Titre : Des surprises à la pelle.
Auteur : Patpat.
Bêta-lectrice : Drudrue.
Source : Gravitation.
Genre : Yaoi, Shounen-ai, Mpreg, Lemon.
Rating : M.
Pairing : Yuki Eiri / Shindou Shuuichi.
Disclaimer : Gravitation appartient à Maki Murakami. J'ai ajouté quelques OC en plus de Miri : Kendra Robins, et Salomée et Séphora.
Notes : Voici venir le chapitre 13... Le chapitre qui porte malheur... Mwahaha ! Bon en fait c'est vrai que le chiffre 13 n'est pas pour m'aider en matière d'écriture puisqu'il semble que dans chacune de mes fics, c'est toujours pour ce chapitre-là que je manque d'inspiration. Quoi qu'il en soit, cette fois Yuki va découvrir par lui-même les joies de la vie en France et Shuuichi aura son cadeau d'anniversaire avec un peu de retard. Comme on dit : "Mieux vaut tard que jamais", hein ? En attendant bonne lecture à tous et merci de m'être toujours aussi fidèles.
PS : Dans le chapitre 12, Miri se vante d'avoir en sa possession l'unique exemplaire du tome 11 d'Evangelion. Bah en fait je me suis plantée parce qu'il est sorti tout recemment au Japon !
ATTENTION ! Ce chapitre contient une scène à forte contenance en yaoi ! (Devinette : C'est blanc et crémeux, mais c'est pas du Yop et ça fait pas grandir )
Dialogues en gras. Pensées en italique.
Chapitre 13 : L'art de l'adaptation.
Les premières heures dans leur nouvel appartement s'étaient vraiment bien passées : Yuki et Shuuichi avaient passé commande à la pizzeria du coin - après en avoir trouvé le numéro dans une petite boîte sur laquelle était inscrit "repas rapides" posée sur le frigo - afin de sustenter leur faim, avaient pris un bon bain emprunt de caresses et de douceur ensemble, ça sonne mieux, puis étaient allés au lit afin de rattraper leur manque de sommeil dû à leur long voyage et au décalage horraire. En fermant les yeux, son amour et leur enfant à naître blottis dans ses bras, Eiri avait espéré dormir aussi longtemps que possible. Mais évidemment, c'était encore trop demandé.
Yuki ?... Yuki ?
Dans son profond sommeil, l'écrivain entendait la voix d'un ange l'interpeller... Mais plus il l'entendait, plus elle lui semblait forte, et plus il se sentait tirer de son comfortable rêve. Finalement il prit conscience que ce n'était pas un ange mais bel et bien son démoniaque petit mari qui tapotait sur son épaule en l'appelant encore et encore et encore... Et à chaque tapotement, il sentait l'agacement et la colère monter en lui aussi rapidement qu'on faisait monter une mayonnaise. Peut-être que si je l'ignore il s'arrêtera... songea-t-il.
Yuki ? - Tapotememnt - Yuki ?! - Tapotement - Yuki ?!!! - Tapotement - Yu-
Bordel ! Tu peux pas me foutre la paix que je puisse dormir, non ? C'est trop te demander ?! s'exclama le romancier en se redressant d'un bond.
Shuuichi sursauta et, sur le coup, ne lui donna aucune réponse. Alors Eiri poussa un soupir soulagé et s'apprêta à se rallonger. Mais lorsqu'il entendit un petit sanglot et un bruyant renifflement, il sut qu'il y était peut-être allé un peu trop fort. D'un geste las, il alluma la lampe de chevet et, ses yeux éblouis par la soudaine clarté de la pièce, se tourna vers le chanteur. Celui-ci se frottait les yeux avec ses adorables petits poings en pleurant à chaudes larmes. Voyant cela, Eiri se sentit partagé entre deux possibilités :
- Solution 1 : Ignorer le chagrin excessif de son époux et ses larmes de crocodile pour retourner au pays des joyeux rêves du Monde imaginaire et de la fée Clochette, puis le lendemain faire face à un sentiment de culpabilité insupportable. En effet, c'était là la solution des maris indignes et négligeants, ou des connards sans coeur et dégoulinants d'égoïsme.
- Solution 2 : Prendre le frêle jeune homme dans ses bras, consoler son chagrin, lui tirer un baiser ou deux, et pourquoi pas plus ? Après tout, puisqu'ils étaient réveillés, pourquoi ne pas en profiter ? Mais alors ce serait encore de l'égoïsme, et une certaine forme d'abus... Profiter du chagrin d'une innocente créature pour satisfaire sa soif de sexe était un acte totalement répréhensible.
Finalement, il opta pour une solution tierce, un peu à mi-chemin entre les deux autres.
Qu'est-ce que tu veux ? grogna-t-il, sa voix encore ensommeillé.
Je... Je... Je veux un câlin ! réclama Shuuichi en se jetant au cou de Yuki qui manqua de perdre son équilibre et de se retrouver les quatres fers en l'air au pied du lit.
Enfouissant son visage au creux du cou de son adoré, le musicien se laissa câliner un instant (disons plutôt que Yuki se contentait de lui frôter le dos distraitement, somnolant encore un peu). Puis lorsque les chouinements de son petit Shuu cessèrent, le blond entendit un faible murmure contre son épaule.
Qu'est-ce que t'as dit demanda Eiri en baillant à s'en déboîter la mâchoire.
Je disais que j'ai faim, répondit Shuuichi en levant vers lui un regard de petit chiot abandonné.
Comment ça t'as faim ? Tu t'es enfilé une pizza pour quatre personnes à toi tout seul, plus une partie de la mienne.
Je sais, oui... Mais j'ai faim quand même.
Bah lève-toi et va chercher ce que tu veux dans le frigo. C'est une chance que Miri ait demandé à son employé de faire quelques courses avant qu'on arrive.
Oui mais... Je sais déjà que y'a pas ce que je veux dans le frigo...
Et bien fais avec ! On ira faire les courses demain matin, statua le blond en repoussant d'un coup son amoureux avant de se ralonger en lui tournant le dos.
Mais Yuki... Je veux des pokkii ! geignit le garçon à la chevelure noire.
Putain ! Shuuichi ! Va prendre un truc dans le frigo et fous-moi la paix. Si tu as si faim que ça alors tu pourras bien te contenter de ce qu'il y a !
Uesugi Eiri ! Va me chercher des pokkii IMMEDIATEMENT ! s'écria le chanteur de toute la puissance de sa voix, sur un ton autoritaire qui fit sursauter son époux.
En effet, tellement surpris et peu habitué qu'il était à ce qu'on s'adresse à lui de cette façon - surtout par son adorable petit koala - il fit un bond de trois mètres en l'air comme un chat terrorisé avant de retomber comme une loque, sur le cul, au pied du lit. Il lui fallut quelques instants pour calmer les battements frénétiques de son coeur avant de se relever, à la fois effrayé et en colère. Lorsqu'il se redressa et fit face à Shuuichi, l'expression de dureté que le jeune homme affichait le fit reculer d'un pas. Il avait l'air bien déterminé à obtenir ce qu'il voulait. Et ce qu'il voulait c'était des pokkii, acheté avec amour (un peu forcé) par son Yuki, en plein milieu de la nuit, dans une ville qu'il ne connaissait absolument pas.
Shuuchan, commença Eiri, tout doucement, espérant calmer la furie, je ne peux pas aller te chercher des pokkii à cette heure-ci de la nuit. D'abord parce que je suis complètement épuisé, puis aussi parce que je ne connais pas du tout le quartier. Je ne sais pas où trouver une épicerie. On est aux Champs Elysées, y'a pas de superette aux alentours à mon avis.
Va me chercher des pokkii, gronda Shuuichi d'une voix si grave qu'on aurait dit qu'il était possédé par le démon. Puis il ajouta un tout petit "S'il te plait ?" d'une voix douce accompagnée de son magnifique sourire de bambin, papillonant des yeux.
Eiri déglutit bruyamment avant de détourner le regard, se passant une main dans les cheveux, et marmona :
Bon, d'accord. Je vais te chercher tes pokkii. A la fraise je suppose ?
Hai !
Tu veux autre chose avec ça ? Parce qu'il est hors de question que je ressorte.
De la crème glacée au cappuccino, du wasabi et des chips à la cacahouette, répondit Shuuichi sans cesser de sourire.
Cappuccino ? T'as horreur de la glace au cappuccino, non ?
Discute pas et obéis, Eiri ! grogna le garçon, reprenant son attitude de psychopathe avec son regard effrayant de sérial killer.
L'écrivain se hérissa, son dos parcouru de frissons d'horreur, puis se hâta d'enfiler quelques vêtements (il était tout nu, le coquin ) avant de se précipiter vers l'entrée de l'appartement, d'enfiler ses chaussures et de partir. Shuuichi entendit la porte claquer, compta jusqu'à trois avant d'entendre la porte se rouvrir, suivi d'un bruit de clés, puis de nouveau la porte qui se ferme.
Hihihihi ! Tu vois mon bébé, j'en fais ce que je veux de ton père, ricana-t-il en caressant affectueusement son ventre encore plat. Il suffit de savoir comment le prendre. Je lui ai fait si peur qu'il a failli partir sans ses clés ni son portefeuille.
Pendant ce temps...
Eiri conduisait dans la ville quasiment déserte à cette heure-ci de la nuit, ou plutôt du matin puisqu'il était seulement 3h30. Les lumières qui éclairaient la capitale française la rendaient encore plus magnifique de nuit que de jour et le romancier se promit distraitement d'emmener son petit mari en promenade un soir, histoire de lui montrer la beauté de la ville. Les yeux lourds de sommeil, il décida - chose ô combien rare de sa part - d'allumer l'autoradio et de mettre du hard rock à tue-tête. Il tomba facilement sur une station qui en diffusait et le crissement des cordes de guitare, la battement des caisses de la batterie et les hurlements du chanteur à la voix rocailleuse suffirent amplement à le réveiller pour de bon cette fois.
