Rappel : Hermione, le cœur battant à tout rompre, lui lança un regard affolé sans dire un mot. Il la prit alors par la taille et la serra contre lui, l'embrassant sur la tempe. Tout allait se jouer maintenant. Ils ne savaient pas ce qu'ils trouveraient de l'autre côté ni même s'ils y parviendraient. Mais seulement trois choix s'imposaient à eux : débouler dans la nouvelle cité et mourir de la main des Morgoles, rester ici et mourir asphyxiés, ou plonger dans l'eau glacée pour s'enfuir on se sait où. Hermione embrassa alors Drago dans un élan désespéré et il lui rendit son baiser le plus douloureusement du monde. Enfin ils se lancèrent un dernier regard et s'enfoncèrent dans les eaux glacées si peu accueillantes, main dans la main.
Chapitre 23 : Etat de chocFinie la douce sensation de leur source d'eau chaude ! Non, maintenant la fraîcheur de la rivière souterraine leur pétrifiait les mollets, et glaçait leurs orteils. Ce fut ensuite au tour de leurs cuisses et ils durent bientôt se lâcher la main pour se stabiliser. Drago portait deux dagues à sa taille et une épée dans le dos alors qu'Hermione devrait maintenir la torche en dehors de l'eau, ne lui laissant plus qu'une main pour nager. La traversée s'annonçait périlleuse.
Ils s'enfonçaient prudemment dans le lit du cours d'eau mais suivant une progression constante. Arrivé à un certain point Drago se mit sur la pointe des pieds en grimaçant, arrachant un minuscule sourire à sa partenaire, décidément, certains points étaient plus sensibles à l'eau froide que d'autres ! Mais il fallait passer outre. Hermione avait la chance de bénéficier de sa tenue lui procurant un certain confort contre le froid, même si elle sentait tout de même la température glaciale de ces eaux sombres.
Nager lorsque l'on est épuisé et affamé est une torture pure et dure mais à choisir entre un peu d'exercice et la mort, il n'y avait pas d'hésitation à avoir. Alourdie par leurs fardeaux, leur progression restait lente. Drago avançait plus vite qu'Hermione, mais il l'attendait. Elle arrivait parfaitement à gérer la torche et à la garder hors de l'eau, mais à vue d'œil ils n'en étaient même pas à la moitié de leur parcours et déjà elle serrait les dents pour se redonner du courage. Le courant les emportait progressivement à la dérive. Inutile de lutter contre, de toute manière, ils ne savaient pas où ils voulaient aller alors autant ne pas perdre d'énergie inutilement.
Quelques instants plus tard, le visage rouge de fatigue et la respiration haletante, il leur semblait que la berge n'était plus qu'à quelques mètres. Plus qu'un tout petit effort… et ils parviendraient au sec sans encombres… quand soudain Drago disparut brusquement sous la surface avant de réapparaître comme propulsé.
- Fonce ! Parvint-il tout juste à hurler avant de reprendre sa respiration et de disparaître à nouveau.
Paniquée, Hermione sentit quelque chose la frôler et accéléra la cadence… Drago réapparut rapidement derrière elle et nagea aussi vite qu'il le put. Rassurée, la lionne donna tout se qu'elle avait et poussa un soupir de soulagement en sentant le sol à nouveau sous ses pieds et Drago la pousser dans le dos. Ils se ruèrent hors de ces eaux infernales et se laissèrent tomber de tout leur long, haletants, à trois mètres du bord. Hermione prit tout de même le temps de poser la torche, même sur le sol elle continuait de brûler, elle n'était pas peu fière de l'avoir gardée intacte durant cette traversée.
Quelques secondes après, le souffle toujours court, elle se hasarda :
- Mais c'était quoi, ça ?
- Je n'en sais rien, quelque chose m'a agrippé la jambe et m'a tiré vers le fond. La première fois je me suis dégagé en plantant l'épée je ne sais trop où, mais je sais pas on aurait dit…
Il s'arrêta et regarda sa jambe, une sorte de tentacule ensanglantée était toujours enroulée autour.
