Titre : Des surprises à la pelle.
Auteur : Patpat.
Bêta-lectrice : Mag-San.
Source : Gravitation
Genre : Yaoi, Shonen-aï, Mpreg
Rating : T
Paring : Yûki Eiri / Shindô Shûichi
Disclaimer : Les personnages ne sont pas les miens, ils appartiennent à Maki Murakami. Seule exception : Miri Johanson, rescapée de « Should I believe in Destiny ? » dans un rôle un petit peu différent…
Notes : Chouette ! Un nouveau chapitre de « Des surprises à la pelle » enfin terminé. Hier j'ai travaillé toute la nuit sans relâche sur le chapitre 5 de « Should I believe in Destiny ? » et ce jusqu'à 6h42 du matin. Là il est 14h09, je viens de me réveiller (les cheveux dans un état épouvantable…) mais mon inspiration vient de me prendre pour ce chapitre 4. J'avais envie de rajouter un peu de guimauve et de Noëlisme à cette fic. J'espère que vous aimerez ce chapitre. Bonne lecture et rendez-vous à la fin pour la note.
Ps : j'ai pensé à ce chapitre en écoutant Super Drive en boucle !
Ps : je voudrais instaurer une nouvelle règle… En effet, je pense que chaque auteur devrait en faire d'ailleurs. Je posterais le prochain chapitre aussitôt que j'aurai atteint un quota minimum de 10 reviews. Sinon, il vous faudra attendre que je sois de bonne humeur… Ce qui n'arrive pas régulièrement en cette période de fin de vacances.
Pensées en italique. Dialogues en gras.
Chapitre 4 : Le merveilleux Noël de Shuichi.
Apprendre la nouvelle de leur mariage à la famille de Yuki avait paru beaucoup plus facile pour le blond que d'affronter la colère et le mépris des parents de Shuichi. Tout c'était passé trop vite pour qu'ils aient à subir une dispute trop longue et violente. Dès leur départ pour Kyoto le lendemain matin, l'écrivain avait pu constater que son fiancé était, certes, moins stressé mais cependant beaucoup moins à l'aise. Le chanteur avait toujours été très intimidé par Mika et Seguchi alors les affronter de cette façon avait été pour lui une véritable épreuve. Il s'était senti un peu rassuré lorsque Yuki lui avait assuré que Tatsuha et Miri seraient là. Ainsi, il s'était senti un peu moins en « zone hostile ». A peine arrivé, le couple avait déjeuner au restaurant puis s'était rendu au temple Uesugi où Yuki n'y avait pas été par quatre chemins ; il s'était contenté d'attendre que son frère, sa sœur, son beau-frère, sa cousine et son père soient tous réunis pour lâcher tout d'un coup un : « Shuichi et moi on va se marier le 14 février prochain ». Résultat, son père avait eu un malaise et avait manqué de faire un infarctus. Mika avait hurlé sur son frère comme une poissonnière. Seguchi avait totalement désapprouvé. Et Tatsuha, tout comme Miri l'avait fait la veille, avait applaudi la nouvelle en demandant aussitôt à être celui qui officierait la cérémonie. Shuichi avait accepté la proposition de bon cœur et Yuki avait laissé faire ; après tout Tatsuha était son petit frère et il avait toujours soutenu leur relation, alors pourquoi pas ? La conversation s'était finie très rapidement sur un « Que vous le vouliez ou non c'est comme ça ! » de l'écrivain qui avait ensuite entraîné son amant vers la voiture pour repartir.
C'était pas si terrible que ça en fin de compte, s'était-il contenté de dire en roulant sur l'autoroute en direction de Tokyo, une cigarette allumée aux lèvres.
Le mois de novembre était passé assez vite et n'avait pas été une perte de temps quant à la préparation du mariage dont souhaitait se charger Shuichi, seul, avec pour unique aide ses assistantes comme il aimait les appeler. Autrement dit, à part Maïko, Noriko et Miri, personne ne savait ce qu'il préparait. Quand Yuki lui avait proposé un coup de main il l'avait refusé, affirmant qui s'il s'occupait de la lune de miel, alors ce serait à lui d'organiser le mariage. Ainsi donc, tandis qu'il avait choisi le menu du buffet, fait la liste des invités et choisi la décoration pour la salle de réception, les trois jeunes femmes avaient trouvé la salle en question. Shuichi ayant décidé de faire la cérémonie au temple de la famille de Yuki pour que Tatsuha puisse correctement procéder aux rites traditionnels, il fallait que la salle pour la petite fête soit aussi située à Kyoto. Il s'agissait d'un grand jardin d'hiver, adjacent à un salon de thé pas très loin du temple et qui donnait sur un parc aux arbres divers et exotiques. D'après les photos que les filles lui avaient montrées de l'endroit, Shuichi pouvait dire que le lieu était idéal : spacieux, lumineux, chaleureux et romantique, avec ses grandes baies vitrées, ses murs blanc crème et son parquet laqué. Ce n'était pas trop grand non plus, en fait juste assez pour installer une trentaine d'invités, une piste de danse et une estrade pour des instruments. Mais le mois de décembre étant là, les préparatifs avaient été suspendus car pour la première fois depuis qu'il connaissait Shuichi, Yuki avait accepté de fêter Noël. En effet, l'esprit des fêtes avait toujours rendu le romancier grognon et il devenait encore plus taciturne que d'habitude, s'enfermant dans son bureau même la nuit. Shuichi avait donc était contraint jusque là de fêter le réveillon de Noël non pas avec son amoureux mais avec ses parents. Quand Shuichi avait demandé la raison de ce soudain revirement, Yuki avait simplement répondu qu'il devait se préparer à ce genre de conneries s'ils devaient avoir des enfants. Ainsi donc, en se réveillant le matin du 10 décembre, le chanteur avait trouvé dans un coin du salon, un magnifique sapin qui sentait bon la forêt avec à son pied deux pleines boites de décorations toutes neuves. Mon amour veut fêter Noël avec moi… Il m'aime et je suis le plus heureux du monde ! s'était-il extasié en découvrant cette belle surprise.
Yuki ! Aide-moi à décorer le sapin, onegaï.
On fera ça plus tard, j'ai des trucs à faire aujourd'hui, répondit le blond en enfilant son manteau au matin du samedi 12.
Tu sors ? Je peux venir avec toi ?
Non.
Doshite ? Eiri, c'est Noël, tu dois m'aider à décorer l'appartement.
