Titre : Des surprises à la pelle.

Auteur : Patpat.

Bêta : Celikwi.

Source : Gravitation.

Genre : Yaoi, Romance, Humour, Shounen-ai, Mpreg, Lemon.

Rating : M.

Pairing : Yuki Eiri / Shindou Shuuichi.

Disclaimer : Gravitation appartient à Maki Murakami. J'ai ajouté quelques OC en plus de Miri : Kendra Robins ainsi que Salomé et Séphora.

Notes : Bonjour, bonjour ! Voici ENFIN (remarquez comme je souligne l'importance du mot "enfin") le chapitre 17. Il aura pris son temps pour venir s'ajouter aux seize autres mais pardonnez-lui, il a fait de son mieux, lol. J'espère sincèrement que ça vous plaira car j'ai réellement eu du mal à mettre en place les différents éléments : c'est l'anarchie dans mon cerveau, j'ai l'impression qu'il va finir par griller. Enfin, merci de me soutenir avec toujours autant d'entrain, j'adore recevoir vos reviews ! Bonne lecture.

PS : Je dédie ce chapitre à ma sœurette, Kikwi-chan. Mais aussi à tous ceux qui ont eu la patience de m'encourager avec une ch'tite review.

Chapitre 17 : Alerte !

Le mois d'octobre commençait bien pour Eiri et Shuuichi. Ayant repris leurs activités conjugales, les tensions sexuelles étaient retombées comme un soufflet au fromage. Ajoutons à cela que la future maman avait passé sa phase "fée du logis" : après avoir récuré l'appartement jusque dans les moindres recoins, le petit musicien avait semblé suffisamment satisfait du résultat. Le blond quant à lui en avait eu plus que marre de devoir porter des lunettes de soleil en intérieur pour éviter d'être aveuglé par le parquet reluisant, les murs blanchis ou les bibelots miroitants. (ndb : c'était des Ray-Ban, je suppose ?)

Tohma, Mika et Miri étant retournés au Japon, Yuki était sûr de ne plus les avoir dans les pattes jusqu'au terme de la grossesse de Shuuichi, autrement dit le mois suivant. Même le chanteur ne le collait plus autant, préférant se balader çà et là dans Paris, accompagné de Salomé et Séphora, les deux étudiantes en Japonais que sa cousine avait recruté pour être leurs guides dans la capitale française. Ainsi, il pouvait disposer de lui-même et s'affairer tranquillement à la confection de son cadeau pour le bébé. Plus il avançait dans sa réalisation et plus il sentait son cœur se serrer d'angoisse : il n'avait de cesse de se demander si ça allait plaire à sa fille - ou à son fils - et surtout comment Shuuichi allait le prendre.

Il fallait bien dire que jusqu'à présent, les seules œuvres qu'il avait dédicacées étaient pour son petit cœur. Comment le garçon verrait-il le fait que celui-ci soit pour leur enfant. " Il sera aux anges" lui avaient assuré tous ceux à qui il avait posé la question. Mais Eiri admettait volontiers qu'en matière d'analyse de sentiments, il ne valait pas une cacahouète. S'il était capable d'écrire des romans à l'eau de rose tous plus dégoulinants d'affection et de mots flan-flan les uns que les autres et, même après avoir passé trois ans auprès de Shuuichi à développer une certaine sensibilité, il demeurait aussi ignorant de ce genre de choses qu'un enfant de maternelle. Il en venait donc à se demander si Shuuichi ne serait pas un chouïa jaloux du bébé... (1) Après tout, lui aussi se la jouait bien souvent en gamin de cinq ans dont le comportement était difficile à cerner et à prévoir.

Enfin, il avait mis tout son cœur à l'ouvrage alors il se disait que quoi qu'il arrive, son mari serait au moins heureux pour ça.

Il avait bientôt fini la rédaction, il lui restait encore l'étape de la correction puisil devait améliorer ce qui devait l'être avant de donner le tout à Mizuki pour qu'elle le fasse réécrire par des calligraphes professionnels. Ensuite, on ajouterait les illustrations faites à la main par l'ensemble des membres de la famille.

Avec un sourire fier du travail accompli, Eiri retira ses lunettes de lecture (sûrement des Ray-Ban aussi !) et admira son propre dessin. Il lui avait fallu plusieurs heures de persévérance et plusieurs tentatives ratées pour obtenir un tel résultat. On pouvait le critiquer autant qu'on le voulait, on ne pouvait malgré tout lui nier cette qualité qu'il possédait : cette minutie et cet amour du travail bien fait qui faisait de lui le grand auteur qu'il était. Surtout que ça n'avait pas été une mince affaire que d'acheter le matériel à dessin dans le dos de Shuuichi et, pire encore, de dessiner sans qu'il ne le voit. Mais le principal c'était que Mizuki, de passage à Paris pour parler avec lui du projet qui venait de lui être attribué par le directeur de la maison d'édition, récupérerait au passage le fruit de son dur labeur.

Le romancier, attablé au salon, se balança légèrement sur sa chaise pour jeter un regard à l'horloge de la cuisine. Shuuichi ne rentrerait pas avant une ou deux bonnes heures, ce qui lui laissait le temps de faire une petite pause café avant de reprendre le travail. Il s'étira longuement avant de se lever pour rejoindre sa grande copine la cafetière, dont il se servit une tasse. Il ajouta un sucre et touilla un peu mais, alors qu'il portait le noir breuvage à ses lèvres, l'interphone se mit à sonner. D'abord deux trois coups, puis dix de plus.

Quel est l'idiot qui s'acharne comme ça ? Gronda-t-il pour lui-même.

Il songea un instant à Shuuichi, qui aurait oublié ses clés - la probabilité qu'il soit l'idiot en question était plutôt grande, il fallait bien l'admettre - mais un coup d'œil à la console dans l'entrée et il remarqua que le trousseau de son compagnon n'était plus là : il l'avait donc avec lui. Dans ce cas-là, la question "qui est l'abruti qui sonne chez moi comme un bourrin ?" était encore d'actualité pour Eiri qui finit par décrocher. C'était ça ou l'insupportable sonnerie électronique continuerait de se faire entendre et ça, il n'en avait pas tellement envie.

Quoi ?! S'exclama-t-il en français - oui, il avait fait l'effort d'apprendre quelques mots de cette langue avec Shuuichi-sensei (principalement dans le but de passer un peu de temps avec son petit chanteur pour éviter que celui-ci ne se sente encore une fois délaissé).

Oh oh ! Kikoeru ka ? Furansugo hanaseru, aniki wa ! Furansujin mitai ! Entendit-il à l'autre bout. (Ho ho ! T'entends ça ? Il parle français, mon frangin ! On dirait un frenchy !)

Dame wa yo, Tatsuha-kun ! Eiri-san wa kimi no ani nano ! Yasashiku shinakya ! Fit une voix féminine qui semblait étrangement familière aux oreilles de l'écrivain. (C'est pas bien, ça, Tatsuha-kun ! Eiri-san est ton frère ! Tu devrais être gentil !)

Évidemment, le blond avait immédiatement reconnu son frère mais il n'était pas certain d'avoir réussi à mettre un nom sur la voix de la demoiselle qui l'accompagnait. Mais il ne prit pas le risque de faire attendre davantage l'abruti fini qui lui servait de benjamin de peur que ce dernier ne recommence à s'acharner sur le bouton comme l'ahuri qu'il était. Une fois la porte de l'immeuble ouverte, il put entendre les deux voix résonner dans la cour qui servait de parking aux habitants du bâtiment. Il alla donc au balcon dans l'espoir d'apercevoir la jeune fille que Tatsuha avait ramené avec lui.

Légèrement penché par-dessus la balustrade, il reconnut malgré la hauteur la fine silhouette et la chevelure châtain de Maiko Shindou. Eh bien, c'est Shuuichi qui va être content... se dit Eiri en se grattant le derrière du crâne d'un air songeur. Enfin, d'un autre côté, même s'il était plus ou moins content de voir sa belle-sœur, il n'était pas sûr de pouvoir en dire autant de l'autre raté de moine. Et surtout, il avait espéré pouvoir être un peu tranquille avec son petit mari après le départ des deux psychopathes - j'entends par là psychopathes Thomas et Miri - et de sa frangine devenue un boudin sur talons aiguilles. Et ce n'était certainement pas avec deux ados sur les bras qu'ils pourraient être "tranquilles".

Lorsque finalement on frappa à la porte, il traîna de la patte jusqu'à l'entrée : il avait autant envie d'ouvrir à Tatsuha que de se jeter du haut de la tour Eiffel. (ndb : je suis sûre que Shuu sera en bas pour le rattraper)

Eiri-nii-san ! S'exclama Maiko en se jetant dans ses bras.

C'était bien la première fois qu'il la voyait aussi familière avec lui. Ce n'était pas spécialement désagréable, simplement, ça lui faisait assez bizarre de serrer une fille dans ses bras après tout ce temps passé à être fidèle à son Shuuichi. Et puis, Maiko ne s'était jamais montrée aussi entreprenante avec lui, à croire que vivre à Kyoto, si près de Tatsuha, l'avait un peu décoincée. Ils s'écartèrent l'un de l'autre et la jeune fille lui dit :

Je suis vraiment heureuse de te revoir ! Ça fait si longtemps ! Lança-t-elle, enthousiaste.

Le passage au tutoiement n'était pas passé inaperçu du point de vue du romancier. Certes, il avait souvent insisté pour que la jeune fille se montre moins réservée avec lui du fait de leur nouveau lien de parenté par alliance. Mais l'embrassade, puis le "tu", ça faisait beaucoup d'un coup.

Oui, plusieurs mois, approuva le blond.

Alors, demanda son petit frère en entrant à la suite de Maiko, les bras chargés de bagages, elle est où la future maman ?!

Shuu est parti se promener. Dis-moi, je peux savoir pourquoi vous avez monté vos valises ?