Désormais pleinement concentré sur sa tâche, à savoir trouver une épicerie pour acheter les quelque bricoles réclamées par son amant, il commença à jeter des coups d'oeil à sa droite et à sa gauche dans l'espoir de trouver une épicerie ouverte. Mais il lui semblait assez improbable de trouver un konbini (1) dans un quartier aussi chic que celui des Champs Elysées. Va falloir que je m'éloigne du centre... A vrai dire, Eiri n'avait pas vraiment peur de prendre les petites rues : il avait la chance d'avoir une excellente mémoire spaciale et un sens de l'orientation hors du commun. Ainsi donc, de nuit comme de jour, il lui suffisait de faire une fois le chemin pour être capable de le refaire dans l'autre sens et réemprunter le même itinéraire ultérieurement. Cette balade nocturne était une bonne occasion pour lui d'explorer cette si grande ville (2).
Il finit donc par arriver dans les quartiers populaires, l'endroit de la ville où les traiteurs grand luxe étaient remplacés par des épiceries, où les boutiques de haute-couture laissaient place au prêt-à-porter des enseignes nationales et où les voitures de haute marque se faisaient immédiatement remarquer parmis les véhicules les plus courants. Je sais pas si j'aurais préféré avoir ma splendide Mercédès au lieu de cette Ford cabriolet rouge. Laquelle aurait le plus de chance de se faire voler ici ? Bon, ok, j'arrête. On est pas non plus dans une zone dangereuse. Au pire, quand je me serai garé, y'aura trois ou quatre gars qui la regarderont avec un peu trop d'intérêt... se dit l'écrivain sans cesser de chercher une épicerie.
Bon sang mais c'est quoi cette ville dortoire ? Y'a pas un konbini ou le moindre bouiboui du même genre dans les parages ? Si je rentre les mains vides, Shuuichi va me faire la peau ! Ou pire, il va refuser qu'on fasse l'amour pendant je ne sais combien de temps ! Non, non, non ! Faut à tous prix que je trouve une épicerie.
Et comme par miracle, il remarqua, un peu plus bas dans la rue dans laquelle il venait de s'engager, une épicerie de quartier encore ouverte, avec au-dessus un panneau lumineux annonçant "Caddie-Marché, 24h sur 24". Il trouva une porte de garage devant laquelle il put se garer avec les warnings le temps de faire ses courses.
En entrant dans la superette, il salua d'un hôchement de tête l'adolescent qui gardait la caisse, son baladeur sur les oreilles, puis s'enfonça dans les rayons avec un panier à la main. Il commença par le rayon des surgelés afin de prendre la glace au cappuccino qu'il trouva sans trop de problème. J'ai quand même de la chance, c'était le dernier pot. Il se dirigea ensuite au rayon des boissons, se disant qu'il pouvait tout aussi bien en profiter pour s'acheter quelques bières. Manque de chance pour lui, il n'y avait pas sa bière préférée, la Asahi (3), alors il se contenta d'une marque allemande en attendant de pouvoir trouver sa bière japonaise. Il passa ensuite devant le rayon des pâtisseries : il n'y avait pas beaucoup de choix mais au moins il y avait une tarte aux fraises. Certes, il préférait les shortcakes à la fraise, mais quand il s'agissait de pâtisseries françaises, il ne faisait plus vraiment de distinction, sutout que cette tarte avait l'air particulièrement délicieuse avec sa crème pâtissière, sa pâte sablée, son sucre caramélisé et ses petites décorations à la chantilly. Ravalant sa salive avant que quelqu'un ne le surprenne en train de baver lamentablement devant une simple tarte, il se saisit donc du gâteau et l'ajouta au panier.
Restaient encore les chips à la cacahouettes, le wasabi et les pokkii. Il commença par prendre un tube de la petite moutarde verte au rayon des épices puis bifurqua vers le rayon des sucreries et grignotages. Il y repéra les chips et en prit deux paquets, juste au cas où. Puis il avança de quelques pas afin de prendre les pokkii à la fraise. Il eut la bonne surprise de découvrir qu'en France, les pokkii s'appelaient "Mikado". Quel nom stupide... Il se mit donc en quête du parfum fraise pour son petit Shuu. Chocolat noire, chocolat au lait, chocolat et caramel, chocolat et pepites de noisettes... Où est la fraise ? Pitié, faites qu'il y'en ait à la fraise ! Mais Eiri avait beau chercher, il n'y avait pas de pokki à la fraise, pas même une petite boîte de rien du tout.
Do yo have some strawberry Mikado ? demanda-t-il à l'attention du cassier qu'il avait rejoint. (Patpat : Je vais traduire. Est-ce que vous avez des mikado à la fraise ?)
Le garçon lui jeta un regard dubitatif avant de répondre en français :
Désolé mais je parle pas anglais.
A son tour, Eiri fronça les sourcils, n'ayant pas compris un traître mot de ce que l'adolescent venait de lui répondre. Avec ma chance, ce mioche ne pige rien à l'anglais. Encore un môme inculte du calibre de Shuuichi. Il retourna donc au rayon des Mikado, prit une boîte et la montra au gamin.
Strawberry ? redemanda-t-il. (Fraise ?)
De son côté, le garçon semblait se demander ce que ce gars lui voulait en répétant "strawberry". Je comprends mieux pourquoi maman voulait que je choisisse l'anglais en première langue au lieu d'italien, se dit-il, se sentant complètement stupide. Il prit donc son téléphone portable, composa le numéro de sa soeur. Il avait de la chance qu'elle soit bilingue anglais-fraçais. Quand j'ai choisi italien, les parents m'ont fait tout un cake, et elle elle choisit anglais et tout le monde la félicitebougonna-t-il en attendant que ça décroche.
Allo, Katia ? Désolé de te déranger en pleine nuit mais j'ai un client qui parle anglais et je pige que dalle à ce qu'il me raconte. Tu peux traduire s'il te plait ? l'entendit dire Yuki. Ok, je te met sur haut-parleur.
L'adolescent tripota quelques boutons sur son téléphone et le posa sur le comptoire entre lui et le blond.
Can I help you ? dit-une voix féminine. (Je peux vous aider ?)
Un brin soulagé de trouver enfin quelqu'un qui parle un langage intelligible pour lui, même si c'était au travers d'un téléphone, Yuki répondit :
I'd like to know where I can find strawberry mikado. (Je voudrais savoir où je peux trouver des mikado à la fraise.)
Mikado ? You mean the little sticks with chocolate on it ? (Mikado ? Vous voulez parler des petits bâtonnets avec du chocolat dessus ?)
Yeah. But I'd like strawberry ones. (Oui mais j'aimerais ceux à la fraise.)
I'm sorry, they're only available in Japan. I don't know if there's somewhere in Paris where you could find them. (Je suis désolée, on ne peut s'en procurer qu'au Japon. Je ne sais pas s'il y a un endroit à Paris où vous pourrez en trouver.)
Eiri fronça les sourcils et jura.
Damn it... If I'd known, I would've brought a whole box of it ! Shuuichi will kill me ! (Putain... Si j'avais su j'en aurais emporté un carton entier ! Shuuichi va me tuer !)
Alors, la voix à l'autre bout du téléphone lui dit :
I'm really sorry. You should try ordering them on the Internet. (Je suis vraiment désolée. Vous devriez essayer de les commander sur internet.)
I don't think I have the choice. Thanks. (J'ai pas trop le choix. Merci.)
You're welcome (De rien)répondit la fille avant de parler de nouveau en français au caissier. C'est bon, il a eu le renseignement qu'il voulait. Tu peux raccrocher.
Et là-dessus, sans ajouter un mot, elle raccrocha.
Eiri se demanda un instant quoi faire, puis choisit de prendre une boîte de pokkii au chocolat noir, juste au cas où Shuuichi accepterait de s'en contenter en attendant d'avoir ceux à la fraise. Il paya pour ses articles, salua le caissier d'un simple "Bye", puis rejoignit sa voiture. Comme c'était à prévoir, il y avait deux petits branleurs en train de reluquer le bolide rouge, l'un admirant le design extérieur, l'autre la tronche collée sur la vitre conducteur, sans doute à la recherche de quelque chose à voler.
Avançant d'un pas assuré, une expression froide et un regard meurtrier dans les yeux, Yuki continua d'approcher, pas le moins du monde impressionné par ces deux idiots. Agissant comme s'ils n'étaient que deux insectes sur son parbrise, Eiri sortit sa clé et s'approcha de la portière côté conducteur.
Hé ! Regarde, le proprio de la caisse est arrivé. J't'avais dit qu'il devait pas être loin s'il avait laissé les cligno ! lança celui qui regardait l'arrière de la voiture à celui qui matait l'intérieur.
Celui-ci redressa la tête et se retourna pour voir arriver un grand blond d'au moins un mètre 85 facile, une expression dure sur le visage.
Yo ! T'essayes de m'impressionner, vieux lança-t-il à l'encontre de l'homme habillé avec des fringues classes qui se tenait maintenant pas bien loin de lui. Oh ! T'as ramené les clés de ma future voiture ? C'est sympa, merci.
Eiri se contenta de hausser un sourcil, se demandant ce que ce débile essayait de lui dire. Puis il saisit aussitôt toute la "subtilité" de ses mots lorsqu'il le vit sortir un couteau à cran d'arrêt et le pointer vers lui de façon menaçante. Toujours aussi impassible, Yuki se contenta de le regarder d'un air blasé comme lorsqu'on regarde la chaîne parlementaire.
Vas-y ! File-moi les clés, espèce de trou du cul de bourgeois ! Et me regarde pas de haut ou je te plante direct ! cracha la racaille.
L'absence de réaction de la part du blond dut l'énerver davantage puisqu'il s'approcha de lui en tentant de lui donner un coup de couteau. Mais voilà, même avec la main droite de prise par son sac de courses, Eiri restait très rapide et adroit. Il n'eut donc aucun mal à attraper le poignet de la petite frappe au vol. Il resserra son étreinte pour lui faire lâcher son arme et aussitôt après, il le fit pivoter sur lui même en lui plaquant son bras dans le dos.
Oh, vas-y aide-moi toi ! lança-t-il à son ami, mais il se rendit compte que celui-ci avait depuis longtemps pris la fuite.
