Titre : Des surprises à la pelle.
Auteur : Patpat.
Bêta-lectrice : Mag-San.
Source : Gravitation.
Genre : Yaoi, Shonen-aï, Mpreg.
Rating : T.
Paring : Yuki Eiri / Shindo Shuichi.
Disclaimer : Les personnages ne sont pas les miens, ils appartiennent à Maki Murakami. Seule exception : Miri Johanson, rescapée de « Should I believe in Destiny ? » dans un rôle un petit peu différent…
Notes : Ohayo ! C'est Patou-chan ! Voilà le chapitre 8… C'est la nuit de noces, niak niak ! C'est le premier des deux ou trois chapitres qui seront dédiés à la lune de miel. Je pense que je n'en ferais que deux. Puis on va enfin savoir où Yuki a prévu d'emmener Shuichi pour la lune de miel. Ma petite Shizu était la seule à savoir depuis tout ce temps et elle a farouchement gardé ce secret. Elle connaît même le nom du bébé du notre petit couple (si elle a pas oublié entre-temps ). Une petite chose encore, désolée, vraiment, de vous avoir fait attendre... Pardonnez-moi... Sumimasen, sumimasen, sumimasen, sumimasen, sumimasen, sumimasen, sumimasen, sumimansen... Bouh, ca suffit la ! Non ? SUMIMASEN !!!!
Avertissement : Cette fic n'est pas rating M mais T. Donc pas de lemons ! Cependant, c'est quand même la lune de miel alors... Il y aura certaines insinuations impliquant du shonen-aï, c'est-à-dire de l'amour entre deux hommes. Le rating T autorise ça tant qu'elles restent dans la limite. Vous êtes prévenus !
Pensées en italique. Dialogues en gras.
Chapitre 8 : Lune de miel 1ere partie : Le cadeau de Shu et la destination secrète.
Donc si je comprends bien, on va passer la nuit dans cet hôtel et on prend l'avion demain matin pour… Pour où déjà ?
Comme si j'allais te le dire.
Onegaï, Yuki… T'as déjà eu la surprise du mariage… Tu peux faire un petit geste et me donner au moins un indice ?...
Nan !
Les jeunes mariés étaient dans une très, très grande limousine envoyée par NG pour les conduire jusqu'à un hôtel très, très luxueux de Kyoto. Lorsque leur véhicule s'arrêta devant le bâtiment et qu'ils sortirent de la voiture, Shuichi dû admettre que son époux n'avait pas lésiné sur les moyens. C'était un immense immeuble d'au moins 25 étages dont les façades étaient couvertes de balcons, terrasses ou baies vitrées. Les murs blancs donnaient à l'architecture largement inspirée du style occidentale un aspect de palace des temps modernes. Le chanteur sentit les bras de Yuki entourer ses hanches tandis qu'il l'enlaçait par derrière et il lui murmura à l'oreille :
Bon, on monte, j'attends ma nuit de noces, moi !
Le jeune homme ne put s'empêcher de rougir avant de se laisser guider vers l'intérieur.
Et nos bagages ? demanda-t-il tandis qu'ils s'approchaient de la réception.
Déjà arrivées.
Arrivés devant une hôtesse, Yuki réclama la clé correspondant à la réservation qu'il avait faite pour la nuit. Appréciant le décor tout autour de lui, Shuichi resta pour une des rares fois de sa vie complètement silencieux. Dans l'ascendeur, il fut surpris de voir que son époux avait appuyé sur le bouton du 21eme étage. Une fois arrivés en haut, le jeune homme découvrit qu'il n'y avait à cet étage que trois chambres. Ce doivent être de grandes suites alors… en déduit-il. Yuki fit avancer le chanteur vers une des trois portes à doubles battants tout de chêne massif et avec la clé magnétique, il la déverrouilla.
Alors ? fit-il.
Alors quoi ? s'enquit Shuichi.
Mais le musicien n'eut pas le temps de questionner davantage que déjà il se retrouvait dans les bras de son mari qui le portait exactement à la façon dont on le faisait avec une mariée. Aussitôt, Shuichi passa ses bras autour du cou de Yuki et l'embrassa en murmurant un « Je t'aime » sur ses lèvres. Mais alors que le blond s'apprêtait à franchir le pas de porte avec son petit paquet dans les bras, celui-ci s'exclama :
Hé ! Attends une minute ! Pourquoi ce serait à toi de me porter ?
Tu penses peut-être qu'avec tes 55kg tout mouillé tu pourrais me soulever ? se moqua Yuki.
Euh… Non, c'est vrai… Mais quand même…
Quand même quoi ? s'impatienta le romancier.
Bah déjà que je porte ton nom maintenant…
Personne t'a forcé à le prendre !
Oui… C'est vrai aussi mais… J'en ai mare de jouer la jeune fille soumise dans notre couple alors que je suis un garçon !
Yuki reposa alors Shuichi à terre et lui dit froidement :
Ola ! Si t'es pas content, marche ! J'pensais juste que ça te ferait plaisir… T'es tellement romantique qu'on dirait une adolescente un peu trop fleur bleue passant son temps à lire des romans à l'eau de rose…
Oui, des romans que TU aurais écrit ! lui rappela Shuichi.
…
…
…
Bon, ok, j'suis désolé ! craqua le plus jeune en s'agrippant au cou de son amant. On est marié depuis à peine quelques heures et je commence à te prendre la tête… Vas-y, porte-moi !
Le blond haussa un sourcil avant de lâcher :
Plus envie.
Nani ?
Fallait en profiter tant que j'étais d'humeur, répondit-il simplement.
Nah… Yuki. C'est le soir de notre nuit de noces… Tu ne voudrais pas me faire pleurer ?...
