Spanglorn les regarda disparaître, impuissant. Il savait que cette jeune femme était la clé, celle qui allait débloquer une situation figée depuis des siècles. Elle semblait si fragile ! Mais aucun doute n'était possible. Qu'elle le veuille ou non, elle devrait s'appuyer sur son compagnon pour réussir. Pourtant, un des points de la prophétie ne cadrait pas avec ce couple. En effet, ils auraient dû être liés par magie, la légende était floue, mais ils devaient avoir plus qu'un lien sentimental… ce qui n'était pas le cas à l'heure actuelle. Le Vertineux avait très clairement perçu un attachement mutuel très fort, mais rien de magique ou d'absolu.
Perdu dans ses réflexions, il fut surpris par son épouse, sortie en trombe de l'eau, particulièrement agitée.
-Spanglorn… ils sont partis ? s'affola-t-elle.
-Oui, je viens de les renvoyer à la…
-J'ai un très mauvais pressentiment.
-Que veux-tu insinuer ? lui demanda-t-il, partageant son inquiétude.
-Je n'en sais rien, mais je ressens de mauvaises, très mauvaises ondes. Je pense que… que tu devrais les rejoindre pour t'assurer qu'ils sortent bien de la grotte.
-Mais voyons, tu sais bien que cela nous est interdit.
-Spanglorn, tu es notre Senatorus, c'est toi qui fais nos lois ! s'exaspéra-t-elle. J'ai parlé aux autres Vertineux qui les ont observés et tous sont d'accord, ce sont eux, ils doivent jouer un rôle primordial dans la lutte contre les Morgoles. Assurer leur sécurité est donc plus important que de quelconques lois.
Son compagnon la regarda en signe d'approbation et s'apprêta à disparaître.
-Attends Spanglorn, le retint-elle, fais attention à toi.
-Tu sais bien que je ne risque rien, lui répondit-il avant de disparaître.
-Pourvu qu'il arrive à temps…
Quelques minutes plus tôt, à l'entrée des souterrains :
Drago embrassa Hermione passionnément avant de lui lancer un dernier regard. Ils se sourirent mutuellement de bonheur et de soulagement, encore incrédules. Le Serpentard lui tendit alors une main qu'elle accepta et ils commencèrent à courir en direction de la lumière…
Ils étaient si près du but pourtant ! Mais deux ombres apparurent entre la lumière et eux. Le couple stoppa sa course brutalement. Deux Morgoles se retournèrent lentement, leur lançant un regard satisfait et victorieux…
-Des gardiens ! s'écria Hermione.
Drago scruta rapidement les environs, mais ils étaient à découvert, aucun retrait possible ni aucun moyen de se protéger. Tout se passa en l'espace de quelques secondes. L'un des gardiens fit apparaître une boule lumineuse qu'il jeta aussitôt en direction de Drago. Hermione, toujours pleine de réflexes, se plaça instinctivement devant lui, les mains écartées et hurlant un « Protego »… Drago ne vit que du feu, une sorte d'éclair lumineux l'aveugla et les projeta tous deux en arrière. Il pensa dans un premier temps que l'acte d'Hermione avait fonctionné et se tourna sur le côté pour se relever, imaginant qu'elle en ferait de même…
Au même moment un sifflement suraigu retentit dans la grotte. Ce son insupportable l'obligea à se plaquer les mains sur les oreilles et il aperçut vaguement les deux gardes en faire autant. Cherchant d'où ces vibrations stridentes provenaient, il se retourna pour se trouver en face d'un Spanglorn plus menaçant que jamais.
-A terre ! lui hurla ce dernier.
Le Serpentard se jeta au sol sans demander son reste. Il eut à peine le temps de voir deux faisceaux de lumière vert émeraude partir des mains du Vertineux à la rapidité d'un éclair. Les gardes furent touchés de plein fouet et projetés en arrière de plusieurs mètres.
Toujours à terre, Drago put voir une fumée noire s'évaporer de leurs deux corps inertes. Il se redressa et se tourna immédiatement vers Spanglorn, lui demandant du regard si tout était fini.
-Ils sont morts, lui répondit ce dernier, la voix emprunte d'une mélancolie et d'une honte indéterminable.
Drago ferma les yeux et soupira.
-C'est bon Hermione ! Nous sommes sauvés… prononça-t-il en se tournant vers sa belle, toujours allongée. Hermione ?
Mais au moment où il l'interpellait, son regard se fixa sur le ventre de son amazone, en sang.
