Titre : Des surprises à la pelle.
Auteur : Patpat.
Bêta : Celikwi.
Source : Gravitation.
Genre : Yaoi, Shounen-ai, Mpreg, Lemon.
Rating : M.
Pairing : Yuki Eiri / Shindou Shuuichi.
Disclaimer : Gravitation appartient à Maki Murakami. J'ai ajouté quelques OC en plus de Miri : Kendra Robins, et Salomé et Séphora.
Notes : J'ai laissé Yuki et Shuuichi dans une position particulièrement mauvaise. Rappelez-vous, Shuuichi avait fait un malaise, risquant la vie de son bébé, et Eiri n'avait pas réussi à se faire pardonner ses "écarts de conduite", bien qu'il n'ait pas vraiment grand chose à se reprocher. Que va-t-il se passer ? Mmmh... Lisez et vous le saurez.
PS : Je tiens à m'excuser auprès des reviewers auxquels je n'ai pas répondu mais sachez que j'ai lu tous vos messages avec beaucoup d'attention et qu'ils me vont tous droit au cœur. Merci encore !
Dialogues en gras. Pensées en italique.
Chapitre 16 : Nid d'amour et Rock'n'roll.
Shuuichi était encore à l'hôpital en observation. C'était son deuxième jour et le Dr Andrée avait dit que, s'il se portait bien d'ici la fin de la journée, il pourrait rentrer chez lui dès le lendemain. Visiblement, ces quelques temps passés en observation à la clinique avaient été bénéfiques au jeune chanteur et à son bébé qui avaient tous deux retrouvé leur calme. Eiri, de son côté, ne savait plus trop comment réagir auprès de son époux. Depuis le jour de son malaise, après l'avoir couvert de reproches pendant deux minutes, Shuuichi ne lui avait plus adressé la parole. Il tolérait sa présence dans la chambre - de toutes façons le romancier n'aurait pas pu supporté de ne pas être auprès de son petit mari dans une situation pareille - mais c'était bien tout.
Pour dire vrai, quand Shuuichi avait refusé de lui répondre, Eiri s'était d'abord dit que ça finirait par lui passer assez vite. Bavard comme il était, le jeune musicien n'allait pas tenir longtemps et allait finir par exploser, soit pour fondre en larmes en s'excusant d'avoir été idiot, soit pour lui faire davantage de reproches. Mais pour la première fois de sa vie, il s'était bien trompé ! En fait non, c'était la seconde fois. La première, c'était quand il pensait dur comme fer que Shuuichi n'était qu'un lycéen idiot qui ne savait pas vraiment où il en était dans sa recherche d'identité sexuelle... Finalement, le p'tit con s'était tellement bien accroché qu'ils étaient maintenant mariés et attendait la venue au monde de leur enfant.
Avec un sourire aux lèvres, Yuki songea que Shuuichi était la seule personne au monde à l'avoir trompé à ce point. Le silence régnait encore dans la chambre mais Shuuichi avait bien remarqué le sourire de l'écrivain. Le combat fut rude, mais il parvint à mettre sa curiosité au tapis. La question l'avait titillé pourtant, mais il avait résisté à l'envie de demander à son mari ce qui le faisait sourire ainsi. Tsss... Il doit être en train de penser au bon temps qu'il a pris avec cette greluche derrière mon dos, se dit-il avec une grimace agacée.
À son tour intrigué par l'attitude de son Shuu-chan, Eiri lui adressa un regard interrogateur. Mais le garçon détourna la tête avec une expression faussement hautaine qui ne lui allait absolument pas. Et pour cause, Shuuichi était bien trop sincère et naturel pour afficher un tel masque de mépris. Fatigué de cette tension qui persistait entre eux et las de ce comportement puéril, il se leva avec la ferme intention de s'asseoir sur le rebord du lit de son époux - chose qui jusqu'à maintenant lui avait été strictement interdite - afin de régler le problème une bonne fois pour toutes. Voyant cela, Shuuichi l'avertit :
Si tu fais un pas de plus, je hurle !
Je voudrais simplement qu'on s'explique, répondit Yuki, du tac au tac.
J'ai rien envie d'entendre.
Il faudra bien pourtant.
Je n'en éprouve absolument pas le besoin. Mais si tu as vraiment envie de parler, va retrouver la voisine, je suis sûr qu'elle te fera la conversation avec plaisir, fit le chanteur sur un ton cinglant.
T'es vraiment lourd ! Je t'ai dit au moins une centaine de fois qu'il n'y avait rien entre elle et moi.
Essayes encore cent fois de plus, tu réussiras peut-être à me convaincre d'ici là.
Ne soit pas de mauvaise fois comme ça, je ne comprends même pas ce que tu me reproches, répondit Eiri avec une pointe de désespoir dans la voix.
C'est que tu n'as pas dû bien écouter alors.
Bordel, Shuu ! S'exclama-t-il finalement.
C'est à ce moment-là qu'on frappa à la porte. Enervé par cette interruption impromptue, le romancier serra fermement les poings et contracta la mâchoire pour se retenir de crier sa frustration. Il regarda un instant Shuuichi, espérant sans trop y croire que celui-ci lui demanderait d'ignorer ce visiteur dérangeant et d'aller au bout de leur conversation. Mais évidemment, il s'était montré trop optimiste. Il daigna donc ouvrir la porte pour accueillir leur invité. Et quelle ne fut pas sa surprise...
Qu'est-ce que vous foutez là ?!
Yo ! Fit Miri d'un air blasé avant de le pousser nonchalamment pour entrer dans la chambre.
Tohma et Mika la suivaient de près, adressant au passage de plus amples salutations à Eiri. Ce dernier eut tout juste le temps de refermer la porte derrière eux que sa sœur s'écria :
Par les Bouddhas, Shuu-chan, que t'est-il arrivé ?
Visiblement, elle était toujours sous le coup des hormones dues à sa grossesse. Ou peut-être s'était-elle vraiment liée d'amitié avec Shuuichi au fil de leur correspondance et de leurs appels internationaux - après tout, c'était elle qui avait insisté pour garder le contact avec le jeune homme, malgré la distance qui les séparerait, durant leur grossesse respective.
Mika-rin, tout va bien, ne t'inquiètes pas.
Ne pas m'inquiéter ? Comment veux-tu ? Si tu es là c'est bien qu'il t'est arrivé quelque chose, non ?! Insista sa belle-sœur.
Non, c'est pas grand chose... affirma le musicien avec un large sourire, ses deux mains posées sur son bidon déjà bien rebondi.
Affichant une mine attristée, elle alla s'installer sur le rebord du lit, auprès du garçon à la tignasse rose. Eiri dut réprimer un grognement en la voyant prendre la place à laquelle il avait voulu s'asseoir quelques instants plus tôt.
Je vois que ton ventre s'est drôlement bien arrondi, Shuuichi-kun, fit remarquer Tohma avec son traditionnel sourire, son chapeau entre les mains.
Au moins autant que celui de Mika, répondit Shuu avec un large sourire.
C'est vraiment le comble ! S'insurgea intérieurement Eiri. Jusqu'à il y a peu, Seguchi et Shuuichi ne pouvaient pas se voir en peinture et maintenant le jeune homme adressait de grands sourires à son beau-frère alors qu'il ne supportait maintenant même plus la vue de sa moitié : son cher et tendre à qui il avait juré amour lui préférait son ex-pire ennemi. Miri dut remarquer l'agacement de son cousin puisqu'elle demanda :
C'est quoi cette tronche que tu nous tires ? On dirait qu'on a écrasé ton chat sous tes yeux...
C'est pas tes oignons, répondit froidement le blond en allant retrouver sa place, c'est-à-dire sur le fauteuil près de la fenêtre.
Quelle humeur de merde ! Si je ne te connaissais pas, je dirais que tu es vexé... ou frustré... Un mélange des deux peut-être ?
Intrigué à son tour, Tohma adressa à Eiri un regard examinateur. Regard qu'il dirigea ensuite vers Shuuichi qui, en entendant les paroles de Miri, avait détourné les yeux, le visage rougi par la colère. Mika haussa les sourcils et demanda :
Mais que se passe-t-il enfin ? Vous vous êtes disputés tous les deux ?
S'il n'y avait que ça... marmonna le jeune chanteur.
Allons bon, fit Tohma d'un air assez sérieux cette fois, on vous laisse tous les deux seuls quelques mois et voilà dans quel état on vous retrouve...
Miri observait, elle-aussi, Shuuichi avec beaucoup d'attention. Quelque chose n'allait vraiment pas entre le chanteur et son mari et il ne fallait pas être Madame Irma pour le comprendre. Se tournant vers Eiri, elle remarqua dans son regard et à l'expression de son visage qu'il se sentait frustré mais aussi particulièrement... triste ? Puis, elle fit claquer sa langue en s'appuyant contre le mur, les bras croisés sur sa poitrine. Un petit ricanement s'échappa d'entre ses lèvres. Là encore, elle avait compris ce qui s'était passé entre ces deux-là ; après tout, elle était passée par les mêmes problèmes du temps où elle vivait en France avec Ethan.
