Patricia avait bien du mal à se remettre de la rencontre de la veille, et la visite d'Hermione dans sa chambre en début d'après midi la déconcerta. Les deux jeunes femmes s'expliquèrent. La rescapée s'excusa d'avoir dévoilée sa relation au grand jour dans ces conditions. Elle s'était rendu compte, bien trop tard, que les sentiments de sa remplaçante n'avaient pas besoin d'être encore plus malmenés qu'ils ne l'étaient déjà. Patricia s'excusa alors à son tour d'avoir saisi une opportunité dans des conditions tragiques. Ginny finit par les rejoindre et, même si la situation restait tendue, un vent de soulagement souffla sur le square.
Enfin, au moment du repas du soir, lorsque Ron refusa une nouvelle fois de descendre, tous comprirent qu'il fallait agir. Le voir sauter un repas était exceptionnel, mais compréhensible. En revanche, deux repas, cela devenait de l'hérésie. A ce moment, Hermione prit son courage à deux mains et décida de lui monter elle-même un plateau repas. Elle dut frapper à plusieurs reprises avant d'obtenir un « vas-t-en », puis en vint aux menaces pour qu'enfin il daigne lui ouvrir la porte.
Elle entra et s'assit nerveusement sur le lit, ignorée par Ron, le nez plongé dans son livre sur les records du quidditch.
-Ron, s'il te plait, regarde moi…
-…
-Ron je suis désolée de tout ce qu'il se passe, crois moi mais,…
-Désolée ? Tu es désolée ? Pas moins que moi sois en certaine.
-Là tu es injuste Ronald Weasley ! Les évènements ont pris une tournure
inattendue, c'est le moins que l'on puisse dire, mais c'est ainsi, nous
n'y pouvons rien.
-Si tu le dis…
-Tu ne vas pas me faciliter la tâche n'est-ce pas ? tenta-t-elle de plaisanter.
-Non.
-Très bien. Alors sache une chose… Commença-t-elle en se levant, au
bord de la crise de nerfs. Je suis particulièrement touchée par ton
attitude Ron ! Très chevaleresque, ironisa-t-elle. Je suis de retour,
saine et sauve. J'aurais cru qu'en tant qu'ami, et encore plus si tu
m'aimais comme tu le prétends, tu aurais été très heureux de me voir en
bonne santé. Mais visiblement, si je ne suis pas avec toi, à toi, tu
t'en moques bien. Ce n'est pas de l'amour ça Ron, c'est de la vanité.
Méprisable.
Et elle se tourna pour partir, trop écœurée de son attitude enfantine.
-Attends !
La jeune femme se stoppa, la main, sur la poignée de la porte, sans pour autant se retourner.
-Attends Hermione. Je t'aime, je t'interdis de dire le contraire.
Lorsque tu es revenue parmi nous, j'ai pu respirer de nouveau, tu
comprends. Je t'aime. Je… te voir dans les bras d'un autre est déjà
insupportable, mais dans les bras de Malefoy… enfin Hermione. Il n'a
pas pu changer à ce point. Ouvre les yeux !!!
-Mais rassure-toi Ron, j'ai ouvert les yeux. Je n'ai jamais été aussi
lucide de toute ma vie. Maintenant répond moi. Elle se retourna enfin
pour lui faire face. Que ressens-tu pour Patricia ?
-Si c'est ce qui te retiens, elle ne compte pas, elle n'est pas toi.
-Tout le monde peut donc changer, en voici la preuve. Jadis, l'ami que
j'appréciais tant n'aurait pas supporté de faire souffrir quelqu'un à
ce point par simple égoïsme.
Et elle sortit de la chambre, trop bouleversée d'en apprendre autant sur son ami de toujours. Jamais elle n'avait été aussi déçue par une personne. Tout son monde s'écroulait, le retour était bien plus pénible qu'elle ne l'aurait imaginé. Certes Harry, Ginny, et Neville étaient là et la soutenaient, mais elle avait senti dans chacun de leurs regards de l'incompréhension lorsqu'elle tenait la main de Drago. Leurs attitudes pesaient cruellement sur son cœur. Elle n'était plus chez elle ici. Elle n'était chez elle nulle part d'ailleurs.