C'est important, Shuichi. Je dois m'occuper d'un truc et puis j'ai rendez-vous avec Mizuki.
Mais elle ne prend donc jamais de vacances ?
Seuls les humains ont besoin de repos. Elle, c'est une machine à râler et à travailler.
Ce ne serait pas une excuse pour aller acheter tes cadeaux de Noël parce que comme d'habitude tu t'y prends au dernier moment, par hasard ?
Si tu t'inquiètes de savoir si j'ai le tien, alors arrêtes de stresser parce qu'il est en sécurité dans un endroit que tu ne trouveras jamais.
En réalité, Eiri n'avait pas rendez-vous avec sa responsable d'édition, Mizuki, mais avec une autre femme. C'est en entendant Shuichi parler de la hâte qu'il avait d'être au 14 février pour pouvoir danser dans les bras de son mari qu'il s'était rendu compte qu'un petit problème nuirait alors au bonheur du chanteur : le grand Yuki Eiri était dans la totale incapacité de danser. Autant l'écrivain pouvait être doué dans son art, l'écriture, ainsi qu'en cuisine, au ménage, au bowling et au billard, sur une moto, devant les médias et la foule, et surtout au lit… il était totalement nul quand il s'agissait de danser. On pouvait même aller jusqu'à dire qu'il avait deux pieds gauches. Alors quelque soit la danse sur laquelle voudrait danser son petit Shu, Yuki serait incapable de le combler sur ce plan là s'il ne prenait pas quelques cours. Il avait envisagé de s'adresser à une école de danse, mais l'idée se retrouver avec tout un tas de femme lui collant aux basques l'avait vite fait changer d'avis. A la mi-novembre, il avait alors appelé Miri pour lui demander de lui enseigner et la jeune femme avait accepté. Simplement deux semaines plus tard, elle avait dû rentrer aux Etats-Unis pour participer à la mini série de concert que son groupe, les Dark Saïans, devraient donner juste avant les fêtes. Yuki avait donc dû se tourner vers une autre personne : après avoir songé à Mika, il s'était dit que demander son aide à Maïko serait mieux. Mais l'adolescente lui avait alors répondu qu'elle n'aurait pas le temps car juste après les vacances, elle tomberait dans une autre période d'examen pour les entrées en fac et donc elle devait réviser. Elle lui avait donc conseillé de s'adresser à nulle autre que Hikari Shindo. A son grand étonnement, la maman de Shuichi avait accepté de bon cœur, disant que même si elle désapprouvait leur relation, elle voulait tout de même que son fils soit le plus heureux possible. Le voilà donc partit rejoindre sa future belle-mère dans l'appartement de Miri dont il s'était vu confier la garde des clés en son absence. En effet, pour que la surprise reste complète, il ne fallait surtout pas que qui que ce soit le voit en compagnie d'Hikari…
Pendant ce temps, Shuichi avait décidé de finir ses courses de Noël : il lui restait à trouver un cadeau pour Miri, Seguchi, Fujisaki et son père. C'était difficile de trouver quelque chose qui fasse plaisir aux deux premiers car ils étaient loin de manquer de quoi que ce soit. Quant à Fujisaki, Shuichi et lui ne se connaissaient pas très bien malgré leurs deux longues années de collaboration alors le chanteur n'était pas certain de ce qu'il pouvait lui offrir et qui lui ferait plaisir. Pour son père, et bien, étant donné qu'ils étaient en très mauvais termes, le jeune homme avait en fait longtemps hésité avant de se décider à finalement lui offrir quelque chose. Mais voilà, en sortant du magasin, il fut surpris par une violente averse de neige qui semblait vouloir dangereusement se transformer en tempête. Etant venu à pieds, Shuichi pensa : Faudra vraiment que je me décide à passer mon permis de conduire et à m'acheter une voiture. Je devrais appeler Yuki pour qu'il vienne me chercher. Là-dessus il sortit son téléphone portable et sélectionna le numéro de son amant dans son répertoire. Mais à l'évidence ce dernier avait éteint son portable car le chanteur tomba directement sur la messagerie. Il doit encore être avec Mizuki ; je vais l'appeler. En effet, c'était une chance qu'il ait conservé une de ses cartes de visite avec dessus, le numéro de son bureau et celui de son mobile. Après deux sonneries…
Moshi moshi, Misuki à l'appareil.
Mizuki-san ? C'est Shindo Shuichi.
Ah ! Daijobu ?
Bien, merci. Je suis désolé de vous déranger mais j'aimerais parler à Yuki, s'il vous plait.
Yuki-san ? Mais il n'est pas là.
Il est déjà parti ? Quand ?
Je ne suis pas sûre de comprendre… Vous pensiez qu'il était avec moi ? Mais nous n'avions pas rendez-vous. Je suis partie à Osaka avec mon mari pour les vacances de Noël.
Mais… Il m'avait dit que…
Et bien sûr, Shuichi commença à imaginer le pire. Non seulement il ne savait où était son fiancé, mais en plus ce dernier lui avait menti. Shuichi… Ne te fais pas de fausses idées. Tu lui demanderas où il était quand il reviendra… Ne te fais pas de fausses idées. Ne va pas t'imaginer des choses. Mais alors qu'il tentait de se convaincre, il se souvint clairement des paroles que lui avait dites Tatsuha lorsque sa relation avec Yuki en était encore à ses débuts difficiles. « Mon frère a toujours été un coureur. Ca ne m'étonnerait pas qu'il ait d'autres petites amies en plus de toi. » Shuichi sentait les larmes lui monter aux yeux tandis qu'il s'imaginait déjà son amant dîner avec une femme, l'embrasser, lui faire l'amour… Non ! Eiri ne ferait jamais ça ! Plus maintenant en tous cas ! Il t'aime ! Il y a sûrement une autre explication ! Il DOIT y avoir une autre explication !
Shindo-kun ? Vous êtes toujours là ? S'inquiéta la voix de Mizuki.
Euh… Haï. Je… Arigato. Désolé de vous avoir dérangé pendant vos vacances. Au revoir.
Au revoir et joyeux Noël !