- Heurk ! Expira Hermione dans une grimace de dégoût.
- Ca devait être une sorte de poulpe géant, tenta-t-il d'analyser en déroulant le bout de chair visqueuse et gluante de son mollet grâce à une des dagues. Ce truc est revenu à la charge, heureusement que j'avais la dague ! J'ai pu sectionner ça et sous la douleur la bestiole a dû se
tapir de nouveau dans le fond ! On a eu chaud. Mais j'ai perdu l'épée.
Ils restèrent encore là quelques minutes de plus jusqu'à ce qu'un remous apparaisse à la surface de l'eau.
- Allez, on bouge ! déclara Drago en se relevant et en tendant la main à son amazone.
D'un réflexe commun, les deux amants scrutèrent leur environnement. Ils étaient de l'autre côté de la rivière et au loin pouvaient apercevoir la source qu'ils affectionnaient presque tellement elle leur était devenue familière. Ils eurent une pensée pour leur mur rempli de fruits et le panier à crevettes qu'ils avaient laissés de l'autre côté… ainsi que la gourde. Ils n'avaient plus rien et déjà leurs estomacs se rappelaient à leur mémoire.
Ici tout paraissait différent, ils ne disposaient que d'environ 6 mètres entre le mur du fond et l'eau. Sur le côté droit, un couloir longeait la rivière. Une lueur diffuse semblait vouloir les accompagner dans leur périple, mais rien à voir avec celle de leur ancien dortoir. La torche risquait de leur être d'une grande utilité sous peu.
Hermione scruta à son tour le paysage en cherchant à oublier cette sensation d'immensité et de froid qu'elle avait ressentie dans l'eau.
- Nous ferions mieux de nous mettre en route, lui lança-t-elle anxieuse.
Drago approuva d'un signe de tête et ils commencèrent alors leur long périple remontant une pente douce. Avançant dans une allée monotone au possible, aucun d'eux n'osa rompre le silence. La peur leur tiraillait les entrailles, ils étaient à un point de non-retour, sans nourriture, sans rien, mouillés et frigorifiés. Hermione cherchait à analyser la situation. Heureusement, ils suivaient la rivière, donc ils auraient de l'eau. Sans manger, ils pourraient survivre quelques temps s'ils économisaient leurs forces, mais sans eau, c'était deux ou trois jours tout au plus. En y repensant, elle avait entendu des reportages sur des personnes faisant la grève de la faim durant plus d'un mois… évidemment, ils restaient allongés et sans bouger, mais bon…
Quant à Drago, lui, ses pensées étaient toutes autres :
« Heureusement qu'elle est là ! Elle a un sacré courage quand même. En plus j'ai super faim, moi, maintenant… la poisse ! Et à mon avis, je ne dois pas être le seul vu le gargouillement du ventre d'Hermione. D'ailleurs, elle n'a même pas fait allusion à la bestiole dans l'eau et elle a porté courageusement la torche, sérieusement, je ne sais pas si j'y serais parvenu, moi, à ne nager que d'une main sur toute cette étendue et dans le courant ! Bon sang Drago, garde la tête froide et ne le dit surtout pas à voix haute, ne le dit surtout pas à voix haute ça, parce qu'elle ne se plaint jamais. Ça la foutrait mal si moi, l'homme de la situation, je me mettais à geindre comme un gosse ! Surtout devant une Gryffondor en plus. Bon, je sais que certains évènements ont perturbé ta perception des choses, mais tu n'en restes pas moins un Malefoy ! Ressaisis-toi et vite. Pourtant j'ai faim bon sang ! Et comment on va faire pour manger, y'a plus rien ici… »
-A quoi tu penses ? lui demanda-t-elle pour rompre le silence.
-A rien, répondit-il du tac au tac, mal à l'aise de s'être fait surprendre sur de si piètres pensées.
-Visiblement, nous sommes partis pour marcher un bon bout de temps alors autant parler un peu, non ?
-Economise tes forces Hermione, fut la seule réponse qu'il trouva à lui rétorquer, ne voulant pas trahir ses faibles pensées.
