Titre : Des surprises à la pelle.
Auteur : Patpat.
Bêta : Drudrue.
Source : Gravitation.
Genre : Yaoi, Shounen-ai, Mpreg, Lemon.
Rating : M.
Pairing : Yuki Eiri / Shindou Shuuichi.
Disclaimer : Gravitation appartient à Maki Murakami. J'ai ajouté quelques OC en plus de Miri : Kendra Robins, et Salomé et Séphora.
Notes : Un nouveau chapitre... Encore. En fait, je pense que cette fic aura autant de chapitre que Destiny parce qu'il y a tellement de situations cocasses que je veux décrire, tellement de choses mignonnes... Et puis, je veux écrire encore un ou deux chapitres après la naissance du bébé, histoire de voir comment notre couple s'en sort dans leur nouvelle vie. Enfin bref, voici un petit chapitre qui, je l'espère, vous plaira. L'idée principale m'est venue quand j'étais à Paris cet été, vous allez comprendre pourquoi. Bonne lecture à tous.
Dialogues en gras. Pensées en italique.
Chapitre 15 : Convention et contractions.
A peine deux jours après leur virée shopping, ne laissant pas même le temps à son mari de se remettre de ses émotions, Shuuichi faisait déjà la comédie pour aller ailleurs. Et cette fois, ce n'était pas n'importe où... Non ! Il avait choisi un lieu plus grand et plus bondé encore que la boutique pour femmes enceintes. Oh oui, bien plus grand ! Il avait décidé - parce que ce n'était pas vraiment comme s'il avait demandé son avis à Yuki avant d'acheter les entrées - d'aller à la Japan Expo. Le rendez-vous annuel de tous les fans du Japon d'Europe. Autrement dit, l'endroit où ils pouvaient être certains de se faire reconnaître à coups sûrs.
Pourquoi tu veux aller là-bas ? Pour des goodies, des mangas et du cosplay ? On a déjà tout ça à Tokyo ! dit le romancier, fortement agacé de s'être laissé entraîner dans cette histoire.
Mais pense à tout ça d'un point de vue culturel ! Ce sera amusant de voir comment les occidentaux considèrent la culture Japonaise, non ?
T'as déjà eu l'occasion de voir ça lors de ta tournée Américaine, répliqua Eiri.
Oui mais ici on est en Europe, et non aux Etats-Unis ! En plus j'ai regardé le programme et y'aura Yoshiki de X-Japan et Nana Kitade ! Et aussi Sakaguchi-sama, l'un des créateurs de Final Fantasy ! Et puis je pourrais avoir une dédicace de Kim-Se Young, l'auteur de Boy Princess ! (1) Et DIO donnera un mini concert ! Et pense aussi à nos carrières : on peut voir notre visite ici comme du repérage et revenir lors d'une prochaine Japan Expo en tant qu'invités, qu'est-ce que tu en penses ? argumenta le chanteur.
J'en pense que je n'ai pas envie d'y aller, et que je ne reviendrai certainement pas en France pour venir donner une interview et des autographes !
Oh, je t'en prie Yuki ! Ce ne sont que quelques autographes de plus. Tu en donnes déjà des milliers chaque année au Japon.
Raison de plus pour que je me repose un peu.
Et tes fans français ? Tu les snobes ?
Mais livres ne sont pas traduits en français.
C'est un tort, tu y perds : j'ai trouvé des versions piratées de tes livres sur internet, traduites par des amateurs.
Là-dessus, Eiri ne trouva rien à répondre. Peut-être qu'il devrait enfin donner son accord pour que ses livres soient traduits en d'autres langues qu'en chinois, coréen ou anglais... Après tout, Mizuki semblait plus qu'intéressée par la perspective d'étendre sa carrière au monde entier, un peu comme pour les romans de Murakami Haruki (2). Seguchi et Miri projetaient déjà de développer la carrière de Bad Luck à ce niveau-là, ce qui signifiait que s'ils venaient à revenir en France après la naissance du bébé, ce ne serait plus en incognito. Je suppose que ce ne sera plus un problème après la grossesse de Shuu ; le plus important c'est qu'aujourd'hui personne ne reconnaisse Shindou Shuuichi, chanteur de Bad Luck, et s'aperçoive qu'il est enceinte. C'est pour ça qu'on a choisi la France, pour passer inaperçus. Une fois le bébé né, il n'y aura plus de problèmes...
Ayant laissé son esprit dériver à ce que pourrait lui rapporter une notoriété au niveau mondiale, Yuki sursauta légèrement lorsque son époux l'interpella.
Yuki, on y va ?
Il ne répondit rien, se contentant de couper le contact avant de sortir de la voiture. Tout sourire, le musicien en fit autant. Le coupé cabriolet écarlate du couple était garé sur le parking géant du parc des expositions de Villepinte, sur le chemin entre Paris et l'aéroport Roissy Charles de Gaules. Des douzaines de voitures ainsi que quelques fourgons étaient déjà parqués là, et ensemble ils suivirent les gens qui se dirigeaient vers la file d'attente. Rien qu'à en voir la longueur, Shuuichi déglutit.
Ano... Je crois qu'on devrait pouvoir passer par l'entrée des VIP, Yuki.
Ca dépend, t'as pris des places VIP ?
Euh... Héhé ! Non.
Alors on va devoir faire la queue, fit simplement le blond en prenant son amant par la main.
Yuki ! Matte ! Je peux pas rester trop longtemps debout ou je vais m'évanouir !
C'est toi qui aurais dû y penser en achetant les billets, lui rappela Eiri, agacé.
Shitteiruyo ! s'exclama l'adolescent. Demo... Ca arrive à tout le monde d'oublier...
Surtout à toi oui, ça c'est sûr.
Yuki... gémit le chanteur, blessé.
Voyant la mine malheureuse de Shuuichi, Eiri souffla, agacé.
De toute façon, ça vient d'ouvrir et la queue est en train d'avancer. Si on se met dedans maintenant, on n'aura pas besoin d'attendre trop longtemps.
Ils se décidèrent donc à rejoindre la file qui, comme l'avait fait remarquer Eiri, se réduisait considérablement à mesure que les agents de sécurité faisaient avancer les visiteurs vers l'entrée principale. Puis une jeune fille devant le couple se retourna en soufflant, marmonnant quelque chose qui, aux oreilles de Shuuichi sonnait comme "Cette connasse devant m'a encore bousillé les côtes en me donnant un coup de coude. Et en plus elle s'excuse pas !". Puis, elle rougit en remarquant que la demoiselle enceinte jusqu'aux yeux derrière elle l'avait entendue.
Héhé, vous en êtes à combien de mois ? demanda-t-elle poliment, un peu gênée, histoire de faire la conversation.
Voyant là une excellente façon de passer le temps en attendant d'entrer, Shuuichi répondit de bon cœur.
Quatre mois et demi, j'entamerai le cinquième vers le 23 juillet.
Magnifique ! Et c'est votre premier bébé ?
Le jeune homme acquiesça avec un large sourire.
Oui ! Je suis super excité de voir le bébé sortir. Je suis sûr que c'est un garçon.
Vous n'avez pas demandé à votre médecin ? s'enquit la jeune femme.
On préfère avoir la surprise, répondit simplement le musicien, toujours souriant.
C'est original, approuva la fille.
Et vous, vous avez des enfants ?
Nous, mais j'aimerais bien. Je trouve que les femmes enceintes sont radieuses. Mais dites, vous n'êtes pas venue seule j'espère ?
Oh, non. Mon mari est avec moi, expliqua Shuu en désignant Eiri qui, en bel homme qu'il était, se tenait droit et fier, ses lunettes de soleil R-ban sur le nez (3).
Remarquant qu'on parlait de lui, le romancier baissa les yeux vers son époux et grogna :
Nanda ?
Nani mo nai ! répondit aussitôt Shuuichi avec un de ses sourires débiles à souhait.
Haussant un sourcil dubitatif, Eiri retourna à sa contemplation de... de quoi d'ailleurs ? Lui seul le savait. Peut-être qu'il s'amusait à regarder les avions passer dans le ciel, rejoignant et (ou)quittant l'aéroport non loin. Shuuichi quant à lui se tourna vers sa nouvelle camarade.
Il est beau, n'est-ce pas ? demanda-t-il, des cœurs dans les yeux et un sourire enchanté aux lèvres.
Ca c'est sûr, vous avez bien choisi votre époux, plaisanta la jeune femme. Mais... ne seriez vous pas Japonais tous les deux ?
Oui et je fais de mon mieux pour parler le français.
Je vous rassure, vous le parlez très bien. Vous n'avez qu'un léger accent, notamment dans la prononciation des V et des R (4).
Vous seriez étonnée de savoir que j'ai appris à parler Français en regardant la télé, s'amusa Shuuichi.
Waw ! Vous devez avoir une bonne mémoire.
Pas tant que ça, non.
Mais je dois admettre que c'est la première fois que je vois un Japonais si grand et qui plus est blond !
Ah ! s'exclama Shuuichi, comprenant que la jeune femme pourrait facilement faire le rapprochement avec le célèbre Yuki Eiri. En fait, il est Américain mais il a grandi au Japon. On en oublie toujours qu'il n'est pas vraiment Japonais, héhéhé !