-Hermione… cria-t-il en s'agenouillant rapidement vers elle et la prenant dans ses bras. Sa tête penchait en arrière et il dut la soutenir d'une main. D'un réflexe, il la souleva pour l'asseoir à moitié contre lui.
-Hermione tu m'entends ? Hermione ? lui murmura-t-il, sentant l'émotion le submerger.
Mais son amazone haletait, cherchant un peu plus d'air en désespoir de cause. Tout son corps tremblait et petit à petit son sang coulait sur la chemise de Drago.
-Stupide Gryffondor cracha-t-il entre les dents.
La jeune femme avait bien réalisé son sort de protection, mais la magie des sorciers n'a que très peu d'impact contre celle de Morgoles. La boule d'énergie destinée à éliminer Drago avait poursuivi son chemin, la blessant en bas du ventre. Le jeune homme chercha désespérément comment lui porter secours, mais seul, au fond de cette grotte, il était absolument incapable de faire quoi que ce soit. Les yeux de son amazone se fermèrent peu à peu alors que sa respiration s'affaiblissait.
Gagné par la panique, il la gifla légèrement pour qu'elle reprenne conscience ce qui lui fit ouvrir les yeux. Elle chercha à prononcer quelque chose, mais ses forces l'abandonnaient bien trop vite.
-Chuuut, lui murmura-t-il en lui caressant les cheveux. Chuuuut garde tes forces.
-Elle est gravement blessée. Il ne lui reste que très peu de temps à vivre, prononça Spanglorn.
Mais Drago ne l'écoutait plus, il avait les yeux rivés sur celle qu'il aimait et sentait son âme s'éloigner plus vite qu'un cheval au galop. Il était impuissant, une nouvelle fois, si près du but… Non, elle n'allait pas mourir, non, c'était impossible.
-Il existe une solution, reprit Spanglorn d'une voix monocorde. Vous devez boire du Santos.
A ces mots Drago releva la tête.
-Donnez-le moi, répondit-il sèchement.
-Vous devez savoir qu'il n'est pas certain que cela suffise. Sa blessure est profonde et vous pourriez mourir tous les deux. De plus, lorsque vous l'aurez bu, je pense que vous êtes conscient des conséquences que cela aura sur vous…
-Donnez ! lui cria Drago le regard plus dur que jamais.
-Aucun retour en arrière ne sera possible !
-Dépêchez vous, ordonna-t-il sans lâcher son amazone du regard.
Spanglorn disparut pour aller chercher son fils alors que le Serpentard focalisait toujours son attention sur la petite chose blottie dans ses bras. Elle le regardait, la bouche à peine entrouverte. Il lui caressa alors doucement les cheveux, ne sachant que faire d'autre, impuissant face au feu qui la consumait. Elle chercha à prononcer quelque chose, mais ses efforts se terminèrent par un léger hoquet, conduisant un mince filet de sang à ramper hors de sa bouche.
Elle avait mal, tout con corps s'enflammait et l'attente de Spanglorn la torturait de la manière la plus cruelle qu'il soit. Hermione luttait de toutes ses forces, elle savait qu'il existait encore un espoir alors elle se battait, courageusement. Toutefois, sa détermination reculait sous le poids de la douleur infâme et sournoise s'insinuant dans chaque parcelle de son corps. Ses jambes refusaient de bouger et ses entrailles se consumaient à la vitesse des cendres rougeoyantes d'un âtre sur le déclin. La douleur lui coupait la respiration. Elle sentait son sang se répandre dans ses organes comme une rivière dont les digues auraient cédé. Elle se focalisa alors sur les yeux de l'homme qu'elle aimait, comme un marin se fie à la lumière d'un phare dans la nuit. Il ne lui restait plus que ça. Cet unique point de repère pour ne pas succomber à cette infamie.
Peu à peu, elle ne distinguait plus que deux points bleus aux contours flous. Sa vue se brouillait et plus aucun de ses autres sens ne fonctionnait. Elle n'entendit donc pas Spanglorn revenir pour donner le fameux « Santos » à Drago qui, sans ciller une seule seconde, avala le liquide verdâtre et horriblement visqueux, l'obligeant à grimacer et à tirer la langue.
Le Serpentard demanda immédiatement la seconde fournée pour la donner à Hermione. Il plaça le petit récipient devant sa bouche mais elle fit non de la tête.
-Aller ma belle ! s'il te plait, fait un petit effort, prononça-t-il gravement.
Mais Hermione refusait de lui infliger cela, elle ne voulait pas qu'il se sacrifie pour elle.
