Titre : Des surprises à la pelle.

Auteur : Patpat.

Bêta-lectrice : Laku-san

Source : Gravitation.

Genre : Yaoi, Shoonen-ai, Mpreg, Lemon.

Rating : M.

Paring : Yuki Eiri / Shindoo Shuuichi.

Notes : Voici le chapitre 11, héhéhéhé !!! Celui tant attendu par les amateurs de mpreg. Je vous laisse découvrir. Juste une précision pour ceux qui n'auraient toujours pas compris : mpreg signifie Male Pregnancy, c'est-à-dire que c'est un mec qui tombe enceinte. Si vous n'aimez pas ce genre d'histoires alors vous devriez arrêter de lire cette fic ici. Bonne lecture à tous.

Dialogues en gras. Pensées en italique.

Chapitre 11 : Paternité.

Yuki ! Yuki, réveille-toi s'il te plait. Onegai... Yuki...

La voix paniquée et les sanglots de son jeune mari tirèrent l'écrivain de son sommeil profond. Quelle mouche l'avait piqué de le secouer comme un prunier en plein milieu de la nuit ? C'est donc la tête dans le far breton (ou dans le pâté, comme vous préférez) que l'interpellé releva la tête, les yeux mi-clos et la bouche pâteuse, et qu'il répondit :

Bordel, Shuuichi, il est à peine 4h du matin ! grogna-t-il en laissant sa tête lourdement retomber sur son oreiller.

Je sais bien, mon Yuki... Gomen... J'voulais pas te déranger...

Alors arrête de parler, le coupa agressivement le romancier en se tournant de l'autre côté.

Mais... Mais c'est que, je crois que je suis malade.

Comment ça "tu crois que tu es malade" ? Tu l'es ou tu l'es pas ?

Bah... Euh... J'ai vomi ?...

Certainement un truc que t'as pas digéré... bougonna-t-il en se retournant pour se rouler sur le ventre.

C'est aussi ce que je me suis dit la première fois...

Il fallut un petit moment à Yuki pour enregistrer l'information.

La première fois ? répéta-t-il, se décidant à donner à Shuuichi toute son attention, assez inquiet pour le coup.

Oui, la première fois, c'était il y a 3 jours. La deuxième fois, je me suis dit que ça devait sûrement être du trac puisque c'était juste avant mon dernier concert. La troisième fois, c'était le matin, avant d'aller chez NG et c'est là que j'ai commencé à m'inquiéter. J'ai pensé "Si ça recommence, j'en parle à Yuki". Et puis bah... Ca a recommencé...

Raaah... Ecoute, quelques petites nausées, c'est pas la mort... fit le blond sur un ton un peu abrupt.

Mais devant l'expression terrorisée du jeune homme aux cheveux roses, il reprit une certaine douceur à laquelle il était maintenant habitué avec son cher et tendre.

Shuu, rendors-toi quelques heures. Dès qu'on se réveille, on se prépare et je t'emmène chez le médecin. Je peux rien faire de plus à cette heure de la nuit.

Shuuichi esquissa un faible sourire, mais la peur restait figée sur son adorable visage. Eiri s'assit sur son séant et enveloppa son époux de ses bras.

Ne t'inquiètes pas, je suis là, d'accord... Je suis sûr que ce n'est rien de grave, chuchota-t-il de sa voix suave.

Je t'aime, mon amour, répondit Shuuichi en posant sa tête sur l'épaule de Yuki et en passant ses bras autour de sa taille, à la recherche du réconfort qu'il était sûr de trouver auprès de son bien-aimé.

Moi aussi, mon cœur.

XXX XXX XXX

Le lendemain matin, quand le réveil sonna 8h, Yuki l'éteignit avec lassitude, c'est-à-dire en donnant un grand coup de bourrin dessus. Il poussa son habituel grognement et enfouit sa tête dans son oreiller. Il glissa sa main sur le côté gauche du lit dans l'intention de donner une petite caresse au jeune musicien mais c'est en s'apercevant que la place était vide mais encore chaude qu'il redressa la tête. Mais où il est ? Pas au travail, il est trop tôt et de toutes façons il est en congé depuis hier soir... s'interrogea Eiri. Il se leva donc en baillant et en s'étirant en tous sens, et partit à la recherche de son Shuuichi. Mais il n'eut pas à chercher longtemps car, à peine arrivé dans le couloir, des sanglots venant de la salle de bain attirèrent son attention. Lorsqu'il poussa la porte de la pièce d'eau, il trouva son petit ange en train de vider le contenu de son estomac dans les toilettes. Cette image du pauvre petit Shuuichi fit naître en Yuki une vague de terreur et d'inquiétude qu'il n'aurait jamais soupçonnée.

Et s'il était malade ? Quelque chose de super grave ?... Tu t'attendais à quoi, Eiri ? Il t'a bien dit qu'il était malade, non ? Tu pensais quoi ? Qu'il exagérait ? Ok, il a toujours tendance à exagérer un peu... Mais là, il avait l'air vraiment terrifié... Kami-sama, faites que ce ne soit rien de grave. Je ne veux pas le perdre. On est enfin heureux après tout ce qu'on a vécu. JE suis enfin heureux avec celui que j'aime. Ne nous séparez pas maintenant ! ne put s'empêcher de penser l'écrivain en serrant les poings. Il se sentait vraiment impuissant et la maladie, c'était vraiment une des choses contre laquelle il savait qu'il ne pourrait lutter si quelque chose devait arriver à Shuuichi, ou même à lui.

Silencieusement, il entra dans la pièce, prit une serviette propre et en humidifia un coin. Puis il s'agenouilla près de Shuuichi et de sa main gauche saisit son menton pour tourner son visage vers lui. Et avec sa main droite, il essuya doucement ses lèvres avec la serviette. Le jeune homme avait les larmes aux yeux. L'écrivain le prit tendrement dans ses bras, l'embrassa sur le front et ils restèrent ainsi un long moment. Puis, ils se relevèrent, se préparèrent, et une heure plus tard, ils étaient dans la voiture.

C'est au bout d'une demi-heure de route qu'ils arrivèrent au cabinet du Dr Takamoto, le généraliste habituel de Yuki. Ils allèrent se présenter à la secrétaire :

Ah ! Bonjour, Uesugi-san ! lança chaleureusement la jeune femme.

Bonjour, Yoko. Ce serait possible de voir Tamako-sensei ? C'est assez urgent.

Mmmh, je suis désolée mais le docteur n'est pas là. Il a pris un congé d'un mois pour la lune de miel de son troisième mariage. Mais sa remplaçante, le docteur Andrée peut vous recevoir dans moins de cinq minutes. Son prochain rendez-vous a été reporté à demain.

J'veux pas d'un autre docteur, Yoko ! répliqua le blond, agacé.

Yuki, ça va aller. Ce docteur Andrée est sûrement un très bon médecin, intervint Shuuichi.

C'est le cas, sinon Tamako-sensei ne m'aurait pas laissé la relève de son cabinet pendant qu'il batifole avec ma sœur au Caraïbes, approuva une femme d'une quarantaine d'années, typée occidentale.

Elle était grande pour une femme, presque 1,80m et ses cheveux châtain clair étaient coiffés en chignon. Elle paraissait très gentille et avenante car elle arborait un sourire radieux.

Alors, dois-je vous faire entrer dans mon cabinet ou préférez-vous tenter votre chance ailleurs ? demanda-t-elle, amusée.

On va rentrer, approuva Shuuichi, tout joyeux, en prenant fermement la main d'Eiri et en le tirant à sa suite en direction du cabinet.

La chanteur pouvait sentir qu'il pouvait faire confiance à cette femme. Elle avait beau être étrangère, elle avait l'air tout ce qu'il y a de plus sympathique. Et surtout, sans rendez-vous, ils ne pourrait pas voir un médecin le jour-même. C'était là leur seule chance de savoir pourquoi il était si malade depuis quelques jours.

Le médecin entra à leur suite et ferma la porte derrière elle.

Yoko m'a déjà présentée mais je pense que pour vous mettre davantage à l'aise, je dois vous en dire un peu plus à mon sujet. Bien... Je suis le Dr Marianne Andrée, je suis française et je suis spécialisée dans la gynécologie obstétrique. D'ailleurs j'ai ouvert ma propre clinique à Paris. Je suis ici parce que ma sœur, la nouvelle épouse de Tamako-sensei, m'a demandé de tenir le cabinet de son mari pendant leur lune de miel afin qu'il ne perde pas ses patients. Comme elle me l'a demandé en guise de cadeau de mariage, je n'ai pas pu refuser, de plus cela ne me coûte rien et je gagne l'argent de mes prestations. A ma clinique, d'autres médecins peuvent prendre ma relève... Me voici donc ici pour encore 3 semaines. Et vous, parlez-moi un peu de vous et de ce qui vous amène...

Après sa longue tirade, au cours de laquelle elle s'était assise derrière son bureau, un silence s'installa.

Allons ne soyez pas timides, dit-elle avec une douceur exceptionnelle. Si je mangeais mes patients, il y a bien longtemps que je n'en aurais plus...

Et bien... On est là pour Shuuichi ; il a eu de violentes nausées ces trois derniers jours, répondit froidement Yuki.

C'est un bon début, dit le docteur. Etes-vous des patients réguliers de Takamoto-sensei ?

Moi oui, acquiesça l'écrivain.

Très bien. Mmmh... Puis-je avoir vos noms ? Je vais devoir prendre en notes les symptômes de ce jeune homme, demanda-t-elle en désignant Shuuichi du regard en sortant un fiche de renseignements vierge et un stylo.

Je m'appelle Uesugi Shuuichi, répondit le chanteur, retrouvant enfin sa langue.

Donc, vous êtes mon patient. Et vous, jeune homme ? interrogea-t-elle en se tournant vers le romancier après avoir noté consciencieusement le nom de Shuuichi en hiragana (1).

Uesugi Eiri, répondit-il.

Uesugi ? Y'a-t-il un lien de parenté entre vous ? s'enquit la femme.

Shuuichi est mon mari.

Il y avait dans la voix du blond un ton de défi, de même que dans son regard. Il s'attendait à une réaction troublée, voir étonnée ou peut-être même dégoûtée de la part de la femme face à lui. Mais rien. Elle ne tilta pas et se contenta de prendre en note. Puis elle leva la tête et questionna de nouveau.

Bien Shuuichi, quel âge avez vous ?

21 ans le 16 Avril.

Est-ce que vous buvez ou fumez ?

Je bois très rarement et je ne fume pas. Mais lui oui, répondit le garçon en pointant un doigt accusateur vers son époux qui se renfrogna en bougonnant quelque chose qui ressemblait vaguement à "Oh, c'est bon...".

Bien. Etes-vous allergique à quelque chose ?

Hmmm... Je suis allergique au camphre et au pollen.

Ah bon ? C'est nouveau ça ? lança Yuki, un brin moqueur.

Pas du tout, je suis allergique au camphre depuis tout petit et le pollen me fais éternuer à n'en plus finir. Tu ne le savais pas ?

Euh... Bah non, répondit le blond en se grattant le dernière de la tête.

Bien maintenant tu le sais ! s'enthousiasma son petit musicien et se penchant pour déposer un bref baiser sur sa joue.

C'est avec un petit sourire amusé que la doctoresse assistait à cette scène touchante. Puis elle se reprit et demanda :

Avez-vous d'autres symptômes en plus des nausées ?

