La
journée du mercredi ne fut pas différente des précédentes pour
les habitants du square. Isolés du reste du monde, ils se
concentraient avant tout sur l'apprentissage de la magie. Une fois
le premier déclic survenu, les progrès de chacun semblaient
fulgurants. Le plus dur avait sans aucun doute été de comprendre le
concept d'ondes et de fréquences différentes. Mais ensuite, les
principes à appliquer ne différaient pas de ce qu'ils avaient
toujours connu.
A Poudlard, les élèves furent convoqués dès
leur réveil dans la grande salle. La Directrice leur annonça que
leurs parents venaient d'être informés de la fermeture de
l'école. Les cours étaient désormais suspendus.
« Chers
élèves
L'annonce que je viens formuler aujourd'hui devant
vous ne doit pas être une véritable surprise. Personne n'ignore
que le monde sorcier traverse la période la plus noire de toute son
existence. Nous avons à présent deux ennemis à affronter et les
esprits s'échauffent. Nous ne pouvons plus assurer votre sécurité,
même à Poudlard. Après de maintes réflexions, nous avons décidé
de fermer l'école et de vous renvoyer auprès de vos familles.
Personne n'est à l'abri désormais.
Elle marqua une pause, comme si la phrase qui suivait était trop lourde à soulever afin que tous puissent l'entendre.
Nous sommes en guerre.
Dans la salle, personne ne parlait, aucun chahut, aucun murmure. Tous comprenaient la gravité du moment et l'ensemble des étudiants se suspendait à ses lèvres.
Vous allez devoir choisir votre camp. J'aimerais toutefois attirer votre attention sur un point très important. Pensez par vous-même. Vous n'avez plus le luxe de vous comporter comme les enfants que vous êtes. Alors je vous en prie, réfléchissez longuement à la situation, à ce que va être le monde si tel ou tel parti gagne. Car oui ! Nous en sommes là. Un des partis va l'emporter, alors interrogez votre cœur, ne cherchez pas à raisonner selon ce que l'on vous a appris. Cherchez plutôt au plus profond de vous même quelle est la cause que vous avez envie de défendre.
Nous vous laissons jusqu'à demain matin 8 heures, heure à laquelle le Poudlard Express vous ramènera parmi les vôtres. Aujourd'hui, le temps est à la réflexion. Préparez vos affaires, faites vos bagages et demandez-vous quel monde vous désirez pour vous, pour votre famille. Sachez que rien n'est impossible et que ceux qui veulent de l'aide la trouveront toujours à Poudlard. Mon bureau vous est entièrement ouvert.
Maintenant chers élèves, retournez dans vos dortoirs et préparez-vous aux temps qui arrivent. Soyez forts, courageux et que cette journée de réflexion vous soit profitable ».
Lorsqu'elle quitta la salle pour aller rejoindre son bureau, Minerva laissa un calme inquiétant et inédit dans la grande salle, d'habitude si pleine de vie.
Au square, tous avançaient rapidement. En une demie-journée, tout semblait prendre place, se cadrer dans de nouvelles normes. Les pièces du puzzle s'imbriquaient rapidement les unes dans les autres, formant un tableau de plus en plus harmonieux. Ho évidemment, Ron en voulait à Hermione du mauvais tour qu'elle lui avait joué la veille mais, après tout, ça n'était pas bien méchant et puis… la voir de nouveau rire avec cette pointe de malice dans les yeux n'avait pas de prix.
Mais quoi qu'il en soit, tous se focalisaient sur
leurs objectifs. Avec l'annonce faite à Poudlard, ils
s'attendaient à voir déferler les foudres de Voldemort d'ici
quelques jours. Le pousser à agir précipitamment était leur seule
défense. Il semblait trop prendre son temps, lui laisser
l'opportunité de rassembler ses forces et même de puiser dans le
collectif n'aboutirait qu'à leur propre perte.
Et puis
comment faire face à ce peuple si terrifiant des Morgoles si les
sorciers eux-mêmes étaient en guerre ?