Et voilà, j'y ai le droit… Ses puppy eyes ! Je déteste qu'il me regarde avec son air de chiot abandonné. Mais en même temps j'adore ça… Sans crier gare, Yuki souleva Shuichi et le porta de nouveau pour traverser le pas de la porte. D'un petit coup de talon, il poussa la porte et déposa son jeune époux au pied du lit. Tandis qu'il accrochait l'étiquette « Ne pas déranger » à la poignet de la porte et qu'il mettait la chaîne, le chanteur faisait le tour de la vaste pièce. Le plafond haut donnait l'impression que la pièce était plus grande qu'elle ne l'était, alors qu'elle était déjà vraiment spacieuse. Deux immenses baies vitrées encadraient le plus grand lit que Shuichi ait pu voir de toute sa vie. La tapisserie couleur pèche, les doubles rideaux de velours bordeaux, le dessus de lit de satin écarlate et les lumière tamisées donnaient à l'ensemble une allure de nid douillet et chaleureux, tout en gardant une touche racée, classique et élégante. En fait, en y regardant bien, c'était évident que c'était Yuki qui avait choisi cette chambre. Elle lui correspondait en tout point : imposante et intimidante, mais attirante et chaleureuse. En s'approchant d'une des baies vitrées, Shuichi pu remarquer la vue imprenable sur Kyoto qu'offrait cette suite, et la terrasse était envahie d'arbustes et de plantes en pot qui entouraient une petite banquette. Une merveille secrètement cachée en son cœur. Comme Yuki : quand on le connaît aussi bien que moi maintenant, même si la plupart du temps je ne sais pas ce qu'il pense, je sais que, caché en son cœur, réside une gentillesse merveilleuse.
C'est magnifique, s'émerveilla-t-il tout bas.
C'est alors qu'il sentit les bras d'Eiri se glisser autour de lui, l'entraînant dans une étreinte tendre et amoureuse.
J'étais sûr que ça te plairait… souffla le blond à son oreille.
Lentement, il faufila ses mains sous la tunique blanche de Shuichi pour caresser ses flancs, tout en l'incitant à se retourner pour lui faire face. Leurs lèvres se scellèrent en un langoureux baiser et de ses mains, Shuichi repoussa la veste de son mari qui tomba au sol. Tous deux ôtèrent leurs chaussures et leurs chaussettes avec la seule aide de leurs orteils tout en se dirigeant vers le lit.
Mmmh… Shu-chan… appela Yuki entre deux baisers.
Mmmh… ?
Mon cadeau…
Shuichi s'écarta de son cher et tendre et lui lança un petit clin d'œil. Yuki fronça les sourcils, intrigué, jusqu'à ce qu'il sente les mains fines et douces de son amour passer sur les siennes pour les guider sensuellement vers son ventre. Eiri adorait tout de l'anatomie de son amant ; n'importe qui aurait pu y trouver des défauts, mais pas lui… Chaque détail était à ses yeux une véritable perfection. Gageons qu'il n'en dirait jamais un traître mot au principal concerné qui se mettrait sans aucun doute à baver comme un chien en mal de femelle. Cependant, lui qui connaissait si bien chaque partie du corps de Shuichi, repéra très vite quelque chose au niveau de son nombril.
Qu'est-ce que c'est que ça ? grogna-t-il.
Pour toutes réponses, Shuichi souleva sa tunique pour révéler son nombril percé. Une améthyste sur un anneau d'or ornait ce point particulièrement sensible aux caresses. Yuki poussa Shuichi qui tomba sur le dos en travers du lit. D'abord surpris, il se redressa sur ses coudes pour voir sur le visage de son écrivain d'amour une expression mitigée entre la contrariété et l'intérêt. Puis, le regard du blond s'assombrit… C'était clair : l'effet recherché avait été obtenu. Shuichi avait réussi à éveiller le désir de son mari et il rougissait déjà.
Est-ce que je dois en déduire que ça te plait ? J'ai dû l'ôter chaque fois que je rentrais à la maison pour éviter que tu le vois avant aujourd'hui… gloussa Shuichi qui connaissait déjà la réponse à sa question mais qui ne pouvait pas s'empêcher de taquiner son blond adoré.
Lorsqu'il sentit les mains chaudes de son époux sur son corps, remontant du bas de son ventre jusque sur ses tétons, il frissonna de toutes parts. Très vite, les longs doigts de son amoureux vinrent détacher les ficelles nouées à ses épaules et à ses poignets. Et ainsi il se retrouva torse nu et carrément plaqué au matelas.
J'adore… susurra Yuki, à son oreille, avant de redescendre au niveau du bijou pour aller titiller du bout de la langue le nombril décoré.
Shuichi rougissait de pur plaisir en poussant de petits gémissements, ce qui faisait considérablement augmenter le désir de son amant. Le musicien se arquait littéralement d'extase, arrachant ainsi un sourire satisfait au blond qui commençait doucement à déboutonner le pantalon du jeune homme à la tignasse désormais châtain.
Eiri… appela-t-il en se redressant sur ses coudes pour prendre le visage de son époux entre ses mains.
Leurs regards se fixèrent pendant quelques secondes qui leur parurent une éternité et finalement, le romancier répondit à l'appel de son amoureux en remontant vers lui pour presser ses lèvres contre celles du chanteur. Le serrant tendrement dans ses bras, il entreprit de déposer une flopée de baisers dans son cou, sa nuque, sur sa mâchoire et derrière ses oreilles. Là, il murmura des mots que Shuichi ne se lasserait jamais d'entendre, ni de lire sur cet anneau symbolisant les sentiments que Yuki éprouvait pour lui :
Aï shiteru, Shu-chan.
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Yuki dormait encore… Il fallait dire aussi qu'après pas moins de six rounds d'amour passionné, il y avait de quoi être épuisé. Sur tout que Shuichi l'avait vraiment surpris en prenant les choses en mains au troisième tour. Shuichi, malgré sa fatigue évidente, était bien trop excité pour trouver le sommeil. Il n'arrivait pas à en croire ses yeux. C'était comme s'il réalisait seulement maintenant tout ce qui venait de se passer : le mariage avec l'homme de sa vie, son grand amour, son âme sœur… Tout s'était tellement bien passé… Le père de Yuki était même venu, tout comme une grande partie de la famille Shindo. Sa sœur avait été à ses côtés comme toujours, ainsi que ses grands parents, et à sa plus grande surprise, sa mère avait fait le déplacement également. Elle acceptait Eiri bien qu'il était évident qu'elle était encore très mal à l'aise avec l'idée de leur homosexualité. Seul l'absence de son père l'avait rendu un peu triste. Mais passer les deux tiers du temps à danser dans les bras de son amant avait grandement contribué à lui faire oublier cette ombre au tableau. De la cérémonie jusqu'à la réception, tout avait était super ! Y compris le moment où Miri avait giflé Ayaka. C'était spectaculaire. Et puis cette nuit parfaite : son mari lui avait fait l'amour avec plus de passion que jamais en lui murmurant des mots emprunts de tendresse comme ceux qu'on ne trouvait que dans les romans à l'eau de rose du grand Yuki Eiri. Pour finir, dans quelques heures à peine, ils partiraient tous les deux pour une destination secrète qui, le jeune chanteur en était persuadé, n'allait pas manquer de le surprendre. Alors même s'il ne dormait pas maintenant, il aurait tout le temps dans l'avion.