Eiri le fit se retourner violemment et avec un regard noir à vous glacer le sang, il gronda :
Jerk it out, you brainless bastard. Next time, I'll beat your ass until you cry like a baby and beg for mercy. (Dégage, espèce de connard sans cervelle. La prochaine fois, je te fous ta raclée jusqu'à ce que tu pleures comme un bébé en demandant pitié.)
Et comme s'il avait vu le croque-mitaine en personne, le jeune homme détala comme un lapin sans demander son reste. Eiri le regarda partir, se gratta le derrière de la tête d'un air crétin et marmona :
Je pensais pas lui faire si peur que ça pourtant...
Il monta en voiture, deposa les courses sur le siège passager et démarra. Au bout d'un bon quart d'heure de route (il avait grillé quelques priorités au passage et avait manqué de se faire remarquer par des flics) il regagna l'avenue Montaigne (4). Il était épuisé et ne rêvait que d'une chose : son lit ! L'oreiller moelleux, les draps lisses et doux, la couette chaude et tendre... Shuuichi tout nu...
Il sortit de son état végétatif lorsque le "Ding" de l'ascenseur résonna, lui annonçant qu'il était arrivé au dernier étage. Il bailla, la fatigue commençant sérieusement à prendre le dessus sur lui. Il glissa maladroitement la clé dans la serrure, ouvrit la porte et referma les verrous derrière lui.
Oh ! Mon Yuki ! T'en a mis du temps ! J'étais inquiet ! J'avais peur que quelqu'un t'ai fait du mal ! Ca va ? T'as rien ? Tu t'étais perdu ? Tu veux un café ? Tu veux un bisou ? s'enquit Shuuichi en se jetant sur lui comme un rescapé à une bouée de sauvetage.
C'est bon, c'est bon. J'vais bien, ok ? fit-il en se dégageant de l'étreinte étouffante du garçon.
En entrant dans le salon après avoir ôté ses chaussures (les vieilles habitudes sont tenaces), il remarqua que les halogènes avaient été allumés au minimum, diffusant une douce lumière dans la pièce. C'était une bonne chose parce qu'épuisé comme il était, il ne valait mieux pas l'aveugler avec une lumière trop agressive. Il déposa le sac de courses sur la table basse et enleva sa veste. Il se traînait en direction de la chambre quand la petite voix douce de Shuuichi l'appela.
Yuki ?
Nanda ? grogna-t-il en s'arrêtant, sans pour autant faire face à son époux.
T'es pas fâché, ne ?
J'suis crevé, c'est tout. Laisse-moi dormir.
Il allait continuer son chemin lorsqu'il entendit un petit sanglot derrière lui. Non, pitié, pas encore une crise de larmes Il prit une longue et profonde inspiration puis se retourna, prêt à affronter la fontaine humaine qu'était Shuuichi. Mais à sa grande surprise, le jeune homme n'était pas en train de fondre en larmes sur le coup d'un caprice. Non, cette fois, il avait la tête baissée, ses mèches noires masquant ses yeux violines, et ses épaules étaient légèrement secouées de hoquets silencieux. Et sur ses petites joues, quelques larmes roulaient avant d'aller s'effondrer sur le parquet.
Se demandant ce qui pouvait bien avoir sucité un tel chagrin - habituellement réservé pour les disputes sérieuses - Eiri fronça légèrement les sourcils. Il s'approcha lentement du chanteur et, une fois à sa hauteur, prit son visage entre ses mains et le releva. Ses grands yeux emplis de larmes lui donnèrent un pincement au coeur. Pourquoi son petit Shuu pleurait-il comme ça ?
Sans plus d'explications, Shuuichi passa ses bras fins autour de son amoureux, enfouissant son visage dans sa chemise. Décidant de ne pas brusquer son amant, le blond l'enlaça également. Puis, passant une main dans les cheveux du musicien, il demanda :
Qu'est-ce que t'as ?
Je suis désolé, marmonna le garçon contre son torse. Je t'ai mis en colère parce que je t'ai réveillé en pleine nuit et que je t'ai forcé à aller me chercher à manger.
C'est bon. J't'en veux pas... souffla Eiri, soulagé de ne pas être directement responsable d'un tel chagrin.
Hontô ka ?
Ee, hontô ni.
Le blond déposa un petit baiser sur la tête de son compagnon et celui-ci releva la tête, un petit sourire aux lèvres.
Est-ce que... Est-ce que tu veux un bisou ?... Pour me faire pardonner ? murmura-t-il en rougissant comme un coquelicot.
Hé, depuis quand t'as besoin d'une autorisation pour ça ? lui répondit Eiri avec un petit sourire en coin.
Il se pencha légèrement sur Shuuichi afin de mettre ses lèvres à sa disposition. Le plus jeune ne se fit pas prier davantage et déposa un bref petit bisou du bout de lèvres sur celles de son mari. Haussant un sourcil, le romancier demanda :
Tu deviens radin, maintenant ?
Et sans attendre sa réponse, il s'empara de la bouche de Shuuichi, l'embrassant langoureusement jusqu'à ce que l'air vienne à leur manquer.
Tu veux bien rester avec moi le temps que je mange ?
Bordel, j'suis crevé... Personne n'a donc pitié du pauvre écrivain qui doit gérer un chanteur hyper-actif et enceinte à lui tout seul ? (Patpat : Non, héhé !). Jetant un coup d'oeil à son jeune époux et voyant son regard larmoyant de petit chiot, il céda, se laissant silencieusement tomber sur le canapé. Tout content et ayant récupéré son habituelle bonne humeur, Shuuichi bondit à ses côtés, déballant le sac avec avidité.
Où sont les pokkii à la fraise ? s'enquit le musicien, en farfouillant dans le sachet plastique à la recherche de sa nourriture préférée.
Et merde, j'les avais oubliés ceux-là... grongna intérieurement le blond en se passant une main sur le visage.
Y'en avait pas.
QUOI ?!!! Et comment je suis censé survivre sans mes pokkii à la fraise, moi ?! Pourquoi t'as pas essayé une autre épicerie ?!
Y'avait pas d'autre épicerie ouverte à cette heure-ci non plus.
Comment ça ?
Il est 4h30 passé, Shuuichi. On est pas au Japon ici. L'idée du 24/24 n'a pas encore percuté dans le petit cerveau des français. Pas plus que l'idée de vendre des pokkii à la fraise.
Pas... Pas... Pas de pokkii... à la fraise ?!
Non, pas une seule boîte. Donc tu devras attendre que je les commande sur Internet demain, une fois que j'aurais eu les 10heures de sommeil nécessaires au bon fonctionnement de mon activité cérébrale. Et crois-moi, 10heures c'est vraiment le minimum syndical en ce qui me concerne.
OUINNN !!! J'ai pas de pokkiiiiiii !!!... C'est la fin du monde ! Qu'est-ce que je vais devenir ?!!! chiala Shuuichi, revenu en mode "femme enceinte hytérique", des jets de larmes jaillissant en tous sens.
Eiri n'en pouvait plus ; la fatigue, les cris, les pleurs, cummulés à l'absence d'oreiller pour son confort personnel... C'en était trop et il commençait déjà à sentir une vilaine migraine pointer le bout de son nez. Tentant de garder son calme - ce qui est très difficile quand on est un écrivain extrêmement nerveux et en manque de nicotine depuis 68 heures, 21 minutes et 39 secondes - Yuki commença à masser ses tempes en faisant de petits cercles, comptant tout bas jusqu'à dix. Finalement, il dit :
Si tu continues à piailler comme ça, je vais vraiment me fâcher.
L'effet fut immédiat. Shuuichi se calma presqu'aussitôt, séchant ses larmes avec ses petits poings, reniflant à plusieurs reprises de façon peu glamour. Lorsqu'il eut fini son cirque, Eiri gronda :
Maintenant mange ce que je t'ai ramené.
D'accord mon Yuki.
Shuuichi commença par sortir le pot de glace au capuccino et l'ouvrit. Puis il tira du sac le sachet de chips à la cacahouette et le wasabi. L'écrivain le regarda faire, curieux. Et sous ses yeux ébahi, Shuuichi versa une bonne dose de wasabi dans la crème glacée, qu'il remua un instant avant de commencer à tramper ses chips dedans comme des dipples dans du guacamole (Note de Drue : Mais il est dingue ce mec ! Il veut tuer sa fille ou quoi ? Une chose est sûre, ce sera pas pour ce soir la scène de baise toride, pas avec l'haleine putride de notre chanteur préféré, mdr). Affichant un air dégoûté devant un spectacle aussi affligeant, le blond se leva et embarqua la tarte aux fraises et les bières pour les ranger dans le frigo.
C'est bon, j'en ai assez supporté pour ce soir, je retourne au lit. Tu viendras me rejoindre quand t'auras fini, lança-t-il en retournant vers la chambre. Et interdiction formelle de toucher à ma tarte aux fraises, c'est clair ?!
Grobis ! répondit le chanteur, la bouche pleine. (Pat : Là aussi je traduis. Promis)
XXX XXX XXX
Le lendemain matin, Yuki avait trouvé Shuuichi enveloppé dans un plaid et vautré sur le canapé devant un épisode en français de "Amour, Gloire et Beauté". Notez également que sur la table basse, le jeune auteur avait retrouvé les cadavres des deux paquets de chips, du tube de wasabi, du pot de glace et de la boîte de pokkii au chocolat noir.
Pendant les quelques cinq ou six jours qui suivirent, Shuuichi avait été soumis à ce genre de petites fringales nocturne, le poussant, tel un zombi, à errer dans l'appartement en quête de nourriture. Mais heureusement, Eiri avait pris les devant en faisant les courses pour deux semaines, ajoutant au caddie des produits abracadabrants que jamais Shuuichi ou lui ne consommeraient en temps normal. Il était hors de question qu'il risque encore sa vie ou celle de sa voiture dans les rues de Paris à 3heures du matin. Heureusement pour lui, il semblait que son amant s'était amplement satisfait de ce qu'il y avait dans les placards ou le frigo.