Le départ fut précipité une nouvelle fois. A 11H tout le monde était à Poudlard et si Hagrid manquait encore à l'appel, tous les autres membres de l'Ordre étaient présent. Ils voulaient tester et éprouver les dons d'Hermione et Drago. Ron se sentait honteux. Voir la jeune femme dans les bras de ce scorpion lui donnait la nausée, mais lorsqu'il regarda Patricia ce soir là, une nouvelle évidence le frappa de plein fouet. Une mélancolie semblait avoir violé son âme et imbibé son cœur de force. Pourtant elle ne se plaignait pas. Elle ne disait rien. Elle suivait péniblement le mouvement quoi que cela lui coûte. Le choipeau n'avait pas fait d'erreur non plus en l'envoyant à Gryffondor. L'étau qui comprimait ses poumons depuis le retour d'Hermione se desserra légèrement. Il saisit alors un regard de son amante d'une nuit et en profita pour esquisser un timide sourire qu'elle ne put lui renvoyer, trop baignée dans son désespoir.
Dans la salle, tous entouraient et oppressaient le jeune couple. Mais leurs tentatives restaient vaines. Ils avaient beau se concentrer, faire des efforts, rien ne voulait fonctionner. Prise d'un ennui mortel face à ce pathétique tableau, Pansy se leva lentement, marcha vers Hermione avec nonchalance, et se posta juste en face d'elle.
-Ce que je vais te dire va te paraître peut être hors sujet, mais à te
voir minauder et te lamenter comme tu le fais d'échouer pathétiquement,
ça me donne envie de te gifler.
Et à peine eut-elle fini sa tirade qu'elle recula son bras, mimant de
prendre un élan inconsidéré et lança sa main de toutes ses forces pour
frapper Hermione. Cette dernière, prévenue du geste n'eut pas le temps
de riposter, mais d'un réflexe se protégea le visage et mit ses mains
en signe de barrière en attendant le choc mais rien. Un silence de
plomb s'était abattu sur la salle sur demande. Elle rouvrit d'abord un
œil, puis deux… et constat qu'un halot de lumière verte l'entourait
alors que Drago avait un genoux à terre et respirait péniblement la
tête baissée, une main sur le sol pour maintenir son équilibre.
-Et bien voila ! chose faite. S'exclama Pansy, satisfaite alors que
tout le monde lui lançait des regards hagards. Quoi ? la première fois
que c'est arrivé à Drago, c'était un réflexe parce qu'il avait eu peur.
Là je l'ai prévenu pour qu'elle appréhende le coup et c'était gagné
d'avance.
-Mais si ça n'avait pas marché ! s'exclama Hermione, offusquée d'avoir été piégée de la sorte.
Pansy poussa une petite exclamation moqueuse.
-Ça a marché ! Alors ne te pose pas de question.
-Drago ça va ? s'inquiéta alors Hermione, le voyant toujours dans la même position et le halot vert toujours autour d'elle.
-Je… j'ai du mal… à… tenir… souffla-t-il en plein effort.
-Alors ne retiens pas le lien, intervint Harry, relâche.
-Je n'arrive pas… à rompre la connexion… elle me vide. Hermione… souffla-t-il.
-Je ne ressens rien, je suis bien et, je n'ai aucune maîtrise sur cette chose.
-Alors décidez ensemble de la rompre, essayez d'y penser ensemble… mais
avant qu'Harry ne termine son argumentation, Drago s'était écroulé sur
le sol, inconscient.
Pansy et Hermione se précipitèrent autour de lui et lui soulevèrent la
tête doucement alors que Madame Weasley apportait du chocolat.
-On ne sait jamais, cela peut marcher aussi pour ça.
Le serpentard ne mit pas longtemps à reprendre connaissance et même si le chocolat ne semblait avoir aucun effet bénéfique visible sur ses constantes physiques, il s'empressa de descendre une bonne partie de la tablette sous le regard amusé d'Hermione qui lui quémanda un morceau en échange d'un bisou, manquant de faire vomir Ron.
-Bien, nous savons donc que vous bénéficiez d'une barrière de protection. Que cette dernière dure jusqu'à ce que l'un d'entre vous ne s'évanouisse. Pour l'instant, ceci ne nous est pas d'une grande aide. De plus nous ne disposons d'aucune information pour tenter d'en comprendre les effets.
Pansy leva une main pour l'interrompre
-Et qu'il faut une grosse frousse pour le déclencher, nargua-t-elle
Hermione, mais cette dernière ne répondit pas à sa provocation, trop
intriguée par le petit bracelet que la manche retombée de Pansy avait
dévoilé.