Ca ferait pas très plaisir à Eiri d'entendre ça mais heureusement qu'il comprend rien au Français. Désolé mon doudou, mais j'ai pas trop le choix, songea Shuuichi sans s'arrêter de sourire stupidement.
Ah oui, en effet, ça explique tout. Je m'appelle Zoé, et vous ?
S- Euh, Maiko. Et lui c'est... Eric.
Dans ce cas, enchantée de vous rencontrer. Et vous habitez à Paris ?
Oui, mais seulement pour quelques mois. Une amie nous a prêté son appartement et, comme je suis enceinte et que mon mari travaille à domicile, on s'est dit que ce serait une bonne idée de venir ici le temps de ma grossesse.
La vie à Paris c'est pourtant très stressant.
Pas autant qu'à Tokyo, ça c'est certain ! rit Shuuichi.
Moi j'habite à Persan, dans l'Oise (5). C'est à 40 minutes en train de la capitale.
Un court silence s'installa puis Zoé souffla de nouveau.
Ca n'avance pas assez vite. J'ai super envie d'aller aux toilettes.
Puis elle se tourna vers Shuuichi et demanda :
Et vous ? Ca va ? Vous n'en avez pas assez d'attendre ? Vous devez commencer à fatiguer avec votre gros ventre.
Oui, c'est vrai que ça commence à faire long, et rester debout sans marcher commence à me peser, approuva Shuuichi.
Soudain, Zoé commença à s'énerver, regardant à droite et à gauche, cherchant quelque chose ou quelqu'un du regard. Yuki l'avait lui aussi remarqué et se pencha vers Shuuichi pour lui demander à l'oreille :
Qu'est-ce qu'il lui prend ?
Aucune idée...
Finalement...
Eh ? Eh ! se mit à appeler Zoé. Oh ! Monsieur ! Y'a une femme enceinte ici, c'est possible de la faire passer ?
Je crois pas, non. Elle va devoir faire la queue... répondit l'agent de sécurité, aussi carré qu'une armoire à glace.
Quoi ?! Mais vous ne pouvez décemment pas la faire attendre trop longtemps. Elle en a facile pour encore vingt longues minutes, agglutinée par la foule. Elle risque un malaise ! Vous êtes inhumain ou quoi ?! se scandalisa la jeune femme.
Z-Zoé... Pas besoin de...
La jeune fille a raison ! enchérit un homme d'âge mûr, accompagné de son fils d'environ quatorze ans. Vous devez faire passer cette dame d'abord.
Gêné, l'homme hésita un instant et finit par hocher la tête.
Bon, c'est d'accord, accepta-t-il. Venez, dit-il en déboîtant la grille de sécurité pour créer un espace assez large pour que Shuuichi passe.
Et mon mari ? demanda Shuuichi, heureux qu'on lui épargne la file d'attente.
Il passe aussi, répondit le garde en faisant signe à Yuki.
Et ma sœur ? ajouta le chanteur en prenant la main de son époux qui se laissait complètement faire (Shuuichi le soupçonnait de n'être pas tout à fait réveillé).
Votre sœur ?
Oui, ma sœur, répéta le garçon en désignant Zoé.
Ne vous moquez pas de moi, m'dame. Vous ne vous ressemblez pas de tout.
C'est parce qu'on n'a pas le même père.
Et sans perdre plus de temps, il saisit également la main de Zoé, bouscula le garde et passa avec Eiri et sa nouvelle amie sans demander son reste.
En temps normal, Shuuichi se serait senti un peu coupable de passer ainsi devant tout le monde en profitant de son état, mais pour une fois il n'en était rien. En effet, puisque depuis quelques temps il était sujet aux coups de fatigue et que le bébé commençait à remuer dans son ventre, il était prêt à tout pour éviter ce calvaire. Et puis, il aurait fini par avoir les jambes lourdes au bout de dix minutes de file d'attente supplémentaire...
Lorsque le couple, suivi de Zoé, pénétra dans l'immense hangar où avait lieu l'exposition, le regard violine du chanteur s'émerveilla sous les yeux amusé de Yuki. Il adorait voir cette expression enfantine sur le visage de son époux ; Shuuichi avait gardé toute son innocence et l'écrivain adorait voir les yeux de son petit baka s'illuminer de la sorte. Après avoir passé cinq longues minutes à observer le vaste espace déjà bondé de monde, Shuuichi s'exclama en Japonais :
On va aller au stand Tokebi ! Je veux une dédicace de Kim-Se Young ! Puis on ira participer au concours pour gagner un autographe de Yoshiki !
Tu te calme un peu ? lui dit Eiri en l'entrainant à l'écart du flux des visiteurs entrant.
Mais faut se dépêcher ou on n'aura pas le temps de tout faire ! répondit Shuuichi.
Euh... Désolée mais je vais devoir vous laisser. Je dois retrouver des copains, fit Zoé. Mais c'était gentil de me faire passer avec vous, vous n'étiez pas obligée.
J'allais pas te laisser dans la queue, sœurette, plaisanta Shuuichi. En tous cas, ça m'a fait plaisir de te rencontrer.
Moi aussi. J'espère que ça se passera bien avec le bébé.
Avec un sourire, Shuuichi sortit de sa petite besace dont il ne se séparait jamais un carnet et un stylo. Il nota à la va-vite son adresse email et déchira le papier avant de le donner à Zoé.
Comme ça on gardera contact et je te tiendrai au courant dès que j'aurai accouché.
Merci, c'est cool. Attends, je vais te donner la mienne aussi, dit-elle.
Le chanteur lui tendit son carnet et elle y gribouilla de façon illisible pour Eiri mais très claire pour Shuuichi - il fallait bien dire que le jeune homme était habitué aux écritures brouillonnes à force de se relire - son email.
Bonne journée, et amusez-vous bien ! lança-t-elle en partant.
Toi aussi ! A plus ! répondit Shuu.
J'ai envie d'une cigarette, se plaignit soudain le blond.
Quoi ?! Hors de question ! Ca va pas la tête ou quoi ?
Tsss...
Comment ça "Tsss" ? J'vais t'en mettre moi, du "Tsss" !
J'ai fait "Tsss" parce qu'il a fallu que je te dise ça pour que tu t'occupes enfin de moi, marmonna Eiri.
Et aussitôt, Shuuichi fondit en un sourire idiot et amoureux. Il passa ses petits bras autour de Yuki et s'extasia :
Kawaii ! T'étais jaloux ! Tu voulais toute mon attention, hein mon Yukiki d'amour.
Arrête de dire des conneries.
Mais sans même laisser le temps à son amoureux de donner son avis, il le prit par la main et l'entraîna à sa suite.
Oy ! Baka ! Hanase ! s'exclama-t-il.
Mais rien à faire, Shuuichi n'écoutait plus rien. Dans ces cas-là, tout ce qu'il restait à faire c'était de se laisser promener en attendant que l'instant d'euphorie passe. Quelques minutes plus tard, ils se retrouvèrent ensemble devant le stand Saphira-Tokebi et Shuuichi se décida à lâcher la main de son amant.
Bon, je vais aller faire la queue pour l'autographe de Kim-Se Young et toi tu vas à la cafétéria pour t'acheter un café bien serré. T'en as bien besoin, décida son petit mari.
Eiri n'émit qu'un grognement en guise d'acquiescement et Shuuichi l'étreignit de nouveau.
Après tu me rejoins, ok ?
Ok... approuva l'écrivain en déposant un léger baiser sur le front de la future maman.
Eiri avait bien l'intention de profiter de cette petite pause pour se ressourcer. Un café, un croissant un verre d'eau, et hop ! Il serait parti pour tenir toute la matinée, facile jusqu'à 13h30. Aussi s'installa-t-il à une petite table, son plateau devant lui, le regard perdu dans le noir de son breuvage caféiné qu'il touillait pour rien puisqu'il n'avait même pas ajouté de sucre.
Shuuichi semblait particulièrement heureux aujourd'hui et ça faisait plaisir à voir. Il avait fait de son mieux pour garder son moral au beau fixe, comme le lui avait conseillé le Dr Andrée, Mika, Tohma, Miri, Hiro... et à peu près toutes les personnes qui leur avaient téléphoné (y compris Mizuki, non mais de quoi elle se mêle celle-là ?). D'ailleurs, il n'était pas assez idiot pour bouleverser son petit amour à une période aussi sensible de leur vie. Son état psychologique était directement lié à la santé de leur petite fille - du moins, Eiri était persuadé que ce ne serait pas un garçon - et il était donc primordial de faire en sorte qu'il reste sur un petit nuage jusqu'à la fin de la grossesse. Et honnêtement, si tout pouvait rester à peu près aussi calme que maintenant pour les années à venir, Eiri ne disait pas non. Lui-même se sentait très bien dans l'état actuel des choses.
Au bout de quinze bonnes minutes, Eiri finit son second petit déjeuner, débarrassa son plateau et partit en direction du stand où devait encore l'attendre Shuuichi. Vu la longueur de la queue, le pauvre n'était pas près d'obtenir son autographe : apparemment, la mangaka faisait une illustration à chaud sur le manga à dédicacer, ce qui pouvait prendre jusqu'à au moins une demi-heure, malgré son coup de crayon plutôt rapide.