C'est évident, non ?! On ne va pas payer l'hôtel alors qu'on peut squatter chez toi - ou plutôt chez Miri - à l'œil ! Répondit le brun.

Dans ce cas, c'est moi qui vous paye l'hôtel, alors déguerpissez ! Oust !

Allez, aniki ! Fais pas ton méchant, alors que je sais très bien qu'on t'a manqué.

Maiko m'a un peu manqué en effet, mais toi, c'est une autre histoire ! Répliqua le blond qui les guidait malgré tout jusqu'au salon après avoir refermé la porte derrière eux.

De toute façon, Shuuichi ne te laissera jamais nous mettre à la porte ! Il a beaucoup plus l'esprit de famille que toi ! Quand j'y pense, j'ai vraiment du mal à t'imaginer papa. T'es pas assez gentil pour ça ! Le taquina le bonze en s'esclaffant.

Il laissa les bagages près du canapé avant de se laisser tomber dessus. Maiko quant à elle, proposa poliment :

Tu veux que j'aille préparer du thé, Eiri-nii-san ?

Euh, si tu veux, accepta-t-il. Tu arriveras à trouver ce que tu cherches ?

Oui, oui. Je me débrouillerai très bien, affirma-t-elle en quittant déjà la pièce.

Eiri la regarda s'éloigner avant de lui lancer :

Euh... Maiko, par là c'est le cagibi.

Ah ? Ahahaha ! C'est vrai, pardon ! Fit-elle, gênée, avant de suivre le regard de son beau-frère qui lui indiquait la porte de la cuisine.

Lorsqu'elle eut disparu dans l'autre pièce, les deux frères restèrent un moment dans le silence. Ce ne fut que le bruit des portes de placards s'ouvrant et se fermant et le tintement de quelques récipients s'entrechoquant qui rompirent le calme ambiant. Ce fut Tatsuha qui décida de briser la glace et de lancer la conversation :

Elle est moins prude, tu ne trouves pas ?

C'est vrai, mais je pense que c'est sa véritable personnalité. C'est juste qu'elle était trop polie pour nous la montrer. Remarqua Eiri. Au fait, qu'est-ce que vous foutez ici, vous deux ? Elle n'a pas cours, elle ? Et comment avez-vous payé les billets d'avion ?

Bah ça faisait un moment que Maiko et moi voulions vous rendre visite mais elle avait ses cours et moi j'étais... occupé. Mais bon, quand Mika et Tohma sont revenus, on s'est dit qu'il serait peut-être temps de venir parce que ce n'est pas une fois que Shuu-chan aura accouché qu'on pourra profiter de Paris, surtout que vous serez déjà sur le chemin du retour pour Tokyo, expliqua Tatsuha. Alors c'est Tohma, aussi étonnant que ça puisse paraître, qui nous a offert les billets. Et en première classe s'il te plait ! Pour la fac de Maiko, il a aussi demandé une dispense exceptionnelle pour raisons familiales. Du coup, on reste seulement pour dix jours.

Dix jours de trop, ouais... marmonna son aîné. Au fait, qu'est-ce que tu voulais dire par "occupé" ?

Qui ? Moi ? Rien, rien, fit le brun en jetant un coup d'œil au balcon. Il fait plutôt beau pour un mois d'octobre, c'est cool Paris !

Fais pas l'innocent, tu ne sais absolument pas mentir. Si tu tiens à pioncer ici ce soir, je te conseille de répondre.

B-Bon... En vérité... Je...

Entendre Tatsuha balbutier, voire même bégayer, n'augurait rien qui vaille. En fait, il y avait même de quoi en avoir des frissons dans le dos. Car si certains pouvaient trouver cette gêne - cette hésitation - adorable, quiconque connaissant un tant soit peu le jeune moine pouvait déjà voir la catastrophe que cette misérable tentative de cute-attitude cachait. Haussant un sourcil, dubitatif, Eiri écouta les justifications de son petit frère.

Ce que... Bon... En fait... Je... Tu vois...

Ta gueule, le coupa finalement le blond en se massant les tempes.

Eiri prit plusieurs profondes inspirations avant de lever ses iris ambre d'un air exaspéré vers son benjamin.

Arrête d'essayer de noyer le poisson, tu me prends pour une truite ou quoi ?

Non, je n'oserais jamais, aniki, assura Tatsu.

Ben voyons. Lâches le morceau avant que je ne te bazarde par la fenêtre.

Ce fut au tour du plus jeune Uesugi d'inspirer un bon coup, visiblement pour se donner du courage. Du point de vue d'Eiri, ça sentait l'aveu de grosse connerie.

Avant, promets de ne pas me tuer. Et aussi de ne rien dire à Shuuichi, je préfère le faire moi-même.

J'te promets que dalle, surtout que ça sent le coup fourré ton histoire, grogna Yuki en adressant un regard soupçonneux à son interlocuteur, qui déglutit bruyamment.

S'il te plaît, aniki. Sérieux. Shuuichi est enceinte et tout alors... Enfin, promets, c'est tout.

J'te promets de ne rien dire à Shuu mais je ne garantis absolument pas que tu ressortiras d'ici vivant.

Tatsuha se décida à faire son annonce :

Je sors plus ou moins avec Maiko depuis trois mois alors j'me suis mis à bosser pour pouvoir l'entretenir, tu vois... C'est que, elle le mérite et tout alors...

Surpris par cette révélation, Eiri ne dit d'abord rien. Je croyais que c'était pour le p'tit Fujisaki qu'elle en pinçait... remarqua-t-il. Bah, ces gamins changent vraiment d'avis comme de chaussettes !

Après un nouveau silence, il demanda :

Plutôt plus ou plutôt moins ?

Plutôt plus, répondit Tatsuha d'un air piteux.

Le premier désir de Yuki aurait été de frapper son abruti de frère jusqu'à ce que sa cervelle se transforme en bouillie et coule par ses oreilles et ses narines mais, après un instant d'intense réflexion, il choisit de s'abstenir. Une telle réaction n'aurait eu pour résultat que de bouleverser Shuuichi : imaginez un peu sa réaction lorsqu'il rentrerait pour trouver le salon qu'il avait mis tant de temps à astiquer repeint avec le sang de son beau-frère... N'empêche que le romancier aurait volontiers dévissé la tête de son frère pour shooter dedans et pourquoi pas entamer une carrière de footballeur ?!

Eiri observa attentivement Tatsuha : ce dernier avait les yeux baissés sur ses pieds, une expression de sincérité sur le visage. S'il ne le connaissait pas si bien, l'écrivain aurait pu jurer que l'adolescent se sentait réellement coupable d'avoir défloré la pure et douce Maiko. Surtout lui qui n'était pas connu pour sa constance et sa délicatesse. Serrant les dents pour se retenir de hurler sur son frangin, Yuki demanda :

Trois mois, tu dis ? Et tu as été fidèle tout ce temps ?!

Ça me surprend au moins autant que toi mais oui. Maiko n'a rien à voir avec les autres, ce n'est pas une fille qu'on voudrait blesser mais plutôt une qu'on souhaiterait protéger plus que tout. Et... j'crois que j'suis amoureux...

Tu crois ou tu es sûr ? Parce qu'il y a quand même une légère différence. Et puis, où est passée ton adoration pour ce gogole des Nittle Grasper ?

Olah olah ! Qui tu traites de gogole ?! Je t'interdis de dire du mal de mon Ryuu-chan, c'est compris ?!!! S'emporta aussitôt Tatsuha.

Cette réaction exubérante, voire exagérée, contrastait carrément avec le sérieux apparent qu'avait affiché le jeune bonze encore une seconde avant. Et, bizarrement, malgré l'impressionnante véhémence de cette dernière déclaration, elle semblait bien vaine et vide de sens en comparaison avec l'attitude sobre dont il avait fait preuve pour annoncer sa relation avec Maiko.

C'est bon, fermes-la deux minutes, lança Eiri en tirant de la poche de son pantalon une chuppa au citron qu'il décacheta et enfourna sous le regard ahuri de son cadet.

Mais avant que celui-ci n'ait eu le temps de placer une remarque désobligeante au sujet des nouvelles habitudes gourmandes de son grand frère, Maiko débarqua dans le salon avec un plateau de trois tasses, une théière et une assiette de biscuits.

Désolée, j'ai été un peu longue mais j'ai eu du mal avec les plaques à induction. L'électroménager de cet appart' ressemble aux gadgets d'une navette spatiale ! Dit-elle en déposant le plateau sur la table basse.

C'est pas grave, assura Eiri, on a eu de quoi meubler la conversation, ajouta-t-il l'air de rien, bien que son ton soit chargé de sous-entendus.

Ah vraiment ? Tatsuha-kun t'a raconté comment il avait réussi à feinter l'attention d'une demi-douzaine de fans du groupe SID pour leur sucrer leurs badges VIP sous le nez ?

Non, pas encore. Cependant j'ai le sentiment que ça s'est terminé en course poursuite ou en bagarre.

Un peu des deux à vrai dire, rit Maiko. D'abord on a couru sur près d'un kilomètre dans les rues d'Osaka - là où avait lieu le concert - et après en avoir semé quatre, Tatsuha s'est battu avec les deux derniers avant de rejoindre le bar où on devait retrouver le groupe. C'était plutôt impressionnant, même si je ne lui ai toujours pas pardonné son accès de cleptomanie.

Je me suis déjà excusé mille fois, se défendit Tatsuha d'un air désinvolte. Et puis on s'était mis d'accord pour dire que tu avais passé une bonne soirée au final.

Bah, du moment que tu ne recommences pas...

La jeune fille alla s'asseoir, à côté de Tatsuha évidemment. Chacun prit sa tasse et commença à la siroter quand Eiri dit :

Je ne sais vraiment pas comment Shuuichi réagira quand il apprendra pour vous deux. Il est toujours enclin à de fortes sautes d'humeur : il pourrait tout aussi bien fondre en larmes, sauter de joie ou simplement s'évanouir. Le pire serait encore qu'il se montre violent et foute son poing dans la tronche de Tatsu.