-Hermione, j'ai déjà bu ma part alors ne m'oblige pas à te le faire boire de force, parce que crois moi, c'est ce que je vais faire, insista-t-il sur un ton ne souffrant aucun refus.
-Drago… expira-t-elle avec difficulté…
-Pas de Drago qui tienne, lui répondit-il brutalement. Je sais qu'être lié à moi pour le reste de ton existence ne te réjouit pas, mais c'est ça ou la mort et je ne te laisserais pas mourir tu m'entends…
Il commençait à trembler légèrement et ses yeux semblaient plus brillant que quelques minutes plus tôt, la rage tirant les traits de son visage.
-Je t'aime Hermione et tu ne mourras pas ! Bois ! exigea-t-il en rapprochant le petit récipiant de ses lèvres.
Puis Drago se tourna vers Spanglorn :
-Allez chercher nos amis, Poudlard, le Spiritaes ou je ne sais comment vous l'appelez, en Angleterre, une école de magie qui…
Mais il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Hermione, convaincue par le « je t'aime » prononcé avec tant d'intensité, venait de boire le liquide et une violente douleur le saisit au ventre. Il tomba à terre, contre elle, inanimé.
Spanglorn se pencha sur ses deux protégés, il se concentra pour sonder l'état de leurs forces physiques. Au bout de quelques longues secondes, le Vertineux soupira de soulagement. La blessure serait longue à guérir, mais elle ne les tuerait probablement pas. Encore fallait-il qu'ils puissent se reposer et bénéficier de soins intensifs. La seule solution était de les ramener parmi les leurs. Mais avant, il devait accomplir un autre rituel bien plus douloureux.
Il se tourna vers les corps des Morgoles qu'il fit mouvoir jusqu'à la rivière pour masquer son crime. Même s'ils étaient de terribles ennemis, un Vertineux ne devait pas commettre de meurtre. La honte serait à jamais ancrée dans son esprit, et pourtant, il n'arrivait pas à se convaincre d'avoir mal agi. Il se tourna ensuite vers les deux âmes sans défenses, toujours enlacées l'une contre l'autre et s'approcha d'eux en rampant. Il se concentra pour entrer dans l'esprit de Drago, un peu moins faible que sa compagne et chercha le lieu qu'il venait d'évoquer au fin fond de ses souvenirs. Les indications qu'il obtint étaient faibles mais lui permirent de situer la longitude et la latitude à laquelle il devait se rendre. Il usa de sa magie pour se rendre sur place avec les deux blessés et resta « invisible » pour juger de l'environnement. En haut d'une colline, il put apercevoir un château en contrebas avec une sorte d'arène à côté.
Il réfléchit quelques instant et en conclut qu'il était au bon endroit. Il fallait maintenant les laisser là où on les trouverait. Il se rapprocha alors et se percha sur l'une des tours du château. Une vague une protection magique ralentit tout juste sa progression, mais il n'eut presque aucun mal à la franchir et observa. En contrebas, une foule de jeunes gens d'environ l'âge de ses deux protégés discutaient, se chamaillaient ou rigolaient.
-Ici, ce sera parfait, se dit-il à lui même.
D'un mouvement de main il les envoya en contrebas et leurs corps apparurent au centre de la cour. Des hurlements se firent entendre aussitôt. Certains accoururent alors que d'autres restèrent à l'écart. Spanglorn, satisfait, repartit dans son monde, là où la violence et la mort ne le tourmenteraient plus, sans oublier de leur lancer un « à très bientôt les amis, j'en suis convaincu ».
Au même moment, Hermione et Drago, inconscients, ne se préoccupaient pas de l'agitation autour d'eux.
-Merlin ! Hermione ! hurla Ginny de toutes ses forces en courant vers son amie, immédiatement suivie de Ron et Harry.
Elle s'arrêta, debout devant les deux corps ensanglantés en plaquant ses mains sur sa bouche. Tremblant, Ron s'accroupit à côté d'elle et prit Hermione dans ses bras, l'écartant ainsi de ceux de Drago qui resta allongé, toujours inconscient.
-Elle est en vie, murmura-t-il.
-Allez chercher Madame Pomfresh et Mcgonagall ! cria Harry en voyant du sang sur les mains de Ron.
Immédiatement, leurs yeux se posèrent sur la même blessure dont ils étaient victime au ventre alors que plusieurs élèvent partirent en courant. Ginny cherchait à retenir ses larmes, mais entendre son frère prononcer inlassablement : elle est en vie, elle est en vie… en se balançant légèrement sur lui-même, eut raison de sa volonté. Elle se cacha alors le visage contre l'épaule d'Harry qui n'arrivait pas à son regard du couple si mal en point.
