Chapitre 3 : La fin de quelque chose entraîne toujours le commencement d'une autre…

Cette nuit là, je dormis d'un sommeil sans rêve, et à mon réveil j'étais aussi angoissée que la veille.

Je me dépêchais de me lever, peu encline à faire attendre Mikos, cet espèce de barbare. On parle beaucoup de la cruauté des Vardens à l'égard des soldats de l'Empire, mais ceux-ci ne sont pas mieux…

Quand cette guerre barbare et cruelle cessera-t-elle ?

En descendant à la cuisine, c'est sans surprise que je vois Mikos, les pieds sous la table, attendant sa pitance. En guise de bonjour, j'ai droit à une tape sur mes fesses lorsque je passe à proximité de ce rustre dégoûtant.

Je sursaute, plus de surprise que de frayeur. Je me précipite à mes fourneaux, ayant hâte que ce malotru parte après lui avoir servit son déjeuner.

Je ne commets pas la même erreur que la veille, et lui sert une bonne ration de viande, près de la moitié de nos maigres réserves.

Ayant l'air satisfait, il sort à l'extérieur, le soleil illuminant son armure. C'est au tour de mon père de s'asseoir à la table et de manger.

Il émet un grognement en apercevant notre hôte forcé dans la cour, s'éloignant vers le centre du village.

- Evite de l'énerver Kana.

- Oui père.

- Tiens, me dit-il en lançant quelques pièces sur la table, va acheter de la viande. Peu m'importe si je n'en ai pas. Je suis assez solide comme ca, moi.

- Bien père.

- Va y maintenant, je donnerais moi-même les restes à Famine. Va.

C'est sans un mot de plus que je sortis, apercevant au loin les hommes déjà au champ. Les dos courbés me rappellent nos vies misérables, les visages en sueur me rappellent que nous n'avons d'autres avenirs que celui là. Le cœur lourd, je me dirige vers le boucher, prête à dépenser nos maigres économies pour un homme qui se soucie plus de son cheval que de nous.

- Kana ! Que me vaut le plaisir ? Il paraît que vous héberger leur chef ? Comment est-il dit moi ?

Britin, le boucher, est toujours d'humeur joviale, même lorsque les choses vont mal. Son visage poupin est rouge, c'est vrai qu'il fait fort chaud ce matin.

Il essuie ses mains ensanglantée sur son tablier, et une pensée vient m'effleurer l'esprit : Est-ce que le sang de l'homme ressemble à celui du porc ? Je suis bête, je sais. Mais l'idée que ce Mikos puisse avoir du sang de porc dans les veines me plaît, et je lui réponds avec un sourire :

- Comme il a l'air, Britin. Un homme dénué de sentiments, rustre et grossier.

- Tu l'apprécie à ce que je vois !

Son rire emplit la boutique, et un début de migraine me prend. Non Britin, je ne suis pas d'humeur à rigoler aujourd'hui. Je sens que quelque chose va arriver. Va m'arriver. Va nous arriver.

Quelque chose de dangereux. La fin de quelque chose entraîne toujours le commencement d'une autre. Nos vies paisibles finies, que va-t-il nous arriver maintenant ? J'ai peur, et je frissonne.

Le rire du gros homme se tarit, et le silence tombe comme une chape de béton, solide, étouffante.

- Qu'est ce que je peux faire pour toi ?

Cette question est-elle à double sens ? Je ne sais pas, je ne sais plus. Je m'entends répondre que je souhaiterais une livre de viandes, peu importe laquelle.

Britin me regarde, étonné. C'est normal, je viens peu souvent et toujours pour de maigre quantité. Il doit comprendre, sans doute, pour qui je viens acheter cela. Sans un mot, il me sert la viande, allant jusqu'à deux livres.

- Tiens.

- Britin je…

- Laisse tomber tu veux ?

- Merci Britin.

Je lui donne nos maigres économies, et sort du magasin. Le sentiment d'oppression ne me quitte pas, et je retourne prestement à la ferme.

J'ai la surprise de trouver Ethan dans la cuisine. Ethan, mon Ethan. Mais l'est-il toujours ? Je ne sais plus.

- Kana ! J'étais inquiet en apprenant que cet … Comment va tu ?

- Bien Ethan. Merci.

Je range la viande, et me retourne vers Ethan, qui a les mains dans les poches. Il me fixe, et je refuse de me perdre dans ce regard ambré, comme tant d'autre fois.

Quelque chose à changé, à jamais. Quelque chose va arriver, et cette chose sera le commencement. Mon commencement.

- Je dois retourner au travail… Fait moi savoir comment tu te portes, d'accord ?

- J'essayerai, Ethan. Au revoir.

Il fait un pas vers moi, maladroit, et mon cœur qui auparavant ce serait ému de cette hésitation, ne ressent rien. Quelque chose à changé. J'ai changé.

- Bon et bien… j'y vais !

Il me frôle, l'air déplacé fait voltiger ma jupe légère et mes cheveux retenu en arrière.

C'est sans entrain que je m'attèle à mes tâches quotidiennes.

XxX

Dans le camp des Vardens, le temps était à la joie. Eragon était revenu en vainqueur ! Saphira ne le lâchait plus, et les Vardens avait organisé une immense fête, où tous était convié, Humains comme Urgals.

Les veilleurs virent la silhouette humaine titubante dans la lueur de leur torche, et crurent sur le coup à un fantôme. L'homme n'en était pas loin, en effet.

Le visage ensanglanté, au bord de l'épuisement, l'espion que les Vardens avait placé dans le village de Lychéas leur revenait en piètre condition.

- Sarden ! Mon dieu, c'est Sarden ! S'écria un des veilleurs.

Le dit Sarden s'écroula, soulevant un nuage de poussière. Plusieurs hommes se précipitèrent pour l'aider à ce relevé.

C'est étendu sur un lit de camp, le visage couleur de craie, que le blessé reçut la visite de Nasuada.

- Sarden, valeureux guerrier… Que t'est-il arrivé ? Parle, tu es en sécurité ici.

- L'empire… L'empire est arrivé dans le village… Il faut les sauver… Ils vont tout détruire… Je les ai entendus en parler… Je suis venu vous prévenir…

Las, Sarden émit un soupir, ferma les yeux et ne bougea plus. C'est ainsi que l'homme par qui arriva Le commencement mourut.

Nasuada laissa couler une larme sur sa joue couleur de terre, remonta le drap immaculé sur l'homme mort qui avait fait son travail courageusement, et se tourna vers un des soldats de sa garde :

- Faites moi mander Eragon.

XxX

Le visage tourné vers le soleil couchant, Kana ne se doutait pas qu'en ce moment même, l'homme qui allait changer sa vie s'approchait en titubant du camp des Vardens.

Mais elle sentait le changement arriver. Son changement. Le début de son commencement.

XxX