Il ne portait sur lui que la chemise couleur crème que son époux portait encore quelques heures auparavant et il avait décidé, malgré le froid hivernal, d'aller faire un tour sur la terrasse. Deux ou trois minutes, ça ne peut pas faire de mal… Après j'irai me blottir dans les bras chauds de Yuki… KYAH IL EST TROP BEAU QUAND IL DORT EN PLUS !!! s'exclama intérieurement le musicien en se dandinant comme un fou échappé de l'asile parmi les plantes du balcon. Il se calma très vite pour pouvoir observer tranquillement le ciel étoilé. Aucun nuage, donc il n'y avait pas la réverbération des lumières artificielles de la ville pour gâcher cette vue imprenable sur les astres. Son regard s'était fixé tellement longtemps sur ce splendide spectacle qu'il ne s'était pas rendu compte du temps qu'il avait déjà passé sur la terrasse… C'est-à-dire près un quart d'heure.
T'es cinglé ou quoi ?! s'exclama Yuki, visiblement très en colère, faisant sursauter son petit mari.
Na… Nani ? demanda Shuichi, surpris et confus.
Ca fait combien de temps que tu es là dans le froid ? T'as vu ce que tu portes ? Tu veux attraper la mort ou quoi ? Tu crois que tu vas partir en lune de miel avec moi si t'es malade comme un chien ?
Demo… Je voulais juste regarder le ciel et la ville… C'est tellement beau, répondit Shuichi avec un sourire niais.
Le blond haussa un sourcil dubitatif avant de lâcher :
T'as de la fièvre et tu délires, c'est ça ?
Ie ! Pourquoi tu te sens obligé de ruiner les moments romantique comme ça ? On est seuls, sur cette jolie terrasse, sous les étoiles, avec une vue merveilleuse…
Et quoi ? Tu veux peut-être que je te fasse l'amour ici, par 0 degrés ? rétorqua le blond d'un ton moqueur et cinglant.
Mais non, répondit le chanteur aux cheveux désormais bruns, en se rapprochant de son époux. Je veux juste que tu me prennes dans tes bras et que tu me dises qu'on restera toujours ensemble.
On est mariés, non ? Alors je ne vois vraiment pas pourquoi je te promettrais un truc aussi cucu la praline, répondit froidement l'écrivain en laissant cependant son amoureux se nicher contre lui.
Sentant la fraîcheur de sa peau, il l'enveloppa dans son peignoir avec lui. Ce baka est complètement réfrigéré. Il voulait quoi ? Faire concurrence aux steaks surgelés ? pensa-t-il, néanmoins inquiet.
Ne me dis pas de choses méchantes comme ça. Qu'est-ce q'il y a ? Tu regrettes déjà de m'avoir épousé ?
Nandemo. T'as vraiment que des conneries à balancer, hein ?! Pourquoi faut toujours que tu chiales pour un rien alors que tu as tout pour être heureux ? Tu me voulais et tu m'as maintenant, non ? Je croyais pourtant que dans le serment que je viens de prêter devant mon frère, nos familles et amis et surtout toi, le terme « Jusqu'à ce que la mort vous sépare » était assez clair pour toi.
Shuichi ne répondit rien, se contentant de renifler bruyamment.
Pitié, Shuichi… Dis-moi que tu pleures, supplia presque le blond.
Pourquoi ? Tu prends plaisir à me voir en larmes ? SADIQUE !!! s'énerva Shuichi en s'écartant de Yuki.
Ah… Mais c'est pas ce que je voulais dire… se défendit intérieurement le romancier en resserrant son étreinte.
Mais non, tu sais bien que j'ai horreur de ça… Ce que je voulais dire c'est que je préférais encore que tu pleures un peu et que je te console plutôt que ce soit un reniflement de nez bouché, que tu aies attrapé froid sur ce stupide balcon et que je sois obligé de jouer l'infirmière.
J'adore ça quand tu joues les infirmières… murmura Shuichi de sa voix la plus sexy.
Mais Yuki l'ignora et ajouta :
Si tu me fais rater ce voyage que j'ai tant galéré à organiser, je demande le divorce…
Ni une ni deux, Shuichi se détacha de l'emprise de son cher et tendre pour voler à l'intérieur de la suite, sous la couette bien chaude de leur lit si confortable. Yuki, exaspéré, rentra à son tour en fermant la baie vitrée derrière lui.
Maintenant tu dors, baka ! On a un avion à prendre à 9h35 tout à l'heure (2
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Kuso ! Si tu t'étais pas réveillé en pleine nuit pour ta promenade sur le balcon, on se serait réveillés à l'heure ! râla Yuki, en traînant derrière lui un Shuichi encore à moitié endormi à travers le grand hall de l'aéroport de Kyoto.
Tu peux critiquer Mr « Encore une fois » ! répliqua Shuichi, vraiment pas content que son mari remette complètement la faute de leur retard sur lui.
Après tout, c'est bien Eiri qui a réclamé encore et encore plus de sexe la nuit dernière, pensa le plus jeune de époux Uesugi (3). Six rounds ? Et après ça il est frais comme un gardon ! Faudra qu'il me dise ce qu'il a mis dans son café du matin, ce garnement.
Continue tes insinuations et je ne te touche pas pendant les deux prochaines semaines !
Ok, je dis plus rien, s'empressa de dire le chanteur en se cramponnant amoureusement au bras de son mari.
L'auteur était en tête, la sacoche de son portable en bandoulière, avec dans une main leurs billets d'avion et dans l'autre le poignet de Shuichi qu'il serrait peut-être un peu trop fort. Mais peu importait pour l'instant ; il pourrait toujours s'excuser plus tard dans l'avion simplement vu leur retard, ils ne pouvaient pas se permettre d'être séparés par la foule et de se perdre. Ils venaient de faire enregistrer leurs bagages et se frayait un chemin parmi tout ce monde était un véritable parcours du combattant. Le blond en regrettait presque l'absence ce fou furieux de K et de son artillerie. Dans quel merde s'était-il encore fourré pour l'unique loisir de voir ce magnifique sourire émerveillé sur les lèvres de son petit Shu ?...