Et bien... J'ai parfois des vertiges et des coups de fatigue. Et mes amis se plaignent : ils me reprochent d'avoir mauvais caractère et d'être un peu plus excessif que d'habitude.

"Un peu" ? T'es carrément hystérique mon pauv' gars, le coupa le blond, avec un regard dédaigneux.

Eh ! Arrête de te la péter ! Je suis pas HYSTERIQUE !!! C'est compris ? gronda le musicien, faisant presque sursauter son mari (notez que j'ai insisté sur le "presque").

T'es sûr, baka ? Parce que ton attitude montre pourtant le contraire, tu sais, répliqua Yuki avec son cynisme habituel.

Nandemo !

Hem hem ! intervint la médecin, faisant mine de se racler la gorge pour attirer l'attention du couple. Vous disiez donc ?

Euh... Ah oui ! Donc, mon producteur pense que ça pourrait être un peu trop de stress qui, mêlé à ma nouvelle vie de femme mariée, serait la cause de mes malaises. Mais c'est stupide parce que je ne suis pas une femme et que ma vie sentimentale n'a jamais empiété sur ma vie professionnelle. Et puis, j'ai pas de mal à gérer ma vie ! Jamais ! Il ne dit que des stupidités de toutes façons. C'est parce qu'il est dépressif, ce pauvre Sakano. Et mon manager, qui est américain, en rajoute une couche. D'ailleurs, si vous voulez mon avis, c'est cet américain fracassé qui me met à rude épreuve ! De toute façon, je suis quelqu'un de parfaitement normal qui n'a aucun problème émotionnel, quoi que mon entourage en pense ! Ils n'en savent rien ! Ils ne sont pas à ma place que je sache ! De toutes façons je...

Après son long monologue sans queue ni tête, Shuuichi finit par se stopper en voyant son mari se curer l'oreille avec son petit doigt, signifiant clairement qu'il n'écoutait pas un seul mot de ce qui sortait de sa bouche. Quand au docteur Andrée, elle regardait le garçon aux cheveux roses avec des yeux ronds comme des balles de ping pong, la bouche bée.

J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas, sensei ? demanda-t-il, hésitant, à la femme face à lui.

Un ramassis de conneries, pour pas changer, lui répondit son romancier d'époux.

Eh bien... reprit la femme, en clignant des yeux comme pour se sortir de sa torpeur. Au moins, concernant vos sautes d'humeur, on est fixé. Vous avez dit que votre producteur avait pensé à du stress... Dois-je comprendre que vous exercez une profession toute particulière ?

Oui, répondit joyeusement Shuuichi. Je suis chanteur. Bad Luck, vous connaissez ?

Oh ! Vous en êtes un membre ? Excellent ! Mes filles adorent votre musique !

Super ! J'vais vous signer des CDs ! s'exclama le jeune homme.

Baka ! T'es pas ici pour te faire de la pub. T'es malade je te rappelle ! s'énerva Yuki, tout en gardant sa froideur.

Oui, c'est vrai, gomen.

Hem... Je suppose donc que vous devez être soumis à une certaine dose de stress, en déduit le médecin en prenant note. Votre popularité et la presse ne doivent pas arranger les choses...

C'est le moins qu'on puisse dire... marmonna Eiri en tirant une cigarette de sa poche pour l'allumer.

Yuki ! Koko de suitte wa ikenai ! lui rappela Shuuichi en s'affolant avec exagération.

Ce n'est rien, vous pouvez fumer si vous en avez envie. Je le fais moi-même dans la mesure où ça ne dérange pas mes patients, dit le docteur Andrée en souriant encore.

Puis son sourire s'évanouit pour laisser place à une expression de joie béate que l'écrivain ne connaissait que trop bien. Et pour cause, c'était précisément l'expression qui apparaissait sur le visage des femmes qui le reconnaissaient. Tirant une première taffe de sa cigarette avec un air déconcerté, Eiri écouta la femme demander :

Vous avez dit "Yuki" ? Yuki Eiri ?

Oui, oui ! Vous le connaissez aussi ? C'est génial, Yuki, t'es même populaire auprès des françaises ! s'enthousiasma le chanteur à la tignasse fuchsia.

Je ne trouve vos romans que dans les librairies spécialisées en France car j'ai appris que vous ne vouliez pas que vos livres se distribuent partout dans le monde mais seulement en Asie. C'est dommage ! Mes amies adoreraient acheter vos romans mais ils coûtent si chers à l'import qu'elles me demandent toujours d'en ramener quand je viens au Japon, pour les leur traduire après. J'aime tellement vos histoires et je m'attache tant aux personnages que je pleure comme une madeleine à la fin, expliqua le Dr Andrée.

Sugoi ! Il vous signera ses livres ! lança Shuuichi.

Nani ?! Ca va pas la tête, non ! Je signerai rien du tout ! s'emballa le blond.

Parti comme c'était, cette consultation deviendrait bientôt une réunion de club de lecture féminin dans un salon de thé et ça, Yuki n'en avait absolument pas envie. Qu'on leur dise ce qui n'allait pas avec cette andouille qu'il se trimballait partout et qu'ils partent vite fait bien fait. Non mais oh !

Euh... Et bien... Passons à l'examen.

Le musicien obtempéra volontiers, se laissant guider vers la table d'examen où le Dr Andrée prit sa tension, vérifia son souffle et son pouls qu'elle jugea très bons. Avec sa petite lampe elle ausculta sa gorge, ses yeux et ses oreilles. Et enfin, elle tâta les ganglions lymphatiques sous la gorge du jeune homme. Elle scribouillait quelques notes supplémentaires en marmonnant pour elle-même en français puis leva les yeux vers Shuuichi, que Eiri avait rejoint.

A première vue, il semble que vous alliez très bien, votre corps semble en parfaite santé. Cependant, vos symptômes, surtout vos nausées récurrentes, indiquent que quelque chose cloche. Je vais donc devoir vous faire une petite prise de sang pour un examen plus approfondi.

Kyah ! J'aime pas ça, les prises de sang ! s'écria Shuuichi qui, comme une fillette apeurée, s'était cramponné au bras de son amoureux.

Fais pas le gamin et donne ton bras, ordonna Yuki.

Son jeune époux obéit immédiatement, non sans tirer la grimace. Pourtant, lorsque l'aiguille se glissa dans la veine de son bras gauche après que le médecin ait serré un élastique au-dessus du coude, il ne sentit rien. Pas plus lorsque le sang remplissait lentement le tube. Ce n'est que la vue du liquide rouge en elle-même qui fit tourner la tête à Shuuichi. Heureusement, il tint bon le temps que le Dr Andrée en remplisse deux tubes.

Voilà qui est fait. Je vais envoyer ça à deux labo différents ; je préfère avoir deux avis bien distincts pour être plus sûre, j'opère toujours de cette manière, ainsi on à moins de mauvaises surprises, dit-elle en retournant à son bureau après avoir jeté les gants dont elle s'était munie pour la prise de sang.

Elle attendit que son patient et son conjoint viennent la rejoindre pour reprendre.

Sinon, Shuuichi-kun, vos nausées surviennent à un moment précis de la journée ? Comme après avoir mangé par exemple ?

Hmmm... Non. Ce serait plutôt tôt le matin où très tard le soir et parfois même pendant la nuit.

Le docteur nota la réponse de Shuuichi silencieusement. Yuki commençait grandement à s'énerver de la voir noter, noter, noter et noter encore, poser des questions sans répondre aux leurs.

Vous avez une idée de ce que c'est ? demanda-t-il.

Et bien, à ce stade ça peut être beaucoup de choses. Une grippe intestinale ou un début de gastro. Mais les autres symptômes peuvent indiquer quelque chose d'autre. C'est pourquoi je préfère attendre les résultats de la prise de sang pour me prononcer. On trouve toujours toutes les réponses dans le sang d'un malade. Ainsi je pourrai vous dire de quoi il s'agit exactement.

Shuuichi triturait nerveusement ses cuticules en se mordillant la lèvre inférieure, ce qui le rendait vraiment trop mignon. Yuki, qui avait fini sa cigarette depuis longtemps, s'était abstenu d'en allumer une autre. Il se contentait d'observer du coin des yeux son adorable petit mari ; en apparence, Eiri restait aussi froid que de la glace mais au fond, il était mort d'inquiétude. Qu'est-ce que ça peut bien être ? C'est forcément quelque chose de grave si même le médecin ne peut se prononcer comme ça. Pitié que ce ne soit pas un cancer ou une merde dans le genre ! Je ne veux le perdre pour rien au monde.

Le Dr Andrée, qui avait été occupée à marquer les deux tubes de sang et à les mettre dans des enveloppes différentes avec des petites fiches, sans doutes des récapitulatifs des symptômes, finit par dire :

Je vais faire passer ces échantillons en urgence de cette façon, j'aurai les résultats cette après-midi. Je ne veux pas vous faire attendre trop longtemps. Allez donc manger un peu et revenez vers 15h. Je devrais être capable de répondre à toutes vos questions.

Avec un grand et chaleureux sourire, elle leur dit au revoir et les deux époux quittèrent le cabinet, faisant route jusqu'à un bar-restaurant qui donnait sur la baie de Tokyo. Ils y mangèrent en silence jusqu'à ce que Shuuichi parle enfin.

Tu sais Yuki, j'aime beaucoup ce Dr Andrée. Elle est tellement gentille. T'as vu ? Elle n'a rien dit quand tu lui as dit qu'on était mariés. La plupart des gens nous regardent toujours bizarrement... Et c'est la première fois que j'ai pas mal quand on me fait une prise de sang ! Je suis sûr que c'est rien de toutes façons. Sans doute un baisse de calcium, ou de vitamines... Ca doit forcément être quelque chose comme ça... affirma-t-il avec un grand sourire, sans quitter son assiette des yeux.

Il était pourtant bien moins confiant au fond de lui. Peut-être était-il vraiment bête... Il se faisait tout plein d'idées, toutes plus horribles les unes que les autres, sur une atroce maladie le séparant de son Yuki. C'est forcément quelque chose de simple, de bénin... Ca doit être rien du tout !!! Il avait beau se dire que tout irait pour le mieux, il continuait à s'imaginer quelle horreur ce serait d'attraper une maladie incurable maintenant alors que tout allait si bien avec celui qu'il aimait. Il avait été patient et persévérant pour obtenir tout ce qu'il avait aujourd'hui. Ce serait vraiment trop cruel de tout lui ôter maintenant. Et puis Yuki est là... Rien de grave ne m'arrivera, je le sais. Tant que Yuki est là... C'était l'unique raison qu'il lui permettait de retenir ses larmes.

J'ai... J'ai vraiment peur...

Un long silence s'installa à la table du couple. Le cœur battant à tout rompre, le cliquetis de la fourchette de Shuuichi fit lever le regard de Yuki de sa propre assiette. Une larme unique roulait lentement sur la joue devenue livide du chanteur. Alors, avec autant de lenteur, le garçon leva son visage vers son époux, ses yeux écarquillés de terreur. Ces mots... Ce ne sont pas vraiment les siens, n'est-ce pas ? C'est forcément une hallucination de ma part... Ca ne peut pas venir de lui... Ca ne peut pas sortir de la bouche de Yuki.

