Titre : Des surprises à la pelle.
Auteur : Patpat.
Beta-lectrice : Eien-chan (petite nouvelle dans la profession de bêta !!)
Source : Gravitation.
Genre : Yaoi, Shounen-ai, Mpreg, Lemon.
Rating : M.
Pairing : Yuki Eiri / Shindou Shuuichi.
Disclaimer : Gravitation appartient à Maki Murakami. J'ai ajouté quelques OC en plus de Miri : Kendra Robins, et Salomée et Séphora.
Notes : Kyaaah ! J'ai adoré vos reviews pour le chapitre 13 ! J'étais trop contente de voir l'engouement que vous avez pour ma fic et vos encouragements me touchent vraiment. Non seulement je suis de bonne humeur aujourd'hui mais en plus je me sens toute légère et prête à écrire un super long chapitre. J'espère donc que vous aimerez ce que je vous ai concocté. Bonne lecture à tous.
Dialogues en gras. Pensées en italique.
Chapitre 14 : La vie en rose.
Cela faisait un mois maintenant que Yuki et Shuuichi étaient à Paris. Deux semaines environ s'étaient écoulées depuis leur petite séance de cinéma pour l'anniversaire "en retard" du chanteur et la fin de ce mois de Mai était arrivée avec de longues et pluvieuses journées. Il faisait gris à longueur de temps et la pluie tombait averse durant une bonne partie de la journée. Parfois même, il y avait de violents orages, aussi bien dans l'après-midi que dans la nuit, ce qui n'était pas pour rassurer notre petit Shuu-chan. C'était une chance pour lui que son mari soit là pour le prendre dans ses bras, le serrant fort contre lui pour le rassurer.
Du point de vue de sa grossesse, Shuuichi en était à son troisième mois et son ventre avait commencé à s'arrondir, formant une adorable petite bosse un peu en-dessous de son nombril. Eiri était plus qu'étonné que son époux n'ait pas pris davantage de poids, surtout qu'il passait une bonne partie de son temps à se baffrer (4) de tout et de n'importe quoi.
Quoi qu'il en soit, qui dit troisième mois, dit échographie. Shuuichi en avait déjà eu une juste après avoir après avoir appris qu'il était enceinte, mais cette fois ce serait davantage pour observer le bon développement du foetus que pour confirmer la présence d'organes de reproduction féminins dans son corps. Le docteur Marianne Andrée se chargeait toujours de leur suivi médical mais cette fois, ils la verraient à sa clinique.
Shuuichi ! Bouge-toi ! On va arriver à la bourre si tu ne sors pas bientôt de cette foutue salle de bain ! s'énerva Yuki en attendant son compagnon devant la porte de la salle d'eau.
Oui, oui ! J'suis presque prêt ! répondit la voix du chanteur, de l'autre côté de la porte.
Finalement, 12 minutes et 46 secondes plus tard (5), le jeune homme sortit, vêtu d'un large baggy vert kaki, d'un tee-shirt orange à manches longues et d'une veste à capuche, sans manche, en coton noir. Il avait également relevé ses cheveux noirs avec un serre-tête également orange, laissant des mèches de sa chevelure ébouriffée (malgré ses efforts pour la coiffer) partir dans tous les sens. Il affichait un large sourire, ses grands yeux violets brillant d'une lueur de fierté.
Alors ? Comment tu me trouves ? demanda-t-il en tournant sur lui-même comme une princesse dans sa nouvelle robe de bal.
Très sexy ! songea aussitôt Eiri, avant de ne répondre que :
Horrible ! T'as vraiment un problème avec l'association des couleurs, toi.
Evidemment, c'était un gros mensonge. Shuuichi était tout bonnement adorable vêtu ainsi. Même s'il portait des fringues de gamin, tous ce qu'il mettait lui allait. Et puis le vert kaki ne jurait pas avec le orange, et comme on dit que le noir va avec tout, il n'y avait rien de si "horrible" que ça dans la tenue de Shuu. Mais cela faisait un moment qu'Eiri n'avait pas taquiné son amant, et le fait d'avoir arrêté de fumer semblait l'avoir rendu encore plus sarcastique. Il essayait pourtant de s'abstenir de son mieux afin de ne pas heurter la sensibilité sur-developpée de Shuuichi, de part son caractère et son taux d'hormones très élevé.
Avec une moue fâchée, qui le faisait plus ressembler à un hamster en colère qu'à un jeune homme vexé, Shuuichi alla au couloir de l'entrée où il enfila une paire de baskets. Il prit sa besace - toute noire sur laquelle était brodé en rouge "I love Yaoi !" - qu'il mit en bandoulière, puis attrapa un parapluie. Eiri mit également ses chaussures, enfila la veste assortie à son pantalon, et prit son portefeuille et ses clés.
Prêt ? demanda-t-il en se tournant vers Shuuichi.
Hai ! répondit celui-ci, en reprenant son sourire bright.
Ensemble, ils quittèrent leur appartement et se dirigèrent vers l'ascenseur devant lequel ils attendirent que la cabine arrive à leur étage. Eiri remarqua les petits regards en coin que Shuuichi adressait en direction de la porte de leur voisine top modèle. Comme sur un accord tacite, les deux jeunes hommes avaient décidé de ne plus aborder le sujet. Cela faisait deux semaines qu'ils s'étaient disputés et malgré tout, l'ombre de ce problème encore non-résolu semblait planer au-dessus de leur tête. Rien que là, le romancier pouvait percevoir l'anxiété et l'agacement chez son mari. Apparemment, il appréhendait la simple idée que cette nana ouvre la porte et qu'il se retrouve encore confronté à elle.
Pourquoi Shuuichi persistait-il à se sentir menacé par elle ? Eiri ne comprenait pas. Cette fille était mannequin ? Et alors ! Il aimait Shuuichi et les petites "distractions" telles que cette fille ne l'intéressaient plus depuis longtemps. Et pourquoi regarderait-il une bimbo comme elle alors qu'il avait la chance d'avoir la plus adorable créature qui soit dans son lit chaque soir ? Ne sachant pas trop par quel bout prendre ce problème, Yuki s'était dit que les choses finiraient par se tasser d'elle-même et que Shuuichi verrait bien au bout d'un moment qu'il n'avait d'yeux que pour lui et que, peu importe que la voisine l'ait dragué ou pas, il n'avait rien à faire d'elle ou de quelconque autre personne...
Finalement, l'ascenseur arriva et le Ding sonna, annonçant à Shuuichi l'ouverture des portes. Sursautant légèrement, le jeune homme détourna le regard de la porte de la voisine qu'il avait inconsciemment fixé. Le couple monta dans l'engin et une fois arrivé eu rez-de-chaussée, Shuu ouvrit le parapluie pour qu'ils puissent traverser la cour de l'immeuble et atteindre leur voiture sans trop se mouiller. En effet, même si l'averse s'était un peu calmée, il continuait tout de même de pleuvoir.
Une fois dans la voiture, le voyage vers la clinique du Dr Andrée, qui se trouvait près du jardin des Tuilleries, se fit dans le silence. Seul le bruit de la pluie sur les vitres, le souffle des bourrasques de vents et le rythme régulier des essuie-glaces se faisaient entendre. Lorsqu'ils arrivèrent à destination, Eiri se gara dans le parking souterrain de l'immeuble et ils prirent de nouveau l'ascenseur, direction le sixième étage où se trouvait le bureau de leur médecin.
Bonjour, que puis-je pour vous ? s'enquit l'assistante médicale en les voyant avancer vers son bureau.
Bonjour, on vient voir le Dr Andrée, répondit Shuuichi dans un français quasi parfait.
Bien... Messieurs, le docteur Andrée ne reçoit que des couples attendant des enfants. Elle ne fait plus d'auscultation générale, vous savez, répondit la jeune femme, à l'évidence troublée de voir un couple apparemment homosexuel se présenter au cabinet d'une obstétricienne.
Je sais bien mais nous avons tout de même rendez-vous. Regardez au nom de Uesugi.
Oh ! Alors vous êtes les Uesugi ? Le docteur m'a dit de vous faire entrer dans son cabinet dès votre arrivée, s'exclama-t-elle aussitôt en se levant de son siège pour les accompagner jusqu'au dit cabinet.
Bientôt, ils se retrouvèrent dans la large pièce pleine de matériel médical et l'assistante les invita à s'installer pendant qu'elle partait prévenir le docteur dans son bureau. Il ne fallut pas plus de quelques instants à la femme médecin pour arriver. Elle referma la porte derrière elle en entrant et s'exclama en un excellent japonais (malgré son accent français à coupé au couteau) :
Konnichi wa ! Paris ni Uesugi-san no tsuku wa yokatta desuka ? (Bonjour ! Votre arrivée à Paris s'est-elle bien passée ?)
Ee ! s'enthousiasma Shuuichi, heureux de revoir sa gentille doctoresse.
C'est bien. Comment allez-vous, tous les deux ? demanda-t-elle en s'installant sur une chaise face aux deux époux, posant le dossier de Shuuichi sur ses genoux.
Relativement bien, se contenta de répondre Eiri.
Bien, alors nous allons commencer l'auscultation, d'accord ?
Il fallut un bref instant au docteur pour tirer de sa poche un stylo-bille afin de pouvoir ajouter des notes au dossier qu'elle avait entre les mains. Elle rechaussa ses lunettes de lecture et commença :
Bien... Shuuichi, avez-vous été sujet à d'autres nausées ?
Non, pas vraiment. C'est vrai que parfois j'ai un peu mal au coeur mais ça passe. Je crois que les vitamines que vous m'avez dit de prendre tous les jours font effet.
C'est une bonne chose. Et combien de repas prenez-vous chaque jour ?
Quatre ou cinq, ça dépend si je me réveille dans la nuit.
Relevant le nez du dossier, le médecin afficha une expression quelque peu surprise.
Vous vous levez la nuit pour manger ? Et est-ce que vous avez des envies étranges concernant votre nourriture ?
Bon Dieu, oui ! jura Eiri. Y'a même des fois où il fait des mélange bizarre et s'en régale ! Rien que de le voir ça me coupe l'appétit !
Voilà qui n'est pas normal, marmonna la femme en tapotant l'extrémité de son stylo sur le bout de son nez.
Quoi ?! Comment ça "pas normal" ?! Quelque chose ne va pas avec le bébé ?! s'affola immédiatement le chanteur.
Oh non, ne vous inquiétez pas comme ça, Shuuichi. C'est juste que d'ordinaire, les envies de ce genre n'apparaissent pas avant le septième mois. Il y a même certaines femmes qui ne subissent pas du tout ces envies de nourriture, répondit calmement le docteur avec un chaleureux sourire qui rassura le jeune homme, ainsi que son mari qui avait également commencé à s'inquiéter. En fait je pense que votre corps réagit facilement aux montées d'hormones et qu'il a besoin de beaucoup d'énergie. Les deux combinés peuvent expliquer pourquoi vous avez très tôt ces besoins de nourriture.
Est-ce que ça peut aussi être la raison pour laquelle Shuuichi ne prend presque pas de poids malgré tout ce qu'il ingurgite ? demanda Eiri.
D'après le carnet de santé de Shuuichi, il n'a jamais été bien gros auparavant, ce qui veut dire que son corps brûle facilement les graisses et les sucres. Alors oui, même s'il mange énormément, tous ce qui tombe dans son estomac est aussitôt transformé en énergie par son corps afin de tenir le rythme.
Donc je mange déjà pour deux ? s'enthousiasma le jeune homme, ses joues rougissant de joie.