L'avion AJ8545, de la compagnie Air Japan, à destination de Milan, Italie, faisant escale à Singapour et Ankara, prévu pour 9h35, embarquement porte 9. Dernier appel pour le vol AJ8545 pour Milan, Italie, porte 9. Merci.
Et merde ! jura le blond entre ses dents en entendant l'annonce.
Il était 9h30 à sa montre et ils n'était qu'à la porte 2. Avec tout ce monde, ils ne pourraient jamais atteindre la porte 9 à temps. Il jeta un coup d'œil anxieux par-dessus son épaule pour apercevoir le visage de son petit mari et ce qu'il vit l'agaça au plus haut point.
J'peux savoir ce qui te fait marrer, baka ? Ca t'éclate qu'on se retrouve à galérer pour ne pas rater notre avion ?
Non, pas du tout…
Alors qu'est-ce que t'as ? Explique avant que je m'énerve, ordonna Yuki tout en continuant d'avancer péniblement dans la masse de monde qui se dressait entre eux et la porte 9.
Bah, je me rends compte que tu es un sacret petit cachottier… Porte 9, destination Italie… C'est super romantique. Même si je ne sais pas grand-chose sur Milan…
Peu importante puisque de toutes façons, Milan n'est pas notre destination finale. Là-bas on devra encore prendre le train, répondit l'écrivain en continuant de bousculer la foule pour passer plus vite.
Mais alors… C'est quoi notre destination finale ?
Peu importe puisqu'on va rater l'avion et qu'on ne verra pas Venise…
…
Avec un sourire satisfait, Yuki regarda l'expression de joyeux ahuri sur le visage de Shu-chan se transformer en une détermination effrayante. Dans cet état-là, le chanteur était capable de tout.
Ve… Ve… Venise ?
Haï, mon Shu-chan… Toi et moi, à Venise, pendant deux semaines, en pleine période du carnaval…
Toi et… Et moi… A Venise… Pendant deux semaines… balbutia-t-il. Grrrrrr !!! KYAH ! DEGAGEZ ! Faites place ! C'est une urgence !!! hurla le jeune homme en fonçant dans la foule comme un boulet de canon, renversant tout et tout le monde sur son passage. On se pousse !!! On se pousse !!! Mon mari et moi, on va à Venise !!! Dégage, la vieille, tu gênes !
Tsss… J'aurais dû y penser plus tôt, marmonna Yuki pour lui-même en se contentant d'enjamber les passants entassés par terre après le passage de l'ouragan Shuichi qui avait étrangement beaucoup ressemblé à un plaqueur de rugby.
C'était pourtant vrai que Shuichi était littéralement capable de soulever des montagnes quand il s'agissait de Yuki, et ça, l'auteur le savait très bien. Finalement, ils parvinrent à atteindre la porte 9 juste au moment où l'hôtesse d'accueil s'apprêtait à annoncer la fin de l'embarquement. Elle prit leurs billets, les valida, et les fit passer dans le SAS qui menait jusqu'à l'avion. Là, ils furent accueilli par une autre hôtesse qui les reconnut aussitôt.
Kami-sama ! Mais vous êtes Yuki Eiri ! J'ai lu tous vos livres ! Et vous, vous êtes Shindo Shuichi ! Kyah ! J'adore votre musique ! J'peux avoir un autographe ?
Fait chier, merde ! J'peux pas être tranquille avec Shuichi juste le temps de deux semaines ? bougonna intérieurement le romancier. Mais Shuichi accéda tranquilou à la requête de la jeune femme pour qui ça semblait être le plus beau jour de sa vie.
Arigatogosaimasu, remercia l'hôtesse avec un sourire tout content.
Puis, avec un regard presque suppliant, elle se tourna vers l'auteur.
Allez, Yuki, donne-lui un autographe… lui dit gentiment Shuichi.
Oh, oui ! Onegaïshimasu, Yuki-sama. Je vous promet que personne ne saura que vous êtes dans cet avion, approuva la demoiselle.
Hmmph, bon ok. Mais que personne ne sache qu'on est dans l'avion et qu'il n'arrive pas aux oreilles de la presse où Shuichi et moi sommes partis.
Je vous jure de me taire ! Motus et bouche cousue, promis.
Agacé mais n'ayant pas vraiment le choix, le romancier prit négligemment le carnet tendu par l'hôtesse et y scribouilla les kanjis de son nom de plume. Une fan satisfaite était toujours un plaisir pour Shuichi, mais pour Yuki, c'était plutôt une épine qu'on lui ôtait du pied. Ainsi, aussitôt libéré de sa corvée, le blond saisit le poignet de son époux et l'entraîna en direction des premières classes. Là, ils tendirent leurs billets au steward qui regarda sur la liste des passagers. Il les guida jusqu'à leurs sièges qui étaient…
Séparés ? J'ai jamais réservé des sièges séparés, gronda Yuki, visiblement très, très en colère.
Shuichi avait été très déçu de voir qu'il ne serait pas assis à côté de son chéri pendant toute la longue durée du vol. Il savait bien que ce n'était pas de la faute d'Eiri ; celui-ci ne se serait certainement pas pris la tête à faire des réservations pour deux semaines à Venise en amoureux pour finalement se retrouver avec leurs places séparées. Après tout, lui aussi voulait être avec Shuichi pendant leur lune de miel, le chanteur le savait.
Bah… C'est pas grave, Yuki. On peut s'asseoir séparément. Regarde, y'a que le couloir qui nous sépare.
Hors de questions, rétorqua l'écrivain, énervé.
Décidément, entre notre retard pour l'avion, l'hôtesse et ses autographes et maintenant le problème des places, j'ai l'impression que le destin se ligue contre nous, pensa le blond en se passant une main dans les cheveux.
Ecoutez messieurs, je suis sincèrement désolé. Etant donné que tous les passagers sont déjà installés, je ne peux pas les faire se déplacer. Si vous tenez vraiment à être côte à côte, vous devrez aller en classe affaire, expliqua le steward.
Shuichi leva vers Yuki un regard interrogateur. Et le blond lui dit froidement :
Quoi ?
Euh… Bien, si tu veux en avoir pour ton argent… Je te l'ai dit, c'est pas grave si on ne s'assoit pas ensemble.
C'est notre lune de miel, oui ou non ? Voyant son petit Shu acquiescer fébrilement d'un hochement de tête, Yuki ajouta : Dans ce cas on va en classe affaire.