Cette dernière perspective le fit sourire.

Je sais qu'il est plus que probable que mon frère prenne la nouvelle assez mal mais il n'irait certainement pas jusqu'à frapper quelqu'un, affirma Maiko en finissant sa tasse avant de prendre un petit gâteau.

N'en sois pas si sûre, Maiko-chan. Shuu est capable de tout et surtout du pire. Surtout qu'il connait assez bien les mauvaises habitudes de ton nouveau petit ami...

Pourriez-vous arrêtez de parler de moi comme si je n'étais pas là ? Merci ! Râla le principal concerné. Je sais que Shuu le prendra très mal et ce sera certainement mérité. Mais j'aimerais vraiment qu'il m'autorise à fréquenter Maiko.

Dis donc ! Depuis quand j'ai besoin de l'autorisation de mon frère pour sortir avec un garçon ? s'énerva la jeune fille.

Depuis que tu as choisi de fréquenter le mien, rétorqua Eiri. Je ne crois pas que tu saches tout des déviances auxquelles s'est livré Tatsu ou des bêtises qu'il a faites, mais je t'assure qu'il vaut mieux que Shuu soit d'accord. Je ne pense pas qu'il irait jusqu'à se mettre entre vous, ce n'est pas son genre. Simplement, il tient à te protéger avant tout parce qu'il tient énormément à toi.

Et puis, tant que je n'aurais pas son accord - même si je sais que de toute façon il ne refusera pas qu'on se voit parce qu'il est trop gentil pour ça - j'aurais l'impression d'être une sorte de hors-la-loi, renchérit Tatsuha. Avec toi, je tiens à faire les choses comme il faut.

Ça m'a l'air très sérieux entre vous, remarqua l'écrivain. Mais ce n'est pas pour autant que je plaiderai en ta faveur, sale gamin, s'empressa-t-il d'ajouter en voyant le regard plein d'espoir que lui avait lancé son frère.

Un bruit de clé qui tourne dans la serrure attira l'attention de tous sur le couloir de l'entrée. Visiblement, Shuuichi était de retour et, à en juger par ses joyeux fredonnements, il était d'assez bonne humeur, ce qui faciliterait sans doute l'annonce de la "bonne" nouvelle. Lorsque le petit musicien apparut, deux ou trois sacs de shopping dans les bras, un large sourire s'étirait sur son visage.

Yuki ! Tu vas adorer ce que j'ai trouvé pour le bébé ! Comme tu es persuadé que ce sera une fille, j'ai jeté un coup d'œil sur les robes et j'ai pas pu résister !

Alors comme ça, tu voudrais que ce soit une fille, aniki, railla Tatsuha, s'attirant le regard foudroyant de son frère.

Fermes-la.

Aussitôt, Shuuichi bondit dans le salon : bien que la voix de son époux et celle de son beau-frère se ressemblent énormément, il avait immédiatement reconnu Tatsuha à ses intonations si particulières. De toute façon, Eiri avait toujours cette petite touche de profondeur dans la gorge quand il parlait, si sexy...

En voyant sa sœur et le frère de Yuki assis sur le canapé, le chanteur eut du mal à contenir son excitation et sa voix. D'ailleurs, si son ventre n'avait pas été aussi énorme, il se serait littéralement jeté sur les deux nouveaux venus. Au lieu de ça, il se dandina comme une danseuse hawaïenne jusqu'à ses visiteurs pour les embrasser. Maiko et Tatsuha se levèrent pour recevoir le jeune homme dans leurs bras.

Vous m'avez tellement manqué ! s'exclama-t-il, les larmes aux yeux.Ça me fait si plaisir de vous voir ici.

Toi aussi, nii-chan, tu m'as vraiment beaucoup manqué ! Lui répondit sa sœur. Mais ce n'est pas la peine de pleurer comme ça, hein !

Je pleure si j'veux, d'abord ! Lui rétorqua Shuu avant de se tourner vers Tatsu. Et toi, j'espère que tu as bien pris soin de ma précieuse petite sœur, ajouta-t-il à son attention après l'avoir brièvement étreint - Shuuichi savait d'expérience qu'il ne valait mieux pas tenter le Diable en restant trop longtemps à proximité des mains baladeuses de Tatsuha.

Une espèce de tension s'installa après la remarque du musicien. Maiko aurait voulu tout dire de but en blanc maintenant, mais elle savait que son frère n'était pas en état d'entendre les choses aussi brutalement. De son côté, Tatsuha se sentait tellement coupable que le courage qu'il avait amassé en venant à Paris en prévision de cet instant semblait s'être dissout dans l'air aussi rapidement qu'un cachet effervescent dans un fond de verre. Seul Eiri gardait le sourire.

Je t'assure que j'ai bien fait attention à elle. Aucun garçon n'ose plus l'approcher, maintenant, fit Tatsuha, mal-à-l'aise.

C'est pas plus mal comme ça, s'en réjouit la future maman.

Nii-chan ! S'insurgea Maiko. Pourquoi ai-je la désagréable impression que tu refuses catégoriquement que je fréquente un garçon ?!

Peut-être parce que ton dernier petit ami, cet idiot de binoclard que tu fréquentais au lycée, t'a largué aussitôt qu'il a eu la confirmation de son acceptation à Tôdai. Si même un abruti pareil n'est pas fichu de te rendre heureuse alors aucun garçon ne le sera !

S'il te plaît, ne juges pas sans savoir, maugréa la jeune fille.

Shuuichi fronça très légèrement les sourcils, soupçonneux. Plissant les yeux comme s'il tentait de décrypter un manuscrit en pattes de mouche, il scruta le visage de sa petite sœur. Sans doute essayait-il d'analyser ce qui se cachait derrière son expression innocente - trop innocente à son goût.

Toi, tu me caches quelque chose, souffla-t-il en ouvrant de grands yeux accusateurs.

Amusé par les mimiques de son petit mari, Eiri eut du mal à réprimer un rire. En revanche, Tatsuha riait jaune, lui.

En réalité, Shuu, quand je disais que plus aucun garçon ne s'approchait de Maiko, c'est principalement à cause de moi... dit-il, d'une petite voix, presque craintive.

C'est bien ce que j'avais compris et je te suis très reconnaissant de chasser personnellement tous ses petits profiteurs qui rôdent autour de ma splendide petite sœur.

Le moine eut du mal à avaler sa salive pour prendre un ton plus assuré.

En réalité, ce que je veux dire c'est que... C'est par jalousie et possessivité que je les éloigne de Maiko.

Un peu perdu - à moins qu'il ne préfère s'enfoncer dans le déni plutôt que de voir la vérité en face - le chanteur afficha une nouvelle moue inquisitrice. C'est finalement son romancier de mari qui prit sur lui d'éclaircir la situation.

Ce que mon frère est trop froussard pour te dire clairement c'est qu'il sort plus ou moins avec ta précieuse petite sœur, depuis trois mois maintenant.

Aniki, t'avais promis de ne rien lui dire tant que nous ne l'aurions pas préparé à la nouvelle ! Gémit Tatsuha, encore plus gêné.

Ah bon, j'ai fait ça ? M'en souviens pas. Bah, de toute façon, ça ne rime à rien de tourner autour du pot avec Shuu.

Et comme pour se donner raison, l'écrivain se tourna vers son amant. Ce dernier restait figé : pas un mot, pas un cri. Pas même une ch'tite larme à l'œil. Il était parfaitement immobile.

L'espace d'un instant, Eiri se dit qu'il aurait peut-être dû suivre les conseils de son idiot de frangin pour une fois et présenter la chose avec un peu plus de tact à Shuuichi. Mais il devait bien admettre que son désir de voir son compagnon hurler sur Tatsu pour avoir osé toucher la délicate Maiko était trop tentant. S'il s'était retenu de massacrer son frère, c'était bien parce qu'il savait exactement comment Shuuichi réagirait. Larmes, crise, évanouissement... non, non. Rien de tout ça. Ce n'était que des prétextes. Les sautes d'humeurs étaient toujours là, certes, mais le comportement du chanteur face à ce genre de situations demeurait inchangé : un bon coup de poing !

Pourtant là, rien. Le silence. Puis finalement...

Okay... C'est cool, c'est flex. Pas de soucis, marmonna Shuuichi, à peine audible, en laissant tomber ses sacs à ses pieds.

C-C'est vrai ? s'enquit Maiko. Tu es content pour moi, nii-chan ?

Oui, oui. Ça me va.

Tu vas pas me frapper ? Me massacrer ? Me tuer ? Vérifia Tatsu.

Non, j'suis zen.

Et sans rien dire de plus, le jeune homme s'éloigna d'un pas chancelant, en grande partie dû à son gros bidou, en direction du couloir principal. Une porte claqua et c'est ce qui décida Eiri à suivre son époux. La seule porte fermée étant celle de la salle-de-bain, il comprit que c'était là que son bien-aimé avait trouvé refuge. La question étant : était-il en train de pleurer à chaudes larmes l'horrible nouvelle qu'il venait de recevoir ? Ou bien se contentait-il d'un brin de toilette ? Il ne tarda pas à avoir sa réponse cependant.

Un boucan infernal se fit entendre. La porcelaine qui se brise, le tissu qui se fait lacérer, le plastique que l'on éclate... le métal qui se tort (!).

Shuuichi ?! Qu'est-ce que tu fais ?

Rien mon amour, je t'assure que tout va bien, répondit l'interrogé d'une voix guillerette et pourtant étrangement essoufflée.

Shuu, ouvre cette porte toute suite.

J'ai presque fini !

Qu'est-ce qui se passe ? chuchota Maiko, qui venait d'arriver derrière le blond.

Aucune idée, répondit-il. Sûrement l'ouragan Shuuichi en train de ravager la salle-de-bain de ma cousine. Je sens qu'elle va me le faire payer... au centuple.