Vexée, la rouge et or se terra dans un mutisme total. Ils continuèrent donc à avancer lentement mais sûrement vers leur destin. Ils marchèrent ainsi durant des heures. Sentant la fatigue s'insinuer sournoisement dans chacun de leurs membres, dans chacun de leurs gestes. Ils se relayaient la torche de temps en temps pour se reposer le bras. Les couloirs se ressemblaient tous, rien à regarder, rien à inspecter, uniquement des pierres, de l'humidité et une lumière qui ne cessait de décroître.
Si l'avenir des deux amants était plus qu'incertain, une autre personne se trouvait dans une mauvaise posture. En effet, depuis le début de l'alliance, Pansy devait faire preuve d'une ruse sans faille pour ne pas trahir ses réelles intentions, envers Voldemort mais aussi envers les Gryffondors. Le pacte avait été proposé par le mage noir lui-même.
Il avait besoin de temps pour rallier le plus grand nombre de Mangemorts possibles à ses côtés, et lancer une attaque simultanée dans le monde entier. De plus, depuis la venue des Morgoles, la population pourchassait le moindre de ses partisans et leurs agissements devaient être les plus discrets possibles pour ne pas être repérés. Les plus grands noms de ses anciens adeptes avaient été incarcérés mais, depuis la démission des Détraqueurs, nombre d'entre eux avaient pu s'évader, comme Lucius.
Il avait alors besoin de plus d'informations sur le camp adverse, et en particulier Potter. Savoir que son attention était portée sur autre chose que sur sa vengeance l'arrangeait pour mieux appréhender le combat final. Ce gamin, il pouvait l'écraser comme il le voulait, mais ses ambitions étaient autres… Voldemort, le grand et l'unique Voldemort devait gouverner le monde. Encore quelques semaines et ses troupes seraient fin prêtes. Il devait également coordonner son attaque avec l'utilisation du collectif des Morgoles, leur roi le lui devait bien avec toutes les plantes et autres informations qu'il leur avait fournies. Ensuite, une fois sa domination assise, il n'aurait plus aucun besoin de leur magie, la sienne suffirait.
Les Sangs-de-Bourbe seraient livrés à ce peuple souterrain régulièrement et plus rien ne pourrait entraver son règne sur terre.
Il avait donc ordonné à Pansy Parkinson de surveiller Poudlard. Lorsqu'il lui avait ordonné de s'allier aux rouges et or en apprenant l'existence du carnet, la jeune femme s'était tout d'abord insurgée, mais une petite série de Doloris lui avait appris à tenir sa langue. Et puis finalement, en y réfléchissant bien, elle y trouverait son compte, elle aussi. Crabbe et Goyle n'avaient absolument rien compris à l'histoire, Millicent filait là où le courant l'entraînait et pour la petiote… et bien elle s'était proposée d'elle même devant le mage noir, rendant ainsi son papa fière d'elle.
Pansy n'avait donc à mentir à personne, Voldemort l'avait investie d'une mission et elle ne trahissait pas son serment étant donné qu'elle ne transmettait que des informations vagues et sans consistance. Voldemort s'en félicitait, il savait ainsi que Potter était toujours occupé à chercher sa Sang-de-Bourbe et l'Ordre du Phénix en faisait probablement tout autant.
Pourtant, le véritable objectif de Pansy était tout autre. Drago et elle s'étaient promis de s'enfuir ensemble si le meurtre de Dumbledore échouait. Le prince des Serpentards savait parfaitement ce qu'il adviendrait de lui en cas d'échec et ne voulait pas affronter le mage noir. Ils avaient alors élaboré un plan pour se retirer loin de tout et vivre de leurs rentes. Ils détournaient de l'argent familial depuis le début de l'année précédente et l'envoyaient sous un nom d'emprunt à une société secrète aidant les sorciers à changer d'identité. Les deux Serpentards seraient alors envoyés quelque part dans le monde et personne jamais ne les retrouverait. Avec tout l'argent qu'ils avaient envoyé, ils pourraient vivre en seigneurs et maîtres sur une petite île probablement.