Et bien, d'un point de vue purement technique, une femme enceinte n'a pas vraiment besoin de manger beaucoup plus qu'en temps normal. Mais votre cas est un tout petit peu particulier, plaisanta le docteur. Dans la mesure où vous êtes un homme, votre corps n'a pas été conçu pour supporter un surplus d'hormones comme celui qu'implique une grossesse. Il réclame donc plus d'énergie pour pouvoir gérer ça. Bon, maintenant vous allez vous mettre torse nu, Shuuichi, que je puisse vous examiner de plus près.
Le musicien se leva et s'exécuta aussitôt, tandis que le médecin allait chercher son stéthoscope et son tensiomètre. Lorsqu'elle revint, le docteur Andrée le guida vers la balance et nota silencieusement son poids puis lui fit signe de s'asseoir sur la table d'examen. Eiri s'était levé également et se tenait debout près de son époux. Dans le silence, la femme écouta les battements de coeur de Shuuichi et prit quelques notes sur une nouvelle page de son bloc-notes. Puis elle prit la tension du jeune homme et fronça les sourcils.
Shuuichi, combien de temps dormez-vous par jour ?
Humm... Environ huit heures.
Ce n'est pas assez, statua-t-elle en retirant le brassard du bras de son patient. Votre tension est trop basse, vous devez vous reposer davantage. Un minimum de dix heures de sommeil.
Quoi ? Mais j'arriverai jamais à dormir autant ! s'exclama le garçon aux cheveux noirs. Si je commence comme ça, ce sera comment dans six mois ? Je devrais passer mes journées au lit ?
Oh ! T'obéis au docteur, sale gamin ! Si elle dit dix heures de sommeil, c'est dix heures, point barre ! ordonna Yuki.
Son ton avait été tellement sec et dure que Shuuichi et le docteur Andrée en sursautèrent. Voyant cela, Eiri se calma un peu.
Ecoute, Shuu. J'ai pas envie que tu te rendes malade à force de sauter dans tous les sens comme tu le fais d'habitude, ok ? dit-il plus doucement. Alors si je dois t'attacher au lit pour m'assurer que tu fasses tes dix heures de sommeil, je le ferais.
C'est vrai ? Tu m'attacheras au lit, mon Yuki ? Alors dans ce cas, je ne vois pas pourquoi je n'essaierais pas d'échapper à mon quota d'heures de sommeil, ricana Shuuichi en lui lança une oeillade provocatrice.
Entendant cela, le docteur se tournant vers le blond et remarqua une légère rougeur sur ses joues. Pas de doutes, ces deux-là m'ont l'air suffisamment actifs dans leur vie sexuelle pour être capable de bouleverser les lois de la nature et concevoir un enfant, songea-t-elle avec un sourire attendri et amusé aux coins des lèvres.
Surtout messieurs, dites-le moi si je suis de trop dans la pièce.
Yuki rougit encore plus et détourna le regard, et Shuuichi émit un petit gloussement. Mais l'humeur du chanteur changea aussitôt qu'il remarqua la seringue et le tube que le docteur préparait.
Anoo, Andrée-sensei... Sono chûsha wa dôshite ? (Euuhh, docteur Andrée... C'est pourquoi faire cette seringue ?) s'enquit le pauvre jeune homme d'une toute petite voix, tremblant à la simple idée d'entendre la réponse qu'il connaissait déjà.
Une petite prise de sang, évidemment ! répondit la femme avec une expression joyeuse au visage.
On dirait presque que ça vous fait plaisir de traumatiser vos patients, marmonna Yuki sur un ton sarcastique en voyant cela.
Les larmes montèrent très vite aux yeux de Shuuichi qui avait tout bonnement horreur des piqûres. Quelques unes roulèrent sur ses adorables joues et un sanglot lui échappa. Silencieusement, Eiri s'assit près de son amant et prit son visage entre ses mains. Et avant même que celui-ci ait pu lui poser la moindre question, comme le laissait présager son expression étonnée, le blond l'embrassa tendrement offrant ainsi une assez bonne diversion au médecin pour faire son prélèvement sanguin. Après ce langoureux baiser à vous couper le souffle, l'écrivain s'écarta lentement de son époux, se régalant de son expression béate et son petit air abandonné alors que ses yeux étaient encore clos. Ce n'est que lorsque le docteur Andrée retira l'aiguille de son bras qu'il rouvrit les yeux pour voir son adoré essuyer avec ses pouces ses joues encore humides de larmes.
Tu vois, c'était pas si horrible. T'as même rien senti du tout, lui murmura Yuki.
Shuuichi ne lui répondit que par un petit sourire amoureux, le genre de sourires qui avaient le don de faire bondir le coeur du romancier.
Humm... les coupa le docteur, se sentant vraiment de trop cette fois, et presque désolée d'interrompre leur petit moment de douceur. Je vais vous faire une petite échographie alors Shuuichi, il va falloir déboutonner votre pantalon et vous allonger, pendant que j'apporte moi-même ces échantillons au laboratoire au cinquième étage. Je n'en n'ai pas pour longtemps.
Et sans rien ajouter, elle quitta la pièce, laissant le jeune couple seul. Shuuichi fit comme on lui avait demandé, un large sourire sur le visage.
T'entends ça, Yuki ? On va voir notre bébé cette fois ! A la première échographie, on n'a rien vu à part mon utérus ! Mais là on va voir notre tit bébé !
T'excite pas comme ça, le truc sera pas bien grand, fit Yuki en tournant le dos à son compagnon, se décalant pour lui laisser un peu plus de place.
En réalité, quoi qu'il puisse en dire, Eiri avait au moins aussi hâte que son amant de voir leur enfant. Peu importait la taille du bébé, le simple fait de le voir à l'écran rendrait tout de suite les choses beaucoup plus concrètes. Certes, le ventre désormais légèrement arrondi de Shuuichi suffisait bien assez à rendre les choses concrètes mais là, ils verraient son développement, à quoi il ou elle ressemblait pour le moment.
Hé ! N'appelle pas notre bébé "le truc", ok ! C'est une petite créature adorable qui fera très bientôt notre bonheur et notre fierté !
Si le bébé te ressemble, je vois pas comment je pourrais être fier d'avoir une andouille pour bambin, se moqua l'écrivain.
Et PAM ! Il ne l'avait pas vu venir, ce coup à l'arrière de sa tête.
Aaarrgh ! s'exclama-t-il en se massant aussitôt le cuir chevelu. Non mais ça tourne pas rond dans ton crâne épais, baka ! ajouta-t-il en se retournant vers son époux.
Oui, en effet, je dois vraiment être très con pour avoir pu accepter de me marier avec un abominable connard dans ton genre, qui dit du mal de son enfant à naître ! répliqua Shuuichi, de nouveau assis, la colère marquée sur ses traits et dans son regard, ses poings serrés avec force.
Visiblement, sa petite pique méchante ne l'avait pas simplement taquiné, mais carrément foutu en rogne.
Je disais ça pour t'asticoter un peu, alors arrête de tout prendre de travers !
T'as qu'à m'asticoter sur d'autres sujets, ou même ne pas m'asticoter du tout ! Comme ça le problème sera réglé !
S'en voulant de sa propre stupidité, Eiri ferma les yeux et passa une main dans ses cheveux blonds, frustré au plus haut point.
Gomen, Shuu. J'suis vraiment désolé.
Et comme si c'était la chose que Shuuichi avait désiré entendre depuis sa naissance, il se jeta au cou de son mari, l'enlaçant de toutes ses forces presque au point de le faire suffoquer.
Je t'aime, Eiri-chan, souffla-t-il à son oreille avec une sincérité poignante.
Surpris par ce nouveau changement d'attitude, le romancier se contenta de lui rendre son étreinte. Décidemment, il ne s'habituerait jamais à ces sautes d'humeurs.
Ouais, moi aussi, répondit-il avant de se dégager lentement. Allez, rallonge-toi avant que le docteur rentre et nous surprenne en train de faire des cochonneries.
Shuuichi rit d'un rire cristallin.
C'était qu'un câlin de rien du tout.
Tu étais torse nu contre moi... Ca aurait pu virer à la baise sauvage si tu étais resté trop longtemps collé à moi.
Le chanteur gloussa en rougissant comme une écolière puis déposa un petit baiser sur la joue de Yuki avant de se rallonger sagement.
Et puis... Je serais forcément fier du bébé, puisque tu en seras la maman, ajouta le blond si bas que Shuuichi crut l'avoir imaginé sur le coup.
Il aurait aimé trépigner et répondre qu'il n'était pas une femme, mais décida de rester silencieux, gardant pour lui ses remarques afin de profiter du compliment offert par son amoureux, un petit sourire satisfait aux lèvres. Dans le silence, ils attendirent quelques instants encore, puis le docteur Andrée revint. Elle se dirigea vers un placard duquel elle tira un gros appareil incluant un large moniteur. Eiri se leva et lui donna un petit coup de main pour le mettre en place, puis elle s'occupa des branchements tandis que l'écrivain retourna à sa place.
Bien, on va pouvoir commencer, annonça-t-elle en prenant un gros tube de gel.
Elle le déboucha et en appliqua une bonne dose sur le ventre de Shuuichi.
Yaah ! Tsumetai ! s'exclama celui-ci. En plus j'ai envie de faire pipi !
C'est une bonne chose, affirma le docteur. Si vous ne vous étiez pas retenu comme je vous l'avais demandé au téléphone en vous donnant rendez-vous, il aurait fallu que je vous fasse boire plusieurs litres d'eau pour que l'échographie soit correcte.
Ca veut dire qu'il va falloir que je me retienne pour chaque échographie ?
Non, lorsque votre ventre sera plus gros et que le bébé aura grandi davantage, il n'y aura plus besoin que vous veniez la vessie pleine, plaisanta-t-elle en allumant l'appareil.
Elle prit la palette et s'assit sur une chaise entre la table d'examen et la machine, puis commença à étaler le gel avec la palette. Peu à peu, l'écran commença à afficher des images de plus en plus claires de ce qui se passait dans le ventre de Shuuichi.
C'est un appareil de toute dernière génération qui émet des ondes radio particulières afin d'obtenir une image en trois dimensions, expliqua la femme médecin en gardant les yeux rivés sur l'écran, tout comme le patient et son mari.
Au bout d'un moment, un petit sourire s'afficha sur ses lèvres et elle se tourna vers le couple.
Je l'ai trouvé. Regardez, le bébé est ici.
Elle indiqua avec son stylo une petite forme bien distincte, tranquillement nichée dans un coin. Elle repositionna la palette afin d'avoir un meilleur point de vue.
C'est tout petit, souffla Shuuichi.
Je te l'avais bien dit, fit remarquer Eiri.
Et c'est ce tout petit truc qui a fait cette grosse bosse sur mon ventre, si bien que maintenant j'ai l'air d'une baleine ?! s'étonna le chanteur.
D'abord, tu ne ressembles pas à une baleine ; tu es tout maigrichon. Et puis tu as dit toi-même qu'on ne devait pas appeler notre bébé "le truc", lui rappela Yuki.
Mais Shuuichi l'ignora, attendant une réponse du docteur qui semblait prendre des calculs grâce à l'appareil.
En réalité, votre ventre a commencé à s'arrondir parce que le placenta est plein du liquide amniotique qui est nécessaire au bon développement du foetus. Pour l'instant, le bébé n'est pas ce qui prend le plus de place, expliqua le docteur Andrée.
Alors ? Il est en bonne santé ? s'enquit Eiri sans quitter des yeux cette petite chose en forme de haricot qui prendrait très vite l'apparence bien distincte d'un bébé.