Mais à sa plus grande surprise, Shuuichi marchait aux côtés de la jeune mangaka coréenne en direction des loges VIP - du moins c'était ce qu'indiquait la pancarte en carton à l'entrée des escaliers.
Oy ! appela-t-il.
Et aussitôt, malgré le bruit ambiant, Shuuichi se retourna, reconnaissant entre mille la voix de son adoré. En quelques grandes et vives enjambées, le blond rejoignit son époux et la dessinatrice.
Kim-Se-sama m'a proposé de venir avec elle pendant sa pause pour qu'elle me dessine Nikol et Jed sur mon exemplaire, expliqua Shuuichi avec un sourire heureux.
Enchantée de vous rencontrer, fit poliment Mademoiselle Young, dans un Japonais approximatif mais assez compréhensible.
Bonjour, fit simplement Eiri, qui la respectait tout de même assez.
Il n'avait pas lu ses œuvres mais à l'évidence elle faisait bien son travail. Et surtout, elle prenait son rôle auprès de ses fans très sérieux pour passer ainsi dessiner une illustration à chacun d'entre eux.
Je ne pouvais pas laisser une femme avec un gros ventre pareil attendre pendant des heures, même si votre épouse ne s'est pas plainte d'être assise par terre, reprit Kim-Se.
C'est sympa, merci, répondit le blond, un peu plus chaleureusement en suivant la jeune femme et Shuuichi.
C'est aussi ce que je lui ai dit. Les autres filles dans la file d'attente n'ont pas vraiment protesté puisque Kim-Se-sama prenait sur son temps de repos... ajouta le chanteur, toujours aussi gaie.
Une demi-heure et un superbe dessin plus tard, le jeune couple et la mangaka redescendirent en riant de bon cœur - enfin, Shuu et Kim-Se riaient tandis que Yuki esquissait son habituel sourire en coin.
Merci beaucoup, je suis tellement content d'avoir eu votre autographe. J'ai découvert votre travail lors d'un voyage en Corée et du coup, j'ai envie d'y retourner le plus tôt possible, s'exclama le chanteur.
Dans se cas, ce sera un grand plaisir. Vous avez quelque chose pour que je vous donne mon adresse email ?
Aussitôt, le jeune homme s'empressa de sortir son carnet de son sac et le lui tendit. Une seconde adresse s'ajouta à la liste.
Je demanderai à ma sœur d'écrire les messages pour moi puisqu'elle étudie le Coréen en enseignement optionnel à l'Université.
D'accord, pas de problème. J'ai hâte d'avoir de vos nouvelles à tous les deux ! N'oubliez pas de me dire si c'est une fille ou un garçon, s'enthousiasma la demoiselle en les saluant avant de s'éloigner en direction de son stand.
Yuki ! Cette fille est ma nouvelle idole ! Elle est si gentille !
Tsss... Ou est passé Sakuma ?
Je l'adore toujours ! rétorqua aussitôt Shuuichi. C'est juste que maintenant c'est mon ami alors c'est plus vraiment pareil. Tu sais, si on m'avait offert le don du dessin au lieu de ma voix, j'aurais fini mangaka moi aussi !
Alors on ne se serait pas rencontré, en déduit Eiri.
Quoi ?! Mais bien sûr que si ! Toi et moi, on est un couple lié par le fil rouge du destin ! (6) On se serait rencontré d'une façon ou d'une autre ! affirma son petit ange avec véhémence.
Sur le coup, le romancier ne sut trop quoi dire. Pourtant, venant de Shuuichi, il ne devrait plus avoir à s'étonner devant tant de candeur (ou de débilité fleur bleue, au choix). A vrai dire, il s'était déjà posé la question à plusieurs reprises : Si les choses n'avaient pas été ce qu'elles sont aujourd'hui, est-ce que j'aurais quand même rencontré Shuuichi ? Et est-ce qu'il serait vraiment tombé amoureux de moi de la même manière unique et inconditionnelle ? Et à chaque fois il priait pour que oui, ils soient bel et bien un couple réuni par les desseins inaliénables du destin.
Kyah ! Yuki regarde ! Un superbe cosplay de Rider ! Viens, je vais la prendre en photo. Avec un peu de chance, il y aura aussi Saber...
Et encore une fois, Shuuichi et son éternel bonheur parvinrent à éliminer tous les doutes qui planaient dans son esprit. Mais il eut à peine le temps de profiter de ce moment de paix intérieure que son amant le tirait par la main en s'exclama haut et fort comme il avait l'habitude de le faire. N'importe qui en le voyant pouvait sentir le bonheur irradier littéralement de lui, et si Shuuichi lui répétait sans cesse qu'il était fier d'avoir un amoureux aussi beau que lui, Yuki lui était le plus satisfait des hommes avec un garçon aussi resplendissant que Shuuichi à ses côtés.
Une bonne partie de la journée se déroula ainsi, avec le petit chanteur qui tirait et entrainait son mari à droite, à gauche... Ca et là quoi ! En tout juste deux heures, Eiri s'était retrouvé avec deux énormes sacs aux mains, pleins d'art books, de statuettes en résine, de CD et DVD et autres goodies... Bref, tous ce que Shuuichi auraient pu trouver au Japon. Mais il devait admettre que Shuuichi avait fait un bon investissement en achetant ces quelques accessoires et vêtements qu'il comptait porter sur scène dès la reprise de sa carrière. Il n'en serait que plus sexy !
Ils avaient également parcouru les stands individuels, papillonnant d'un étalage à un autre pour acheter des doujinshi fraichement dessinés et dédicacés par leurs auteurs. Ils avaient aussi pris en photo de nombreux cosplayeurs dont les costumes étaient plus que réussis, il fallait bien l'admettre. Shuuichi s'était délecté de faire la rencontre d'une jeune Belge qui l'avait cosplayé, arborant fièrement un ensemble short et petit haut noir, les bottes assorties, une perruque fuchsia et un long manteau jaune. Il s'était même fait prendre en photo avec elle, de même qu'il avait demandé à Yuki de le photographier avec une figurine grandeur nature de lui, vêtue d'un de ses costumes de scène les plus sexy.
C'est finalement vers 14h que l'estomac de Shuuichi se mit à gargouiller. Il alla donc s'installer dans le grand jardin intérieur, sur l'un des bancs, attendant que son Yuki revienne avec un bon gros sandwich et un dessert qu'il était parti acheter pour lui. Il furetait dans ses sacs de shopping, impatient de tout déballer une fois rentré, lorsqu'il entendit une très jolie voix s'élever un peu plus loin. C'était une jeune fille, toute habillée de noir, qui chantait d'une voix d'ange, à cappella, pour ses trois amies qui l'admiraient sans un bruit. Un sourire aux lèvres, Shuu se laissa bercer lui aussi. Elle chantait en Japonais avec un excellent accent et la chaleur dans sa voix montrait bien qu'elle ressentait son art du plus profond de son cœur.
Lorsque la chanson toucha à sa fin, ses amies ainsi que quelques autres visiteurs ayant assisté au spectacle se mirent à applaudir. Shuuichi se joignit au groupe en frappant dans ses mains de bon cœur. Ne pouvant résister plus longtemps, il se leva et alla trouver la jeune chanteuse.
Tu veux bien en chanter une autre ? demanda-t-il soudainement.
Prise de court, la jeune fille fit la timide et répondit :
Oh non, je ne suis pas si bonne que ça !
Fais pas ta modeste ! s'exclama une de ses amies, une brunette au large sourire et aux petits yeux noisettes.
Oui, franchement, tu chantes super bien ! ajouta une rouquine aux yeux gris-vert.
Tu vois Shindell, j'suis pas la seule à te le dire, la taquina sa troisième amie, qui avait de long cheveux châtains et un petit visage fin.
S'il te plait, insista Shuuichi.
Il ajouta un petit air misérable digne du Chat Potté dans Shrek en passant sa main sur son bidon tout rond et le tour était joué.
Trop mimi ! s'exclama la rousse.
Ouais, t'as pas le choix, tu dois chanter, renchérit la brune.
La dénommée Shindell se résigna donc et prit une profonde inspiration avant de recommencer à chanter. Elle entonna Planetarium, d'Ai Otsuka et cette fois encore, Shuuichi se laissa emporter, fermant les yeux pour profiter au maximum de la douce mélodie. Mais demander à Shuuichi de mettre en veilleuse le musicien qui brûlait en lui, c'était réclamer la lune. Aussi se mit-il à chanter avec elle, callant sa voix sur la tessiture aigüe mais harmonieuse de la demoiselle. Sur le coup, Shindell hésita, surprise d'entendre une seconde voix l'accompagner. Mais elle se reprit aussitôt et continua.
Un certain public s'était amassé autour du petit groupe et lorsque la chanson se finit, un tonnerre d'applaudissements retentit. Heureux à en avoir les larmes aux yeux, Shuuichi se jeta sur la jeune fille et l'étreignit fraternellement.
Merci ! Ca m'a fait tellement plaisir.
D-De rien, répondit Shindell en lui tapotant gentiment le dos.