Ho bien entendu, ils ne s'aimaient pas, mais Drago était très important pour Pansy et quitte à vivre toute sa vie avec quelqu'un, elle espérait de tout cœur que ce soit lui. Et puis peut-être qu'une fois sur place, ils arriveraient à faire leur vie chacun de leur côté, mais au moins, ils seraient toujours là l'un pour l'autre. Après tout, elle n'était pas obligée de partir, mais elle trouvait son compte loin de cette guerre qui ne l'intéressait en rien.
Quoi qu'il en soit, au fil des entraînements et des « discussions » avec les Gryffondors, Pansy se trouvait dans une position fâcheuse. Si Voldemort découvrait ses intentions réelles, elle devrait se préparer à la sentence. Mais pour Drago, celui qui l'avait toujours soutenue et comprise, celui avec qui elle avait pratiquement grandi, pour lui, elle était prête à ce sacrifice. Drago… Où était-il ? Et comment se sentait-il ? A chaque moment où elle imaginait celui qu'elle considérait comme son frère vivre des instants si terrible, son cœur se resserrait. Mais une petite voix malsaine et qu'elle essayait désespérément d'étouffer s'imposait à elle :
« Au moins il ne t'as pas abandonnée comme tu le croyais cet été… Il était coincé, sans pouvoir te contacter, il n'était pas parti sans toi ». Cette petite voix, aussi perverse soit-elle, Pansy l'écoutait, et aussitôt un sourire s'affichait sur son visage. Non, Drago ne l'avait pas abandonnée. Alors elle devait coûte que coûte poursuivre leur entreprise. Un jour ou l'autre, il referait surface. Et à ce moment, elle serait là pour lui.
Refaire surface… Drago et Hermione s'y efforçaient justement, mais les couloirs leur réservaient encore quelques surprises. Six heures plus tard, ils atteignirent une bifurcation. Ou plutôt non, leur chemin se séparait de la source inexorablement. Pas le choix ! Ils devaient suivre la voix.
- Si d'ici une journée nous n'avons pas retrouvé le cours d'eau, nous devrons rebrousser chemin pour ne pas risquer de mourir de soif, lança Hermione à un Drago pas plus troublé que cela.
Sans rien rajouter, ils s'engouffrèrent dans un passage plus étroit et surtout plus pentu. Très vite, ils sentirent un courant d'air de plus en pus violent entraver leur progression, pourtant déjà ralentie par la côte. Au bout d'un moment, ils commencèrent à s'essouffler au fur et à mesure que la pente se raidissait. Drago dut s'appuyer sur un mur pour ne pas tomber lorsqu'un vertige le prit de court. Il s'arrêta un instant en fermant les yeux.
- Qu'est-ce que tu as ? S'inquiéta immédiatement Hermione.
- Rien, des vertiges, continuons, t'occupes pas.
Leur progression dura encore une bonne heure. La fatigue leur martelait les tempes et leurs corps n'arrivaient plus à suivre l'effort physique que l'instinct de survie leur imposait. Lorsque enfin ils arrivèrent en haut, leurs deux cœurs respectifs s'emballèrent en entendant progressivement un grondement si intense qu'ils se seraient crus en plein milieu d'un aéroport (Hermione au moins). Peut-être était-ce la sortie ? Peut-être qu'ils allaient retrouver l'air libre. En un regard, ils se motivèrent pour presser le pas et…
Quelle ne fut pas leur déception à leur arrivée au sommet. Ils se retrouvaient en haut d'un gouffre sans fond avec pour seul espoir d'avancer un pont suspendu fait de bois et de cordes usées, mesurant une bonne trentaine de mètres à vue d'œil. Ils retrouvaient leur rivière qui dévalait la pente en une cascade infernale. Le pont semblait se balancer au rythme du vent provoqué par la chute d'eau et sa longueur ne présageait pas un passage sans encombre.