Shuuichi avait donc adopté un nouveau style de vie : il était généralement débout vers 3heures pour son casse-croûte, regardait la télé jusqu'à 6 ou 7heures le matin puis dormait sur le canapé jusqu'à environ 11heures, ce qui laissait à Yuki l'occasion de faire la grasse matinée. Une fois réveillé, il prenait son petit-déjeuner avec son mari puis allait prendre une douche ou un bain, selon son humeur. Ensuite, il regardait encore la télé et ne prenait son repas du midi - qui consistait en un assortiment de légumes crus accompagnés d'une tranche de jambon blanc ou d'un oeuf brouillé - qu'aux alentours de 14heures. Puis il avait le droit à sa petite promenade de la journée, toujours accompagné de son amoureux qui ne faisait absolument pas confiance au sens de l'orientation (ou plutôt absence de sens de l'orientation) du musicien. Vers 18heures, ils étaient de retour chez eux et Shuuichi retournait à sa télé, se gavant de téléfilms nunuches ou de séries stupides. Parfois il dérogeait à la règle, regardant un documentaire sur la vie animale. Puis vers 20heures, un petit dîner en amoureux avec son chéri. Le reste de la soirée était entièrement consacré aux câlins et autres activités conjuguales. Puis vers minuit, dodo. Et rebelotte...
Ce qui rassurait l'écrivain dans ce nouveau rythme de vie sous le signe de la fainéantise et de la paresse, c'était que Shuuichi avait son quota de sommeil, c'ést-à-dire environ huit heures par jour. Lui, passait ses journées à lire ou à écrire, parfois il surfait sur Internet ou écoutait simplement un peu de musique (vous seriez étonnés de savoir qu'il aimait l'électro-pop britannique dans le genre de Muse). Parfois aussi, il allait rejoindre Shuuichi dans le salon, juste histoire de s'assurer que sa petite boule d'énergie n'était pas en manque d'affection. Et dans ces cas-là, comme en ce moment par exemple, il se demandait vaguement comment Shuuichi pouvait supporter de passer des heures entières à regarder des programmes dans une langue étrangère aussi complexe que le français sans rien y comprendre.
Tu es sûr que tu ne veux pas mettre les chaînes du cable ? Y'a des chaînes japonaises, tu sais, fit-il en lisant tranquillement son livre.
Oui, je sais. Mais j'ai pas envie.
Est-ce qu'au moins tu comprends ce que tu regardes ? demanda le blond en jetant un regard à l'écran.
"Victor ? Tu ne veux donc pas reconnaître Abby comme étant ta fille ? Elle est ta chaire et ton sang !
Je sais Ashley... Mais tu sais que je suis mariée à Nicky. Nous sommes heureux ensembles.
Mais elle est au courant pour ta paternité... Elle sait que je me suis faite inséminée sans ton accord avec le sperme que tu avais fait préserver après ta vasectomie."
Pour Eiri, tout ça n'était que du charabia. Non seulement il n'aimait pas les saop opéra, mais "Les Feux de l'Amour" lui sortait particulièrement par les yeux (5). Et de toutes façons, même avec toute la bonne volonté du monde, il ne pourrait pas suivre l'histoire puisque c'était en français.
Oh, Yuki. C'est tellement émouvant.
Mais oui, bien sûr... Si tu le dis... Genre que tu comprends ce qu'ils racontent...
Dans le courant de la semaine qui suivit, Eiri avait pris la décision de contacter les deux étudiantes dont lui avait parlé Miri. Ils avaient convenu d'un jour pour aller faire une petite visite de la capitale et lorsqu'ils avaient enfin rencontré les deux demoiselles, il s'avéra qu'elles étaient d'adorables jeunes filles. Séphora et Salomée étaient de nature serviable, généreuse et enjouée, un peu comme Shuuichi. Elles s'étaient donc immédiatement bien entendues avec le chanteur. L'écrivain, les ayant trouvées acommodantes et faciles à vivre, avait accépté de se laisser balader sans trop de résistance. Grâce à elles, le couple en avait découvert assez sur Paris en l'espace de trois jours de visite pour pouvoir se repérer et déambuler dans les rues sans trop risquer de se perdre. Elles leur avaient également montré comment se servir des transports en commun en cas de besoin.
Finalement, au bout de deux semaines à Paris seulement, les deux nippons avaient l'impression d'être devenus de véritables parisiens. Et quelle ne fut pas leur enchantement lorsqu'ils avaient découvert que le 1er arrondissement était le quartier japonais ! Tout le monde ou presque y parlait leur langue maternelle et surtout, Shuuichi avait put y trouver ses pokkii à la fraise et ses magazines préférés. Evidemment, pour les pokkii, Yuki l'avait un peu mauvaise puisque deux cartons entiers de ces cochonneries sucrées venait de leur être livrés en provenance d'Angleterre.
Le deuxième weekend depuis leur arrivée en France, Eiri avait décidé de suivre le conseil de Miri. Shuuichi avait eu 21 ans le 16 avril dernier et ils n'avaient pas pu fêter ça correctement à cause des préparatifs du départ. Et il avait jusqu'à lors était hors de question de vagabonder dans Paris à la recherche d'un restaurant au risque de se perdre. Mais maintenant qu'ils connaissaient suffisament bien l'endroit, le romancier ne trouva plus d'excuses pour ne pas offrir à Shuuichi une journée d'anniversaire digne de ce nom, même avec un peu de retard.
Le dimanche matin, Eiri prit sur lui d'aller à la fleuristerie la plus proche afin d'y acheter un bouquet pour son chéri. Il avait longtemps hésité ; il savait que n'importe quelles fleurs venant de sa part satisferaient Shuuichi, mais le blond ne voulait pas se contenter de si peu... Il ne s'était jamais vraiment posé la question avant. Quelle était la fleur préférée de Shuu-chan ? Il lui avait déjà offert une rose blanche il y a quelques mois, mais d'aussi loin qu'il s'en souvienne, c'était bien l'unique fois qu'il avait offert des fleurs à son époux, ou même à qui que ce soit d'ailleurs... Ah non, il lui avait ramené des oeillets bleues (6) en allant lui rendre visite chez ses parents après qu'il soit tombé malade chez Mizuki. Mais là encore, il n'avait pas le souvenir que Shuuichi lui ait dit que c'était ses fleurs préférées... "Elles sentent tellement bon que j'ai senti leur parfum jusque dans mon rêve..." avait-il dit.
Des fleurs qui sentent bon... Et qui sont jolies aussi, faudrait pas lui ramener un truc tout moche... marmona le blond en vagabondant d'un bouquet à l'autre.
Il remarqua finalement un joli bouquet, composé de ce qui semblait être des fleurs de jasmin, des lys, des fleurs de vanille et quelques petites branches de lilas rose. L'assortiment de couleurs était doux, et le parfum sucré et fleuri, léger et agréable. Sans trop regarder au prix, Eiri paya pour le bouquet, se le fit envelopper dans du papier transparent avec un supplément de rubans et partit pour la boulangerie où il acheta quelques viennoiseries pour le petit-déjeuner, et un fraisier plus qu'appétissant. Après tout, un anniversaire se doit d'être fêté avec un gâteau...
Lorsqu'il fut de retour à l'avenue Montaigne, le romancier découvrit son jeune époux encore endormi sur le divan, la tête enfouie dans un coussin et son corps dissimulé sous la couverture, ne laissant paraître de lui que sa touffe de cheveux noirs et soyeux. Avec un minuscule sourire au coin des lèvres, Eiri s'affaira dans la cuisine, commençant par ranger le gâteau au frigo. Puis il prépara le petit-déjeuner : une tasse de chocolat chaud pour Shuuichi et un café sans sucre avec un touche de lait pour lui, accompagné des croissants, chocolatines et pains aux raisins qu'il avait achetés quelques minutes plus tôt. N'oubliant pas d'ajouter sur le plateau un pot de confiture et un pot de miel, le blond embarqua le tout direction le salon. En effet, ce matin, Shuu se verrait servir le petit-dèj au lit, ou plutôt au canapé.
Doucement, Eiri s'accroupit près du jeune homme et approcha lentement le bouquet de fleurs de son visage. Le parfum le réveillerait, il en était sûr. Au fond de lui, Eiri ne put s'empêcher de se demander si Shuuichi sentirait l'odeur du bouquet d'un inconnu ou bien s'il avait un sixième sens, une espèce de détecteur à "cadeaux-de-Yuki" qui ne le faisait réagir qu'à ce qui venait des mains de son mari. Il a bien réussi à me repérer à l'odeur quand Tatsuha m'a kidnappé l'année dernière, alors avec Shuuichi je peux m'attendre à tout.
Et en effet, à peine quelques instants avaient suffit pour que le musicien se réveille. D'abord, sans ouvrir les yeux, il avait poussé un léger grognement, faisant en même temps une petite grimace. Ensuite, il bailla en se retournant sur le dos et gémit. Eiri connaissait cette musique. Chaque matin, Shuuichi faisait ce même petit rituel avant de se lever pour partir travailler. Mais maintenant qu'il passait une partie de ses nuits sur le canapé du salon, l'écrivain n'avait plus le loisir de se réveiller - ne serait-ce que quelques secondes pour assister à ce spectacle - au son de ce baillement et de voir sa petite boule d'énergie se remuer au creux de ses bras. Et ça lui manquait affreusement...
Les yeux de Shuuichi s'ouvrirent, et clignèrent à plusieurs reprises le temps de s'habituer à la lumière du jour qui envahissait maintenant pleinement le salon. Tournant la tête vers son mari, il sourit. Un adorable petit sourire endormi qui fit fondre le coeur d'Eiri.
Ohayo, Yuki...
Salut... répondit le blond d'une voix douce.
Puis le chanteur remarqua le bouquet et ses yeux améthystes, déjà illuminés par les rayons du soleil, se mirent à briller comme des astres. Il se redressa sur ses coudes pour s'asseoir, et dit en souriant :
Des fleurs... J'ai senti leur odeur, tu sais. C'est ça qui m'a réveillé.
Je sais.
Pourquoi tu as acheté des fleurs ? Je croyais que tu n'aimais pas les fleurs coupées parce qu'elles se fanaient trop vite.
C'est vrai, mais toi tu les aimes, répondit Eiri en lui tendant le bouquet.
Shuuichi le prit et regarda son amant avec suspicion.
Tu as quelque chose à te faire pardonner ?