Oups ! Désolée, Eiri-nii-san.

Ce n'est pas de ta faute, se contenta de dire Yuki en se tournant vers sa petite sœur. Mais de la sienne à lui, ajouta-t-il en désignant son frère du menton.

Merci pour ton soutien, aniki, bougonna le brun.

Je t'avais pourtant prévenu que je ne plaiderai pas en ta faveur.

C'est drôle comme tu te rappelles uniquement de ce qui t'arrange.

Mais Eiri l'ignora, reportant son attention sur les étranges bruits de destruction qui avait cessé dans la salle d'eau.

Et maintenant, tu as fini mon cœur ?

Plutôt que de lui répondre, Shuuichi ouvrit la porte l'air de rien.

Ben quoi ? Demanda-t-il, en haussant les épaules avant de passer devant les autres pour retourner au salon.

Eiri, Maiko et Tatsuha se tournèrent lentement et avec appréhension vers l'intérieur de la pièce d'eau. La jeune femme écarquilla les yeux de stupeur et son petit ami retint un hoquet d'horreur. Leur aîné, lui, s'éloigna en marmonnant :

J'ai besoin de m'en griller une.

Eiri-nii-san, tu ne dois surtout pas ! S'exclama Maiko, se ressaisissant soudain. Tu as arrêté depuis si longtemps maintenant que ce serait réduire tes efforts à néant. Un vrai gâchis ! Et puis Shuuichi risque encore de piquer une crise...

Je parlais d'une sucette au citron, Maiko... fit simplement le blond avant de se tourner vers le petit couple. Je croyais que tu voulais attendre avant d'en parler à Shuu ! Ajouta-t-il à l'adresse de son benjamin.

J'te signale que c'est toi qui as tout balancé de but en blanc ! Répliqua Tatsuha, piqué au vif.

Parce que tu m'as saoulé à tourner autour du pot comme l'abruti fini que tu es !

Choisissant de mettre immédiatement un terme à la dispute naissante, Eiri se pinça l'arrête du nez d'un air fatigué. Un lourd soupir d'épuisement s'échappa de ses lèvres tandis qu'il se lamentait :

J'appréhende déjà de devoir appeler Miri pour lui annoncer la destruction quasi-totale de sa salle de bain. Heureusement que la douche est encore en état.

Je suis sûre que Miri-san ne t'en tiendra pas rigueur, elle est si gentille, affirma Maiko, se voulant rassurante et positive.

Ça se voit que tu n'as encore jamais eu à assister à une crise de colère de Miri "La Furie" Johanson ! La détrompa Tatsu, d'ores et déjà compatissant avec son frère.

Sans un mot, le romancier prit la direction du salon où Shuuichi chantonnait joyeusement en admirant ses nouveaux achats. Yuki et lui s'étaient mis d'accord pour ne rien acheter qui soit trop masculin ou trop féminin puisqu'ils ignoraient encore le sexe du bébé mais cela n'empêchait pas le jeune musicien de trouver d'adorables petits vêtements mixtes aux couleurs unisexes. Aussi était-il en train de littéralement s'extasier devant une minuscule salopette bleu turquoise dont les motifs étaient de petits canards vert pomme.

Je me demande si cette salopette ira avec les bottons blancs... marmonna-t-il pour lui même, avec un large sourire aux lèvres.

Cependant, lorsqu'il remarqua l'expression d'appréhension et de résolution sur les traits de son époux, il l'interrogea innocemment :

Tu as l'air bien défaitiste mon doudou. Qu'est-ce qu'il y a ?

Poussant un nouveau soupir, Eiri ne prit même pas la peine de se tourner vers Shuuichi pour lui répondre.

Il se passe que tu as complètement anéanti la salle de bain de ma psychopathe de cousine et que je dois l'en informer. Alors je préfère le faire dès maintenant. "Rien ne sert de remettre à demain ce qu'on peut faire aujourd'hui," comme on dit.

Tu es en colère contre moi ? S'enquit le chanteur d'une petite voix triste.

Si je te réponds oui, tu vas te mettre à chialer ? Lui demanda le blond en lui lançant un regard désabusé par-dessus son épaule.

Sûrement oui... Mais c'est pas de ma faute tu sais... J'ai conscience le plus souvent de mon comportement.

Alors essayes de ne pas démonter le mobilier qui ne nous appartient pas la prochaine fois que tu te sens d'humeur destructrice, le gronda Yuki, agacé. J'aurais encore préféré que tu foutes une prune dans la tronche de mon frère...

Sur ce, il décrocha le combiné et composa de mémoire le numéro de portable de Miri. Il n'y eut que deux tonalités avant qu'elle ne décroche.

Quel genre de cataclysme a pu arriver pour que tu m'appelles, cher cousin ? Interrogea la jeune femme de but en blanc.

Mon mari vient de défoncer ta salle de bain, lâcha simplement l'écrivain, sans plus de cérémonie.

Il y eut un instant de silence. Long... Très long... Il pouvait presque imaginer la veine palpiter sur la tempe de Miri et ça suffisait amplement pour qu'il sente poindre une mauvaise migraine. Quelle journée de merde ! Songea-t-il. D'abord les deux andouilles qui se pointent ici sans prévenir, puis Shuuichi qui se prend pour un bulldozer et maintenant cette idiote d'américaine qui serait bien capable de débarquer elle aussi pour piquer sa colère...

Bon, je viens, dit Miri, rompant le calme tendu qui s'était installé.

Qu'est-ce que je disais... se lamenta intérieurement Eiri.

T'es pas obligée de faire le déplacement pour ça. Je vais contacter un entrepreneur pour qu'il te fasse un devis et je paierai pour les réparations.

Ça j'y compte bien, répliqua-t-elle sur le ton de l'évidence. Mais de toute façon, je comptais venir dès la semaine prochaine pour m'occuper des détails de la naissance du bébé. Tu sais que ce ne sera pas facile de se cacher derrière une pseudo adoption pour que Shuuichi et toi ayez les droits parentaux officiels sur l'enfant.

Mais on n'a pas vraiment le choix non plus, approuva Eiri à contrecœur. C'est pas comme si on pouvait tout bonnement annoncer que c'est Shuuichi en personne qui l'a mise au monde.

"Mise" ? Alors tu es resté persuadé que ce sera une fille ?

Évidemment. Et je le serai tant que Shuuichi persistera à penser que c'est un garçon !

Hun hun... ricana la blonde. D'un côté, je ne t'imagine pas autrement qu'en papa gâteau avec sa fifille adorée.

Moi qui ai pourtant horreur des enfants...

C'est ce que tu dis toujours mais on sait tous qu'en fait tu adores ces petits bouts de choux ! Intervint Tatsuha en arrivant par derrière pour lui donner une grande tape dans le dos.

Yuki se tourna vers lui, lui jetant un regard froid et meurtrier et murmurant entre ses dents.

Répète ça une seule fois et je te jure que ta dernière nuit d'amour avec Maiko aura été la toute dernière de ton existence.

Ha... Hahaha... Haha... rit son petit frère, apeuré. Il serait bien capable de mettre sa menace à exécution en plus !

Ne me dis pas que cet abruti est venu s'incruster chez moi ?! Gronda Miri au téléphone.

Oh que si ! Et même que c'est en grande partie de sa faute si Shuu a pulvérisé ta salle d'eau, répondit Eiri. Mais il n'est pas venu seul.

Me dis pas que ce p'tit merdeux a eu le cran de ramener une de ses conquête avec lui !!?

Cette fois, Miri était en colère. Et pour de bon. Pour sa défense, il fallait dire que Tatsuha lui avait souvent fait ce genre de plan à deux balles, ramenant sans prévenir son copain ou sa copine du moment avec lui quand la jeune guitariste l'invitait à passer quelques jours chez elle aux USA. Aussi le romancier se sentit-il obligé de prendre la défense de l'actuelle compagne de son frère :

La fille en question c'est Maiko.

Maiko ?! La sœur de Shuuichi ?!

Oui, ils sortent ensemble. Shuu et moi l'avons appris aujourd'hui lorsqu'ils sont arrivés.

Laisses-moi deviner, dit-elle, sa voix passant de la fureur à la moquerie. C'est quand Shuuichi a appris la nouvelle qu'il a pété un câble et détruit ma salle de bain...?

Quel sens de la déduction, fit Eiri sur un ton sarcastique, un sourire en coin apparaissant sur ses lèvres.

Et bien plus on est de fous et plus on rit, comme on dit. Alors prépares-toi à recevoir de nouveaux invités parce que je viens avec Hiro et Ryuu-chan.

Hiroshi passe encore mais pourquoi te sens-tu obligée de ramener ce dégénéré ? Se plaignit le grand blond tandis qu'il sentait sa migraine s'aggraver.

Je te rappelle qu'en plus d'être mon meilleur ami, il est aussi celui de Shuuichi, ainsi que le témoin de votre mariage.

Ah oui, c'est vrai... J'aurais mieux fait de me bouffer la langue le jour où j'ai proposé qu'on le choisisse pour ce rôle.

On devrait arriver dans deux ou trois jours, tout dépend de si j'ai beaucoup de boulot ou non. De toute manière, je te préviendrais dès que j'aurais les détails du plan de vol.

And what about what I asked you ? Demanda-t-il en anglais, pour être sûr que les oreilles indiscrètes de Shuuichi ne comprennent pas de quoi il parlait. (Et au sujet de ce que je t'ai demandé ?)

Ryuu, Hiro and I already drew it and I sent the whole thing to Mizuki yesterday so she should receive it as soon as she goes back to Japan. (Ryuu, Hiro et moi l'avons déjà dessiné et j'ai envoyé le tout à Mizuki alors elle devrait recevoir ça aussitôt qu'elle sera de retour au Japon.)

Then I'll give her what's left to take care of when I meet with her tomorrow. (Alors je lui donnerai le reste pour qu'elle s'en occupe quand je la verrai demain.)