Et bien, oui. Le développement se passe pour le mieux. Tout est parfaitement normal. Voyez, les bras et les jambes ont déjà commencé à se former. Je compte cinq doigts à chaque main et cinq orteils à chaque pied. Puis là, c'est la tête, répondit la femme en leur montrant au fur et mesure de sa description des parties du foetus.
Andrée-sensei ? Ma belle-soeur, qui est aussi enceinte, m'a dit au téléphone qu'elle avait pu entendre les battements du coeur de son bébé. Pourquoi on n'entend rien ? demanda Shuuichi, inquiet.
Je suppose que votre belle-soeur a fait son échographie une fois son quatrième mois passé. Ici en France, la première échographie doit se faire au plus tard au troisième mois, puis ensuite une tous les trois mois jusqu'à l'accouchement. On ne peut pas entendre les battements du coeur avant le quatrième mois car il n'est pas encore tout à fait formé. En attendant, c'est grâce au cordon ombilical que le foetus est approvisionné en oxygène et en nutriments, et que son sang est renouvelé, dit-elle avant de se tourner vers le jeune homme. Autrement dit, ce sont votre coeur, vos poumons et votre régime alimentaire qui permettent à votre bébé de bien se développer.
Shuuichi sourit, tout simplement heureux. Et ce qui rendait Eiri heureux, c'était justement de voir ce sourire.
Si vous le voulez, je suis en mesure de vous donner le sexe de l'enfant. C'est pas à 100 pourcent sûr ; disons à 90 pourcent. Vous voulez savoir ? Ou bien préférez-vous garder la surprise ?
Et les deux amants répondirent en même temps :
La surprise. / J'veux savoir.
Puis ils se regardèrent et Shuuichi bouda.
Allez ! Eiri ! T'es pas sympa ! J'veux garder la surprise, moi !
Et moi je veux savoir, qu'on se retrouve pas avec des jupettes roses si c'est un mec.
Mais ce sera plus drôle comme ça !
T'es pas obligé d'écouter la réponse. Moi, j'veux savoir.
Si tu décides de savoir avant moi alors je te fais la gueule jusqu'à ce que le bébé naisse.
Tsss... Tu tiendras pas 20 minutes.
Tu veux prendre le risque ?! lui lança Shuuichi, le mettant au défi, avec un regard vicieux.
Et comme si Yuki venait de comprendre, une expression de terreur et de panique s'afficha sur ses traits.
T'oserais pas !
Oh que si ! Tu dormiras sur le canapé et tu seras privé de cochonneries pendant les six prochains mois.
Bon, ok. On garde la surprise, décida alors Eiri.
Affichant un petit sourire satisfait, Shuuichi lui dit :
Tu es adorable, mon Yukiki !
C'est pas comme si j'avais le choix... bougonna-t-il.
En tout cas, j'ai super hâte que notre bébé sorte de mon ventre pour pouvoir le serrer dans mes bras ! s'enthousiasma Shuuichi.
Je vais imprimer quelques images pour que vous puissiez les ajouter à l'album de bébé Uesugi, annonça joyeusement le docteur Andrée en lançant l'imprimante. A la prochaine échographie, dans trois mois, votre petit bout de choux sera un peu plus "photogénique".
La femme médecin se leva, essuya la palette et la rangea. Puis elle prit les images ainsi que les données qu'elle avait imprimées.
Vous pouvez vous rhabiller, Shuuichi. Il y a des lingettes là-bas pour enlever le gel, reprit-elle en indiquant distraitement la tablette sur laquelle elle avait posé son tensiomètre un peu plus tôt, tout en rangeant dans le dossier de son patient les résultats de l'échographie et un jeu d'images.
Merci, fit le chanteur en se levant pour essuyer son ventre et remettre ses vêtements.
Eiri, quant à lui, reçut des mains du médecin un duplicata des photos de leur bébé. Il y jeta un coup d'oeil, un sourire aussi riquiqui qu'une molécule s'étirant sur ses lèvres fines.
Maintenant, nous allons rejoindre mon bureau, dit-elle au couple après qu'elle eut rangé l'appareil à échographie et que Shuuichi fut de nouveau couvert.
Le jeune homme ramassa sa besace près de la chaise sur laquelle il s'était assis en arrivant et suivit, avec le romancier, son médecin à travers les couloirs de la clinique. Quelques portes plus loin, elle les fit entrer dans une pièce au moins aussi spacieuse que son cabinet mais meublée avec autres choses que du matériel médical et de gros appareils. Il y avait des étagères pleines de livres - sans doute des encyclopédies et des manuels médicaux - ainsi qu'une rangée de meubles de rangements, sûrement remplis de dossiers. Il y avait également beaucoup de plantes en pot, toutes très bien entretenues. C'est près d'une large baie vitrée que se trouvait son bureau, en verre et en teck derrière lequel se trouvait le fauteuil parfait. Ca doit être super confortable de travailler le cul assis là-dedans, songea Yuki en repensant aux tensions et aux maux de dos qui résultaient de ses longues heures passées à travailler derrière son ordinateur.
Le docteur Andrée s'installa dans son magnifique fauteuil de cuir noir tandis que le couple prenait place dans des chaises non moins confortables face à elle. Elle posa de côté le dossier de Shuuichi et alluma son ordinateur de bureau.
Parlons un peu de ce qui vous attend, messieurs, commença-t-elle. Le ventre de Shuuichi va très vite prendre de l'ampleur, alors je laisse à votre charge le soin de lui trouver des vêtements appropriés. Essayer les boutiques spécialisés, vous y trouverez des vêtements spécialement étudiés pour les femmes enceintes.
Mais ils vendent sûrement que des robes là-dedans, marmonna Eiri.
Je suis certaine que vous pourrez trouver quelques habits assez mixtes, comme des pantalons ou des chemises, assura le médecin. D'un autre côté, il va nous falloir faire en sorte qu'il ne reste pas ou très peu de séquelles de cette grossesse. Ma mère disait toujours "Neuf mois dans le ventre et marquée à vie".
Qu... Qu'est-ce que vous voulez dire... par "marqué à vie" ? balbutia Shuuichi, pas très rassuré.
Et bien, la peau du corps humain a une exceptionnelle faculté : celle d'être très extensible. Mais cette aptitude a ses limites et souvent, une grossesse met le corps à rude épreuve et laisse des marques pas très esthétiques. Nombreuses sont les femmes qui finissent avec des vergetures parce qu'elles n'ont pas pris la peine d'entretenir leur peau convenablement afin de la rendre encore plus élastique.
Des verge-quoi ? C'est quoi ça ?
Ce sont des marques de craquement de la peau qui laissent de petites cicatrices, expliqua Yuki, navré de tant d'ignorance.
Tout à fait, approuva le docteur. Et ça se produit lorsque la peau doit s'étirer trop brusquement, ne lui laissant pas le temps de se régénérer au fur et à mesure. Certaines personnes ont une peau suffisamment élastique pour ne pas avoir recours aux crèmes spécialisées mais je préfère ne pas prendre de risque et vous prescrire l'une de ses pommades.
Sur ces mots, le médecin sortit d'un de ses tiroirs un carnet à ordonnances et commença à y noter le nom d'une quelconque marque de crème.
Est-ce que ça veut dire que je ne serais plus aussi sexy qu'avant, après mon accouchement ? s'enquit Shuuichi, redoutant le pire.
Si je ne suis plus sexy alors Yuki ne me regardera même plus. Il ne me désirera plus alors il ira voir ailleurs. Il trouvera une fille du genre de notre voisine et me quittera parce que je ne lui plairai plus... Non, non, non ! commença-t-il à paniquer.
Bien sûr que non. D'accord, la grossesse changera de façon définitive votre corps, mais c'est pareil pour tout le monde et ce n'est pas toujours quelque chose de négatif. Certaines femmes, et je suppose que ce sera aussi votre cas, se sentent plus matures après avoir porté un enfant. Elles ont plus d'assurance et de charisme parce qu'elles acquièrent une certaine confiance en elles. Et puis si Angelina Jolie est capable de mettre au monde des bambins tout en gardant sa plastique de déesse grecque, je suis convaincue que vous vous en sortirez très bien, lui assura-t-elle.
Quels seront les effets de ces crèmes exactement ? demanda Yuki.
Elles vont contribuer à hydrater et à régénérer la peau au fur et à mesure qu'elle s'étirera, minimisant ainsi au maximum les éventuels risques de vergetures. Elles possèdent également des composants spécifiques qui renforcent l'élasticité de la peau.
En gros, si j'ai bien compris, je mets ces pommades et j'aurais pas de vergetures ? intervint le chanteur.
Exactement. Vous allez donc en appliquer sur votre ventre et vos cuisses chaque matin et chaque soir, tout en massant un petit peu afin de bien faire pénétrer la crème. Maintenant, autre point dont nous devons discuter : la césarienne.
Hein ? De quoi ?! Mais je... Je croyais que... Vous aviez pourtant dit que le bébé sortirait par là où il était entré ! s'affola le musicien.
Yuki s'abstint de pouffer de rire tandis que le docteur Andrée, elle, ne se privait pas de rire à gorge déployée. Pendant quelques instants, Shuuichi se sentit comme le plus grand crétin du monde. Son mari et son médecin se foutaient ouvertement de sa tronche et il ne savait même pas pourquoi.
C'est pas drôle ! s'exclama-t-il.
Mais au lieu d'avoir imposé le calme par son ton autoritaire, il avait au contraire accentué l'hilarité des deux autres. Aux yeux de Yuki, Shuuichi ressemblait davantage à un chiot tentant d'aboyer qu'à un homme vexé et en colère. Finalement, c'est la moue boudeuse du garçon qui les incita à reprendre leur sérieux.
Shuuichi, je plaisantais. Je sais que c'était méchant de ma part de profiter de votre crédulité, je suis désolée. Mais c'était simplement trop tentant alors j'ai joué le jeu et je vous ai fait marché jusqu'au bout. Mais j'avais pensé que vous auriez fini par comprendre. Pardonnez-moi, expliqua le médecin.
A-Alors on va m'ouvrir... le ventre ? s'inquiéta-t-il.
Le docteur Andrée prit une fois de plus son expression la plus douce et la plus chaleureuse, et dit:
Oui, en effet. Mais vous ne devez pas vous inquiéter, tout se passera bien. Et puis ce ne sera qu'une fine incision de 15 à 20 centimètres de longueur au maximum. Les techniques chirurgicales d'aujourd'hui laissent des cicatrices si infimes qu'on les voit à peine.
Pourquoi vouloir éviter que j'aie des vergetures si vous compter m'ouvrir en deux au bout du compte ?! s'énerva Shuuichi.
Eh ! Calme-toi. Il faudra bien que le bébé sorte de toute façon, intervint Yuki.
Toi, tu le savais et tu m'as rien dit !
Oui je le savais, mais c'est pas si important. Qu'est-ce que t'aurais fait de toute façon ? Te débarrasser du bébé ? s'énerva le blond.
Non, mais c'est mon corps ! J'avais le droit de savoir ! Non seulement vous vous êtes foutu de moi mais en plus je vais finir charcuté dans tous les sens ! C'est pas toi qu'on va ouvrir comme une huître et qui va se retrouver avec une balafre de 20 centimètres en travers du ventre ! rétorqua Shuuichi, la colère faisant monter les larmes à ses magnifiques yeux lavande.
Pourquoi t'en fais tout un cake, Shuu ?! Le docteur a dit que ça se verrait à peine.