Au repas du soir, les esprits s'enflammèrent. Tous les progrès faits dans la journée étaient plus qu'encourageants, mais l'avenir terrifiant qui les attendait les rattachait basiquement au sol. Les humeurs passaient du très haut au très bas en fonction des remarques de chacun et tous semblaient un peu perdus. Mais les membres du square s'accordaient au moins sur un point : l'odeur se dégageant du ragoût de potiron de Madame Weasley ainsi que du gratin de pates imposait une pause bien méritée. Mourir de faim avant la grande guerre ne serait d'aucune utilité ! L'entraînement était absolument épuisant et leurs estomacs criaient famine. Mais lorsque la cuisinière empoigna le plat de ragoût pour l'amener sur la table, l'arrivée en trombe de la directrice la fit sursauter et le plat finit dramatiquement sur le sol.
-Merlin Minerva vous m'avez fait une de ces peurs ! s'écria-t-elle, attendant une justification pour cette arrivée peu orthodoxe…
La Directrice semblait défaite. Elle restait figée là, au milieu de la pièce sans faire le moindre mouvement ou dire un seul mot, les yeux fixés dans le vague. L'assemblée entière se suspendait à sa respiration elle-même désorganisée. Peu à peu, sans prononcer un mot, la peur, puis la terreur les gagna tous. Molly ne chercha même pas à ramasser le ragoût qui dégoulinait entre les pieds de chaises et se précipita vers elle pour la prendre par les épaules :
-Minerva ! Qu'y a-t-il ? Calmez-vous, vous êtes en sécurité. Respirez.
A ces mots, la Directrice releva les
yeux pour fixer Hermione qui sentit une vague de frissons la
parcourir.
-Expliquez-nous… calmement ! Sa voix se faisait
implorante, l'état psychique de la directrice n'était pas
seulement inquiétant, mais porteur de la marque des ténèbres les
plus abyssales.
-Ils… ils sont tous…
Plus personne ne respirait, suivant la bouche ouverte le cours de ses divagations.
-
Merlin nous sommes perdus ! expira-t-elle.
- Mais quoi enfin ?
s'énerva Harry, persuadé d'y voir la marque de Voldemort, alors
que Molly conduisait la directrice autour de la table pour qu'elle
s'assoie.
-Les Morgoles ! Ils ont envahi l'école si
rapidement que je n'ai même pas senti leur présence comme la
première fois. Ils étaient là. Et… ils ont enlevé tout le
monde.
-Quoi ? s'écrièrent ensemble tous les membres
présents.
Elle releva les yeux pour faire face à leurs
interrogations :
-Ils ont enlevé toutes les personnes présentes
à Poudlard, filles, garçons, professeurs, elfes, tout le monde.
Poudlard est un royaume fantôme désormais.
-Mais… mais c'est
impossible ! s'emporta Hermione, pourquoi auraient-ils fait une
telle chose ? A quoi tout cela peut bien leur servir ? C'est…
-Oui Minerva, comment se fait-il qu'ils aient porté une telle
attaque ? Et pourquoi êtes-vous là ? se soucia Rémus. Et…
-Je
suis porteuse d'un message, le coupa la femme dont le poids des
années accablait ses épaules autrefois si stables. Voilà pourquoi
je suis en vie, et la seule rescapée de cette attaque. Tous les
membres disparus de Poudlard retrouveront leur liberté…
enchaîna-t-elle de peur de ne pouvoir continuer si elle attendait
trop… si… Miss Granger se livre à eux avant demain midi.
-Quoi
? Mais c'est une blague ? s'emporta Drago avant qu'un brouhaha
général n'envahisse la pièce.
Hermione, plongée dans ses pensées, ne prononçait pas un seul mot alors que tout le monde autour d'elle s'emportait sans même lui prêter attention. Les arguments fusaient dans tous les sens, mais il fallait admettre qu'aucun n'était véritablement pertinent. Comment justifier la vie d'une personne face à celle de centaines d'innocents ? Et Hermione le savait bien, elle fit très rapidement le calcul. Pourtant tous, sans aucune exception, s'emportait en abondant dans le même sens. La jeune femme ne pouvait se sacrifier et ils s'en prenaient à la pauvre directrice littéralement défaite, comme si elle avait argumenté pour livrer la Gryffondor, ce qui était faux !
Drago et Ron semblaient les meilleurs amis du monde, déterminés à ne pas céder à ces monstres, surenchérissant à chaque phrase de l'autre pour lui donner plus de poids et aller en son sens. C'est alors que la principale intéressée décida de réagir !
-Je suis obligée d'y aller…
Hermione n'avait pourtant pas prononcé ces mots très fort, mais ils eurent un impact démesuré, toutes les conversation et les hurlement s'interrompirent pour lui laisser place.
-C'est hors de question Hermione ! Je ne te laisserai pas y aller, n'y pense même pas !