Sans prendre la peine d'ajouter quoi que ce soit, Eiri raccrocha, se disant qu'au final, il s'en était plutôt bien sorti au sujet de la salle de bain qui désormais avait davantage l'air d'une zone de guerre. Et puis, la nouvelle de la visite de Tatsu et Maiko avait contribué à adoucir l'humeur de Miri.

XXX XXX XXX

Comme prévu, le lendemain, Eiri dut partir à la rencontre de sa chère éditrice avec qui il avait rendez-vous dans une brasserie près du Trocadéro. Maiko elle aussi avait décidé de sortir, histoire de faire un petit tour dans la capitale, surtout à Montmartre, quartier dont l'une de ses amies ayant déjà visité Paris lui avait beaucoup parlé. Tatsuha aurait bien voulu l'y accompagner, désireux de découvrir la plus belle ville du monde avec son amoureuse et, surtout, désireux d'échapper à Shuuichi qui, semblait-il, n'avait toujours pas digéré la nouvelle. Mais Eiri avait bien insisté sur le fait qu'il ne faudrait absolument pas laisser Shuuichi seul : dans l'état d'esprit dans lequel il était depuis la veille au soir et vu le niveau de stress auquel il était soumis, il serait irresponsable de le laisser seul alors que le terme de sa grossesse n'était plus très loin.

Du coup, Tatsuha avait été désigné pour veiller sur la future maman. Alors évidemment, la tension dans l'appartement était à son paroxysme. Le jeune bonze ne souvenait pas d'avoir un jour été dans une telle situation avec le jeune chanteur : en règle générale, ils s'étaient toujours plutôt bien entendus. Aussi ne savait-il pas trop comment réagir. A part le prendre avec des pincettes et longer les murs, je ne vois vraiment pas ce que je peux faire de plus pour le calmer, songea-t-il.

Shuuichi, de son côté, tricotait l'air de rien. Aussi étonnant que cela puisse paraître, il semblait plutôt doué pour ça à en juger par l'adorable petit bonnet couleur anis qu'il finissait.

C'est mignon ce que tu tricotes, fit Tatsuha, tentant de rompre le lourd silence qui pesait entre eux depuis le départ de Yuki et Maiko.

Merci, répondit le musicien en affichant un large sourire à vous faire froid dans le dos. Dis-moi, Tatsuha-kun, tu pourrais m'expliquer comment Maiko et toi avez commencé à sortir ensemble ?

C'était à prévoir... se lamenta le bonze en se raclant la gorge bruyamment, visiblement mal-à-l'aise.

Et bien, comme tu m'avais demandé de veiller sur elle et tout, on passait pas mal de temps ensemble. Comme Mika passe son temps au temple depuis le début de sa grossesse, elle venait souvent lui rendre visite après ses cours et je la raccompagnais chez elle. Et euh...

Poussant un long soupir, le plus jeune serra les poings. Sans même avoir commencé à en parler, le simple souvenir de ce qu'il avait été amené à faire l'énervait au plus haut point.

Un soir, elle est allée à une soirée étudiante à laquelle on l'avait invitée. Si ça n'avait pas été Mika qui m'en avait informé, je ne serais peut-être pas arrivé à temps...

Qu'es-ce que tu veux dire par là ? S'enquit aussitôt Shuuichi, laissant de côté son tricot, s'attendant déjà au pire.

Calmes-toi, Shuu-chan ! L'implora presque Tatsuha en voyant la colère et l'inquiétude se dessiner sur ses traits. Je suis arrivé de justesse mais ça a suffit. Quand tu m'as fait confiance pour ta sœur, j'ai pris ta requête très au sérieux, tu sais. C'est pour ça que j'ai perdu mon sang froid et que j'ai dégommé ce mec qui était en train de la saouler, sûrement dans un but peu avouable.

Ce p'tit fils de pute !! Gronda Shuuichi en se levant d'un bond, les lèvres retroussées de rage, tel un chien prêt à mordre.

L'expression de son visage avait quelque chose de menaçant et il aurait intimidé n'importe qui si seulement il n'avait pas été enceinte jusqu'aux yeux.

T'inquiètes Shuuichi, je t'assure que ce salaud a eu plus que sa part de coups dans la gueule.

Rappelles-moi juste de sermonner ma sœur sur son inconscience et son irresponsabilité !

Oui enfin, si je me souviens bien, c'est à son âge que tu t'es fait avoir de la même manière par un certain Taki Aizawa et que tu as fini par te faire violer, manqua de lui balancer le jeune moine, qui ne se retint que parce que son beau-frère attendait un bébé. Secouant la tête, agacée, il reprit son récit.

Après ça, j'ai paré au plus pressé et ai ramené Maiko chez moi puisqu'elle était vraiment malade avec tout cet alcool. Elle a passé une partie de la nuit à vomir et à somnoler puis, quand ça a commencé à aller mieux, je l'ai sermonnée à ta place. Ça n'a pas été facile, elle s'est mise à pleurer...

TU AS FAIT PLEURER MA SŒUR ?!!! Hurla Shuuichi.

Eh, t'énerves pas comme ça ! S'exclama Tatsuha. C'est mauvais pour ton bébé !

Aussitôt, le chanteur se rassit, bec cloué. De toute évidence, c'était l'argument idéal pour le faire taire. Aucun doute qu'Eiri avait déjà découvert ce subterfuge pour obtenir de son petit mari qu'il se la ferme.

J'ai discuté avec elle. Je lui ai expliqué pourquoi son attitude avait été dangereuse pour elle-même. J'étais le mieux placé pour savoir ce qui l'attendait ce soir-là, parce que je suis le même genre de type que celui a essayé de s'en prendre elle...

Tatsuha baissa les yeux : toute vérité n'était pas bonne à entendre. Surtout quand elle sortait de sa propre bouche. Mais s'il voulait être honnête avec Shuuichi, avec Maiko et avec les autres, il fallait qu'il commence par l'être avec lui-même.

C'est justement pour ça que je ne veux pas que tu sortes avec ma sœur, lui dit Shuuichi, de but en blanc.

Levant vers lui un regard surpris, Tatsuha vit à son expression que c'était comme si Shuuichi n'avait pas crié un instant plus tôt. Non, là, il était calme et sérieux. Remarquez, qui ne le serait pas en parlant du bien-être de sa petite sœur bien-aimée. Le jeune bonze savait combien elle était importante pour le chanteur, puisqu'elle était désormais l'un des seuls membres de sa famille - avec sa grand-mère Kaede - à ne pas s'être détourné de lui après l'annonce de sa grossesse.

Je sais que tu la feras souffrir un jour ou l'autre et ça c'est hors de question. Alors si tu as un semblant d'amour pour ma précieuse petite sœur, laisses-la tranquille.

Ça fait mal, souffla Tatsuha, tout bas. J'avais pensé qu'après les difficultés que vous aviez traversé mon frère et toi, tu serais le premier à m'encourager. Je ne m'attendais pas à ce que tu nous soutiennes de façon inconditionnelle et immédiate mais pas non plus à ce que tu me rejettes.

Ton frère et toi êtes différents.

Non ! Mon frère et moi sommes exactement pareils. Simplement tu ne l'as pas connu quand il était encore un pervers obsédé. Enfin, tu te souviens quand même sûrement de la période où il continuait à voir d'autres femmes alors que vous étiez déjà ensemble...

Shuuichi serra les poings.

Je ferai tout ce que je peux pour gagner ta confiance, mais je n'abandonnerai jamais Maiko.

Tatsuha, je --

Non, laisses-moi finir ! Maiko est plus importante pour moi que tout le reste, alors ne nous impose pas les mêmes ultimatums que t'ont posé tes parents il n'y a pas si longtemps encore !!

Tatsu...

Laisses-moi au moins faire mes preuves ! J'irais même demander conseil à mon frère si c'est ce qu'il te faut pour --

TATSUHA !! S'écria Shuuichi, le visage rougi et les traits tirés par... la douleur ? Appelle Eiri ! Tout de suite !!

Qu-Qu'est-ce qu'il y a ? S'exclama le jeune moine, à moitié paniqué. Me dis pas que le bébé va --

Si ! Il arrive ! Maintenant !

O-Ok !

Pauvre Tatsuha, complètement hystérique, se précipita pour se saisir du premier téléphone qui lui passait sous la main - celui de Shuuichi qui trainait un guéridon - duquel il sélectionna le numéro de son frère déjà en mémoire. Il y eu trois longues sonneries avant que finalement la voix irrité du romancier lui réponde.

Quoi ?!

C'est Shuuichi ! Il va... Il va... Il va... Il va... Il va... Il --

"Il va" quoi, bordel ?! S'impatienta le romancier. J'suis en plein rendez-vous là et j'suis pas d'humeur pour --

IL VA ACCOUCHER !!

Un silence d'incompréhension s'imposa alors. Si la situation n'avait pas été aussi critique, Tatsuha aurait certainement explosé de rire en imaginant la tronche de son cher grand frère en cet instant.

Tu dois te tromper, Tatsu. Shuuichi a encore plus d'un mois et demi avant le terme, dit finalement Eiri, tentant de paraître serein sans pour autant tromper qui que ce soit quand à la soudaine anxiété qui perçait au travers de sa voix.

J'en sais rien moi ! Si Shuuichi me dit "Il arrive maintenant", c'est qu'il arrive maintenant ! Alors je fais quoi moi ?!

J'suis pas loin, j'arrive tout de suite. Toi, tu descends Shuu dans la cour que je puisse l'emmener à la clinique.

Ok, j'm'en charge ! Affirma Tatsuha avant de raccrocher, beaucoup plus rassuré maintenant qu'on lui avait donné quelque chose à faire. Viens, j'vais te descendre en bas, annonça-t-il à Shuuichi que la douleur essoufflait.

