Chapitre 4
Le Garçon-Qui-Avait-Survécu était assis dans le Grand Hall, mangeant son déjeuner du bout des dents. La matinée s'était écoulée avec une lenteur insupportable, et l'après midi ne s'annonçait guère mieux. C'était vraiment nul d'aller en classe quand on ne pouvait pas parler, avait décidé Harry après quelques jours d'expérimentation.
Pas moyen de pratiquer un seul de ces sorts géniaux, et bien entendu le seul cours où il pouvait vraiment être efficace était celui de Potions. Et même en potions, il se débrouillait encore plus mal que d'habitude. Pour une raison qu'il ignorait, il avait du mal à se concentrer sur ce que son professeur disait, et la baguette de Snape n'avait pas cessé de venir s'écraser son bureau pour le sortir de ses rêveries.
Il n'avait vraiment pas envie de remettre ça à nouveau après le déjeuner.
« Harry ? Ca va, vieux ? »
« Oui, Harry, tu as été terriblement silencieux aujourd'hui »
« Hermione, vraiment... »
Hermione rougit à sa gaffe. « Je voulais juste dire qu'il n'avait pas vraiment cherché à communiquer avec nous, même par écrit. »
Saisissant la plume et le parchemin en question, il gribouilla: 'J'en ai assez d'écrire. C'est fatigant et ça fait mal aux mains !'
Hermione sembla pensive pendant une minute, puis son visage s'éclaira soudain tandis qu'elle se levait de table.
« Je vous retrouve en Potions, j'ai quelque chose à faire! »
Comme il s'y était attendu, le cours de potions fut un désastre. Harry devait admettre qu'il s'attirait lui même la plupart des ennuis, mais à chaque fois qu'il avait cours avec Snape, il ne pouvait s'empêcher de repenser à ce qu'il s'était passé l'autre jour à l'infirmerie. Si ce que tout le monde disait était vrai, Snape savait ce que c'était que d'être... puni de cette façon. Est ce que ça voulait dire que Snape et lui était pareils ? Est ce qu'il allait lui aussi finir par devenir méchant et amer ?
Il fut tiré de sa rêverie par un léger coup d'Hermione. Soupirant, il se retourna vers son chaudron et tenta de suivre le reste du cours.
Dire qu'il fut soulagé quand la classe fut terminée serait un grossier euphémisme. Il ne pouvait nier qu'il avait complètement raté sa potion, mais il fit son possible pour effacer de sa mémoire la façon dont le professeur de potions avait craché « absolument minable » en voyant le résultat. Ignorant le nœud dans son estomac, il se précipita hors de la salle et se retrouva face contre terre sur le sol pavé du couloir.
« Hé, Potter, tu es aveugle et sourd, maintenant ? » entendit-il Draco Malfoy dire derrière lui.
« Muet et sourd sont deux choses différentes, Malfoy, espèce de crétin! » lui cria Ron
Harry se remit sur ses pieds aussi vite qu'il pu, brandissant sa baguette, et la pointait sur Malfoy quand une autre voix vint rejoindre la foule. Une voix plus forte et bien plus effrayante.
« Baissez votre baguette immédiatement, Mr. Potter. »
Tremblant, Harry obéit, se figeant en voyant Snape se baisser pour ramasser quelque chose par terre. Son pot de baume ! Il avait du tomber de sa poche.
Snape étudia tranquillement le pot vide pendant un instant, avant de le glisser dans ses robes. Puis se tournant vers les élèves, il siffla :
« Ca fera vingt-cinq points en moins pour Gryffondor, et une retenue pour vous, Mr. Potter. Dans mon bureau, ce soir à 19h. »
Il fit volte face vers sa salle sous les yeux d'Harry qui le regardait, impuissant, tandis qu'il s'éloignait avec la seule chose que le garçon ait voulu garder pour lui.
Surveiller une retenue était bien la dernière façon dont le Maître des Potions souhaitait passer sa soirée. Ceux qui pensaient que les retenues du soir étaient une punition pour les élèves ne réalisaient pas à quel point elles étaient également un fardeau pour leurs professeurs.
Snape avait passé l'heure précédente à noter des copies, mais son attention était sans arrêt distraite par le pot de baume vide posé sur son bureau, à la périphérie de son champ de vision.
Il ignorait pourquoi il ne l'avait pas encore jeté à la poubelle, mais il n'allait certainement pas s'appesantir sur la question. En réalité, il avait saisi le pot pour le faire plusieurs fois déjà depuis le cours des première année de cet après-midi, mais à chaque fois il avait été interrompu avant de pouvoir finir. Il se surprit à froncer les sourcils à l'idée que le garçon ait porté le fichu objet sur lui toute la journée. Qu'essayait il de prouver ?
Le saisissant une fois de plus, il l'observa d'un oeil suspicieux. Il était légèrement collant et il grimaça en essuyant sa main sur ses robes. Il espérait de tout cœur qu'il s'agissait seulement d'un reste du baume, et pas de dieu sait quelle chose visqueuses sur laquelle Potter avait pu mettre la main. On ne pouvait jamais savoir avec les jeunes garçons. Une pensée dérangeante de plus à tenter d'oublier.
