Chapter 12

Nous y voilà, songeait Severus alors qu'il marchait d'un pas rapide à travers les couloirs vides. Cette fois je suis vraiment devenu fou. J'ai finalement perdu l'esprit. C'était la seule conclusion à laquelle il pouvait aboutir, étant donné les circonstances. Pour quelle autre raison pourrait-il bien être en train de se rendre à la tour de Gryffondor ?

Oui, il allait volontairement rendre visite à un élève, à Gryffondor, au matin de noël. Il déplora un instant la perte de ses facultés mentales, mais ne ralentit pas le pas.

Quand il atteignit le portrait qui gardait l'entrée de la tour, la Grosse Dame se réveilla en grognant, jetant un oeil à la fenêtre d'où perçait la pâle lumière de l'aube.

« Déjà de retour, professeur? » commenta-t-elle d'un air faussement désinvolte. « Je serais surprise si huit heures s'étaient écoulées depuis votre dernière visite. Et de la part du directeur de Serpentard qui plus est ; ça doit être un nouveau record pour l'école. »

« Effectivement, cela fait deux fois en 24 heures que je viens ici. Plus qu'assez pour avoir l'opportunité de constater vos conditions de travail et de recommander que vous soyez envoyée en... restauration et recadrage. »

La menace sous-entendue fit mouche et le portrait s'ouvrit sans un mot de plus.

Evidemment, une fois qu'il fut passé de l'autre côté, Snape se trouva désemparé. Il n'avait pas prévu les choses plus loin que cet instant. Confronté à la réalité d'être entré dans la salle commune des Gryffondors tandis que les enfants ouvraient leurs cadeaux, il décida de rester dans l'entrée, dissimulé dans l'ombre, d'où il pouvait observer le spectacle.

Il n'y avait que Ronald Weasley dans la salle commune et il se demanda brièvement où se trouvait Harry jusqu'à ce que son ami ne se mette à crier son nom. Snape tressaillit à ce bruit, mais se tint coi. Un moment plus tard, le petit Gryffondor fit son apparition aux pieds des escaliers menant aux dortoirs.

« Viens Harry ! Tu dois ouvrir tes cadeaux. »

Harry regarda les cadeaux sous l'arbre depuis son perchoir avec des yeux écarquillés, et pointa une main vers sa propre poitrine d'un geste interrogatif. Etonnement, Weasley comprit son ami et répondit,

« Oui, vieux, tu as des cadeaux. Viens! »

Là dessus, Potter dévala les escaliers.

Snape fut surpris de voir le soin avec lequel le garçon ouvrait ses cadeaux. Il déballa chacun doucement, comme s'il voulait savourer chaque minute de l'expérience. Tous furent accueillis avec ce qui pouvait être considéré comme un cri de joie. Il aurait sérieusement réprimandé Potter pour ne pas prendre plus soin de sa voix s'il n'avait pas été préoccupé à tenir sa présence secrète.

Il admira silencieusement le choix des cadeaux que les amis du garçon lui avaient fait. Tous semblaient bien pensés, en dehors de la fichue cape d'invisibilité. Il maudit furieusement Dumbledore en pensée quand il la remarqua. A quoi pensait le vieil homme en donnant un tel objet au garçon ? Elle allait seulement rendre la vie de Severus plus compliquée encore. Et là dessus, il réalisa que c'était probablement exactement la raison pour laquelle le sorcier avait donné cette cape au garçon.

Enfin, Harry arriva à son dernier cadeau et Snape se raidit par avance. Il tenta de se convaincre qu'il n'était pas anxieux de voir comment il serait accueilli, non, il était tout à fait indifférent.

Il était enveloppé dans un simple papier d'emballage brun. S'il devait s'exposer en offrant un cadeau à cet enfant, il n'allait certainement pas tomber dans le piège traditionnel des papiers aux couleurs criardes.

Mais le papier marron fut défait avec la même révérence que les autres. Le professeur plissa les yeux tandis que Potter sortait le premier de ses cadeaux- un bonnet d'hivers en laine et des moufles assorties. De la laine noire, pas de ces stupidité de couleurs de maison. Il n'avait pas ajouté d'écharpe, sachant que le garçon n'abandonnerait jamais celle aux couleurs de Gryffondor que l'école lui avait fourni.