Dans ce cas, suivez-moi, messieurs, dit alors le steward, visiblement un peu confus depuis qu'il avait entendu les mots « lune de miel » mais tout aussi désolé pour le couple.
Il leur indiqua une banquette de trois place, toutes libres, côté hublot. Au moins on est pas dans la rangée du milieu… se consola intérieurement le musicien en prenant place près de la petite fenêtre comme un enfant.
Puisque vous n'avez pas pu obtenir de place côte à côte en première classe, le moins que je puisse faire c'est de m'arranger sur le listing du vol pour que personne ne vienne s'asseoir sur le troisième siège lors de nos escales. Encore une fois, je vous présente mes excuses, dit le steward, se sentant visiblement sincèrement désolé.
Merci, c'est très gentil ! s'exclama joyeusement Shuichi, à côté duquel Eiri venait de s'asseoir.
Bien, si vous vouliez boucler vos ceintures, nous allons décoller dans quelques instants…
Là-dessus, l'homme les quitta pour s'occuper d'autres passagers. Yuki poussa un petit soupir agacé qui n'échappa pas à son jeune mari.
Faut pas t'énerver, mon cœur… C'est rien… On est à côté maintenant, non ? Qu'est-ce que tu veux de plus ? demanda-t-il en se blottissant contre son romancier adoré.
Mais celui-ci ne répondit rien et ferma les yeux. Préférant ne pas insister, Shuichi posa sa tête contre la poitrine de Yuki et se détendit doucement en entendant le battement régulier de son cœur.
Mesdames et Messieurs, le capitaine et son équipage vous souhaitent la bienvenue sur la compagnie Air Japan, vol AJ8545, à destination de Milan faisant des escales d'approximativement deux heures à Singapour et à Ankara. Les hôtesses et les stewards sont à votre disposition, ils vont d'ailleurs vous expliquer ultérieurement les consignes de sécurité. Etant donné que nous nous apprêtons à décoller, je vous prierai de bien vouloir boucler vos ceintures. En vous souhaitant un agréable voyage en notre compagnie…
En entendant l'annonce du décollage imminent, Yuki n'avait pas pu réprimer une grimace. Heureusement, Shuichi n'avait rien vu… Le jeune écrivain détestait prendre l'avion. Pour être honnête, il en avait une peur bleue ; c'en était presque viscéral. Mais il n'était pas du genre à se morfondre alors il s'efforçait, chaque fois qu'il lui était nécessaire de prendre l'avion, de ne pas montrer son malaise. Il montait à bord sans rechigner et personne, pas même Seguchi qui se vantait si souvent de connaître Eiri comme s'il l'avait fait, ne se doutait de ce secret si bien caché. Résultat, le blond se contentait généralement du train ou de la voiture pour ce qui était des déplacement sur le territoire nationale. Même en tournée de présentation pour ses livres, quand il devait passer d'une île à l'autre, il prenait le ferries… Mais le Japon étant une île, les choses se compliquaient toujours quand il s'agissait de quitter le pays.
Lorsque les moteurs de l'Airbus (4) se mettirent en marche, vrombissant par leur puissance et firent très légèrement vibrer la carlingue de l'appareil, le cœur de Yuki se mit involontairement à battre la chamade. Mais son expression impassible et ses yeux clos ne trahissaient aucune espèce de crainte. C'était cependant sans compter sur le chanteur qui avait toujours une oreille plaquée contre le buste de son mari et se rendit aussitôt compte que quelque chose n'allait pas à en juger par le rythme effréné auquel battait son cœur. Shuichi releva donc la tête et c'est à ce mouvement que le blond réalisa que le jeune homme devait avoir tout remarqué.
Eiri-chan ? Quelque chose ne va pas ? s'enquit-il, visiblement très inquiet.
J'vais bien, répondit ledit Eiri-chan, plus sèchement qu'il ne le voulait, les yeux toujours fermés et cette apparente sérénité toujours affichée sur ses traits divins.
Il passa sa main dans les cheveux de Shuichi pour l'attirer de nouveau contre lui. Sa présence le rassurait considérablement, même s'il était hors de question qu'il en dise quoi que ce soit à ce dernier.
Eiri, tu n'aurais pas peur en avion par hasard ? tenta tout bas le musicien.
Tais-toi.
Mais c'est pas grave d'avoir peur, tu sais. Je ne te demande pas de le crier sur les toits, mais je suis ton mari maintenant, alors tu peux me le dire, je ne me moquerai pas… lui murmura Shuichi de sorte qu'il soit le seul à pouvoir entendre. J'ai peur des orages et des tempêtes, moi. Mais tu étais là, avec moi, cet hiver. Alors je n'avais plus peur. Maintenant, c'est mon tour d'être là pour toi.
J'vais bien, j'te dis, lui souffla le romancier qui garda le silence un moment avant d'ajouter : C'est juste pour l'atterrissage et le décollage que c'est dur, ça va passer.
Il sentit Shuichi sourire contre son torse. Celui-ci passa un bras autour de sa taille, resserrant leur étreinte, comme pour le rassurer. Puis il se redressa pour lui susurrer à l'oreille :
Si on n'était pas obligés de rester assis avec les ceintures de sécurité pendant le décollage et l'atterrissage, je t'aurais volontiers proposé de m'accompagner aux toilettes pour te faire oublier qu'on est dans un avion…
Yuki ne put réprimer un sourire amusé. Lorsqu'il ouvrit un œil, il aperçut l'expression lubrique sur le doux visage de son amant ainsi que de la pure luxure dans son regard améthyste. Puis, sans crier gare, le jeune homme vint lui léchouiller le lobe de l'oreille.
…
Telle fut la réponse de Yuki qui dû mener une véritable lutte intérieure pour se retenir de hurler des injures en envoyant valdinguer son cher et tendre à l'autre bout de l'appareil pour ce qu'il venait de faire. Mais il garda le silence, rougissant furieusement, les yeux écarquillés de surprises.
