Jasper et moi, nous étions convenus d'une date. Le compte à rebours était donc enclenché, il ne nous restait plus qu'un mois… et je n'étais pas persuadé que ce soit suffisant. J'étais surchargée de travail… mais, curieusement, rien ne me plaisait autant. La sensation du travail accompli était une chose que je n'avais pas ressentie depuis longtemps ; et me sentir à nouveau utile et productive me faisait un bien fou. J'étais donc prise dans un tourbillon d'évènements et de préparatifs ; et c'est assise au beau milieu d'un amas de notes et de factures diverses que j'essayais d'y remédier.
Installée au centre du salon, celui-ci n'en avait plus que le nom. C'est à peine si je me souvenais de la couleur du sol, tant il était noyé sous la paperasse. Jasper m'avait toujours conseillée d'investir dans un agenda et d'y noter les évènements importants. Mais, paradoxalement, j'arrivais à mieux me concentrer dans ce fouillis. Ce joyeux bordel avait un sens et une logique, tout du moins pour moi.
Les autres vampires de la maison avaient sans doute compris qu'il valait mieux me laisser seule dans ces moments-là, puisque je ne les avais pas aperçus de toute la journée. Mon amour était dehors, dans le jardin. Je sentais le parfum d'Edward dans sa chambre. Esmée et Carlisle, quant à eux, étaient sûrement partis en balade en tête à tête. A coup sûr, Rosalie et Emmett n'étaient pas dans la maison.
Ces deux-là n'étaient pas du genre discrets.
Jasper et moi avions pu le constater en entendant des bruits explicites provenir de leur chambre depuis notre arrivée. Au moins, il y en a qui s'amusaient. S'ils avaient été présents, je les aurais sans doute entendus.
Me tirant de mes pensées, mon amour débarqua dans la pièce.
- Alors ? Tu t'en sors ?
- Il faut que je m'organise mieux que ça… lui répliquais-je dans un souffle. Les fleurs pour le mariage se mélangent avec l'orchestre celtique que je voulais pour la veille de noël…
- Alice… c'est vraiment nécessaire selon toi ?
- Bien sûr que c'est nécessaire… c'est même vital le bouquet pour la mariée ! Tu ne voudrais pas que je sois ridicule sans bouquet, non ?
- Je parlais de l'orchestre celtique… pas du mariage.
- Oh… je sais… Mais je pensais que Carlisle avait des origines celtes, non ?
- Aucune idée. Mais…
- Bon… d'accord, j'annule « l'astre des rivières hurlantes », lui dis-je en raturant le nom du groupe en question sur mon calepin. Mais, c'est dommage, ils étaient géniaux.
- J'en suis persuadée ! Vu tes goûts en matière de musique, ils ne peuvent qu'être géniaux, comme tu dis… Railla alors une voix en haut de l'escalier.
Edward venait de débarquer dans la pièce et ma seule réponse fût un regard noir dans sa direction. Il pouffa de rire avant de continuer.
- Ne vous interrompez pas pour moi, je passe juste en coup de vent.
Et effectivement, il ne mît pas deux secondes à passer le pas de la porte. Jasper me fixa alors, d'une façon étrange, j'allais lui demander ce qui lui arrivait quand il reprît la parole.
- D'ailleurs, pourquoi un groupe de musique ? Tu n'as rien prévu pour les fêtes, n'est-ce pas ?
- Pourquoi ? Tu as décidé de me faire une nouvelle surprise ? Lui dis-je en tapant frénétiquement des mains et en lui offrant un grand sourire.
S'il voulait me faire une surprise à nouveau, il allait devoir faire mieux que la dernière fois. Ce qui n'allait pas être évident. Jasper se passa plusieurs fois la main sur la nuque, comme il le faisait à chaque fois qu'il était nerveux. Bizarre.
- Non… enfin, tu verras bien. Mais… je veux dire, peut-être que les Cullen ne souhaitent pas fêter noël, non ?
- Arrête de les appeler les Cullen, comme si c'était des étrangers…
- Tu sais bien ce que je veux dire…
- Ne t'inquiètes pas, je n'ai rien prévu d'extraordinaire… tout du moins pas encore. Mais j'en parlerais avec Esmée. Je verrais bien... Et puis j'ai d'autres choses en tête, comme tu peux le voir...