-Pansy, d'où te viens ce bracelet ?
Surprise de la question, la jeune femme examina le petit bijou en or qui laissait s'entrechoquer trois petits pendants.
-C'est Karina Falks qui me l'a offert en signe d'amitié, c'est un bijou de famille il me semble.
Hermione lança un regard intéressé à Drago et tous deux se levèrent
pour l'examiner de plus prêt. Pansy le décrocha et le tendit à son ami
pour qu'il puisse se rendre compte par lui-même.
-Les signes…
-Qu'y-a-t-il Hermione ? demanda Harry, un peu surpris d'un tel intérêt pour un bijou.
-Ces… Commença-t-elle avant de décrocher son regard comme hypnotisé de
la breloque. Ces trois pendentifs sont des symboles cunéiformes.
-Et ???
-Et c'est l'écriture dont se servent les morgoles. Cette forme
d'écriture fut la première apparue à la surface du globe, avant même
les hiéroglyphes. Elle était utilisée par les mésopotamiens et nous
pensons que ce peuple a donné naissance aux morgoles, c'est un peu plus
compliqué que ceci, mais en gros…
-Ce qui veut dire que la famille de Karina a quelque chose à voir avec les morgoles ? demanda Harry
-Ce qui veut surtout dire que Voldemort a quelque chose à voir avec les
morgoles. Ça nous le savions déjà, mais pourquoi avoir fait faire un
bijou avec ce type d'écriture ?
-Tu pourrais les déchiffrer ? Demanda Monsieur Weasley à l'attention d'Hermione.
-Non, désolée, je pense que ces trois symboles forment trois mots, mais je n'ai aucune idée de ce qu'ils peuvent vouloir dire.
-Aurions nous des ouvrages dans la bibliothèque de Poudlard pouvant nous éclairer sur le sujet Minerva ? l'interrogea Rémus.
-Je ne crois pas non. Ceci est un sujet très éloigné de ce que nous
enseignons ici. Je pourrais toujours regarder, mais j'ai bien peur
qu'il nous faille trouver ces informations ailleurs.
-Bien. Il se fait tard, nous devons avancer absolument. Nous éclaircirons le mystère de ce bracelet plus tard. Avant tout, il faudrait comprendre comment fonctionne le nouveau Don d'Hermione et Drago, les interrompit Rémus.
Tous approuvèrent d'un hochement de tête, sans pour autant savoir sur quelle piste s'orienter. Ils n'allaient pas constamment faire peur à l'un d'entre eux pour provoquer une réaction sous peine de les faire tomber dans la paranoïa. C'est alors que d'un même soupir, les deux amoureux prononcèrent une phrase exactement au même moment :
-Si seulement Spanglorn était là !
Cette exclamation sortie exactement au même moment les amusèrent
quelque peu alors que personne ne comprenait ce qu'ils venaient de
dire, un « plop » se fit entendre dans la salle, laissant apparaitre le
plus visqueux des monstres. Pansy poussa un cri strident qui aurait
brisé n'importe quel cristal à proximité, et les autres membres de
l'ordre sortirent leur baguette d'un réflexe commun. Hermione et Drago
se levèrent d'un bond en se plaçant devant spanglorn et en criant :
-Ne faites rien c'est un ami, provoquant la stupeur de tous.
Enfin, ils se retournèrent vers Spanglorn et allèrent lui serrer la
main sans aucune hésitation malgré le liquide gluant qui leur resta sur
les doigts.
-Spanglorn ! Quel plaisir de vous voir, s'exclama Hermione. Comment
vous remercier de tout ce que vous avez fait pour nous. Comment nous
avez-vous retrouvé ?
-Et comment avez-vous fait pour traverser nos protections? s'exclama la directrice, complètement outragée.
-Une question à la fois s'il vous plait, demanda timidement le
vertineux. Je suis venu parce que vous m'avez appelé tous les deux.
J'ai pensé que vous étiez en danger. Et ensuite … Quelles protections ?
interrogea-t-il innocemment.
La Directrice dut s'asseoir, le cœur défaillant et déconfite par ce qu'elle venait d'entendre alors qu'Hermione et Drago étouffaient un petit pouffement, sachant parfaitement la puissance des pouvoirs de leur Héros.