La jeune femme dévisagea Drago avec insistance comme s'il venait de proférer un blasphème. Elle ne prit même pas la peine de répondre, le regard aussi explicite que n'importe quel discours argumenté de trois heures. Il était clair que son amant venait de dépasser les prérogatives permises par leur relation.
-Je sais, le choix t'appartient, rectifia-t-il, mais te
livrer ne les ramènera pas, ce serait un sacrifice totalement
inutile.
-Il n'a pas tort, intervient Rémus. Les Morgoles sont
dénués de toute compassion, ils ont de nouveaux esclaves, ils ne
les rendront pas. Tu ne peux rien faire pour changer ceci Hermione,
mais nous devons revoir nos plans, il faut te mettre en sécurité
déjà, ensuite nous pourrons…
-Ca suffit ! Stop !
asséna-t-elle pour couvrir les voix tout en se levant. Je ne veux
plus rien entendre, rien ! Vous savez tous très bien que nous
n'avons aucun choix ! AUCUN j'ai dit ! cria-t-elle un peu plus
fort alors que plusieurs commençaient à ouvrir la bouche. Que vaut
ma vie contre celle de centaines de personnes hein ? Qui suis-je pour
condamner tous ces gens. Et si vous me connaissiez si bien, vous
sauriez parfaitement que désormais ma vie est terminée. Comment
osez-vous insinuer que je pourrais vivre avec ce poids sur la
conscience ?
-Hermione tu sais bien que…
-Tais-toi Ron !
Vous ne connaissez pas les Morgoles comme Drago et moi les
connaissons ! Ils ne peuvent garder un nombre trop important
d'esclaves et encore moins leur injecter le Nymphomins . Ils
n'auraient donc aucun intérêt à les garder une fois que je me
serais livrée. En revanche, si je ne cède pas à leurs exigences,
je crains pour la vie de toutes ces personnes. Le roi est coléreux,
capricieux et cruel. Vous avez entendu ce qu'il a fait à Luna ? Et
je ne parle pas de tout ce à quoi Drago et moi avons assisté. Je ne
peux pas être responsable de ceci.
Les sanglots commençaient à prendre le pas sur la tonalité de sa si douce voix, mais elle n'en fit pas cas et poursuivit sa tirade.
- Alors voici ce que nous allons faire. Nous allons tous finir ce repas, et elle fit apparaître sur la table tout un panel de mets tous aussi ragoûtant les uns que les autres, grâce à la magie inculquée par Spanglorn. Ensuite nous irons tous nous coucher, et Drago et moi auront une chambre à part (ce à quoi Madame Weasley ne put rétorquer quoi que ce soit). Demain matin nous poursuivrons les cours avec notre ami vertineux. A midi j'irai au rendez-vous, à Poudlard je présume ? interrogea-t-elle la Directrice qui lui répondit d'un vague hochement de tête. Et vous, vous ferrez tout ce qui est en votre pouvoir pour me sortir de là en mettant notre plan à exécution, celui que nous voulions utiliser pour Luna. Les captifs seront libérés, je vous le certifie. Des questions ?
-Hermione….
murmura Harry
-J'ai dis : des questions sur le déroulement des
évènements ? reprit-elle un peu plus fort, le regard inébranlable
et avec une détermination émouvante.
Les têtes se baissèrent sur les assiettes, Ginny pleurait en silence alors que les adultes semblaient tous réfléchir à un moyen de contrecarrer l'argumentation sans faille de la jeune élève.
-Bien, alors mangeons, ceci est probablement l'un de mes derniers repas « normaux » avant que vous veniez me chercher et vu que vous n'êtes pas encore prêts, je me doute que ça ne sera pas le soir même. Donc profitons. Ron, ne garde pas les spaghettis pour toi, donne m'en je meurs de faim.
Il était évident que ce dernier point n'était qu'un grossier mensonge, mais elle préférait ne pas trop penser aux événements qui se dérouleraient le lendemain et ce soir, elle avait besoin de « normalité ». Pourtant, elle n'arrivait pas à regarder Drago qui restait sans voix, les yeux rivés sur elle, l'esprit plus brûlant que jamais. Le repas se poursuivit dans le silence le plus total. Parfois quelqu'un soulevait un « et si » immédiatement rabroué par Hermione. Elle se força à avaler le plus possible de nourriture jusqu'à se sentir nauséeuse, mais peu lui importait. Les aliments n'avaient absolument aucune saveur, même ses plats préférés lui paraissaient aussi insipides qu'une galette de riz soufflé. Elle pensait à ses parents, momentanément rentrés dans le monde des moldus… Sa décision était prise, elle partirait sans les avertir, refusant de leur dire au revoir sachant pertinemment qu'ils refuseraient de la laisser partir et quel drame une telle confrontation apporterait.
