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Chapitre 22
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- J'ai essayée Alice… je te le promets. J'ai luttée de toutes mes forces mais…
Et un nouveau sanglot s'échappa de sa voix, laissant ses dernières paroles en suspens. Je n'en revenais pas de ce que Rosalie était en train de me dire. Sa confession avait comme un arrière-goût de déjà vu. J'avais vécu la même chose, à quelques différences près. Pas les mêmes acteurs, pas le même décor… mais un scénario semblable. La trame de son histoire d'horreur m'était affreusement familière. Je revoyais cette fameuse chevelure blonde et ce visage d'angelot ; et mon cœur se serra à mesure que les images me revenaient.
- Je n'ais pas pu… j'aurais tellement voulu mais c'était si fort… si incontrôlable.
Nous avions tous connu cela : l'attrait du sang. Tous, sans aucune exception. Mais pour Rosalie, tout avait été plus compliqué. L'attirance au départ naturelle, instinctive et sauvage, avait ensuite revêtue d'autres visages inconnus et étranges. Rien ne la préparait à ça, pas même les nombreux avertissements et toute la philosophie de Carlisle.
- C'était bien avant Emmett. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Carlisle m'avait transformée quelques mois plus tôt. J'étais jeune… beaucoup trop. Ça s'est passé un point c'est tout. Mais… je m'en voudrais toute mon existence.
La jeune-femme était nichée au creux de mes bras depuis maintenant plusieurs heures qu'elle me racontait son histoire. Jamais je n'avais connu Rosalie aussi franche et sincère. C'est sans aucun masques ni artifices qu'elle continua son récit.
- J'étais seule et perdue. Je m'étais disputée avec Edward, comme toujours. Alors je me suis enfuie de la maison. A cette époque nous avions une demeure plus au nord, près de la frontière. J'étais au beau milieu de la forêt quand… son parfum m'a subjuguée.
Je revivais en même temps qu'elle son souvenir. Je pouvais facilement l'imaginer parcourant les bois, sa longue chevelure blonde bougeant au rythme de sa course. Je pouvais aussi parfaitement m'imaginer Rosalie pestant contre son frère et évacuant sa colère contre des arbres malchanceux. Je la voyais déambulant entre les pins, guidée uniquement par ses sens lorsque la fragrance l'avait subjuguée de plein fouet. Rosalie avait traquée cette personne, comme nous le faisions tous avec les bêtes quand nous allions chasser. Ce pauvre homme n'avait eu aucune chance.
- Il était là. A quatre cent mètres, juste à ma portée. Je n'avais qu'à faire un geste pour calmer cette envie irrépressible. Un tout petit geste comme pour cueillir une fleur, ou pour récupérer une friandise. Si peu… et pourtant tellement de conséquences.
Je m'imaginais à la perfection le dilemme qui avait pu se jouer dans sa tête à ce moment précis : trahir ses convictions et la confiance qu'avait mise en elle sa famille ; ou assouvir un vil destin. Son manque d'expérience avait pesé lourd dans la balance, scellant ainsi le destin du jeune-homme face à elle.
- Alors, je n'ais pas pu réfléchir. Mon instinct a pris le dessus. J'aurais tellement voulu éviter ça. Je ne voulais pas être si faible mais c'était plus fort que moi. Plus fort que tout ce que j'avais connu jusque là.
Rose avait les yeux perdus dans le vide, comme transportée par son souvenir. Elle me faisait l'effet de quelqu'un en transe. Je ne pouvais m'empêcher de me demander si je lui ressemblais lorsque j'avais mes visions.
- Lentement, je me suis approchée de lui. Je voulais profiter pleinement de toutes ces saveurs qui s'éparpillaient en moi. Doucement, un pas après l'autre, sans un bruit ni même un souffle. J'étais bien trop agile pour qu'il ne m'entende venir. J'avais ainsi tout le loisir de me délecter de ce qui allait se passer.
J'étais suspendue à ses lèvres, fébrile de connaître la suite.
- Puis je me suis plantée devant lui. Comme un petit enfant apeuré, il a aussitôt levé les yeux vers moi. Je l'avais surpris avec toutes mes précautions. Il y avait, étalées autour de lui, des dizaines d'esquisses et de croquis d'une néréide au teint blafard. Tracés fluides et bien trop précis pour représenter autre chose que des chimères. Mais ses magnifiques dessins ne m'intéressaient guère. Toute mon attention était portée sur ce rouge malicieux. Ce rouge… fondant, exquis… tellement tentant.
Elle s'arrêta un moment, de nouveau perdu dans ses pensées. Puis un sourire s'esquissa sur ses lèvres.
- Il s'est ensuite levé pour me faire face. Moi, toujours obsédée par cette absurde tentation, je ne pouvais même pas faire un geste. Il plongea ses yeux dans les miens, et avant même qu'il ne puisse amorcer un autre geste, j'étais passé à l'action. L'envie était trop forte, je ne pouvais plus y résister.