Oui. Je n'ai pas fêté ton anniversaire.
Oh ! C'est que ça ? Fallait pas, mon chéri.
Tu m'as offert une bonne journée et une soirée magnifique pour mes 25 ans, la moindre des choses c'est que j'en fasse autant, expliqua l'écrivain.
Un sourire radieux s'étira sur les lèvres de Shuuichi et il s'approcha pour embrasser son mari. Ce fut un baiser tendre et amoureux, et plein de gratitude. Puis, posant la bouquet sur ses genoux, il prit le blond dans ses bras, le serrant si fort qu'il en perdit l'équilibre et manqua de tomber en arrière.
Oy ! Doucement, baka ! Tu veux ruiner le tapis tout blanc de Miri en me faisant renverser le petit-déjeuner dessus ?!
Gomen, gomen, gomen ! répliqua Shuuichi, excité comme une puce. Mais je suis tellement heureux que tu ais décidé de toi-même de me fêter mon anniversaire alors qu'il est passé depuis longtemps. Je suis trop content ! Ze te naime, mon Yukiki na moi !
Ouais, ouais... C'est bon, j'ai pigé. Lâche-moi maintenant, tu veux ?
N'insistant pas davantage, Shuuichi s'assit convenablement, laissant de la place à Yuki pour s'installer à côté de lui. Celui-ci rapprocha la table basse et donna à un Shuuichi tout-sourire sa tasse de chocolat encore fumante. Le petit-dejeuner fut mangé en silence, puis ils allèrent se laver et s'habiller. Une fois prêts, Eiri emmena son amant dans un petit quartier dont Salomée et Séphora leur avait parlé sans pour autant avoir eu le temps de les y emmener. Elles leurs avait expliqué comment s'y rendre en métro et en bus alors pour une fois, bien que n'aimant pas ça, le blond avait opté pour les transports en commun, direction Mont Martre.
Une fois là-bas, ils firent un peu de shopping dans les boutiques d'artisanat. Shuuichi acheta deux ou trois petits biblots à ajouter à la décoration de la nouvelle maison dans laquelle ils iraient vivre à leur retour à Tokyo, ainsi que des cartes postales pour envoyer de leurs nouvelles à leurs proches. Aux alentours de 13h30, ils s'étaient trouvés une place à la terrasse d'une brasserie, profitant de ce beau temps de début mai. Après un petit repas pendant lequel Eiri avait proposé divers activités à son amoureux, ils décidèrent de retourner vers les Champs Elysées pour une petite séance de cinéma.
A la caisse, l'auteur avait tout simplement halluciné sur le tarif des places. 10,50 euros ! (7) Après un rapide calcul de tête, il avait fait la conversion : 1575 yens environ. Du vol pur et simple. Pas étonnant qu'autant de gens téléchargent illégalement ! s'était-il dit. Certes, il était loin d'être dans le besoin, et il se doutait bien que les tarifs étaient élevés uniquement parce que le directeur du cinéma profitait des touristes. Mais il y avait quand même des limites à l'abus. M'enfin, puisque c'était l'anniversaire de Shuuichi, Eiri n'avait pas insisté, se promettant cependant d'emmener Shuuichi dans un autre cinéma la prochaine fois.
Mais quand ils se furent assis dans la salle, attendant que le film d'action sans réel scénario apparant qu'ils avaient choisi de voir ne commence, Yuki s'était demandé s'il y aurait jamais de prochaine fois. Le fait que Shuuichi s'éxalte haut et fort que le simple fait de se retrouver en amoureux dans une salle obscure avec "le mec le plus hot de la planète" (Pat : Je ne fais que citer les paroles de Shuu ! lol) l'émoustillait comme une femelle en chaleur avait grandement poussé l'écrivain à reconsidérer la question. Il pouvait s'estimer heureux que le japonais ne soit pas un langage aussi parlé que l'anglais parce que sinon, les deux tiers au moins de la salle auraient compris qu'ils étaient gay. Et bonjour les regards en coin après ça.
Cependant, pendant le film, Eiri lui-même n'avait pas pu s'empêcher d'agir comme à la maison : comme s'il était sur son sofa avec Shuuichi à côté de lui, il avait placé son bras droit autour des épaules du jeune homme qui en retour avait appuyé affectueusement sa tête contre lui. Shuuichi avait ensuite attrapé la main gauche de Yuki avec la sienne. Honnêtement, il n'y avait rien de mal, de pervers ou d'indécent dans ces quelques gestes de tendresse qu'ils échangeaient dans l'ombre, surtout qu'ils étaient assis quasiment au fond de la salle. Après tout, ce n'était pas comme s'ils flirtaient avec audace, se tripotant et s'embrassant goulument au point de hurter la sensibilité des plus jeunes...
Mais à l'évidence, ce n'était pas l'avis de tous. Quelques personnes l'avaient remarqué. Parmi eux, la plupart n'avait rien dit. Certains avaient même souri. Mais comme il y a toujours des empêcheurs de tourner en rond partout, deux ou trois personnes au rang juste devant eux s'étaient mises à chuchotter ce qui paraissait être des remarques désobligeantes, se retournant occasionnellement pour leur adresser des regards méprisants.
Au départ, Shuuichi n'avait rien remarqué et Eiri s'était contenté de ne rien dire. Mais très vite, le chanteur remarqua les tensions et l'agacement chez son époux, et ne tarda pas à se rendre compte à son tour de l'attention particulièrement désagréable qu'ils avaient sucitée. Shuuichi étant tout particulièrement émotif car sujet aux sautes d'humeur dûes à sa grossesse sembla hésiter un instant entre taper un scandale et pourrir le film à tous les spéctateurs, ou fondre en larmes et sangloter. Dans les deux cas, cela attirerait encore plus l'attention sur eux.
Finalement, il opta pour la solution numéro trois : il se tourna vers Eiri et l'embrassa à pleine bouche. Rien de trop provocant, juste un simple baiser amoureux. Sur le coup, surpris par la réaction de son compagnon, Yuki avait fini par entrouvrir les lèvres, accueillant volontiers la langue sensuelle du chanteur. Quelques secondes plus tard, lorsqu'ils s'écartèrent l'un de l'autre, Eiri se surprit à sentir grandir en lui un puissant sentiment de luxure et de désir. Comme une déferlante de sensations qui le poussait à en demander plus. Le fait d'être dans un endroit public où ils pouvaient être vu à tout moment devait jouer un petit peu là-dedans, sans doutes. Quoi qu'il en soit, la surprise du blond augmenta encore d'un cran lorsqu'il vit Shuuichi se pencher en avant vers les trois personnes qui n'avaient cessé de les dévisager.
Eiri se rendit compte alors qu'ils n'avaient pas loupé une miette de leur baiser et sans trop savoir pourquoi, sentit ses joues rougir d'embarras. Heureusement qu'on est dans le noir... Puis il entendit Shuuichi murmurer à ces homophobes quelque chose en... français ?
Alors ? Vous vous êtes assez rincé l'oeil ou bien vous en voulez encore ?
N'ayant rien compris à ce que venait de chuchoter son époux, Eiri se demanda avec curiosité ce qu'il avait bien pu leur dire pour que ce soient eux qui se sentent gênés et tournent la tête une bonne fois pour toute vers le grand écran. Quoi qu'il ait pu dire, il a fait fort pour qu'ils se sentent honteux... Shuuichi a inversé les rôles avec une simple phrase. Et de toutes façons, ça n'a jamais été à nous de nous sentir coupable ou honteux de quoi que ce soit.
Le reste du film s'était passé sans soucis aucun et le couple rentra à pieds, puisqu'ils n'étaient qu'à dix minutes de marche de leur appartement. Dans l'ensemble la journée avait été une réussite et c'est avec un sourire radieux au visage que Shuuichi rentra main dans la main avec son époux dans l'immeuble. Devant l'ascenseur se trouvait une autre habitante. Grande, fine et élancée, bien proportionnée... en gros, taillée pour être mannequin avec de longs cheveux roux et des yeux marrons. Le simple fait de voir cette fille énervait Shuuichi. Il ne la connaissait même pas et pourtant il avait ce mauvais pressentiment au fond de lui qui lui murmurait que cette fille ne lui apporterait rien de bon. Et à en juger par le regard hautement intéressé et le sourire satisfait qu'elle arbora en remarquant Yuki arriver, il y avait de quoi s'inquiéter.
Nétant pas du genre à juger les gens au premier regard, Shuuichi choisit cependant de se montrer courtois avec elle. Après tout, je me trompe peut-être. S'il faut, c'est une fille très gentille, tenta-t-il de se convaincre intérieurement. Eiri, quant à lui, ne semblait même pas l'avoir remarquée. A ses yeux, tout ce qui n'était pas vitale à son bien-être et à son confort faisait partie de la tapisserie. Tout ce qui le préoccupait maintenant c'était son envie de cigarettes.
Techniquement, son métabolisme avait purgé depuis un moment déjà toute la nicotine présente dans son corps, anihilant tout manque réel. A vrai dire, il s'agissait plus d'un besoin physique : le geste de tenir sa cigarette, de la porter à sa bouche, la sensation âcre de la fumée dans sa gorge, l'odeur de tabac toujours présente autour de lui... C'était ça qui lui manquait vraiment. Mais les conseils de Miri l'avait bien aidé dans les premiers temps de son sevrage. Shuuichi et les sucettes Pierrot Gourmand étaient pour beaucoup dans cette réussite. Encore maintenant, de temps en temps, il remplaçait la cigarette par le corps de Shuuichi. Ca pourrait expliquer pourquoi il est si récéptif à mes caresses, ces derniers temps, songea distraitement Eiri. Il faut dire qu'à force de me jeter sur lui comme la misère sur le monde et sans préavis, il est un peu sur la défensive, le pauvre... Mais c'est bien. Comme ça j'aurais pas besoin de faire durer les préléminaires une fois qu'on aura franchi le seuil de notre porte.
Lorsque l'ascenseur arriva enfin, ouvrant ses portes avec son "Ding" caractéristique, le couple et leur voisine montèrent dedans. Dès qu'il commença sa montée, la rousse se tourna vers Yuki et lui demanda en français :
Alors, vous êtes de nouveaux locataires ?