Mais je --
Il y a toujours la possibilité d'avoir recours à la chirurgie esthétique par la suite afin de faire disparaître la cicatrice, Shuuichi. Ne vous inquiétez pas, le coupa la femme médecin, préférant intervenir avant que la dispute ne s'aggrave.
Pendant un long moment, le silence domina dans le bureau. Shuuichi n'avait rien répondu et Eiri se contentait de le regardait, à la fois agacé et inquiet. Il ne savait pas que Shuuichi faisait tant cas de son apparence physique. Il était pourtant le premier à prôner le mérite de la beauté intérieure... Le romancier se sentait de plus en plus frustré ; déjà qu'en temps normal il avait du mal à comprendre Shuuichi mais alors là, c'était pire encore. Tout lui échappait, ainsi que les certitudes qu'il avait, les points de repère sur lesquels il croyait pouvoir s'appuyer pour analyser les pensées et les sentiments de Shuuichi, ses motivations lorsqu'il faisait telle ou telle chose... Tout s'effondrait comme un château de carte. Cette grossesse était censée leur apporter davantage de stabilité et les rendre heureux. Or pour l'instant, le seul résultat obtenu était la distance qui s'étendait entre eux. Avant, elle était de la taille d'un fossé, maintenant, il semblait à Eiri qu'elle était aussi large qu'un canyon.
J'vais aux toilettes, je reviens, décida Shuuichi en se levant brusquement.
Il quitta la pièce sans un mot de plus, fermant sèchement la porte derrière lui. Le docteur Andrée se tourna vers l'écrivain et lui dit :
Je pense que c'est une bonne chose qu'il soit parti car j'avais justement certaines choses à discuter avec vous en privé.
J'vous écoute.
La tension si basse de Shuuichi m'inquiète. Elle n'est pas seulement due à un manque de repos.
Qu'est-ce que vous voulez dire ? Il y a un problème avec la grossesse ? s'enquit aussitôt Eiri, cachant avec difficulté sa crainte.
Non. Comme je l'ai dit, tout se passe pour le mieux. Excepté cette fatigue étrange. Je me demande si Shuuichi n'a pas des problèmes d'ordre affectif.
Pourquoi aurait-il --
J'irai droit au but, Eiri. Est-ce que vous vous êtes disputé récemment ?
Non ! Mais de toute façon ça ne vous regarde pas que je sache ! se braqua-t-il aussitôt.
Je sais que je ne suis ni psychologue, ni conseillère matrimoniale. Mais je suis le médecin de Shuuichi et en tant que telle, je me dois de m'assurer du bien-être de mon patient, ainsi que de celui de son bébé.
Notre bébé, la reprit Yuki.
C'est vrai oui. Mais c'est Shuuichi qui le porte en lui, vous en conviendrez. Et si Shuuichi va mal, ça aura des répercutions sur le bébé. Il faut ménager votre époux.
C'est ce que je fais à longueur de temps. Je me plie à toutes ses exigences, je passe du temps avec lui... Je vais finir par me transformer en mère poule, parti comme c'est.
Je pense qu'il y a quelque chose de profond. Il y a quelque chose qui lui fait mal de l'intérieur. Peut-être quelque chose dont il n'ose pas parler avec vous. Peut-être qu'il a peur de vous inquiéter ou de créer un conflit en se confiant à vous.
Qu'est-ce que vous en savez ?
Ca se voit dans ses attitudes. Certaines femmes enceintes font une dépression pendant leur grossesse, mais lui agit comme si de rien n'était, pourtant dans sa façon de vous regarder... On croirait qu'il guète la moindre de vos réactions, comme s'il redoutait que vous preniez la fuite. Peut-être qu'il pense que vous n'acceptez pas encore tout à fait toute l'étrangeté de la situation. Un homme enceinte... Ce n'est pas si courant. Il redoute sans doute que vous le quittiez. Incitez-le à vous parler de ce qui l'inquiète, dit le docteur Andrée avec véhémence.
Cette femme semblait vraiment prendre à coeur le bonheur de ses patients. A l'évidence, elle faisait partie de ces rares médecins à avoir saisi tout le sens du serment d'Hypocrate. Eiri détourna le regard et fixa un point invisible au sol. Il prit une profonde inspiration et raconta :
Je crois... Enfin je pense avoir une idée de ce qui pousse Shuuichi a agir comme ça. Mais je ne sais vraiment pas comment aborder le sujet. La seule et unique fois où on en a discuté, on s'est disputé, il s'en est pris à moi puis a fini complètement bouleversé, allant pleurer dans la salle de bain. Ca me fait tellement de mal de le voir en larmes. Surtout quand c'est moi le responsable. Et ce qui me fait encore plus mal, c'est que je suis complètement incapable de le comprendre. Et c'est encore plus dur maintenant qu'il est si...
Sensible ?
Il a toujours été plus sensible que la moyenne des gens, et ça lui a toujours permis de prendre soin de ses proches, de prendre soin de moi. Mais maintenant que les rôles sont inversés, que je dois le protéger et m'occuper de lui, j'y arrive pas parce que je suis complètement insensible. J'ai l'impression d'être... paralysé des sentiments, expliqua Eiri.
Vous voulez qu'on en parle tous ensemble. Peut-être que le fait d'avoir une tierce personne pour "arbitrer" les choses vous aiderez, proposa le médecin.
C'est gentil mais je crois qu'on va devoir régler ça par nous-même. Je ne peux pas compter sur l'aide des autres à chaque fois. Je ne veux pas que vous soyez mon chien d'aveugle.
Soudain, la porte de la pièce s'ouvrit à la volée, révélant un Shuuichi tout sourire.
Me revoilà ! J'ai été un peu long mais je me suis rafraîchi un peu le visage, il fait vachement chaud ici, lança-t-il joyeusement en revenant à sa place après avoir fermé la porte.
A en juger par son expression radieuse, il avait encore été sujet à une de ses sautes d'humeur. Au moins, il ne pleure plus, songea Eiri, soulagé.
De toute façon, nous avons presque fini, dit le docteur. Juste deux ou trois petits points à régler. D'abord, je veux que vous arrêtiez de manger trois ou quatre gros repas dans la journée mais plutôt six à huit petits. Assurez-vous de manger de tout et de façon équilibrée. Je pense que ça devrait calmer vos petites crises de nourriture en assurant votre besoin en énergie tout au long de la journée. Ensuite, vous continuerez à prendre les vitamines que je vous ai donné la dernière fois. Je vais vous en représcrire, dit-elle en ajoutant cela à l'ordonnance. Et enfin, n'oublier d'appliquer la crème matin et soir.
D'accord ! affirma Shuuichi, enthousiaste.
Eiri, veillez à ce qu'il fasse bien ce que j'ai dit.
Ouais, accepta le romancier.
Bien, dit-elle en se levant, tendant l'ordonnance au blond. On se revoit le mois prochain pour votre bilan mensuel. Et si d'ici là il y a le moindre problème, vous pouvez me contacter n'importe quand, c'est compris ? N'hésitez pas à me déranger en pleine nuit si nécessaire.
Arigatô gozaimashita, Andrée-sensei, fit poliment Shuuichi en s'inclinant légèrement avant de se diriger vers la porte.
Au revoir, ajouta Yuki, entraînant son époux avec lui en direction de l'ascenseur tandis que le docteur fermait la porte de son bureau derrière eux.
Quelques minutes plus tard, le couple se retrouva dans la voiture, quittant l'immeuble de la clinique pour rejoindre les rues encombrées de Paris. Ils étaient arrêtés parmi les bouchons, en pleine heure de pointe, sous la pluie, et un lourd silence planait entre eux. Dire qu'avant, Eiri aurait vendu son âme au Diable pour obtenir un tel silence... Mais désormais, ça lui était insupportable : quand il était seul, parce que ça voulait simplement dire que Shuuichi n'était pas près de lui et qu'il lui manquait une partie de son coeur, et quand le chanteur été là, parce que ça signifiait quelque chose n'allait pas.
Shuuichi, je --
Je donnerais tout pour un peu de soleil. Avec ce temps, comment veux-tu qu'on se balade un peu ? le coupa le jeune homme en regardant par sa vitre d'un air mélancolique. Maiko m'a dit dans sa dernière lettre qu'il faisait très beau à Kyoto et que Tatsuha et Mika prenaient bien soin d'elle là-bas. Je suis content que nos frères et soeurs s'entendent si bien. Hiro aussi est allé lui rendre visite. Je suis content parce que j'avais peur qu'elle se sente un peu seule avec moi à l'étranger et les parents lui faisant la gueule... Mais il paraît aussi qu'elle s'est vite fait des amis à l'université. Je pense que --
Shuuichi, s'il te plait. J'ai envie de discuter avec toi.
Mais c'est ce qu'on fait, non ? Je te raconte comment ma petite soeur se débrouille.
C'est pas de ça dont on doit parler.
Son amant ne répondit pas, se contentant d'observer le paysage urbain par-delà le rideau de pluie qui tombait au-dehors de la voiture. Voyant qu'il ne comptait pas dire quoi que ce soit, Eiri reprit :
Pourquoi tu t'es mis dans un tel état tout à l'heure quand on a parlé de la césarienne ? Et me dis pas que c'est parce que tu étais vexé qu'on se soit moqué de toi.
L'interrogé ne répondit rien, demeurant aussi silencieux qu'une tombe. Tentant de garder son calme jusqu'au bout, l'écrivain ajouta :
Shuuichi, j'aime pas parler au mur, ok ? Dis-moi franchement ce que tu as, parce que je comprends rien et ça me frustre, tu ne t'imagines pas à quel point.
J'ai rien à dire, c'était juste une petite saute d'humeur.
Fais pas comme si c'était rien du tout. Si tu as peur que je me mette en colère --
Ca se dégage devant, tu devrais avancer si tu veux profiter du feu vert, dit Shuuichi.
Shuuichi ! s'exclama Yuki, énervé de l'attitude négationniste de son mari.
Le pauvre musicien avait sursauté en entendant le ton si autoritaire de son amant. Il se tourna vers lui, terrorisé à l'idée de l'avoir mis en colère. Non, non ! Te fâche pas, mon chéri ! Je veux pas te le dire pour pas que tu te fâches, justement ! Et comme si Yuki avait entendu ses pensées, il dit :
C'est ton attitude qui me met en colère comme ça. Pourquoi tu persistes à me tenir à l'écart ? Les voeux qu'on a prononcé devant nos familles et nos amis ne veulent rien dire pour toi ? Et toutes ces fois où tu m'as demandé de te faire confiance aveuglément ? Tes conseils marchent pour les autres mais pas pour toi ? Je t'ai ouvert mon coeur, je t'ai confié mes secrets et toi tu gardes tout pour toi ?
Te mets pas en colère... murmura Shuuichi, un sanglot lui échappant tandis que de nouvelles larmes commencèrent à rouler le long de ses joues.
Alors arrêtes-moi ! Tu sais ce que j'attends de toi, non ? Que tu aies confiance en moi ! Que tu me parles ! C'était pourtant si facile avant, quand tu me racontais encore et encore ce que tu éprouvais à propos de tel ou tel truc...
Je veux pas qu'on se dispute, expliqua le garçon, sa voix prise dans les pleurs.
Eiri ne prit même pas la peine d'essayer de le consoler et relança :
Je t'avais pourtant dit avec cette histoire de journal intime que je ne voulais plus que tu me caches tes sentiments. Je veux que tu me dises, que tu m'expliques. Je suis pas comme toi, moi ! Je peux pas deviner ce qui te fait du mal. J'ai besoin que tu m'apprennes, que tu me montres.