- Je t'aurais bien pris dans mes bras pour te réconforter et te booster, mais si je me rappelle bien, je suis interdit d'accès dans cette 'zone de combat'. Dit-il ensuite en désignant ce no man's land de papiers multicolores me séparant de lui.
Je me relevais alors prestement et enjambais aisément l'obstacle.
- Il me fallait une pause de toute façon… Lui répondis-je en passant mes bras autour de son cou.
- Tu es sûre ? Parce que je ne voudrais pas déranger l'artiste en plein travail. Dit-il avec un sourire espiègle.
- Ne te moque pas, Jazz… N'oubli pas que c'est pour nous deux que je fais ça.
Il pencha alors la tête sur le côté, avant de froncer les sourcils et me servir une grimace éloquente.
- Bon… d'accord, c'est surtout pour moi. Mais la fête profitera à tout le monde et le mariage sera… magnifique.
- J'en suis persuadé, dit-il en répondant et en m'offrant enfin un baiser. Je t'ais déjà dit que j'adorais quand tu m'appelais Jazz…?
- Vraiment ??
Je resserrais alors l'emprise de mes bras autour de ses épaules, tandis qu'il m'embrassait de nouveau.
Mais c'est ce moment précis qu'Emmett choisit pour venir nous déranger, en fracassant la porte d'entrée.
- Oh la… les amoureux, on se calme ! J'ai besoin du poste de télé et j'ai pas envie d'assister à toutes vos jérémiades…
- La ferme, Emmett !!! Nous exclamâmes Jasper et moi, en même temps.
Il se mît alors à fouiller dans la bibliothèque à notre droite, avant de dégoter un morceau de papier coincé entre deux énormes livres.
- Le voilà, Dit-il à notre attention en exhibant la feuille en l'air comme s'il avait trouvé le Saint Graal.
Il nous offrît un sourire radieux comme le soleil, avant de s'installer confortablement dans le canapé en nous tournant le dos.
Nous nous écartâmes légèrement, de manière à être plus présentables mais sans nous éloigner réellement. Je tenais toujours mon fiancé dans l'étau de mes bras frêles. Une prison bien fragile en comparaison des siens, mais il n'avait pas l'air de s'en plaindre. Bien au contraire. J'enfouis alors mon visage près de son cœur, en ne prêtant pas attention à celui qui venait nous importuner ; Tandis que Jasper se perdait dans mes cheveux.
- Si tu veux mon avis, il est jaloux… dis-je ensuite à l'attention de mon amoureux.
Le géant se redressa immédiatement, en m'entendant.
- Hein ?? et de quoi ?
- De notre complicité et du fait… que tu ne sais pas être aussi tendre que Jasper.
Les liens qui unissaient Rosalie à son homme étaient très forts mais aussi très différents de ceux qui me liaient à Jasper. C'était deux amours diamétralement opposés. L'un exubérant et violent, l'autre délicieux et envoûtant.
- Sache, petite, que la tendresse et les caresses ne font pas tout. Dit-il en pointant un doigt autoritaire dans ma direction. Ma Rose est une vraie tigresse et ce n'est pas avec quelques frôlements du bout des doigts que je l'aime.
- Oh, ça je ne le sais que trop bien. Lui répliquais-je alors.
Jasper et moi étions toujours dans la même position, enlacés tendrement alors qu'Emmett était juste à côté s'acharnant sur la télécommande du poste. D'habitude, nous n'étions pas si démonstratifs. Mais d'habitude nous avions aussi nos moments seuls à seuls pour nous retrouver, ce qui n'était plus tellement le cas ces temps-ci.
- D'ailleurs, continua Emmett sans cesser de fixer l'écran, je sais être très tendre quand il le faut.
- Vraiment ? Pardonne-moi, mais j'en doute… Lui dis-je avec un sourire au coin des lèvres.
C'était faux. J'étais persuadée que cette masse de muscle qu'était Emmett cachait bien plus que ça. Et la manière dont il se comportait en présence de Rose ne faisait que prouver ma théorie.
- Il y a beaucoup de choses que tu ignores chez moi.
- Ah oui ? et comme quoi ?
- Un magicien ne révèle jamais ses tours, n'est-ce pas ?
Jasper pouffa de rire dans ma nuque, avant de relever la tête.