Je me doutais bien que ça arriverait... finit-elle par dire.
De quoi tu parles, Mi-chan ? Demanda Mika.
Ces deux-là savent très bien de quoi je parle, n'est-ce pas ? Répondit la guitariste en adressant un regard tantôt à Shuuichi sur son lit d'hôpital, tantôt à Eiri sur son fauteuil. Ou plutôt, de qui... Je crois que j'aurais dû prendre les devants sur ce coup. Et surtout, je voudrais un coup de main de ta part, "Tohma-kun".
Si c'est pour notre petit bishou-couple (1), ce sera avec plaisir, "Miri-tan"(2) ! S'exclama Seguchi sur un ton joyeux, arborant cet effrayant sourire qu'était le sien.
Fiuhhh... Ça a de quoi vous glacer le sang ! On se croirait dans un film de mafieux, pensèrent Eiri et Shuuichi au même moment.
Inconscients de cette transmission de pensée, les deux jeunes mariés furent définitivement horrifiés en entendant Mika hurler comme une fan-girl devant son musicien de mari.
Kyah ! Kakkoi ! S'enthousiasma-t-elle, des étoiles dans les yeux et les mains serrées sur son petit coeur battant la chamade.
Mika-rin... Shizuka ni shinasai... Byôin dakara, chotto... l'intima Shuuichi. ( Trad : Mika-rin... Calmes-toi... On est dans un hôpital ici, alors...)
J'suis vraiment entouré de malades... ajouta Eiri, pour lui-même.
Bon, on y va ! Décida Miri, ignorant totalement les interventions de ses cousins.
Elle se décolla du mur contre lequel elle s'était installée et se dirigea vers Tohma qu'elle attrapa par le bras pour l'entraîner avec elle.
Vous voir vous associer tous les deux, ça fout vraiment les jetons. Qu'est-ce que vous allez faire de toute façon ? Lança Eiri.
C'est vrai, vous ne savez absolument rien de nos problèmes ! Renchérit Shuuichi.
N'essayez pas de nous mettre au défi, leur répondit Tohma. S'il s'agit de veiller sur la famille, quel que soit le problème, nous nous devons de faire le nécessaire.
Et puis, je suis quasiment sûre que votre problème s'appelle Robins... ajouta Miri en ouvrant la porte pour quitter la chambre.
On se croirait membre d'une famille de yakuza, se dit le romancier en laissant partir sa cousine et son beau-frère. Il se tourna vers Shuuichi et, l'espace d'un instant, leurs regards se croisèrent. Eiri saisit sa chance pour tenter d'ouvrir le dialogue avec son époux, mais ce fut le moment exact que choisit sa soeur pour bondir comme un chevreuil enragé.
Kyah ! Il faut que je vous montre ce que j'ai acheté pour que nos bébés soient assortis !!
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Le DING caractéristique de l'ascenseur ouvrant ses portes retentit, annonçant à Miri Johanson et Tohma Seguchi qu'ils étaient arrivés à destination : le dernier étage de l'immeuble du 8 avenue Montaigne, huitième arrondissement de Paris, que la blonde avait racheté pour le compte de sa société. Mais elle n'était pas là pour visiter l'appartement qu'elle avait habité fut un temps et dans lequel logeaient actuellement ses deux cousins. Non, Seguchi et elle venaient pour rendre une petite visite de courtoisie à un certain top model.
Ils se dirigèrent ensemble vers la porte de gauche et, avant de sonner pour s'annoncer, les deux producteurs échangèrent un regard entendu. Tohma sonna une fois et Miri accompagna le carillon de trois coups à la porte. À peine un instant plus tard, une voix claironnante lança :
Coming ! (J'arrive !)
Lorsque la porte s'ouvrit, elle révéla une jolie rousse élancée au sourire avenant. Cependant, ledit sourire disparut presque aussitôt que son regard croisa celui de Miri. Kendra Robins tenta même de refermer la porte mais la petite blonde coinça le battant en s'aidant de son pied. Avec un geste rapide et violent, elle rouvrit pleinement la porte, ce qui eut pour effet de pousser la jeune mannequin à l'intérieur.
Hontou no bouryoku desune, Miri-tan, plaisanta Tohma avec un large sourire effrayant. (Ça, c'est de la violence, n'est-ce pas Miri-tan.)
Hitsuyousei darou, répondit la blonde en entrant sans vraiment y être invitée, une expression menaçante dessinée sur les fins traits de son visage. (C'est une nécessité.)
Son cousin par alliance entra à sa suite puis referma délicatement la porte derrière lui. Kendra balbutia, tout en s'éloignant d'eux à reculons, complètement terrorisée par la simple présence de la jeune américaine.
Qu-Qu'est-ce que tu fais là, Miri ? Demanda Kendra en anglais.
Rien qu'une petite visite, après tout, je suis la propriétaire de l'immeuble, expliqua la musicienne sur le ton de l'évidence, dans la même langue. Et toi, Kendra ? À quoi tu joues ?
Pardon ? Je ne vois absolument pas de quoi tu parles, répondit la rousse.
Je crois que ma chère cousine fait référence à votre fâcheuse habitude de vous immiscer dans les relations houleuses d'un couple, intervint Seguchi, dans un anglais presque parfait.
Cette fois, Kendra ne pouvait plus jouer l'ignorante, à moins d'être réellement stupide, elle savait désormais très bien quels étaient les motifs de la visite de sa "bonne vieille amie".
Il y eut un moment de silence durant lequel Miri se contenta de marcher çà et là dans le vaste appartement du modèle britannique, faisant mine de profiter de la décoration typiquement anglaise et quelque peu surchargée. Elle a vraiment des goûts de vieux, c'te meuf ! Songea la guitariste en passant un doigt scrutateur sur le mobilier comme pour s'assurer que les poussières avaient été faites.
Tu te souviens de ce qui s'est passé la dernière fois ? Demanda-t-elle sans même se tourner pour regarder Robins.
À quoi bon voir sa tronche, de toute façon, puisqu'elle savait déjà qu'une expression de frayeur sans nom y était dessinée. Et puis, cela accentuait encore davantage l'effet règlement de compte à la sicilienne... Attendant une réponse qui ne viendrait probablement jamais, Miri jeta son attention sur un bouquet de roses fraîches joliment disposé dans un vase de cristal orangé, avec la carte signée d'un admirateur posée à côté.
"May my feelings for you reach your icy heart.
Lovely yours,
J-P De Rougemireaux."
Touchant, marmonna la blonde d'un air dédaigneux.
Ne te moques pas de lui ! La défia Kendra.
C'est de toi que je me moque, idiote. Un homme te court après mais toi tu cours après mon cousin. Tu dois avoir des tendances suicidaires pour vouloir te confronter à moi, ricana Miri. Tu ne serais pas un peu maso des fois ?
La mannequin déglutit difficilement avant de demander :
C'est sa femme qui t'en a parlé ?
Sa femme ? Répéta Miri en riant de plus belle. Tu veux parler de Shuu-chan ? Non, "elle" n'a jamais eu besoin de me dire quoique ce soit à ce sujet. C'est juste que je connais tes petites manies de prostituée de luxe. Et surtout, tu ne résistes jamais à la tentation de séduire un bel homme. Et même si nous sommes parents, Eiri et moi, je ne suis pas aveugle : j'ai conscience du succès qu'il a auprès de la gente féminine... et masculine.
À ces accusations à peine cachées, Kendra ne répondit rien.
Tu te souviens de ce que tu as fait, il y a quelques années ? Reprit l'américaine. Quand Ethan était encore en vie...
Là encore, la britannique ne répondit rien.
Tu t'es immiscée entre nous, tu m'as fait croire qu'il était infidèle et quand j'ai compris mon erreur en doutant de lui, c'était trop tard : il est mort avant même que j'ai eu l'occasion de lui dire que j'étais désolée. Et tu sais que, depuis, tu es dans ma ligne de mire. Tu as vraiment du cran pour venir me défier malgré tout, surtout quand on sait que je tire les ficelles de ta carrière...
Quoi ?! Comment as-tu réussi à récupérer mon contrat ? S'exclama Kendra, au bord de la panique.
Je n'ai rien récupéré du tout. Simplement, si tu avais ne serait-ce qu'un brin de jugeotte, tu saurais que les publicitaires, les grands couturiers et les photographes avec qui tu travailles ne feraient jamais rien qui aille contre ma volonté, fit remarquer Miri, sur le ton de l'évidence et avec une pointe d'arrogance dans la voix.