Il s'autorisa l'indulgence de se demander si le garçon était déçu. Les cadeaux étaient tellement pratiques. Si pratiques qu'en réalité, ils n'auraient même pas dus être considérés comme des cadeaux, vraiment. Pas plus que trois repas par jour. Mais là encore, avec l'existence misérable qu'avait vécu Potter, il considérait probablement des repas réguliers comme un cadeau.

Se sortant de sa rêverie, il se tourna pour se concentrer sur Potter et avala difficilement sa salive à cette vue. Potter avait enfilé les deux cadeaux et était en train de frotter la laine des gants contre sa joue. Severus se surprit à rougir à un tel signe d'appréciation.

Ron Weasley observait son ami, avec une expression entre l'amusement, la surprise et... la colère.

« Ils sont beaux, qui te les a offerts? » Harry déposa les vêtements sur ses genoux et chercha le parchemin qui accompagnait le cadeau. C'était tout lui, d'ouvrir d'abord le cadeau et d'ensuite lire la carte.

Il sembla reconnaître l'écriture, probablement grâce à ses commentaires sur ses horribles copies de potions et se pétrifia. C'était une erreur, songea le professeur, j'ai été trop loin. S'était il réellement attendu à ce qu'un enfant aussi arrogant que Potter soit reconnaissant pour son cadeau?

Il s'apprêtait à tourner les talons pour quitter la pièce quand l'expression d'Harry changea. Un sourire envahit son visage, et il était si large, si heureux que Severus sentit sa poitrine se serrer. Ses pieds restèrent cloués au sol.

Harry fit alors son signe, pour répondre à la question de son ami. L'expression sur le visage de Ron Weasley valait à lui seul la peine pour cet exercice humiliant.

« Snape t'as offert un cadeau de Noël ? Snape ? Eh bien, vieux, c'est impressionnant! »

En effet. Le garçon fit un mouvement pour prendre les moufles et Severus plissa les yeux. Il ne voulait pas que le Gryffondor mette ses pattes sales dessus.

Apparemment, Harry était du même avis; il lâcha le parchemin et saisit les accessoires d'hivers avec un léger grognement d'avertissement. Le professeur se pencha, inquiet. Qu'est ce que cela signifiait ?

« Allons, Harry. Tu ne vas pas recommencer ! C'est la même chose que pour Hermione et le baume. Tu n'as pas besoin d'être aussi protecteur avec ce que les gens te donnent. C'est à toi, j'ai compris, je ne vais pas te les voler. » Sa voix avait prit un ton compatissant dont Severus ne l'aurait jamais cru capable. « Personne ne t'a jamais vraiment donné de cadeaux, pas vrai ? Et s'ils l'ont fait, ton horrible cousin te les a probablement volé ou cassé, c'est ça ? Mais moi, je ne vais pas faire ça. Je ne le ferai pas, Harry ! Je veux juste les voir, c'est tout. »

Avec un regard méfiant, Harry les lui tendit. Snape faillit alors intervenir, avant que la situation ne dégénère ; mais Potter sembla prendre sur lui, son effort changeant visiblement son attitude. Il se détourna ensuite de son ami et pris le parchemin plié pour l'ouvrir.

C'était le plus gros morceau. Severus ferma ses yeux, ses pensées se tournant malgré lui au soir précédent, quand il avait écrit ces mots.

Cher M. Potter,

Commençait le mot

J'espère que vous passez un noël agréable. Le chapeau et les moufles sont pour vous, donnés volontairement pour mon propre bénéfice. Une personne ne peut préparer correctement ses potions avec les mains rouges et gercées par le froid.

Comme vous avez prit l'habitude de passer du temps dans mes quartiers, je souhaitais vous accorder une dernière chose, une fois de plus pour des raisons pratiques. Vous trouverez ci-dessous le mot de passe pour accéder à mes appartements. Vous êtes libre de l'utiliser à l'occasion de vos visites au lieu de frapper. Je vous demande seulement de ne le partager avec personne, et de prêter attention au portrait qui garde ma porte quand vous arrivez. Si la biche sur le tableau n'est pas là, alors je suis occupé ou indisponible et vous devrez retourner dans votre dortoir. Lisez le mot de passe avec attention, l'encre s'effacera dans quelques minutes.