Shuuichi s'écarta, essuyant d'un revers de manche les larmes qui pointaient aux coins de ses yeux en reniflant bruyamment puis il sortit son carnet et le tendit à la jeune fille.
Tu peux me donner ton adresse email, s'il te plait ?
Euh, bien sûr !
Et la jeune fille ajouta volontiers son mail à la liste.
Je t'écrirai sans faute ! Prends soin de ta voix et continue à chanter, d'accord ?
D'accord, répondit la demoiselle, visiblement troublée par le côté émotif de la future maman.
Et tandis que Shuuichi s'en retournait près de ses paquets, le cœur encore tout retourné, il se retrouva face à un Yuki quelque peu mécontent.
Heureusement pour toi que ta petite démonstration n'a pas causé d'émeute... gronda-t-il.
Gomen, Eiri... Mais la voix de cette fille m'a vraiment touché. Si tu avais entendu...
J'ai entendu.
Poussant un soupir exaspéré, le blond passa un bras protecteur autour des frêles épaules de son époux, l'entraîna vers le banc où ils s'étaient installés, et lui donna son sandwich. Shuuichi se mit à manger comme un cochon mais au moins il restait silencieux. C'était bientôt l'heure de la sieste alors il aurait bientôt un coup de bar. Aussi lui proposa-t-il ensuite d'aller rejoindre la petite cafétéria où il était allé prendre son café le matin même pour commander un petit jus d'orange plein de vitamines ou un thé bien chaud.
Cette petite pause déjeuner se passa donc principalement dans le calme. Vers 15h, Shuuichi reprit soudainement du poil de la bête et se saisit une nouvelle fois de son chéri-chéri, encombré de paquets, pour faire une nouvelle fois le tour du grand hangar. Ils allèrent assister au mini concert de DIO, puis au défilé de Laforêt, et ensuite à l'interprétation de Nana Kitade. Après, il y eut le concours de cosplay individuel et Shuuichi dût admettre qu'il n'avait jamais vu un aussi beau cosplay de Jack Sparrow dans Pirates des Caraïbes, de même qu'une splendide Yuna sortie tout droit de Final Fantasy X-2. Et encore, plein d'autres méritaient d'être cités.
Shuuichi était aux anges ; il n'avait pas assisté à une convention d'anime et de manga comme celle-ci depuis si longtemps. Il ne regrettait pas sa carrière mais il fallait bien admettre qu'en dehors des conventions de J-Music aux USA et des séances de dédicaces au Japon, il n'avait plus eu l'occasion de profiter de sa jeunesse depuis qu'il avait quitté le lycée. Ca lui manqué assez et il était content de pouvoir passer un si bon moment avec Eiri avec lui.
Une fois le show terminé, le petit couple alla assister à l'interview de Nana Kitade et à sa séance de dédicaces au stand de J-CD. Ici, la queue avançait très vite, si bien qu'en moins de trois minutes il se retrouva devant la musicienne, un CD à la main pour le faire signer. Avec un large sourire sur son visage de poupée, la chanteuse pris le boitier et griffonna son autographe à la vitesse de l'éclair. Et c'est quand elle leva la tête pour le lui rendre en ajoutant un chaleureux "Arigatou !" qu'elle écarquilla les yeux en réprimant une exclamation.
Sh-Shindou-sempai ! lança-t-elle d'une voix coupée par la surprise.
Deux ou trois personnes dans la queue commencèrent aussitôt à murmurer, tentant d'apercevoir le visage de Shuuichi pour savoir s'il s'agissait bien du célèbre chanteur de J-Pop. Heureusement que peu de gens l'ont entendue, pensèrent Yuki et Shuuichi en même temps. Le blond, qui avait depuis un moment déjà troqué ses lunettes de soleil contre ses lunettes de vue dans l'espoir de passer plus inaperçu, se passa la main dans les cheveux d'un air fatigué et se positionna de sorte à cacher du mieux possible son compagnon.
Euh... Non, non ! Vous faites erreur, Kitade-san. Je m'appelle Maiko Uesugi ! la détrompa aussitôt Shuuichi avec une voix suraigüe, en rougissant de gêne.
Vraiment ?! My-my... Vous ressemblez énormément à Shindou Shuuichi !
Je sais, on me le dit souvent. Ce serait plus flatteur si je n'étais pas une femme.
Jetant un regard plus général à la silhouette du musicien déguisé, Nana se rendit compte qu'il - ou plutôt elle - était enceinte.
Kami-sama ! Pardon, je n'avais pas vu ! C'est pour quand ?
Pour mi-novembre si tout va bien.
Alors bon courage pour la suite ! s'exclama joyeusement la chanteuse en reprenant le CD pour y laisser une marque de baiser au rouge à lèvre.
Kyah ! Merci !
Non, merci à vous.
C'est tout content que Shuuichi quitta le hangar lorsque 19h sonna. Il n'avait pas eu l'occasion de voir Yoshiki, ni d'obtenir la dédicace de Sakaguchi, mais ça, il pourrait toujours les obtenir via Miri ou Tohma une fois revenu à Tokyo. Le principal restait que la journée avait été l'une des plus agréables qu'il ait passée, à égalité avec son premier rendez-vous avec Yuki à Odaiba.
Eiri lui était complètement vanné. Epuisé. Mort ! Il s'était habitué au rythme tranquille pépère de Shuuichi qui se résumait généralement à dodo, manger, douche, télé, manger, sieste, télé, manger, télé, manger, dodo... Hors aujourd'hui il avait pratiquement jeuné et avait sauté sa sieste de l'après-midi. Aussi, le chemin du retour se fit dans le calme le plus complet, notamment parce que Shuuichi avait sombré dans un profond sommeil à l'instant même où sa tête avait touché le repose-tête.
Au moins, ils avaient passé de bons moments.
Une fois arrivés, Eiri gara la voiture dans la cours intérieure de l'immeuble et fit le tour de la voiture pour aller réveiller Shuuichi afin qu'il se prépare à monter. Mais une fois la portière côté passager ouverte, il ne put se résoudre à réveiller son amant. Il semblait si paisible... J'vais le monter et je ferai un deuxième tour pour monter les paquets, se dit le romancier en débouclant la ceinture du chanteur avant de le prendre dans ses bras. Il devait avoir pris à peine 5 kg depuis le début de sa grossesse et malgré tout il restait toujours si léger. Il était déjà arrivé que, dans un instant de folie, Eiri porte des filles (le temps de les bazarder sur le lit avant de les baiser, cela va s'en dire) et il les avait toujours trouvées lourdes et sans finesse malgré les courbes alléchantes de leur corps. Shuuichi en revanche avait beau s'arrondir et prendre du poids doucement mais sûrement, il restait menu et léger comme une plume. N'importe quoi, songea le romancier. Ca doit être l'amour qui me rend con.
Arrivé à l'étage, il se battit un moment avec la clé et la serrure pour ouvrir la porte. Lorsqu'il parvint enfin à pénétrer dans l'appartement, il referma derrière lui avec un coup de talon. Il se dirigea aussitôt vers la chambre où il déposa son précieux paquet sur le lit. Il ne prit pas la peine de l'ouvrir, se contentant de laisser Shuuichi étendu sur le couvre-lit. Il commença par lui ôter ses chaussures, ses chaussettes, puis le petit gilet qu'il portait. Il alla pour desserrer la large ceinture du jeune homme ainsi que son ample pantalon de femme enceinte, mais il se retint : il sentit une petite rougeur dérangeante lui monter aux joues. Il resta donc figé un moment, ne sachant s'il devait ignorer sa gêne et continuer de mettre le chanteur à l'aise ou bien -- N'importe quoi ! Depuis quand je me mets à rougir devant lui alors qu'il dort ?!
Enervé au plus haut point, il renonça cependant à déboucler le pantalon de son époux. De dépit, il alla fermer les volets, même s'il faisait encore jour dehors. Laissant la fenêtre ouverte pour qu'une brise fraîche puisse se glisser dans la pièce, il entreprit de redescendre chercher les sacs laissés dans le coffre. Il fit l'allée et le retour en somnolant à moitié et une fois chez lui, il verrouilla la porte d'entrée, laissa les paquets dans le salon, passa à la salle de bain prendre une douchette rapide et se mettre en pyjama. Il fit un tour à la cuisine pour grignoter un petit quelque chose avant de retourner à la chambre. Il s'étendit lui aussi sur le lit, auprès de Shuuichi.
Ils n'avaient pas besoin de couverture puisqu'il faisait vraiment chaud et lourd dehors. Eiri le sentait, il ne tarderait pas à pleuvoir... C'est avec cette dernière impression en tête qu'il s'endormit, le bras recouvrant Shuu et le bébé d'un geste protecteur, son visage niché au creux du cou de son petit amour.
Quelques heures plus tard, alors que la nuit été tombée, Eiri fut réveillé par le son de la pluie et par Shuuichi se débattant avec ses vêtements.
Qu'est-ce que t'as à te tortiller comme un ver ? grogna-t-il, ensommeillé.
Je veux me déshabiller, j'ai chaud, expliqua Shuuichi, sa voix enrouée par la fatigue.