Cette fois, on pouvait bien lire la peur sur l'expression qu'affichait la rousse. Il était vrai que, en effet, l'éventualité qu'une Miri Johanson toute puissante et menaçant de banqueroute de grands noms du show-biz travaillant avec elle ne l'avait pas vraiment effleurée. Il fallait dire aussi qu'il était rare que la célèbre productrice abuse de son pouvoir et de son autorité pour assouvir une vengeance personnelle. Et pourtant, elle aurait dû se douter que la demoiselle serait rancunière.
Je n'ai rien fait ! Se défendit Kendra. Quand madame Uesugi m'a prévenue qu'elle ferait appel à toi si je m'approchais davantage de son mari, j'ai tout de suite arrêté. Si elle nous a trouvés ensemble quand elle est rentrée chez elle l'autre jour, c'était simplement parce que j'avais demandé de l'aide à son mari pour arrêter la fuite d'eau que j'avais chez moi ! Je t'assure qu'il ne s'est rien passé !
Haussant un sourcil dubitatif, la blonde se tourna vers son cousin.
Tu y crois, toi ?
Je ne pense pas vraiment que cette demoiselle ait envie d'aggraver son cas en te mentant ouvertement, répondit Tohma, faisant mine de prendre parti pour Robins.
On peut vraiment dire qu'on reprend le jeu du bon et du mauvais flic avec Miri. Cela dit, ça me fait plaisir de jouer les gentils pour une fois, pensa le claviériste en affichant un sourire fourbe.
Miri, quant à elle, ne savait pas trop que croire. Un petit mot avec Eiri et elle verrait si oui ou non les versions concordaient. Après tout, si elle avait de quoi douter de l'honnêteté de Kendra, Miri avait une confiance aveugle en Yuki qui, jusqu'alors, ne lui avait jamais donné la moindre raison de remettre sa parole en question.
La blonde avança dangereusement en direction de la jeune mannequin, une lueur menaçante dans ses yeux de félin, et siffla :
La prochaine fois que tu t'approches de ma famille, je te bousillerai. Ta vie de petite princesse s'arrêtera net et je te ferai une réputation telle que même les cabarets les plus minables ne voudront pas de toi en danseuse du ventre. On dit toujours "Jamais deux sans trois" alors je te conseille de démentir le dicton et d'éviter de recommencer la même bêtise une troisième fois !
Là-dessus, elle se dirigea vers le couloir de l'entrée et passa le pas de la porte en direction de l'ascenseur. Resté derrière, Tohma s'inclina respectueusement en signe de salutations et ajouta avant de partir :
Permettez-moi de vous conseiller d'attendre la venue du plombier la prochaine fois que vous aurez une fuite. Il serait regrettable que l'on vous retrouve noyée... Dans la Seine par exemple.
Sur le coup, Kendra ne comprit pas du tout où le japonais voulait en venir. Puis, lorsqu'il eut lui aussi quitté l'appartement en fermant la porte derrière lui, elle exorbita les yeux de terreur.
Est-ce qu'il vient juste de... me menacer ? Murmura-t-elle pour elle-même, pétrifiée.
XXX XXX XXX
Puisque l'état de santé de Shuuichi était au beau fixe, le docteur Andrée avait donné son autorisation pour qu'il quitte la clinique le lendemain. Bien sûr, elle avait sermonné Eiri pendant une bonne heure, lui ordonnant de bien prendre soin de son époux. Evidemment, le blond avait jugé superflu ses avertissements : il comptait bien être aux petits oignons pour son petit chanteur. D'une part parce qu'il ne voulait qu'un nouvel incident se reproduise, mais aussi parce qu'il devait encore obtenir le pardon du jeune homme et ce n'était certainement pas en jouant la carte de la froideur qu'il y parviendrait.
Le petit couple venait d'arriver au pied de leur immeuble, avenue Montaigne, où Miri, Tohma et Mika les attendaient. D'après les deux producteurs, lui et Shuuichi n'avaient plus rien à craindre de la part de leur voisine top modèle mais il ne pouvait s'empêcher de se demander quelle "technique" ces deux magnats du sadisme avaient pu utiliser contre Kendra Robins, mais d'une façon ou d'une autre, il en arrivait toujours à la conclusion qu'il préférait ne pas savoir.
À peine fut-il garé que Seguchi vint ouvrir la portière côté passager pour aider Shuuichi à se lever.
Merci, Tohma-san, fit poliment le jeune musicien dont le ventre bien arrondi l'empêchait déjà de se mouvoir correctement.
Eiri fit de son mieux pour cacher son grincement de dents. Le voir s'entendre si bien avec Seguchi lui tapait littéralement sur les nerfs : et dire que maintenant, ils en étaient à s'appeler par leurs prénoms sur un ton parfaitement amical, alors qu'auparavant ils avaient toutes les peines du monde à se montrer naturels l'un avec l'autre. En fait, ils avaient surtout du mal à ne pas se sauter à la gorge, bataillant pour savoir lequel des deux le romancier préférait. Ecœurant, songea-t-il en allant chercher la valise de son amant dans le coffre. En réalité, ce qui le dégoûtait le plus était certainement le fait qu'à l'heure actuelle, Shuuichi s'entendait bien mieux avec Seguchi qu'avec lui, son propre mari...
Miri, à qui ce petit jeu n'avait absolument pas échappé, adressa une grimace moqueuse à son cousin. Agacé, celui-ci lui renvoya un regard meurtrier tandis que le petit groupe pénétrait dans l'immeuble. Le voyage en ascenseur aurait pu se faire plus calme. En effet, il semblait que la tension explosive entre Yuki et Shuuichi avait complètement échappé à Mika, qui parlait, parlait et parlait encore. Les hormones ne lui réussissaient vraiment pas. Une fois arrivée, la petite famille entra dans l'appartement. Tohma, Mika et Shuuichi restèrent dans le salon à papoter tandis qu'Eiri alla déposa les affaires de Shuuichi dans leur chambre, conscient du fait que Miri le suivait de près.
Vas-y, dis-le.
De quoi parles-tu cher cousin ? Répondit Miri, l'air de rien.
Que je suis un mari irresponsable.
On ne doit pas être sur la même longueur, à mon avis. Je pense que tu es le seul à penser ça. En revanche, j'ai bien des reproches à te faire. Mais ça concerne davantage le fait que tu n'aies pas su toi-même remettre cette bonne femme à sa place. Pourquoi faut-il toujours que je sois là pour rattraper tes conneries ? J'ai l'impression que tu retombes en enfance depuis que tu es avec Shuuichi, lui lança la guitariste d'une traite.
À cela, Eiri ne répondit rien. Elle avait bien raison et, dans ces conditions, impossible de lui tenir tête. L'écrivain se contenta de ranger les vêtements de Shuuichi dans l'armoire, en silence. Un long silence bien pesant, un de ceux qu'il détestait tout particulièrement. Visiblement, Miri devait ressentir la même chose car elle reprit la parole :
Tu te souviens quand on était petits ? Demanda-t-elle. Avant même que tu ne partes du Japon pour vivre à New York... Tu étais toujours fourré dans les jupes de ta mère et quand elle est morte, c'est auprès de Mika ou moi que tu venais quémander de l'attention. Le pire, c'était quand tu faisais une bêtise. Ça n'arrivait pas souvent mais quand c'était le cas, c'était toujours une énorme bourde. Et même si ta mine de chiot battu nous tapait sur les nerfs, ta soeur et moi faisions de notre mieux pour réparer la misère avant que ton père ne s'en rende compte. On devait même soudoyer Tatsuha en bonbons pour qu'il n'aille pas cafarder...
Quel rapport avec aujourd'hui ? Je ne me souviens pas t'avoir jamais demander ton aide, répondit le grand blond sur un ton abrupt.
Je suppose que c'est parce que les mauvaises habitudes sont tenaces que ceux qui ont toujours veillé sur toi par le passé continuent encore aujourd'hui, expliqua la jeune femme.
Je suis suffisamment grand pour gérer ma vie seul.
Je vois ça, fit Miri avec ironie. Shuuichi t'a rendu trop doux. A force de vouloir lui montrer un visage d'ange, tu en as oublié comment le protéger. Il faut que tu trouves le juste milieu : que tu saches faire preuve de gentillesse avec lui, mais aussi que tu saches écarter les intrus qui mettent en péril votre relation. Comme tu as si bien su me le faire remarquer, ni ta mère, ni Mika, ni moi - ni même Seguchi d'ailleurs - ne pouvons plus être derrière ton cul pour réparer tes idioties. La prochaine fois, on n'interviendra pas ! Même si j'admets volontiers que c'était vraiment... rock'n'roll de foutre les pétoches à cette sale pimbêche.
Le ton autoritaire de Miri le surprit quelque peu, mais finalement, rien de si étonnant que ça de la part d'une fille qui a hérité d'une multinationale à l'âge de dix-huit ans et qui la dirige aujourd'hui d'une poigne de fer. Le regard d'acier de la jeune femme le transperçait littéralement et, pour la première fois depuis bien longtemps, un puissant sentiment de nostalgie lui rappela sa défunte mère.
