Chapitre 3 : La confiance est la sœur jumelle de la jalousie.
C'est main dans la main que nous retrouvions le chemin du studio, plus amoureux encore. En fin de compte tout ce que j'avais vu, était bien faux. Mais la confiance que j'avais si facilement accordée à mon amant, jamais plu je n'arriverais à la lui donner entièrement, j'avais trop souffert pour tout oublier comme ça. J'ai eu du mal à croire son histoire mais Uruha et Kai m'avait certifié que c'était l'exacte vérité. Et en eux ma confiance, n'avait pas faillie.
Mais même avec cet amour retrouvé, rien n'était plus comme avant, je n'arrivais plus à faire quoique ce soit avec lui, ma mémoire me rappelait trop cette nuit que je maudissais. Je voulais oublier, rien n'y faisait, la blessure avait dû mal à se refermer, bien trop de mal. Et même aux creux de ses bras, rien n'y faisait elle était toujours là, brûlante. Elle m'assaillait de toute part, dévorait les moments de bonheur retrouvée, les changeait en imitation de joie, les détournait et pour finir me les renvoyer à la figure avec un autre sentiment que celui d'un amour partagé. Je doutais encore de lui, je me détestais moi-même d'être comme ça. Mais ça ne pouvait plus durer. Je l'aimais voilà ce dont j'étais sûr à défaut de savoir si lui m'aimait autant que moi je l'aimais. Et que pouvait-il faire pour me prouver qu'il m'aimait. Me faire l'amour. On peut le faire sans aimer. Non, il n'y avait décidément rien qui pouvait me le prouver.
Et cette torture continua encore. Pourquoi je n'arrivais plus à lui faire confiance, n'y a-t-il vraiment rien pour qu'il me prouve son amour.
- Je vais me coucher, tu viens ?
- Vas-y, Rei, je te rejoins.
Minuit passé, je prends mon portable, écris rapidement un message, n'espérant pas tellement de réponse.
« Lu c'est Ruki, désolé si je te réveille mais j'ai besoin de parler à quelqu'un. »
La réponse ne se fait pas attendre.
« Qu'est-ce qu'il y a ? C'est Reita, il a fait quoi encore .. T'es connecté, je suis encore en ligne, ça sera mieux pour parler. »
Je me connecte, il est en ligne effectivement.
« Alors, qu'est-ce qui se passe ? »
« Ce qui se passe... C'est que je n'arrive vraiment plus à faire confiance à Rei, j'arrive pu à rien avec lui. »
« Mais tu l'aimes ? »
« Oui, mais lui... j'en sais rien ! »
« Tu lui as demandé ? »
« Bien sûr, des dizaines de fois et chaque fois il me dit que oui. Mais Ruwa, j'ai beau savoir qu'il a rien fait, j'arrive pas à me sortir de la tête ce soir-là. »
« Je comprends. Tu sais, tu ferais mieux de lui en parler directement, mettre les choses au clair. Ça serait pas une mauvaise chose, tu ne crois pas ? »
« Ouais, t'as raison mais comment je fais comment pour aborder le sujet ! J'y arriverais pas ?»
« Ben tu fais comme tu le sens, mais faut vraiment que vous parliez tout les deux. »
« Ouais. Raaahhh... Bon je vais essayer de lui en parler. J'espère que ça va bien se passer. »
« Il dort ? »
« Oui, pourquoi ? »
« Evite de le réveiller pour lui en parler, attend plutôt demain sinon il va rien capter. »
« ^^ Oui, je sais, t'inquiète. Merci ! Allez j'y vais. A demain. »
« A demain, bonne nuit. »
« Bonne nuit. »
Je me déconnecte et éteins l'ordinateur. Puis, je pars le coucher.
« Tu parlais avec qui ? »
« Tu dors pas ? »
« Non, je ne dors pas, alors c'était qui ? »
« Calme-toi, c'était juste Uruha. »
« Pourquoi tu lui causais à cette heure-ci ? »
J'hésite.
« J'avais besoin de parler à quelqu'un. »
« Et moi, alors ? »
« C'est parce que ça te concerne ? »
« Comment ça, ça me concerne ? Tu lui as raconté quoi, encore. Tu veux encore me faire passer pour un salaud. »
« Non, calme-toi, Rei. C'est pas ça. C'est parce que...il faut vraiment qu'on parle tous les deux. »
Il ne répond pas, il attend que je dise quelque chose. Je m'assois sur le lit en lui faisant face.
« J'y arrive pas ! J'arrive plus à te faire confiance. Pourtant, j'ai tellement envie de revenir comme avant. Ça peut plus continuer ! »
« Tu veux me quitter ? »
« Non. »
« Alors quoi ? Je fais comment pour que tu me fasses confiance ? »
« Tu ne peux pas. Rei, je veux pas te perdre ! »
Mes larmes refont surface, dévalent mes joues.
« Moi non plus » me répond-il en me prenant dans ses bras. « Dis moi ce que je dois faire ? »
« J'en sais rien, Rei, je voudrais tellement que ma confiance en toi revienne. Je suis perdu. Je sais juste que je peux pas vivre sans toi, mais si j'ai plus confiance, je sais plus quoi faire ! »
Il me resserre son étreinte, si fort que j'ai l'impression que mes os vont se briser.
« Je t'aime, Ruki. Crois-moi. Il n'y a que toi dans ma vie. »
« Moi aussi, Reita. Moi aussi. »
Je l'embrasse puis caresse ses lèvres de mes doigts. Il a pleuré aussi. Ses larmes brillent sur ses joues. Je sais qu'il m'aime. Mais pourquoi ma raison n'est-elle pas convaincue ? Je ne vais pas continuer à le torturer 107ans. Foutu raison, laisse-moi l'aimer comme je l'entends. J'écrase un bâillement.
« Tu ferais mieux de dormir maintenant, il est tard. »
Je jette un coup d'œil au réveil, une heure moins le quart. Il se glisse sous les couvertures, je fais de même à l'autre extrémité du lit. J'ai besoin de dormir un peu seul, même si je ne le suis pas. Sa chaleur réchauffe le lit, m'enivre. Lui, s'endors. Pas moi. Je me tourne et me retourne sans que Morphée ne montre le bout de son nez.
« Ruki... »
Un murmure à peine audible qui me parvient aux oreilles. Je me retourne. Il dort encore.
« Je t'aime...embrasse-moi. »
« Rei, t'es réveillé ? »
Pas de réponse, il s'agite un peu ce qui m'indique qu'il est en plein rêve...
« Prends-moi. »
... érotique. Je n'en crois pas mes oreilles. Tu rêves trop fort, Rei. Si je lui raconte demain matin, il niera tout en bloc, s'il se souvient encore de son rêve.
Son rêve... Aucun contrôle, ni de la raison, ni de son orgueil, rien. Un rêve fait surgir tout ce qu'on a enfouit au plus profond de nous-même.
La preuve que j'attendais tant, était arrivée en fin de compte. La promesse de son amour sincère qu'il peinait à m'apporter éveillé, il me l'offrait alors qu'il dormait et sur un plateau d'argent en plus. Je me colle contre lui, l'enlace comme je peux en évitant de le réveiller ou d'appuyer sur son torse encore meurtri par mon accès de rage. Je respire son odeur par de grandes inspirations muées par la joie. Comment un rêve pouvait-il apporter tant de bonheur ? J'en étais sûr maintenant. Il m'aimait. Ma confiance en lui n'avait plus qu'à se reconstruire sur ce fondement plus que solide. Je m'endormis enfin, bercé par ces mots qui raisonnaient inlassablement en moi.
« Mon Rei, je t'aime. »