Pourtant, l'inquiétude était visible sur le visage du romancier. C'était bien pour ça que Shuuichi était littéralement tétanisé par la peur. Tant qu'il est là, alors tout va bien, s'était-il dit. Mais entendre ces quatre horribles mots de la part de Yuki était pour lui pire que tout. Eiri ne montrait que rarement ses émotions et la peur, il ne la montrait à personne, pas même à Shuuichi... Pas même à lui-même s'il se trouvait face à un miroir. Mais si cette fois il le disait si crûment, avec tant de sincérité et de douleur dans la voix, alors Shuuichi n'avait plus qu'à s'effondrer parce que ça revenait à lui ôter tout espoir.

Silencieusement, d'autres larmes rejoignirent la première, rendant très vite son joli visage en cœur tout humide. Face à ce spectacle, Eiri se rendit compte de son erreur. Pour quelle putain de raison avait-il éprouvé le soudain besoin de dire une connerie pareille ? Pourquoi avait-il fallu qu'il dise ça tout haut alors que Shuuichi avait désespérément besoin de courage ?! Il voulait de l'espoir. Un espoir que seul Yuki pouvait lui donner et qu'il venait de lui retirer aussi subitement qu'on arrache ses ailes à un papillon.

Shuuichi...

J'ai... J'ai peur moi aussi !... Pourquoi tu dis ça ?! C'est peut-être quelque chose de très grave que j'ai, je le sais bien ! Mais je veux pas mourir ! J'suis trop jeune pour mourir ! J'ai encore plein de choses à voir ! A faire ! A vivre ! Yuki !... Yuki... je veux pas te quitter comme ça ! Je veux rester avec toi pour toujours ! Je veux avoir une famille avec toi ! Y'a tellement de chose que je voudrais faire avec toi...

Ses plaintes déchirantes attirèrent les regards de quelques autres clients dans le restaurant, ce qui pour une fois, ne gêna pas du tout l'écrivain. Il était bien trop occupé avec son chagrin et celui de son amour pour prêter attention à ces curieux. Face à lui, son mari sanglotait si fort que son corps semblait être parcouru de violent hoquets. Ses larmes désormais abondantes, diluaient carrément la sauce de son steak.

Quel crétin a eu l'idée de dire "Jusqu'à ce que la mort nous sépare" ?! Quelle belle débilité ! Rien ne me séparera jamais de Shuuichi ! Pas même ça ! Eiri était furieux. Pas contre Shuuichi, ni contre lui-même, ni contre le Dr Andrée... Il était furieux contre cette connerie qu'on appelle Destin et qui semblait prendre plaisir à leur mettre des bâtons dans les roues, menaçant toujours leur ciel bleu de noir nuages.

Eiri se leva d'un bond et déposa quelques billets sur la table qu'il contourna ensuite pour forcer son petit mari à se lever lui aussi en le prenant par la main. Quand ils sortirent du restaurant, Shuuichi était toujours en larmes et semblait à peine remarquer qu'ils avaient quitté la brasserie. Une fois à l'extérieur, ils allèrent s'installer sur un banc depuis lequel on avait une merveilleuse vue sur la capitale et sur la mer. Le blond serra son amant très fort contre lui, comme pour empêcher qu'il ne s'éloigne d'une façon ou d'une autre, ou qu'on le lui prenne de force.

Eiri ? appela Shuuichi si doucement qu'il eut peur que son amoureux ne l'ai pas entendu.

Hmm ? murmura l'appelé, son visage enfoui dans la chevelure rose de son bien-aimé.

Quoi qu'il m'arrive, tu resteras avec moi, hein ?

Evidemment... Jusqu'à ce que la mort nous sépare, non ? répondit-il en prenant le visage de Shuuichi entre ses mains pour déposer un chaste baiser sur ses lèvres encore mouillées de larmes salées. Et même au-delà... susurra Yuki en déposant un autre baiser sur la tempe de son adoré.

Le jeune homme leva ses grands yeux violets vers Eiri. Il se noya un instant dans le flot ambré de ses iris avant de s'approcher pour lui voler un baiser. Le blond l'embrassa en retour.

XXX XXX XXX

Ils avaient passé leur après-midi sur le banc, dans les bras l'un de l'autre et là, à 15h pétantes, ils se trouvaient de nouveau dans le cabinet du Dr Andrée. Elle était assise devant eux et lisait avec attention les résultats des examens de Shuuichi qu'elle venait tout juste de recevoir. Après quelques instants de silence pendant lesquels elle scrutait les feuilles de papier, ses yeux s'écarquillèrent de surprise. Restait à savoir si c'était une bonne ou une mauvaise nouvelle...

Quoi ? Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce que c'est ? s'emballa le pauvre Shuuichi.

Euh... Je... Je ne sais pas quoi dire... C'est la première fois que je vois de tels résultats... Non seulement vous êtes en excellente santé mais en plus vous... Vous... Vous...

"Il... Il..." quoi ? s'impatienta Yuki en tirant sur la cigarette qu'il avait allumé un peu plus tôt pour tenter de calmer son état nerveux.

Mais au lieu de répondre, la femme se leva, contourna son bureau et lui arracha ladite cigarette avant de l'écraser brutalement dans le cendrier.

Eh ! J'croyais que j'avais le droit de fumer ici ! s'indigna Yuki, ressemblant plus à une jeune fille agacé par son caniche qu'à un riche, beau et célèbre romancier au charisme envoûtant.

Bien maintenant, je crois que vous devriez vous abstenir définitivement de fumer ! répliqua-t-elle sèchement mais toujours sous le coup de sa surprise encore injustifiée.

Ah oui ?! Et pourquoi ça ? interrogea Yuki qui paraissait maintenant être un sale môme capricieux.

Il était vraiment trop énervé pour renoncer à sa précieuse nicotine. Et il sentait qu'il allait perdre patience si cette bonne femme continuait à maintenir le suspense sur l'état de santé de Shuuichi.

Parce que... Parce qu'il est... PARCE QU'IL EST ENCEINTE !!! Voilà pourquoi !

Yuki allait répliquer quand l'information atteignit son cerveau. Hein ? fut le seul mot qu'il parvint à penser sur le coup. Puis finalement...

Quoi ?! C'est quoi cette connerie ? Si c'est une blague, elle laisse franchement à désirer ! s'exclama le blond.

Ce n'est pas une blague, se contenta de répondre la femme.

Shuuichi, quant à lui, était si pétrifié qu'il n'avait pas bougé d'un pouce depuis l'annonce du médecin.

Et comment ce serait possible, hein ?! se moqua Yuki, qui avait toutes les peines du monde à prendre la nouvelle au sérieux. Juste au cas où vous n'auriez pas remarqué, Shuuichi est un garçon... Un mec... Vous pouvez toujours vérifier mais croyez-moi, je suis vraiment bien placé pour le savoir.

Pourtant, voyez vous-même, répondit-elle en lui tendant les résultats. Les deux labo m'ont donné exactement les même résultats. C'est clair et net ! Shuuichi attend un... bébé.

Ils... Ils ont forcément dû mélanger les dossiers, confondant celui de Shuuichi avec celui d'une femme...

Dans les deux laboratoires ? Impossible. De plus, les symptômes sont là ! Je n'ai donné ni le nom, ni le sexe de Shuuichi, uniquement un numéro de dossier, la liste des symptômes et le sang. Ils en ont déduit qu'en plus de la batterie de tests habituels il serait judicieux d'ajouter un test de grossesse. Et ils ont vraiment bien fait parce que moi je n'y aurais jamais pensé du fait que Shuuichi soit un homme. Pourtant les résultats sont véridiques. La seule raison qui ait fait que nous nous soyons tous autant inquiétés était précisément que cette possibilité nous semblait bien trop improbable pour être la réponse.

Mais... marmonna Shuuichi. Comment c'est possible, alors ?

Yuki tourna les yeux vers son époux qui levait vers le docteur un regard plein d'innocence et d'incompréhension. On aurait dit un petit chiot perdu dans le brouillard et qui cherchait désespérément qu'on le ramène auprès de son maître. Cet air tout candide sur son visage qui avait pris la douceur de celui d'un bambin décontenança complètement le Dr Andrée qui ne put que répondre :

Je n'en sais rien, je suis vraiment désolée... Mais je ferais tout pour le savoir. En attendant, peut-être devriez-vous considérer ça comme un miracle, une chance unique d'avoir des enfants si vous en désiriez. Si ce n'est pas le cas, alors peut-être devriez-vous envisager l'idée de ne pas garder le bébé. Quoi qu'il en soit, j'aimerais vous revoir dans deux ou trois jours le temps que je fasse venir dans le cabinet du matériel d'échographie afin d'essayer d'obtenir des réponses. D'ici là, vous aurez le temps de réfléchir un peu...

Elle alla se rasseoir derrière son bureau et prit une profonde inspiration avant d'afficher de nouveau son chaleureux sourire.

Comme vous le savez je vais devoir retourner en France prochainement alors je vais présenter le problème à Tamako-sensei dès son retour de lune de miel afin qu'il vous épaule et vous conseille du mieux possible si vous choisissez de garder l'enfant.

Le couple était tellement assommé par le coup de la nouvelle qu'aucun d'eux n'intervint. Les deux hommes semblaient complètement coupés de la réalité, n'écoutant que d'une oreille distraite les explications du docteur qui continuait en disant :

Si vous décidez de devenir parents, vous devriez envisager de quitter le pays et de vous réfugier le temps de la grossesse dans un endroit où vous êtes moins populaires. Vous êtes un véritable cas médical, Shuuichi. Le premier homme enceinte... Jusqu'à alors il n'y avait que des théories... Si la presse venait à l'apprendre, elle en ferait ses choux gras, d'autant plus que vous êtes déjà des personnages publics tous les deux. Je ne pense pas que vous souhaitiez être harcelés. Vous êtes des êtres humains et donc, comme tout le monde vous avez droit à un minimum de tranquillité durant cette grossesse déjà étrange en soi. En tous cas, en attendant mon départ pour Paris, je reste à votre entière disposition. Je voudrais vous revoir au plus tôt afin de faire des examens approfondis qui seront d'autant plus nécessaires si vous optez pour garder le bébé.

Elle s'arrêta enfin, ce qui sembla tira Yuki de ses songes. Shuuichi quitta également son état de choc et dit avec un petit sourire timide :

Merci, Andrée-sensei, vous êtes gentille.

Ouais... Bon, allons-y, décida Yuki en se levant subitement.

Shuuichi fit de même et ils allaient quitter le cabinet quand le Dr Andrée les rétint.

Attendez ! Voici un petit livret qui vous sera utile dans les prochains jours. Vous y trouverez des conseils que l'on donne aux femmes enceintes pour leur première grossesse. Je suis sûre que ça vous aidera car on y explique comment éviter les nausées matinales, quoi manger pour ne pas trop grignoter, quoi faire pour éviter les vertiges... Vous devriez également prendre un peu de repos le temps de quelques jours. Vous n'êtes pas malade mais rester au calme vous permettra de vous accommoder à votre nouvel état.

Merci, répondit Eiri avec sincérité en prenant le feuillet avant de partir avec son mari.

Au revoir, Andrée-sensei, lança Shuuichi par-dessus son épaule, un peu plus rassuré que tout à l'heure.

XXX XXX XXX

Quelques minutes plus tard dans la voiture, sous la neige de la fin mars...

