Chapitre 2 : ...Et l'amour de la peine.

Deux nuits entières remplies de cauchemars où je le voyais mort. Où je me voyais le tuer. Et ces deux matins, un réveil qu'on appelle larme.

Je n'ai pas osé demander des nouvelles de Reita, juste ce que j'avais entendu dans les médias. Le groupe sait que c'est moi le responsable de son état, malgré la version officielle du « il est tombé dans les escaliers ». Peu plausible pour ceux qui le connaissent. Il faut dire que je n'y étais pas allé de mains mortes, je lui avais cassé une côte, il avait plusieurs hématomes et des contusions. Il souffre, j'en suis ravi. Mais je souffre aussi, alors que tout devrait être rentré dans l'ordre. Il m'a fait mal et je lui ai fait mal. Cependant ce qu'il m'avait dit, raisonnait dans ma tête. Et si tout ce que j'avais vu était faux, si tout ça n'avait été vu que par mon désir d'avoir à reprocher quelque chose à cet être qui jamais n'avait fait un faux pas.

Je plonge, je veux oublier la douleur. Je m'ouvre une bière que je bois quasiment d'une traite, puis une autre jusqu'à finir le pack. Je m'effondre sur le canapé. Jamais je n'ai bu comme ça et malgré tout, ça n'efface rien. Il doit bien y avoir autre chose que des bières dans cette baraque. Une bouteille de saké dans le fond du frigo à peine entamé. Un cadeau de Uruha pour mon anniversaire. Je me l'enfile aussi sec. J'oublie peu à peu où je suis, ce que cette douleur dans mon cœur fait là, aurais-je un poignard enfoncé en pleine poitrine ? Non, rien. Ah si, le traître, c'est lui qui me fait mal, il a retiré le poignard et le voile sur mes yeux. Mais pourquoi ça fait toujours mal ? Ah oui, cette autre douleur, celle qui se réveille lorsque celui que l'on aime, souffre.

Il m'avait arraché le voile que je m'étais cloué sur les yeux. J'avais absorbé ses paroles comme du petit lait, mais elles refaisaient surface à chaque fois que je laissais mes pensées déborder un peu trop sur cette pente raide.

- Ruki t'es là ?

Je ne suis plus en mesure de répondre, ni même de faire quoique ce soit, les yeux embrumés, le corps raide comme un piquet, mes pensées divaguent un peu n'importe où mais surtout vers lui.

- Qu'es-ce que t'as fait ? T'es bourré, vieux ! Heureusement que maman Kai est là pour te remettre sur pied.

Il m'attrape et me relève, il me traîne plus qu'il ne m'aide à marcher jusqu'à ce qui semblerait être ma chambre. Sa voix se fait lointaine, je sombre dans le sommeil.

***

- Oui, il dort, j'ai fait un peu de rangement, t'aurais vu ce qu'il a bu. Il était bourré de chez bourré quand je l'ai couché. Il arrêtait pas de répéter que tu lui avais arraché son voile, et qu'il avait mal à cause du poignard. T'y comprends quelque chose toi ?

- Oui, je crois. Je pense qu'il a enfin compris que tout était un malentendu. Et faut qu'il soit saoul pour s'en rendre compte. J'espère qu'il a pas oublié. Je vais aller le voir.

- Fait gaffe.

- T'inquiète il est toujours dans le pâté le matin, alors là qu'il a bu.

La porte s'ouvre, je plisse les yeux, la lumière m'aveugle quelque peu. Il s'approche dangereusement, s'assoit sur le lit.

- Bien dormi ?

- Qu'est ce que tu fous là, dégage.

Je me redresse et le pousse pour qu'il s'en aille, qu'il ne me voit pas comme ça. Pas en train de pleurer contre moi-même. Mais trop tard, il a tout vu, mon regard suppliant, mes larmes, prière silencieuse pour qu'il ne me quitte pas. Il me prend dans ses bras, me berce doucement. Je ne dis, il n'y rien à dire. Il a bien compris que je m'étais rendu compte de mon erreur. Je me laisse aller dans ses bras, tête collée contre son torse, mes poings froissant son débardeur. Il me caresse les cheveux tandis que le flot d'eau salée détrempe son haut. Puis il me parle :

- Alors, je te retrouve enfin ?

- Oui, enfin. Pardonne-moi, je t'ai fait tellement mal.

- Non, c'est moi qui devrais me faire pardonner.

- T'as rien fait de mal ?

- Si je ne m'étais pas saoulé, rien de tout ça ne serait arrivé.

- On fêtait mon anniversaire, Rei.

- Ouais, mais c'était pas une raison pour...

- Arrête maintenant ! Je te pardonne.

- Merci.

Sur ce, il prend ma tête entre ses mains et m'embrasse. Que ces lèvres m'avaient manqué ! Il m'avait tellement manqué. Un mois entier, je n'osais même pas croire ce que j'avais fait alors que mes lèvres se moulaient aux siennes.