Tout d'abord, Eiri ne remarqua même pas qu'elle s'adressait à lui, bien que Shuuichi, lui, ait bien remarqué qu'elle l'avait soigneusement ignoré. Puis le regard de la jeune femme se faisant insistant, le romancier se tourna vers elle, un regard interrogateur au visage.
Qu'est-ce qu'elle me veut, celle-là ? marmona-t-il en japonais.
Oh ! So you're foreigners ? Can you speak English ? (Oh ! Alors vous êtes étrangers ? Vous parlez anglais ?)s'enquit-elle, cette fois dans la langue de Shakespear.
Yes. Why ? (Oui. Pourquoi ?) grogna le blond.
It's the first time I see you here. Where do you come from ? (C'est la première fois que je vous vois ici. Vous venez d'où ?)
Japan.
Wow ! That's very far from here. You must feel lonely. (Wow ! C'est très loin. Vous devez vous sentir seul.)
C'était dans des moments comme ceux-là que Shuuichi s'en voulait d'être si nul en anglais. Il ne comprenait pas un traitre mot de ce que cette fille était en train de dire à son Yuki. Mais une chose était sûre, elle le draguait. J'espère qu'il s'en rend compte au moins. Après c'est à moi qu'il ose dire que je ne remarque pas les gens qui veulent nous éloigner l'un de l'autre ! s'énerva-t-il. Jetant un coup d'oeil agacé à l'indicateur numérique, il remarqua qu'il restait encore deux étages avant d'arriver à destination.
Excusez-moi, madame, l'interpella Shuuichi, fatigué de son petit jeu avec SON mari.
Lorsqu'il capta son attention, elle le regarda comme si elle remarquait sa présence pour la première fois.
Oui ? répondit-elle en français.
Vous pouriez nous laisser tranquilles, s'il vous plait ?
A l'évidence choquée par les paroles de Shuuichi, elle en resta sans voix. Après tout, de quel droit ce microbe se permettait-il de lui parler comme ça ?
De son point de vue, Shuuichi ne trouvait pas ses paroles particulièrement irrespectueuses. Il s'était contenté de demander poliment et gentiment à cette nouille de ne pas continuer à draguer ouvertement Eiri. Yuki lui-même, bien qu'encore une fois il n'ait pas saisi le sens des paroles de son époux, ne trouvait pas le ton qu'il avait employé spécialement grossier. Shuuichi n'était jamais grossier sauf avec ses amis et uniquement lorsqu'il se mettait en colère. Cependant, il devait admettre à en juger par la réaction de la rouquine que ses paroles avaient dû être choquantes.
Finalement, la porte de l'ascenseur s'ouvrit. Le point positif était qu'ils étaient enfin de retour chez eux. Le négatif était que cette bonne-femme était leur voisine de palier. Sans un mot, Eiri et Shuuichi se dirigèrent vers leur porte. Et là, la rousse lança :
So you're living at Miri Johanson's appartment ? You must be friends. That's good. I'm a friend of her too, you know. My name's Kendra Robins, I'm a model. (Alors vous habitez chez Miri Johanson ? Vous devez être amis. C'est bien. Je suis aussi une de ses amis. Je m'appelle Kendra Robins, je suis mannequin.)
I don't care who the hell you are. If you really were Miri's friend, she would have told me about you. What she obviously didn't. (Je me contre-fous de qui vous êtes. Si vous êtiez vraiment une amie de Miri, elle m'aurait parlé de vous. Ce qu'elle n'a, à l'évidence, pas fait.)
Et là-dessus, Eiri referma la porte après que Shuuichi soit entré à sa suite.
Une fois à l'intérieur, le chanteur alla sur le canapé, laissant tomber à ses pieds ses sacs de shopping. Visiblement, il n'était pas très content et Eiri se demandait bien pourquoi. Après tout, n'était-il pas censé être heureux de cette journée passée tous les deux, comme un véritable rendez-vous ?
Shuu ? Qu'est-ce que tu as ?
Et c'est toi qui me demandes ça ? Je pense que c'était pourtant clair, répondit le garçon sur un ton sec et agressif qu'il n'employait que rarement. Il n'y a que quand on se dispute qu'il me parle comme ça, remarqua Yuki.
Je peux savoir ce qui te prend ?
Et toi ? Qu'est-ce qui te prend ? Pourquoi tu n'as pas rembarré cette pétassequi rampait à tes pieds comme une sangsue ? Tu as toujours si bien su le faire avec moi avant, je ne te reconnais pas, répliqua Shuuichi avec une note d'ironie méchante dans la voix.
Elle ne rempait pas à mes pieds. C'était qu'une voisine collante, c'est tout. T'as pas entendu ce que je lui ai dit en rentrant.
Je ne parle pas anglais, désolé d'être stupide.
Je l'ai envoyée bouler, s'énerva Yuki.
Ca me fait une belle jambe. Surtout que je suis sûrqu'elle reviendra au galop pour te draguer à la première occasion.
Arrête ta paranoïa, ok ? Tu deviens trop jaloux et possessif. Elle ne me draguait pas.
Si, elle te draguait !
N'importe quoi.
Shuuichi eut un sourire moqueur et lui cita :
"De toutes façons tu ne vois jamais rien alors j'en ai marre de te lire les sous-titres d'une scène dans laquelle tu es le principal centre d'intérêt." Tu te souviens ? Tu m'avais dit ça, une fois. Et bien sache que moi non plus j'aime pas qu'on te drague ouvertement sous mon nez.
En effet, Eiri se souvenait vaguement avoir dit ces mots, et il était surpris que Shuuichi ait assez de mémoire pour pouvoir lui balancer ses propres mots à la tronche si longtemps après. Tentant de retrouver son calme afin de ne pas bouleverser son époux, le romancier bifurqua sur un autre sujet.
Depuis quand tu parles français ?
Quoi ? Quel rapport ?
Je veux savoir ce que tu as dit à la voisine dans l'ascenseur et à ces gens dans le cinéma tout à l'heure.
C'est pas important.
Le fait que tu sois une nullité totale en langues étrangères et que tu te retrouves miraculeusement à savoir parler français a son importance au contraire.
Je te remercie de me faire remarquer encore une fois combien je suis idiot et illétré, lui lança Shuuichi.
Ok, désolé. Simplement tu dois admettre que c'est loin d'être ton point fort. Tu as même du mal avec les kanjis.
Et ça t'en bouche un coin qu'un crétin comme moi sache parler une langue trop compliquée pour que même toi, l'homme parfait qui sait tout, puisse la comprendre. Ca risque sans doute de t'empêcher de dormir ! Mais puisque tu insistes, c'est grâce à ces émissions si stupides que je regarde en français depuis deux semaines que j'ai appris à parler français ! Voilà !
Arrête de dire des conneries. On n'apprend pas une langue en moins de deux semaines en se gâvant d'émissions télé !
Et bien il faut croire que mon cerveau si ridiculement petit n'est pas si impotant que ça. Jusqu'à présent, tu devais te demander si je m'en servais simplement comme ornement décoratif ou comme bouche-trou pour empêcher l'air de passer entre mes oreilles !
Pourquoi tu m'agresses comme ça depuis tout à l'heure ? T'as un problème avec moi ? s'énerva Yuki, qui commençait sérieusement à manquer de patience.
Oui, j'ai un problème avec toi ! J'ai un problème parce que tu es tellement beau et tellement idiot à la fois que ça me tape sur le système ! Et après tu me dis que c'est moi qui ne vois pas le mal même quand on me l'indique avec une pancarte ! Tu es hypocrite et naïf ! Voilà ! Lequel de nous deux est un baka maintenant ?!
Enervé à n'en plus pouvoir, Shuuichi alla se réfugier dans la salle de bain, claquant la porte derrière lui, et laissant dans le salon un Eiri complètement soufflé par son attitude. Non seulement il s'était montré possessif et jaloux à outrance, mais en plus il s'en était pris à lui de façon mauvaise, le traitant de tous les noms avant de lui tourner le dos. Ce n'était pourtant pas son genre de faire une scène aussi excessive parce qu'une nana venait de faire du gringue à son mari. Honnêtement, ça arrivait presque tous les jours. Certainement les hormones qui agissaient, le rendant plus nerveux. Seulement ça n'expliquait pas non plus pourquoi il se sentait particulièrement menacé par cette femme plus qu'une autre...
Peut-être parce qu'elle habite trop près de chez nous. J'ai l'impression qu'elle est une sale vipère ou un serpent à sonnette, guettant notre nid et prête à tout détruire, se dit le musicien, assis sur le rebord de la baignoire, les larmes aux yeux. Maintenant que l'orage était passé, il s'en voulait de la façon dont avait parlé à Eiri. S'il voulait protéger son couple et leur foyer de leur voisine top modèle, il lui faudrait faire preuve de sagesse. Eloigner son homme en l'agressant de la sorte revenait presque à le pousser dans les bras de cette femme.
La colère bouillonnait encore en lui, lui donnant quelques palpitations. Le sang battait contre ses tempes et il avait du mal à se calmer. Plus il tentait de reprendre un souffle normal, plus ça lui semblait difficile.
Shuuichi ? appela doucement le romancier, de l'autre côté de la porte.
Eiri... souffla Shuuichi.
Shuuichi, ouvre-moi.
S'efforçant de ravaler les larmes qui perlaient aux coins de ses yeux, le chanteur prit une profonde inspiration. Il devait calmer son coeur. Se mettre dans un tel état alors qu'il était enceinte n'était pas bon, ni pour lui, ni pour le bébé. Et il savait qu'Eiri se mettrait en colère s'il le voyait comme ça. C'était stupide et inconsidéré de mettre le bien-être de leur enfant en danger. Shuuichi était responsable de sa santé, il devait faire en sorte que tout aille bien, il devait le protéger. Mais parfois il avait tendance à oublier que désormais il respirait pour deux.
Le fait de penser à leur bébé devait avoir un certain effet sur lui puisque très vite, il sentit son corps se calmer. Tout redevenait normal.
Merci... chuchotta-t-il à l'attention de leur enfant en posant sa main sur son ventre.
Shuuichi ? Réponds.