XXX XXX XXX
Le soir, Yuki rentra, éreinté de sa séance de danse avec Hikari. Etant donné qu'il était déjà tard, et qu'il s'était promis d'être plus gentil et attentionné avec Shuichi, il avait fait au retour une halte chez un fleuriste où il avait acheté une rose ; une simple et unique rose blanche. Ce n'était vraiment pas grand chose mais le chanteur se nourrissait de tout petit rien en matière d'affection. En pénétrant dans l'appartement, tout était calme. Il se déchaussa et ôta son manteau avant d'aller plus loin, puis alla directement au salon où il espérait trouver son amant. Rien. Etrange. Il entendit un petit soupir exaspéré venant de la cuisine. Il s'y dirigea sur la pointe des pieds et découvrit un Shuichi très concentré sur sa tâche : emballer des cadeaux. Le jeune homme était installé à la table mais tournait le dos à la porte, si bien qu'il n'entendit pas Eiri se faufiler derrière lui. Le blond se pencha et, tout en caressant le contour du visage du jeune homme avec la rose dont les pétales effleuraient sa peau douce, il lui murmura à l'oreille :
Bonsoir, Shu.
Tu rentres bien tard…
Mmh, Mizuki m'a retenu plus longtemps et…
Menteur, le coupa Shuichi avec une froideur qui ne lui correspondait pas.
Pardon ? s'étonna le blond en se redressant, tentant de masquer sa confusion par une expression dure.
Tu m'as très bien entendu.
Puisque je te dis que j'étais avec Mizuki.
Mizuki est à Osaka avec son mari. Tu étais peut-être à Osaka ?
Merde ! s'exclama intérieurement le romancier.
Elle a bon dos Mizuki, reprit Shuichi en se levant pour faire face à l'écrivain, mais cette fois ça ne marchera pas. Quand je l'ai appelé elle m'a dit qu'elle ne t'avais pas vu puisqu'elle était en vacances… Alors vas-y, dis-moi où tu étais et pourquoi tu m'as menti.
…
Je t'ai posé une question, tu pourrais me répondre ! Tu étais avec une femme, c'est ça !
Non ! se défendit Yuki, prit au dépourvu. Enfin, oui, mais c'est pas ce que tu penses.
Oh ? Mais dis-moi ce que je dois penser alors. Tu dis tenir à moi mais tu me mens ouvertement ! Je me demande si toutes ces fois où tu me disais aller chez ton éditrice, ces trois dernières années, tu n'allais pas voir une de tes conquêtes, en fait !
Le visage du jeune homme exprimait à la fois de la peine, de la colère et du mépris. Yuki n'aurais jamais pu croire que son amant puisse être capable d'autant d'autorité. D'une certaine façon ça l'impressionnait ; en fait, il avait peur… Peur de dire quelque chose qui aggraverait la situation et ferait fuir Shuichi.
Qu'est-ce qui te prend de me faire une scène ? s'énerva cependant l'écrivain, stressé d'être assailli de la sorte. Je te dis que ça n'est pas ce que tu penses !
Alors dis-moi, kuso ! Eiri ! Pourquoi tu m'as menti !
Et qu'est-ce que je réponds moi, maintenant ? Si je lui dis, il n'y aura plus de surprise et si je ne lui dis pas, il va partir. Je pourrais lui mentir, trouver une autre excuse, mais s'il le découvre alors ce sera encore pire parce qu'il ne me fera plus confiance… Alors que le romancier se retrouvait confronté à un dilemme, Shuichi décida de ne plus attendre la réponse et contourna le blond pour se diriger vers l'entrer et y récupérer son blouson et ses baskets.
Où tu vas ? s'alarma le blond en reprenant ses esprits, suivant son amant.
Pourquoi je te le dirais ?
Shuichi, ne pars pas.
Donne-moi une seule bonne raison, Yuki. Une seule.
Je t'aime.
Je t'aime aussi… Mais même si on est fiancés, je ne supporterais jamais de passer ma vie avec une personne qui prétend m'aimer et me ment sans remords.
C'est ce que tu penses ? Que je te mens sans remords ?
Oui.
Très bien. Je vais te dire la vérité. J'ai été voir une femme qui pourrait m'aider à préparer le cadeau que je voulais te faire pour notre mariage. Mais puisque tu n'as pas l'intention de passer ta vie avec une personne qui te « ment sans remords » telle que moi, je ne vois vraiment pas pourquoi je continuerais à me donner tout ce mal.
Là-dessus, Yuki retourna dans le salon, se laissa tomber dans le canapé et alluma une cigarette. Il avait été dur mais Shuichi l'avait mérité. Pourquoi lui avait-il dit ça ? Etait-ce là la vraie confiance que Shuichi avait en lui ? Pensait-il vraiment qu'après lui avoir demandé sa main, après avoir affronté ses parents, après avoir affronté ses propres démons, tout ça pour lui, Eiri pouvait le trahir aussi bassement qu'en le trompant avec une vulgaire conquête trouvée dans un bar ? Alors qu'il sentait la colère, la déception et la tristesse envahir son cœur, son amant vint se blottir contre lui en gémissant :
Gomen nasaï, mon amour. Onegaï, pardonne-moi… J'ai été si stupide de penser ça… J'aurais jamais dû douter de toi… C'est juste que… J'ai tellement peur que tu me quittes…
Et pourquoi je te quitterais, baka ? gronda le blond, en continuant de fixer le vide devant lui. Tu crois que j'aurais pris la peine de te demander en mariage si c'était pour te quitter pour une femme ? J'avais espéré de toi que tu me fasses un peu plus confiance que ça. Et puis je n'ai jamais prétendu t'aimer que je sache. Je t'aime, et c'est tout.
Moi aussi je t'aime. Je t'aime tellement… Pardonne-moi…
Shuichi était en larmes, le visage enfouit dans l'étoffe de la veste que Yuki portait encore. Ce dernier glissa ses doigts dans les mèches fuchsia du chanteur, avec un petit sourire tendre. Il prit le visage de Shuichi dans ses mains et le reprocha du sien. Du bout des lèvres, il essuya chaque larme qui roulait sur ses joues roses, puis embrassa son amant.
Je te pardonne si tu me laisses faire tout ce que je veux de toi dès maintenant… susurra le romancier avec un petit sourire satisfait au coin des lèvres.
Le jeune homme rougit furieusement avant de laisser échapper un petit rire à la fois gêné et amusé, et de répondre :
Tout ce que tu veux pourvu que je garde cette jolie rose blanche que tu m'as ramenée tout à l'heure…
Ca me va.