Quelqu'un frappa légèrement à la porte de son bureau, et il jeta un oeil à sa montre à gousset : 18h55. Potter était en avance. Etonnant.
« Entrez ».
La porte s'ouvrit, et le garçon fit halte dans l'entrée.
« Ne traînez pas, Potter! »
Le garçon s'avança dans la pièce, le regardant dans les yeux avec une expression que Snape ne pu déchiffrer. Il sembla se composer une attitude, presque comme si un masque invisible était tombé sur son visage. Avec un large geste, il sorti un parchemin de sa robe et le tendit au professeur.
Snape se retint de lever les yeux au ciel, mais il déroula toutefois le papier.
Il lut : 'Cette retenue est injuste ! Malfoy m'a provoqué!'
« Oui, il l'a fait, mais vous avez également pointé votre baguette sur lui, ce qui ne constitue en aucun cas une réponse appropriée. » Harry fit un mouvement pour attraper le parchemin et écrire une réponse, mais Snape le leva hors de sa portée.
« De plus, stupide enfant, qu'espériez vous faire exactement à Malfoy alors que vous ne pouvez même pas prononcer une incantation ? Vous vous mettez en position d'être attaqué sans pouvoir vous défendre d'aucune façon ! »
Il n'avait pas eut l'intention d'élever la voix; en réalité, il n'avait même pas réalisé qu'il était en colère avant de se mettre à parler. Il tempéra son expression ; mais il n'allait certainement pas revenir sur ce qu'il avait dit maintenant que c'était fait.
Et apparemment, ce ne fut pas nécessaire, Potter semblait déjà penaud et écrivait une réponse : 'je n'avais pas pensé à ça'
« De toute évidence. » fit il d'un ton traînant. « De plus, votre travail en classe a été exécrable, à moins que vous ne pensiez pouvoir apprendre dans les limbes? »
Une expression de pure et simple confusion s'étalait sur le visage du garçon. Il traduisit en mots plus simples :
« Vous rêvez, et quand vous n'êtes pas en train de regarder dans le vide, vous m'observez. Peut-être qu'une heure ou deux de récurage de chaudrons vous apprendra à prêter attention à votre travail! »
Alors qu'Harry persistait à maintenir un regard plein de défi, son langage corporel en disait long au Maître des Potions, tandis qu'il regardait le garçon se renverser dans la chaise où il était assis.
Ce garçon est une contradiction vivante.
'Peut-être que j'essayais juste de vous comprendre' vint la réponse
« De plus forts que toi ont essayé et échoué. »
'Vous savez tout sur tout le monde, alors ?'
« Difficilement. En réalité, il y a une chose ou deux que j'aimerai savoir à ton sujet. »
Les sourcils d'Harry disparurent sous sa frange, son expression invitant Snape à continuer, et le professeur pu voir le combat qu'il livrait contre lui même pour ne pas paraître curieux. Mais sa curiosité disparut quand le Maître des Potions posa sèchement le pot vide sur le bureau en face du garçon et gronda :
« Comme par exemple comment vous avez réussi à gaspiller tout ce baume! » Sa colère était visible, et le petit garçon sur la chaise tenta instinctivement de se faire encore plus petit. Mais Snape ne s'arrêta pas là.
« Et emporter ce pot vide partout ! Vous faites le malin devant vos amis, n'est ce pas ? Vous êtes fier de leur montrer à quelle vitesse vous avez réussi à gâcher mon travail ? »
Reprenant le contrôle de lui-même, Snape pu enfin se concentrer sur son élève, qui avait remonté les genoux contre sa poitrine et secouait la tête de gauche à droite avec véhémence.
« Pourquoi donc, dans ce cas ? » La plume et le parchemin volèrent vers le bureau où Harry les attrapa, les jointures de ses doigts blanches tandis qu'il écrivait. La colère soudaine de son professeur ne s'était apparemment pas dissipée : il lui arracha le parchemin des mains et commença à lire les quelques ligne que le garçon avait griffonné. Quand le visage du sorcier pâli et se tordit de rage, Harry commença à être vraiment effrayé.
« Vous vous trouvez drôle ? 'J'aime l'avoir sur moi, c'était un cadeau' ? » Harry essaya désespérément de ne pas penser que le visage crispé de Snape ressemblait exactement à celui d'Oncle Vernon quand il était furieux. Les professeurs n'ont pas le droit de frapper les élèves. Ils n'en ont pas le droit. Se répéta-t il en retenant sa respiration.
« Et vous pensez que vous pouvez venir ici pour vous moquer de moi ? SORTEZ! » Mais le choc paralysa Harry, l'empêchant de bouger. Snape se dirigea à nouveau vers le bureau et agrippa le garçon par le col pour le traîner jusqu'à la porte. Contrairement à la fois précédente à l'infirmerie, Harry réussi à échapper à son empoigne et se jeta sur le bureau pour s'emparer à nouveau de sa précieuse relique.