« Par quoi sont-ils passés ? » s'interrogea-t-il en premier avant de s'intéresser à son rival depuis son arrivée dans cette école. « Tu nous l'as ramenée, nous sommes quittes » pensa-t-il.
Les Serpentards, plus loin dans la cour, accoururent pour voir ce qui provoquait l'attroupement et les hurlements d'hystérie. Pansy écarta tout le monde en les poussant violemment pour se frayer un chemin jusqu'à Drago. Elle se figea net en l'apercevant et mit quelques secondes à réaliser avant de s'agenouiller à ses côtés et d'oser poser deux doigts sur son cou pour vérifier que son cœur battait toujours. Les pulsations, bien que faibles et désordonnées la rassurèrent immédiatement.
-Bienvenue chez toi, lui murmura-t-elle du bout des lèvres.
Puis, aussitôt, elle leva les yeux en direction des gryffondors.
-Tout est fini, affirma-t-elle.
Mais alors qu'Harry allait lui répondre qu'au contraire, tout commençait, les cris hystériques de Madame Pomfresh indiquèrent aux élèves attroupés qu'ils devaient se reculer.
Deux heures plus tard, les membres de l'alliance attendaient en tournant en rond devant les portes de l'infirmerie. Patricia était assise dans un coin, loin de Ron et cherchait à se maîtriser. Elle aurait dû être heureuse que les deux jeunes gens soient enfin revenus, mais lorsqu'elle regardait Ron, complètement perdu dans ses pensées et ne lui accordant plus aucune attention, elle souhaitait bien malgré elle que sa rivale reparte de là où elle venait.
Il était évident que Ron se sentait complètement perdu. Depuis quelque temps, il n'avait d'yeux que pour Patricia et là, tout était différent. Il pensait en vouloir à Hermione et ne plus pouvoir la regarder en face, mais la voir là, en chair et en os, étendue devant lui… c'était un sentiment incroyable. L'espace d'un instant, lorsqu'il l'avait pris dans ses bras, la chaleur relative de ce corps sans force avait eu raison de ses dernières résistances. Elle n'avait pratiquement plus rien de la fière et courageuse Gryffondor qu'il avait connu toutes ces années. Non, Hermione était rachitique, le teint livide et les joues tellement creusées qu'elles laissaient apparaître les os de ses pommettes de manière totalement disgracieuse. Mais elle était toujours celle qui avait progressivement gagné son cœur, celle avec qui il avait envisagé un avenir serein et heureux. Elle était celle qu'il voulait. Perdu dans ses pensées, il ne fit pas attention à sa sœur accompagnée de son meilleur ami qui venait de s'asseoir à ses côtés.
-Tu devrais aller te laver les mains Ron, tu as du sang de partout, lui conseilla-t-elle en lui posant une main sur l'épaule.
-Comment sont-ils arrivés ici ? leur demanda-t-il en guise de réponse les yeux hagards et la bouche entrouverte.
-Aucune idée, mais vu l'état dans lequel ils étaient, ça n'a pas dû être une partie de plaisir, répondit Harry. Vous avez remarqué leur plaie au ventre ? Elle semblait en tout point identique chez l'un comme chez l'autre, c'est vraiment étrange.
-Peut-être ont-il dû passer par un endroit dangereux, les obligeant à se blesser ou je ne sais quoi ? répondit Ginny, peu convaincue de son hypothèse. Mais ce qui est étonnant, c'est qu'ils sont apparus comme cela, au beau milieu de la cour, et inconscients. De plus, il n'y a pas eu la même lumière que lorsque le journal nous est parvenu, tu as raison Harry, tout dans leur réapparition est très étrange.
-Et vous avez vu leurs vêtements ? poursuivit Ron. Malefoy était vêtu comme le monstre qui nous avait attaqués à l'infirmerie. Tu te souviens Ginny ? lui demanda-t-il alors que cette dernière acquiesçait d'un hochement de tête. Mais Hermione… vous avez vu ses vêtements ? Elle a dû mourir de froid ! Pourquoi n'a-t-elle pas gardé ses vêtements de Poudlard ? et… Merlin… pourquoi personne ne vient nous tenir informé de la situation ?
-Laisse leur un peu le temps de les examiner correctement. Et pour leur tenue, souviens-toi du journal Ron. Hermione expliquait que les filles capturées étaient vêtues de la sorte pour leur tenir chaud justement. Tu ne te souviens pas ? cette tenue était magique.