Il semblait saisi de violentes douleurs dans le bas du dos et du ventre. Il était blanc comme un linge, son front perlé de sueur froide et la mâchoire contractée pour s'empêcher de hurler. Bien content de ne pas être à sa place, Tatsu se pencha au niveau de son ami pour l'aider à se redresser. Il aurait bien aimé le porter si ça avait pu l'empêcher de souffrir autant mais porter Shuuichi "à vide" ou une femme enceinte passait encore. Un Shuuichi enceinte... c'était impossible. Beaucoup trop lourd !!

Mes tongs, dit Shuuichi en s'arrêtant dans le couloir pour enfiler ses claquettes roses.

Grouilles, Shuu ! J'veux pas que mon neveu ou ma nièce me tombe sur les pieds !

Crétin, j'vais avoir une césarienne ! Oublies pas le sac, souffla le chanteur tandis qu'il boitillait jusqu'à l'entrée.

Quel sac ?

Celui avec mes affaires dedans, si jamais je suis hospitalisé !

Mais c'est pas grave, ça c'est secondaire ! Je pourrais toujours venir te le ramener plus tard !

Le sac, Tatsuha !

C'est pas une priorité !!

PRENDS CE PUTAIN DE BORDEL DE SAC À LA CON !!! Gronda Shuuichi, les yeux rouges de colère et de souffrance.

O-Ok... J'vais prendre ton sac.

Tatsuha aida le jeune homme à s'appuyer contre la porte d'entrée, en se précipitant dans l'appartement pour récupérer ledit sac.

Il est où, ton foutu sac ?

Au pied du lit, dans ma chambre !

Quelques instants plus tard, c'est un Tatsuha à bout de souffle qui surgit dans le couloir pour passer l'un des bras de Shuuichi autour de son cou afin de l'aider à se déplacer, le sac de ce dernier sur l'épaule. Après avoir verrouillé la porte derrière eux, ils clopinèrent jusqu'à l'ascenseur. Jamais descente ne leur avait paru plus longue que celle-ci. Finalement arrivés au rez-de-chaussée, ils avancèrent péniblement jusqu'à la porte de l'immeuble qui donnait sur la cour intérieure où ne tarderait pas à arriver Eiri.

Mais à sa grande surprise, il était déjà là ; l'écrivain se précipita dans le hall pour prendre Shuuichi. Sans hésiter un instant, il le prit dans ses bras, faisant fi de son poids pour le porter tel une princesse. Comme à chaque fois qu'il avait l'occasion d'assister à une de ces démonstrations de tendresse de la part de son grand frère, Tatsuha était admiratif et envieux. Shuuichi était bien la seule personne à pouvoir le faire réagir ainsi.

T'as intérêt à serrer les fesses, Shuu. Hors de question que t'accouches dans la voiture, dit le blond à son époux en l'installant sur la banquette arrière.

Toi aussi t'es crétin, j'vais avoir une césarienne ! Grogna Shuuichi entre deux gémissements.

Choisissant de l'ignorer, Eiri se tourna vers son benjamin et lui lança son téléphone portable.

Montes avec lui à l'arrière, t'en profiteras pour prévenir Maiko.

Une fois tout le monde dans le véhicule, Yuki démarra et exécuta un demi-tour digne d'un champion de rallye pour quitter la cour et rejoindre la route.

J'ai prévenu le Dr Andrée, Shuu. Elle nous attend. Ça va bien se passer.

Tu essaies de convaincre qui, là ? Cingla Shuuichi, en levant les yeux au ciel. C'est pas normal que j'accouche maintenant ! Alors rien ne va bien se passer ! Pourquoi faut-il que ta fille me fasse souffrir comme ça ?! Elle est bien comme son père, à me faire pleurer pour rien !

Oula ! Ça vire au règlement de compte là ou je rêve ? Songea Tatsuha, dont la main servait de souffre-douleur à la poigne de fer de Shuuichi qui s'y cramponnait comme à sa propre vie.

Parce c'est une fille maintenant ? Je croyais que c'était un garçon, selon toi !...

C'est ta fille ! Mais moi je veux un garçon !

Euh... Ils ne devraient pas plutôt se disputer au sujet des accusations de Shuu ? C'est quoi cette histoire comme quoi Eiri le ferait pleurer ? Visiblement, Tatsuha avait manqué pas mal de choses. Cela expliquait peut-être pourquoi Tohma et Miri s'étaient rendus en France il y a peu... Et puis quoi ? Ils ne sont pas censés déjà connaître le sexe du bébé ?!

Euh... Au final c'est une fille ou un garçon ? S'enquit le bonze.

On n'en sait rien, Shuu veut garder le secret jusqu'à la fin.

Ah, ok... Bien sachez que pour Mika ce sera des jumeaux : deux garçons. Enfin je dis ça mais c'est pas non plus le meilleur moment pour parler de banalités, hein...

Non, au contraire. Ça me fait plaisir pour elle et Tohma-san, affirma Shuuichi en souriant à demi, encore tiraillé par la douleur.

Tu parles, ça me fera encore plus de mioches dans les pattes quand on ira à Kyoto, bougonna Yuki, sans quitter la route des yeux tout en se permettant certaines largesses au volant - Tatsuha avait cessé de compter le nombre de queues de poisson qu'il avait faite depuis qu'ils avaient quitté la résidence avenue Montaigne.

Parce que tu comptes souvent nous rendre visite ? Le taquina Tatsuha, profitant de ce semblant de discussion pour oublier son stress.

C'est pas pour le vieux ou pour toi que j'irai. Mais Maiko aura bien besoin de connaître sa nièce.

Son neveu ! Ce sera un garçon ! Répliqua Shuu, campant sur ses positions, les dents toujours serrées sous l'effet des contractions.

C'est bon, on est arrivé, annonça Eiri, prenant un air soudain grave. Shuuichi, tu as toujours mal ? Demanda-t-il, inquiet, tout en se garant.

Mais non, ça va. J'ai juste les muscles de mon dos et de mon ventre complètement explosés à force d'être tirés en tout sens. En plus, ton bébé me laboure de coups de pieds. Alors c'est bon, tout va trèèèèèès bien !

À croire que sa grossesse avait donné à Shuuichi le sens du cynisme. Une fois la voiture arrêtée, Eiri déboucla sa ceinture puis se précipita à l'extérieur pour aider Shuuichi à sortir avec le soutien de son cadet.

Va chercher un fauteuil à l'entrée, lui ordonna-t-il tandis qu'il balançait le sac de son époux sur le dos et qu'il soutenait péniblement celui-ci.

Il ne fallut pas longtemps à Tatsuha pour revenir avec le fauteuil roulant dans lequel Shuuichi s'assit précautionneusement.

Ah... Ça fait presque moins mal quand je suis assis, soupira-t-il.

Tant mieux, c'est une bonne chose ! S'enthousiasma son beau-frère, essayant d'encourager le chanteur du mieux possible.

J'ai dit "presque", répéta Shuuichi en lui adressant un regard meurtrier tandis qu'Eiri prenait en main le fauteuil pour entrer dans la clinique.

Tatsuha ne savait vraiment pas quoi faire. Le pire, c'est qu'il n'aurait jamais cru que son frère soit du genre à être l'homme de la situation. Si ça devait arriver avec Maiko, si elle tombait enceinte, est-ce qu'il saurait comment se comporter ?... O_o Pourquoi est-ce que je pense à ce genre de conneries ? C'est pas demain la veille qu'elle tombera enceinte ! On utilise toujours des capotes... Enfin je crois...

XXX XXX XXX

Deux longues heures d'angoisse, d'inquiétude et d'appréhension plus tard...

Maiko avait rejoint les deux frères aussitôt qu'elle avait reçu l'appelle de son petit ami et ils se retrouvaient tous les trois dans la salle d'attente du sixième étage de la clinique privée du Dr Andrée à patienter dans le silence le plus absolu. Une infirmière leur avait déjà assuré que l'accouchement ne serait pas pour tout de suite, mais il leur fallait encore savoir ce qui avait provoqué cette soudaine crise de contractions.

Eiri n'avait jamais eu aussi peur de sa vie que lorsque Tatsuha l'avait appelé, complètement paniqué, pour lui annoncer que le bébé était sur le point de venir. Lui qui était toujours si calme, si réfléchi... Il avait tout simplement perdu son sang froid et devant Mizuki en plus. Si cela n'avait pas été pour son chaleureux sourire et sa tape dans le dos qui se voulait encourageante, il serait rentré chercher Shuuichi à reculons. Désormais, même s'il savait que le bébé ne viendrait pas au monde dans la journée, il se posait des questions : était-il réellement capable de faire face à l'arrivée d'un nourrisson dans sa vie ? La plupart du temps, il avait l'impression que Shuuichi était un gosse, alors parviendrait-il à en éduquer un second ? Pire encore, pourrait-il seulement laisser Shuuichi s'occuper seul du bébé en toute sécurité ? Certes, le chanteur désirait cet enfant plus que tout mais serait-il apte à l'élever comme n'importe quel parent responsable ?... Autant de questions qui lui nouaient l'estomac et réveillaient son ulcère. Finalement, tout ceci n'était que les multiples déclinaisons d'une seule et même interrogation : serait-il un bon père pour son enfant ?

Aaargh ! Si seulement il pouvait se fumer une petite cigarette, juste une, il se sentirait beaucoup mieux !

Soudain, le Dr Andrée sortit de la salle d'examen, un large sourire aux lèvres.

Bien, bien, bien ! Toute la petite famille est là.

Eiri se leva aussitôt, peut-être même un peu trop vite à en juger par le léger étourdissement qu'il éprouva. Mais il se concentra sur le visage du médecin pour ne rien montrer de sa brève perte d'équilibre.

Vous devez être la sœur de Shuuichi, déduisit la femme en blouse blanche en tendant poliment la main à Maiko.