Le blond laissait sa frustration sortir à travers la froideur et le désespoir de sa voix. Il commençait à perdre patience. Shuuichi ne lui dirait rien, il était trop buté et savait trop bien faire semblant. Pendant ses dernières années, il avait eu plus d'une occasion de s'entraîner à ce petit jeu-là. Il avait dû masquer sa peine derrière un faux sourire à chaque fois que l'auteur le repoussait. Il ne devait pas inquiéter ses amis ou sa famille, faire semblant d'être heureux même quand la tristesse et la douleur le rongeaient de l'intérieur. Autrefois, Yuki ne s'en plaignait pas. Il remarquait le masque que Shuuichi se créait mais il se disait qu'au moins comme ça il avait la paix.
Aujourd'hui en revanche, il ne souhaitait rien d'autre que d'avoir été plus tendre avec Shuuichi dès le départ pour ne pas le forcer à se créer cette carapace, ce mur entre eux. Il n'avait même pas remarqué ce mur lorsqu'il était encore en construction et qu'il était toujours temps de le démolir. Et il n'avait vraiment pris conscience de l'existence de ce mur que trop tard, après qu'il ait été renforcé par chaque rejet de sa part, par chaque dispute, par chaque mot blessant. Pendant des mois il y avait apporté des briques et maintenant, il s'en mordait les doigts. Il avait libéré son coeur au détriment de celui de l'homme qu'il aimait. A vouloir briser un mur, Shuuichi en avait créé un autre, seulement Eiri n'était pas sûr de savoir comment s'y prendre pour accomplir l'exploit de surmonter un tel obstacle.
Shuuichi, je t'aime. Tu sais que quoi qu'il arrive je resterais avec toi.
C'est ce que disent tous les hommes et toutes les femmes mariés. Mais en fin de compte, il y a toujours plus de 50 pourcent de divorces, marmonna Shuuichi.
Pourquoi tu parles de divorce ? demanda Eiri en faisant avancer la voiture de quelques mètres.
Parce que je sais qu'un jour tu finiras par te lasser de moi. Et quand bien même on ne se séparerait pas, il n'y aura plus le même amour entre nous. Alors que tu me quittes maintenant ou plus tard...
Jamais ! Tu entends ! Tu es à moi Shuuichi, tout comme je suis à toi ! Pourquoi je te quitterais, tu peux me le dire ?
Je sais pas moi... fit le chanteur en baissant les yeux vers son ventre. Peut-être parce que je finirais par ne plus te plaire, parce que je serais énorme et moche. Et parce qu'il y aura toujours toutes ces filles si sexy pour te tourner autour.
Dis donc, toi ! Dois-je te rappeler ce que tu m'as dit quand on était à Venise et que j'étais de mauvaise humeur parce que j'avais pris un an de plus ? Tu es toujours le premier à dire que la beauté vient du coeur. Qu'est-ce que j'en ai à foutre que tu sois gros et moche ? Ce qui n'est même pas le cas de toute façon. Tu penses vraiment que je suis quelqu'un de superficiel ? Si c'était le cas, pourquoi je serais sorti avec toi alors que t'étais qu'un adolescent boutonneux et que ça aurait pu nuire à ma réputation d'écrivain ?
Pour le sexe peut-être ? répondit Shuuichi d'un ton plat, sans émotion.
Le sexe ? Laisse-moi rire ! Dois-je te rappeler combien tu étais nul pendant les premiers mois de notre relation ? Je t'ai proposé d'être ton petit ami parce que je savais que tu étais le genre de personne fidèle en amour et que de cette façon, tu resterais avec moi. C'était toi que je voulais.
Et là, le jeune homme ne dit rien.
C'est ça qui te fait peur ? Que je te quitte ? Pourquoi je ferais ça ? Faudrait être le dernier des cons pour laisser un trésor comme toi à l'abandon. Quelqu'un d'aussi adorable, gentil, compréhensif et généreux... On trouve pas ça à tous les coins de rues, tu sais. Pourquoi je voudrais d'une greluche trop maquillée alors que tu es là pour moi ? Si c'est pour le sexe, maintenant que tu es enfin un super bon coup, y'a pas de raison que je te quitte. Là-aussi, tu dois me faire confiance, Shuu. A mes yeux rien n'est plus important que toi et notre bébé.
Les larmes étaient encore plus nombreuses maintenant et Shuuichi lui-même était incapable de deviner s'il pleurait de chagrin ou de bonheur. Entendre ces mots de réconfort de la part d'Eiri, aka Bloc de Glace, c'était un miracle inespéré.
Yuki, lui, s'en voulait d'avoir purement et simplement dit tout ce qu'il avait sur le coeur. Pourquoi avait-il révélé toutes ces choses à Shuuichi ? Pourquoi avait-il dit des choses aussi stupides et flanflan ?! D'accord, avec ça, il avait une chance de consoler le jeune homme mais tout de même, il y avait des limites. Ca ne lui ressemblait tellement pas de déballer ses sentiments de but en blancs comme ça...
Shuuichi, de son côté, était complètement perdu, il ne savait même plus quoi penser. Etait-il encore en colère ? Et même, pourquoi était-il en colère au départ ? Pouvait-il encore l'être après ce que lui avait dit Eiri ? Il m'aime... Pourtant j'ai si peur de le perdre...
J'ai si peur... souffla-t-il, pleurant à chaudes larmes.
Profitant d'être une fois de plus immobilisé dans la circulation, le blond lâcha le volant et prit Shuuichi dans ses bras. Il le serrait si fort... Il voulait qu'il comprenne, qu'il se sente en sécurité, qu'il n'ait plus peur.
J'ai aussi toujours peur que tu me quittes pour quelqu'un de plus gentil et de plus attentionné. Parfois je me demande si je te mérite vraiment, avec tout le mal que je te fais subir... Mais j'ai confiance en toi. Parce que je sais que tu m'aimes. Alors accorde-moi cette même confiance.
Shuuichi renifla bruyamment, se laissant aller dans l'étreinte de son époux, puis marmonna un petit "Je t'aime". Un petit pas pour l'humanité, un grand pas pour Yuki Eiri... songea le romancier. Il venait enfin d'atteindre le coeur de Shuuichi.
XXX XXX XXX
Un bon mois était passé durant lequel Shuuichi n'avait eu de cesse de s'observer dans le large miroir de leur salle de bain. En effet, il en était désormais à son quatrième mois. Il y avait donc des jours où il se plaignait de se voir grossir à vue d'oeil, se lamentant et se demandant comment son amoureux pouvait encore le trouver sexy. Et puis il y avait les jours où il était de bonne humeur et s'exaltait devant son ventre désormais bien rond. Il n'était pas bien gros et son ventre était encore loin d'être proéminent, ce qui faisait que dès qu'il enfilait une des chemises de Yuki, on remarquait à peine qu'il était enceinte. Mais lui et son chéri savaient bien ce qui se dissimulait sous les vêtements...
De son côté, Eiri se surprenait à imaginer à quoi ou plutôt à qui ressemblerait leur bébé, de qui il tiendrait ses yeux, sa bouille... S'il aurait le sourire lumineux de Shuuichi, les regards tendres de Shuuichi, la bouche en coeur de Shuuichi, la voix d'ange de Shuuichi. En fait, il espérait vraiment que le bébé ressemblerait autant que possible à son amant. Si le bébé hérite de moi pour ces traits là, le pauvre enfant ne sera pas bien gâté par la nature, se disait-il.
C'est par un petit matin de fin Juin, avec la douceur du début de l'été s'installant sur la capitale française, que Shuuichi se réveilla. Comme d'habitude, il lui fallut quelques instants pour reprendre ses esprits et sortir la tête du brouillard. Puis, après moulte bâillements et étirements, il remarqua Eiri, assis contre le dossier du lit, adossé à son oreiller. Ses mèches blondes étaient toutes ébouriffées et son visage encore marqué par le sommeil, mais malgré ça, il arborait un sérieux à toute épreuve. Le même sérieux que lorsqu'il travaillait. D'ailleurs, il avait chaussé ses lunettes, attestant de son niveau de concentration ; il semblait complètement absorbé par ce qu'il faisait.
Mais étrangement, il n'avait pas son ordinateur avec lui, seulement un bloc note de papier blanc sur ses genoux qu'il avait ramené à lui pour pouvoir s'y appuyer et un stylo plume à la main. La pointe glissait avec rapidité et grâce sur la feuille, la main de Yuki la guidant avec habileté. Vraiment, mon Yuki n'est pas écrivain pour rien... Il est tellement doué dans son travail... Curieux, Shuuichi tenta de se pencher discrètement par-dessus l'épaule de son époux pour pouvoir lire ce qu'il écrivait. Après tout, ce n'était pas tous les jours qu'on pouvait voir le grand romancier de ces dames rejeter les avantages de la technologie informatique pour revenir au bon vieux stylo et à l'indémodable papier. Ainsi, il ressemblait à Orphée composant les vers d'un prochain poème.
Cependant, au grand désarroi du jeune chanteur, les mots étaient écrits en anglais. Quel petit cachottier ! gronda intérieurement Shuuichi en faisant une moue agacée.
C'est pas la peine d'essayer d'être discret, tu perds ton temps Shuuichi, dit simplement Eiri, sans quitter son travail des yeux, sa voix grave et chaude faisant presque sursauter son mari.
Qu'est-ce que je suis censé comprendre ?
D'abord que tu es devenu trop lourd pour que je ne te sente pas bouger sur lit, puis que de toute façon tu n'arriveras pas à lire ce que j'écris.
Merci, j'avais remarqué que je ressemblais à une baleine échouée sur un banc de sable, répliqua le garçon, susceptible. Pourquoi tu écris en anglais ? demanda-t-il, ne laissant pas le temps à Yuki de le détromper.
Le blond poussa un soupir, puis cessa d'écrire, et leva enfin ses magnifiques yeux couleur miel vers son petit Shuu.
C'est une surprise, se contenta-t-il de dire.
Une surprise ? Quel genre de surprises ? demanda aussitôt le musicien, surexcité.
Le genre de surprises qui te fera plaisir.
C'est pour ça que tu écris en anglais ? Pour pas que je puisse lire ? C'est pas gentil, ça !
Je te connais trop bien, Shuuichi. Toi et ta curiosité auriez fini par succomber à la tentation et tu aurais essayé de lire avant que j'ai fini. Au moins, avec l'anglais je suis sûr que y'a pas de risque.
C'est bien la première fois que tu m'écris quelque chose... fit remarquer Shuuichi.
Son époux ne répondit rien, décidant d'ignorer cette remarque afin de reprendre tranquillement son travail. Le chanteur bouda encore quelques minutes en silence, après s'être assis en tailleur comme il put malgré son ventre déjà bien rond. Puis il demanda :
Ne, Yuki... T'as commencé à réfléchir à un prénom pour le bébé ?
Pas vraiment, répondit évasivement le blond, continuant à écrire sans quitter son carnet des yeux. Et toi ?
Pas du tout. Mais de toute façon, c'est à toi de trouver un bon prénom pour notre enfant, fit le jeune homme sur le ton de l'évidence.
A moi ? Pourquoi moi ? s'étonna Eiri, en levant les yeux de son bloc-notes, son amant ayant finalement réussi à capter son attention.
Parce que c'est moi qui fais déjà tout le boulot, au cas où tu ne l'aurais pas remarqué. J'estime donc que la charge de trouver un très joli prénom à notre bébé te revient.