Et là-dessus, Yuki entreprit de faire l'amour à son amant toute la soirée et toute la nuit aussi. Après tout, ils avaient passé un accord… Tout ce qu'il voulait. Et ce que Eiri voulait, c'était Shuichi.
XXX XXX XXX
Le 24 décembre était arrivé assez vite et deux amants se réveillèrent ce matin-là dans les bras l'un de l'autre. Yuki fut le premier à se réveiller et alla préparer le petit déjeuner. Cependant, tandis qu'il passait devant la baie vitrée du balcon, la tête encore ensommeillée, il remarqua que quelque chose clochait… Mais quoi ? Il s'arrêta un instant pour regarder le paysage urbain qui s'offrait à lui depuis son appartement du 14eme étage en plein cœur de Tokyo pour voir que tout, absolument tout, était recouvert d'au moins 10 cm de neige. Les vitres étaient recouvertes de givre, donnant un aspect de glaçage de céréales Frosties aux bâtiments qui entouraient le sien. Mais ce qui l'inquiétait bien davantage que l'épaisse couche de neige qui avait aussi envahie son propre balcon, c'était les énormes flocons qui tombaient en bourrasques violentes à l'extérieur. Une véritable tempête. Vu la saison, ce n'était pas si étonnant, surtout qu'il avait beaucoup neigé ces derniers temps. Mais il avait un mauvais pressentiment… Il décida donc d'allumer la télé avant de rejoindre la cuisine. Il mit une chaîne d'informations et écouta le présentateur s'alarmer.
Surtout, ne sortez pas de chez vous ! Nous vous prévenons qu'il serait très dangereux de quitter votre domicile. L'avis de tempête publié cette nuit prévoit que ce blizzard continuera encore trois jours au moins. Nous vous recommandons de bien isoler votre logement afin de ne pas laisser s'échapper la chaleur car au dehors, les maximales ne dépassent pas les -8 degrés. Tokyo ainsi que tout le reste de la région de Kanto est en alerte météo maximum. Et nous apprenons à l'instant qu'il est prévu que cette tempête s'étende jusque dans le Sud de Tohoku et le Nord de Chubu. Soyez vigilants et, nous le répétons encore, ne quittez votre domicile sous aucuns prétextes. En cas d'extrême urgence, contactez le 119 (1
C'est le moment que choisit Shuichi pour rejoindre son amant en passant ses bras menus autour de la taille de ce dernier, l'enlaçant par derrière.
Qu'est-ce qu'ils ont dit, Yuki ? demanda-t-il d'une voix encore bien endormie.
Qu'il y a un avis de tempête sur la région et qu'on ne doit pas sortir de chez nous pendant 3 jours au moins, le temps que ça se calme.
Quoi ! s'exclama le chanteur en relâchant aussitôt son étreinte pour aller coller le nez sur la baie vitrée. Mais… Mais je devais aller chez mes parents pour leurs donner leurs cadeaux de Noël. Et puis pareille pour tout le monde : ils attendent leurs cadeaux et…
Shu, il y a plus important que des cadeaux, ok. Ce qui compte c'est qu'on a assez de nourriture pour au moins une semaine, plus de quoi faire le repas de ce soir. Donc on ne mourra pas de faim. Ni de froid d'ailleurs, puisqu'on a le chauffage, de bonne couvertures bien chaudes, et puis… Il y a toujours la bonne vieille technique de la chaleur humaine. Se frotter l'un contre l'autre ça nous tiendra au chaud et ça le mérite de nous occuper.
Le blond vint enlacer son amant qui se blottit aussitôt contre lui.
J'aime pas les tempête, Yuki. J'aime pas me sentir couper du monde. Ca me fait peur…
Faut pas avoir peur… Je suis là.
Après être restés ainsi pendant quelques minutes, Shuichi murmura :
Tu es un ange, mon amour…
Un ange, hein ? Ricana Yuki, essayant de se rappeler quelle genre de choses vraiment positives il avait pu faire pour mériter ce nom.
Haï. A chaque fois que tu me prends dans tes bras pour me rassurer, je me sens en sécurité. Et j'aime ça.
Très bien, je suis ange. Mais un ange affamé. Va t'habiller, je vais préparer de quoi manger.
Le chanteur s'exécuta ; prit une petite douche, se brossa les dents et les cheveux et enfila un jeans et un sweat-shirt. Il rejoignit Yuki à la cuisine où ils mangèrent en silence, après quoi le blond alla aussi faire sa toilette avant de se remettre à l'écriture de son roman. Shuichi avait commencé par regarder la télé, zappant entre les diverses chaînes musicales et ses émissions de dessins animés préférés, tentant de s'occuper l'esprit. Mais très vite, il n'y tint plus ; il décida d'appeler tous ses proches pour savoir si tout allait bien pour eux. Il commença par sa sœur qui se trouvait chez leurs parents. Selon elle, il n'y avait pas de quoi s'inquiéter car ils allaient tout les trois très bien. Quand Shuichi téléphona ensuite à Hiro, il fut surpris d'entendre une voix féminine décrocher le téléphone fixe de son meilleur ami.
Nanda ?
Euh… Qui est à l'appareil ? demanda Shuichi.
Ca dépend. Qui t'es, toi ?
Euh, Shuichi.
Ah bon ? Désolée, je ne t'avais pas reconnu. Faut dire que je suis habituée à utiliser des téléphones avec identificateur d'appels.
Miri-san ? C'est toi ? Qu'est-ce que tu fais chez Hiro ?
Bah… Je suis rentré de tournée hier soir et c'est Hiro qui est venu me chercher à l'aéroport. Comme j'avais laissé les clés de mon appart à Eiri mais qu'il était trop tard pour passer les chercher, il m'a invité à passer la nuit chez lui. Je m'en veux un peu de l'avoir laisser prendre le canapé et de lui avoir piqué son lit.
Mon Hiro-chan a toujours été un galant homme…
C'est surtout que le matelas était trop dur pour moi. Quoi qu'il en soit, quand on s'est réveillé ce matin, on a vu la tempête et entendu l'interdiction de sortir de chez soi à la radio. Du coup, je me retrouve coincée ici pour trois jours.
Et Hiro, il est où ?
A la douche. Et toi, pourquoi t'appelles ?
Pour savoir si vous alliez bien.
Bah oui, ça va bien. Et chez vous ?
Si on met de côté le fait qu'on est en plein blizzard, je suis content d'être coincé avec Yuki. Il m'a dit qu'il trouverait de quoi nous occupé.