Après un instant de silence lourd de sens, Miri quitta la pièce pour rejoindre les autres, lança sur un ton soudainement devenu joyeux :
Et si on se commandait des pizzas ce soir ?! C'est moi qui invite !
Eiri, laissé seul avec pour seule compagne sa conscience, se mit à réfléchir sérieusment aux paroles de sa cousine. Evidemment, encore une fois, il ne pouvait que lui donner raison... Pour que la famille qu'il était en train de fonder avec Shuuichi ne risque plus rien, il devrait être celui qui la protègerait. Grâce aux paroles de Miri, il venait de se rendre compte que maintenant plus que jamais, Shuuichi avait besoin de se sentir sécurisé. Et plus tard, ce serait leur fille - ou leur fils - qu'il devrait protéger de toutes ses forces. Je vais devenir père, bon sang. Mais à quoi je pensais jusqu'à présent ? Se dit-il, furieux contre lui-même.
Mais la priorité du moment restait encore d'obtenir le pardon de Shuuichi. Et le plus tôt serait le mieux. Fort de ses nouvelles résolutions, Eiri rejoignit tout le monde dans le salon, son visage demeurait impassible mais son regard brillait de détermination.
La soirée se passa relativement bien : on aurait presque pu dire qu'ensemble ils avaient diné dans la joie et la bonne humeur, mais contrairement à ses habitudes - et comme il le faisait depuis quelques jours déjà - Shuuichi n'avait pas adressé un seul mot à son mari, malgré les nombreuses tentatives de ce dernier de lancer le dialogue entre eux. Lorsque vers onze heures du soir, leurs invités partirent pour l'hôtel, le couple retrouva son intimité, le moment idéal pour Eiri d'avoir une conversation sérieuse avec son jeune époux.
Celui-ci était en train de débarrasser les cartons de pizza vides qui erraient comme des âmes en peines sur la table basse. Eiri lui prit les boîtes des mains et lui dit :
Tu devrais te reposer, Shuuichi.
Je sais que je suis encore convalescent mais je ne suis pas non plus à l'article de la mort, je peux encore faire ça moi-même, répliqua le chanteur, dont le sourire qu'il avait arboré tout au long de la soirée avec leurs convives s'évapora comme neige au soleil.
Shuuichi, combien de temps comptes-tu encore me faire la tête comme ça ?
A t'entendre parler, on dirait que je suis responsable de ce qu'il s'est passé...
Mais il ne s'est rien passé, Shuu, je te le jure ! S'exclama aussitôt Yuki.
J'ai l'impression d'être revenu au temps où on commençait tout juste à sortir ensemble, rétorqua le musicien. "Moi, te tromper ? Qu'est-ce que ça peut faire de toute façon ? Je n'ai rien ressenti alors c'est bien comme s'il ne s'était rien passé..." l'imita-t-il en lui reprenant les cartons des mains.
Bien qu'il se dandinait légèrement en marchant, Shuuichi était encore capable de marcher d'un pas déterminé et c'est ainsi qu'il se dirigea vers la cuisine. Agacé de le voir faire sa tête de mule, Eiri le rattrapa par le bras.
Shuuichi, je n'ai jamais touché cette femme. Je ne l'ai même jamais regardé. Je vous ai toi et le bébé ! Tu crois vraiment que je serais assez bête pour mettre tout ça en danger uniquement pour une nuit avec une guenon pareille ?!
Ce ne serait pourtant pas la première fois que tu mets ma patience à l'épreuve de cette façon ! Lui rappela son petit mari en lui adressa un regard colérique.
Mais j'ai changé maintenant ! Il n'y a que toi. Il n'y a plus que toi depuis longtemps maintenant.
À court d'arguments, Eiri se contenta de soutenir le regard accusateur de Shuuichi avant de lâcher son bras qu'il serrait toujours. Le chanteur alla jeter les détritus à la poubelle, se lava les mains et se servit un verre d'eau minérale bien fraîche avec laquelle il avala ses médicaments et ses vitamines. Le romancier le regarda faire, un sentiment de culpabilité l'envahissant au moment où le vit engloutir toutes ces gélules. Il avait beau se plaindre de ce qu'il voulait, Shuuichi était, de loin, le plus désavantagé par la situation : les médicaments, les examens médicaux, les courbatures, les douleurs dans le dos et le ventre... Le moins qu'il pouvait faire pour le soutenir, c'était bien de faire en sorte qu'il garde le moral. Mais même ça, il en était incapable. En plus, il avait même perdu la confiance de son amoureux.
De dépit, Eiri alla prendre une douche. Quant il sortit de la salle de bain, une large serviette blanche autour de la taille, pour rejoindre la chambre et se préparer à aller au lit, il trouva une couverture, un oreiller et un pyjama propre sur le pas de la porte. Dites-moi que c'est pas vrai... gronda-t-il intérieurement. Il tapa à la porte et la voix de Shuuichi lui répondit :
Tu ne t'attendais quand même pas à dormir dans le même lit que moi ce soir ?!
Shuuichi, jusqu'aux dernières nouvelles, un couple partage la même chambre et dort dans ce qu'on appelle le "lit conjugal" !
C'est que tu n'as pas lu le petit astérisque au bas de notre contrat de mariage !
Quel astérisque ?! S'exclama Yuki, agacé.
Celui qui dit que celui qui a tort doit dormir sur le canapé ! Et estime-toi heureux ! J'aurais pu carrément te jeter dehors, comme tu avais l'habitude de le faire avec moi chaque fois que tu estimais que je te tapais trop sur les nerfs pour qu'on reste sous le même toit, répliqua Shuuichi dont le sens de la répartie semblait passer au niveau supérieur chaque fois qu'il était contrarié.
N'osant rien ajouter de peur d'aggraver la situation - du genre jeter de l'huile sur le feu - Eiri serra les poings, se mordant la lèvre inférieure pour se retenir de hurler... ou même de pleurer. Hélas, pour ça, il était déjà trop tard : des larmes de frustration et de peine roulaient sur ses joues. Il se pencha et prit ce que Shuuichi avait laissé devant la porte pour lui. Bon Dieu, il se sentait aussi triste qu'un enfant qui vient de perdre son ours en peluche. Il se sentait régresser au niveau émotionnel. Il n'aurait jamais imaginé que Shuuichi était capable de le rendre aussi faible qu'un bambin, au contraire il avait toujours considéré le jeune homme comme la source de sa force. Mais ce n'était là encore qu'un juste retour de bâton, son karma qui lui faisait payer toutes les méchancetés qu'il avait jadis faites au garçon.
Yuki passa une main dans ses cheveux dorés, fatigué et éprouvé, et se laissa glisser le long du mur jusqu'à ce que son séant touche rudement le sol, serrant naturellement contre son torse la pile de linge soigneusement plié qu'il venait de ramasser. Et il demeura ainsi, à pleurer.
Quelques heures plus tard, Shuuichi qui avait dormi comme un bébé, se réveilla aux alentours de trois heures et demi du matin. Se redressant tant bien que mal dans le lit, il se frotta les yeux avec, au creux du coeur, une sensation étrange de manque. Instinctivement, son regard, maintenant accoutumé à l'obscurité, se tourna vers la place habituelle de son époux dans le lit. Une place vide. J'avais oublié qu'il dormait sur le canapé ce soir. C'est pour ça que le lit était si froid... se dit-il avec un petit pincement au coeur.
Finalement, il se leva, l'estomac tiraillé par la faim.
Je sais que je ne devrais pas grignoter mais bon, une petite boîte de pokkii n'a jamais fait de mal à personne.
Il enfila ses chaussons et se mit en route pour la cuisine. Mais au moment d'ouvrir la porte de la chambre, il se mit à douter. Si en passant par le salon je réveille Yuki, il risque de se mettre en colère parce que je ne respecte pas mon régime alimentaire... Oh, et puis merde ! De toute façon je lui fais la gueule, je n'ai pas à me justifier ! Bien décidé à avoir sa boîte de pokkii, Shuuichi ouvrit la porte aussi silencieusement que possible et se faufila dans le couloir. Cependant, quelque chose dans sa vision périphérique attira son attention et le fit sursauter. Il calma d'abord son petit coeur qui battait la chamade avant de tourner la tête en direction de l'ombre près de la porte de la chambre. Il reconnut aussitôt la silhouette d'Eiri. Il était assis par terre, ses genoux ramenés contre lui, avec pour seul vêtement le drap de bain qu'il avait noué à sa taille en sortant de la douche. Il avait la tête posée sur la pile de linge que Shuuichi avait déposé pour lui devant la chambre et, malgré la pénombre, le jeune chanteur pouvait clairement voir son visage pâle, marqué par les larmes.