-Spanglorn, nous allons vous présenter nos amis, s'empressa de trancher Drago avec un brin de malice. Voici tout d'abord Weasley… Enfin Ron.
Pris d'un élan d'écœurement, Ron n'osait pas avancer mais le vicieux serpentard l'interpella :
-Alors Weasley, on oublie les bonnes manières ?
-Tu n'as rien à craindre, surenchérit innocemment Hermione. Spanglorn
est la personne la plus gentille que je n'ai jamais rencontré.
Pris au piège, Ron s'avança doucement devant la main tendue du
Vertineux mais son regard se crispa sur le liquide suintant de lui. Il
esquissa un petit mouvement mais n'arriva pas à se décider à le
toucher. Voyant son hésitation, Drago s'empressa de prendre la main de
Ron et de la glisser dans celle du Vertineux qui la lui secoua
doucement alors que Ron esquissait une grimace de dégoût en lançant un
regard mauvais au serpentard.
-Ben quoi ? Tu ne vas pas me dire que tu juges négativement Spanglorn à
cause de son apparence extérieure Weasley, lui murmura Drago alors
qu'Hermione présentait son nouvel ami au reste de l'ordre, chacun le
saluant à distance d'un geste de la main. Ce serait vraiment indigne de
toi, acheva le serpentard, particulièrement fier de lui.
Hermione expliqua un peu plus sa rencontre avec le Vertineux et son
peuple ainsi que leur histoire. Spanglorn apportait quelques
approfondissement ici et là. Tous furent très attentifs et
impressionnés à la fois. Ils avaient devant eux le représentant d'un
peuple inconnu de tous et pourtant aux racines ancestrales. Sur les
dires d'Hermione, ils comprirent la puissance de ces êtres et leur
esprit de profonde gentillesse, qui les avait d'ailleurs perdu en les
forçant à vivre dans les entrailles de la terre. Harry et Ginny eurent
toutefois du mal à accepter leur point de vue. Ils avaient visiblement
créé le peuple des morgoles et refusaient d'en accepter les
conséquences en mettant un terme à leurs agissements. Spanglorn exposa
un peu plus précisément son point de vue et celui de son peuple. Peu à
peu, l'Ordre compris le cas de conscience de ces êtres étranges. Ils
n'avaient pas les mêmes règles sociales qu'eux et qui plus est, la
moindre de leur tentative pour rendre les morgoles impuissants s'était
révélée plus dévastatrice que la précédente.
Hermione écoutait ce discours pour la seconde fois alors que Drago
prenait un malin plaisir à narguer Ron du regard. Elle avait eu un peu
de temps pour réfléchir à toute cette histoire et une chose lui
paraissait incohérente. Il lui fallait éclaircir ce point :
-Dites moi Spanglorn, vous nous avez expliqué que c'est vous qui aviez introduit l'apnaya chez les morgoles.
-C'est exact.
-Mais comment vous y êtes vous pris sans vous montrer et surtout sans les affronter ?
-Nous avons fait apparaitre simplement la plante dans leur cité, répondit-il le plus simplement du monde.
Personne ne voyait où Hermione voulait en venir et pourtant elle sembla surprise par cette réponse anodine.
-Mais comment avez-vous pu la faire apparaître ? Cette plante absorbe toute forme de magie. C'est impossible.
-J'en ai fais les frais à mes dépends, surenchérit Mcgonagall.
-Ho… je vois. Spanglorn était de plus en plus étonné par les questions
pertinentes de sa petite protégée. Nous n'utilisons simplement pas la
même fréquence que vous pour déployer notre magie. L'apnaya absorbe une
certaine forme de magie, elle… comment vous expliquer ceci…
chercha-t-il à voix haute. Elle se nourrit d'une forme d'ondes, ou
plutôt de vibrations bien particulières. Nous l'avons rapidement
compris et nous avons réussi à modifier la fréquences des ondes émises
par notre magie, simplement.
Mcgonagall était fascinée par ces révélations, tout comme le reste de
la troupe. Pour l'instant, ils ne voyaient pas très bien où tout ceci
allait les mener, mais savoir qu'utiliser la magie en présence de cette
plante était possible, semblait déjà un pas en avant.
-Pouvez-vous nous apprendre à en faire de même Spanglorn ? intervint enfin Drago.
-Oui, évidemment. Mais cela risque d'être un peu long.