Toujours aussi pervers mon cousin, à ce que je vois.
Hé ! Ne dis pas de mal de mon Yuki !
Tsss… Pourquoi j'irai le critiquer alors que je suis plus perverse que lui ? … Attends, Hiro veut te parler.
Ah ? Arigato, Miri-san.
Ouais, à plus.
Au revoir, et joyeux Noël.
La voix grave de son meilleur ami remplaça très vite celle de la jeune femme.
Shuichi ? Ca va ?
Haï, et toi Hiro ?
Ca va bien.
Alors comme ça tu te retrouves avec Miri-san ? Au moins tu ne seras pas tout seul ce soir…
Oui, c'est vrai. C'est mieux que de passer Noël tout seul. Et comment ça va avec Yuki-san ?
Pas de problème. On vient de manger, et il est en train de travailler dans son bureau.
Miri et moi on a fait quelques accords de guitare. C'est sympa de travailler avec elle, c'est une guitariste très douée. Et puis, j'aime bien passer du temps avec elle.
Aussitôt, Shuichi se demanda ce que son meilleur ami voulait dire par là. Hiro était-il en train d'oublier sa rupture avec Ayaka quelques mois plus tôt pour s'ouvrir à une nouvelle relation amoureuse ? Si c'était le cas, alors tout allait plus que bien pour lui. En effet, Shuichi s'était inquiété à l'idée que son meilleur ami ne passe le soir de Noël seul, après une rupture aussi douloureuse que celle qu'il venait de vivre. Et puis, c'était vrai que, malgré les airs un peu durs qu'elle se donnait, Miri était une fille adorable. Tout comme Yuki en fait, en vraiment plus excentrique cependant.
Dis-moi Hiro, tu ne serais pas en train de tomber amoureux de Miri des fois ?
…
Hiro ? Si c'est ça, t'as pas à t'en cacher, tu sais.
C'est juste que, j'ai l'impression que c'est trop tôt.
Tu ne te sens pas encore prêt ?
Si.
Bah alors ?
Alors… C'est que c'est aussi notre patronne. Puis c'est la cousine de Yuki-san, et lui et moi on s'est jamais bien entendu…
C'est d'elle que t'es amoureux, pas de Yuki. Et puis même si elle est notre co-productrice, elle reste une jolie fille de 21 ans. Te laisses pas intimider par sa fortune ou sa froideur et encore moi le fait que ce soit une parente de Yuki.
Je suppose que tu as raison.
Evidemment que j'ai raison !
Bon, je dois te laisser, on va commencer à préparer le repas de ce soir.
Ok, Merry Chrismas, Hiro-chan !
A toi et Yuki-san aussi, Shu-chan.
Là-dessus, Shuichi raccrocha, un large sourire aux lèvres. Après une telle bonne nouvelle, il se dit que tout ne pouvait que bien se passer et que finalement, cette tempête avait du bon (2).
Ma cousine et Nakano, hein ? Je serais toi, je m'inquiéterais pour lui : Miri est une dévoreuse d'hommes. Il ne devrait pas trop s'attacher, ricana Yuki appuyé contre la porte du salon, une cigarette déjà à moitié consumée aux lèvres.
Tu dis ça pour me faire peur, Yuki, mais je sais que Miri-san est en fait très gentille.
Gentille, t'es sûr ? Miri n'a jamais aimé d'autre homme depuis que son fiancé est mort il y a quatre ans. Tout ceux qui ont tenté quoi que ce soit avec elle se sont retrouvés comme des cons parce qu'elle les prend, une nuit ou deux, puis elle les jette. Au moins, ils peuvent se consoler en se disant qu'ils gardent de bons souvenirs… Tu la trouves toujours aussi gentille, maintenant ? se moqua froidement Yuki en tirant sur sa cigarette.
Alors tu penses qu'elle va briser le cœur de Hiro ?
A moins que, comme toi tu l'as été pour moi, il soit celui qui sera capable de lui ouvrir les yeux sur l'amour…
Kyah ! C'est trop mouniou ce que tu me dis là, mon Yukiiiiii ! s'exclama le chanteur en se jetant au cou de son amant, relançant le mode koala possessif.
Il s'était agrippé au blond avec ses bras autour de son cou et ses cuisses serrées autour de sa taille. Il alla léchouiller l'oreille de son amant qui rougit furieusement avant de le repousser aussitôt, faisant tomber le chanteur sur les fesses.
Itaï, Yuki !
Pourquoi tu ne peux pas t'empêcher de fourrer ta langue dans mon oreille comme ça ! s'exclama le romancier, sa main plaquée sur son oreille offensée.
Parce que j'aime te voir rougir, mon amour… répondit amoureusement Shuichi.
Ouais, bon, allons commencer à préparer le dîner. Les plats vont prendre du temps à cuir…
Yatta ! Je vais cuisiner avec toi !
Dans tes rêves ! Tu vas poser tes fesses sur une chaise, en silence.
Demo, Yuki, j'vais m'ennuyer moi, si je ne fais rien.
Bon, bah, t'auras qu'à chanter, répondit Eiri en se dépêchant de rejoindre la cuisine avant que Shuichi n'ait pu le voir rougir de nouveau.
Huh ? Yuki ? Tu veux que je chante pour toi ?
…
Alors je vais y mettre tout mon cœur ! s'exclama le musicien en rejoignant son fiancé qui était déjà la tête dans le frigo pour en sortir ce dont il avait besoin.