Eiri commençait à s'inquiéter. Il n'avait pas entendu un seul son depuis que la porte avait claqué, pas même celui des sanglots que Shuuichi aurait dû être en train de pousser. Mais lorsque la porte se rouvrit finalement, Shuuichi se jeta sur lui, enlaçant sa taille de toutes ses forces.
Excuse-moi, Yuki. Pardon ! J't'en prie, je suis désolé, murmura-t-il dans la chemise de son adoré.
Un peu surpris, Eiri finit par lui rendre son étreinte, le serrant tendrement dans ses bras. Fronçant les sourcils, il s'étonna cependant que son petit mari ne soit pas en larmes.
C'est bon. C'est fini, ok ?
Non, j'ai dépassé les bornes. Tu as fait des efforts pour moi aujourd'hui et moi j'ai tout gâché en l'espace de quelques minutes avec toutes les méchancetés que je t'ai dites... souffla doucement le chanteur.
Je te dis que c'est bon. C'est pas grave, mon coeur.
Shuuichi s'apprêtait à parler encore lorsqu'Eiri, désespéré de lui clouer le bec, l'embrassa. Le contact doux des lèvres du blond fermement pressées contre les siennes suffit à lui faire tout oublier de ce qu'il voulait dire. Gentiment, Yuki mordilla la lèvre inférieure de Shuu, demandant silencieusement le droit d'entrer pour explorer la bouche chaude et accueillante du chanteur. Comme toujours, le jeune garçon invita volontiers la langue de son amant à aller à la rencontre de la sienne.
Un baiser en soit n'était pas grand chose mais, pour eux, c'était toujours un véritable vecteur d'émotions et de sentiments. A dire vrai, c'était peut-être le moyen le plus simple et le plus efficace pour Eiri de véritablement comprendre Shuuichi et ce qu'il avait dans la tête. En ce moment par exemple, il pouvait sentir que son petit ange s'en voulait encore et recherchait du réconfort. Voilà l'une des raisons pour lesquelles il embrassait le jeune homme aussitôt qu'il venait à cours d'arguments. Ce n'était pas uniquement pour le réduire au silence, c'était aussi pour prendre la température de son coeur.
Lorsque finalement ils rompirent leur étreinte et leur baiser, Eiri lui murmura :
Va donc au lit, tu dois être fatigué.
Sans se le faire répéter une fois de plus, le musicien se dirigea vers la porte de leur chambre. Et avant d'y entrer, il se retourna et demanda :
Tu ne viens pas te coucher avec moi ?
Je vais prendre une petite douche d'abord.
N'insistant pas davantage, Shuuichi alla dans la chambre, laissant la porte entrouverte derrière lui. Yuki ne l'avait pas quitté des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse de son champ de vision, puis il était entré dans la salle de bain. En se déshabillant, il ne put s'empêcher de se poser des questions. Son mari était particulièrement bizarre ces temps-ci. Certes, cette histoire de saute d'humeur y était pour beaucoup mais il se demandait si la grossesse en elle-même était bonne pour le jeune homme. Ses nerfs et sa santé allaient être mis à rude épreuve, c'était ce que leur avait dit le docteur Andrée. Les hommes ne sont pas faits pour porter des enfants et leur morphologie n'est pas préparée à une telle expérience...
Shuuichi était déjà une boule de nerfs surexcitée en temps normale mais là les hormones aggravaient encore plus les choses. De toutes façons, qu'est-ce que je peux faire maintenant que le bébé est là ? Absolument rien, à part me contenter d'attendre. Yuki s'en voulait. Il avait amené Shuuichi en France, loin de leur pays, loin de leur foyer et de leurs amis, et ce dans le but de les protéger le bébé et lui de toute la pression liée à leur vie professionnelle. Et finalement, son époux ne semblait pas mieux loti ici... Mon seul rôle est de protéger Shuuichi, et même ça j'en suis incapable. Il ne se sent pas en sécurité. Il ne me fait peut-être pas assez confiance.
Eiri laissa couler l'eau un instant afin qu'elle se réchauffe avant de se glisser dessous. Laissant la tiédeur l'embaumer et mouiller son corps, il continua de suivre le fleuve de ses pensées. Je sais qu'il remettrait sa vie entre mes mains mais inconsciemment, il a toujours peur que quelqu'un nous sépare. Il devrait pourtant savoir que je ne laisserais jamais qui que ce soit s'immiscer entre nous. Il n'a pas de raisons de redouter cette fille...
Yuki, je...
Sursautant au son de la voix de son amant dans la pièce, le blond revint à lui et se tourna vers le chanteur.
Nanda ?
Je... Je... balbutia maladroitement le garçon, ses yeux litéralement collés à la glue sur le corps nu de son époux ô combien sexy.
Shuuichi pouvait sentir le saignement de nez venir et il dut essuyer la comissure de ses lèvres afin d'éviter au filet de bave qui s'en échappait déjà de couler davantage lorsque, d'un geste nonchalent, Yuki releva en arrière quelques mèches de sa magnifique chevelure dorée et mouillée qui tombaient sur ses yeux d'ambre.
Alors ? Qu'est-ce que tu veux ? s'impatienta-t-il, n'ayant visiblement pas remarqué le regard plein de désir de son époux.
Mais pour Shuuichi, cette vision torride de son homme ainsi dénudé, sous le jet de l'eau qui continuait de couler sur sa peau blanche, derrière la barrière de la vitre de pléxiglass... C'était le plus puissant des aphrodisiaques. Une véritable invitation au viol ! Comme un volcan, il commençait à bouillir de l'intérieur. Et bientôt, la chaleur allait atteindre son point culminant. Aussitôt emporté par le flot de lave qui coulait dans ses veines, le chanteur se précipita dans la cabine de douche, portant encore son tee-shirt et son short.
Qu'est-ce qu --
Le pauvre Yuki n'eut pas le temps de finir que Shuuichi se jeta sur lui comme un pigeon sur une frite McDo. Manquant de perdre l'équilibre lors de la collision, il se rattrapa de justesse au mur mais se retrouva plaqué contre. S'aidant de ses bras fermement serrés autour de son cou, le musicien obligeait par son poids le romancier à se pencher. Sa bouche pressée avec force contre la sienne jusqu'à l'en faire bleuir, Shuuichi comptait bien s'envoyer en l'air ici et maintenant.
Sentant qu'il allait perdre connaissance s'il continuait à l'asphixier, le chanteur s'écarta de Yuki, le laissant reprendre son souffle et se remettre de ses émotions ; à l'évidence, le pauvre écrivain n'avait même pas encore compris ce qui venait de lui tomber dessus. Shuuichi, cependant, ne perdait une seconde : il se chargeait déjà de se déshabiller, ôtant son tee-shirt à la va-vite, puis se débarrassant de son short et de son boxer. Il poussa du pied ses vêtements désormais complètement trempés pour les envoyer valser à l'autre bout de la salle de bain, au pied des lavabos.
Yuki cligna des yeux à plusieurs reprises, complètement stupéfait du spéctacle qui s'offrait à lui : Shuuichi, visiblement plus en chaleur qu'une biche en période de rut, venait de se jeter sur lui au risque de lui exploser le crâne contre le carrelage du mur de la douche, puis s'était déshabillé à la vitesse de la lumière, les yeux pleins de détermination et de luxure. Pris de court par ce revirement de situation, Eiri resta planté là encore quelques instants jusqu'à ce que...
Aaah ! Shuuichi !
Avec un sourire pervers, le jeune homme avait ampoigné la verge de son compagnon, commençant déjà à la caresser avec un doigté savant. Il fallait bien admettre aussi qu'après trois ans de cours intensifs auprès d'un des meilleurs coups de la planète, il était devenu plutôt habile à ces petits jeux. Yuki, de son côté, avait beau être borné et refuser de se laisser faire, il ne put empêcher plus longtemps son corps de réagir aux ministrations plus qu'excitantes de Shuuichi.
Il poussa un grognement et le chanteur se mit à genoux devant lui, arborant un sourire satisfait. Sans plus d'avertissements, il remplaça les frictions de ses mains par la chaude moiteur de sa salive tandis que sa langue s'affairait autour de sa hampe. Qu'est-ce qu'Eiri pouvait faire d'autre, sinon profiter du plaisir que lui procurait son amant ? Honnêtement, il n'avait pas envie de l'interrompre, pour rien au monde. Après tout, il avait toujours aimé que Shuuichi se montre plus sauvage pendant le sexe. Et puis de ça aussi le docteur l'avait prevenu : "Les sautes d'humeur ont leurs mauvais et leurs bons côtés. Shuuichi sera, comme la plupart des femmes enceintes, sujet à certaines envies... si vous voyez ce que je veux dire..." Kami-sama, Shuuichi ! Des envies comme ça tu peux en avoir plus souvent, ça ne me dérange pas du tout !
Il grognait de plaisir et sentait l'orgasme se rapprocher lentement mais sûrement. Instinctivement, il glissa ses doigts dans les mèches noires de son adoré, le guidant dans ses mouvements. Il priait au fond de lui pour que cet instant ne s'arrête jamais. Et soudain, avant même d'avoir atteint le nirvana, il ressentit une nouvelle sensation à la fois agréable et dérangeante. Il fallut un instant à son cerveau embrumé de plaisir pour comprendre : Shuuichi avait subrépticement glissé son majeur dans l'intimité du romancier. S'apercevant que Shuuichi était devenu "un peu trop" entreprenant sur ce coup-là, il gronda :
Arrête ça ! Enlève ton doigt, immédiatement !
Mais Shuuichi persistait, continuant le va et vient, tant avec sa bouche qu'avec son doigt. Eiri se crispa à la simple idée d'être pénétré... Pourtant, là encore, son corps se déroba à son contrôle et un gémissement d'extase (8) lui échappa. Au bout d'un moment finalement, Shuuichi s'arrêta de sucer, provocant une immense vague de frustration qui submergea l'auteur. Tentant de fixer son regard tout brouillé par l'eau qui lui tombait sur le visage et le plaisir qui lui été monté à la tête, le romancier put voir que Shuuichi s'était relevé, une petite moue séductrice sur son adorable visage. Bien que la douche soit assez spacieuse en comparaison à celle qu'ils avaient à Tokyo, le blond se sentait étrangement à l'étroit avec son époux si serré contre lui...