Mais seulement pour un instant.
Quelque part au fond de son esprit, Snape enregistra le fait que les doigts desquels il arrachait le pot étaient très, très petits. Mais cela ne l'empêcha pas de le reprendre. Non, ce qui le fit stopper net fut le son que produit le gamin, qui n'aurait en aucun cas du parler, en croassant trois petits mots :
« Pr'f'sseur... s'vous plait ! »
L'instant d'après, Harry portait ses mains à la gorge et se laissait glisser le long du mur, le visage caché derrière ses genoux.
Soupirant, Severus mis un genoux en terre et tenta de relever le visage du garçon, sans succès.
« Potter, vous avez de toute évidence réussi à vous blesser. Laissez moi voir à quel point. »
Avec un léger haussement d'épaules et un rapide battement de paupières, Harry releva la tête. Il essaya de ne pas se dérober tandis que Snape tâtait sa gorge d'un geste sûr.
« Toujours inflammée. Tu n'aurais pas du... tu as mal? » Harry lui jeta un regard étonnamment désabusé. « Plus mal que d'habitude ? Oui. Bien, attends ici. Sur une chaise. »
Le sorcier revint un instant plus tard avec une potion. « Avale ça. Ca fera mal au début, mais tu te sentiras mieux dans un instant. »
Le garçon s'exécuta, et Severus se laissa tomber dans sa chaise, fermant les yeux.
« Tu as vraiment cru que c'était un cadeau ? »
Harry acquiesça.
« Eh bien, c'est pathétique. » Il vit le garçon détourner le regard et se maudit intérieurement; non seulement pour avoir provoqué cette réaction, mais aussi parce qu'elle le touchait. Prenant une grande inspiration, il ajouta : « Je ne parlais pas de vous, Potter. Je voulais simplement dire que vos attentes sont pathétiquement peu élevées. De toute évidence, il faut remercier les Moldus pour cela. »
Snape se pencha sur son bureau et tendit le pot vide à Harry. A voir la façon dont il le lui arracha des mains, comme un enfant affamé qui aurait attrapé un morceau de pain, il était évident qu'il n'avait pas comprit ce que son professeur essayait de lui dire.
« Harry, ce n'était pas un cadeau. » Un éclair de douleur traversa les yeux verts. « Non, laisse moi continuer. C'était tout au plus l'aide que n'importe qui peut s'attendre à recevoir dans une telle situation. » Même toi, pensa t il.
Par la barbe de Merlin, le garçon ne pouvait il pas cesser de le regarder comme ça ? C'est à peine s'il clignait des yeux. C'était totalement contre nature. Finalement, Severus détourna le regard.
« Bien, maintenant que je sais pourquoi tu l'as gardé, » il ne put s'empêcher de sourire; « je ne sais toujours pas comment tu as réussi à venir à bout d'une quantité de baume suffisante pour une semaine en moins de trois jours ? Je présume que tu as plus de blessures que ce que nous avons vu à l'infirmerie. »
Harry tenta de trouver quelque chose d'intelligent à répondre, mais abandonna l'idée quand son professeur lui dit d'un ton traînant : « Ne me mentez pas, Potter. Pas à ce sujet. »
Alors Harry n'écrit rien, et regarda le professeur de potions se diriger à nouveau vers son bureau. L'instant d'après, Harry se retrouva soulevé en l'air et déposé debout sur le bureau de Snape. Debout... sur son bureau !
Harry prit une expression furieuse et griffonna rapidement quelque chose, avant de le jeter à son professeur avec toute la force qu'il pu trouver, après avoir juste été soulevé en l'air comme une poupée de chiffons.
Severus pris le mot et le lu à haute voix.
« Arrêtez de faire ça ! Je ne suis pas un bébé ! »
A ces mots, il jeta à Harry un rapide regard et sourit d'une façon qu'un témoin aurait qualifié d'indulgente. Mais l'expression disparut aussi vite qu'elle était apparue. « Non, bien sur, tu n'en es pas un. Mais ma façon de faire est bien plus efficace. Retrousse les jambes de ton pantalon. »
Harry obéit, et attendit que Snape ait une fois de plus examiné ses blessures. Se crispant, Snape le regarda et lui dit : « Tu aurais du nous en parler quand nous étions à l'infirmerie. Maintenant, tu vas descendre tout seul de mon bureau comme l'adulte que tu es, et attendre un instant. »
Il revint avec un autre pot de baume, deux fois plus gros que le précédent. « Celui ci devrait durer au moins une semaine, Potter, si vous faites attention. »
Harry fit un geste pour attraper sa plume.
« Potter, si vous faite un autre geste pour tenter de gribouiller ' merci' avec cette horrible patte de mouche que vous appelez écriture, je me verrais contraint d'utiliser incendio sur ce parchemin avant que vous n'ayez eu le temps de cligner des yeux. »
Au lieu d'être intimidé, Harry lança un large sourire au grand sorcier et galopa vers la sortie.