Le moins que l'ont puisse dire, c'est que les plats, il les prépara avec amour…
XXX XXX XXX
Le reste de la journée s'était passé dans la quasi bonne humeur ; en effet, le chanteur n'avait pas pu s'empêcher de se faufiler derrière son amant pendant que celui-ci faisait revenir des tournedos de porc avant d'y ajouter la sauce, et ce, dans l'intention de lui voler un baiser. Mais distraire un écrivain aussi nerveux que Yuki tandis qu'il exerçait ses talents de chef cuistot n'était jamais une bonne idée… Ainsi, le blond avait sursauté, faisant glisser ses lunettes qui ne tenaient que sur le bout de son nez, dans la casserole de sauce. Les récupérer dans le liquide bouillant avant que les verres ne s'abîment et sans se brûler les doigts fût une autre paire de manche, d'autant plus que c'est Shuichi qui, sur une de ses impulsions stupides, avait plonger deux de ses doigts dans la sauce à la recherche des lunettes englouties. Evidemment, la suite était à prévoir : Shuichi s'était brûlé le bout des doigts et avait hurlé de toute sa voix (et Dieu sait qu'elle est puissante) un « Itaï » mémorable dont les voisins se souviendraient longtemps. Yuki avait au moins réussi à récupérer ses lunettes grâce au sacrifice ridicule mais plein d'amour de son amant. Cependant, il était en colère que Shuichi ait bousillé la sauce qu'il avait déjà raté une première et avait dû recommencer, et pour ajouter à cela, il avait failli faire griller les tournedos en cédant aux supplications du jeune homme qui n'avait eu de cesse de le harceler pour qu'il veuille bien lui mettre un pansement. Ce gamin est irrécupérable !... s'était lamenté le blond en essayant de masquer son amusement tout en lui enroulant du sparadrap autour de ses petits doigts rougis après y avoir appliqué un peu de pommade. Un petit baiser et quelques « Je t'aime, mon Yuki ! » avait suffit à Shuichi pour se faire pardonner. Mais vers 18h, alors que le romancier faisait revenir des crevettes et des oignons pour sa salade de chèvre chaud (3), la tempête avait redoublé de violence, coupant l'électricité et le téléphone.
Aaargh ! J'en n'ai mare ! J'abandonne ! s'énerva le blond en balançant à travers la cuisine le torchon qu'il avait sur l'épaule.
Etant dans l'obscurité la plus totale, il n'avait pas vu que Shuichi avait été la cible de la serviette volante.
Nah, Yuki ! Fais attention où tu balances des trucs.
Mouais, désolé…
Bah, si on se débrouille bien, cette tempête de neige peut se transformer en Noël très romantique.
T'es mignon…
Qu'est-ce que t'en sais ? Il fait tout noir.
Lorsque Yuki alluma son briquet, il parvint à rejoindre Shuichi qui était encore assis à la table de la cuisine. Il s'installa à côté de lui et répondit :
Maintenant je te vois.
A la lumière du briquet, les magnifiques yeux ambrés de l'écrivain ressemblaient à deux flammes dorées. Plus que jamais, Shuichi pouvait sentir toute la chaleur du cœur de son amant que celui-ci ne partageait et ne partagerait toujours qu'avec lui. Il pouvait prendre une apparence froide voir glaciale, mais ça ne trompait pas le jeune homme quant aux sentiments que Eiri avait pour lui. Shuichi alla s'asseoir sur les genoux de son amoureux et lui murmura en lui caressant le visage :
Essaye de finir le dîner et moi je vais te montrer que la soirée est loin d'être perdue à cause d'une simple coupure de courant. Laisse-moi une quinzaine de minutes et tu verras…
Il déposa un petit baiser furtif sur les fines lèvres de son fiancé et se hâta de quitter la cuisine.
Pendant le quart d'heure, Yuki avait réussi à sauver la bûche glacée la mettant dans une petite bassine pleine de glaçons. Il avait aussi battu les œufs en neige avec un fouet et non pas avec un batteur électrique, pour pouvoir finir sa mousse au chocolat. Et enfin, il avait dressé les plats avec la seule lumière de deux petites bougies d'anniversaire trouvées dans un tiroir. Lorsque les quinze minutes furent passées, il sortit de la cuisine et trouva… Le salon décoré d'une vingtaine de bougies, chandelles, et cierges posés de-ci de-là. La table avait été mise avec la vaisselle en porcelaine qu'avait acheté Shuichi un jour où il s'était perdu dans le magasin suédois de meubles en kit (Je ne dois pas citer de marque !) et qui n'était encore jamais sortie du buffet du salon. Quant au jeune homme en question, il était vêtu de ce jeans que Yuki aimait le voir porter, celui qui était un peu délavé et déchiré à plusieurs endroits, révélant ça et là quelques petites parcelles de sa peau, ainsi qu'une chemise parme aux manches retroussées qui mettait en valeur le violet de ses grands yeux brillants. En effet, cette soirée promet d'être très romantique, constata Yuki en allant chercher la salade et la bouteille de vin. Lorsqu'il revint pour s'installer à table, Shuichi avait rajouté quelque chose à la pièce : deux paquets cadeaux au pied du sapin. Un petit et un bien plus gros, tout deux emballés dans du papier rose flashy ; à l'évidence, il s'agissait des présents du chanteur pour son amant. Yuki devait l'admettre, il était très curieux de savoir ce que lui avait offert son fiancé. Mais d'abord, le repas. Tous deux dînèrent en silence, n'échangeant que de petits regards. Ni l'un ni l'autre ne renoncerait à ce moment, pas même si on leur donnait tout l'or du monde… Lorsque le moment du dessert fut arrivé, Yuki et Shuichi avaient dégustés leur bûche glacée et leur mousse au chocolat sur le canapé, Shuichi tendrement blottit dans les bras de son amant. Lorsqu'ils eurent finis, ils posèrent leurs assiettes sur la table basse et restèrent tranquillement sur le sofa. Au bout de quelques instants, le jeune homme aux cheveux roses proposa :
Tu veux que je chante encore ?
Oui, vas-y, répondit distraitement Yuki en allumant une cigarette tout en resserrant son étreinte sur son amour.
Alors le chanteur entonna un chant de Noël, puis un autre, profitant du petit sourire sur les lèvres d'Eiri qui écoutait, les yeux clos, la voix douce de Shuichi qui chantait pour lui et rien que pour lui. Minuit arriva très vite et Shuichi avait arrêté de chanter depuis quelques temps déjà, trop occupé à se bécoter avec son futur époux. Echanger des baisers tendres et passionnés, des caresses douces et chaudes… Il n'y avait rien de plus agréable à leurs yeux que ces moments où ils n'y avaient qu'eux au monde… Ils étaient dans leurs univers où le temps n'avait plus de prise et où Yuki oubliait tout de sa froideur et où l'idée de rompre cette étreinte amoureuse ne l'effleurait même pas. Avant le jour où il avait trouvé la bague dans la poche de Shuichi, il se serait remis en questions quant aux raisons pour lesquelles le jeune homme avait tant d'importance pour lui. Mais plus maintenant. Plus jamais. A ses yeux c'était désormais une évidence : Shuichi était devenu son univers dès l'instant où il s'était incrusté dans sa vie. Et Yuki remerciait Dieu chaque instant pour avoir donné à ce baka de gamin la ténacité qui faisait qu'aujourd'hui, à cet instant, ils partageaient un bonheur dont Eiri n'aurait jamais osé rêver trois ans auparavant. Alors qu'il était étendu le dos sur le canapé, Shuichi à califourchon sur lui et sa tête reposant son torse, il jeta un coup d'œil au sapin. Le sapin… Bordel ! Les cadeaux !