Perdu de nouveau dans ses pensées, le jeune homme n'entendit pas l'argumentation de sa sœur. Une foule d'interrogation se bousculait dans son esprit et ses facultés de raisonnement semblaient quelque peu anéanties.
Juste à leurs côtés, Pansy écoutait cette conversation d'une oreille discrète. Elle puisait au fin fond de ses forces pour rester impassible et ne pas montrer à quel point elle était bouleversée. L'arrivée de Drago impliquait tellement de changements auxquels il fallait rapidement faire face. Elle devait s'organiser. Tout d'abord cette maudite alliance n'avait plus lieu d'être. Alors pourquoi cela la dérangeait-il à ce point ? Il était vrai que la présence des Gryffondors dans cette épreuve s'était avérée salvatrice, même s'il lui était difficile de l'admettre. Ce petit groupe l'exaspérait au plus haut point, mais ils étaient tellement unis que leur détermination avait déteint sur elle. Les jours où elle aurait eu envie de baisser les bras, c'était en les observant se battre qu'elle avait réussi à réagir et reprendre courage. Ce n'est pas en Crabbe et Goyle qu'elle pouvait puiser une quelconque force, et Milicent était… comment dire ?... Absente. Elle aussi tenait à Drago, mais elle était surtout là pour suivre Pansy et parce qu'elle ne savait pas penser par elle-même. Au même titre que ces Laurel et Hardy de Crabbe et Goyle, elle suivait le groupe parce qu'elle l'avait toujours fait. Ils étaient sans aucun doute les maillons faibles de l'alliance et Pansy en avait conscience.
A chaque fois que le Seigneur lisait dans leurs pensées pour obtenir des informations sur l'alliance, elle avait peur qu'ils n'en dévoilent trop. Mais finalement, vu qu'ils ne comprenaient pas tous les enjeux de l'affaire, ils n'avaient jamais rien trahi d'autre que l'état d'avancement des recherches de Harry Potter. Jamais ils n'avaient mentionné Karina Folks et son désir d'aider Harry. La petite avait été totalement inconsciente en dévoilant son véritable objectif. Pansy cherchait par tous les moyens à la protéger, cette gosse avait du cran et contrairement à ce qu'elle pensait, Pansy était persuadée que le Choixpeau n'avait pas fait d'erreur en l'envoyant à Serpentard plutôt qu'à Gryffondor. Elle avait du courage et voulait aider Potter certes, mais elle n'en restait pas moins ambitieuse et avec une détermination hors paire ! Non, elle était Serpentard quoi qu'elle en dise, et Pansy l'avait relativement prise sous son aile. Sincèrement, berner ses parents et Voldemort lui-même pour arriver à ses fins, se préparer mentalement pour la répartition… c'était certain, elle était Serpentard !
Toutes ces considérations prises en compte, Pansy devait constamment faire attention au moindre de ses mots, que ce soit envers les Gryffondors, mais également envers les Serpentards et les Mangemorts. Elle jouait un jeu dangereux, mais plus le temps passait, plus elle était convaincue de la nécessité d'écarter Drago de tout cela. Il ne serait probablement pas tué par Voldermort qui avait besoin de tous ses partisans sans exception en prévision de la grande attaque, mais il n'en avait pas moins échoué dans sa mission. Son retour serait donc douloureux dans tous les cas et ceci, Pansy le refusait. Qui plus est, elle ne pourrait pas masquer ses intentions plus longtemps au Maître de ses parents. Voilà déjà bien trop longtemps qu'elle luttait et elle sentait bien qu'il découvrirait tout rapidement. Alors maintenant que Drago était rentré, tout allait s'arranger. Ils allaient mettre leur projet à exécution et s'enfuir loin, bien loin de tout cela.
Mais alors que chacun réfléchissait aux évènements récents et aux implications qu'ils allaient engendrer, la Directrice sortit enfin de l'infirmerie. Tous se relevèrent, suspendus à la moindre de ses paroles.
-Ils vont survivre, lança-t-elle pour mettre fin à un suspens insoutenable alors que des soupirs de soulagement parcoururent le petit groupe. Ils ont commencé à se réveiller, mais vu leur état, Madame Pomefresh a préféré les plonger dans un sommeil artificiel grâce à un sort. Ils dormiront 24H pour que leurs corps puissent se reposer et surtout que toute leur énergie soit utilisée pour guérir la plaie qu'ils ont au ventre.
Harry prit Ginny dans ses bras, soulagé et heureux, Hermione était en vie, parmi eux, elle allait bien.
-Est-ce que nous en savons un peu plus sur leur blessure et comment ils sont arrivés ici, se hasarda le survivant.