La jeune fille se leva à son tour pour la saluer, serrant distraitement la poignée offerte, pressée de connaître l'état de son frère. En effet, elle n'avait pas eu l'occasion de voir la femme médecin puisqu'à son arrivée, elle était déjà en train d'examiner sa Shuuichi.

Alors docteur, comment va-t-il ? S'enquit l'écrivain.

Très bien, je lui ai donné de quoi calmer les contractions. Le bébé n'est encore prêt à pointer le bout de son nez ; c'était ce qu'on appelle une fausse alerte.

Donc lui et mon neveu ne risquent rien ? Demanda Tatsu.

Non, ne vous inquiétez pas. Shuuichi a sûrement dû faire face à une trop grande quantité de stresse, ce qui est mauvais pour lui étant donné que cette grossesse en elle-même est particulièrement éprouvante pour son corps mais avec du repos tout ira très bien.

Eiri poussa un long soupir soulagé tandis que Maiko posait une main réconfortante sur son bras.

Tant mieux, murmura-t-elle, elle aussi particulièrement heureuse de savoir son frère et le bébé en bonne santé.

Je recommande que vous fassiez très attention à la future maman. Il n'est pas exclu que Shuuichi fasse de nouveau une fausse alerte, surtout que le terme de sa grossesse n'est plus très loin. De plus, si je dois en juger par l'échographie que je viens de lui faire, le bébé m'a l'air parfaitement développé alors il est aussi fort probable qu'il naisse prématurément.

Et s'il venait au monde avant la date due, ce ne serait pas dangereux ? La questionna Yuki.

Non, ne vous inquiétez pas. Le bébé pourrait tout aussi bien décider de sortir ce soir que dans un mois, ça ne poserait pas trop de problème. Bien sûr, le cas échéant, il lui faudra certainement passer quelques temps en couveuse et nous devrons gardez un œil dessus mais vous n'avez rien à craindre. Votre enfant se porte comme charme, il sera sans aucun doute en parfaite santé, assura l'obstétricienne française.

Cette fois, le soulagement était complet.

Et Shuuichi, vous allez le garder ?

Non, il pourra sortir aussitôt que la perfusion que je lui ai faite sera terminée, répondit le Dr Andrée à Maiko. Vous pouvez aller le voir mais il lui faut du calme alors ne le brusquez pas, d'accord ?

Elle les guida jusqu'à la salle d'examen adjacente à son bureau. Ils entrèrent les uns derrière les autres, Eiri le premier évidemment. Sans un mot, il alla s'asseoir sur le rebord du lit médical aménagé pour Shuuichi - il n'y était pas les fois précédentes où ils étaient venus pour les examens mensuels du musicien.

Le jeune homme, sagement étendu par-dessus les draps, une aiguille dans le bras qui le reliait au goutte-à-goutte de la perfusion, buvait à la paille une canette de jus d'orange. Il ne cessa de boire que lorsqu'un vilain bruit de succion se fit entendre au moment où la dernière goutte de jus fut avalée. Eiri récupéra la canette et la posa sur le chevet ; avec une tendresse à laquelle Tatsuha ne s'habituerait décidément jamais, le blond caressa le contour du visage de son époux du bout de ses doigts. Un doux sourire naquit au coin de ses lèvres fines lorsqu'il demanda à son aimé :

Tu te sens mieux maintenant que "mon" bébé ne te laboure plus le ventre ?

Shuuichi gratifia alors l'assistance d'un de ses lumineux sourires qui avaient le pouvoir d'illuminer toute une salle et d'éblouir les gens.

Oui, ça va mieux ! Je peux rentrer à la maison ?

Bientôt...

Je vais vous laisser, annonça le Dr Andrée. Eiri, vous n'oublierez pas de venir signer les décharges pour la sortie de Shuuichi avant de partir ?

Elle attendit une réponse du romancier, mais voyant que ce dernier ne lui en donnerait pas, c'est Tatsuha qui s'en chargea.

Ouais, vous inquiétez pas.

Avec un petit hochement de tête, elle quitta la pièce.

Eiri, pour qui rien ne comptait plus que Shuuichi, se pencha sur son amant pour l'embrasser. Il était heureux. Heureux que tout aille bien. Heureux d'avoir encore un peu de temps pour se préparer à l'arrivée du bébé - bien qu'il ne fut pas sûr que même avec une décennie entière il serait capable de s'y préparer vraiment.

Shuuichi sentit son soulagement au travers de ce baiser. Lui aussi était content que leur enfant se porte bien et qu'il ne soit pas encore là : ça lui laissait le temps de préparer son plan pour l'assassinat de Uesugi Tatsuha et de finir son shopping pour la layette. Il me manque encore le landau mais Yuki refuse de le prendre ici, puisqu'on ne devrait plus tarder à retourner au Japon... songea tristement Shuuichi.

Qu'est-ce qu'il y a ? S'enquit son mari, l'air grave.

Je veux acheter un landau pour notre bébé, bouda le chanteur.

Épuisé rien qu'à la perspective de remettre sur le tapis ce débat stérile - Qui eut crû qu'un jour j'aurais parlementé aussi sérieusement au sujet de l'achat d'une foutue poussette ? Maman doit bien rire là où elle est... - Eiri donna une petite pichenette sur le nez à Shuuichi.

T'as de la chance d'être mignon même quand tu boudes, sinon je t'aurais déjà claqué la tête avec un bouquin...

Ignorant la seconde partie de la phrase, Shuuichi sourit en s'entendant dire qu'il était mignon et quémanda du bout des lèvres un nouveau baiser. Baiser que son Yukiki d'amour ne se fit pas prier pour lui offrir. Et tandis que les deux jeunes mariés se léchaient le museau, Maiko et Tatsuha commencèrent à vaguement se sentir de trop.

J'ai l'impression qu'on tient la chandelle... marmonna la jeune femme.

T'inquiètes, à l'occasion on leur fera le même coup, ricana son petit ami.

T'as pas intérêt à essayer de faire ça sous mon nez si tu tiens à la vie mon p'tit gars !

Sur le coup, le ton grave et menaçant utilisé pour s'adresser à lui fit penser à Tatsuha que c'était son frère qui venait de parler. Mais un coup d'œil au lit lui suffit pour comprendre qu'il s'était trompé : tenant plus de la terrifiante Sadako que de l'adorable Pikachu, Shuuichi lui adressait un regard horrifiant digne du plus terrible des films de Stephen King.

Euh... C'était une boutade, Shuu-chan. Rien de plus qu'une petite blague.

La vraie blague c'est que tu sois mon frère, baka ! Lui lança Eiri.

XXX XXX XXX

Depuis la fausse alerte de Shuuichi, tous étaient sur le qui-vive : la moindre grimace ou le moindre gémissement de la part du chanteur suffisait pour jeter les trois autres dans une panique folle... Enfin, surtout Tatsuha et Maiko parce que Yuki lui ne panique jamais, n'est-ce pas ?!

Plusieurs petites choses s'étaient passées durant les deux jours suivant la sortie de Shuuichi de la clinique : Miri leur avait envoyé un entrepreneur pour faire le devis des réparations de la salle-de-bain et leur si "gentille" voisine avait fini par déménager. En effet, du jour au lendemain, plus personne. Même pas un au revoir... enfin, il aurait été malvenu de toute façon. Un grand camion avait occupé la cours de l'immeuble pendant une bonne demi-journée et cinq ou six déménageurs s'étaient chargés d'emballer meubles et bibelots et de les embarquer au loin. Au moins, un souci de moins pour Shuuichi à gérer. Cette Kendra Robins ne lui manquerait absolument pas.

Le matin même, Miri avait contacté Eiri pour lui annoncer qu'elle arriverait à Paris Roissy-Charles de Gaulle un peu plus tard dans la soirée avec Hiro et Ryuuichi, ce qui avait mis le soliste de Bad Luck de bien meilleure humeur qu'il ne l'avait été depuis l'annonce de la relation entre Tatsuha et Maiko. D'ailleurs, le Dr Andrée avait dit que ses contractions avaient sûrement été dues à une trop grande dose de stresse ; en y réfléchissant bien, nul doute que c'était la perspective d'avoir Tatsuha comme beau-frère qui l'avait mis dans cette état. Même si, d'un point de vue strictement logique, Tatsuha était déjà son beau-frère de part sa parenté avec Eiri.

Alors que les frères Uesugi étaient sortis entre... frères, Maiko était restée aux côté de Shuuichi pour veiller sur lui. Jusqu'alors occupée à préparer du thé dans la cuisine, elle revint après de la future maman avec un plateau dans les mains qu'elle déposa sur la table basse avant de s'asseoir sur le canapé avec lui.

Tu tricotes quoi cette fois ?

Je finis le bonnet pour le bébé. J'ai envie d'y ajouter des oreilles de chat, t'en penses quoi ?

Pourquoi pas, le bébé sera hyper mimi avec ça !! S'enthousiasma sa sœur.

Au fait, je viens de penser à un truc, lança Shuuichi.

Ah oui ? Quoi donc ? S'enquit la jeune étudiante en servant deux tasses de l'infusion à la vanille.

Ta relation avec Tatsuha... Ça ressemble à de l'inceste...

QUOOOIII ?!!! S'écria Maiko en reversant du liquide brûlant partout sur la table basse et dans le plateau. Mais ça ne va pas de dire des trucs comme ça ? Ajouta-t-elle sur le même ton en reposant la théière avant de s'empresser d'aller chercher une éponge et un torchon à la cuisine.

C'est la vérité, non ? Mon mariage fait d'Eiri ton frère et de Tatsuha le mien, donc par extension, lui et toi êtes frère et sœur !

C'est n'importe quoi !!

Ah vraiment ? Pourtant moi ça me semble d'une logique imparable.

Mais on n'a aucun lien par le sang !

À la venue du bébé, vous en aurez...

Arrêtes avec tes bêtises Shuuichi ! Non mais vraiment, t'as que ça à faire d'essayer de trouver des prétextes tous plus pourris les uns que les autres pour tenter de nous séparer Tatsu et moi ? De toutes les personnes possibles, je n'avais jamais imaginé que tu serais celui qui s'opposerait à notre couple ! Après tout ce que tu as traversé, comment peux-tu ?