Joyeux Noël, mon cœur, souffla-t-il en glissant ses doigts dans la chevelure rosée de son amant.
Celui-ci leva vers lui une frimousse à croquer, avec un sourire béat et un regard plein de fatigue. Il était tard et il devait avoir sommeil.
Tu veux ton cadeaux maintenant où tu préfères attendre le matin ? demanda le romancier.
J'le veux maintenant ! Haha ! J'ai hâte de savoir ce que c'est ! s'exclama Shuichi en bondissant, oubliant totalement le pauvre Yuki qui se prit au passage un ou deux coups de coude.
Ah ! Putain, tu vas me briser une côte ! Baka ! s'énerva le blond d'un air ronchon.
Mais sa petite boule rose l'avait tout bonnement ignoré, se jetant au pied du sapin où il s'assit en tailleur.
Allez, viens Eiri-chan, onegaï ! On va échanger nos cadeaux !
Le dit Eiri-chan fronça les sourcils en s'entendant appeler ainsi. Mais il alla dans son bureau où il avait caché les deux cadeaux qu'il avait acheté pour son adorable petit Shu. Il revint dans le salon et rejoignit le chanteur devant l'arbre de Noël.
Je peux savoir d'où tu me sors ça ?
Quoi ?
Ce « Eiri-chan ». A t'entendre on dirait que je suis un gros nounours en peluche.
Shuichi se releva aussi pour donner un baiser à son amant et lui répondre :
Mais tu ES un gros nounours : tu es râleur et mal-léché, on dirait papa ours qui sort de sa grotte après un long hiver d'hibernation. Mais tu es aussi tout kawaï quand tu rougies ou quand tu dors.
Mouais… M'en fout…
Nah, Yuki ! Arrête de faire le vilain le soir de Noël ! gémit Shuichi en boudant, ses grands yeux tout mumides de tites larmes de peine.
Ok, bon, on les ouvre ses paquets ou non ?
Haï !
Shuichi se laissa tomber joyeusement au sol et Yuki s'assit par terre à coté de lui.
Tiens ! Ouvre le mien en premier ! ordonna le musicien en lui tendant le plus gros des paquet.
L'écrivain le prit et l'ouvrit tranquillement devant un Shuichi tout excité. Une fois le papier ôté il découvrit une boîte à peu près cubique d'environ 35 centimètres de hauteur, toute jaune avec dessus une photo d'une…
Machine à expresso ! s'étonna le blond.
Ca te plait pas ? s'inquiéta aussitôt son fiancé, la mine un peu déconfite.
Non. Enfin si. C'est juste que… C'est original. De ta part je m'attendais à quelque chose de plus… personnel. Genre un truc tricoté main.
Bah c'est bon ! Tu veux me chambrer longtemps avec cette histoire ! Ca t'a tant traumatiser que ça de savoir que je sais tricoter, broder et faire du macramé et du crochet ?
Bah oui. C'est des trucs de vielles.
Tu verras que tu seras bien contant en découvrant demain matin que j'ai passé toute une journée à te tricoter un pull… Surtout qu'il va commencer à faire froid dans la maison puisque l'électricité a été coupée et le chauffage avec…
De toutes façons, ton cadeau me plait, statua Yuki.
Ca te sera utile pour le matin, toi qui aimes ton café bien noir…
Le romancier sourit avant de dire :
Maintenant, ouvre celui-là.
Le blond lui tendit une boîte rectangulaire assez lourde que Shuichi se hâta de libérer de son emballage rouge et or. Sous le papier cadeau, il découvrit…
Un portable ! Yuki ! Tu m'as offert un ordinateur portable ! Arigato ! Ca me fait trop plaisir ! s'exclama le chanteur sans quitter la boîte des yeux.
Comme ça t'arrêteras de vouloir squatter le mien pour te connecter sur Internet, tu pourras taper directement des paroles dessus et le correcteur orthographique nous épargnera tes abominables fautes. Puis il me semble qu'il y a des logiciels de mixage pour te permettre de travailler tes mélodies.
Shuichi posa la boîte à côté de lui et se jeta au cou de son amant qui en tomba à la renverse.
Kyah, Yuki ! Je t'aime ! Merci mon amour !
Pour toutes réponses, Eiri lui donna un baiser avant de le repousser un peu brusquement pour pouvoir se rasseoir.
Maintenant, c'est encore à mon tour !
Et l'adolescent mit dans les mains de amoureux une boîte autrement plus petite que l'autre mais qui devait faire quand même une quinzaine de centimètres de large. Yuki en ôta le ruban puis le papier et l'ouvrit. Il y trouva…
Une autre boîte ? murmura-t-il pour lui-même, un peu décontenancé.
Mais il continua à déballer le présent en ouvrant la seconde boîte pour tomber sur… Une troisième ! D'accord, je vois… Qu'est-ce qu'il peut être puéril quand il s'y met… se dit-il. Mais il ne put s'empêcher d'esquisser un furtif sourire en coin qui n'échappa pas à l'œil vif de Shuichi tandis qu'il découvrait une quatrième boîte. Puis une cinquième. Puis une sixième. C'est la septième qui fut la bonne ; Yuki le sût lorsqu'il remarqua que cette petite boîte-là, elle aussi en carton, portait l'enseigne d'une bijouterie bien spéciale puisqu'il s'agissait de celle où son amant et lui avaient acheté leurs alliances. Son cœur manqua un battement lorsqu'il l'aperçut. Il parvint à cacher sa soudaine excitation et ouvrit la boîte pour y découvrir, nichée au creux d'un petit coussin en velours, une boucle d'oreille : il s'agissait d'un diamant monté sur un clou d'or. Yuki leva un regard médusé vers son fiancé pour voir qu'il rougissait jusqu'aux oreilles.