Drago s'avança vers le bord de la falaise, il ne voyait même pas le fond du ravin dans lequel se jetait le flux ininterrompu de la cascade. Il se retourna alors vers Hermione, les yeux remplis d'inquiétude et ses cheveux malmenés par un courant d'air frais.
- Ce pont ne nous supportera pas tous les deux. Mieux vaut passer l'un après l'autre.
- Je passe en premier ! Déclara Hermione en s'avançant vers le pont, mais une main la rejeta en arrière.
- Hors de question. Si jamais les planches sont pourries, tu risques de tomber.
- Et alors ? toi aussi. S'exaspéra-t-elle.
- Oui, mais si je tombe, il te sera encore temps de faire demi-tour.
- Arrête de jouer les protecteur avec moi Drago, je ne suis pas en sucre, je veux passer la première. Et elle s'avança en direction du pont.
Loin d'être satisfait de cette initiative, Drago s'énerva. Il la retint par le bras, et la repoussa en arrière pour prendre sa place. Le temps qu'Hermione retrouve son équilibre, le Serpentard s'était déjà avancé et pesait chacun de ses pas.
- Drago ! Hurla-t-elle.
- Lorsque je serai de l'autre coté, je te dirai de venir, lui lança-t-il sans même se retourner, trop concentré sur chaque planche pour se laisser distraire.
- Tu vas me le payer sale Serpentard ! Continua-t-elle à hurler.
Lassé par ces enfantillages, il se retourna à environ un quart du parcours.
- Arrête Hermione. On ne joue pas, si les planches peuvent supporter mon poids, elles pourront supporter le tien. Quand tu passeras fais attention, insista-t-il, marche plutôt sur le bord que sur le milieu, certaines m'ont l'air bien pourries.
- Espèce de…
Mais tout se déroula en une fraction de seconde. Drago se retourna, mit le pied sur une des planches érodées par le temps et en un éclair, passa au travers sans une seule chance de se rattraper à quoi que ce soit.
-Dragoooooooooo !!! Le cri aigu d'Hermione emprunt d'horreur et de désespoir résonna comme un écho dans la grotte. Elle lâcha la torche, et s'agenouilla vers le bord de la falaise mais ne vit rien. Les abysses venaient d'engloutir son partenaire. La torche poursuivit son chemin jusqu'au bord et bascula dans le vide à son tour sans aucune réaction de la Gryffondor.
-Nooooon !!! Hurla-t-elle, sa voix déformée par les pleurs jaillissant encore plus puissamment que le torrent.
Son cœur se brisait.
-Non ! agonisa-t-elle dans un dernier souffle avant de ne plus pouvoir prononcer quoi que ce soit, trop oppressée par la douleur.
Ses poings se crispaient contre le sol, les ongles rentrant dans sa propre chair et les articulations blanchissantes, elle frappa la roche de toutes ses forces. Elle pleurait sans bouger, retenant sa respiration et scrutant le fond de l'enfer abyssal devant elle dans l'espoir de le voir, accroché quelque part mais non. La torche avait éclairé les parois particulièrement lisses sur son passage et maintenant Hermione n'en distinguait même plus la flamme, engloutie par l'abîme. Drago était tombé bien trop loin du bord… Il était…
- Et bien ! j'ai pas le permis de transplannage mais personne ne m'en voudra ! S'exclama alors une voix derrière elle. Heureusement qu'il n'y a plus d'Apnaya dans le coin ! J'ai eu chaud.
Sursautant de peur et le regard brouillé de larmes, Hermione se retourna d'un bond. Drago venait de transplanner derrière elle, époussetant ses manches, et remettant sa ceinture d'armes en place. Il ne s'était pas aperçu de la douleur de la jeune femme accroupie en face de lui. Mais cette erreur fut vite corrigée.
Elle se leva d'un bond sans retrouver sa voix et se précipita si violemment sur lui qu'il faillit tomber à la renverse. Elle se pendit à son cou et le couvrit de baisers frénétiquement, prisonnière de ses propres mouvements devenus incontrôlables. Cet élan de passion fit rire Drago qui tenta de s'écarter en rigolant :
- Hey ! Du calme la furie.