Oh ? Vraiment ? Et tu crois peut-être que tu l'as conçu tout seul, ce bébé ? J'ai déjà fait ma part, il me semble.
Oui peut-être, mais planter ces graines ne suffit pas. Un bon agriculteur prend soin de son verger pour obtenir de jolis fruits, fit Shuuichi, avec sagesse.
Yuki fronça les sourcils en se grattant le derrière de la tête. Etait-ce lui qui, de bon matin, avait du mal à suivre la conversation ? Ou bien était-ce simplement la métaphore de Shuuichi qui était bancale ? Il vient de me comparer à un paysan plantant ses carottes, ou je rêve ? (Pat : Des graines, qui donneront des arbres, puis des fruits... pas de carottes, Yuki ! )
Tu trouves que je ne m'occupe pas assez de mon petit verger, Shuuichi ? demanda-t-il, un brin moqueur, conservant la même comparaison pourrie.
C'est vrai que tu es tout câlin avec moi la plupart du temps - d'ailleurs j'espère que ça continuera même une fois que j'aurais accouché - mais je tiens quand même à ce que ce soit toi qui choisisses le nom du bébé. Ce sera une véritable preuve de ton amour pour lui, quand il saura que c'est son papa qui l'a nommé. Ce sera une façon pour toi de t'impliquer plus concrètement dans son "développement".
Tu cherches à "psychanalyser" ? fit Yuki, cynique.
De toute façon, c'est pas comme si t'avais le choix ! C'est moi qui te l'impose ! décida Shuuichi sur le ton le plus autoritaire possible, en croisant les bras sur son torse, s'appuyant légèrement sur son ventre arrondi.
Bon ! Très bien... Et comment tu veux que je fasse si j'ignore le sexe du bébé ? rétorqua Eiri, qui commençait à se demander lui-même pourquoi il persistait à tenir tête à Shuuichi en refusant de nommer leur enfant.
Bah... euh...
Tu vois bien ! Alors à moins que tu ne changes d'avis - ce dont je doute fortement vu que tu es une véritable tête de mule - et qu'on demande au docteur Andrée de nous révéler ce point crucial dans la recherche d'un prénom, je ne pourrais jamais trouver de prénom potable à notre bébé, déclara le romancier faisant mine de retourner à son roman, comme si la question était réglée.
Et bien tu n'as qu'à trouver un prénom pour une fille, et un pour un garçon.
Chercher deux prénoms, ça me fait le double de boulot.
Ou bien carrément un prénom mixte, genre Akira.
J'ai horreur des prénoms mixtes !
Ton prénom en est pourtant un il me semble !
C'est pas pareil !
De toute façon, je suis persuadé que ce sera un garçon ! affirma Shuuichi, coupant cours au débat, avec un large sourire.
Yuki tourna vers lui un regard dubitatif, haussant un sourcil interrogateur.
T'as l'air bien sûr de toi...
C'est parce que j'ai un sixième sens pour ce genre de choses. Alors fais-moi confiance : ce sera un p'tit mec ! Un vrai Yuki Junior !
Voilà qui avait carrément refroidi Eiri. Sans trop savoir pourquoi, la vision d'un "Mini-Moi" en couche-culotte avec un biberon à la bouche et un nin-nin (1) sous le bras effrayait viscéralement le jeune auteur. Je préférerais une fille, pour le coup ! se dit-il. Puis il repensa aux paroles de Shuuichi. Un garçon, hein...
Dis-moi, mon coeur, tu es persuadé que ce sera un garçon, n'est-ce pas ?
Pour toute réponse, le chanteur hocha vigoureusement la tête.
Sûr de sûr ? insista Eiri.
Son époux approuva avec encore plus de véhémence.
Certain ?
Oui, oui !
Avec une marge d'erreur de combien ?
Une marge de quoi ?! fit Shuuichi, n'ayant à l'évidence pas compris où son compagnon voulait en venir.
Une marge d'erreur, baka ! Je te demande à combien de pourcent tu es sûr de toi !? demanda Yuki, avec un vocabulaire qu'il pensait suffisamment clair (voir enfantin) pour être à la porter des trois neurones de son amant (2).
100 pourcent ! s'exclama Shuuichi en bondissant comme un cabris sur le lit avant de planter juste sous le nez de l'écrivain sa marque de fabrique : un V de la Victoire.
Cool... se contenta alors de marmonner Eiri, retournant à son écriture comme si de rien n'était.
Le calme soudain dont avait fait preuve le blond, tranchant radicalement avec l'état agressif et nerveux dans lequel il semblait s'être mis quelques instants plus tôt, surprit considérablement le musicien.
Euh... Mon Yukiki ? T'es sûr que tu vas bien ? s'enquit le jeune homme aux cheveux noirs en passant une main sur le front de son bien-aimé, une expression de sincère inquiétude dans son regard tandis qu'il essayait de déterminer si le blond avait de la fièvre.
Ouais, ouais, t'inquiètes, fit simplement son mari en repoussant sa main d'un geste brusque, agacé.
Une nouvelle petite moue apparut sur le visage de Shuu, à l'évidence blessé de l'attitude de son compagnon. En effet, le garçon avait toujours détesté se faire rejeter. Mais le rejet était encore plus difficile à supporter quand il venait de l'homme qu'il aimait. Remarquant l'expression de peine dessinée sur l'adorable frimousse de son petit amour, Eiri mit de côté son carnet, son stylo et ses lunettes pour ensuite attraper Shuuichi en passant ses bras autour de sa taille. Il l'attira à lui et l'assit sur ses genoux, de côté, comme un enfant qu'on veut consoler.
Arrête de bouder pour rien, bougonna Yuki avant de déposer un baiser sur le sommet de la tête de son petit Shuu.
Pourquoi ses cheveux sentent-ils toujours bon la fraise ? se demanda-t-il distraitement, sans doute pour la énième fois depuis qu'il connaissait son amoureux.
Yuki ? appela le chanteur.
Nanda ?
Tu préfèrerais avoir un garçon ou une fille ?
Le romancier ne répondit pas. A vrai dire, il ne s'était jamais vraiment posé la question ; il s'était contenté de vouloir un bébé avec Shuuichi, un petit être qu'il pourrait serrer dans ses bras et voir grandir et... Bon, j'arrête avec mes pensées émotionnellement déstabilisantes. En gros, il avait eu l'esprit trop préoccupé par leur déménagement et le bien-être de Shuuichi pour demander davantage qu'un bébé en bonne santé. Et puis, jusqu'à présent, s'il avait voulu connaître le sexe du bébé, c'était uniquement pour des raisons pratiques. Mais maintenant... que préférait-il personnellement ?
Je suis sûr que tu veux une fille ! affirma Shuuichi en levant la tête vers son chéri, un petit sourire tendre aux lèvres.
Pas du tout ! se défendit Eiri, en détournant la tête comme pour cacher la légère rougeur sur ses joues.
Alors un garçon ? Non... Je crois pas. Tu es plus du genre papa super-protecteur avec sa fifille adorée.
Nani ! Moi ? Papa super-protecteur ? T'aurais pas essayé de fumer le tapis du salon des fois ? s'offusqua presque le blond.
Pas la peine de t'en cacher, mon doudou. Tu veux une fille, je le sais bien. C'est comme si c'était marqué en grosses lettres de néon rouge au-dessus de ta tête !
Tsss... Nandemo, baka, marmonna Eiri en tirant une sucette au citron du tiroir de son chevet.
Il la déballa et l'enfourna dans sa bouche, bien content que Shuuichi n'est pas insisté davantage sur le sujet. Et les sucres rapides du bonbon eurent sur lui un effet presque aussi apaisant que la nicotine dont il s'était enfin définitivement libéré. De toute façon, que je veuille une fille ou pas, ça n'y changera rien, songea-t-il. Il sourit intérieurement en repensant avec quelle certitude Shuuichi avait affirmé que leur enfant serait un garçon. Vu qu'il a un sixième sens aussi fiable qu'un pneu crevé, c'est évident que s'il prédit la naissance d'un p'tit male, on aura droit à une nénette. A vrai dire, le supposé sixième sens de Shuuichi, qui était soit inéxistant, soit calculable en négatif - Un peu comme son talent de parolier - donnait toujours des prédictions si absurdes et erronées qu'il suffisait de se préparer à l'opposé. Cependant, le romancier devait admettre que les pressentiments de Shuuichi s'étaient en revanche toujours révélés exacts lorsqu'il s'agissait du bien-être de Yuki : les menaces de Aizawa, sa tentative de suicide à New York, le kidnapping raté de Tatsuha... Pour ce qui était de protéger son cher et tendre, on pouvait dire que le chanteur avait un certain flaire.
Eiri repensa ensuite à cette histoire de prénom. Honnêtement, l'idée d'avoir une fille l'enchantait beaucoup. Les garçons étaient généralement chiants, vulgaires et bagarreurs. Les filles étaient certes chiantes, mais au moins elles étaient jolies et douces. Shuuichi était une exception à la règle : chiant, mignon et doux. Et puisqu'il est persuadé que ce sera un p'tit gars, je peux m'attendre à une petite princesse.
L'écrivain fut tiré de ses songes lorsqu'il sentit sa bien-aimée sucette au citron lui être retirée de la bouche. Il allait répliquer, exigeant le retour de sa sucrerie, mais quand il vit avec qu'elle sensualité et qu'elle innocence Shuuichi dévorait le bonbon, le léchant et le croquant en même temps, il n'eut pas le coeur de lui reprendre le bonbon. Quelques minuscules éclats jaunes (couleur du citron) brillaient autour de sa petite bouche pulpeuse et, bien évidemment, le romancier ne résista pas à l'envie de l'embrasser. Ses douces lèvres sucrées au parfum de citron le poussèrent à approfondir ce baiser. Après quelques minutes de bécotage intensif, le blond marmonna contre les lèvres du chanteur :
Ta punition pour m'avoir volé ma sucette.
Il faut apprendre à partager, lui répondit Shuuichi avec un petit sourire amoureux, avant de faire délicatement passer le bonbon sur les lèvres de son époux.
Il le tenta ainsi pendant une longue minute, et Eiri résista à l'envie de manger ce qu'il restait de la chuppa. Puis finalement, Shuuichi décida de venir récolter le sucre acidulé sur la délicieuse bouche de son amant. Ainsi, il fit très lentement glisser le bout de sa langue sur la lèvre inférieure du blond, puis quand il eut finit, il s'occupa de la lèvre supérieure. Honnêtement, ce petit jeu commençait à vraiment exciter Yuki, dont les bras se resserraient presque instinctivement autour du musicien.
Dans le silence de la pièce, on n'entendait que le bruit moite des coups de langue de plus jeune. Et alors qu'il ne pouvait plus retenir les sensations qui l'envahissaient, le jeune écrivain laissa un gémissement lui échapper. Shuuichi gloussa un peu, plutôt satisfait de l'effet qu'il avait sur son cher et tendre. N'en pouvant plus, Eiri rapprocha davantage son amant et s'empara une nouvelle fois de sa jolie bouche.
Mais comme on ne peut pas espérer vivre tranquille quand on s'appelle Yuki Eiri, la sonnette de la porte d'entrée retentit. Choisissant de l'ignorer, les deux époux continuèrent leur séance de préliminaires... Evidemment, l'autre idiot à la porte insista, sonnant encore et encore, et encore, et encore... Jusqu'à ce que mort s'en suive, gronda intérieurement Yuki, renonçant à aller plus loin avec son compagnon. A contre-cœur, il se décida à relâcher Shuuichi pour aller ouvrir à la porte. Il enfila une chemise et un pantalon (puisqu'il dormait en boxer seulement ), et rejoignit l'entrée, prêt à envoyer bouler quiconque osait le déranger à 10h30 un samedi matin. Notons que pour le blond, 10h30 c'est beaucoup trop tôt.