Au moins, maintenant on sait que je vais pas mourir... C'est même plutôt le contraire si on considère que je porte une petite vie en moi, dit joyeusement Shuuichi tandis que Yuki conduisait, les yeux rivés sur la route embouteillée.

Je sais pas si tu te rends compte de ce que tu dis ! Tu es un homme, je te signale ! Bordel, Shuuichi, tu es enceinte ! Enceinte, tu entends ! Tu sais ce que ça veut dire ?! s'énerva soudain le blond, faisant sursauter le jeune homme à ses côtés.

Celui-ci baissa les yeux vers son ventre, posa doucement ses mains dessus tandis que Yuki le regardait avec dureté, puis il dit d'une petite voix tremblante d'émotions :

Ca... Ca veut dire qu'on va enfin avoir ce bébé qu'on a tant voulu, Eiri, répondit tout bas le chanteur avec un petit sourire. Depuis le temps qu'on le voulait... Et en plus ce sera NOTRE bébé. Il te ressemblera et il me ressemblera... Quoi de plus beau que de pouvoir reconnaître en son enfant les traits de la personne qu'on aime ? Peu importe que je doive être enceinte si ça peut nous permettre de réaliser notre vœu le plus cher.

Il leva son regard vers son mari, qui semblait complètement déstabilisé par ce qu'il venait de lui dire, et ajouta avec un magnifique sourire :

J'adorerais que notre bébé ait tes jolis yeux dorés.

Yuki rougit furieusement tandis que leur voiture était totalement immobilisée dans les bouchons. Ces mots étaient sans aucun doute les plus beaux que Shuuichi lui ait jamais dit. En réalité, le jeune homme lui sortait toujours tout un tas de niaiseries romantiques. Yuki avait commencé à apprécier cette partie "fleur bleue" chez son petit époux mais ce qu'il venait d'entendre là était sans commune comparaison avec les mots d'amour qu'il entendait d'habitude.

Le garçon aux cheveux roses se mit alors à ricaner, interrompant le train de pensées de son mari.

C'est moi qui te fais rire, baka ?! grogna le romancier.

Non, non ! Je repensais juste à notre voyage à Venise... C'est drôle, ça doit être là-bas qu'on l'a conçu... Ca me rappelle aussi le vœu que j'ai fait en jetant ma pièce dans la fontaine. Je l'ai fait tout en étant certain qu'il ne se réaliserait jamais... Mais on dirait que je me suis bien trompé.

Quoi ? Ton vœu c'était d'expérimenter personnellement les joies de la maternité ? se moqua Yuki.

Non, pas spécialement. C'est juste que j'avais pas réfléchi aux modalités de sa réalisation. En fait j'ai souhaité réussir ma vie de couple et fonder une famille avec toi. Ce que je voulais c'était élever TON enfant. Le reste importait peu. Bien sûr, je ne me doutais pas que ça incluait que je tombe enceinte, mais bon, je m'en moque parce que c'est TON bébé que j'ai en moi et c'est tout ce qui compte.

Yuki esquissa un sourire. Shuuichi était tout bonnement adorable. Il était enceinte et alors ? C'était son mari, pour le meilleur et pour le pire. Et depuis le début de leur relation il y a trois, il n'avait que le meilleur. Parti comme c'était, sa chance durerait encore longtemps avec le jeune homme et il l'espérait du fond du cœur.

Je pense que je tiens le moyen parfait pour faire claquer mon père. Il va en crever à coup sûr quand il saura que j'ai mis un mec enceinte...

Yuki ! T'es méchant ! C'est ton père quand même !

Mouais, si tu le dis...

J'ai hâte de le dire aux autres en tous cas !

J'imagine leurs tronches... Tatsuha et Miri sont tellement tarés qu'ils vont nous sauter au cou et organiser une fiesta. Quant à ton pote Hiro...

Oui, Hiro sera ravi d'être parrain !

Quoi ?! Hors de question ! s'exclama le blond.

Mais... Mais tu avais dit toi-même qu'il le serait !

J'ai dit ça, moi ? M'en souviens pas, répondit le romancier, feignant le trou de mémoire.

Je sais que t'aime pas Hiro mais c'est mon meilleur ami. Et je te rappelle qu'il a toujours aidé et encouragé notre relation, insista Shuuichi avec véhémence.

Ouais mais ça implique que Miri soit la marraine...

Et alors ?

Après un instant silence pesant qui n'avait pas lieu d'être, le chanteur dit :

Bon bah, Hiro sera parrain et tu es libre de choisir la marraine.

Un nouveau silence.

C'est honnête comme marché, non ? Alors pourquoi tu tires la gueule ?

J'tire pas la gueule, se défendit Eiri. C'est juste que j'ai pas d'autre idée que Miri pour être marraine. Mika c'est hors de question et ta sœur est trop jeune.

C'est pas plus mal, ta cousine est super, fit remarquer Shuuichi.

Pendant un moment, on n'entendit que le ronronnement quasi-innaudible du moteur de la voiture et du chauffage. Yuki fit avancer la voiture de quelques mètres à peine puis demanda :

Comment penses-tu que ta famille va réagir ?

En posant cette question, il faisait tout particulièrement référence à Shindoo Seichiro.

Mmh... Et bien, c'est vrai que mes parents n'ont pas vraiment aimé l'idée que leur fils soit gay. Pas plus qu'ils n'ont apprécié que je me marie avec un homme. Je sais que mon père me détestera sûrement pour ça et ma mère, même si elle est venue à notre mariage et qu'elle tente de te considérer comme son gendre, je sais que ce sera dure pour elle. Mais qui sait... Peut-être que je me trompe et que l'idée de devenir grands-parents les mettra de meilleure humeur. En tous cas je suis persuadé que Maiko sera ravie de devenir tata.

Malgré l'air jovial que se donnait Shuuichi, Eiri sentait bien que le jeune homme tentait davantage de se rassurer lui-même avec de douces illusions. Le semblant de relation que lui et Shindoo Hikari avaient pu établir était fragile et volerait sans doutes en éclats quand elle apprendrait qu'il avait mis son fils enceinte. Quant à ce salopard de Seichiro, vu ce qu'il avait fait avec le journal de Shuuichi, nul doute qu'il sauterait sur l'occasion pour tenter de les séparer de nouveau. Le pire était à craindre.

Comme s'il avait lu les sombres pensées de son mari, le musicien ajouta :

De toutes façons, tout ça importe peu. Ce qui compte vraiment dorénavant c'est toi, moi et maintenant le bébé. Qu'on soit heureux. Est-ce que tu es heureux que ce soit moi qui porte ton enfant ? Tu aurais sûrement préféré que ce soit une femme, ça aurait facilité les choses... En fait je me rends compte que j'ai considérablement compliqué ta vie depuis que j'y suis entré et...

Tais-toi, baka. C'est vrai que tu me compliques toujours les choses mais j'ai choisi de vivre avec toi en connaissance de cause.

Eiri approcha alors son visage de celui de Shuuichi qui sentait ses joues s'empourprer et son cœur battre la chamade. L'écrivain murmura d'une voix suave :

Je ne pensais pas avoir d'enfant qui soit vraiment de moi puisque je t'ai choisi toi. Mais puisqu'on nous offre cette chance, alors évidemment que je suis heureux que ce soit toi qui porte mon enfant. Et je n'aurait jamais voulu que ce soit qui que ce soit d'autre que toi.

Là-dessus, il embrassa profondément Shuuichi. Ce fut un baiser doux et langoureux durant lequel Yuki put goûter à loisir les lèvres de celui qu'il aimait. Lorsqu'il se séparèrent à l'appel de l'air, le blond reprit sa place et dit :

Bien, je pense qu'on devrait suivre l'avis d'Andrée-sensei et quitter le pays. Pourquoi ne pas aller en France, comme ça tu pourrais continuer à être traité par elle... En rentrant je vais appeler mon éditeur. Je pourrais continuer à écrire mes livres depuis l'étranger mais pour toi ce sera plus compliqué. Je vais parler à Seguchi et Miri pour t'arranger une année sabbatique. Une absence de plusieurs mois va devoir être justifiée.

Tu prends tout ça très au sérieux tout à coup, fit remarquer Shuuichi, un brin amusé.

Le bébé, c'est aussi le mien, alors je voudrais qu'il grandisse dans un environnement aussi normal que possible. Avec nos vies, je me rends compte que ça revient un peu à demander la lune mais... Je pense que si on nous pose des questions sur les origines du bébé, on devra dire qu'il a été adopté.

Quoi ?! s'exclama le chanteur, choqué.

Shuu... Tu ne voudrais pas qu'on traite notre enfant avec curiosité parce qu'il n'aura pas de mère... Il aura déjà assez à faire avec le fait que ses parents sont gays. Mais on pourra lui dire la vérité ; il ou elle aura le droit de savoir.

Après un petit instant de réflexion silencieuse, le regard baissé vers son ventre comme pour en consulter l'occupant, Shuuichi dit :

Je suppose que tu as raison.

Bien sûr que j'ai raison, "maman".

Eh ! Yuki ! Je sais que je ressemble à une fille et que, vu les circonstances, on peut se poser des questions mais... Je suis un homme, pas une femme ! Et tu es bien placé pour le savoir, je te signale !

Oh oui... Même très bien placé... Ce qui me fait penser qu'on va devoir redoubler d'efforts si on veut profiter des dernières semaines avant que tu aies un gros ventre et que ça nous gène pour nos activité nocturnes.

Yuki ! s'exclama le jeune homme, rouge comme une tomate.

XXX XXX XXX

Pourquoi faire toute une histoire de ce qui, pour de nombreux couples, était un évènement tout à fait normal ? Le fait que Shuuichi soit un garçon et que malgré tout il soit enceinte était certes étrange en soi mais aux yeux de Yuki, il restait le même. D'accord, il était plus surexcité et imprévisible que d'habitude à cause de la montée des hormones mais dans l'ensemble, ça n'avait pas plus d'impact que ça sur le blond. L'idée de devenir papa l'impressionnait davantage en fait, cumulé au fait qu'il avait dû brusquement s'arrêter de fumer pour la santé du bébé. Heureusement, d'après ce que leur avait dit le Dr Andrée lors de leur second rendez-vous trois jours plus tard, Shuuichi n'était enceinte que de six semaines environ. Cela laissait donc pas mal de temps encore aux époux Uesugi pour se faire à l'idée de leur future paternité.

De plus, ils en savaient désormais davantage sur cette étrange situation grâce à l'échographie effectuée par le Dr Andrée. En effet, en extérieur, Shuuichi restait un mec : pas de vagin, et aucun risque que sa virilité disparaisse. Mais en intérieur, on avait trouvé un utérus, des ovaires et des trompes... Comment ces choses étaient arrivées là ? Allez savoir... Mais cela n'avait pas semblé inquiéter la femme médecin plus que ça : elle s'était contenté de dire que certaines études avaient démontré qu'un homme sur 10000 était susceptible de porter en lui un appareil reproducteur féminin en plus de ses parties génitales masculines. Il s'agissait alors d'hermaphrodisme, qu'il n'y avait rien de dangereux à ça et que Shuuichi ne risquait rien.