- Arrête tes foutaises Em'… je suis persuadé que votre chambre ne doit plus ressembler à grand-chose maintenant, vu le vacarme qui en provient quand vous y êtes.
- Je sais être très soigné quand je le veux et d'ailleurs, Rose aime quand…
- Rose aime quand tu ne parles pas de notre vie privée à tout le monde…
Rosalie venait de débarquer. Elle m'étonnait toujours autant. A chaque fois, qu'elle entrait dans une pièce, on aurait dit qu'elle captait à elle seule tous les rayons du soleil. Sa beauté me subjuguait toujours autant et apparemment, je n'étais pas la seule. Emmett aurait vraiment dû penser à fermer la bouche…
Il lui fallut quelques secondes pour se rendre compte que sa belle était bien dans la pièce et pour reprendre ses esprits.
- Non, chérie, j'expliquais juste à ces deux crétins là que je pouvais être aussi tendre qu'un ours en peluche avec toi.
Elle nous sourit, chose rare, avant de s'approcher du canapé. Elle s'installa en face de son compagnon, avant de se plonger dans un magasine de mode. Sans en relever le nez, elle lui répondit alors.
- Moi, je le sais. C'est suffisant non ? D'ailleurs je ne pense pas que Jasper et Alice n'ont pas vraiment envie d'entendre les détails.
- Oh que non, répliqua alors mon amoureux.
Emmett se renfrogna et se concentra de nouveau sur la télé et sur le bout de papier entre ses mains. Je sentis Jasper me lâcher et je retournais alors, à regret, vers mon labeur. Il s'installa debout, derrière le canapé juste à côté du géant. Ils avaient l'air, tous les deux, très concentrés. Je me demandais bien ce qui pouvait les accaparer à ce point lorsque Jasper éclata de rire, de même qu'Emmett lâchait un juron.
- Eh oui !! j'ai encore gagné ! Il faudra t'y faire, mon vieux. Tu as trouvé ton maître ultime en matière de pari. Chicago ne pouvait pas battre Houston !
- Arrête tes bêtises, d'un point de vue technique Chicago était carrément à la ramasse, Jackson était à fond pour ce match, t'as pas vu son jeu…
Ils parlaient sport. Mais je n'y comprenais rien. Le bruit d'une rediffusion du match en question en fond sonore, je me penchais alors sur les nombreux relevés qui s'étalaient autour de moi quand une paire de Chanel se pointa sous mon nez. Rosalie avait décidément bon goût en matière de chaussures…
- Je relevais la tête.
- Tu veux que je t'aide ?
C'était bien la première fois que la belle blonde me proposait ses services… ou m'adressait simplement la parole aussi gentiment. Comment refuser dans ce cas ?
- Oh… heu, si tu veux. Mais ne te dérange pas…
- Je n'ais rien de mieux à faire de toute façon. Cette villa est d'un ennui aujourd'hui !
Elle s'installa alors près de moi, à même le sol.
Nous passâmes pratiquement toute la journée à mettre un peu d'ordre et à trier ce chantier… en silence. Rosalie ne m'adressa plus un seul mot, hormis pour me demander quoi faire de ceci ou de cela. Mais ça ne me gênait pas. Elle était l'une de ces personnes avec qui je pouvais rester muette sans en sentir la gêne. Le silence n'avait pas besoin d'être brisé. Au contraire, j'avais besoin de me concentrer et cela, Rose l'avait compris… Ou peut-être n'avait-elle tout simplement pas envie de me parler.
Au bout de plusieurs heures, nous arrivions à la fin de note travail. Il ne me restait plus qu'à confirmer certains détails le lendemain. Rosalie avait été plus qu'efficace.
- Sans toi, je n'y serais pas arrivé. Merci beaucoup, Rose.
- Ce n'est rien. Me répondit-elle, avec un sourire.
Elle se releva et commença à se diriger vers les étages lorsque je l'interpellais.
- Ça te dit, une après-midi shopping avec moi demain ?
Quoi de mieux pour faire connaissance ? Rien, à mon avis.
- Après tout pourquoi pas, j'ai besoin de me changer les idées en ce moment.
C'était donc fait.
Ma première "tentative d'approche" vers Rosalie était lancée et j'étais persuadée que ça allait bien se passer. Quoique...