Puisque tu prends toujours ton temps avant de jouir la première fois, je t'ai aidé à prendre de l'avance, expliqua le jeune homme aux cheveux noirs d'une voix grave voilée par le désir.
Leurs corps pressés l'un contre l'autre étaient bouillants et Shuuichi semblait trouver particulièrement amusant de se déhancher contre l'entrejambe de Yuki. Il dominait clairement la situation, sachant exactement ce qu'il voulait et comment l'obtenir. Il prit la main droite de l'écrivain, et commença à lécher avec application trois de ses doigts. Avec un petit sourire, Eiri se pencha sur son époux pour aller susurrer à son oreille :
Je sais ce que tu essayes de faire, Shuu-chan... Tu es vraiment un vilain garçon.
Shuuichi retira les doigts de sa bouche avec un bruit de sucion qui emoustilla le blond davantage encore - si c'était possible - et répondit :
Alors arrête-moi...
Certainement pas, lui murmura Yuki.
A cet instant précis, Shuuichi lui sauta au cou, encerclant sa taille de sa cuisse, et l'embrassa violemment. Sachant exactement ce qu'il attendait de lui, Eiri introduisit un doigt dans l'intimité du garçon pour préparer son passage, puis un deuxième tout en approfondissant les mouvements de va et vient. Et enfin le troisième. Shuuichi, quant à lui, avait poussé de longs gémissements entre deux baisers. Et c'est lorsqu'il arrêta que Yuki comprit qu'il était temps : il retira ses doigts et releva un peu son amant afin de pouvoir se placer correctement.
Entre en moi, l'invita Shuuichi, son souffle chaud contre son oreille le faisant frissonner des pieds à la tête.
Sans attendre, Eiri céda à la demande de son amoureux, le pénétrant doucement, mais pas trop lentement non plus. Lorsque sa virilité fut entrée jusqu'à sa base, le blond patienta jusqu'à ce que le chanteur décide de continuer. Et il n'eut pas à attendre trop longtemps car Shuuichi s'agrippa à lui un peu plus, stabilisant la position, puis commença à se déhancher. Dans un premier temps, ses mouvements étaient lents et réguliers, puis bientôt il accéléra le rythme. Yuki l'accompagnait par de légers accoups, se complaisant dans cet instant de paradis, malgré la position peu confortable dans laquelle il se trouvait.
Sous le bruit de la douche, on pouvait entendre les leurs : les grognements rauques et guturaux que le romancier poussait à chaque fois que son bassin rencontrait celui du musicien et qu'il s'enfonçait un peu plus profondément en lui, mêlés aux cris et aux gémissements essouflés du jeune homme à la chevelure corbeau se répercutaient en échos contre les murs carrelés de la pièce. Mais que quelqu'un les entende, ils s'en foutaient pas mal. Après tout, ils étaient un jeune couple fraîchement marié...
Les accoups se faisaient maintenant plus agressifs et plus bestiaux, mais Eiri pouvait sentir Shuuichi se fatiguer. Ils étaient pourtant trop proche de l'orgasme pour s'arrêter si tôt. S'ils continuaient sur ce chemin, ils allaient jouir ensemble - il pouvait sentir les muscles de son compagnon se contracter, signe qu'il n'était plus loin du septième ciel.
Ei-Eiri... Haa ! J'en peux plus !... Aide-moi ! appela le chanteur.
Lui qui avait toujours beaucoup d'endurance, surtout quand il s'agissait de sexe, se sentait soudain trop fatigué, comme s'il avait brûlé toutes ses réserves bien plus tôt que prévu. Sans doute à cause du bébé, je suis toujours fatigué... parvint-il à penser tandis que Yuki inversait les positions. Maintenant, Shuuichi était celui qui était plaqué au mur. C'était un certain soulagement pour le blond qui avait ainsi moins de poids à porter puisqu'il s'aidait du mur pour les maintenir son amant et lui.
Le plus jeune cala son menton sur l'épaule de son mari tandis que celui-ci reprenait les coups de reins. L'une de ses mains était enchevêtrée dans la chevelure d'or tandis que l'autre laissait quelques griffures dans le dos de son bien-aimé. Yuki pouvait entendre les gémissements et les plaintes de son petit coeur tout contre son oreille, comme une douce mélodie qui accompagnait le rythme de leurs ébats. Il pouvait sentir ses joues rougir, toutes chaudes qu'elles étaient à cause de ces bruits érotiques soufflés contre son point sensible.
Eiri, je vais... Je vais venir ! s'exclama Shuuichi, arquant son dos comme une ballerine.
Yuki, qui retenait le jeune homme avec une main fermement aggripée à ses petites fesses tandis que l'autre lui servait d'appui contre le mur, pouvait sentir la chaleur du corps de son amant se canaliser au creux de ses reins.
Encore un peu... lui répondit-il.
Et en effet, il lui suffit de deux ou trois accoups supplémentaires pour jouir, lâchant son sperme en Shuuichi tandis que celui-ci se libérait sur leurs abdomens en criant à en perdre la voix. Sur le coup, Eiri ne sut dire si ce qui le rendait le plus heureux était ce délicieux orgasme, ou bien le fait d'entendre son prénom résonner contre les parois de la salle de bain.
Resserrant son étreinte autour de son adoré, Shuuichi se blottit contre Yuki après avoir déposé un baiser sur sa joue encore bouillante. Eiri, lui, enfouit son visage au creux de son cou, attendant patiemment que son coeur se calme. Contre son torse, il pouvait sentir celui de Shuuichi battre au moins aussi vite que le sien. Doucement, il se retira du corps de son amant, le laissant reprendre pied. Restant quelques minutes dans la douche afin de se débarrasser des restes plutôt poisseux de leurs orgasmes, Eiri se chargea de savonner affectueusement son petit mari déjà somnolant. Une fois rincés tous les deux, il coupa l'eau et enveloppa le chanteur dans son peignoir, enfila le sien, puis porta la future "maman" jusque dans leur chambre.
Après avoir repoussé les couvertures, il installa Shuu et vint s'allonger près de lui, se lovant autour de lui de façon possessive et protectrice. Il remonta seulement le draps sur eux puisqu'ils étaient déjà chaudement enveloppés dans leurs peignoirs en éponge. Caressant du bout des doigts le contour du visage du musicien, il murmura :
T'as intérêt à passer toute la nuit dans ce lit et à ne pas aller au salon pour te vautrer sur le canapé.
Pourquoi ? s'enquit le garçon d'une toute petite voix, ses yeux violets déjà clos.
Je veux me réveiller avec toi dans mes bras pour une fois, répondit le blond.
Il glissa une main entre les pans de la sortie de bain de son époux pour poser sa main à plat sur son ventre, juste au dessous du piercing à son nombril. C'était quelque chose qu'il commençait à faire de plus en plus souvent : poser sa main ou sa joue contre le ventre encore assez plat de Shuuichi, tentant de se rapprocher le plus possible de leur bébé.
Je t'aime, Yuki, souffla Shuu en s'endormant.
Moi aussi.
Je crois que finalement, on s'adapte plutôt bien à la vie qui nous attend, songea Shuuichi avant de s'endormir profondément, un petit sourire aux lèvres.
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Ndla : (1) Un konbini est une superette ouverte 24h sur 24, que l'on peut trouver presque à chaque coin de rue au Japon. (2) Ne vous faites pas d'illusions, Paris donne l'impression d'une petite ville de province à côté de Tokyo... (3) Je ne sais pas si c'est la bière préférée de Yukiki mais en tous cas ça l'est pour moi. La Asahi est la bière la plus populaire au Japon et elle est vraiment très bonne. Vous pouvez en trouver dans les épiceries chinoises ou dans certaines grandes surfaces. (4) Je suis retournée à Paris alors j'en ai profité pour vérifier et en fait, c'était une avenue. C'est bizarre, elle me semblait plus petite que ça... (5) Je n'ai pas honte d'admettre que j'aime bien regarder un épisode de temps en temps. Ce qui est bien c'est que même après en avoir loupé une cinquantaine, on comprends toujours aussi bien la "profondeur" du scénario, lol. (6) Je sais pas si c'était vraiment des oeillets, je suis nulle pour retenir le nom des fleurs. (7) Je vous jure que c'est le prix que j'ai payé ! Et le pire c'est que le tarif étudiant n'est pas valable le weekend (8) Alors le mot anglais pour l'idée que je voulais exprimer c'est "bliss" et j'ai eu du mal à trouver le bon mot en français pour traduire ça.
Notes : Pauvre Yuki... Pour ceux qui ne vivent pas en France, je ne sais pas comment c'est chez vous mais ici, rare sont les magasins qui sont encore ouverts après 19h. Seules les grandes surfaces ont ce privilège et ne ferment qu'à 22h. Tandis qu'au Japon, la vie continue jusque très tard dans la nuit et tout rouvre très tôt le matin ; pas étonnant qu'on dise des nippons qu'ils passent leur vie au boulot. Même le dimanche c'est ouvert, et les écoliers trouvent ça normal d'avoir cours le samedi matin ! Enfin bon, sinon vous pouvez tous remercier ma meilleure amie Drudrue qui m'a permis de rassembler mes idées pour toute la suite de la fic ! C'est grâce à elle que vous avez pu avoir ce chapitre! lol. J'espère que vous l'avez apprécié. Gros bisous à tous et n'oubliez pas ma review, hein !
PS : Je ne sais pas si j'ai bien fait de marquer les dialogues tout en anglais mais je n'avais pas vraiment le choix puisque je bifurque du japonais, au français puis à l'anglais. Alors dites-moi ce que vous en pensez. Merci.
Lexique :
Hontô (ni) : Vraiment.
Ee : Une des formes familères pour dire "oui".
Ohayo (gozaimasu) : Bonjour (le matin, avant 11h)
Gomen (nasai) : Je suis désolé.
Nanda : Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce que tu veux ? (forme familière, voir presque vulgaire pour "nandesu ka ?")
Kami-sama : Seigneur Dieu est l'expression française qui s'en rapproche le plus.