Quand le jeune homme avait demandé, avec toute l'innocence qui le caractérise, de quelle façon le bébé sortirait-il, le médécin s'était contenté de répondre avec un large sourire aux lèvres : " A moins d'un changement de dernière minute ou d'un problème imprévu lorsque vous serez à terme, je pense que le bébé devra simplement sortir par là où il est entré.". Yuki avait alors haussé un sourcil dubitatif alors que son jeune époux avait rougi jusqu'aux oreilles, ses grands yeux écarquillés de surprise, lui donnant ainsi l'air d'un poisson rouge sorti de son bocal. A l'évidence, il s'était clairement souvenu de quelle façon le bébé était "entré"...

Ca faisait plus d'une semaine maintenant qu'ils avaient découvert la grossesse de Shuu et étant donné que le départ pour Paris était pour dans quatre jours, ils avaient décidé qu'il était plus que temps de mettre leur entourage au courant. Hiro, Miri, Fujisaki, K, Sakano, Noriko, Ryuuichi et surtout Tohma étaient déjà au courant ; sachant que Shuuichi (et sa stupidité innée) finirait par laisser échapper le morceau sans trop le vouloir, Eiri avait pris les devants en annonçant l'évènement au petit groupe. Hiro n'avait pas dit grand chose à part " Félicitation ! ", Miri avait souri en écrasant sa cigarette et s'était proposée pour leur prêter son appartement sur Paris. K avait accueilli la nouvelle avec son habituelle joie made in America. Ryuuichi avait bondi partout en piaillant comme une perruche échappée de sa cage. Noriko était devenu presque aussi hystérique que Shuuichi. Sakano, lui, était depuis longtemps dans les vapes. Pour Fujisaki et Seguchi, ceux-là avaient manqué de se noyer dans leur tasse de thé. Le couple avait donc obtenu sans trop de difficultés l'année sabbatique qu'il réclamait, le temps que Shuuichi mette au monde leur enfant.

Mais le temps était venu de mettre les familles au courant. Ainsi donc, ils avaient choisi de se rendre à Kyoto pour commencer avec la famille Uesugi. De cette façon, ils n'auraient qu'à rentrer à Tokyo le lendemain matin, passer voir les Shindoo, et préparer leurs dernières bagages avant le départ pour la France le sur-lendemain.

Eiri avait carrément hâte de voir la tronche de Mika quand elle apprendrait la nouvelle et surtout de savoir si le vieux tiendrait le choc ou non, increvable comme il était (2). Lorsqu'il gara sa voiture dans le parc du temple de son père, il jeta un regard à Shuuichi : le pauvre semblait stresser à mort.

Arrête d'angoisser, c'est mauvais pour le bébé, le réprimanda-t-il froidement.

Et comment tu veux que je me détende ? On va annoncer à ta famille que je suis enceinte au cas où tu ne l'aurais pas remarqué !

Et alors ?

C'est facile pour toi ! Tu ne leur accordes aucun intérêt !

La question c'est " Pourquoi TOI tu leur accordes de l'intérêt ? ".

C'est ta famille et vos relations n'ont jamais été très bonnes. Et en entrant dans ta vie, je n'ai fait que les aggraver. Alors avec le bébé...

Le bébé et toi êtes ma famille. Ne tient qu'au vieux et à ma stupide sœur d'en faire partie, dit simplement Eiri. Le tout c'est de ne pas trop stresser Mika non plus, ajouta-t-il en pensant à son futur neveu ou nièce.

Kyah ! s'enthousiasma Shuuichi, oubliant subitement tout de son angoisse. C'est vrai que Mika-san va aussi avoir un bébé ! Comme ça notre enfant aura un camarade de jeu de son âge ! Sugoi !

Ouais, ouais, mais t'emballe pas trop, ok.

Là-dessus, ils sortirent de la Mercédès noire, direction le dojo du temple où son père devait sûrement être en train de prier. Eiri, qui tenait fermement la main de Shuuichi dans la sienne comme pour le rassurer, ouvrit la porte.

Aniki ! s'exclama aussitôt Tatsuha, vêtu de son habit bouddhique, en courant vers le couple. J'ai vu ta voiture entrer dans le domaine alors je suis venu tout de suite.

Shuuichi se raidit un peu lorsque son jeune beau-frère arriva à leur hauteur. En effet, comme à chaque fois (que Yuki soit là ou non n'y changeait pas grand chose), le cadet Uesugi lui lança une oeillade séductrice.

Arrête ton petit jeu, Tatsuha, gronda le blond d'un air menaçant en prenant Shuuichi par la taille pour le serrer contre lui d'un air super possessif. Où est le vieux ?

Euh... Il doit être dans l'aile ouest en train de célébrer un rite funéraire... A moins que ce ne soit un baptême... Pfff, on s'en fout. Pourquoi vous êtes là tous les deux ?

Contente-toi d'aller dire au vieux qu'on l'attend ici et qu'il se magne. Je vais appeler Mika sur son portable pour qu'elle vienne aussi. On a des choses à vous annoncer.

Ok, j'y vais, obtempéra son benjamin.

Aussitôt que Tatsuha eut disparu au détour du couloir, Shuuichi se cramponna à Yuki en le serrant fort et chouina :

Z'ai pieur ! Qu'est-ce qu'ils vont dire ? Ton père et ta sœur vont me voir comme quelqu'un de bizarre ! Et ton frère va se moquer de moi !

Mais non... Arrêtes tes conneries. C'est clair qu'ils vont être traumatisés à vie mais à part ça, tout ira bien...

Tu le penses vraiment ? demanda Shuuichi en levant ses grands yeux violets et humides d'émotions vers son époux.

Mais oui, mais oui...

Là-dessus, le romancier sortit sont téléphone portable, sélectionna le numéro de sa sœur dans les contacts et l'appela.

Moshi moshi, répondit Mika.

Ramènes-toi au dojo. J'ai un truc urgent à vous dire à tous. Et Shuu et moi, on a pas toute la journée.

Eh oh ! Parle-moi mieux que ça, sale gamin ! Je te signale que je suis enceinte et très fatiguée. Toutes ces hormones me rendent sujette aux coups de fatigue et...

Arrête de te plaindre ! Y'a pas que toi qui soit dans cet état !

Avec ça il raccrocha, serrant un peu plus son amant contre lui. Ils n'eurent qu'à attendre quelques minutes dans le dojo avant de voir débarquer tout le clan Uesugi. Tohma avait tenu sa parole en ne mettant personne au courant alors forcément, les nouveaux venus se demandaient pourquoi on les avait fait venir si précipitamment et surtout ce que faisait le fils indigne de la famille et ce gamin aux cheveux roses au temple familial... Ca ne présageait rien qui vaille...

Eiri était assis ses talons comme on le fait dans un temple et comme on le lui avait enseigné depuis l'enfance, et Shuuichi somnolait, assis en tailleur, la tête appuyée contre l'épaule de son époux.

Je peux savoir ce qu'il y a de si important et de si urgent pour que je sois obligé d'abréger ma cérémonie de mariage ?! gronda sévèrement le père, Uesugi Toruu.

Lui, sa fille et son plus jeune fils s'assirent face au blond et à son compagnon qui s'était réveillé en sursaut en entendant la voix du patriarche.

Arrête de râler et écoute ce qu'on est venu vous annoncer, répliqua Yuki.

Parle mieux à ton père, mioche désobéissant ! ordonna Mika avec encore plus de poigne qu'à l'accoutumée.

Même si elle est enceinte, son attitude ne change pas trop de celle de d'habitude, pensa l'écrivain en jetant un regard glacial à sa sœur.

Bon, pour commencer, Shuuichi et moi, on quitte le pays. On va en France pendant un an environ.

QUOI ?! hurla le père en se relevant d'un bond, faisant sursauter le chanteur. HORS DE QUESTIONS QUE CE GAMIN T'ELOIGNE DAVANTAGE DE NOUS !!!

Shuuichi fut aussitôt secoué de sanglots. Il s'agrippa à la chemise de son époux avec ses petits poings et pleura comme une fontaine.

Ouiiiin !!! Yuki ! Il est méchant avec moi !

Cette attitude exacerbée de la part de Shuuichi lui correspondait assez, si ce n'est qu'en règle générale il s'abstenait de ce genre de démonstration émotionnelles en présence de la famille d'Eiri et tout particulièrement de son père. Tatsuha semblait hésiter entre s'inquiéter ou exploser de rire, Toruu exprimait une grimace de mépris hautain et Mika...

Ouiiiin !!! Père ! Vous êtes trop méchant avec Shuuchan ! Il est si kawaii !

Tatsuha prit peur, de même que Yuki mais celui-ci le cacha parfaitement, et le vieux moine s'agenouilla près de sa fille pour la consoler.

Tu vois ce que ton... ton...

" Mari " ? suggéra Tatsuha.

Oui ! reprit sèchement le vieux en pointant un doigt accusateur sur le couple. Ta sœur est très émotive en ce moment du fait de sa grossesse, alors dis à ton...

" Mari ", intervint de nouveau le cadet.

...de se contenir et de ne pas mettre ma fille, qui porte mon futur petit enfant, dans cet état lamentable.

A condition que tu en fasses autant pour Shuuichi, imposa le blond en consolant son cher petit Shuu avec tendresse.

Ah ? Et en quel honneur ?

Parce que la raison qui nous pousse à vouloir nous éloigner de notre vie trop médiatisée c'est que Tohma ne sera pas le seul à devenir papa dans les mois à venir, lâcha simplement Eiri qui ne supportait pas qu'on fasse pleurer son adoré.

En fait, c'était tout à fait compréhensible et les raisons étaient les suivantes : il détestait simplement le voir en larmes et en peine, puis Shuuichi se mouchait toujours trop bruyamment et enfin, il devrait le consoler ensuite. En temps normal, la seule idée de "réconforter" le jeune homme faisait monter en lui une vague de désir, mais au fil des années il avait compris que juste après une visite au père Uesugi, il n'obtenait du musicien que quelques câlins car se dernier était trop déprimé pour davantage d'activités "sportives". En bref, de quoi le frustrer à mort. Et Eiri détestait être frustré.

De leur côté, les deux moines restaient plantés là, comme deux pousses de palmier à ananas, les yeux ronds comme des coupelles. Ils ne paraissaient pas sûrs d'avoir bien compris, ou du moins d'avoir bien entendu ce que venait de dire Eiri.

Que... Qu'est-ce que tu... veux dire par là ? balbutia son frère, redoutant cette fois-ci sincèrement que sa conversation avec sa cousine et le staff de Bad Luck deux semaines plutôt ne se réalise (3).

Toi et ce garçon, vous allez adopter, c'est bien ce que tu veux dire, n'est-ce pas ? demanda promptement le chauve.

Non, se contenta de répondre son fils aîné.

Alors vous... vous avez fait appel à une mère porteuse ou quelque chose du genre ?

Non.

C'en était presque risible à ce stade, voir même carrément fendard. Mais Yuki était un homme de glace qui ne se permettrait pas d'exploser de rire, du moins sauf quand un certain jeune homme à la tignasse rose jouait à l'étudiante studieuse en uniforme de lycéenne, venant le distraire dans son bureau en lui murmurant des cochonneries à l'oreilles et en... Bon, je leur dit ou pas ? Il faut que ce soit le plus percutant possible pour faire claquer le vieux sur le coup... pensa-t-il.

En fait, Shuuichi est enceinte. Il porte mon enfant. On va avoir un bébé et le grand jour est prévu pour la mi-Novembre d'après ce que nous a dit le médecin, finit-il par dire.