Une telle révélation mis la salle en émois. Les questions fusaient de tous les côtés et Spanglorn ne savait plus où donner de la tête. Les adultes en vinrent à une seule et même conclusion, Drago et Hermione devaient rester ensemble et apprendre à maitriser leur pouvoir. Le Vertineux leur avait expliqué que ceci ne serait pas instantané et que, dans un premier temps au moins, ils ne pourraient utiliser que les fonctions défensives de leur don. Le reste ne viendrait qu'avec beaucoup de pratique et de détermination. Tous les membres de l'Ordre devaient également apprendre à utiliser une autre forme de magie, ce qui allait se révéler extrêmement problématique. Après seulement quelques tests le soir même, tous se rendirent compte qu'ils utilisaient la magie sans faire attention d'où elle provenait. Elle était là, en eux, mais n'arrivaient pas l'interpréter, la dompter.
Le temps avançait relativement dangereusement et il faudrait bientôt abréger la séance. Les adultes et Harry s'isolèrent quelques temps pour discuter de Pansy et Drago. Ron était furieux de ne pas être convié à cette réunion au sommet. Décidément, il était écarté de tous. Mais sa mère lui expliqua qu'ils avaient besoin d'avis neutres et d'esprits clairs pour prendre une décision juste. Ils ne mirent cependant pas longtemps à prendre leur décision. Voldemort allait probablement passer à l'attaque d'ici une semaine, délais qu'il avait accordé à Pansy. Ce délai semblait complètement dérisoire quant à l'apprentissage qu'il devait suivre. Aucune perte de temps de pouvait être envisagée et au grand désespoir de Madame Weasley qui eut l'impression de planter un poignard dans le dos de son fils, ils décidèrent d'emmener sur le champ les deux serpentards.
Monsieur Weasley prit son courage à deux mains et annonça la nouvelle
en regardant Ron droit dans les yeux, comme s'il ne s'adressait qu'à
lui pour lui dire que l'année scolaire était terminée pour tous.
McGonagall allait annoncer la fermeture de l'école à la fin de la
semaine. Continuer ainsi ne servait plus à rien. La moitié des
serpentards étaient enrôlés dans le combat et si Voldemort attaquait,
elle refusait de voir se dérouler une vendetta au sein de son
établissement. Continuer envers et contre tous devenait une pure folie
et la sécurité des élèves n'était en rien assurée.
Ron le prit avec plus de philosophie qu'ils n'auraient pu le penser.
Depuis sa discussion avec Hermione dont tous ignorait le contenu, il
avait changé de comportement. Il conservait son regard haineux à
l'égard de Malefoy évidemment, mais les œillères qu'il s'était dressé
tout seul avaient été levées.
Lorsque la proposition officielle fut faite aux serpentard, Drago serra Hermione fort dans ses bras alors que Pansy s'était assise. Hermione le vit du coin de l'œil et fit un signe à son bien aimé pour qu'il aille la voir. Elle paraissait absorbée dans ses pensées et il était difficile de connaître le contenu de son raisonnement, son visage était aussi inexpressif que celui de Ron devant un plat vide.
-Hey… lui murmura Drago alors qu'Hermione attirait les regards en soulevant les problèmes matériels d'une telle annonce pour les laisser un peu en paix.
Pansy le regarda, un peu perdue et il comprit qu'elle se sentait seule.
Elle était au pied du mur, sans famille, sans amis… Lui avait Hermione
au moins, mais elle, que lui restait-il et pourquoi ? à peine âgée de
17 ans, elle devait renier sa famille et s'allier à des gens qu'elle
avait toujours détesté. Elle savait que là où on l'emmènerait, elle
n'aurait pas d'autre allié que Drago et que ce dernier serait
probablement trop occupé pour penser à elle.
-Alors nous y voila… arriva-t-elle tout juste à prononcer.
-Tu n'y es pas obligé Pansy, mais si tu restes, j'aurais bien trop peur
pour toi. Tu auras échoué la mission que l'on t'a confié et sincèrement
je doute que tu t'en sortes indemne.
-Je sais parfaitement Drago. Je n'ai pas le choix de toute manière,
mais j'ai peur, lui avoua-t-elle de manière à ce que personne
n'entende.