Elle l'avait fait. Elle avait commis l'irréparable. Comme Eve dans la Bible, Rose avait succombée.
- Je me suis jetée sur lui, comme happée par toute cette tension. Automatiquement mes lèvres se sont portées sur les siennes et, ensemble, elles ont dansées à un rythme effréné. J'étais enfin moi. Je n'étais plus un simple vampire, j'étais une femme et beaucoup plus encore. Le rouge de sa bouche se confondait et se mélangeait avec la pâleur de la mienne. Mes mains ont vite trouvé le chemin jusque son corps. Je me retrouvais enfin. J'étais là où je devais être. Puis, les choses se sont accélérées, suivant ainsi le rythme de son cœur qui s'emballait. J'ai goûté au fruit défendu, au plus grand tabou de notre société : le plaisir avec un humain.
Un homme, un humain dont le sang avait chanté pour elle et auquel, elle n'avait pas su résisté. Comment l'aurait-elle pu ? C'était une tentation trop forte, une chanson bien trop envoutante, une facilité plus qu'évidente… et une Rosalie qui avait fautée. Je n'en revenais toujours pas.
- Et ensuite ?
Son visage et son expression changèrent du tout au tout. Du pur bonheur, ils passèrent au plus profond désarroi. Ses yeux se ternirent dans la seconde, perdant l'éclat qui les faisait briller. Si elle avait pu, Rosalie aurait éclaté en larmes.
- Tout s'est compliqué. Me dit-elle dans un souffle. Si un tel niveau d'intimité est proscrit entre nous et les humains, c'est qu'il y a une raison. Une horrible raison.
Elle se dégagea de mon étreinte et se leva prestement pour aller évacuer sa colère contre un arbre alentour.
- Je n'aurais pas dû… Si seulement, j'en avais parlé à Carlisle, il m'aurait expliqué. Tout ça… toute cette tragédie ne se serait jamais produite. J'ai été égoïste… une horreur… un monstre. Mais je ne voulais en parler à personne, tu comprends ? Je ne voulais pas qu'ils partagent mon bonheur, je voulais le garder pour moi seule. J'ai… je n'aurais jamais…
Et sa voix resta une nouvelle fois dans le vide, me laissant le soin de supposer le reste de sa phrase.
- Rose… l'appelais-je doucement, mais elle me fît taire d'un signe de la main.
- Je l'aimais, tu sais Alice ? C'est idiot, n'est-ce pas ? Comme si, tout ça… nous deux… ça aurait pu fonctionner. Moi, un vampire m'entichant d'un humain. Un humain si fragile.
Elle en avait aimé un autre, avant Emmett, un humain. Et sans doute, l'aimait-elle encore aujourd'hui. Pour rien au monde, je ne me serais douté que Rose portait un tel poids.
- Je n'ais pas su me maîtriser. Emportée par mon désir, je n'ais pas pu faire machine arrière. Je lui ais offert ce qu'il voulait depuis des mois, depuis notre rencontre. Moi. Ou tout du moins, mon corps. Je me suis offerte à lui… mais… au paroxysme de notre symbiose… le venin a pris le dessus.
De nouveau, elle tomba au sol, emportée par des souvenirs trop douloureux. Celui d'un avenir brisé et d'un amour détruit par elle-même.
- Ce n'est pas de ta faute, Rosalie.
- Mais si ! Justement, ça l'est !! cria-t-elle, alors hystérique. Si je n'avais pas été si imbue de moi-même, si j'avais songé aux conséquences, il aurait vécu. Il aurait eu une longue vie. Au lieu de ça, le monstre que je suis, l'abomination faite femme, l'a tué.
Je m'approchais d'elle et une nouvelle fois, l'enserrait de mes bras au moment où un autre sanglot s'échappait de sa gorge.
- Je m'en veux tellement. Jamais je n'en parlé à quiconque. Et je t'en pris…
- Je ne dirais rien à personne. La coupais-je aussitôt. Mais… et Edward ?
- Bien sûr, il sait tout. Je n'ais pas pu m'empêcher d'y repenser. Tout ce drame m'a hanté pendant des décennies. Esmée et Carlisle se sont demandés pourquoi j'étais dans un tel état : Je suis restée prostrée pendant des mois. Je me suis renfermée sur moi-même, je ne souriais plus, ne participait plus à la vie de famille. J'étais morte dans cette forêt et continuer à vivre était mon châtiment personnel.
Je ne pouvais que supposer la détresse dans laquelle avait pu se trouver Rose à ce moment là. Et le fait de ne pouvoir en parler à personne rendait les choses encore plus difficiles. Je ne pouvais même pas imaginer quelle aurait été ma réaction dans une situation similaire. Je ne concevais même pas la vie sans Jasper. Alors continuer de respirer tout en me sentant coupable de sa disparition était tout bonnement impossible.