Pas besoin d'aller aux toilettes pour se divertir, lui murmura Shuichi avec une sensualité à laquelle l'auteur eut toutes les difficultés du monde à résister. Si tu te détends un peu, mais pas trop, tu pourrais adorer mes léchouilles…
Yuki ne répondit rien, se contentant de refermer les yeux. Alors Shuichi, en s'appuyant sur les accoudoirs, atteignit son cou, qu'il commença à embrasser discrètement pour ne pas trop attirer l'attention sur eux. Puis les baisers se transformèrent en léchouilles et en mordillements, mais très vite, l'écrivain dû de nouveau se contenir pour ne pas lâcher des gémissements de plaisir lorsqu'il sentit son époux commencer à lui faire un bon gros suçon, son souffle chaud et humide contre la peau de sa nuque lui donnant des frissons. Si maintenant son cœur battait comme un fou, ce n'était plus par la peur mais par l'excitation. Il avait carrément oublié qu'il était dans un avion et la seule idée qui trônait royalement au centre de son esprit, c'était « les toilettes avec Shu-chan pendant 15 minutes ! ». Finalement, le chanteur stoppa progressivement son activité, quittant son cou marqué avec un dernier baiser papillon.
Alors ? s'enquit le jeune homme aux cheveux châtains en s'écartant de son chéri.
Alors quoi ? demanda l'écrivain en ouvrant les yeux, haussant un sourcil d'un air interrogateur.
C'est bien ce que je pensais… T'as rien senti…
De quoi tu parles ?
Du décollage. Ca fait dix bonnes minutes qu'on est dans les airs, mon amour.
Le visage déjà blanc comme crème de Yuki devint livide et son cœur manqua un battement. Un coup d'œil au hublot derrière Shuichi lui montrait que, en effet, ils flottaient tranquillement à plusieurs mètres d'altitude. Alors que le blond s'apprêtait à dire quelque chose, il fut interrompu par le passage d'un autre steward, plus jeune que le premier.
Vous désirez quelque chose messieurs ?
Une bière, commanda Yuki.
Et moi un soda à l'orange s'il vous plait, demanda poliment Shuichi.
Le jeune homme leur tendit leurs boissons. Mais l'écrivain remarqua aisément l'attitude du steward vis-à-vis de Shuichi : alors qu'il lui avait tendu sa bière avec un sourire Freedent tout ce qu'il y a de commercial, il avait gratifié son mari d'une œillade séductrice. A l'évidence, il n'avait reconnu aucun d'entre eux et ne les avaient pas vu, quelques instants plus tôt, se livrer à quelques papouilles amoureuses. Ce doit être un étranger, pensa Eiri en remarquant les traits caucasiens de jeune homme. Quoi qu'il en soit, aussitôt que celui-ci fut passé au rang de derrière, Yuki siffla :
Tsss… Baka !
Il ouvrit sa bière et en avalant une longue gorgée tandis que Shuichi, l'innocence incarnée, commençait à le sermonner quant à son attitude vis-à-vis du pauvre steward.
Yuki ! Il n'a rien fait de mal ! Tu pourrais te montrer poli pour une fois, ça te tuerait pas !
Toi aussi t'es une andouille si t'as pas remarqué son petit manège. De toutes façons tu ne vois jamais rien alors j'en ai marre de te lire les sous-titres d'une scène dans laquelle tu es le principal centre d'intérêt.
C'est méchant ce que tu me dis, Eiri. Je sais bien que je suis pas une lumière, parfois même que je suis vraiment stupide, mais c'est pas une raison pour me faire sentir que je te suis bien inférieur, dit fermement Shuichi même si on pouvait plus qu'aisément déceler la douleur et la tristesse dans sa voix et dans ses grands yeux déjà humides de larmes.
Shu, reprit plus doucement le romancier en passant une main sur la joue de l'artiste, ce mec te draguait ouvertement.
Yuki, tu es juste jaloux. Tu es toujours jaloux des gens qui me font le moindre petit sourire. Si j'osais, je penserais même que tu es jaloux de Hiro. Mais ce steward s'est contenté de se montrer plus chaleureux avec moi qu'avec toi parce que tu n'as pas été très respectueux en lui demandant une bière, tenta d'expliquer le jeune homme, fermement convaincu de l'innocence de ce mec qui avait derrière la tête des idées plus que malsaines.
Néanmoins, Yuki ne put s'empêcher de grogner intérieurement ; en réalité, jusqu'à ce que Hiro se mette à sortir avec Ayaka, il était en effet très jaloux de ce dernier. Mais maintenant que le guitariste était avec Miri, il n'avait plus grand-chose à craindre. Sachant que sa cousine était au moins aussi jalouse et possessive que lui, même si Hiro avait vraiment eu un jour le moindre intérêt pour Shuichi qui allait au-delà de leur amitié, ça allait lui passait. Miri n'était vraiment pas le genre de fille fade qui nous donner le temps de penser à quelqu'un d'autre qu'à elle.
Tu ne le remarques jamais parce que tu ne vois toujours que moi, et j'en suis conscient. Mais moi je le vois bien. Parce que tu es beau, même très sexy et que tu es à moi ; je dois garder un œil sur toi à longueur de temps parce que tu es incapable de te rendre compte des choses. Seulement je suis loin d'être le seul à te trouver mignon. Alors je me suis habitué à ce que tes fans se jettent sur toi et te fassent des déclarations enflammées. Mais je déteste qu'on te drague aussi ouvertement juste sous mon nez, répondit-il.
Shuichi ne répondit rien, se contentant se siroter son soda. Eiri faisait de même avec sa bière, tout en jeter de petits regards en biais en direction du démoniaque steward qui ne semblait pas au fait de l'actualité nippone : pourtant, ça faisait un bail que leur relation était devenue une affaire publique, et malgré tout, encore maintenant ils continuaient de faire la Une des magazines… Alors qu'il s'apprêtait à avaler une nouvelle gorgée de sa boisson alcoolisée, le blond reçut un puissant coup dans le dossier de son siège. Résultat, de la bière lui était tombé sur sa chemise qui, quelques instants plus tôt, était encore d'un blanc immaculé.
Kuso ! grogna-t-il en s'affairant à nettoyer les quelques gouttes de bières, avec une serviette en papier, avant qu'elles ne pénètrent le tissu et y laissent des tâches.
Shuichi, en épouse dévouée, lui donna un rapide coup de main. En moins d'une minute, les dégâts avaient été réparés. Maintenant restait à régler son compte au passager derrière lui. Aussi se retourna-t-il pour voir le visage du coupable. A sa grande surprise, c'était des enfants, du moins un ado de 15 ou 16 ans et sa petite sœur, qui était derrière Shuichi, âgée d'environ 10 ans.