Mais très vite ses yeux se posèrent sur le pont suspendu, plus agité que jamais, et surtout sur l'absence de planches à l'endroit de sa chute.
-C'est pas vrai… Hermione, prononça-t-il du bout des lèvres, réalisant ce qu'elle venait de vivre.
Elle arrêta de l'embrasser pour se réfugier dans son cou et laissa jaillir un flot de larmes, le serrant si fort contre elle qu'il en avait mal à la poitrine. Drago comprenait maintenant qu'elle avait cru le perdre, désaccoutumée de la magie et de ses avantages, elle en avait oublié qu'il pouvait transplanner, leur longue marche et toutes les émotions du jour altérant leur faculté de raisonnement, elle n'avait pas remarqué l'absence d'Apnaya.
-Hermione… exprima-t-il cherchant un ton réconfortant, désolé de lui avoir infligé cela.
Il referma alors ses bras autour de sa taille sans savoir quoi faire d'autre face au désarroi dont elle faisait preuve et rapidement l'entendit hoqueter à travers les pleurs, la voix suraiguë et brisée en même temps.
- Me laisse pas, Drago ne me laisse pas, je t'aime, je t'aime si fort…
Il sentit ses petits poings agripper sa chemise derrière ses épaules comme s'il risquait de disparaître d'une seconde à l'autre. Plus il la serrait contre lui, plus il se rendait compte que tout son corps tremblait. Elle était parcourue de petites secousses spasmodiques incontrôlables.
-Jamais, s'il te plaît jamais, ne me laisse plus jamais, continuait-elle de hoqueter entre les sanglots.
Le cœur du Serpentard s'arrêta de battre l'espace d'une seconde. Ses pulsations cardiaques jusqu'alors réglées comme un métronome suivaient un rythme incohérent et novateur. Jamais personne ne lui avait dit ces choses là si sincèrement. Ce n'était pas Hermione qui parlait mais son cœur. Elle ne contrôlait pas ses paroles, ayant cru le perdre, plus aucune retenue ne pouvait barrer le passage à ses véritables sentiments. Elle venait de lui avouer son amour, un sentiment pur et totalement désintéressé, elle le voulait lui, juste lui, non pas parce qu'il était puissant, riche et influent, il n'était rien de tout cela ici. Mais elle le voulait juste parce qu'il était… Drago…
Il inspira alors profondément pour ne pas se laisser aller lui aussi et, tout en conservant une main sur sa taille plus fermement que tout à l'heure, il lui glissa une main dans les cheveux pour la réconforter, l'embrassant tendrement sur le front.
- Chuuuut, lui murmura-t-il. Je suis là.
Mais aucune réponse ne lui parvint, les tremblements redoublèrent, accompagnant les sanglots mal étouffés. Hermione était en état de choc. Jusqu'où une adolescente de 17 ans pouvait-elle s'enfoncer dans l'horreur et la souffrance sans sourciller ? Toute Gryffondor qu'elle était, son cœur n'était pas fait de pierre et son seuil de tolérance venait d'être atteint. Elle savait pourquoi elle résistait à Drago depuis un moment, de peur de s'attacher à lui, et maintenant, c'était chose faite. Elle avait beau le serrer contre elle, son esprit ne cessait de se repasser sa chute en boucle et son cœur analysait sans relâche toutes les implications d'un tel drame.
Ne plus le revoir, jamais, ne plus sentir ses bras autour d'elle. Ne plus voir ses yeux, sa bouche, son sourire. Ne plus jamais être avec lui simplement... C'était tout simplement inacceptable. Jamais elle ne se résignerait à le perdre.