Après un moment de silence, la mâchoire de Tatsuha tomba au niveau de ses genoux et ses yeux manquèrent de rouler sur les tatami tant ils étaient exorbités. Son père s'écroula net, mais Eiri savait que ce salopard était trop teigneux pour être mort. Mika, quant à elle, alors qu'elle s'était contentée de renifler bruyamment dans les bras de son père jusque là, se tourna vers lui, une drôle d'expression sur le visage. Puis, au lieu de se jeter sur le vieux pour voir s'il allait bien et s'il respirait encore, elle se leva en criant :

YATTA ! C'est génial ! Shuuichi est enceinte en même temps que moi ! On va faire les boutiques ensemble ! Choisir la layette ensemble ! Et on ira à nos cours de yoga ensemble avec Tohma et Eiri !

Yoga ? demanda Tatsuha, enfin sorti de son coma débilique.

Bah oui, pour apprendre à se calmer, à bien respirer et à être en harmonie avec notre corps ! expliqua Mika en s'adressant à son benjamin comme à un gamin de trois ans.

Euh... Je crois pas que tu aies bien compris, Mika, intervint Eiri. Shuuichi et moi partons à Paris dans deux jours et ce, pour une année complète.

Oh ? Oooooh... fit-elle, déçue comme une fillette à qui on aurait refusé un tour en poney.

Mais c'est pas grave, Mika-chan ! s'enthousiasma le musicien, emporté par une joie effrayante. Tu viendras nous rendre visite là-bas !

Oui, t'as raison ! YATTA !!!

Et tous deux se mirent à danser une espèce de gigue du bonheur devant les deux frères qui les observaient d'un air... d'autoroute (4).

Ils sont désespérants... se lamenta Tatsuha.

Venant de Shuuichi c'est pas nouveau. Pour Mika, là ça fait peur... approuva Yuki.

Au fait... On fait quoi pour le vieux ? s'enquit le plus jeune en jetant un petit coup d'œil à son paternel qui était toujours dans les vapes.

XXX XXX XXX

Après la famille Uesugi, il fallait encore annoncer la bonne nouvelle à la famille Shindoo ce qui, à leurs yeux, ne serait peut-être pas un si bonne nouvelle que ça. Surtout qu'ils venaient les voir sans avoir prévenus de leur visite. Shuuichi tremblait comme une feuille devant la porte de la maison maternelle et Eiri lui prit la main, caressant sa joue de l'autre.

Ca va bien se passer, mon cœur... murmura-t-il en l'embrassant sur le front.

Tu sais comme moi que non. Mon père... Il ne supportera jamais l'idée que je... Eiri, j'ai peur qu'il me rejette...

S'il fait ça, c'est qu'il est trop stupide pour faire passer le bonheur de son enfant avant ses préjugés à la con, le rassura le blond.

Mais Shuuichi n'était pas vraiment convaincu que son bonheur soit une priorité absolue pour son paternel. Il va me rejeter, me blesser. Pour lui, ce sera le pire affront qui soit... Que je déshonore la famille en mettant un enfant au monde, comme une femme, alors que je suis un garçon... Il ne tolère déjà pas que je sois gay... Mais je crois que ce qui le dérange le plus c'est d'imaginer que dans notre couple, je suis celui qui se soumet à l'autre physiquement et aussi mentalement... Je joue le rôle de la femme dans notre couple, c'est clair, je ne peux pas me voiler la face. Moi, je m'en moque tant que je suis avec Eiri... Mais mon père ? Le musicien tentait de se donner du courage en se rappelant les paroles qu'il avait dites à son mari en sortant du cabinet du Dr Andrée le jour où ils avaient appris sa grossesse. " Ce qui compte vraiment dorénavant c'est toi, moi et maintenant le bébé." Et puis, son grand amour était avec lui et sachant cela, il savait qu'il pouvait tout affronter.

Alors que Yuki allait appuyer sur la sonnette, il retint sa main et demanda :

Eiri ?

Hmm ?

Je sais que, de nous deux, c'est moi qui tiens le rôle de la femme. Mais toi, tu me considères comment ?

Je ne suis pas sûr de comprendre...

Et moi je suis pas sûr de savoir comment te l'expliquer...

Avec un léger froncement de sourcils, le romancier demanda :

Ca a à voir avec ce maudit journal que j'ai lu ?

Shuuichi ne savait pas vraiment d'où lui venait ses craintes. Avait-il seulement besoin de s'assurer qu'il était en sécurité auprès de Yuki ? Etait-ce l'idée de se confronter de nouveau à ses parents qui lui faisait peur ? Ou était-ce l'ombre de ce journal qui planait au-dessus de lui et qui le faisait douter ?

Je ne sais pas... Pour moi, qu'est-ce que tu serais capable de faire, Yuki ?

Eiri ne savait pas vraiment comment s'y prendre avec son petit cœur. Le pauvre avait les nerfs à fleur de peau à cause de sa grossesse ce qui, chez une personne hypersensible comme lui, n'augurait rien de bon. Il avait pu le voir la veille à Kyoto. Pris de cours par ces étranges questions, l'écrivain se dit que le mieux était de lui donner une réponse franche et immédiate pour que le chanteur ne se méprenne pas sur le silence qui commençait à s'imposer entre eux. Alors il prit le jeune homme dans ses bras et répondit tout bas au creux de son oreille :

Je serais capable de tout pour toi. Je suis prêt à tout subir pourvu que tu restes avec moi.

Le regard améthyste de son amant se leva vers lui, brillant et amoureux. Et le petit sourire qui était apparu sur ses petites lèvres roses suffit à lui faire comprendre qu'il avait dit les mots que Shuuichi avait besoin d'entendre. Je ne suis pas mauvais pour le consoler, c'est rassurant, se dit le blond.

Promet-moi de ne pas réagir au quart de tour si mon père te provoque, murmura Shuuichi. Parce que là, ce sera sans aucun doute beaucoup plus dur de lui annoncer ma grossesse que ça ne l'a été de lui apprendre notre mariage.

Je ne m'énerverai pas, promis.

Bon, allons-y, marmonna le jeune homme.

Il rassembla son courage et sonna. Il sentait l'étreinte du blond autour de sa taille se resserrer chaleureusement. La porte s'ouvrit sur Shindoo Hikari :

Oh ! C'est vous ? s'exclama-t-elle en affichant un sourire accueillant. Daijobuka ?

Maman fait vraiment beaucoup d'efforts pour se montrer gentille mais honnêtement, je ne sais pas si elle saura accuser le choc de savoir que son fils est enceinte... songea Shuuichi avant de répondre :

Hai, iidesu.

Il embrassa sa mère qui l'étreignit avec amour avant de se tourner vers Eiri pour s'incliner face à lui poliment.

Ohayo gozaimasu, Hikari-san, répondit-il en la saluant de la même manière.

Elle s'écarta de la porte d'entrée et fit entrer son fils et son gendre.

Maiko ? Descends ! Ton frère et Eiri-san sont là !

Un " Kyah !!! " assourdissant retentit, appartenant à une voix qu'aucun des deux jeunes hommes ne connaissait. La sœur du chanteur dévala les marches pour se jeter au cou de son aîné, tandis que suivait derrière elle une jeune fille à l'air ahuri, les yeux en cœur lorsque son regard se posa sur Yuki. Celui-ci la toisa avec froideur lorsqu'elle s'inclina bien bas pour le saluer.

Hajimemashite, Yuki-sama, s'exclama-t-elle, attirant l'attention de Shuuichi qui s'écarta de sa sœur pour observer cette inconnue qui se permettait tant de familiarité avec SON Yuki (5).

S'agrippant avec possessivité au bras de ce dernier, il jeta un regard meurtrier à la pauvre fille et lui dit :

T'es une fan, c'est ça ?

La demoiselle, choquée par le comportement quelque peu agressif du chanteur qu'elle n'avait même pas salué, répondit faiblement :

Euh... Euh... Bah euh... Ou... Oui...

Aniki ! Arrête de lui faire peur comme ça avec ton regard de malade échappé de l'asile ! s'exclama Maiko en se tournant vers son beau-frère pour lui souhaiter la bienvenue d'un petit hochement de tête. Rei, je te présente mon frère Shuuichi et son mari, Eiri-san. Vous deux, voici Tsuzuki Rei, une amie du lycée. Elle et moi allons faire notre rentrée ensemble à la fac de Kyoto en Avril.

Ce qui me fait penser... Omedetoo gozaimasu, Maiko-chan, pour la réussite de tes examens, dit Eiri avec un microscopique (mais très sincère) sourire. Avec toute l'agitation du mois de Février j'en ai oublié de te féliciter. Ca a dû être assez difficile pour toi de préparer tes examens et d'aider Shuuichi pour l'organisation du mariage en même temps.

Non, ça a été. Mais merci beaucoup, vos félicitations me vont droit au cœur, remercia la jeune Shindoo avec un sourire aussi radieux que celui de son frère.

Bien, que nous vaut la surprise de votre visite ? D'habitude, vous nous prévenez toujours de votre venue, dit Hikari.

Bah en fait, on est venu vous annoncer deux nouvelles, commença Shuuichi.

Des nouvelles qui concernent votre famille aussi bien que la mienne, ajouta Eiri.

Madame Shindoo, qui comprit très bien le subtile sous-entendu de son gendre, dit à Maiko :

Ma puce, il va falloir que tu raccompagnes ton amie. Je suis vraiment désolée Rei-chan mais tu n'auras qu'à revenir demain si tu veux.

Oh oui, bien sûr Hikari-san. Sayoonara, fit la jeune fille en saluant respectueusement les personnes présentes.

En compagnie de la cadette du chanteur, elle alla récupérer son manteau, son écharpe et ses chaussures. Yuki et Shuuichi furent conduits dans le salon en attendant que Maiko les rejoigne.

Chichi n'est pas là ? s'enquit le musicien en s'asseyant sur le sofa, tout près de son mari, se blottissant instinctivement contre lui, à la recherche de confort.

Il est parti au café avec des amis du bureau. Il ne m'a pas dit quand il rentrerait.

Oh non... pensa le jeune homme. Moi qui voulais balancer le morceau à tout le monde d'un coup pour passer le moins de temps possible ici... Finalement je vais devoir attendre chichi.

Alors, qu'est-ce qui vous amène ? lança joyeusement Maiko en entrant dans la pièce pour se laisser lascivement tomber dans un fauteuil face au couple tandis que la mère servait au mini-bar une carafe de punch et une bouteille de citronnade fraîche avant de revenir avec le tout sur un plateau.

En fait, il vaudrait mieux que papa soit là aussi, dit Shuuichi.

C'est une si grande nouvelle que ça ? s'étonna Madame Shindoo.

On peut dire ça, oui, approuva Eiri. Et encore, je pèse mes mots.

A en juger par l'expression sur le visage des deux femmes, l'écrivain avait eu le mérite de piquer leur curiosité.

Dites-le nous ! s'enthousiasma aussitôt la plus jeune tandis que Shuuichi se servait en soda.

Tu ne bois pas de punch, mon chéri ? C'est pourtant ton alcool préféré, fit remarquer la mère de famille. J'en garde toujours une bouteille au cas où tu nous rendrais visite.

L'alcool m'est interdit. Vaut mieux l'éviter dans mon état, répondit simplement l'interrogé.