Evite de donner des coups dans le dossier de mon siège, s'il te plait, gronda-t-il d'une voix qui laissait entendre son agacement.
Bien, m'sieur ! ricana le sale gamin alors que sa petite sœur jouait sagement à la poupée.
Yuki se retourna vers Shuichi qui posait sa canette désormais vide sur la tablette devant lui. C'est alors qu'il remarqua une marque sur son poignet droit.
Gomenasai, dit-il en prenant la main de Shuichi pour pouvoir mieux observer l'ecchymose. Je t'ai serré un peu trop fort tout à l'heure.
Nah… C'est rien, ça ne me fait même pas mal. Et puis, c'était pas volontaire : tu avais peur de me perdre dans la foule, répondit Shuichi avec une sourire radieux.
Le cœur de Eiri se serra et il esquissa un petit sourire. Non seulement Shuichi était un ange de compassion et d'amour, mais en plus il devinait de mieux en mieux ses intentions. Et visiblement, il était touché de constater que l'écrivain avait redouté de le perdre. Yuki se pencha pour déposer sur ses lèvres un baiser furtif mais c'est à ce moment précis qu'un nouveau coup, cette fois plus violet, bouscula son siège. Certes ils étaient très solides et renforcés, mais on sentait tout de même les coups… Voyant la colère se dessiner sur les traits de son époux, Shuichi le devança en se tournant lui-même vers l'adolescent derrière eux.
C'est très ennuyeux de se prendre des coups dans le dos, alors si tu voulais bien arrêter, ce serait gentil, demanda-t-il avec une douceur qui eu le don d'agacer davantage le blond.
Désolé, c'est mon pied qui a dérapé, prétexta le gamin en feignant l'innocence.
Mais pour une fois, Shuichi n'était pas dupe. Il avait déjà trop souvent eu à faire face à ce genre de p'tits crétins quand il était au collège et au lycée pour se laisser berner. Mais en pacifiste qu'il était, il préférait de loin régler cette histoire gentiment que de laisser à Yuki le temps de perdre son sang froid. Il l'entendit vaguement bougonner :
Kuso no ko. C'est mon poing qui va déraper pour directement atterrir sur le sommet de ton crâne.
Mais les deux enfants semblaient ne rien avoir entendu et ce n'était pas plus mal.
Hmmm… Ou sont vos parents ? demanda Shuichi.
C'est pas tes oignons ! répliqua agressivement le garçon, faisant sursauter la fillette à ses côtés.
Demo… J'aimerai bien leur parler… intervint le chanteur à qui il en fallait plus pour le déstabiliser.
Niveau agressivité, froideur et méchanceté, il était immunisé grâce à son chéri. Cet ado était loin d'arriver à la cheville du grand Yuki Eiri en termes de manque de savoir-vivre. Cependant, ce qu'il acceptait de l'homme qu'il aimait, il ne le tolèrerait pas longtemps d'un ado écervelé qui voulait se la jouer et qui, surtout, était son cadet.
Ils sont à Singapour. On va les rejoindre, répondit doucement la fillette avec un sourire chaleureux.
Baka ! Pourquoi tu leur as dit ? s'énerva le garçon.
Hé ! Parle mieux à ta petite sœur, toi ! commanda autoritairement le musicien, ses grands yeux violets brillant d'un éclat que Yuki ne lui connaissait que rarement.
T'es pas mon père ! T'es même plus jeune que moi ! Alors me donne pas d'ordre et occupe toi de ton propre frère !
Pour ta gouverne j'ai bientôt 21 ans, alors Mr « 15 piges à peine révolues », tu dois apprendre à respecter tes aînés. D'autres part, il n'est pas mon frère mais mon mari. Et troisièmement, ta petite sœur mérite du respect de ta part, d'autant plus que contrairement à toi, elle sait être polie. Maintenant, tu vas arrêter de donner des coups dans le siège d'Eiri ou tu vas finir par me mettre très en colère !
Le blond avait déjà eu l'occasion de voir son petit Shu dans un tel état… Cette détermination et cette force de caractère lui était vraiment propre : autant il était tendre et innocent avec tous, même ceux qui lui voulaient du mal… Autant il pouvait se mettre en « mode sérieux » un peu comme Sakuma. En tous cas, Yuki était toujours ravi de voir que c'était à chaque fois pour lui que Shuichi agissait de cette façon. La gamin derrière, quant à lui, semblait carrément figé par la peur et la surprise. Il était clair qu'il s'était complètement fié à l'allure de joyeux benêt du chanteur et était maintenant pris de court par cet aspect rarement dévoilé de sa personnalité.
Shuichi, arrête de le regarder comme ça ; il va finir traumatisé, ricana le romancier.
Nani ?! s'exclama l'ado, sortant de sa torpeur. Shuichi ? Comme Shindo Shuichi ?
Non, c'est pas lui ! s'empressa de répondre le blond, devançant le musicien qui aurait sans doutes vendu la mèche.
Il tira à lui son époux pour l'obliger à se rasseoir avant que le sale gamin derrière eux ait eu le temps de poser d'autres questions qui nuiraient à leur tranquillité et risqueraient en plus de ça d'attirer l'attention des autres passagers sur eux.
Nah, Yuki ! Pourquoi tu as fais ça ?
Parce que je veux être tranquille pour une fois ! C'est pas trop demander que je sache ?!
Si c'est pour que tu sois de mauvaise humeur comme ça pendant tout le voyage, autant rentrer tout de suite à Tokyo, répliqua Shuichi, de plus en plus agacé par le comportement de son blondinet de mari.
Me fait pas regretter de…
Mais Yuki n'eut pas le temps de finir sa phrase que déjà le chanteur s'était levé pour s'éloigner comme une furie. Génial ! Maintenant il fait la tronche. Pourquoi il refuse de comprendre que tout ce que je veux c'est passer un peu de temps rien qu'avec lui sans être dérangé par qui que ce soit. Tsss… Et moi ? Pourquoi il a fallu que je dise quelque chose d'aussi stupide ? Il a bien fait de m'interrompre avant que je ne dise quelque chose que je ne regrette vraiment ! Etant donné que le signal lumineux, annonçant le port obligatoire des ceintures, était éteint, Eiri se leva pour rejoindre son petit Shu qui était parti en direction de l'arrière de l'appareil, aux niveau des strapontins réservés aux hôtesses et aux stewards. Lorsqu'il y arriva, il trouva les rideaux tirés et entendit de l'autre côté une voix masculine murmurer :
Ne pleurez pas…
C'est de ma faute… gémit Shuichi. Je n'arrête pas de le mettre en colère…
Qui ? L'homme qui vous accompagne ? Bah, n'y faites pas attention. S'il ne comprend pas qu'il vous a fait de la peine, c'est qu'il ne se rend pas compte de la chance qu'il a d'avoir un ami comme vous. Ne vous mettez pas dans tous vos états pour quelqu'un qui peut vous dire autant de méchancetés…
C'est vrai qu'il est froid… approuva le jeune homme que Yuki aimait tant. Mais je sais qu'il ne pense pas ce qu'il dit. Plus maintenant. Et même si ça fait mal, je n'arrive pas à lui en vouloir.
