Chapitre 2

Déposant le garçon face aux deux sorcières qui étaient restées à les regarder, Snape couvrit les oreilles d'Harry de ses mains. Ignorant le regard ennuyé du garçon, il leur annonça sa découverte dans un grognement :

« Quelqu'un a battu cet enfant. »

« Oui, Severus, ça semble parfaitement évident. » fit Mc Gonagal en le regardant comme si une deuxième tête venait de lui pousser.

« Non, stupide femme, avant cela ! Il a des marques sur le dos. Il faudra les examiner quand vous l'ausculterez. » Poppy, choquée, plaqua sa main sur sa bouche et se contenta d'acquiescer silencieusement.

« Très bien, professeur. » intervint McGonagall. « Vous pouvez le relâcher à présent. Et vraiment, vous auriez tout aussi bien pu utiliser un sort d'Impassibilité. »

Le professeur de potions retira ses mains, permettant à Harry d'entendre à nouveau, et observa, amusé, les deux sorcières tenter de le faire monter sur la table d'examen.

« Oh, pour l'amour du ciel ! Le garçon est minuscule, même pour son âge. Mettez le donc sur la table vous-même! »

Le mot « minuscule » lui valu un regard noir de la part de Potter. Le garçon avait donc encore un peu de ressort, après tout. Bonne chose, pensa t il. Il n'y a aucun plaisir à insulter quelqu'un qui n'a même pas la force de s'en rendre compte ou de riposter.

Avant qu'Harry ait eut une chance de se préparer, il se trouva soulevé par les aisselles et déposé sans cérémonie sur la table, sur son derrière. Bien que les mains qui l'avaient soulevé aient pris soin de ne pas aggraver ses blessures, la manœuvre avait été si brusque qu'il laissa échapper un glapissement de surprise. Il le ravala aussitôt, avec l'impression d'avoir avalé des cailloux et des lames de rasoir. La sensation fut aussitôt suivie par une vague de vertige si forte qu'il chercha instinctivement quelque chose à quoi s'agripper pour garder son équilibre.

Quand sa tête cessa enfin de tourner, il ouvrit les yeux pour découvrir qu'il était cramponné à la manche de la robe de son professeur de potion. Le sorcier l'observait, comme s'il était une sorte de spécimen bizarre sous un microscope. Harry rougit et lâcha prise, mais refusa de détourner les yeux. L'homme n'avait cessé de le harceler depuis son arrivée à Poudlard et après plusieurs mois de ce traitement, Harry commençait à être (quasiment) immunisé.

Mais quand même, ça ne veut pas dire que j'ai le droit de m'accrocher à lui comme un bébé se reprit-il

Snape recula, et Poppy s'avança, agitant sa baguette et murmurant quelque chose qu'Harry ne put comprendre. Fronçant les sourcils, elle se mit à tâter sa gorge. « Est ce que ça te fait mal de parler, Harry? »

Il hocha la tête avec énergie, un peu trop peut-être, car il senti une nouvelle vague de vertige le saisir. Une main puissante agrippa son épaule et il se laissa aller contre elle jusqu'à ce qu'il aie reprit le contrôle de lui-même.

« Eh bien » reprit Poppy « Il semblerait que ses cordes vocales soient abîmées, il ne pourra sans doute pas parler pendant plusieurs semaines. Ce n'est vraiment pas étonnant, à voir l'état de son cou. Ce qui a pu causer ce genre de dégât, je n'en ai pas la moindre idée... » fit elle. Harry tenta de leur mimer le bras qui s'était enroulé autour de son cou quand il avait été attaqué, mais personne ne lui prêtait attention. Enfin, à part Snape, qui semblait avoir à la fois un oeil sur les deux femmes et un oeil sur lui.

Et en effet, Severus gardait en permanence un oeil sur le gamin, juste au cas où le petit fourbe aurait tenté de s'enfuir une troisième fois. De plus, quelqu'un devait surveiller les réactions du garçon, après le fiasco du placard. Et qui mieux que lui pouvait savoir à quoi s'attendre ?

Avec un regard entendu pour Snape, Poppy se tourna vers Harry et lui demanda calmement d'enlever ses robes et sa chemise. Le Maître des Potions vit le visage du garçon se vider de toute couleur, mais il entreprit cependant d'enlever ses vêtements comme Poppy le lui avait demandé. L'opération prit du temps, ses mains étant secouées d'un violent tremblement.

Lâchant un soupir exagéré, Severus intervint : « Voulez vous que Mme Pomfrey ou le professeur McGonagall vous aide avec vos boutons, Potter? » Harry rougit et se contenta de secouer la tête, mais il réussi à calmer ses mains et fini de déboutonner sa chemise.

A nouveau, Poppy entreprit de l'examiner, progressant lentement vers son dos pour ne pas le paniquer. En dépit de ses efforts, le garçon-Qui-Avait-survécu semblait toujours accablé, et ne fit que devenir plus nerveux encore lorsqu'elle agita sa baguette au dessus de son dos.