Et là, pour sûr, ce n'était pas un pincement au coeur qui le saisit, mais bien une vague de culpabilité. Shuuichi fit de son mieux pour se mettre à genoux près de son mari et, aussi délicatement qu'il put, il lui prit la couverture des mains pour la déposer sur ses épaules.
Il va attraper la mort à rester comme ça... marmonna-t-il pour lui-même en posant sa main sur les cheveux d'Eiri d'un geste protecteur. En plus il ne s'est même pas séché les cheveux comme il faut...
C'est alors que le romancier gémit dans son sommeil avant d'ouvrir les yeux et de lever vers lui un regard endormi. Le coeur de Shuuichi manqua un battement lorsqu'il vit la douceur sur les traits du blond : dans ses yeux ambrés brillait une innocence que le musicien croyait disparut à jamais avec Kitazawa Yuki. Et comme un arc-en-ciel ou un levé de soleil, ce ne fut qu'un instant éphémère. Eiri cligna des yeux et demanda :
Qu'est-ce que tu fais debout ? Quelle heure est-il ?
IDIOT !! S'écria Shuuichi, les larmes aux yeux. Pourquoi tu n'as pas mis ton pyjama et n'es pas allé dormir sur le canapé avec la couverture que je t'ai donnée ? Tu veux mourir d'une pneumonie et que mon bébé ne connaisse jamais son père, c'est ça ? C'est ta façon de te venger parce que j'ai été un peu méchant ? Mais j'avais pas l'intention de bouder toute ma vie, tu sais ! Je voulais juste que tu comprennes que tu m'avais fait du mal, hein ! En fait, j'ai compris que tu n'avais rien fait avec la voisine ! Alors t'as plus de raison d'attraper la pneumonie et de mourir !
Shuuichi, calme-toi, lui dit simplement Yuki en repoussant la couverture sur ses épaules pour prendre son petit ange dans ses bras.
Il déposa sur son front un léger baiser et attendit un peu que le garçon, maintenant blotti contre lui, reprenne ses esprits.
Tu es conscient au moins que ton raisonnement final n'a aucun sens ? Chuchota Eiri à l'oreille de son compagnon. Pourquoi voudrais-je mourir ? Et pourquoi de toutes les morts possibles choisirais-je de succomber à une pneumonie ?
Shuuichi fit une petite moue vexée, reniflant bruyamment en essuyant le coin de ses yeux teintés des larmes qu'il n'avait pas laissées couler.
La seule fin possible pour moi, c'est vieux, tout ridé, avec toi à mes côtés et entouré de nos petits-enfants, ajouta-t-il sur un ton amusé. Quoique, la probabilité qu'on me retrouve mort de rire à cause de ta débilité est aussi à prendre en compte.
Je te signale que je viens de te pardonner, tu crois vraiment que c'est le moment de faire le méchant ? Lui rappela Shuuichi.
Mais pour seule réponse, il n'obtint qu'un baiser. Le premier depuis l'incident... Depuis trop longtemps.
XXX XXX XXX
Après août vint septembre. Aucun problème majeur ne s'était déroulé depuis la petite crise traversée par notre petit couple préféré, ils n'avaient d'ailleurs pas revu leur chère voisine. D'après d'autres habitants de l'immeuble, qu'ils avaient eu l'occasion de croiser, elle était partie trois mois à New York pour une série de contrats publicitaires. De toute évidence, les pouvoirs d'intimidation de Seguchi et de Miri combinés n'étaient plus à prouver.
Parce qu'avec le temps qui passe, les saisons changent. Les chaudes températures commençaient à laisser la place à la fraîcheur de l'automne. Et qui dit nouvelle saison dit nouvelle garde-robe pour Shuuichi. Peut-être était-ce parce qu'en tant que Pop Star il était habitué à être vêtu par des stylistes renommés, ou peut-être était-ce simplement parce qu'il aimait faire des caprices pour le plaisir de se faire dorloter par son époux, quoiqu'il en soit, Eiri avait encore eu le droit à une séance de shopping dans les boutiques de prêt-à-porter pour femmes enceintes. Youpi... fut la seule pensée qui lui traversa l'esprit au moment où il mit le pied dans le premier magasin et que les têtes de toutes les femmes présentes - autrement dit la quasi-totalité de la clientèle et des vendeuses - se tournèrent vers lui pour le dévorer du regard. Heureusement, l'opiniâtreté et la possessivité de Shuuichi avaient suffi à tenir ces hyènes à l'écart. Heureusement, il avait échappé à la corvée du trousseau pour bébé : Mika et Miri s'étaient chargées de l'accompagner pour ça.
Malgré tout, le plus impressionnant restait l'attitude du chanteur, qui semblait évoluer au fur et à mesure de sa grossesse. En effet, il était tombé dans ce que les spécialistes et les livres sur les femmes enceintes appelaient "la période du grand nettoyage". Tout comme les femelles oiseaux pendant la période d'accouplement préparent leur nid en prévision de la future ponte des oeufs, Shuuichi s'était lancé dans une opération de ménage de fond. À le voir faire, Yuki avait l'impression de le voir préparer leur petit nid d'amour, c'en était presque touchant. Il était même allé jusqu'à forcer Eiri à bouger les meubles pour aspirer, passer la serpillière ou épousseter derrière. Chose tout à fait inutile puisqu'en principe, cet appartement n'était pas le leur et qu'après la venue au monde du bébé, ils devraient rentrer au Japon, dans leur nouvelle maison fraîchement bâtie. M'enfin, tenter d'empêcher Shuuichi de faire ce qu'il voulait, c'était comme essayer de stopper un typhon. En gros, ça avait à peu près autant d'effet qu'un pet dans le vent.
Donc, sous le regard médusé de Yuki, Shuuichi et son énorme ventre s'affairaient à passer la shampouineuse sur la moquette du salon en chantonnant de bon coeur. On se serrait presque cru dans un de ces soap-opéras grandeur nature dans lesquels les personnages sont tous capables de choses abracadabrantes... Shuuichi regarde trop la télévision, songea le blond en retournant à son manuscrit.
En effet, sa petite surprise pour Shuuichi et le bébé était en bonne voie : au train où allaient les choses, tout serait fin prêt pour l'arrivée du nourrisson et cette simple pensée faisait sourire Eiri. Même s'il était sûr de ses talents d'écrivain, il s'attaquait là à un style complètement nouveau pour lui alors évidemment, il se sentait un peu anxieux. Ajoutant à cela que la date du jour J approchait maintenant à grand pas, il y avait vraiment de quoi devenir nerveux.
Je devrais peut-être demander de l'aide à tout le monde pour illustrer le livre... songea-t-il tout haut.
Quel livre ? Interrogea Shuuichi, qui était penché par-dessus son épaule.
S'empressant de cacher son travail, Eiri le foudroya du regard.
Trop tard, j'ai tout vu ! Même si ça ne me sert pas à grand chose vu que je ne sais pas lire l'anglais... fit Shuuichi, un peu boudeur.
Depuis quand ta grosse tête est-elle au-dessus de la mienne ?
Depuis dix bonnes minutes je dirais, mais tu étais si concentré que tu ne t'es rendu compte de rien, répondit le chanteur. C'est bien mon doudou ça ! Si travailleur ! S'enthousiasma-t-il.
À l'avenir, abstiens-toi de fouiner dans mon travail. Sinon, je me fâcherai sérieusement, gronda l'écrivain en se levant de la table de la cuisine à laquelle il s'était installé pour travailler.
Tu te fâcheras tout rouge ?
Oui, c'est ça, tout rouge.
Et tes yeux lanceront des éclairs ?
S'ils le peuvent, oui, ils lanceront des éclairs.
Tant mieux, parce que t'es vraiment beau quant t'es en colère ! S'exclama Shuuichi en enlaçant son époux malgré l'énorme bosse qui se pressait entre eux.
C'est quoi ce tablier rose à petits cœurs ? Grogna Eiri. Tu ne l'avais pas tout à l'heure.
C'est parce que j'ai fait un accroc à celui que tu m'as donné. Quand je suis descendu chercher le courrier tout à l'heure, j'ai croisé la vieille dame qui habite au premier étage - tu sais, celle qui s'habille toujours chez Dior - et quand elle a vu le trou, elle m'a invité chez elle pour me prêter celui que sa petite fille utilise quand elle vient cuisiner pour elle.
Et malgré ton énorme ventre, tu arrives à rentrer dedans ? S'étonna Eiri, un brin moqueur.
Ooh ! T'es pas obligé de te montrer vexant comme ça, hein ! S'énerva Shuuichi en s'écartant un peu.
Baka, je te taquine, tu le vois bien, répondit le blond en serrant davantage son amant contre lui pour déposer un baiser dans ses cheveux noirs.