J'ai fouillé dans tes affaires l'autre jour et j'ai vu qu'en fait tu avais un anneau en argent, une perle rouge, une perle d'ambre, un clou en or et même un anneau en or avec une petite perle en argent dessus… Mais pas de diamant… Alors je me suis dit que… Bah que ça ferait un joli cadeau… Qu'est-ce que t'en penses ? Enfin, j'veux dire…
Mais Shuichi ne continua pas à bégayer plus longtemps car son amant avait une méthode radicale pour lui clouer le bec : un long baiser langoureux suivi d'un petit « Arigato » qui laissa entendre au musicien qu'il avait bien choisi son cadeau. Ce fut au tour d'Eiri de donner le dernier cadeau. Shuichi le déballa joyeusement, tout content et encore sous l'émotion de ce dernier baiser. Il était enveloppé dans du papier kraft et aussitôt que le cadeau fût mis à nu, Shuichi fronça les sourcils… Un livre ? C'est pas le genre de cadeau qu'on offre à son amant… Encore moins à son fiancé… L'ouvrage était relié de cuir marron et fermé par un cordon rouge sang. Piqué de curiosité, le chanteur l'ouvrit et dès la page de garde, ses yeux s'écarquillèrent. Shuichi ne le feuilleta pas davantage, se contentant de le refermer, la tête baissée. Yuki, de son côté, était inquiet. Les mèches roses du jeune homme l'empêchaient de voir son visage et il n'arrivait pas à discerner les sentiments de celui-ci vis-à-vis de ce cadeau. Il s'approcha de son amant, prit doucement son visage entre ses mains et le força à le regarder dans les yeux.
Ca ne te plait pas ? demanda-t-il en voyant des larmes rouler sur les joues roses du garçon.
Celui-ci renifla et sécha ses larmes d'un revers de manche avant de crier :
KYAH ! YUKI ! C'EST LE PLUS BEAU CADEAU QU'ON M'AIT JAMAIS FAIT !
Il lui lançait à présent son terrifiant et monstrueux sourire baveux et son regard exorbité de joie. Yuki en eut la chaire de poule et ne put s'empêcher de reculer de quelques centimètres (Non, non, j'ai dis centimètres, pas kilomètres !).
Tu me fais peur, tu sais… Je me demande si j'ai bien fait de te demander en mariage… T'es vraiment bon à jeter.
Yukiiiiii ! Pourquoi tu me dis ça après m'avoir écrit toutes ces jolies choses ?
Oublie ! Je reprends mon cadeau.
L'écrivain fit mine de vouloir ôter le livre des mains du chanteur mais celui-ci l'écarta de sa portée aussitôt.
Aucune chance que tu me reprennes ça !
Ca veut dire que tu l'aimes ?
Je ne l'ai pas encore lu mais je suis sûre de l'aimer déjà ! On ne m'avait jamais écrit le moindre poème avant. Mais tout un recueil, encore moins ! Surtout que ça vient du plus grand auteur de tout le Japon ! Et que cet auteur est accessoirement mon futur mari ! Je vais le dévorer toute la nuit, je ne peux pas attendre demain !
Hors de questions ! Ce soir on fait l'amour comme des bêtes ! Je commence à avoir froid et tu me tiens plus chaud que n'importe quel pull !
Là-dessus, Yuki prit le livre et le jeta nonchalamment sur la boîte de l'ordinateur avant de se lever et de ramasser son amant pour le porter façon sac-à-patates, par-dessus son épaule. Il l'emmena avec lui dans la chambre et ferma la porte derrière lui. Gageons qu'ils passeront une nuit humide, douce et agitée (4).
Cependant, sur la page de garde du livre à la couverture de cuir, on pouvait lire :
« Mon Shu-chan,
Voici tous les sentiments que j'ai toujours éprouvé pour toi sans jamais avoir le courage de les formuler par des mots. Parfois les écrire est plus facile que de les dire. Alors voilà quelques poèmes que j'ai écrits pour toi et rien que pour toi. Il sont datés pour que tu vois depuis quand j'ai commencé à les écrire… Et crois-moi, ça fait bien plus longtemps qu'on ne pourrait le penser. Au départ, je n'avais nullement l'intention de t'en faire lire la moindre bribe, mais notre vie étant devenue ce qu'elle est, je suppose qu'il est temps pour moi de montrer combien tu es important pour moi… Et combien je te suis reconnaissant pour être ce que tu es… C'est-à-dire celui que j'aime.
Joyeux Noël, mon cœur. »
Ndla : (1) Le 119 équivaut au 18 français puisque c'est le numéro des pompiers au Japon. Je dis ça parce que je trouve souvent, dans des fics américaines, des trucs du genre « Appelez le 911 », alors qu'il s'agit de Gravitation et que donc le numéro des urgences n'est certainement pas le même qu'aux Etats-Unis… (2) Y'a que Shu pour penser des idioties pareilles ! Comme si une tempête pouvait avoir de bon. C'est pareille que pour son rhume dans la track 6, tome 2… Tsss, Baka ! (3) Je sais que j'ai des goûts particuliers en matière culinaire, mais je vous assure que c'est très bon ! (4) Petit clin d'œil à K dans l'épisode du rendez-vous à Odaïba… C'est ce qu'il dit à Sakano, souvenez-vous… C'est très pervers !
Notes : Waw ! Putain que c'était long ! J'en voyais plus la fin. Pour la petite dispute, je me suis dit qu'il fallait bien cela… Tous les couples doutent un peu… C'est normal. En ce qui concerne l'ensemble de cette fic, sachez que je n'envisage pas vraiment de mettre un méchant, avec un complot, comme dans toutes mes autres histoires… « Ze veux un bébé » et « Des surprises à la pelle » échappent à ça car je souhaite montrer par cette histoire les aléas de la vie d'une couple quasi normal… Et croyez-moi, avec ce que je prépare pour mes petit Shu et Yuki, pas besoin d'ajouter du suspense et de l'action, ils auront bien assez à essayer de gérer leurs vies. Prochain chapitre, les choses empirent… Vous verrez comment . Review please !
Lexique :
Onegaï : S'il te plait
Doshite : Pourquoi ?
Moshi moshi : Allo ?
Daijobu : Ca va ?
Haï : Oui.
Arigato : Merci.
Gomen nasaï : Pardon. Excuse-moi. Je suis désolée.
Baka : Crétin. Andouille. Idiot.
Nanda : Quoi ? Qu'est-ce que tu veux ?
Itaï : Ca fait mal ! Aieuh !
Yatta : Génial ! Super ! Youpi !
Demo : Mais.
Kuso : Merde.