Sans plus de cérémonie, tous
allèrent se coucher. Hermione et Drago obtinrent ce que la jeune
demoiselle avait exigé : une chambre pour tous les deux. Tout ce
cérémonial ressemblait fortement aux derniers instants d'un
condamné à mort. Une fois allongée dans les bras de Drago, aucun
d'eux ne pu prononcer le moindre mot. Le serpentard muet de tout
argument la serrait contre lui pour ne pas qu'elle s'envole. Il
songea à l'assommer, l'endormir avec un sort jusqu'à ce que
cette guerre soit finie pour la protéger, mais cela reviendrait
également à la perdre et ne la protégerait en rien. Plusieurs fois
dans la soirée il lui murmura : je viendrai te chercher. Elle
acquiesçait tantôt d'un signe de tête, tantôt d'un « je sais
» mal assuré.
Ce soir là, ils ne firent pas l'amour,
incapables de se donner au plaisir charnel, même si cet instant
risquait d'être le dernier. L'un et l'autre avait besoin de
sentir la présence de l'être aimé mais les esprits n'était
pas libres pour autant. Hermione cherchait également une
échappatoire possible, n'importe laquelle, mais les mots qu'elle
avait elle même prononcé lors du repas semblaient inébranlables.
Le jeune couple s'endormit ainsi à force de fatigue et de
lassitude. Ce n'est que plus tard dans la nuit qu'Hermione se
leva et s'habilla en silence. Elle regarda son sac posé dans un
coin de la pièce, à quoi bon le prendre ? Elle n'avait besoin de
rien là où elle allait. Une fois prête, elle alla s'asseoir sur
le lit où Drago dormait d'un sommeil agité. Elle le contempla
longuement et se concentra sur la chance qu'elle avait eu de
pouvoir le redécouvrir. Une vague d'angoisse la submergea alors
qu'elle repensait à leur dortoir et à l'horreur des
sous-terrains, d'ici moins d'une heure elle y serait à nouveau…
-Qu'est-ce que tu fais ? murmura Drago en cherchant
maladroitement à ouvrir des yeux pleins de sommeil.
Cette
soudaine intervention l'obligea à sortir de ses rêveries, « trop
tôt » pensa-t-elle, il lui fallait encore un peu de temps. Mais
après tout ça n'était que reculer une échéance inévitable de
toute manière.
-Drago je m'en vais, lança-t-elle de but en
blanc pour ne pas avoir à expliquer un choix déjà bien trop lourd
à porter.
Cette simple et toute petite phrase eut le même effet
sur le serpentard que si on lui avait injecté une forte dose
d'adrénaline. Il bondit du lit, paniqué…
-J'ai dormi tout
ce temps ? C'est midi ? C'est… puis il put constater que la
nuit avait pris possession du ciel depuis quelques heures à peine et
qu'il avait dormi une heure tout au plus.
-Non Drago, mais je
vais à Poudlard maintenant. Je ne pouvais partir sans te dire au
revoir…
-Hermione… souffla-t-il en s'asseyant à coté
d'elle et en entourant son visage de ses mains. Hermione, tu ne
peux pas partir si vite, pas comme ça ! Nous avons jusqu'à demain
pour trouver une solution… enfin je ne sais pas, tu ne peux pas…
Il cherchait désespérément une explication contre laquelle il pourrait apporter des arguments et la faire rester auprès de lui, mais elle ne disait plus rien, sachant parfaitement ce qu'elle avait à faire, même si son regard exprimait un désespoir incommensurable malgré elle.
-Il faut que tu dises au revoir
à tout le monde, tu ne peux pas partir comme ça, ça n'est pas
très gryffondor ça.
-Parce que tu penses que des adieux
déchirants apporteront quelque chose de positif ? Non, je veux
partir ainsi, vous avez les consignes de venir me chercher, faites-le
donc, je vous attends. Tout repose entre vos mains. Mais je voulais
que toi tu saches une chose avant...