Poussant un soupire, agacé d'être dérangé, Eiri accepta tout de même de lui donner un coup de main. Très vite, Shuuichi finit en caleçon. Il allait se rendormir comme ça quand le romancier se leva brusquement pour aller chercher une chemise à lui dans l'armoire. Il la déboutonna et s'approcha de Shuuichi pour la lui faire enfiler. Il s'assit face à lui et reboutonna le vêtement. Lentement et avec douceur, effleurant de temps à autres des parcelles de peau nue. Le garçon se laissa faire, fixant de ses petits yeux endormis l'expression concentrée sur le visage de son mari. Il ne put s'empêcher de caresser du bout des doigts le contour de sa mâchoire, et lorsque Yuki eut fini de boutonner la chemise, Shuuichi se pencha et l'embrassa tendrement sur les lèvres.
Un baiser innocent et doux, comme le chanteur l'était dans chacun de ses gestes. Eiri y répondit avec autant d'amour et, sans chercher à aller plus loin, reprit sa place dans le lit. Il tira délicatement son ange à lui et le prit dans ses bras. Les cheveux du chanteur allèrent titiller ses narines mais plutôt que de détourner le visage, il plongea dans sa chevelure noire et soyeuse, humant l'agréable senteur fraise qui en émanait. Shuuichi, lui, s'agrippa instinctivement à la chemise de pyjama de son amour, callant sa petite bouille ronde contre son torse, à l'endroit où la poitrine devient gorge.
Je t'aime, tu sais... chuchota-t-il.
Je sais... Parce que moi aussi, répondit Eiri, d'une voix toute aussi basse en resserrant doucement son étreinte.
XXX XXX XXX
Il faisait chaud... Très chaud !
En effet, on était à la mi-août et les moyennes de température tournaient autour de trente-six degrés à l'ombre. Eiri, qui s'était installé sur la table à manger du salon pour écrire, avait du mal à supporter une telle chaleur. Même en été, à Tokyo, il faisait rarement aussi chaud. Et encore, s'il ne s'agissait que de chaleur... Mais non, le plus insupportable restait encore la lourdeur. Comme si un énorme orage planait depuis plusieurs jours au-dessus de la capitale française sans pour autant éclater. Il n'y avait d'ailleurs aucun signe annonciateur d'un éventuel orage puisque le ciel était bleu, dégagé et ensoleillé.
Et en plus il n'y a pas la clim dans ce foutu appart ! s'exclama l'écrivain pour lui, en se penchant en arrière pour s'étirer.
Il était resté à écrire à la main, sur la table, depuis le début de la matinée. Il ne s'était levé que pour se servir un café, une bière fraîche, ou pour aller aux toilettes. Il était bientôt 13h et Shuuichi ne tarderait pas à rentrer de sa promenade pour le repas. Avec un grognement bougon, le blond passa sa main droite dans sa jolie chevelure couleur blé et de la gauche, il se gratta le ventre entre les pans de sa chemise ouverte. Quelle idée de sortir par une chaleur pareille quand on est enceinte jusqu'aux yeux ! se dit-il, agacé. D'un autre côté, il savait que le chanteur aurait été intenable s'il avait dû rester enfermé toute la journée. Il était de ces bêtes curieuses qui ne résistent pas à l'appel de la jungle - de la ville en l'occurrence - et puisqu'il avait promis de rentrer pour le déjeuner, avant que les températures ne montent à plus de quarante degrés comme l'avait annoncé le bulletin météo, il lui avait autorisé une petite balade.
Eiri balança sa tête en arrière et regarda le plafond blanc. Un large plafonnier aux longues palmes de plexiglas tournait en brassant l'air, ce qui avait pour effet de créer une brise artificielle très agréable. D'un geste las, il retira ses lunettes et les posa sur la table tout en repensant à sa conversation téléphonique qu'il avait eue avec Miri, quelques jours plutôt, au moment où les chaleurs avaient commencé.
Pourquoi t'as pas installé la clim, comme n'importe quel riche le ferait ? s'était-il exclamé.
Comme n'importe quel Japonais le ferait, tu veux dire ! Vous les Nippons, vous n'avez que le mot "air conditionnée" dans la bouche ! Tu sais combien de gaz à effet de serre ces satanés systèmes de refroidissement produisent, rien qu'au Japon ?! avait rétorqué la guitariste sur un ton suffisant.
Depuis quand tu joues les écolos, sale gamine ?
C'est pourtant pas nouveau ! Je trie mes ordures, utilise des ampoules économiques, roule en voiture électrique, incite mes employés au covoiturage en leur attribuant des primes "vertes" (7) et les produits d'entretiens qui servent au nettoyage des locaux de BS sont 100 biodégradables et sans conséquence pour l'environnement. Par contre, je me dis que toi aussi tu devrais t'y mettre. En tant que futur parent, tu devrais être le premier à vouloir préserver la planète pour ton bébé à naître.
Là-dessus, Eiri n'avait rien trouvé à répondre. Pourtant, Miri avait raison. Il avait donc plus ou moins cessé de se plaindre du manque de climatisation dans l'appartement de sa cousine et s'était contenté d'utiliser les nombreux ventilateurs laissés à disposition dans le cagibi. Finalement, même si c'était un peu moins pratique et légèrement bruyant, il s'était vite habitué au léger vrombissement des palmes malaxant l'air chaud. Et puis au final, le résultat était à peu près le même.
Se redressant dans son siège, l'écrivain jeta un coup d'œil à son travail : il avait profité de l'absence de Shuuichi pour commencer à mettre au propre le projet sur lequel il travaillait depuis de nombreuses semaines maintenant. Avec un sourire aux lèvres, il s'imagina la joie avec laquelle son petit ange découvrirait ce nouveau cadeau. Le seul problème restait à pouvoir le terminer à temps pour la naissance du bébé. Mais avec son époux toujours en train de fouiner dans ses affaires de travail pour satisfaire sa curiosité, un dictionnaire d'anglais à la main pour tenter de décrypter les grandes lignes de ce nouveau roman, Eiri passait plus de temps à surveiller Shuuichi qu'à vraiment travailler. Du coup, il n'avançait pas vraiment.
Alors qu'il se levait pour commencer à préparer le repas en prévision du retour de son Shuu-chan, on sonna à la porte. Haussant un sourcil interrogateur, il jeta un coup d'œil dans l'entrée, en direction du guéridon près de la porte sur lequel son chanteur de mari et lui déposaient leurs clés et portefeuilles : ça ne pouvait pas être Shuuichi ayant oublié ses clés puisque son trousseau n'était plus là. Décidant donc d'ignorer le visiteur inconnu, Eiri alla jusqu'à la cuisine et entreprit de sortir du réfrigérateur les ingrédients dont il aurait besoin pour préparer son gratin de courgettes.
Mais visiblement, qui que ce soit, il ou elle avait bien l'intention de le faire chier aujourd'hui puisqu'on sonna de nouveau, et de manière plus insistante cette fois. Tentant d'ignorer une fois de plus l'enquiquineur, Eiri fit le sourd en commençant à découper les légumes en fines tranchettes. Mais à mesure que le visiteur malvenu s'acharnait sur le bouton de la sonnette, Eiri passait ses nerfs sur la pauvre courgette. Peu à peu, les tranches de trois ou quatre millimètres d'épaisseur se transformèrent en rondelles de plus de deux centimètres de largeur. Enervé au plus haut point, le jeune romancier finit par littéralement massacrer le pauvre cucurbitacé.
Argh ! Mais c'est pas vrai, bordel ! On peut pas me foutre la paix deux minutes ?! gronda-t-il en balançant son couteau de cuisine sur la plaque à découper, faisant voler quelques morceaux de légumes au passage.
Il alla d'un pas lourd et menaçant jusqu'à l'entrée et alors qu'il allait ouvrir, il se rappela d'une dispute qu'il avait eu avec son amant quelques jours plutôt lorsqu'il était allé accueillir la factrice qui leur montait un colis avec sa chemise grande ouverte, comme aujourd'hui. "Il est hors de question que qui que ce soit d'autre que moi - et surtout pas une femme - te voit torse-nu ! Tu ne l'as peut-être pas remarqué mais tu as le physique d'un dieu grec ! Et maintenant qu'on est mariés, tu as intérêt à arrêter de t'exhiber comme ça ! Tu dirais quoi si moi je montais à moitié nu sur scène ?!". A cela, Eiri avait voulu répondre "Mais je te signale que tu montes à moitié nu sur scène, Shuuichi !", mais il s'était abstenu. En effet, une telle remarque n'aurait fait que jeter de l'huile sur le feu et puis, il devait bien admettre que voir son petit Shuu-chan bouffi de jalousie lui faisait extrêmement plaisir. Après tout, il était pareil... Le blond prit donc le temps de reboutonner, au moins partiellement, sa chemise dont il avait retroussé les manches.
Tout en tournant la clé dans la serrure, il lança à l'intention de son visiteur :
I hope you're not this fucking annoying neighbor of mine ! (J'espère que vous n'êtes mon emmerdeuse de voisine !)
Mais hélas pour lui, lorsqu'il ouvrit la porte, il se retrouva nez à nez avec ladite voisine, Kendra Robins.
Hi ! (Salut !)lança Kendra, avec un sourire commercial qui lui allait mal.