Ils restèrent ainsi, dans les bras l'un de l'autre, pendant un petit moment. C'était si agréable... Puis vint la proposition fatidique :
Yuki, j'ai envie de faire l'amour... Tu veux bien, dis ?
Les joues de Yuki s'empourprèrent légèrement à l'idée d'une séance de câlins avec son petit Shuu-chan, surtout que cela faisait un bon moment qu'ils n'avaient rien fait puisque le ventre de Shuuichi était devenu trop imposant au goût d'Eiri. Attention, loin de lui l'idée de penser qu'il n'était plus aussi mignon ou sexy. En fait, pour une raison qu'il ignorait complètement, il se sentait extrêmement attiré par Shuuichi (peut-être que le manque d'activité sexuelle le rendait un peu détraqué sur bord...). Mais la perspective d'avoir des rapports sexuels alors que le bébé se trouvait entre eux le mettait particulièrement mal à l'aise. Il avait alors l'idée absurde mais dérangeante d'être une espèce de monstre irrespectueux des bonnes mœurs, ou pire encore, un exhibitionniste. Ce serait comme montrer un film porno à un enfant de maternelle !
Alors, comme il le faisait depuis que ces ignobles pensées avaient commencé à lui traverser l'esprit, Yuki tenta de trouver un moyen de détourner l'attention de Shuuichi suffisamment longtemps pour dévier le sujet de la conversation.
D'après les résumés que j'ai trouvés sur un site web américain, Sharon va tromper Nicolas avec Brad et Ashley va essayer de séduire Victor pour le faire rompre avec Nicky.
Quoi ?! Et Danny et Lily ? Que va-t-il leur arriver ?
Nicolas lui en veut tellement d'avoir causé la mort de Cassy qu'il va tout faire pour l'envoyer en prison.
Kyaaaah ! C'est tellement triste ! Il faut tout de suite que j'aille en discuter avec mes amis du forum officiel français ! (3)
Et voilà une bonne chose de faite, songea le blond en regardant Shuuichi courir vers le salon où il avait laissé son ordinateur portable. Il était vraiment mignon avec son tablier rose, dommage que sa chevelure ne soit plus assortie avec. Enfin, je me demande si elle va prendre encore longtemps, ma petite technique de diversion...
Après avoir passé une bonne heure sur Internet, Shuuichi dût avoir oublié son envie de sexe puisqu'il se remit au ménage, s'attaquant cette fois à la salle de bain. Mais, tapie dans l'ombre sommeillait une bête féroce... La bête que l'on appelle communément "le désir". Et Shuuichi n'avait certainement pas dit son dernier mot !
C'est donc le lendemain matin que l'adorable chaton, j'ai nommé Shuuichi-n'abandonnera-jamais-kun (4) relança l'assaut sur l'imprenable forteresse Yuki. D'abord, je dois le mettre en condition ! Se dit-il comme pour affirmer sa détermination. En réalité, il était déjà sur le pas de la porte, un large plateau bien garni entre les mains. Le chanteur s'était levé tôt pour aller chercher du pain frais et des croissants bien chauds, il était également allé chercher un café à emporter à la boutique French Coffee-Shop du coin pour être sûr que son amoureux aurait un petit-déjeuner parfait. Quant au jus de fruit, c'était celui que son chéri préféré et qu'il était parti acheter à l'épicerie japonaise Chez Kyoko, au premier arrondissement. Ça va marcher ! Ça doit marcher ! J'EN AI BESOIN ! JE VEUX DU SEXE !
Affichant un sourire radieux, le jeune homme entra dans la chambre. Il posa d'abord le plateau sur la commode avant de bondir sur le lit.
Bonjour, mon amour ! Lança joyeusement Shuuichi en sautillant comme un écureuil enragé, juste à côté de son amoureux. Je t'ai préparé ton café, j'ai pressé du jus d'orange et j'ai soudoyé le boulanger pour qu'il me fasse une remise sur les croissants ! Allez ma p'tite marmotte adorée ! Bien sûr, c'est un gros mensonge mais ce qu'il ne sait pas ne peut lui faire de mal !
Pour toute réponse, Shuuichi n'obtint qu'un long grognement renfrogné qu'il ignora pour venir se blottir contre l'écrivain de son coeur, qui fourra sa tête entre les oreillers.
Je t'aime, susurra-t-il en léchouillant l'oreille gauche de son époux qui rougit instantanément, pour son plus grand plaisir.
Il est déjà débordant d'affection en temps normal mais alors là c'est carrément "dégoulinant" ! Pensa le blond en se retournant pour s'étendre sur le dos et laisser le temps à ses yeux de s'accoutumer à la faible lumière qui filtrait au travers des volets. Shuuichi se pencha au-dessus de lui, un petit sourire adorable aux lèvres. Puis, il descendit du lit, alla chercher le plateau au pas de course et revint auprès de son époux avec le plateau dans les mains. Eiri s'assit pour accueillir le petit déjeuner. Tout y était : le café encore fumant, le grand verre de jus, les croissants... Shuuichi plaça quelques coussins dans le dos de Yuki pour qu'il se sente à l'aise et s'assis à côté de lui pour le regarder manger en silence.
Eiri but un peu de son café avant de s'arrêter net.
Qu'est-ce qui ne va pas mon amour ? C'est trop chaud ? Ou pas assez sucré ? Ah ! Je sais ! J'ai oublié le journal ! Je vais le chercher ! S'emballa Shuuichi, surexcité comme une puce défoncée à l'uranium en se levant pour partir de nouveau.
Shuuichi ! Appela Yuki.
Hai ?!
À quoi tu joues ? J'ai l'impression que c'est moi qui suis enceinte. Pourquoi fais-tu tout ça ?
Bah, pour te mettre de bonne humeur ! Je sais que c'est beaucoup de travail de t'occuper de moi. Je suis souvent agaçant, surtout en ce moment avec mes sautes d'humeur, alors je fais le seul truc que je sais faire correctement pour te faire plaisir, c'est-à-dire ton petit-déjeuner... Et puis...
Le jeune homme baissa les yeux, évitant scrupuleusement le regard perçant du romancier.
Et puis quoi ? S'impatienta Yuki.
Et puis... Tu... Tu ne me touches plus... Plus du tout... Alors, si je fais tout pour te faire plaisir, je me dis que tu seras peut-être d'assez bonne humeur...
Je suis de très bonne humeur, ok ?! Et puis, je te signale que je te laisse te coller à moi à chaque fois que tu en as envie.
Mais tu ne me fais plus l'amour ! Tu m'embrasses de moins en moins souvent ! Je te dégoûte à ce point ? S'énerva Shuuichi en pleurant.
L'œil du blond tiqua. Il posa son plateau sur la table de chevet et prit son mari par la taille pour le faire s'asseoir sur ses genoux.
Bien sûr que non ! Se défendit-il en passant ses bras autour du chanteur. Comment j'aurais pu te mettre enceinte si je te trouvais dégoûtant ?
Mais maintenant que j'ai grossi ! S'exclama Shuuichi en se libérant de l'étreinte de Yuki. Je te trouve vraiment égoïste. C'est moi qui souffre dans tout ça ! J'ai les jambes lourdes, des coups de fatigue à longueur de temps, je dois me lever chaque nuit pour aller aux toilettes parce que ma vessie se rétrécie, j'ai envie de manger des trucs aussi dégoûtants que du calmar à la romaine sauce chocolat, je suis devenu accro aux Feux de l'Amour et à Britney Spears, le bébé commence à me donner des coups ce qui me fait parfois atrocement mal et pour couronner le tout, mon mari me prive de sexe depuis près de deux mois ! Bordel, Eiri, tu pourrais avoir un peu plus de considération pour ta femme !
Un long silence s'installa. Yuki était stupéfait par tout ce que venait de lui balancer Shuuichi et aussi, et surtout, par le fait qu'il s'était comparé à une femme. De son côté, le jeune homme regrettait déjà d'avoir hurlé sur son mari et était terrorisé par sa dernière phrase tout particulièrement. Soudain, le blond pouffa de rire.
Shuu-chan, tu viens de te présenter comme femme ! En public, je peux comprendre que tu le fasses pour préserver notre anonymat mais là... réussit-il à placer entre deux fous-rires.
Yuki ne savait pas bien si c'était dû au fait qu'il venait à peine de se réveiller ou bien si c'était juste les mimiques de Shuuichi, mais il s'était montré particulièrement sensible face à la détresse du jeune homme. Si sensible en fait qu'il en riait à s'en donner des crampes dans le dos. Evidemment, ce n'était pas pour arranger la situation, bien au contraire : Shuuichi prenait très mal cette réaction plus qu'outrageante. En fait qui n'en ferait pas autant à sa place ? Là, il avait réellement l'impression qu'on se moquait ouvertement de lui et ça lui faisait énormément de peine.