D'abord Yuki avait choisi d'ignorer le tappage mais les frappements insistants avaient eu raison de sa patience quasi inexistante. Frustré d'avoir abandonné un Shuuichi tout émoustillé dans leur confortable lit et crispé par le bruit récurrent et énervant des cognements contre sa porte, Eiri se dit que de toute façon, il n'avancerait à rien avec son amant tant qu'il ne se serait pas débarrassé du gêneur.
Et lorsqu'il ouvrit la porte d'entrée, il se dit que finalement, il aurait peut-être dû laisser sonner.
Bonjour voisin ! s'exclama joyeusement en un excellent français leur top modèle de voisine.
En effet, la rouquine à l'accent légèrement anglais se tenait sur le seuil de leur appartement, un large sourire aux lèvres qui se voulait naturel mais n'avait strictement rien à voir avec la beauté et l'innocence de ceux de Shuuichi. Elle n'était qu'une vulgaire femme sans aucune forme tenant désespéramment de paraître séduisante alors qu'elle n'avait qu'une beauté banale et absolument aucun charisme. Comment peut-elle se faire payer pour poser devant un appareil. Les autres femmes n'ont vraiment rien à lui envier, songea un instant Eiri.
Comme si rien que de regarder cette femme lui donnait la migraine, Yuki grogna d'un air fatigué et agacé :
What do you want ? (Qu'est-ce que vous voulez ?)
I just wanted to check on my dear neighbour, (Je voulais juste prendre des nouvelles de mon cher voisin) répondit le mannequin avec une voix aigue qui ne fit accentuer l'énervement du blond.
De plus, Eiri, étant un homme de lettre, avait aisément remarqué l'usage du singulier ; cette nouille de Shuuichi avait peut-être raison en fin de compte... peut-être essayait-elle vraiment d'interférer dans leur couple et de le séduire lui. C'est pas comme si elle avait une chance d'y arriver mais c'est prise de tête. A insister, cette conne va foutre mon couple en l'air, gronda intérieurement l'écrivain.
We're fine, (On va bien) répondit-il en s'apprêtant à refermer la porte.
Wait ! Sorry to disturb you but I cooked you some pudding ! Wanna taste a bit ? (Attendez ! Désolée de vous déranger mais je vous cuisiné un peu de pudding ! Vous voulez le goûter ?) lança-t-elle à la hâte avant que la porte ne se referme sur elle.
Elle avait retenu le battant d'une main, et montrait son assiette de l'autre. Elle est VRAIMENT désespérée ma parole ! se dit Yuki. Malgré son sourire, la rudesse du geste de la rousse - qui ne manquait décidément pas de culot d'insister autant - n'était pas pour plaire à Eiri. Surtout quand il remarqua que dans l'assiette en question, il y avait tout juste assez de gâteau pour une personne. A l'évidence, elle avait délibérément "oublié" Shuuichi.
No thanks, fit Yuki, dégoûté par le manque total de morale de cette fille.
A dire vrai, avant de connaître Shuuichi, il avait souvent poussé des femmes à l'adultère et si à cette époque, il se donnait le beau rôle du Don Juan, il avait toujours su au fond de lui qu'il était un véritable salaud. Mais il s'en moquait complètement. Il avait fallu qu'il rencontre son petit Shuu pour se rendre compte de la valeur de certaine chose comme la fidélité, l'amour, la sincérité... Et puis au moins, quand je draguais, je donnais pas l'impression d'être un colporteur vendeur d'aspirateurs, ou d'un recruteur des Témoins de Jéovah, se dit-il en voyant avec quelle insistance cette idiote s'accrochait à une cause perdue d'avance. Elle n'arrive même pas à la cheville de Shuuichi. Lui au moins, quand il s'accrochait à moi, il avait une bouille mignonne.
Et comme quand on parle du loup, il sort toujours de sa tanière, Shuuichi arriva derrière lui, ne portant sur lui rien de plus que la chemise et le caleçon de son homme avec lesquels il avait dormi. Kami-sama ! Qu'il est sexy comme ça ! remarqua Eiri avec un sourire au coin des lèvres tandis que les bras fins de son époux se glissaient autour de sa taille et que ses petites mains se faufilaient plaisamment entre les pans de sa chemises entrouverte, comme de petits fauves marquant leur territoire.
Et en effet, le jeune chanteur comptait bien montrer à cette garce que le romancier était à lui et rien qu'à lui ! Que cet apollon n'appartiendrait toujours qu'à lui et à personne d'autre ! Et j'espère qu'elle a bien remarqué nos alliances ! Parce qu'elles sont comme des titres de propriété : Yuki est à moi, et je suis à Yuki ! Et c'est pas autrement !
Venir déranger un couple de ci bonne heure c'est vraiment très mal vu au Japon, surtout quand on n'est ni de la famille, ni un ami, et qu'on ne s'est pas annoncé. Vous n'êtes pas la bienvenue chez nous, et même pas devant notre porte. Ne prenez même pas la peine de sonner parce que la prochaine fois je vous ferais partir de façon définitive, annonça Shuuichi en français, avec un large sourire hypocrite au visage.
Eiri avait bien remarqué que Shuuichi était passé en mode "ultra-agressif" ; on pouvait presque voir la pancarte indiquant "Attention ! Bête sauvage, ne pas nourrir !" autour de son cou.
Serait-ce une menace ?
Seulement une information. Je n'aimerais pas avoir à le faire mais s'il le faut, et si vous continuer de tourner autour de mon mari, j'appelerais Miri Johanson. Et honnêtement, je ne crois que vous vouliez vous frotter à elle...
De cette conversation, Eiri n'avait compris que deux mots : "Miri" et "Johanson". Aussi un sourcil interrogateur à l'attention de Shuuichi, il demanda dans son japonais natal :
Miri ? Qu'est-ce qu'elle vient faire là-dedans ?
Nanimo nai, Yuki-chan ! répondit Shuuichi avec une expression joyeuse sur sa frimousse aux joues roses, avant de tourner un regard redevenu agressif et menaçant à l'attention de la top modèle.
Habituellement, ce type de regard était réservé à Seguchi... Mon petit coeur prend vraiment cette nana au sérieux, remarqua Eiri.
Looks like your wife really doesn't like me, (On dirait que votre femme ne m'aime pas du tout) fit la femme d'un air suffisant avec une expression dédaigneuse à peine masquée à l'attention du garçon.
Et comme s'il avait fallu un instant au cerveau de romancier pour percuter, il finit par remarquer que Shuuichi venait ENCORE d'être pris pour une fille. Pauvre garçon... Mais je suppose que c'est pas plus mal. Je n'ai vraiment pas envie d'expliquer à cette idiote comment mon "mari" s'est retrouvé "enceinte" alors qu'il est un mec.
Actually, my wife's always got pretty good feelings about people and if she thinks you're worse than a leech, then she must be right. And I really don't like you either. (En fait, ma femme a toujours eu un don pour juger les gens et si elle pense que vous êtes pire qu'une sangsue, alors elle a certainement raison. Et puis, moi non plus, je ne vous aime pas du tout.)
Sur ce, il lui claqua la porte à la tronche. Il poussa un soupir agacé avant de quitter le couloir pour retourner à leur chambre. Son petit koala, toujours agrippé à lui, souriait fièrement, heureux d'être débarrassé de cette emmerdeuse. Même s'il n'avait pas compris ce que Yuki lui avait balancé, il était persuadé que c'était quelque chose de dure, froid et méchant. Quelque chose digne du sale caractère de Yuki Eiri. A mi-chemin, il arrêta Eiri et leva vers lui un regard amoureux.
Yukiki-chan ?
Grrr... grogna le romancier en entendant le surnom ridicule que Shuuchi lui avait encore une fois affublé. Nanda ?
Anoo... Tu veux bien qu'on reprenne les choses où on s'était arrêtés avant que cette empêcheuse de tourner en rond ne nous interrompe ? Ne, mon Yuki, je veux des câlins moi...
Baka, marmonna le blond, plus pour la forme que pour taquiner son époux.
Il se pencha sur lui, déposa un petit baiser sur son front partiellement couvert de mèches noires puis, sans crier gare, il l'attrapa tel une mariée et emmena ainsi un chanteur tout content jusqu'à leur lit pour de plus amples papouilles, voir plus...
XXX XXX XXX
Quelques jours plus tard, en tout début Juillet, avec l'arrivée de la nouvelle saison, Shuuichi s'était mis en tête qu'il lui fallait renouveler sa garde robe. Certes, son ventre arrondi était maintenant clairement visible sous ses vêtements... Mais il pouvait toujours porter ceux d'Eiri, que le romancier s'était "gentiment" proposé de lui prêter - plus pour éviter la corvée de shopping que par sympathie, évidemment. En effet, de par leur taille, les habits du blond cachaient presque totalement la grossesse du garçon. Mais les paroles du docteur Andrée en Mai suggérant une nouvelle garde-robe, et les allusions de Mika, lors de son dernier coup de téléphone, à une séance de shopping "spéciale future maman" qu'elle avait faite avec Maiko, Miri et Noriko, avait rendu Shuuichi plus qu'envieux et surtout déterminé à en obtenir autant.
Depuis que le problème avec leur voisine avait été réglé, le musicien avait complètement récupéré sa bonne humeur et son entrain habituel (parsemé de sautes d'humeur bien sûr, pour mettre un peu de piquant, héhé !). Il avait donc eu d'horribles idées en tête, du genre "Emmenons Eiri faire les boutiques !". Et assez bizarrement - notez bien la touche d'ironie - l'écrivain n'était absolument pas emballé pas ce type d'idée. La simple perspective de Shuuichi et lui, dans un magasin bondé de monde (principalement des femmes enceintes dans le même état psychologiquement instable que le chanteur) lui faisait froid dans le dos.
Onegai ! Yuki ! Emmène-moi acheter de nouveaux vêtements ! Les miens sont bien trop étroits pour mon gros bidon et je ne veux pas continuer à les porter au risque de les déformer. Je veux pouvoir les remettre après l'accouchement. Et pense au bébé, il ne faut pas que notre Yuki-kun Junior soit trop comprimé !
Arrête de l'appeler Yuki Junior, ok !? Ca me tape sur les nerfs ! Et puis t'as qu'à continuer à porter mes fringues alors arrête de me faire chier avec tes conneries !
Non ! Je veux plus de tes fringues trop grandes ! J'adore dormir dedans parce qu'il y a ton odeur partout dessus et tout, mais je ne peux décemment pas me promener avec ça dans la rue !
Shuuichi, commença Yuki d'un air blasé, se pinçant l'arrête du nez pour se calmer un peu, tu ne trouveras que des vêtements pour femmes dans ce type de boutiques. Alors, à moins que tu aies pris des habitudes travesties en plus de tes tendances au cross-dressing, je ne vois pas l'intérêt d'y aller, sachant que tu n'y trouveras rien pour "homme enceinte".
Je te ferais remarquer que les femmes aussi portent des pantalons et des shorts ! Je suis sûr que je pourrais trouver des habits plutôt mixtes. Et au pire, si on me prend pour une fille, je me dis que c'est pas plus mal : ce serait trop bizarre d'avoir expliquer que je suis un mec mais que je me suis retrouvé avec un vagin et un bébé dedans ! Alors si je suis prêt à être pris pour une fille, qu'est-ce que ça te coûte de m'y emmener ?