Sayonara, fit froidement Eiri en lui claquant la porte au nez.
Ah ! Just wait, please ! I really need your help ! (Ah ! Attendez, s'il vous plait ! J'ai vraiment besoin de votre aide !)
I don't care. Just go the hell away from my wife and I ! (Rien à foutre ! Restez loin de ma femme et moi, bordel !)
Cette fille avait le don de le mettre sur les nerfs. Pour être franc, ce n'était pas tant le fait qu'elle frappe à sa porte qui le mettait dans cet état, mais plutôt la perspective d'une nouvelle dispute avec Shuuichi si le chanteur les trouvait ensemble. Le blond savait que quoi qu'il arrive il ne tromperait jamais son époux mais celui-ci était très sensible en ce moment, il était souvent enclin à la jalousie et à l'angoisse de perdre son couple. Le Dr Andrée avait déjà expliqué ça à Eiri d'un point de vue psychologique : Shuuichi aimait être aimé, que ce soit par ses amis, par sa famille ou par son public, mais plus que tout, c'était l'amour de Yuki qui lui importait. Et si jamais il venait à éprouver le sentiment qu'il avait perdu cet amour, il sombrerait sans aucun doute dans une profonde dépression nerveuse.
Look, I seriously need your help. My tap's leaking and -- (Ecoutez, j'ai vraiment besoin de votre aide. Mon robinet fuit et --)
Then call a plumber ! (Alors appelez un plombier !) rétorqua Yuki, sans chercher à en savoir davantage.
That's what I already did but I fear the water damage might get pretty bad before he comes. I'd like you to help me to limit it or the neighbour beneath my flat may have water leaking on his walls. (C'est ce j'ai déjà fait mais j'ai peur que le dégât des eaux s'aggrave avant qu'il n'arrive. J'aimerais que vous m'aidiez à limiter la fuite ou le voisin d'en dessous risque de se retrouver avec de l'eau coulant le long de ses murs.)
Son air suppliant n'avait strictement aucun effet sur le romancier, mais l'aspect pratique du problème l'inquiétait assez : le pauvre voisin du dessous ne méritait pas de voir son appartement se changer en piscine. Il y a quelques années, c'aurait été le cadet de ses soucis. Mais aujourd'hui, c'était différent ; peut-être que la gentillesse de Shuuichi avait finit par déteindre un tout petit peu sur lui...
Il se décida donc à rouvrir la porte. L'air à la fois surpris et soulagé, le sourire Aquafresh de la voisine se changea en quelque chose d'un peu plus sincère.
Thank you, dit-elle.
XXX XXX XXX
Fiuuh ! J'suis trop crevé ! Et surtout j'ai méga faim ! s'exclama Shuuichi en montant dans l'ascenseur. J'espère que mon roudoudou a déjà préparé à manger. Mmmh, je sens que je vais me régaler...
Il passa ses mains sur son ventre désormais bien rond en poussant un soupir d'aise. Sa petite promenade matinale l'avait bien détendu et surtout totalement épuisé. Après le déjeuner, il irait faire une sieste bien méritée pour récupérer de sa longue marche. Surtout que la chaleur dehors était montée d'un coup... Il aurait aimé se balader encore un peu mais il ne voulait pas faire un malaise en en faisant trop ; enceinte comme il était, il devait se montrer raisonnable.
Le DING de l'ascenseur annonça qu'il était arrivé au dernier étage. Les portes s'ouvrirent et, d'un pas lent et fatigué, il commença à se diriger vers la porte de son appartement. Mais alors qu'il commençait à farfouiller dans les poches de sa salopette à la recherche de ses clés, il entendit la porte de sa chère voisine s'ouvrir. Se préparant à une inévitable confrontation avec elle, il leva la tête en direction de l'entrée de l'appartement du top modèle. Mais ce qu'il vit le stupéfia littéralement : Eiri - son Eiri - sortait de chez Kendra Robins, l'air épuisé et sa chemise partiellement humide, des mèches de ses beaux cheveux blonds collant à son front.
Le cœur de Shuuichi s'arrêta net et son sang ne fit qu'un tour. Ses yeux croisèrent ceux de la voisine, puis ceux d'Eiri, et le romancier reconnut aussitôt dans les orbes améthyste tous les sentiments qui déferlaient en son amant. A commencer par le sentiment de trahison. Et avant même qu'il ait eu le temps de faire ou dire quoi que ce soit, le chanteur était retourné dans l'ascenseur dont les portes se refermaient déjà.
Shuu !! appela Eiri en se jetant vers les portes mécaniques.
Mais trop tard. Ni une, ni deux, il se précipita dans la cage d'escalier. Il descendait les marches quatre par quatre en espérant de tout son cœur que Shuuichi le croirait. De toute façon, il n'avait rien de plus à lui offrir que la vérité.
Shuuichi, de son côté, n'avait qu'une pensée en tête : fuir. Loin. Il n'avait pas l'habitude des trahisons ; même s'il n'avait pas eu d'autres choix que d'accepter les nombreuses conquêtes de Yuki lorsque leur relation n'en était qu'à ses débuts houleux, il ne pouvait plus supporter ça aujourd'hui.
Il m'a choisi ! C'est moi et moi seul qu'il a choisi ! Alors pourquoi se détourne-t-il de moi maintenant ?!
Les larmes ruisselaient sur son visage sans que rien ne puisse les retenir. Lorsque le DING de l'ascenseur sonna de nouveau, Shuuichi se précipita vers la porte d'entrée de l'immeuble. Sa tête lui semblait lourde et les larmes l'aveuglaient à moitié, mais malgré les vertiges et la douleur qui raisonnait partout dans son corps, il continuait d'avancer. Au fur et à mesure, ses pas accéléraient et très vite il se retrouva à trottiner à défaut de pouvoir courir. Il entendait derrière lui les échos des appels de Yuki mais ils lui semblaient de plus en plus lointains.
Shuuichi ! s'écria Eiri pour la énième fois, courant après lui.
Etant plus rapide, il ne tarderait pas à le rattraper. Mais alors qu'il était à peine deux ou trois enjambées du chanteur, celui-ci s'arrêta net. Il semblait à bout de souffle et d'un geste approximatif et tremblant, il appuya une main sur le bas de son dos. Eiri ralentit la cadence et lorsqu'il arriva juste derrière Shuuichi, il put l'entendre pousser un gémissement de douleur.
Shuu ? s'enquit le blond en tendant la main vers lui.
Mais d'un geste violent, Shuuichi le repoussa. Et l'espace d'un instant, Eiri put voir le visage du jeune homme marqué par la souffrance. Et ce n'était pas psychologique cette fois, c'était aussi physique.
Y-Yuki ! Je... J'ai mal ! Le bébé...
Terrorisé par les quelques mots balbutiés par Shuuichi, Eiri eut tout juste le temps de rattraper son mari avant que celui-ci ne s'effondre au sol. Il se laissa tomber par terre, à genoux, avec son adoré dans ses bras qui se tordait de douleur. Les larmes de chagrin avaient vite été remplacées par des larmes de peine et Shuuichi pleurait cette fois sans retenue, criant sa douleur.
Shuu, calme-toi. Respire doucement. Arrête de t'agiter, lui dit Eiri, tentant de garder son calme.
Il passa sa main sur le front de Shuuichi pour relever les quelques mèches qui lui tombaient dans les yeux et se rendit compte qu'il avait la tête complètement froide. Il prit son pouls ; celui-ci était rapide, comme après un effort physique intense, mais il n'était pas irrégulier. En revanche, ce qui l'inquiétait c'était la respiration de Shuuichi : il semblait incapable de respirer convenablement, comme si la douleur lui coupait le souffle. Kendra Robins arriva derrière lui à cet instant et, paniquée, s'exclama :
Oh my God ! I-I'm calling an ambulance ! (Oh mon Dieu ! J'appelle une ambulance !)
No ! I'm taking him to our doctor ! (Non, je le conduis chez notre docteur !) dit Eiri aussitôt. Shuu-chan, respire calmement s'il te plait, ajouta-t-il à l'intention de son amant qui se débattait encore pour reprendre son souffle.
Shuuichi fit ce qu'il put pour hocher la tête et répondre par l'affirmative mais la douleur dans son ventre et ses reins le reprit de nouveau et il pleura jusqu'à perdre connaissance. Refusant de se mettre à pleurer aussi, et surtout maintenant, Eiri tira son trousseau de clés de la poche de son pantalon et appuya sur le bouton d'ouverture automatique des portes. La voiture bipa et il prit le jeune homme dans ses bras pour le transporter et l'installer sur la banquette arrière. Il referma la portière et se prépara à monter sur le siège conducteur quand sa voisine sortit de son état ahuri.
"Him" ? What do you mean ? She... is not a guy... right ? Right ?! ("Le" ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Elle... n'est pas un homme... n'est-ce pas ? N'est-ce pas ?!)
I made a mistake, ok ? I don't speak English that often so I sometimes get the words wrong. (J'me suis trompé, ok ? Je ne parle pas anglais si souvent alors je mélange parfois les mots.)