Jamais… jamais… jamais…
Ce mot résonnait comme un écho incontrôlable dans l'esprit de la lionne affaiblie. Elle ne voulait pas s'attacher à lui, elle avait lutté, mais maintenant que les armes étaient baissées, tout était terminé. Il avait gagné la bataille contre son cœur et s'était installé en pays désormais conquis. Rien ni personne ne pourrait l'en déloger à présent, pas même lui. Il était tout ce qui lui restait…
Drago s'en rendait compte. Il savait qu'elle était courageuse et que rester seule dans cet enfer était dur pour elle, mais qu'elle y survivrait. Son comportement à l'instant présent lui témoignait à quel point il était important pour elle. Drago sentit alors un sentiment merveilleux l'envahir. Un sentiment et une envie qu'il n'avait jamais ô grand jamais ressentis : le besoin de protection. Il avait besoin de LA protéger. Cette jeune femme qu'il aimait et qui lui rendait son amour si puissamment indépendamment d'elle-même, c'était une sensation inédite, un renouveau, une renaissance. Il aurait tellement voulu la sauver, lui proposer une solution pour la mettre en sécurité parmi les siens, mais il n'en avait pas.
- Hermione, écoute-moi, lui murmura-t-il toujours en la serrant fort contre lui. Ecoute-moi. Je suis désolé que tu ais vu ça. Mais regarde autour de toi. Il n'y a plus d'Apnaya. Nous pouvons user de la magie ici. J'ai pu transplanner tu vois, j'ai eu une chance immense que ce ravin soit profond, ça m'a laissé le temps nécessaire pour me concentrer. Alors nous allons transplanner ensemble de l'autre côté de ce satané fossé. Et puis nous nous reposerons un peu. La fatigue, la faim, tout cela altère notre raisonnement. Alors, nous allons marquer une pause, nous reprendre un peu et continuer…. Il s'arrêta un instant, avant de reprendre : D'accord ?
Mais son amazone n'encaissait pas du tout le choc, elle se cramponnait à lui comme les gnomes au jardin des Weasley ! Il dut utiliser la force douce pour se reculer un peu et la regarder dans les yeux. Son visage était rougi par la terreur et elle semblait paralysée. Il lui essuya les cernes de ses pouces, pour adoucir un peu sa peine, et lui prit la tête dans les mains pour la forcer à le regarder. Il lui redemanda alors « d'accord ? », toujours en plongeant son regard dans le sien. Mais Hermione répondait aux abonnés absents, elle avait eu un choc trop violent et avait besoin d'un peu plus de temps.
Elle était Gryffondor et remplie de courage, mais elle était avant tout une jeune femme de 17 ans, plongée dans un monde d'horreur depuis plus d'un mois, sans sa famille et ses amis, avec un espoir de survie des plus restreints. La faim, la fatigue et la peur… combien d'horreurs allait-elle pouvoir supporter encore ?
Il chercha la torche des yeux sans lâcher Hermione d'un centimètre et comprit rapidement qu'elle ne l'avait plus. Il se concentra un instant et la transplana avec elle de l'autre côté du ravin. Arrivé à destination, il poussa un soupir de soulagement. Il avait beau être le grand et fort Drago Malefoy comme il le pensait si bien, il n'avait eu que les quelques cours de transplannage à l'école et n'avait pas pu passer son permis, bloqué ici. Alors transplanner dans ces conditions, sans forces et en plus avec quelqu'un…
« Bonne chose de faite » se dit-il à lui même. Rassuré d'avoir passé ce cap, il pouvait se reposer.
Hermione était toujours choquée, elle pleurait encore, mais silencieusement, blottie contre lui. Drago la conduisit un peu plus à l'intérieur, s'écartant de ce ravin de malheur et une fois à l'abri de l'air, il l'obligea à s'asseoir, elle était comme de la pâte à modeler, malléable comme jamais Hermione Granger ne l'avait été. Il s'assit à côté d'elle et la sentit poser sa tête sur son torse. Il l'entoura une nouvelle fois de ses bras et lui caressa doucement les cheveux sans rien dire. Tous deux fermèrent les yeux, épuisés et à bout de force.