« Harry, que t'est il arrivé ici ? »

« Ce n'est pas comme s'il pouvait vous répondre. »

« Très juste, évidemment. Harry, est ce que quelqu'un... » mais elle ne parvint pas à finir sa phrase.

Prenant la licorne par la corne, Snape s'avança. La dernière chose dont ils avaient besoin était bien de sombrer dans mélodrame en essayant de comprendre ce qui était arrivé. Il s'arrêta en face de Potter, prenant soin de garder ses distances. Avec un léger mouvement de baguette, une chaise vint voler depuis le coin de la pièce et se poser juste derrière l'homme, lui permettant de s'asseoir sans rompre le contact visuel avec le garçon.

Ou du moins, tel aurait été le cas si le garçon n'avait pas gardé ses yeux obstinément fixés sur le sol.

« Potter, regardez moi. » Son ton exigeait l'obéissance, et il l'obtint, à sa grande surprise. Garder un contact ferme avec ces yeux était difficile, mais il le fit, ne serait ce que pour ne pas laisser un « héros » maigrichon de 11 ans jouer au plus fort avec lui.

« Vous avez des cicatrices... » une petite main vint automatiquement se placer sur le front marqué d'un éclair ; « sur le dos » ajouta Snape.

Harry ne fit aucun signe pour nier ou confirmer, se contentant de fixer l'homme devant lui.

« Je vais vous poser une question, Potter, et j'exige une réponse. Un signe de tête pour confirmer ou infirmer suffira. Quelqu'un vous a t-il frappé sur le dos, avec quelque chose comme une ceinture ou un bâton pour vous blesser ? »

Cela avait été plus dur qu'il ne l'aurait cru, mais malgré tout le fichu morveux ne répondait toujours pas. Aucun mouvement de tête quel qu'il soit. Mais il tremblait légèrement, et ses yeux avaient pris un éclat vitreux. Formidable.

« Harry » commença McGonagall « Tu peux nous le dire, tu n'as rien à craindre. Nous avons déjà vu cela avant, et certains d'entre nous l'ont même vécu » Là dessus, elle jeta un regard entendu à Severus, qui choisi ce moment pour exploser.

Il bondit de sa chaise si brusquement qu'elle alla se renverser sur le sol. « Comment OSEZ vous ? Vous n'avez aucun droit de divulguer des informations sur mon enfance! »

« Nous lui demandons de partager des informations personnelles et de nous faire confiance à ce sujet, mais vous ne voulez pas en faire de même? » répliqua t elle. Aucun d'entre eux ne remarqua l'air horrifié d'Harry, ni le fait qu'il se tenait à présent assis raide et incertain sur la table.

« Mon passé n'a absolument aucun rapport avec... »

« Vous allez arrêter cette comédie immédiatement, ou je vous lance un Petrificus Totalus à tous les deux ! »

Madame Pomfrey avait brandit sa baguette et la pointait à présent sur les deux professeurs, comme pour prouver que sa menace était tout à fait sérieuse. Sérieuse ou pas, elle fut efficace, et Minerva et Severus reculèrent. Snape redressa sa chaise et reprit sa position face à Harry.

S'il y avait bien un élève dans l'école auquel il tenait absolument à dissimuler cette information, c'était bien celui qui était assis en face de lui. Qu'elle aille au diable ! Entre temps, Harry s'était légèrement détendu et le regardait, non pas avec le regard de triomphe auquel il s'était attendu, mais plutôt d'un air interrogateur.

Snape agrippa férocement les bras de sa chaise.

« C'est exact. » admit il à contrecœur. « Ce que le professeur McGonagall vient de sous-entendre est vrai, et je suis sûr que vous faites confiance à votre Directrice de maison, si ce n'est à quelqu'un qui a déjà vécu la même chose que vous ? » un léger hochement de tête hésitant lui répondit. « Dans ce cas je vais vous reposer la question. Quelqu'un vous a t-il déjà blessé de la façon que j'ai décrit tout à l'heure ? »

Un nouveau hochement de tête, toujours aussi léger, mais indéniable. A cet instant, Severus souhaita secrètement pouvoir partager une bouteille de potion calmante avec le garçon. Ignorant les hoquets de surprise derrière lui, Snape continua.

« Etait-ce quelqu'un de ta famille ? Ta tante ou ton oncle? »

Un autre signe de tête.

« Combien de fois ? » Harry se contenta de le fixer, l'air incertain. Affermissant sa voix, Snape reprit avec détermination : « Montre un doigt pour chacune des fois où c'est arrivé » dit il, gardant pour lui « si tu as assez de doigts »

Lentement, la main se déplia et le Garçon-Qui-Avait-Survécu leva quatre doigts.

Là dessus, Snape cracha « J'en ai assez entendu ! » et sortit de la pièce d'un pas furieux, ses robes tourbillonnant dangereusement autour de lui.