-Pansy, écoute moi bien. Je serais toujours là pour toi. Jamais, tu
m'entends, jamais je ne te laisserais tomber. Je sais ce que tu penses
de tous ces gens, mais il faut leur accorder une chose, ils sont
loyaux. Si nous adhérons à leur cause, peu importe ce que nous avons
fait auparavant. Ils nous protégeront.
Elle poussa un soupir de mépris.
-Ils ne pourront même pas se protéger eux-même Drago.
-Je sais. Mais le monde est en guerre, les morgoles en ont marre de se
terrer dans les bas-fond de la planète. Ils veulent une reine pour
enfanter, pour rompre la tradition. Si Hermione les rejoint, elle ne
sera pas sous l'emprise du nymphomins et ce sera la première femme à
pouvoir enfanter et avoir une chance d'avoir une fille. Si leur plan
fonctionne, ils voudront reprendre leur suprématie sur terre en
enfantant une nouvelle lignée capable de supporter l'air libre. Alors
où que nous allions Pansy, nous serons en guerre à un moment ou un
autre. Autant s'y engager aux côtés de personnes fiables.
-Et de Granger ! plaisanta-t-elle très faiblement à son encontre.
-Merci de l'accepter.
-Ai-je le choix ?
Il lui sourit et l'embrassa sur le front avant de se lever et
d'annoncer qu'ils acceptaient de les suivre à l'instant même. Mais
c'est alors que Pansy eu comme un éclair soudain.
-Est-ce que… est-ce que d'autres peuvent nous suivre ? Demanda-t-elle précipitamment, provoquant une surprise générale.
-Miss Parkinson, répondit lentement la Directrice. Je doute que vos
deux acolytes ne soient assez forts pour trahir leur famille et se
joindre à nous. Je sais que vous leur faites confiance, mais vous devez
comprendre que nous prenons déjà de gros risques en vous accordant
notre confiance. Nous ne pouvons nous permettre de l'accorder à Crabe
et Goyle. Vous m'en voyez navrée.
-Je ne pensais pas à eux Madame la Directrice. Je pensais à Karina Folks Madame.
-Karina Fol… mais elle n'a que onze ans ! Vous ne pouvez pas la soustraire à sa famille.
-Elle n'a peut être que onze ans, mais elle n'est en rien à sa place dans ce monde d'horreur. Croyez-moi.
Il y eu un blanc et Ginny se permit de prendre la parole à son tour.
-Je pense qu'elle a raison. Karina a déjà pris énormément de risque en nous apportant des informations clés, notamment comment aller dans le royaume Morgoles et surtout, elle a participé au pacte. Si Voldemort ne l'a pas encore découvert, c'est uniquement un coup de chance, mais dès ce soir, avec la disparition de Pansy et de Drago, les autres vont être interrogés et je ne donne pas cher de sa vie.
Les adultes réfléchirent, mais Ron prit la parole à son tour.
-Elle a raison. Cette fille est bien plus mature que les autres filles de 11 ans, elle sait parfaitement ce qu'elle veut et c'est nous qui l'avons mise en danger en acceptant qu'elle se joigne à nous. Il est temps d'assumer nos actes, finit-il en lançant un regard sûr de lui à Hermione qui inclina la tête, ne sachant pas très bien comment elle devait prendre cette phrase. Se confessait-il enfin ?
Les discussions durèrent encore quelques minutes avant que tous furent d'accord. Pansy partit immédiatement dans son dortoir pour réveiller Karina. Elles ne mirent que trente minutes pour faire leur sac et partir. La petite fille eut la réaction escomptée. Elle accepta immédiatement et avec le plus grand empressement qui plus est. Partir loin de ses parents n'était qu'une délivrance. Ils furent alors plusieurs à envisager une terrible hypothèse, celle d'une enfance douloureuse et faite de maltraitance, il ne pouvait y avoir d'autre explication. A l'instant où Molly Weasley aperçu son petit minois d'ange, elle fondit sur elle et déploya ses ailes protectrices. Elle venait d'hériter d'une nouvelle petite âme égarée sur laquelle elle se promit de veiller.
Alors qu'ils allaient partir pour le square, accompagnés de Spanglorn, Hermione eut une dernière idée en tête. Elle demanda à Pansy son bracelet et le tendit au Vertineux.
-Spanglorn. Pourriez-vous nous dire à quoi correspondent ces trois petits symboles cunéiformes s'il vous plait ?
L'étrange créature les examina avec attention et prit tout son sérieux pour lui répondre.