-Non, ils n'ont pu prononcer un seul mot, bien trop épuisés. Nous devrons attendre leur réveil pour cela, et même au-delà, je pense qu'il faudra leur laisser le temps de tout nous expliquer par eux même et surtout ne pas les brusquer. Ils ont subi une terrible épreuve, nous aurons bien le temps d'apprendre la vérité, laissons leur le loisir de nous exposer le récit de leur aventure à leur rythme, lorsqu'ils l'auront décidé. En attendant, Madame Pomefresh leur administre des rations de protéines, vitamines et autres substances qui leur ont fait cruellement défaut. Monsieur Weasley, poursuivit-elle en se tournant vers l'intéressé, j'aimerais que vous appeliez vos parents pour que nous emmenions Miss Granger en sécurité, vous voyez ce que je veux dire ? demanda-t-elle en appuyant ses paroles d'un regard lourd de sens. Je pense que Monsieur Potter n'y verra aucun inconvénient.
-Non évidemment ! s'impliqua immédiatement Harry.
-Il est important de prévenir les parents de Miss Granger et les faire venir ici risquerait de provoquer plus de remous que cela n'est nécessaire. Chacun acquiesça et Ron partit sur le champ prévenir ses parents. Il convenait de préparer comme il se doit la venue d'Hermione Square Grimmault.
-Quant à vous Miss Parkinson, reprit la Directrice, je compte sur vous pour prendre soin de Monsieur Malefoy. Vu l'éclatement de sa famille, nous ne pouvons l'envoyer nulle part et nous ne pouvons non plus le conduire là où nous emmenons Miss Granger.
Sans dire un mot, Harry approuva grandement ces paroles alors que la Directrice poursuivait son discours à l'attention d'une Serpentarde attentive.
-Vous êtes proche de Monsieur Malefoy il me semble. Alors j'ai demandé à Madame Pomfresh de vous autoriser vous et vous seule à lui tenir compagnie. Il va avoir besoin de repères, je pense.
-Très bien, Madame, approuva cette dernière, soulagée d'avoir du temps en tête à tête avec Drago, avant de rentrer dans l'infirmerie.
Harry et Ginny allaient la suivre, mais la Directrice les en empêcha.
-Je sais que vous êtes impatients de la voir, mais elle va dormir pour 24 Heures, alors mieux vaut la laisser en paix. Nous sommes Jeudi et je vous autoriserais exceptionnellement à vous rendre au Square pour le week-end. En attendant, j'ai une mission à vous confier.
Les deux intéressés, bien que déçus, se sentirent d'attaque pour seconder McGonagall.
-Je vais aller prévenir les parents de Miss Granger. Souhaiteriez-vous venir avec moi ? leur demanda-t-elle avec une pointe de malice dans la voix, se doutant qu'annoncer une telle nouvelle était un moment intense et exceptionnel. Évidemment, tous deux acceptèrent au moment où Ron revenait.
-Je viens d'envoyer un hibou à mes parents, je pense qu'ils seront là dans la soirée. Je leur ai également dit de prévenir Neville d'arrêter ses recherches et de venir.
-Ron, nous allons annoncer la nouvelle aux parents d'Hermione, l'interrompit Ginny, tu viens avec nous.
-Non merci ! J'aimerais, si cela est possible, rester auprès d'elle jusqu'à l'arrivée de mes parents.
-Faites, lui répondit la directrice avant de se retourner vers le jeune couple. Suivez-moi, nous allons emprunter la poudre de Cheminette dans mon bureau. La cheminée des Granger est reliée au réseau depuis l'accident. Vous venez avec nous ? demanda-t-elle à une Patricia restée dans son coin sans que personne ne s'occupe d'elle.
-Oh non merci, je pense que je vais préparer les valises de Ginny et moi pour ce week-end, s'excusa-t-elle alors que Ron était déjà rentré dans la chambre sans lui accorder la moindre attention.
Ginny s'approcha d'elle et la serra dans ses bras. Elle comprenait ce que la jeune femme pouvait ressentir, mais elle était elle-même bien trop heureuse pour arriver sincèrement à compatir.
-Nous ne rentrerons pas tard, lui murmura-t-elle en lui frottant le dos d'une main.
Patricia lui sourit mélancoliquement en la regardant partir dans les bras d'Harry.
Dans la chambre des patients, Ron et Pansy s'étaient assis au chevet de leur malade respectif. Depuis quelques temps, Pansy semblait moins antipathique qu'avant aux yeux de Ron et en ce moment même, ils se lancèrent un regard compréhensif, sans aucune animosité avant de se concentrer de nouveau sur les deux jeunes gens allongés dans leur lit, plus chétifs et blêmes que jamais.