- Mes parents ont mis ça sur le compte de la nostalgie : Le fait de n'être plus humaine. Carlisle s'est longtemps senti coupable mais je n'ais pas eu le courage de tout lui avouer. J'ai préféré les laisser penser cette chose ridicule. Bien sûr que ma vie d'avant me manquait… bien sûr que tous les avantages qu'elle comportait me tenaient à cœur… mais jamais rien, ne m'avait mise dans un tel état. Edward n'a jamais rien dit. Ni à Carlisle, ni à Emmett. Il a toujours respecté ma vie privée. Il a toujours su à quel point j'avais été détruite ce jour-là, et je peux l'en remercier, il ne m'en a plus jamais reparlé.
Voyant mon air interrogateur, elle ajouta.
- Je ne voulais rien dire au début, quand je l'ais rencontré. Mais Edward a tout de suite su que quelque chose avait changé. Sans même lire mes pensées, il avait compris à mon attitude. C'est vrai que me voir sourire bêtement n'était pas courant. Il a toujours été très perspicace. Alors… quand il a compris toute l'histoire, il a essayé de me faire entendre raison. Si seulement, je l'avais écouté. Ce funeste jour, quand je me suis enfuie dans les bois, nous venions de nous disputer. Edward m'avait dit que j'étais folle de m'approcher d'un homme alors que je n'avais que quelques mois d'expérience ; Que j'étais bien trop attirée par cet humain ; Que son sang était une tentation trop forte. Mais mon orgueil a pris le dessus. J'ai voulu lui prouver qu'il avait tort. Et c'est tout le contraire qui s'est déroulé.
- Rose… je t'en pris arrête de t'en vouloir.
- Non, Alice. Me coupa-t-elle d'une voix sans appel. J'avais besoin de parler. Merci de m'avoir écouté mais je ne te demande pas de me trouver des excuses.
- Ce n'était pas mon intention. Lui dis-je simplement.
- Elle se releva, réajustant sa tenue, remettant sa chevelure en place… Une reine. Rosalie allait mieux, du moins en apparence.
- Mais… ajoutais-je alors, je pense que tu devrais en parler à Emmett. Ça te ferait du bien, beaucoup plus qu'en me parlant, à moi.
Elle me fixa un instant.
- Ne te sous-estime pas, Alice. Merci… du fond du cœur. Je t'en serais toujours reconnaissante. Tu es la première avec qui je partage tout ça… de mon plein gré, et je n'aurais su choisir meilleure écoute. Je suis vraiment soulagée d'en avoir parlé. Tu es vraiment quelqu'un de bien.
Je ne savais quoi lui répondre, sans avoir l'air niaise. Toutes les réponses me venant à l'esprit nécessitaient un contact physique dont je n'étais pas sûre que Rosalie en voulait. Aussi, me contentais-je de lui sourire faiblement, la voix muée par l'émotion.
- Bien, rentrons maintenant. Déclara Rosalie d'une voix forte.
Quelque chose avait changé dans son attitude, dans sa manière de se déplacer, dans tout Rosalie. Quelque chose avait changé et cela me remplissait de bonheur. J'en étais persuadée : les choses iraient de mieux en mieux et je n'avais pas besoin d'une vision pour me le confirmer. Tandis que nous marchions à travers les fourrés, une évidence m'apparût : Je l'avais enfin… ma sœur.
- Au fait, tu te souviens dans quel sens est la voiture ?
Ah ah ah... alors vous l'aimez le secret de Rosalie? J'ai fait soft là quand même... au départ, elle devait tuer l'humain (donnons-lui un prénom quand même! Appelons-le "Bob" :p )... donc, au départ elle devait tuer Bob, puis s'enfuir en forêt à cause de sa culpabilité, tout ça... pour finir par trouver Emmett combattant un ours (Donc leur première recontre ! ). Ce qui aurait pu expliquer comment elle avait pu porter ce cher Emmett tout en sang sur des kilomètres jusqu'à Carlisle puisqu'elle n'était plus assoifée.
Mais bon, j'ai pensé que ça aurait été trop compliqué. Donc, "version light" pour ce chapitre 22.
Mention spéciale à x8-Twilight-8x qui a bazarder toute ma première intrigue et qui, par la même occasion, m'a permise de trouver une idée plus originale! xD Oui, ma première idée était que Rose se sente mal à cause de son désir d'enfant... mais bon, c'est vrai qu'on s'y attendait tous... donc merci à toi de m'avoir forcée à me bouger les fesses! :)
Au fait, c'est pas pour dire mais... j'aimerais bien atteindre ce petit "150 Reviews" qui me fait de l'oeil depuis le dernier chapitre... donc... à vot' bon coeur m'sieur, dames!