Evidemment, c'était un gros bobard : dans la précipitation du moment, Eiri avait certes fait une bourde, mais pas dans la langue anglaise en elle-même. Bilingue comme il était, il était totalement impossible qu'il mélange les pronoms possessifs-démonstratifs. Non, il avait simplement laissé échapper que Shuuichi était un "him" au lieu d'un "her" (8). Alors pour rattraper le coup, il avait mis en cause ses connaissances de la langue de Shakespeare. De toute façon, il n'avait ni le temps ni l'envie de rentrer dans les détails avec cette idiote de bonne femme.
Il grimpa dans sa voiture, attacha rapidement sa ceinture et démarra. Quelques instants plus tard, il était dans les rues de Paris en direction du jardin des Tuileries, le quartier où se trouvait la clinique du Dr Andrée. Il utilisa le téléphone de la voiture et le mit sur haut-parleur ; il lui fallait prévenir leur médecin de leur arrivée. Il fallait qu'elle se prépare à accueillir Shuuichi en urgence. Plus que jamais, Eiri était torturé par la terreur de perdre Shuuichi et le bébé.
Lorsqu'il arriva là-bas, il se gara en vitesse dans le parking sous-terrain et monta l'ascenseur en direction de l'étage des urgences où le Dr Andrée devait déjà les attendre. Et en effet, la femme médecin était là, vêtue de son habituelle blouse blanche. Elle courut vers lui et lui dit en japonais avec son accent français à couper au couteau :
Venez avec moi, vous allez l'installer sur un lit.
Eiri s'exécuta, suivant le docteur jusque dans une petite chambre au bout du couloir principal. Sur le chemin, elle appela deux infirmières, leur donnant des ordres, sans doutes pour qu'elles ramènent de quoi examiner et soigner Shuuichi.
Après avoir allongé le chanteur, Eiri s'écarta pour laisser faire les professionnelles. En effet, tandis que le Dr Andrée auscultait le jeune homme - tout en faisant attention à ne pas révéler accidentellement que la future maman n'était pas une femme - les deux infirmières préparaient une perfusion et une seringue de médicaments. Et tout en les regardant faire, Eiri sentait les larmes lui monter aux yeux pour la neuvième fois au moins depuis que Shuuichi s'était évanoui. En effet, le malaise du jeune homme pouvait avoir causé des problèmes au bébé et si c'était le cas, il ne se le pardonnerait jamais... Pas plus que Shuuichi ne lui pardonnerait d'ailleurs. Du diagnostique du Dr Andrée dépendrait beaucoup de choses, et principalement ses relations avec son mari. Si quoi que ce soit arrive, les choses ne seront plus jamais les mêmes. Je perdrais Shuuichi...
Le Dr Andrée s'adressa à lui mais il ne réagit pas immédiatement. Son regard était perdu dans le vague, il lui fallut un moment pour comprendre qu'on s'adressait à lui. Une fois concentré sur le médecin, son esprit commença à enregistrer et analyser ses paroles.
Vous allez bien ? s'enquit la femme.
Ce n'est pas de moi dont il faut s'inquiéter, répondit froidement l'écrivain.
Pourtant vous pleurez...
Qu--
Aussitôt, le blond passa ses doigts sur ses joues et sentit quelques gouttelettes. L'espace d'une seconde, il se figea, surpris de pleurer ainsi en public ; la seule personne à l'avoir jamais vu ainsi était Shuuichi... D'un revers de manche et dans un geste assez brusque, il s'essuya le visage.
Qu'est-ce qu'il a ? demanda-t-il soudain, profitant de l'occasion pour changer de sujet et se recomposer une attitude détachée.
Et bien, il a une insolation combinée à une dyspnée. Son malaise a donc été provoqué par les effets prolongés de la chaleur et du soleil, ainsi que par des difficultés respiratoires provoquant une sensation d'oppression dans la poitrine, expliqua le Dr Andrée.
Une dyspnée ? C'est comme de l'asthme, non ?
Un des aspects de l'asthme, oui. Mais en l'occurrence, il ne s'agit que d'une crise passagère. Comme vous pouvez le constater, nous avons mis Shuuichi sous respirateur, ce qui devrait l'aider à reprendre son souffle.
Il se plaignait de douleurs dans le ventre et le dos, ça a quelque chose à voir avec le bébé ? Est-ce qu'il va bien ? s'enquit Eiri.
Je lui ai fait une échographie rapide et il semble que le bébé se porte bien. Cependant, d'après les graphiques et à en juger par ce que vous venez de me dire, Shuuichi a été sujet à des contractions. Il est encore trop tôt pour qu'il en ait, cela peut donc s'avérer dangereux.
Le docteur se tourna vers les infirmières et leur demanda de quitter la pièce, ce qu'elles firent immédiatement. Elle fit ensuite signe à Yuki de s'asseoir sur le fauteuil pas très loin du lit où reposait Shuuichi. Elle s'assit sur une chaise face à lui et parla avec un air sérieux qui n'indiquait rien de bon :
Ecoutez, il est clair que Shuuichi s'est mis dans cet état à cause d'une grande dose de stress ou d'angoisse. Ca arrive très régulièrement aux femmes enceintes ayant de graves problèmes de couple pendant leur grossesse.
Elle s'arrêta un instant pour adresser un regard lourd de sens au romancier avant de reprendre.
Cette fois, vous avez eu de la chance tous les deux : le bébé n'a rien eu. Mais ce genre de comportement à risque entraine souvent des fausses-couches ou la naissance prématurée du fœtus. Donc quoi que ce soit qui ait provoqué l'état de Shuuichi, je vous suggèrerais d'éviter de le bouleverser ainsi à l'avenir, à moins que vous ne vouliez qu'il perde l'enfant. Rendez vous bien compte qu'il en est maintenant à son sixième mois d'aménorrhée.
La voix habituellement si chaleureuse de la femme médecin était devenue glaciale, de même que son regard était désormais perçant et menaçant. En cet instant, elle lui rappelait une certaine petite guitariste blonde, américaine et multimilliardaire.
Vous êtes responsable du bien-être de votre époux, Mr Uesugi. Vous avez plus qu'intérêt à prendre bien soin de lui à l'avenir. Me suis-je bien faite comprendre ?
Rectification, c'est exactement Miri ! songea Eiri qui commençait à se demander si sa cousine n'était pas morte dans la journée pour se réincarner dans leur médecin.
Je suis désolé... marmonna-t-il.
C'est bien, mais ce n'est pas moi qui dois vous pardonner. Shuuichi devrait se réveiller d'ici quelques heures...
Et là-dessus, le Dr Andrée se leva et sortit de la pièce. Eiri quant à lui, quitta son fauteuil pour aller s'installer sur le rebord du lit de son petit ange. Il avait sur le nez et la bouche un masque à oxygène et il semblait dormir paisiblement. Cela faisait plaisir à voir, surtout quand on savait que quelques minutes plutôt il se tordait de douleur et luttait pour respirer convenablement. Il caressa doucement le contour de son visage et releva les mèches noires qui tombaient sur ses yeux clos.
Les larmes recommencèrent à glisser sur ses joues pour venir s'écraser sur le front du bel endormi et ce fut au tour du blond de pleurer sans retenu. Il souffrait aussi, mais de la peine il souffrait aussi, peiné de de voir celui qu'il aimait sur ce lit d'hôpital. Il sanglota légèrement, comme un enfant qui vient de tomber par terre, et murmura encore et encore :
Je suis désolé. Je suis désolé... Je suis désolé, Shuuichi... J'suis... J'suis désolé...
Il aurait pu continuer ainsi un long moment encore mais son téléphone portable se mit à vibrer et à sonner dans sa poche. Il s'empressa donc de l'en sortir pour y répondre.
Quoi ?
Bonjour à toi aussi, otouto-chan, fit la joyeuse voix de Mika à l'autre bout du fil.
C'est pas le moment, Mika. Rappelle plus tard, répondit Eiri en s'apprêtant à raccrocher.
Ah, chotto, matte !
Nanda ?
J'ai essayé de joindre Shuuichi mais ça ne répond pas, s'empressa d'expliquer sa sœur.
Yuki garda le silence, ne sachant trop quoi dire. Comment pouvait-il dire à sa sœur enceinte que Shuu était hospitalisé à cause de lui ? Face à l'absence de réponse de son benjamin, Mika prit un ton beaucoup plus sérieux et lui demanda :
Eiri, que s'est-il passé ?
Il... Il est...
"Il est" quoi ?! insista-t-elle avec force.
Il vient de... d'être emmené à l'hôpital... répondit l'écrivain en murmurant, comme s'il redoutait d'entendre la vérité sortir de sa propre bouche, à sa plus grande honte.
Comment ça ? Mais pourquoi ? Que s'est-il passé ?
A en juger par l'angoisse et la panique dans la voix de sa sœur, elle était particulièrement touchée par le sort de son beau-frère. Mais alors qu'elle allait poser davantage de questions, c'est Tohma qui prit le téléphone.
Eiri-san, quel est le problème avec Shuuichi-kun ?
Et alors qu'il n'avait jusqu'à lors jamais eu aucun problème à dire la vérité à Seguchi, il dut rassembler tout son courage pour expliquer la situation à sa famille.