Il se mit donc à pleurer à torrent. Non seulement il s'était humilié tout seul mais en plus Yuki foutait de lui. Et après ça, on me dit de ne pas me sentir rejeté ! Voyant ça, l'écrivain prit son jeune époux dans ses bras et l'enlaça tendrement une nouvelle fois, en lui murmurant :
Tu es adorable. Et tu es beau. Et si je ne te touche plus c'est parce que... Parce que ça me fait bizarre étant donné que le bébé est là, entre nous... expliqua-t-il en posant doucement sa main sur le ventre de Shuuichi.
Mais moi j'ai encore plus envie que d'habitude... Le docteur a dit que c'était normal pour une fe-- enfin, quand on est enceinte quoi... gémit le chanteur, ayant sciemment évité de prononcer une nouvelle fois le mot "femme".
Moi aussi ça me manque, mais je préfère attendre. Plus que deux mois à peine... En attendant, je te promets de t'embrasser et de te câliner à chaque fois que tu voudras. Il te suffira de demander.
C'est vrai ? Demanda Shuuichi, séchant ses larmes en souriant déjà de nouveau.
Oui. Et ne vas plus jamais te mettre dans ta petite tête de nounours que tu es dégoûtant, compris ? Tu es mignon et je dirais même adorablement sexy. Surtout maintenant que tu te dandines en marchant, le taquina Eiri.
Le romancier embrassa le chanteur tendrement avant de susurrer :
Je n'ai d'yeux que pour toi, Uesugi Shuuichi.
Puis il pressa ses lèvres contre les siennes une fois de plus.
Je peux manger tes croissants, j'ai un p'tit creux ? Demanda Shuuichi les yeux en coeur.
Laisse-m'en un peu, goinfre.
Dis, tu trouves vraiment que je ressemble à un nounours ? Tout doux et tout choupi ?
Oui, c'est ça, tout doux et machin-truc là...
Bon sang, c'est le retour en enfance là ! Pensa Yuki en finissant son café.
La journée, comme celle d'avant, et toutes les autres depuis quelques temps, Shuuichi s'était activé toute la journée au ménage et Eiri avait travaillé à son projet "top secret" pour la naissance du bébé. Il avait notamment pris contact avec Miri, Hiro et tous leurs proches pour obtenir leur collaboration. Ce ne fut que vers cinq heures le soir et après un bon goûter que le petit couple alla se balader ensemble dans la capitale française. Paris, en fin de journée, était une ville vraiment agréable : une petite promenade sur le Champ de Mars, un tour dans le parc du Trocadéro puis un détour dans les petites rues du huitième arrondissement sur le chemin du retour. À chaque fois qu'ils passaient du temps tous les deux dans la célèbre ville, Shuuichi harcelait son époux pour qu'ils y achètent un pied-à-terre afin de pouvoir y revenir aussi souvent que possible avec leur bébé.
Aussitôt rentrés, vers dix-neuf heures environ, Shuuichi alla se vautrer sur le sofa, épuisé, tandis qu'Eiri se rendait à la cuisine pour préparer à manger. Après avoir mis au four son poulet rôti au citron et au gingembre et fini d'assaisonner sa salade, le romancier rejoignit son époux dans le salon où il le trouva étendu de tout son long, le ventre à l'air, la fenêtre entre-ouverte.
Andouille, tu vas t'enrhumer, marmonna-t-il en allant fermer la fenêtre.
Il prit ensuite un plaid qui traînait sur le dossier du canapé et l'étendit sur Shuuichi. Ecouter le léger ronflement de son petit chanteur pendant qu'il faisait une sieste était l'un des moments qu'il aimait le plus dans la journée, celui où il pouvait admirer toute la beauté de son adorable mari dans le calme et la tranquillité.
Avec un petit sourire un brin amer, il repensa à sa conversation du matin avec son époux. Comment avait-il pu se mettre dans la tête qu'il le trouvait dégoûtant ? Kami-sama, il le trouvait si beau et si mignon... Chaque fois qu'il posait les yeux sur lui, il était un peu plus amoureux, un peu plus charmé par cet ange. Il était vrai qu'ils n'avaient pas fait l'amour depuis un moment - depuis que son ventre était devenu suffisamment gros pour rappeler à Eiri la présence du bébé en fait - mais ce n'était pas par manque de désir, bien au contraire. En fait, il était littéralement en manque. Serrer le corps nu de son amant contre lui, entendre ses petits gémissements et se délecter des expressions de plaisir et de jouissance sur son visage... C'était une véritable drogue et il avait de plus en plus de mal à s'en passer.
Pourquoi s'entêtait-il donc à refuser à Shuuichi ce que lui-même désirait si ardemment ? Après tout, le docteur Andrée avait, de nombreuses fois, répété qu'il n'y avait strictement aucune contradiction à ce sujet. Selon elle, la majorité des couples continuait à avoir une vie sexuelle normale, il fallait juste adapter les positions à la circonstance et ménager la future maman - ou dans le cas présent, le futur papa. D'accord, le fait de savoir que leur bébé était là, pile poil entre eux, était réellement dérangeant. À dire vrai, le blond avait l'impression d'être indécent ou immoral ne serait-ce que de penser à s'envoyer en l'air en présence d'un enfant.
C'était stupide, certes, mais chaque fois qu'il essayait de se persuader qu'il n'y avait absolument rien de mal à faire l'amour avec son époux enceinte, il ne pouvait pas s'empêcher d'imaginer un enfant témoin de sa lubricité sur-développée. Alors il se contentait, depuis, de calmer sa frustration en comptant le nombre de jours qui les séparaient encore de la naissance du petit. Heureusement pour lui, le temps ne semblait pas s'écouler trop lentement, vu qu'il passait ses journées à travailler et à câliner son Shuu-chan.
Tsss... fit-il. C'est idiot et ça fait souffrir Shuuichi. Tant pis, je suis sûr que si on le fait une fois, cette sensation dérangeante passera pour de bon.
Du bout des doigts, il effleura le visage de son adoré encore endormi. Un nouveau miniscule sourire s'étira sur ses lèvres, emprunt de douceur. Shuuichi était tout bonnement mignon comme ça : étendu sur le dos, sa jolie tête noir-corbeau légèrement surélevée par les coussins, sa petite main droite, près de son visage et l'autre posée sur son ventre comme pour protéger leur enfant, ses yeux clos et son visage serein. Eiri se pencha au-dessus de lui, ne souhaitant louper aucune miette de ce spectacle. Comme hypnotisé par son ange, bercé par la mélodie de sa respiration calme et régulière, il ne parvenait plus à en détacher son regard. Dieu que j'aime le regarder dormir comme ça, pensa-t-il, ses lèvres avides d'embrasser celles du chanteur.
Avec son index, il suivit le contour de ses lèvres roses et sensuelles, humidifiant inconsciemment les siennes avec sa langue, comme pour se préparer à un baiser. Il s'approcha encore un peu, jusqu'à sentir le parfum fruité et sucré de la fraise qui émanait de sa peau lisse et halée et de sa chevelure douce et brillante. Un baiser, juste un... se dit le romancier en rapprochant encore davantage son visage de celui du musicien. Il y a un an à peine, la simple perspective de jouer le prince charmant sur le point de donner un baiser magique à sa demoiselle l'aurait carrément rebuté et il serait parti s'enfermer dans son bureau. D'ailleurs, jamais il n'aurait pris une telle initiative à l'époque, c'était toujours Shuuichi qui le tannait pour qu'il soit romantique et dans quatre-vingt-quinze pourcents des cas, il refusait catégoriquement. Là, c'était presque naturel d'agir de cette façon avec son amant. Bien sûr, il n'était pas certain de pouvoir supporter l'embarras dans lequel il se retrouverait si quelqu'un le surprenait dans cette situation...
Il était déjà suffisamment proche pour pouvoir sentir le souffle chaud et moite de Shuuichi contre son visage. Il ferma les yeux et tandis qu'il s'apprêtait à l'embrasser...
Yuki... Qu'est-ce que tu fais avec ton visage si prêt du mien ?
T'as le don de couper les gens dans leur élan, toi, ronchonna Eiri, en ouvrant les yeux, conscient qu'il rougissait déjà un peu.
Shuuichi ne sembla pas le remarquer, trop occupé à se frotter les yeux avec les petits poings.
J'ai senti ton odeur dans mon sommeil, ça m'a réveillé... expliqua-t-il en tournant ses magnifiques yeux violets vers son amoureux.