Alors qu'elle tentait de justifier un acte injustifiable, la confusion envahissait son partenaire. Il lui en voulait terriblement de partir si vite et de ne pas profiter au maximum de chaque heure de répit qui leur étaient offertes. Mais, en même temps, il comprenait sa démarche et son désespoir happait toutes ses émotions dans un gouffre sans fin. Son visage n'exprimait plus rien, froid serpentard odieux de Poudlard, il redevenait ce qu'il avait appris à masquer à ses côtés. Mais Hermione le comprit et ne chercha pas à contrecarrer ce revirement d'émotions. Elle savait que chaque mot qu'elle prononcerait irait se loger au fin fond de son cœur et qu'il garderait ce don exclusivement à lui, comme le plus précieux des trésors. Elle poursuivit donc son explication.
- Je ne peux pas laisser les otages plus longtemps entre leurs mains. Plusieurs filles étaient mortes rapidement après leur arrivée en Morgolie à cause de l'air putride et de l'humidité ambiante. Si l'un d'eux était déjà malade en arrivant, chaque minute compte pour ne pas que les infections se propagent. Je dois y aller, et vite ! Mais Drago il faut que tu me promettes une chose.
Il acquiesça d'un signe de tête pour ne pas l'interrompre, suspendu à ses lèvres.
-Je sais que vous allez tout faire pour venir me chercher,
j'en suis convaincue, mais… mais ce sont les Morgoles ! Notre
plan a peu, très peu de chances de fonctionner, soyons réalistes.
Nous ignorons jusqu'où peut s'étendre la puissance du collectif
et si vous arriverez à dupliquer l'apnaya dans des proportions
suffisantes, nous ignorons si nous pourrons utiliser nos pouvoirs
dans le cadre d'un combat… Pour faire court, la réussite est
loin d'être assurée. S'il fait de moi sa reine… non arrête,
ne dit rien le coupa-t-elle alors qu'il tentait de protester. S'il
fait de moi sa reine, reprit-elle toujours aussi déterminée, je
ferais ce qui est en mon pouvoir pour les confiner au fin fond des
entrailles de la terre. Mais dans ce cas là, tu dois me promettre de
ne plus me chercher.
-Tu n'as pas le droit de me demander ça…
murmura-t-il alors qu'il écoutait ces paroles à peine crédibles.
-Si Drago ! Pour la paix de mon esprit et de mon âme, s'il te
plait refait ta vie. Gagnez cette guerre contre Voldemort et refais
ta vie. Si je sais que ton âme est tourmentée, la situation sera
encore plus pénible pour moi. Ne m'oublie pas, garde toujours une
petite place pour moi dans ton cœur, juste ici.
Elle pointa sa
poitrine du bout du doigt sans trop oser le regarder. Drago en
profita à ce moment pour l'attirer tout contre lui. Il la sentit
alors s'agripper à son cou et se laisser aller une dernière fois
aux émotions qui la submergeaient.
-Ne m'oublie pas mais
profite de la vie, profite pour nous deux. Je vivrai à travers toi
et toute la joie que tu pourras ressentir. N'oublie pas que nos
émotions sont liées, je le ressentirais certainement.
Aucune larme ne coula ce soir là. Ils étaient tous les deux bien au-delà de la tristesse ou de la peine. S'ils commençaient à libérer leurs émotions, leurs deux corps s'écrouleraient probablement telles des poupées en chiffon sans consistance et des centaines de vie reposaient sur les frêles épaules de ces deux jeunes adultes. Ils s'embrassèrent alors une dernière fois, la douceur de leur étreinte se mêla à l'âpre douleur de la réalité. C'est ce moment si parfait qu'Hermione choisit pour faire face à son destin. Elle se recula doucement en fermant les yeux, puis les rouvrit une dernière fois pour graver le visage de celui qui lui avait fait découvrir ce qu'était l'amour une dernière fois dans sa mémoire. Elle lui caressa doucement la joue et sentit son visage presser légèrement sa paume. Elle put alors lire un « je t'en prie ne fais pas ça » dans le regard de Drago, mais il eut la décence de ne pas l'exprimer à voix haute et elle l'en remercia.
-Promis, put-elle tout juste lire sur le bout de ses lèvres.
Elle prit ensuite une grande inspiration et transplana brutalement. D'un réflexe, Drago tendit une main désespérée pour la retenir mais ce fut vain. Il tomba à genoux et pleura d'un désespoir nourri par une rage sans fin.