Yuki leva les yeux au ciel dans un soupir exaspéré. Quel calamité, ce gosses ! Dans l'art de foutre les pieds dans le plat et de lâcher des indices de la taille d'un tank, il est roi ! En effet, intriguées par la réponse de son fils, Hikari insista.

Shuuichi, vas-tu te décider à me dire ce qu'il en est ? Pourquoi diable t'aurait-on interdit de boire de l'alcool ? Tu es malade ? Une maladie du foie, c'est ça ? O Kami ! Je t'ai toujours dit que tu mangeais beaucoup trop de saloperies. Trop sucrées, trop grasses, trop pleines de colorants et autres produits chimiques... Kyaaah !!! Tu vas mourir ! NOOOOON ! s'affola la mère du chanteur.

Devant cette hystérique, Yuki eut du mal à garder son sang froid. Elle faisait vraiment peur à voir. Un spectacle effrayant... On aurait dit un mauvais drama à la fois surjoué et surréaliste. On voyait bien d'où Shuuichi tenait son hyperactivité et son talent de drama-queen.

Euh... Non, maman j'vais pas mourir... tenta de la rassurer le jeune homme.

Aussitôt, elle s'arrêta de pleurer pour venir prendre son fils par les épaules et commencer à le secouer comme un prunier.

Qu'est-ce qui te prend de faire des frayeurs pareilles à ta mère, hein ?! s'écria-t-elle.

Euh... parvint à articuler le chanteur.

Yuki intervint pour le bien-être du peu de neurones présents dans le crâne de son mari ainsi que pour celui du petit miracle que Shuuichi portait en lui.

Hikari-san, arrêtez de le secouer. Ca non plus, ce n'est pas bon pour lui, affirma le blond en posant une main sur l'épaule de sa belle-mère.

En effet, Shuuichi se sentait déjà un peu nauséeux. Il fit de son mieux pour réprimer son envie de courir aux toilettes pour régurgiter son petit-déjeuner. Sa mère se calma rapidement et demanda :

Mais que se passe-t-il donc ? Peu importe que Seichiro soit là ou non ; je ne peux pas attendre son retour pour savoir.

C'est que... Ce ne sera pas facile de lui annoncer, expliqua Shuuichi. On voulait que vous soyez tous présents pour ne pas avoir à le répéter...

Donc... C'est une mauvaise nouvelle ? en déduit Maiko.

Non, non ! assura aussitôt son frère en agitant les mains avec véhémence comme pour renforcer ses mots.

Je pense que ce n'est peut-être pas une mauvaise idée de leur dire, même si ton père n'est pas encore là, lui dit Yuki.

Shuuichi leva son grand regard pur vers lui et Eiri ne put que lui sourire en retour. Un sourire qui ne manqua d'ailleurs pas d'émouvoir Maiko qui connaissait très bien son caractère de cochon. Elle avait été jusque là habituée à sa froideur et maintenant, elle était éblouie par son romantisme et sa douceur à l'égard de son frère adoré.

Hmmm... commença le musicien. D'abord, Eiri et moi avons décidé de quitter le Japon pendant un an environ. On va aller en Europe pour nous éloigner de notre vie trop agitée et trop observée. Ca nous donnera le temps de consolider notre couple mais surtout de nous préparer pour...

Vous... Vous partez si loin ? Pourquoi l'Europe ? Pourquoi pas la Corée du Sud ? Ou Hong Kong ? Tu aimes bien Hong Kong, c'est là-bas que tu as été pour ta dernière tournée, et puis c'est bien plus proche ! le coupa Hikari en retournant s'asseoir.

Trop proche pour nous, répondit Yuki. Shuuichi et moi sommes trop populaires là-bas. Nous voulons avant tout être tranquilles et retirés de notre vie constamment épiée par des millions de gens.

C'est compréhensible mais, pourquoi maintenant ? Si peu de temps après votre mariage et alors que vous rentrez à peine de lune de miel... Et puis, Bad Luck a prévu un nouvel album il me semble, non ? Et vous, Eiri-san, vous deviez finir votre saga ! Il reste encore deux tomes, s'enquit Maiko.

Rien ne m'empêche de les écrire dans un autre pays et de les envoyer à mon éditrice, répondit le romancier.

Et moi, je viens de boucler l'album. Miri est d'accord pour se passer de la tournée promotionnelle. Elle a dit qu'un peu de marketing plus la pub que fera l'annonce de mon année sabbatique seront suffisants pour vendre à plusieurs millions d'exemplaires notre CD, renchérit Shuuichi.

Oui mais, pourquoi ? répéta sa cadette.

Après un long silence, le jeune homme répondit :

Comme je le disais tout à l'heure, Eiri et moi voulons préparer l'agrandissement de notre foyer. On a rêvé d'avoir un enfant et notre souhait nous a été accordé... Je... Je vais avoir un bébé.

Un autre silence, beaucoup plus lourd que le précédent se posa, plongeant la pièce dans une atmosphère gênante et étouffante.

Tu... Tu veux dire que... Que vous avez obtenu le droit d'adopter, c'est bien ça ? Votre dossier a enfin été accepté ? balbutia Madame Shindoo.

Mais Shuuichi ne répondit pas. Il se blottit instinctivement contre son époux et ferma un instant les yeux, comme pour se donner du courage. Eiri quant à lui, n'en revenait pas de voir que la famille de son mari autant que la sienne, refusait de croire à ce qu'elle venait d'entendre. D'accord, le fait qu'un garçon soit enceinte n'est pas la plus courante des choses. Mais tous semblaient avoir compris du premier coup et persistaient à se butter en niant l'évidence.

Ce que Shuuichi veut dire c'est qu'il attend un enfant. Il est enceinte, simplifia Eiri.

On a été voir un médecin, une très bonne spécialiste. Elle a fait de très nombreux examens qui se sont tous révélés positifs malgré le fait que je sois bel et bien un garçon. Quelque chose à voir avec "l'hermaphrodisme" d'après ce que j'ai compris, même si elle n'est pas encore tout à fait certaine de la cause de ma grossesse. Elle continue de faire des recherches sur mon cas.

Après quelques hésitations, Maiko vint s'asseoir auprès de son frère, le prit dans ses bras et lui murmura, les larmes aux yeux :

Ca me fait tellement plaisir pour vous deux. Je ne sais pas comment c'est possible mais je suis sincèrement heureuse que ce soit arrivé. Je commençais à avoir peur que vous ne puissiez jamais adopter mais là c'est encore mieux, non ? C'est même la chance de votre vie. Peu importe que ce soit bizarre ou non, vous pourrez toujours compter sur moi. Tu es mon frère Shuuichi, et vous aussi Eiri-san, alors je veux être à vos côtés pour cet évènement.

Sans lâcher Shuuichi, elle adressa un sourire chaleureux et bienveillant à Yuki, qui le lui rendit volontiers.

Je... Je ne sais pas quoi dire, dit enfin Hikari. C'est vraiment trop étrange pour moi.

Trop étrange pour que tu restes à mes côtés comme Maiko ? demanda le jeune homme d'une toute petite voix.

Il faut que tu comprennes mon chéri que, jusque là, j'ai fait de nombreux efforts. J'ai essayé de m'adapter à tes choix de vie mais je n'ai pas encore vraiment accepté ton homosexualité, tu sais... Je... J'ai l'impression de ne plus te comprendre... J'ai l'impression que tout m'échappe.

A l'évidence, elle avait du mal à suivre les changements survenus dans la vie de son fils depuis sa rencontre avec Yuki. En réfléchissant bien, c'était vrai qu'elle avait essayé de dépasser ses préjugés pour le bien de son fils et de sa famille. Elle avait été jusqu'à enseigner à Eiri l'art de la danse. Elle était même venue au mariage et s'était montrée la plus avenante possible avec son gendre. Elle avait tenté d'être une bonne mère à tous les égards. Mais là c'en était trop pour elle.

Alors même si je suis ton fils, le fait que je sois différent te dérange trop... Ca te dérange tant que ça que je sois enceinte, maman ? demanda Shuuichi d'un air presque résigné.

J'aurais dû savoir qu'avec cette histoire de mariage de pédés, ce ne serait que le début des problèmes ! gronda alors la voix de Shindoo Seichiro en entrant d'un pas furibond dans la pièce. Qu'est-ce que j'ai fait au ciel pour avoir un fils comme toi ? Je croyais t'avoir inculqué les bonnes bases de la vie. Les notions comme l'honneur, le respect de sa famille... Mais ça n'a pas suffit ! hurla-t-il en traversant le salon en direction de son fils. Tu as déshonoré ta famille aux yeux de tout le pays en te montrant au bras de cet homme et maintenant quoi ?!

Shuuichi pleurait déjà toutes les larmes de son corps, tremblant de tout son être. Instinctivement, comme un petit enfant qu'on gronde, il ramena ses genoux contre lui et se boucha les oreilles en plaquant ses mains dessus, sous les yeux stupéfaits de Yuki qui était vraiment loin d'imaginer la violence de Monsieur Shindoo.

Tu... Tu es enceinte ?! TU ME DEGOUTES ! s'écria celui-ci en repoussant violemment Maiko qui était encore auprès de son frère pour saisir Shuuichi par le col, le levant du canapé sans trop d'efforts.

Avec une force surprenante, le père jeta son fils au sol. Perdu dans ses larmes, Shuuichi ne se défendit pas même pas lorsque son père le gifla une première fois. Et il n'aurait certainement pas réagi non plus au deuxième coup si Eiri n'avait pas arrêté le geste de Shindoo père.

Ca suffit, gronda-t-il, hors de lui.

Il avait toutes les peines du monde à ne pas briser la nuque de connard qui avait osé lever la main sur son amant. Lorsque son beau-père se tourna pour lui jeter un coup d'œil chargé de haine, il eut du mal à réprimer une exclamation de stupeur lorsqu'il se retrouva face à un visage froid et menaçant. Le regard d'ambre de l'auteur affichait une expression assassine ; une expression qu'il s'était pourtant juré de ne plus montrer à qui que ce soit. Celle-là même qu'il avait adressée à Aizawa après le viol de Shuuichi.

Lâchez-le, ordonna-t-il avec une voix si grave que sa seule résonance suffisait à faire frissonner de terreur toutes les personnes présentes dans la pièce.

C'est vous qui allez me lâcher, répliqua cependant Seichiro en tentant de se dégager de l'emprise du romancier mais sans succès.

Pour que vous leviez encore la main sur lui ? Hors de question.

Sinon quoi ? Vous me tuerez comme vous l'avez fait avec votre professeur il y a neuf ans ?

Devant le regard stupéfait de Eiri, il ajouta avec un rictus mauvais :

Que croyez-vous ? J'avais lu ce journal avant de vous le donner.

Reculant d'un pas, comme confronté au fantôme de son passé, Eiri desserra son étreinte. Il n'en fallu pas plus à Seichiro pour se dégager complètement. Shuuichi avait quant à lui repris ses esprits. Les paroles de son père avait eu plus d'effet encore que le coup qu'il avait reçu. Alors c'est lui ? C'est lui qui a donné le journal à Eiri ? Il me déteste donc à ce point ? Il leva les yeux vers son époux pour trouver de la panique et de la peur dans son regard. Il a tenté de nous faire du mal avec et maintenant il recommence en rappelant à Eiri son passé de manière aussi brutale... Ca veut dire que depuis longtemps il savait... Il savait pour tout... Pour le passé d'Eiri, pour mon viol... Il sait à peu près tous les détails de notre vie à cause de moi !