Pourtant vous devriez.
C'est vrai qu'il devrait, approuva Eiri et écartant le rideau pour se montrer aux yeux de Shu-chan et du démoniaque steward. Parce que moi, je m'en veux.
Yuki ! s'exclama le garçon aux cheveux anciennement roses. Tu es venu !
Evidemment, baka ! J'suis désolé pour ce que je t'ai dit. Je ne regrette rien du tout. Et quand je disais que je voulais être tranquille, je parlais d'être tranquille avec toi.
Aussitôt, Shuichi se leva d'un bond du strapontin sur lequel il se morfondait quelques secondes auparavant. Il s'agrippa au cou de l'écrivain et l'embrassa amoureusement, sous le regard jaloux et même agacé du steward.
Allez, retourne à ta place, j'arrive, ordonna gentiment le blond en déposant un bref baiser sur la joue du jeune homme.
Nani ? Tu ne viens pas t'asseoir ?
Je veux une autre bière…
Ok.
Et là-dessus, le musicien s'en alla en gambadant presque. Aussitôt seuls, le romancier et le steward se toisèrent. Puis le premier saisit le second par le poignet, l'obligeant à se lever.
Si tu continues à tourner autour de MON mec, je te fourre tes minis bouteilles de whisky dans le cul. Ca pourrait t'ouvrir un peu plus à l'idée de ne pas me mettre en colère en foutant la merde entre mon mari et moi ; ça nuirait gravement à ta santé.
Et sans un mot de plus, il laissa un le pauvre steward complètement terrorisé à l'idée du châtiment des bouteilles… Lorsque Eiri rejoignit son époux, celui-ci lui lança un regard avec ses puppy eyes auxquels rares étaient les personnes qui résistait sachant que Yuki était toujours le premier à céder.
Mon amoooouuuurrrr… bava-t-il en venant se frotter à lui tel un bon toutou affectueux.
Il ne lui manquait plus que le cosplay. Mais Yuki lui avait interdit d'emmener ces costumes stupides, exception faites de la tenue d'écolière bien sûr.
Et ta bière ?
Nani ?
Tu voulais une autre bière, non ?
Hmmm… Je voulais me faire un whisky finalement, mais je me suis dis que si je buvais, je ne pourrais pas tenir jusqu'à l'hôtel.
L'hôtel ?
L'hôtel… répondit-il avec un petit sourire en coin que Shuichi connaissait bien.
Le chanteur se mit à rougir et Eiri l'embrassa. Aussitôt, le jeune musicien le sentit s'effondrer de tout son poids sur lui.
Yu-Yuki ? YUKI ! Aaargh ! Il s'est encore endormi ! Et après, il dit que c'est moi le moins endurant… 6 rounds et il est crevé ! Tu te fais vieux mon doudou…
Urusai, baka ! marmonna le blond d'une voix ensommeillée en assénant un coup de poing sur le crâne de Shu.
Celui gémit en bougonnant, faisant mine d'être fâché. Mais Shuichi étant le garçon adorable, serviable et amoureux qu'il est, il demanda à une hôtesse un oreiller et une couverture et installa confortablement son chéri, l'allongeant sur deux des trois sièges qu'ils avaient à disposition et le laissant reposer sa tête sur ses genoux. Eiri était déjà plongé dans un profond sommeil réparateur sous le regard attendri de son jeune époux qui caressait avec affection ses mèches blondes.
T'es trop beau quand tu dors… souffla Shuichi pour lui-même. J'aimerai bien savoir de quoi tu rêves, mais je sais bien que tu ne me le dirais jamais, ou bien tu me dirais que tu as oublié… Peu importe, du moment que tu te repose un peu. Tu en auras besoin…
Shuichi se pencha sur son mari et déposa un baiser ses lèvres avant de sourire, penchant la tête en arrière pour commencer une petite sieste lui aussi. Tu es bien plus humain que tu ne veux le laisser paraître… Tu es même plus humain que certaines personnes qui prétendent l'être. J'ai hâte de te voir en papa…
Ndla : (1) Tout frétillants les orteils comme le poisson. Euh… Nah rien… Faites comme si j'avais rien dit. Ce sont les résidus de ma mémoire (je connais quasiment par cœur les trois films de la trilogie de l'anneau…Oo). (2) Notez qu'il est environ 4h30 du matin au moment où Yuki prononce ces mots donc il leur reste vraiment peu de temps pour se reposer un peu avant leur départ. (3) Ca sonne vachement bien, vous ne trouvez pas ? (4) Bah oui, pourquoi on devrait toujours mettre les Boeing en avant dans les histoires ? Avec Airbus, les petits européens se débrouillent pas mal. Vive Toulouse et leur génie aéronautique !!!
Notes : J'ai pu constater en relisant les derniers chapitres que je m'étais un peu éloigné de l'esprit super comique qui caractérisait « Ze veux un bébé ! » alors j'ai essayé de rattraper le coup dans ce chapitre… D'où le délire du « missile Shuichi » au départ de Kyoto, mdr. Dites-moi ce que vous en avez pensé dans une chtite REVIEW !!! ;p
Ja ne' !
Lexique :
Onegaï (shimasu) : S'il te plait (avec shimasu ça fait moins familier).
Nani : Hein ? Quoi ?
Nandemo : N'importe quoi.
Kuso : Merde.
Haï : Oui.
Kami-sama : Seigneur Dieu.
Arigatogosaimasu : Merci beaucoup.
Baka : Andouille, crétin, abruti, idiot.
Gomenasai : Excuse-moi. Je suis désolé.
Kuso no ko : Sale gamin. Saloperie de marmot.
Urusai : La ferme ! Ta gueule ! Tais-toi !