Drago laissa ses pensées divaguer quelques instant, se maudissant d'avoir laissé sa baguette par terre dans le coin de leur dortoir dans la précipitation. Il réfléchit également au moyen de transplanner pour sortir d'ici, mais cette solution n'était pas envisageable. Il ignorait où ils se trouvaient. Etaient-il à 5 ou 100 mètres en dessous du niveau de la mer ? Etaient-ils dans une dimension parallèle ou un autre monde magique très loin de la terre ? Autant de questions qu'il leur faudrait répondre avant de pouvoir envisager une sortie « magique ». D'un premier avis, ils se trouvaient sous terre et en dessous de la Mésopotamie, c'était ce qu'en avait déduit Hermione en voyant l'écriture des Morgoles gravée sur les piliers de la salle du trône, mais si elle se trompait ? Ah Hermione ! immédiatement ses pensées revinrent sur elle et il la serra un peu plus contre lui si cela était encore possible.
Le Serpentard se repassait une phrase en boucle : « Me laisse pas, Drago ne me laisse pas, je t'aime, je t'aime si fort ». Ce sentiment est partagé se dit-il. Mais quel espoir avaient-ils ? Déjà sortir d'ici… et puis même, à la surface c'était tellement différent, la guerre se préparait et elle serait dans le camp du bien. Lui, et bien lui, il fuirait ! C'était certain. Mais pour elle, serait-il prêt à rester ? Il avait bien fait pire en restant ici. Toutes ces interrogations se bousculaient dans l'esprit de Drago. Mais une seule trouva une réponse aussi claire qu'un et un font deux : il l'aimait. Et quel bonheur de savoir qu'il était aussi important pour elle. Le désarroi qu'elle avait exprimé en le voyant tomber. Jamais personne n'avait dépendu autant de lui pour une si merveilleuse raison.
- Hermione, se hasarda-t-il.
- Oui, entendit-il très faiblement.
- Hermione regarde-moi cette fois.
Un peu remise de ses émotions et revigorée par la chaleur de son protecteur, elle trouva la force de se redresser et de le regarder, un peu honteuse de sa faiblesse indigne d'une Gryffondor. Ses yeux étaient encore injectés de sang et son visage déconfit.
- Allez ma belle, on va se faire une promesse tous les deux.
- …
- Je te promets que je te conduis à la surface, comment, je ne sais pas, mais je vais me surpasser, tu verras. Et toi, en échange, tu me dis quels sont tes plans pour notre retour.
Il tentait coûte que coûte de la faire réagir, mais ce ne fut pas chose aisée. Elle le regarda tendrement et releva légèrement les coins de sa bouche. Drago se redressa, il le fallait bien. Attendre ici ne faisait qu'accroître leurs chances d'échouer et il tendit une main à Hermione qu'elle saisit aussitôt. Ils reprirent leur marche sans un seul mot, très lentement. Seulement une dizaine de minutes plus tard, ils retrouvèrent le cours de la rivière qu'ils avaient laissé plus bas. Le tunnel qui s'en écartait ne visait qu'à permettre de passer la cascade. Ils devaient tout de même être sur la bonne voie.
Ce qui les rassura également, c'était la hausse de température. Hermione reprenait ses esprits puisqu'elle fit remarquer à Drago que dans les mines de charbons, les hommes travaillaient en sous-vêtements à cause de la chaleur. Le froid régnant dans le monde Morgole devait uniquement être artificiel, et ils s'en éloignaient à chaque pas, ce qui était une bonne chose en soi.
- Je suis vraiment désolée pour la torche, murmura-t-elle, honteuse.
Mais Drago semblait perdu dans ses pensées et ne releva pas franchement la remarque de son amazone. Elle s'imagina qu'il lui en voulait et n'osa plus rien dire.
Mais quelques pas plus loin, il sembla réfléchir à haute voix.
- Une fois à la surface, si jamais Weasley te touche ou te regarde de trop près, je le castre ! Et ça aussi, c'est une promesse !
Hermione, surprise qu'il envisage leur retour à la surface se tourna vers lui, les yeux exorbités. Il avait dit ça le plus sérieusement du monde et sans détourner le regard. A présent il continuait à avancer impassiblement. Elle s'arrêta s'en rendre compte.
- Tu veux dire… ?
Pour toute réponse il se retourna, lui sourit et lui prit la main, l'incitant à avancer et à tout faire pour s'en sortir vivants.