Le mot de passe est :

LIVE SANELY

Joyeux Noël Harry,

S.Snape

Il se décida enfin à ouvrir ses yeux, pour voir Harry bouger ses lèvres alors qu'il tentait de mémoriser les mots. Ils ne représentaient rien pour le garçon, contrairement à son professeur, mais ils n'étaient pas difficiles à retenir une fois qu'on les connaissait. Harry plia finalement le parchemin et il sut que les mots avaient du disparaître.

Weasley lui rendit le reste de ses cadeaux. « Tu sais qu'il a mis un sort de réchauffement dessus ? C'est vraiment pratique. Je me demande pourquoi mon père et ma mère n'ont jamais pensé à faire ça ! Qu'y avait il sur le parchemin? »

Harry secoua la tête, reprenant le bonnet et les moufles. Cette fois, sa réponse négative ne rencontra pas de protestation. Snape observa les deux garçons, Ronald feuilletant un livre sur le quidditch, et Harry, Harry qui semblait littéralement caresser les gants.

Il était content que le cadeau soit apprécié, mais c'était pousser les choses un peu loin, et il sentit sa poitrine se serrer à nouveau. Le garçon aurait du être obsédé par la cape d'invisibilité, un objet venant du père qu'il n'avait jamais connu et pas par de simples gants venant de son professeur revêche.

Apparemment, c'était aussi l'avis de Weasley. « Vraiment vieux, c'est gentil de sa part, mais ce sont juste des gants. »

Harry le regarda, outré. Severus pouvait voir qu'il s'apprêtait à tourner les talons et quitter la pièce. Il ne voulait pas que son cadeau soit une cause de discorde entre les amis le jour de noël.

Reniflant de mépris à son propre sentimentalisme, il sortit de l'ombre et s'avança dans la pièce. Il étouffa un éclat de rire à la vue des regards choqués identique de ses élèves.

« M. Potter, M. Weasley » les salua-t-il.

Se reprenant, Harry bondit et couru vers lui et avant qu'il ait pu se sentir choqué par la familiarité du geste, il se retrouva traîné vers l'arbre par la main.

Sautillant sur la pointe de ses pieds ( nus, constata Severus ), Harry lui désigna l'arbre et les cadeaux d'un air excité.

« Je crois qu'il essaie de vous dire qu'il a eu des cadeaux, professeur » expliqua Ron

« C'est ce qu'il semblerait. Je pense que vous passez tous les deux une agréable matinée de Noël ? » les deux garçon acquiescèrent avec enthousiasme.

« Si cela ne vous dérange pas, je vais m'asseoir. Voilà un moment que je suis debout. » Une étincelle de compréhension s'alluma dans les yeux d'Harry, bien que Weasley sembla confus.

Alors qu'il s'approchait d'un fauteuil (une chose hideuse, rouge et or, nota-t-il ), il vit Harry faire le signe pour 'merci' encore et encore.

« Il n'y a pas de quoi, Potter. Bien que sur un point, je sois d'accord avec ton ami » La mâchoire du garçon en tomba sous le choc. « Oui. Considérez cela comme votre cadeau de Noël; M. Weasley. » Harry sembla perdu, et légèrement trahi. Tentant d'écarter l'autre garçon, il prit Harry par le menton et lui fit lever le visage.

« Je suis content que tu apprécies le cadeau. En revanche, je suis désolé de te voir si convaincu qu'il est éphémère. »

Arg, il avait recommencé. « Ils ont à toi, Harry. Je te les ai offerts avec une bonne intention, mais j'espère que viendra un jour où tu ne considèreras plus une telle chose comme un trésor, que tu réaliseras que tu as le droit à une chose aussi simple que d'avoir les mains au chaud. »

Les yeux d'Harry s'adoucirent légèrement, alors que son visage s'enflammait de honte.

« Ce n'est pas ta faute, cependant, et je pense que M. Weasley a besoin de le réaliser. » Il sorti se baguette et incanta : « Accio gants d'hivers d'Harry !»

Ils volèrent à travers les escaliers pour venir atterrir dans sa main tendue. Il les examina d'un regard neutre. La laine était fine, ils étaient trop petit pour les mains du garçon ( pour changer ) et complètement élimés, parsemés de trous au bout des doigts. Il étaient positivement loqueteux.