C'est avec les larmes aux yeux qu'il se releva sous le regard inquiet et abasourdi de sa sœur et de sa mère. C'est sûr que ce devait être un choc pour elles. D'abord la dispute, puis ça... Ce n'est pas tout les jours que l'on découvre qu'on a un assassin dans la famille. Avec l'annonce de sa grossesse, Shuuichi ne doutait pas qu'il en faudrait à peine plus pour que ça mère fasse une dépression nerveuse.

Tu n'as pas le droit, dit le jeune homme. Tu n'as pas le droit de le juger de cette façon, pas plus que tu n'as le droit de me juger moi ! Tu es un menteur et un voleur. Et tu détournes la vérité comme ça t'arrange. Tu dis avoir lu mon journal, donc tu dois savoir ce qui est arrivé exactement il y a neuf ans. Eiri n'a fait que se défendre, rien de plus.

Il passa devant son père et s'interposa entre lui et Yuki. Avec douceur, il prit la main du blond et dit à son père d'un air de défi :

Puisque je te dégoûte autant, alors je ne voudrais pas risquer de salir ton beau tapis. Je m'en vais et je ne compte pas revenir de si tôt. Honnêtement, j'étais loin de m'imaginer que tu me haïrais à ce point. J'avais voulu croire, ne serait-ce qu'espérer un peu, que malgré tout le bonheur de ton fils t'importait un peu. Mais tout ce que tu as toujours fait c'est chercher à me faire du mal au travers de ma relation avec Eiri parce que tu as appris au travers de mon journal combien elle était importante pour moi, mais très fragile.

Je hais ce que tu es devenu. D'ailleurs, je n'ai même plus envie de te considérer comme mon fils. Tu as raison, tu pourrais salir notre famille. Alors sors et ne reviens jamais ! siffla Seichiro avec rage.

Les larmes revinrent dans les yeux de Shuuichi qui, du coin des yeux pouvait voir sa sœur dont le visage était innondé par les pleurs du chagrin.

La main de Yuki se resserra dans la sienne, tirant le jeune homme de sa contemplation douloureuse.

Vous ne savez pas ce que vous perdez : votre fils était l'un de vos biens les plus précieux et vous le perdez aussi lamentablement. Moi qui me plaignais de mon père, je me rends compte maintenant que, malgré les apparences, je ne suis pas si mal loti en fin de compte.

Mon fils est mort le jour où il a quitté notre toit pour le plaisir de se faire enculer par un homme tel que vous, qui n'a aucune décence, pas même celle de refuser les avances d'un gamin. Vous auriez pu empêcher tout ça ! J'ai perdu mon fils par votre faute ! VOUS M'AVEZ PRIS MON FILS ! SHUUICHI N'EST PLUS MON FILS ! C'est n'est plus qu'un monstre dépravé !

Le coeur d'Eiri se serra. Qu'est-ce que j'ai fait ? Tout allait bien entre Shuu et ses parents jusqu'à ce que j'entre dans sa vie. Son père a raison, c'est moi qui ai accepté les avances de Shuu. Si j'avais voulu le repousser, j'aurai facilement pu. Mais la vérité c'est que j'étais autant amoureux de Shuuichi que lui de moi. Et par égoïsme, c'est MOI qui ait fait avancer notre relation, poussant Shuuichi à m'aimer davantage encore, pour qu'il ne me quitte jamais. Il n'avait pas besoin de moi, mais moi j'avais besoin de lui, de sa lumière, de sa présence, de sa chaleur, de son amour...

Comme s'il avait senti les doutes en Yuki, le musicien passa ses bras autour de son époux, le serrant avec force, et lui murmura :

Ne m'abandonne pas. J'ai besoin de toi, Yuki. Le bébé et moi avons besoin de toi...

Jamais, mon cœur, répondit simplement le blond en resserrant lui aussi son étreinte.

Il sourit tendrement à la simple idée de la famille qu'il allait fonder. Cette unique pensée suffit à lui redonner toutes ses forces et avec un ton dur et froid, il dit à Hikari et Seichiro :

Puisque vous ne voulez plus de votre enfant, il n'a plus rien à faire ici. Je le ramène chez nous. Au moins maintenant on sait tous à quoi s'en tenir. Vous êtes au courant pour le bébé alors il ne tiendra qu'à vous de venir voir votre petit enfant, mais à la seule condition que vous l'acceptiez comme il sera.

Il prit Shuuichi par la main et quitta la pièce pour le couloir. Ils se dirigeaient vers la porte quand lui et son mari entendirent :

Vous êtes vraiment les pires idiots que j'ai jamais vu ! Comment vous avez pu faire ça ? Il nous a offert une chance de faire partie de sa vie et vous l'avez rejeté ! C'est votre fils !

Maiko semblait vraiment hors d'elle.

Tu t'adresses à tes parents, surveille ton langage ! s'écria Seichiro.

Non ! C'en est trop ! Shuuichi et moi avons toujours tout fait pour vous rendre fiers mais quoi qu'on fasse, ça ne suffit jamais ! De toutes façons, je ne vois pas pourquoi je t'écouterais, papa. Après tout, tu t'es permis de lever la main sur ton propre fils et de lui dire les pires abominations qui soient ! Pourquoi je devrais me retenir de te dire ce que je pense ? Et ce que je pense c'est que je te déteste pour ce que tu as fais ! Tu lui jettes la pierre mais c'est de ta faute et non de la sienne si notre famille est si triste et toute disloquée maintenant ! Toi et ton orgueil, tes préjugés et ta stupidité !

Un claquement sec retentit, suivit d'un faible sanglot. Shuuichi et Eiri allaient retourner au salon quand la voix de Maiko éclata avec force.

Ca ne changera rien ! Au contraire ! Et maman est au moins aussi stupide que toi ! Elle est si passive qu'elle laisse sa famille se briser sous ses yeux sans rien dire ! Je ne vois vraiment pas ce qui me retient encore ici ! De toutes façons je pars pour Kyoto dans quatre jours pour ma rentrée à la fac alors autant que je me casse maintenant !

Et sur ce, elle déboula dans le couloir, toujours en larmes.

Maiko ? appela doucement Shuuichi en s'approchant de sa sœur.

Shuu... Shuuchan ? Vous étiez encore là ?

Oui. Et on a tout entendu, répondit Eiri.

Avec un petit sourire amer, Maiko essuya ses larmes du revers de sa manche. Soudain, elle adressa à son frère et son mari un regard presque implorant.

Emmenez-moi avec vous. Je ne vous dérangerai pas ! Je vais bientôt partir pour Kyoto de toutes façons... Ne me laissez pas avec eux...

Pris de court, Shuuichi mit un temps avant de répondre :

D'accord, on trouva un moyen pour que tu sois tranquille même après notre départ demain.

Je vous rejoins à la voiture !

Et là-dessus, la jeune fille grimpa les escalier vers sa chambre. Le couple quitta la maison et rejoignit la Mercedes en silence. Le regard triste mais résolu du chanteur en disait long sur ce qu'il éprouvait. Ce n'est qu'une fois à l'intérieur que Yuki dit :

Rien ne vous empêchera ta sœur et toi de revoir votre mère quand vous en aurez envie, du moment que tu ne croises plus ton père.

Mais je m'en veux...

De quoi ? C'est lui qui t'a rejeté et non l'inverse. Il a brisé le cœur de sa famille, pas toi.

Puis, doucement, Eiri pris le visage de Shuuichi entre ses mains et regarda attentivement la marque bleuté sur sa mâchoire, à l'endroit où il s'était pris le coup de son père. La simple vue de cette ecchymose mettait le blond hors de lui. Il n'aurait jamais dû laisser Shuuichi recevoir ce coup, il aurait dû intervenir plus tôt. Ca ne doit plus arriver... se promit-il.

Tu as un joli bleu. Tu as mal ?

Oui, répondit tout bas le garçon. A mon cœur. J'aurais dû me défendre. Si tu n'avais pas été là, il aurait pu faire du mal à notre bébé, ajouta-t-il en posant ses mains sur son ventre.

C'est vrai, approuva Eiri, un peu plus froidement qu'il ne l'avait voulu. Mais je devais forcément être là, parce que je suis ton mari et le père de ce bébé.

C'est le moment que choisit Maiko pour entrer dans la voiture. Elle monta à l'arrière avec un énorme sac de sport et un sac à dos.

Voilà, je n'ai rien besoin d'autre pour partir à Kyoto. Mes meubles sont déjà là-bas.

Tu es toujours certaine de vouloir partir ? demanda Yuki en lui jetant un coup d'œil grâce au rétroviseur.

Oui ! Je n'ai plus rien à faire avec eux.

Alors je pense que je vais demander à Hiro de s'occuper de toi pendant les deux-trois jours avant ton départ pour Kyoto. Miri ne sera pas là puisqu'elle nous accompagne à Paris pour nous confier les clés de son appartement là-bas, alors ta présence fera un peu de compagnie à Hiro. Et tu pourras nous rendre visite en France chaque fois que tu voudras. Tu n'auras qu'à m'appeler et on te paiera le voyage. Quant aux parents, s'ils ne veulent plus payer tes frais d'étude, je le ferai, pareil pour ton loyer.

Shuuichi était si heureux et si reconnaissant envers sa sœur qui, contrairement à leur mère, le soutenait... Il était prêt à tout pour sa cadette. Elle avait tourné le dos à leur famille pour lui, elle avait fait là un énorme sacrifice. Et pour ça, il ne la remercierait jamais assez.

Sur ce, les Uesugi et la jeune fille partirent vers l'appartement du couple. Demain était un jour nouveau, un pas de plus vers ce grand évènement... La naissance de leur enfant. Leur paternité.

XXX XXX XXX

Ndla : (1) Les occidentaux sont nuls pour les kanjis et même les japonais doivent demander avec quels kanji s'écrivent les noms propres, puisque plusieurs kanjis peuvent se prononcer de la même façon. (2) Quel sadique ce Yuki, mwehehehe... En fait, je suis quand même plus sadique que lui (3) Réferez-vous au chapitre 10, quand Tatsuha passe dans les studio de NG. (4) Encore un clin d'oeil à notre Gad national (5) Surtout que "sama" est tout sauf une marque de familiarité.

Notes : Un chapitre assez sombre n'est-ce pas. La rupture d'une famille n'est jamais une bonne chose. Mais je voulais une note de drama pour constraster avec l'heureux évènement à venir et le chapitre 10 qui était plutôt comique. Le 12 est déjà commencé alors un peu de patience. Merci à tous pour votre soutien et n'oubliez pas ma tite review Ja'ne !

Lexique :

Onegai : S'il te plait

Sensei : Titre signifiant professeur, mais aussi docteur.

Koko de suitte wa ikenai : C'est interdit de fumer ici !

Sugoi : Fantastique !

Daijobuka : Comment ça va ?

Hai, iidesu : Oui, tout va bien.

Ohayo gozaimasu : Bonjour (le matin avant 11h).

Hajimemashite : Enchanté de vous rencontrer.

Chichi : Papa (quand on parle du sien à une tierce personne).

PS: Notez que le "su" en japonais se prononce "s" la plupart du temps, surtout quand il est en fin de mot. Je pourrais marquer seulement "s" mais je préfère rester fidèle au syllabaire d'origine.