A la suite de cette courte argumentation, Shuuichi, qui se trouvait debout, entre son mari installé sur le canapé du salon et l'écran de la télé, adressa au blond un regard de défi. Il était plus que déterminé à avoir ce qu'il voulait. Et il l'aurait, parole de Shindou !
Ce que ça me coûterait ? Du temps perdu inutilement et de l'argent jeté par les fenêtres pour des vêtements que tu ne porteras pas plus de quelques mois.
Espèce de radin égocentrique ! Pourquoi ça te fait autant chier de passer autant de temps avec ton mari enceinte et de dépenser un peu d'argent alors qu'on n'en manque vraiment pas ?!
Pourquoi tu veux à tout prix que je t'y emmène ? C'est quoi ton problème ? Tu sais où est le magasin et puisque tu arrives à aller jusqu'au premier arrondissement tout seul, tu peux y aller sans moi, non ?
Serrant les poings de toutes ses forces pour réprimer sa rage et son chagrin, Shuuichi renchérit :
Je veux que mon mari, le père de mon bébé, prenne part aux préparatifs de la naissance. Et pour être bien préparé, je dois me sentir bien. Et je sais que je me sentirais mieux avec des vêtements neufs ! Et puis c'est la période des soldes, espèce de pince ! Tout sera à moitié prix ! Mais si tu te fous tant que ça de l'homme que tu es censé aimer plus que tout au monde, et de ton enfant à naître, alors je demanderais à Séphora et Salomée de prendre sur leur temps libre pour m'y emmener.
Eiri ne répondit rien, visiblement impassible. Le jeune homme ajouta alors :
Et puisque tu rechignes à prendre ton rôle de mari et de père au sérieux, je demanderais à Mika-chan de venir me rendre visite pour qu'on s'entre-aide pour la venue au monde de nos enfants. Et qui dit Mika, dit Seguchi...
Se levant d'un bond, Yuki prit Shuuichi par le poignet et l'emmena en direction du couloir de l'entrée.
C'est bon, on y va.
Quelques kilomètres en coupé cabriolet plus tard, c'est un petit chanteur hystérique qui gambadait joyeusement dans les allées d'une des plus grandes boutiques de prêt-à-porter pour future maman de la région parisienne. Et qui était le malheureux (mais terriblement sexy) jeune homme blond qui le suivait sans grand enthousiasme, une maxi Chuppa au citron à la bouche ? Son petit mari évidemment. On dit toujours qu'entre deux maux il faut choisir le moindre, mais je commence à me demander si j'aurais pas mieux fait de rester chez moi, quitte à voir rappliquer Seguchi et ma frangine... se dit-il. En effet, même s'il était pourtant évident qu'il n'était pas célibataire - puisque toutes les deux minutes, Shuuichi venait lui faire un bisou sur la joue en braillant un "Je t'aime" en français à vous fendre les tympans - toutes les femmes enceintes de la boutique le fixait avec la bave aux lèvres. D'un autre côté, leurs compagnons ou époux lui adressaient des regards agressifs et mauvais du genre "J'ai horreur des beaux gosses dans ton genre" ou "T'as pas intérêt à me piquer ma gonzesse !". Bien sûr, il y avait aussi les regards qu'on adressait à Shuuichi, mais l'idiot était trop occupé à farfouiller dans les étalages pour le remarquer. Les filles le regardaient d'un regard envieur - Normal puisqu'il est marié avec moi ! songea Yuki - et pas mal de mecs, bien qu'accompagnés, se retournaient discrètement sur leur passage pour lui mater les miches... QUOI ?!!!
Shuu ! appela Eiri, un peu sèchement, en s'approchant du chanteur.
Nani ? fit celui-ci en se tournant vers son amoureux, un large sourire aux lèvres.
T'en as encore pour longtemps ? bougonna le blond, en passant subrepticement un bras autour de la taille du garçon.
Mais on vient juste d'arriver !
Ca fait plus d'un quart d'heure !
Yuki ! Ca fait à peine un quart d'heure, tu veux dire ! répliqua Shuuichi en fronçant les sourcils.
L'écrivain ne répondit rien. Il croisa les bras sur son torse comme un sale môme tirant la tronche, en faisant tourner la sucette dans sa bouche avec sa langue. Et aussitôt, l'expression autoritaire sur le visage du musicien disparut pour se transformer en adorable sourire, ses grands yeux brillant de milles feux.
Kyah ! Kawaii ! Yuki, t'es trop meugnon quand tu fais ça ! bava-t-il en mordillant le colle de la chemise qu'il avait emprunter à son doudou.
Shuuichi aussi pourrait paraître kawaii si seulement il n'était pas en train de saliver comme un crapaud. Le blond réprima un gémissement de dégoût en repoussant l'horrible idée digne d'un film d'horreur de s'être marié avec crapaud. Vraiment... La débilité de Shuuichi commençait sérieusement à déteindre sur lui.
Bonjour, bonjour ! s'exclama joyeusement une jeune vendeuse.
Bonjour, répondit Shuuichi, dont le français s'améliorait sensiblement de jour en jour.
Vous voulez de l'aide ? Vous cherchez quelque chose en particulier ? s'enquit gentiment la demoiselle.
Oui, je voudrais de jolis vêtements pour l'été et l'automne, qui soient pas trop féminin.
Sous le regard étonné de la vendeuse, le chanteur se rappela qu'aux yeux des autres il était une femme. Après tout, un mec enceinte, c'est impossible ! s'exclama intérieurement Shuuichi avant de balbutier :
Euh... Héhé... En fait, j'ai toujours été assez garçon manqué. Alors je préfèrerais des trucs plutôt mixtes.
Oh, je vois, fit la vendeuse avec un grand sourire. Et dites-moi, l'heureux évènement est pour bientôt ?
C'est prévu pour Novembre, s'enthousiasma fièrement Shuuichi.
Alors pourquoi vouloir des vêtements pour l'automne ? Je veux dire, pourquoi ne pas simplement revenir lorsque nous aurons reçu la nouvelle collection automne-hiver ?
Dites ça à mon radin de mari qui préfère acheter pendant les soldes ! Alors je vais me contenter de ce qui reste de la collection de l'année dernière. Et puis de toutes façons, j'ai réussi à le traîner ici une fois, mais je n'y arriverai pas une seconde alors...
Haha, je vois. Venez, suivez-moi. Je vais vous proposer quelques articles susceptibles de vous plaire.
Shuuichi suivit volontiers la demoiselle tandis qu'Eiri se contentait de traîner derrière. Bien qu'il n'avait pas compris un seul mot, il se doutait bien que la nana était là pour leur proposer ses "précieux" conseils. Il se demanda un instant si les techniques de vente des employer de magasins en France étaient les mêmes que celles des japonais. Les français étaient-ils du genre bourrins, collant les clients jusqu'à ce qu'ils achètent et les tartinant de compliments hypocrites ? Ou bien préféraient-ils se cacher sous une fausse honnêteté pour leur vendre les articles les plus chers ? (3) Perdu dans ses pensées, il fallut un moment à Yuki avant de se rendre compte que Shuuichi lui parlait.
Oy ! Eiri ! Regarde la jolie chemise que la vendeuse m'a trouvée !
Le blond jeta un coup d'oeil distrait à l'article. Il s'agissait d'une belle chemise blanche, à longues manches, confectionnée en deux parties : le haut, à partir de la cage thoracique et jusqu'au col, comprenant quatre boutons, et le bas, séparé par une couture élastique, assez ample pour qu'un ventre bien rond y soit à son aise. Le tissu, du coton, était tissé de sorte qu'il soit léger mais pas transparent.
Haussant un sourcil, Yuki répondit :
Comme tu veux.
Yuki ! Tu es censé m'aider ! Alors dis-moi ce que tu en penses !
C'est blanc.
Et ?...
Je sais pas. Essaye.
T'es vraiment pas d'une grande d'aide, hein. Quand t'as envie de faire la gueule, tu le fais pas à moitié ! Mais moins tu y mettras de bonne volonté et plus longtemps on restera ici.
Kami-sama, ayez pitié... marmonna Eiri pour lui-même.
Nani ?
Nanimo nai ! fit le romancier en sortant son sourire le plus innocent et angélique à son petit mari. En fait je suis sûr que cette chemise t'irait très bien !
Et Shuuichi n'y vit que du feu, lui rendant son sourire avec douceur. Après tout, lui aussi il pouvait bien faire l'hypocrite pendant quelques heures si ça pouvait lui permettre de sortir de cet enfer plus rapidement...
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Ndla : (1) Je suis née et ai passé mes plus tendres années de petite chipie à Tours. Donc j'ai toujours utilisé le mot "nin-nin" au lieu de "doudou". Je sais que c'est bizarre, mais c'est comme ça ! (2) Pourquoi trois neurones ? Bah, deux qui se battent en duel et le troisième qui compte les points, évidemment ! (3) J'ai horreur que d'être abordées par des vendeurs parce que je me sens forcée d'acheter quelque chose. Je préfère demander moi-même conseil si y'a besoin, ce qui est rarement le cas. (4) Je traduis pour tous ceux qui comme moi ne sont pas Toulousains : comprenez goinfrer. Patpat, la langue nationale est le français ! lol (5) Notez la précision, quel professionnalisme Patou ! lol
Notes : Alors ? Fille ou garçon ? Qui a raison ? Yuki ou Shuuichi ? Sinon, qu'avons-nous appris de concret dans ce chapitre extrêmement long ? Le parfum de sucette préféré de Yuki est le citron. Shuuichi passe beaucoup de temps avec Mika au téléphone. Leur voisine est une bimbo idiote. Le docteur Andrée est une sado omnibulée par les piqûres. Et Yuki écrit un truc en cachette. Des reviews pour m'encourager dans cette aventure ?
Lexique :
Konnichi wa : Bonjour ! Salut !
Tsuku : Arrivée, venue (du vb. "tsuku" qui signifie "arriver")
Yokatta : C'était bien (litt. forme passée affirmative de l'adjectif "ii" qui signifier "bien" ou "bon". On emploie aussi l'expression "Yokatta !" pour exprimer son soulagement.)
Ee : une des formes familère pour "Oui".
Anoo : Euuhh...
Sensei : Professeur (suffixe utilisé lorsqu'on s'adresse à une personne dite "savante" comme un docteur, un prof, un écrivain)
Chûsha : Piqûre.
Dôshite : Pourquoi.
Gomen (nasai) : Désolé, excuse-moi.
Tsumetai : C'est froid ! (litt. adj. "froid" pour désigner quelque chose de froid au touché. "Samui" signifie "froid" mais dans le sens de la température ambiante)
Arigatô (gozaimasu) : Merci beaucoup. (L'ajout du "gozaimasu" rend la formule plus soutenue. Et l'usage du "gozaimashita" implique en plus une notion de service rendu et terminé)
Nanda : Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? (forme vulgaire de "nandesu ka" - forme polie, et de "nani" - forme familière neutre).
Nani : Quoi ? Qu'est-ce que c'est ? (forme familière neutre de "nandesu ka")
Nandemo : N'importe quoi.
Ne : Utilisé pour interpeller quelqu'un, dans le sens "dis-donc !". Généralement, "ne" est un suffixe de verbe dont le sens se rapproche de "n'est-ce pas ?".
Baka : Idiot, crétin.
Nanimo nai : Rien. Rien du tout. (forme neutre de "nanimo arimasen")
Kawaii : Mignon, adorable (écrit notamment avec le kanji de l'amour)