-Et bien dans votre langage, il me semble que le premier signifie
reflet, l'autre fenêtre et enfin je dirais que le troisième veut dire
âme, ou plutôt une partie d'âme, enfin je ne sais pas, il me semble
flou.
Harry comprit en une seconde et regarda immédiatement Hermione pour lui
indiquer de se taire. Ginny et Ron percutèrent aussi rapidement mais ne
dirent rien non plus. Tonks étouffa tout juste une exclamation et c'est
Rémus qui tenta vainement de dissimuler leur surprise :
-Et bien ! ceci est pour le moins un bijou étrange.
-Pourquoi vous intéressez-vous au bracelet que j'ai donné à Pansy ? S'étonna immédiatement Karina.
-C'est un bijou de famille ? lui demanda alors doucement Ginny qui la connaissait relativement bien à présent.
-Et bien si l'on veut oui, enfin je crois que ma mère l'a eu de
Voldemort lui-même. Il avait décidé de faire un cadeau aux épouses de
ses fidèles. Ma mère en a toujours été très fière et me l'a donné le
jour de mes dix ans en me demandant d'en prendre le plus grand soin. Je
n'ai jamais été à l'aise avec ce truc, finit-elle avec dédain.
-Et c'est pour cela que tu me l'as donné ! s'indigna Pansy en plaisantant alors que celle-ci rougit, prise en flagrant délits.
-Ah ces serpentards ! Rien n'est jamais désintéressé chez eux, même les cadeaux, s'exaspéra Ron.
-La ferme Weasley ! Les serpentards pourraient bien te surprendre, lui
asséna Pansy avec un clin d'œil qui surprit tout le monde.
-Eh karina, sais-tu combien d'épouses de mange… de… bredouilla Ginny, ayant peur d'être vexante.
-De mangemorts ? lui demanda plus sûrement Karina.
-Oui, combien d'épouses de mangemorts ont eu de bracelets comme ceux-ci ?
-Aucune idée, mais peu, je dirais moins d'une dizaine. Seulement les plus proches de Voldemort ont eu cet honneur.
Cette fois les regards furent trop pesants pour que ces questions ne soient anodines. Drago n'en demanda pas plus. Il se dit qu'il en apprendrait bien suffisamment les jours qui allaient venir, mais il devait avouer qu'être écarter ainsi des intrigues l'exaspérait.
-Miss Parkinson, demanda Mcgonagall et vous Monsieur Malefoy, avez-vous déjà vu vos mères porter de tels bijoux ?
Drago nia d'un signe de tête, mais il dût avouer qu'il n'avait jamais porté attention aux bijoux que portait sa mère, ceci était des « trucs de filles » selon lui et Pansy chercha au plus profond de ses souvenirs. Dans un premier temps, elle affirma que non. Elle se revoyait jouer avec la boite à bijoux familiale et se parer telle une princesse, sans avoir remarquer un tel bracelet. Puis, au bout de quelques minutes, elle se souvint par contre qu'elle s'était fait réprimander le jour où elle avait voulu toucher la seconde boite à bijoux que lui avait toujours caché sa mère. Cette dernière avait prétexté que les parures de cette boite étaient bien trop précieuses pour qu'une petite fille ne joue avec. Pansy lui avait alors simplement demandé de les voir, mais même ses larmes de crocodile n'y avait rien fait, sa mère avait été intransigeante.
Sans avoir besoin de se concerter, les membres de l'ordre avaient alors la même hypothèse. Voldemort avait fait faire sept bijoux, sept petits bracelets portant chacun un indice sur les Horcrux. Mais dans quel but ? Pourquoi laisser traîner des preuves ainsi ? Tout ceci restait un mystère. Mcgonagall prit alors une décision, pour la première fois depuis la disparition de Dumbledore, elle allait devoir faire appel à Rogue en dépit des barrières qu'ils s'étaient fixés pour ne pas être démasqué. Les enjeux devenaient trop importants.
C'est donc l'esprit rempli de questions et de nouvelles informations que le petit groupe retourna au square Grimault. Il fallut s'organiser pour loger tout ce petit monde et Madame Weasley prit le titre de général en chef de la maisonnée. Ses ordres étaient net, précis et directs. Aucune discussion n'était alors possible et Drago n'arriva pas à obtenir une chambre commune avec Hermione au plus grand bonheur de Ron.