Maiko, il faut que tu comprennes que Tatsuha est un garçon irresponsable. Eiri n'est pas comme ça lui. S'il n'avait pas été comme ça, jamais je n'aurais dit quoi que ce soit contre vous.

La jeune femme sentit les larmes lui monter aux yeux, aussi cacha-t-elle son visage en le tournant vers la table qu'elle s'évertuait à nettoyer.

Maiko...

Tu te trompes, Shuuichi ! Il n'est plus comme ça ! Et puis, je te rappelle qu'Eiri-nii-san était pareil avant !!

Shuuichi ne dit rien, se contentant de pousser un lourd soupir. Lorsque finalement Maiko se tourna vers lui, elle remarqua quelques larmes silencieuses glisser le long de ses joues. Il n'en fallut pas plus pour qu'elle-même se mette à pleurer.

Oh Shuuichi, je suis désolée. Ne pleures pas s'il te plait, le supplia-t-elle en se jetant à son cou.

Non, c'est... c'est moi qui... je suis désolé... Je deviens co...comme papa et maman... bredouilla-t-il entre ses nombreux reniflements bruyants.

L'étreinte de sa sœur se fit plus forte.

Je suis désolée !! Tu n'es pas comme eux !! Jamais !! Je t'interdis de dire une telle chose, c'est compris ?!

Ma-Maiko... Tu m'étouffes...

Oups, pardon, s'excusa-t-elle en s'écartant aussitôt. Ça va ? J'ai pas écrasé ma nièce ?

Quoi ? Toi aussi tu t'y mets ? Pourquoi vous vous liguez tous contre moi, à me dire que ce sera une fille ? Et si moi j'ai envie d'un garçon, hein ?

Hahahaha ! Toi, tu veux un mini Yuki, avoues !

Shuuichi se contenta de bouder. Sa petite moue vexée fit rire sa sœur qui avait déjà tout oublié de leur récent conflit.

C'est que... Je suis sûre que Yuki était super mimi quand il était bébé, mais il ne veut pas me montrer de photos de lui à l'époque. Alors si mon bébé est un garçon et qu'en plus il lui ressemble, je serais vraiment trop content !

Mais si c'est une fille, ça t'ira aussi, hein ?

Évidemment ! S'exclama Shuuichi. Parce que Yuki veut une fille et qu'il serait vraiment heureux si c'était le cas.

Et bien moi, je suis persuadée que ce sera une fille.

Comment tu peux le savoir ? s'inquiéta Shuuichi.

Je le sens, c'est tout. (2)

Cette affirmation pour le moins véhémente laissa le musicien perplexe, mais il ne dit rien. Si elle avait raison et qu'il insistait sur le contraire, elle lui répèterait sans cesse "Je te l'avais bien dit" et ça il en avait horreur. Un petit sourire naquit au coin de ses lèvres et il dit :

Si tu es persuadée que Tatsuha peut te rendre heureuse, alors c'est d'accord. Mais au moindre faux pas, je lui explose la tête.

Ces paroles prononcées avec un pareil sourire eurent de quoi faire frissonner Maiko, mais la jeune femme outrepassa cette impression première pour rendre son sourire à son frère.

D'accord. Mais ne t'inquiètes pas, moi j'ai confiance.

Au fait, tu n'étais pas censée être amoureuse de Fujisaki à la base ?

C'est vrai que j'en pinçais pour lui mais ses parents lui ont arrangé des fiançailles avec une fille qui semblait complètement folle de lui. Et franchement, je n'étais pas certaine d'être suffisamment amoureuse moi-même pour batailler contre elle. Et, au final, Suguru-kun avait l'air plutôt soulagé aussi qu'on ne se fasse pas la guerre, cette fille et moi. En revanche, si Tatsuha devait être fiancé, je crois que j'arracherais les yeux de sa promise et jouerais aux billes avec, ricana Maiko.

Quelle horreur ! Enfin, j'ai été tenté de faire la même chose avec ceux d'Ayaka.

L'après-midi touchant à sa fin, Eiri et Tatsuha rentrèrent environ une heure plus tard. À leur grande surprise, tout était tranquille dans l'appartement. C'est dans le salon que les deux frères trouvèrent Maiko et Shuuichi, confortablement assis sur le sofa en train de tricoter de la layette. Ils semblaient plus complices que jamais et offrait un tableau de famille parfaitement adorable.

On ne vous dérange pas trop, j'espère ?! Lança Tatsuha pour annoncer leur retour.

Tatsu, viens voir ce qu'on a tricoté ! L'appela Maiko.

Eiri alla retrouver Shuuichi et s'installa à côté de lui. Déposant un baiser dans sa nuque, il demanda :

Pourquoi tu ne tricotes rien de rose ?

Parce que le rose c'est pour les filles !

Tu es un garçon et pourtant tu aimes le rose.

Pour les bébés, c'est une question de convention, expliqua Shuuichi d'un air savant, continuant son jeu d'aiguilles.

Eiri ne répliqua pas, passant un bras protecteur autour des épaules du jeune homme. Tirant de sa poche une de ces sucettes au citron qu'il aimait tant, il la déballa et l'enfourna toute entière dans sa bouche. À leurs côtés, Maiko tricotait sagement avec Tatsuha, accroupi devant elle, guettant le moindre mouvement de ses doigts agiles.

Puis sans crier gare, Shuuichi se leva d'un bond.

Oy, où tu vas ? Lui demanda Eiri.

Dans la cuisine me chercher un verre d'eau, répondit son époux qui amorçait déjà un pas dans cette direction.

C'est bon, restes assis, j'y vais.

Non, ça va. Je ne suis pas en sucre non plus ! Je peux encore aller me chercher un verre d'eau.

L'air impérieux de Shuuichi suffit encore à dissuader Eiri d'argumenter. Le blond se rassit, sa sucette dans le bec, tandis que le chanteur aux cheveux toujours teints en noir partait vers la cuisine.

Comment tu te laisses dresser, aniki ! Se moqua Tatsuha avec un sourire taquin.

La ferme, Tatsuha, gronda froidement Maiko.

Saisi par l'autorité de la jeune femme, le bonze ne broncha pas. Ce fut au tour du romancier de chicaner :

Qui se fait dresser par qui maintenant ?

Mais le bruit d'un verre qui se brise sur le carrelage et une exclamation de douleur en provenance de la cuisine les alerta tous les trois.

Shuuichi ? Appela Yuki.

Haaa... Ei-Eiri... EIRI !!

Jamais âme qui vive n'avait vu Yuki Eiri courir aussi vite. Il était déjà dans la cuisine que Maiko et Tatsuha n'avait pas encore eu le temps de se lever.

Shuuichi, qu'est-ce qu'il y a ? S'enquit le blond en prenant son époux par les épaules pour l'écarter prudemment du verre cassé.

Je... Je crois que ça vient...

Tu nous as fait le même coup il y a trois jours.

Mais cette fois je... je... je crois que j'ai perdu les eaux... fit Shuuichi en explosant en larmes.

L'expression ahurie d'Eiri à cet instant-là eut de quoi effrayer Maiko et Tatsuha qui entraient à peine dans la cuisine.

Ça y est, on l'a perdu. Mon frère nous a fait un black-out, se lamenta le jeune Uesugi.

Après un regard mauvais de sa petite copine, il déglutit et se précipita auprès de Shuuichi pour lui prêter soutien. Maiko, quant à elle, alla vers son beau-frère pour lui pincer le nez.

Eiri-nii-san ! Reprends-toi !

Mais voyant que ce dernier ne réagissait toujours pas, elle perdit patience pour de bon et donna une bonne gifle au blond. Ce n'est qu'alors qu'il reprit ses esprits.

Hein ?

Mon frère va accoucher, alors appelles le Dr Andrée ! Se tournant vers son compagnon : Tatsuha, tu portes Shuuichi jusqu'à l'ascenseur.

Quoi ?! Tu veux que je me brise les reins ou quoi ?

O-BE-IS !!! Grogna la demoiselle, dont le visage semblait avoir pris l'apparence d'un masque Hannya. (3)

Tatsuha et Eiri ne cherchèrent même pas à discuter et chacun s'attela à la tâche imposée par Maiko.

Tu gères vachement bien, p'tite sœur, lui lança Shuuichi en disparaissant par l'encadrement de la porte, dans les bras de Tatsuha.

Évidemment, qu'est-ce que tu crois !

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Nda : (1) Y'a vraiment que Yuki pour avoir l'esprit tordu au point de croire que Shuuichi pourrait être jaloux de son bébé... Non mais vraiment ! (2) Pour l'anecdote, sachez qu'il m'est arrivé la même chose lorsqu'il y a plus de six ans, ma mère est tombée enceinte de ma petite sœur. À la première échographie, la radiologue avait dit "80% de chances que ce soit un garçon", du coup ma mère s'est mise dans la tête que ce serait un petit mec. Moi, je lui ai dit franco "Je suis persuadé que ce sera une fille, je le sens." Et devinez quoi ! C'était une fille ! Trop forte cette Patpat ! (3) Un masque Hannya est un style de masque utilisé pour le théâtre de Nô, qui est une véritable institution au Japon. Ce masque représente une femme dévorée par son chagrin, sa rage et sa jalousie et qui a commencé à se changer en démon. Le masque est caractérisé par ses deux longues cornes, son regard colérique et sa bouche entrouverte.

Notes : Mwahaha ! Quel vilain ce Yuki au début du chapitre, qui fait croire qu'il va garder le secret de Maiko et Tatsu avant de lâcher tout quelques minutes après. En même temps, il fait que des trucs incohérents, faut pas s'étonner ! Sinon, vous en avez pensé quoi de ce chapitre ? Dites le moi dans une petite review. Merci à tous !