XXX XXX XXX
C'était la fin de l'après-midi et Eiri attendait aussi patiemment que possible que Shuuichi se réveille. Il avait passé un long moment à pleurer, puis un long moment à prier -chose qu'il n'avait pas faite depuis des lustres - et enfin il s'était laissé tomber de fatigue. A son réveil, il était 18h passé et la fin le taraudait. Aussi décida-t-il d'aller chercher un petit encas à la cafétéria. Lorsqu'il revint, le Dr Andrée était en train de quitter la chambre de Shuuichi.
Et bien, il est fatigué mais il se porte bien, dit-elle. Mais faites attention : même s'il s'est comporté normalement avec moi, je suis certaine qu'il ne sera pas aussi gentil avec vous...
Et sans ajouter quoi que ce soit, elle se dirigea vers l'ascenseur, sans doute pour rejoindre son bureau au sixième étage pour recevoir quelques patients. Eiri quant à lui, prit une profonde inspiration avant d'ouvrir la porte de la chambre de son petit mari. A peine eut-il le temps de faire un pas à l'intérieure qu'un coussin vola au travers de la pièce et s'écrasa avec force sur son visage.
Va-t-en !
Elle m'avait pourtant prévenu, remarqua Eiri pour lui-même en se baissant pour ramasser le coussin à ses pieds.
Shuuichi, commença-t-il, ne t'énerve pas, c'est mauvais pour toi et --
J'veux plus t'entendre, ferme-la ! le coupa le chanteur avec une voix grave et menaçante qu'il ne lui connaissait que rarement.
Généralement, quand le garçon prenait cet air sérieux et mauvais, cela ne présageait absolument rien de bon. Aussi, Eiri s'avança-t-il lentement et prudemment vers le lit et, alors qu'il s'apprêtait à parler, Shuuichi le devança :
Je ne vois absolument pas ce que tu fais ici, tu perds ton temps. Retourne donc auprès de ta chère et tendre, mon bébé et moi on n'en a rien à faire de toi !
Tu vas un peux loin, Shuu. J'ai jamais --
Tu es sourd ?! Je t'ai pourtant dit que je ne voulais pas entendre tes excuses.
Yuki ne dit plus rien pendant un moment. Les mots acerbes de Shuuichi lui faisaient profondément mal et il commençait à goûter au régime qu'il avait longtemps imposé à son compagnon au début de leur relation. Cette fois, l'attitude de Shuu n'a strictement rien à voir avec ses sautes d'humeur habituelles, se dit-il, cherchant à entamer la discussion sans que son époux ne se braque aussitôt.
Il ne s'est rien passé avec Kendra --
Parce que maintenant tu appelles cette salope par son prénom ?!
Quoi ?! Mais tu ne me laisses même pas finir ! J'allais ajouter son nom de famille. Arrête un peu d'être sur la défensive !
J'te signale que je suis comme ça par ta faute ! Je sors deux heures et quand je reviens tu sors de chez elle dans un état --
Quel état ?!
Quoi ? Parce qu'en plus je dois te faire une description ?! J'aurais pu perdre mon bébé par ta faute ! T'es qu'un salaud ! s'écria violemment le garçon, les larmes aux yeux.
C'est là toute la confiance que tu as en moi ? répliqua Eiri qui commençait à perdre patience.
Tu as la mémoire courte : je te rappelle que de nous deux, je suis sans aucun doute celui qui a toujours eu le plus confiance en nous ! Simplement moi aussi j'ai mes limites et là, je les ai de loin dépassées ! Tu me prends pour qui ? Pour quelqu'un dont le cœur peut absolument tout supporter ? Tu crois que parce que l'amour que j'ai toujours eu pour toi est infini, j'accepterai que tu me traites comme ça ?
Qu'est-ce que je peux faire pour que tu me croies? demanda finalement l'écrivain, frustré de ne pas pouvoir arranger les choses avec un simple "pardon" accompagné d'un baiser et d'une étreinte.
Je veux juste que tu me laisses tranquille, répondit Shuuichi d'une voix triste et presque éteinte.
Eiri souffla et baissa les yeux, ne sachant plus quoi faire pour que Shuuichi le laisse s'approcher et l'embrasser. Quand les choses n'allaient pas, il suffisait qu'il sente Shuuichi près de lui, dans ses bras, que ses lèvres se posent sur les siennes... pour qu'il se sente bien. Mais ce n'était pas près d'arriver.
Est-ce qu'au moins je peux rester avec toi dans la chambre ? demanda Yuki sans trop y croire.
Shuuichi se tourna vers la fenêtre, préférant éviter de croiser le regard du blond.
Evidemment, marmonna le jeune garçon. Mais je ne veux pas entendre un mot de ta part.
Alors, j'ai cinq derniers mots à te dire... Je t'aime mon cœur.
Pour la toute première fois de sa vie, Shuuichi ne lui répondit pas. Il avait raison sur une chose au moins : à force de le voir si fort dans leur amour, Eiri s'était laissé persuader que quoi qu'il arrive Shuuichi serait là pour répondre à ses sentiments. Mais aujourd'hui, son cœur ne pouvait plus en supporter davantage. Le voir comme ça, blessé et inconsolable, c'était d'autant plus difficile qu'Eiri était à l'origine de son chagrin alors qu'il avait juré d'être celui qui prendrait toujours soin de lui...
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Ndla : (1) Lors de la Japan Expo de cette année, il y avait en effet tous ces invités. En ce qui concerne Kim-Se Young (mangaka coréenne), son manwha yaoi est connu en France sous le titre "Kiss Me Princess" mais dans les pays anglophones et au Japon, le titre est "Boy Princess". Shuuichi étant Japonais, il est normal qu'il y fasse référence sous le titre de "Boy Princess". (2) Murakami Haruki est un romancier très populaire dans le monde entier dont le style plein de métaphores et de finesse est grandement apprécié. J'ai lu un de ses livres et je dois dire que je voyais bien Yuki les écrire. (3) Je ne peux malheureusement pas citer le nom complet de la célèbre marque. (4) Le V n'existe pas en Japonais et le R se prononce quasiment comme le L. (5) Clin d'œil pour Lu-chan aussi connue sur FFnet sous le pseudo de Azadele. (6) Selon une croyance populaire japonaise, les âmes sœurs sont liées dès la naissance par un fil rouge dont les extrémités sont nouées autour de leurs auriculaires. (7) L'histoire des primes Vertes n'est qu'une pure invention de ma part ; voyez ça comme un concept créé par Miri pour pousser ses employés sur la voie de l'écologie. (8) C'est pas pour vous prendre pour des idiots mais je sais qu'il y en a qui ne parlent pas un pète d'anglais alors "him" signifie "lui" et "her" veut dire "elle".
Notes : Alors d'abord, je peux vous assurer que Kim-Se Young est vraiment quelqu'un de gentil et souriant. Je pense donc qu'il pourrait être tout à fait dans son caractère de donner son mail à une fan avec qui elle a discuté pendant une demie heure et avec laquelle elle s'entend bien. Ensuite, je ne sais absolument pas si elle parle Japonais ou non mais, à défaut de parler Coréen, quand je l'ai rencontrée je lui ai dit deux ou trois trucs en Japonais et elle a bien compris donc, j'en ai déduit qu'elle devait connaître quelques bases. Pour ce qui est de la cosplayeuse de Shuuichi, je fais ici référence à ma chère amie Olivia, rencontrée l'année dernière lors de la Japan. Sachez que la figurine de Shuuichi était également de la partie, j'ai une photo de moi avec mon idole ! KYAH ! Enfin, pour la chanteuse du jardin intérieure, c'était vraiment Shindell ! Et les filles avec elle, c'était (dans l'ordre) moi, Drudrue et la meilleure amie de Shin-chan. Ensuite, désolée de finir ce chapitre sur une dispute entre Yukiki et Shuuchan mais il le fallait bien, lol. J'ai travaillé sur le chapitre 16 en parallèle à celui là donc il est déjà écrit au quart. Alors patience et merci à tous et toutes de votre soutien depuis presque deux ans maintenant. Bisous.
Lexique :
(Chotto) Matte : Attends ! (Forme dite en -TE du verbe "matsu", qui signifie "attendre" ou "patienter".)
Shitteiruyo : J'suis au courant ! Je sais ! (Forme du présent progressif du verbe "shiru", qui signifie "savoir" dans le sens "être au courant", à ne pas confondre avec "wakaru" qui veut dire "savoir" dans le sens "connaître". L'ajout du "yo" à la fin souligne l'exclamation.)
Demo : Mais. (Toujours suivi d'une virgule et précédé d'un point en Japonais.)
Nanda : Quoi ?! Qu'est-ce qu'il y a ? (Forme familière, voir limite vulgaire pour "nandesuka ?")
Nani mo nai : Rien du tout. (Litt. : Il n'y a rien.)
Baka : Crétin, idiot, imbécile.
Kawaii : Mignon.
Hanase : Lâche moi ! (Forme impérative du verbe "hanasu". Contrairement à ce qu'on voit dans les anime et les Drama, l'impératif est rarement utilisé sous cette forme pour cause de politesse.)
Sayonara : Au revoir.
Otouto-chan : Mon petit frère adoré. (Formé avec "otouto" qui signifie petit frère.)