Eiri, bien que Shuuichi se soit réveillé, était encore prisonnier de l'envoûtement. Sans un mot, il combla le minuscule espace qui séparait encore sa bouche de celle du chanteur et offrit un baiser tout ce qu'il y a de doux et de tendre à ce garçon qui l'avait ensorcelé. Un baiser pur, et oserait-on dire "chaste" - quand on parle de Yuki, on n'est jamais vraiment sûr de pouvoir utiliser un tel mot - dans lequel le blond déversa tout son amour pour sa moitié, exactement comme le lui avait appris Shuu. Ce dernier, agréablement surpris, pressa davantage ses lèvres contre celles de son époux. L'espace d'un quart de seconde, le cliché de la Belle au Bois Dormant revint à l'esprit de Yuki mais il le repoussa vite fait : le bonheur sans nom qu'il éprouvait aux côtés de Shuuichi n'avait strictement rien de comparable avec une romance à la Disney ou à un roman fleur bleue. Même si, en cette instant, leur couple semblait tout droit sorti d'un conte de fée, d'aucun savait très bien qu'ils avaient travaillé dur pour obtenir ces petits instants de paix.
Se rassurant dans cette idée que leur amour était unique, Eiri approfondit leur baiser. Le charme demeurait toujours, bien que leur échange devenait plus passionné. Le jeune homme aux cheveux noirs passa son bras gauche autour du cou de son mari et posa sa main droite sur son visage, caressant sa joue. Ni l'un ni l'autre ne semblaient vouloir mettre un terme à ce baiser. Eiri, quant à lui, enlaçait Shuuichi avec ses bras autour de sa taille, faisant bien attention de ne pas trop s'appuyer sur son ventre tout rond.
Finalement à court d'air, les deux amants durent se séparer pour reprendre leur souffle. Le romancier fixait son époux avec satisfaction tandis que le regard de celui-ci était encore incertain, son esprit sans doute encore perdu dans ses rêves, ne parvenant pas vraiment à en distinguer la réalité. Mais Yuki pouvait remarquer autre chose dans ces yeux violets. Quelque chose qu'on appelle la luxure. Ses adorables joues étaient teintées de rouge et comme s'il avait honte, il détourna le regard en se mordant la lèvre inférieure. L'écrivain l'observa, curieux de savoir pourquoi son Shuuichi agissait de cette façon. Et comme pour répondre à sa question, il serra une main sur son coeur et glissa l'autre vers son entre-jambe.
Yuki... dit-il faiblement, tournant vers le romancier un regard assombri par le désir et humide de larme. J'ai envie. J'ai tellement envie...
Et une larme roula sur sa joue en même temps qu'un sanglot lui échappa. Fronçant légèrement les sourcils et penchant la tête sur le côté, ne comprenant absolument rien du comportement de son amoureux, Eiri demanda :
Pourquoi tu pleures, Shuu ?
Parce que... Parce que tu refuses toujours... J'ai envie de toi, Yuki...
Alors avec un sourire amusé et légèrement sadique sur les bords, le blond déposa un nouveau baiser sur les lèvres tremblantes de chagrin.
T'es méchant, Yuki, murmura Shuuichi. Tu fais exprès de faire ça pour que je sois excité et après tu vas me dire que tu veux pas...
C'est toi qui es méchant, Shuu-chan, répondit l'écrivain. A t'entendre, n'importe qui penserait que je suis un bien mauvais mari. Alors je vais devoir te montrer que tu as tort en accomplissant mon devoir conjugal, tu n'es pas d'accord, mon amour ?
Il joignit le geste à la parole en caressant le contour de son visage. Il ajouta au creux de son oreille :
Et puis... Moi aussi j'ai terriblement envie de toi.
Et sur ce, il se leva et prit Shuuichi dans ses bras pour le porter jusqu'à la chambre.
Pourquoi on ne fait pas ça simplement sur le canapé ? S'enquit le jeune homme, lové au creux des bras vigoureux de son amant.
Visiblement, il était particulièrement pressé de rattraper le temps perdu.
Parce que si on doit le faire, je veux que ce soit correctement. Et pour ça, on aura besoin de place.
Je pouvais aussi me mettre à quatre pattes, ça aurait suffit, tu sais.
Mais tu aurais vite été fatigué, lui expliqua Eiri en l'installant sur le lit. Je veux que tu sois à ton aise et allongé. Et je vais faire en sorte de me faire pardonner pour t'avoir fait attendre si longtemps. On va même utiliser des positions qu'on n'avait encore jamais essayées, affirma le blond avec un sourire coquin qui fit rougir son époux jusqu'aux oreilles.
Et là-dessus, il déboutonna sa chemise et alla fermer les volets et alluma l'halogène au minimum de sa puissance afin de tamiser l'éclairage de la pièce. Puis il quitta la chambre, laissant un Shuuichi abasourdi et tout émoustillé. Alors on va faire l'amour, finalement ? Pour de vrai de vrai de vrai ? Kyah ! On va faire des cochonneries ! Ça faisait si longtemps qu'il ne m'avait pas pris ! Et, en plus, il va faire très attention à moi ! ... ... Mais alors, pouquoi il est parti ? Se dit-il.
C'est alors que revint Eiri, avec, sur un plateau, deux bouteilles d'eau bien fraîche et une barquette de fraises, deux boîtes de pokkii au chocolat et de la chantilly.
Yuki ? C'est pour quoi faire tout ça ?
J'ai bien l'intention de m'y donner à coeur joie et de dépasser ma performance de notre nuit de noces. Donc l'eau, c'est pour nous désaltérer et le reste, en cas de petit creux, annonça son homme avec un sourire séducteur - le sourire qu'il n'adressait d'habitude qu'à ses fans hystériques.
Sa démarche assurée de prédateur, tandis qu'il approchait du lit après avoir déposé l'eau et la nourriture au pied de la table de chevet, eut le mérite de rendre Shuuichi complètement dingue. Son petit coeur battait si fort qu'il le sentait battre contre ses tempes et il devait lutter pour réprimer un violent saignement de nez. Le chanteur attendait sagement son mari au milieu du lit, son index dans sa bouche et un sourire excité aux lèvres, ses hanches se dandinant d'impatience.
Mon amoureux va me faire l'amour... Nanana... chantonna-t-il en accueillant Eiri à bras ouverts tandis qu'il grimpait lui aussi sur le lit. Mon amoureux va me faire chanter ce soir... Mmh mmh...
Je comptais, en fait, te faire crier de plaisir, mais si tu peux chanter en jouissant alors d'accord... se moqua Eiri en montant sur le lit à son tour.
Leurs lèvres se scellèrent de nouveau tandis que leurs mains vagabondaient sur leurs corps dans le seul but de procurer à l'autre des caresses et du plaisir. Et une chose était sûre, du plaisir, ils s'en donneraient encore dans les heures à suivre.
XXX XXX XXX
Ndla : (1) Bishou-couple, néologisme made in Patou : couple de beaux mecs, héhé ! (2) Le suffixe "-tan" est une forme polie de "-chan" et il est presque exclusivement utilisé pour les filles. (3) Vous l'aurez compris, je parle ici des Feux de l'Amour. Désolé pour le spoiler, mais les faits énoncés vont en effet bientôt arriver (Quoi ? Non ! Je ne suis pas fan du tout !). (4) Joli clin d'œil à Miss Anissina Von Kafernikov dans Kyou Kara Maoh et à ses inventions loufoques toutes plus ridicules les uns que les autres ! N'empêche, heureusement qu'ils ont commencé une nouvelle saison parce que KKM, on aime (Pfff, la vieille rime à deux balles !).
Notes : Yo ! Ca faisait longtemps, n'est-ce pas ? Mais bon, maintenant vous vous sentez sans doutes soulagés : Yuki et Shuuichi se sont réconciliés, héhé ! Autre point important, vous avez découvert que notre romancier préféré était en train d'écrire un livre pour son enfant - même si je suis sûre que vous vous en doutiez un peu aux vues des indices évidents dans les précédents chapitres. Quant au manque de logique, c'est dû au petit cerveau de Shuuichi qui n'arrive pas à tenir des propos cohérents... On va mettre ça sur le compte des hormones, lol. J'espère que mon emploi du temps me permettra de finir cette fic relativement vite car, comme vous savez, nous arrivons désormais à la fin : la naissance est pour bientôt. Fille ou garçon ? Ça reste à voir, n'est-ce pas. J'avais une super idée de prénom pour le bébé mais il se trouve que je l'ai retrouvé dans une autre fic Mpreg, du coup, si je l'utilisais, j'aurais l'impression de plagier. Du coup, je suis ouverte à vos propositions. Prénoms mixtes, féminins ou masculins, sortez-moi tout ce qui vous passe par la tête. Merci encore de me suivre avec autant d'intérêt, je vous adore mes chers lecteurs ! A bientôt.
Lexique :
Shizuka ni (shinasai / shiro) : Silence ! Calmez-vous ! (L'utilisation du "shiro" est réservée à l'usage des hommes, et celle de "shinasai" est pour un langage plus féminin. Les deux servent à amplifier la notion d'impératif, d'ordre.)
Byôin : Hôpital (A ne pas confondre avec "biyoin", qui signifie "salon de coiffure")
Kakkoi : Classe ! Cool ! (en gros c'est "Wah, trop beaaaaauuuuu !", pour décrire un homme)