Ron prit la main d'Hermione et respira profondément pour chasser l'émotion s'infiltrant dans son cœur à la vitesse d'en raz de marée.
-Mione, soupira-t-il en regardant la jeune femme squelettique allongée devant lui, les yeux brillant de bonheur. Je suis tellement désolé. J'ai perdu les pédales, ton absence m'a complètement démonté, lorsque j'ai cru te perdre, j'ai perdu une partie de mon âme.
Il parlait lentement, s'arrêtant à chacune de ses phrases, marquant chaque mot pour rendre son récit le plus crédible et sincère possible. J'ai fait des erreurs, mais tout ceci est bien fini. A présent tu es là et tout va changer, je vais être présent et m'occuper de toi. Plus jamais tu ne souffriras, plus jamais tu ne seras en danger. Je vais veiller sur toi comme j'aurais dû le faire là où tu étais. J'aurais dû foncer te rejoindre dès l'instant où nous avons su ouvrir le portail. C'est promis Mione, je vais me consacrer à toi à présent, et faire ton bonheur. C'est promis, répéta-t-il à nouveau comme pour s'en convaincre lui-même avant de relever la tête un instant et d'observer Pansy, dos à lui, penchée au dessus de Malefoy.
La vision de cet être si méprisable qui lui avait volé une partie d'Hermione le fit serrer les dents à s'en faire mal.
« Tu ne l'approcheras plus jamais sale Mangemort, pensa-t-il, ho bien sûr, tu vas passer pour le héros qui l'a ramené parmi nous, mais tu ne me trompe pas Malefoy. Ho non, je sais pertinemment que tu l'as ramenée avec toi uniquement parce qu'elle t'était utile. Et puis avant d'avoir la version d'Hermione, j'aime à croire que c'est plutôt elle qui t'as ramené parmi nous. Hermione a un grand cœur, un trop grand cœur à mon sens. Un jour la compassion la perdra. Mais je serai là pour elle désormais et je lui ferai voir quel être abject tu es Malefoy. Crois-moi, je ne serai pas dupe, jamais. » se promit-il à lui-même.
Au même moment, dans la maison des Granger, la cheminée scintilla plus que de mesure. Monsieur et Madame Granger ne s'affolèrent pas, ils savaient assurément ce que ce signe impliquait. Ils se reculèrent alors en attendant la venu d'un visiteur du monde de feu leur bien aimée Hermione. Depuis sa disparition, la mère de la jeune fille n'était plus que l'ombre d'elle-même et sans la présence de son mari, dieu seul sait ce qui aurait pu lui arriver. Alors, savoir que quelqu'un de ce monde allait arriver était un sentiment encore bien trop douloureux et ce ne pouvait être une bonne nouvelle. Pourtant, Madame Granger ne pu s'empêcher de ressentir un semblant de soulagement en voyant son visiteur.
-Harry ! s'écria-t-elle alors en voyant l'ancien ami de sa fille apparaître.
Le jeune homme sortit de la cheminée pour aller embrasser le couple qu'il affectionnait autant que les Weasley à présent, même s'il en était moins proche.
-Qu'y a-t-il ? s'inquiéta Monsieur Granger, sachant bien que l'ancien camarade de classe de sa fille ne viendrait pas un soir de semaine à l'improviste sans aucune raison.
-Une très bonne nouvelle,répondit-il, le visage irradiant de bonheur.
Lorsque Ginny apparu derrière lui, Madame Granger crut savoir d'instinct que les deux jeunes gens allaient leur annoncer un mariage ou quelque chose dans le style malgré leur jeune âge, mais en voyant la Directrice de Poudlard arriver en personne, elle sut qu'il n'en était rien.
-Monsieur et Madame Granger, débuta-t-elle dès son arrivée, cherchant à masquer sa joie par respect pour leur sentiment de vide actuel. Nous avons une nouvelle à vous annoncer, mais je préférerais pour cela que vous vous asseyez.
En entendant ces mots, Monsieur Granger prit sa femme dans ses bras, l'air particulièrement inquiet. Que pouvait-on leur annoncer de si important ?
-Dites nous tout de suite de quoi il retourne, exigea-t-il pour mettre fin au suspense et au malaise qu'il avait fait éclore chez le couple.
-Et bien soit, reprit la Directrice sous l'œil impatient de Harry et Ginny. Cet après-midi à l'heure de la récréation, alors que tous les élèves étaient…
-Madame la directrice, sauf votre respect… reprit Monsieur Granger.
McGonagall le regarda avec compassion, si elle tournait autant autour du Portoloin c'était en raison de l'appréhension grandissante en elle. Comment ce couple allait-il réagir à une telle nouvelle. Mais elle était une Gryffondor plus que tout et son courage la précipita à annoncer la merveilleuse nouvelle :
-Et bien Drago Malefoy et votre fille sont apparus inconscients dans la cour.
-Qu… comment ? bégaya-t-il alors que sa femme portait une main sur son cœur et cherchait le canapé derrière elle pour s'y laisser tomber.
-Vous m'avez bien entendue, leur déclara-t-elle sans chercher à masquer plus longtemps le sourire conquérant sur son visage, accompagné de ceux d'Harry et de Ginny.
-Inconscients vous avez-dit ? cela veut dire ?
-Oui, Monsieur Granger, oui, votre fille Hermione est en vie et en sécurité à l'école, nous l'avons plongé dans un sommeil artificiel pour 24H afin que son corps ne récupère, elle était plutôt mal en point et blessée mais…
-Mon dieu ! commença à pleurer sa mère.
-Mais je vous rassure, d'ici demain, elle se réveillera et relativement en forme même. Elle souffre de nombreuses carences et a perdu pas mal de sang, mais nous avons remédié à tout ceci et une fois reposée, vous allez retrouver votre fille telle que vous l'avez toujours connue.
Après de nombreux pleurs et moments d'incrédulité, les Grangers prenaient leur cheminée pour se rendre Square Grimault alors qu'Harry et Ginny retournaient à Poudlard.
Lorsqu'ils arrivèrent, Patricia montait les marches jusqu'à la chambre des filles alors que Ron lui criait un :
-Prends le comme ça ! tu as raison c'est la meilleure solution.
sur un ton particulièrement vexé.
-Ron ! s'inquiéta Ginny. Qu'est-ce que… ?
-Ah c'est rien, Patricia est trop égoïste. Elle ne pense qu'à elle alors qu'Hermione vient de… Je ne la pensais pas comme cela.
-Tu n'es qu'un crétin Ron ! lui déclara Ginny en lui donnant un léger coup de poing sur l'épaule lui arrachant un « outch ».
-Mais ? protesta ce dernier en se frottant le bras, alors que sa sœur montait quatre à quatre les marches pour aller consoler sa camarade.
-Sur ce coup, je dois dire qu'elle a raison Ron ! enfonça Harry.
-Harry ! Tu es censé me soutenir je te signale ! Que fais-tu de la solidarité masculine ?
Alors que les discussions allaient bon train chez les Gryffondors, que Ginny réconfortait tant bien que mal Patricia et que Harry et Ron tentaient de comprendre le comment du retour de leur meilleure amie, Voldemort prenait connaissance du retour des deux jeunes gens grâce à une délégation de deux Morgoles venus lui intimer un ultimatum. Ils exigeaient qu'il kidnappe rapidement la future reine coûte que coûte ou bien leur sentence serait terrible. Se larvant misérablement, Voldemort avait promis un résultat rapide et se frottait intérieurement les mains. Il aurait une monnaie d'échange, enfin ! En leur donnant la Sang de Bourbe, il pourrait négocier l'utilisation du collectif. Le timing était absolument parfait. Il pourrait lancer son attaque sur le monde sorcier très prochainement et Harry Potter lui-même ne pourrait absolument rien faire contre son emprise totale sur le globe tout entier. Enfin le grand Lord Voldemort pourrait occuper le rang qui lui était dû.
L'arrivé du fils Malefoy était une aubaine finalement. Ce couard pourrait rattraper sa lâcheté en leur livrant Granger. Les rumeurs du fameux carnet lui étaient évidemment parvenues grâce à Pansy et il savait pertinemment que les deux jeunes gens coincés en enfer s'étaient rapprochés. Il ne lui serait donc pas difficile de ramener Granger et d'en faire une monnaie d'échange.
Il convoqua alors son sous-fifre et lui ordonna de rédiger une lettre à l'attention de Miss Parkinson. Il lui confiait la mission de ramener Malefoy et Granger dans les plus brefs délais. Un certain nombre de Mangemorts étaient en faction à Pré-au-Lard prêt à les aider dans cette mission. Enfin il terminait son petit mot par une courtoisie voldemoresque : « je vous laisse jusqu'à la fin de la semaine prochaine pour accomplir votre mission, si vous échouez, vous mourrez avec Malefoy junior ».