« Voici ce que M. Potter a porté pendant... eh bien, trop d'années je suppose, j'imagine. »

« Oh. D'accord, je comprends. »

« Je l'espère. »

D'un autre geste de la baguette, il lança un 'incendio' et regarda les gants se réduire en cendre. Bon débarras.

Il se tourna vers Harry quand il sentit qu'on le tirait par la manche. Le garçon lui fit signe d'attendre un instant et s'enfuit en courant vers son dortoir.

Quand il fut hors de portée de voix, Ron prit la parole.

« C'est un peu bizarre pour moi, de voir Harry être aussi... étrange avec ses cadeaux. Mais merci de lui en avoir donné, professeur. »

Severus ne put se retenir de lever les yeux au ciel. « Est ce que tous les Gryffondors ont ce penchant pour les remerciements ? »

Ron se contenta de hausser les épaules. « Sais pas. Jamais remarqué. »

Harry revint enfin, une carte à la main. Il hésita seulement un instant avant de la tendre à son professeur. Snape rencontra son regard, attendant muettement l'autorisation de l'ouvrir, et quand il sentit qu'il l'avait, il le fit.

Un simple dessin, un sapin de noël tracé grossièrement, décorait le devant de la carte, de la neige animée tombant autour de lui. Il fut étrangement ému que Harry ait dessiné la carte lui même. A l'intérieur, il lu :

Cher professeur Snape:

je pense que vous n'aimez pas vraiment Noël, mais je voulais vous offrir quelque chose quand même. Vous avez été vraiment gentil avec moi ce dernier mois et demi. J'apprécie vraiment. J'espère que vous passez un bon Noël, monsieur. Peut être même que ce sera le meilleur, comme je pense que ça le sera pour moi.

Mon cadeau n'est pas grand chose, mais je le pense vraiment.

Sincèrement, Harry Potter

PS :C'est Hermione qui a fait le charme pour la neige sur la carte, je ne peux pas en prendre le mérite

Ayant fini de lire, il dirigea son regard vers les deux coupons de parchemin rectangles qui avaient été insérés dans la carte. Il les lus une fois pour lui même, puis à voix haute pour en faire profiter son audience.

« Coupon, bon pour une utilisation. Je, soussigné Harry Potter, promets d'obéir entièrement et instantanément au professeur Severus Snape sans discuter sur présentation de ce coupon ». Il y en avait deux.

Snape soupçonnait que la formulation des bons ait aussi bénéficié de l'aide de Mlle Granger.

Harry regardait dans la direction de ses genoux, attendant sa réaction. Il s'apprêtait à dire quelque chose quand Weasley explosa :

« Tu es fou, Harry ? C'est un professeur! » Dit il avec le même ton que beaucoup de gens utilisaient pour dire « Mangemort ». « Il pourrait te faire boire des potions pour une expérience, ou être gentil avec Malfoy, ou, ou, aller te coucher de bonne heure! »

Snape leva une main, ce qui, étonnamment, fit taire le garçon. « Bien que j'espère que tu m'obéirait en temps normal sans poser de question, je comprends que cela aille contre tes tendances Gryffondores, Potter. J'accepte donc le cadeau dans l'esprit dans lequel il a été offert. Quant à vos inquiétudes, M. Weasley, je pense que Harry pensait plutôt à une de ces occasions particulières dans laquelle il aurait tendance à foncer tête baissée sans le moindre considération pour les souhaits de ses aînés. »

« Merci, Harry. J'ai bien l'intention de les utiliser, tu comprends ? »

Un hochement de tête affirmatif lui répondit, et le garçon saisit son parchemin pour commencer à écrire.

'Ron et moi allons faire un château de neige ! Je vais pouvoir essayer le bonnet et les gants ! Vous voulez venir voir?'

'Non merci. J'ai des potions en préparation. Mais je vais attendre que vous soyez tous les deux prêts avant de partir. Dépêchez vous ! »

Les deux garçons montèrent les escaliers quatre à quatre. Environ 15 minutes plus tard, ils se tenaient devant lui dans leurs habits d'hivers, prêts à affronter la neige.

Snape tenta de prendre un air ennuyé. Il se tourna vers la porte, avant de se retourner et de lancer tranquillement un sort d'imperméabilité et de chaleur sur les vêtements des garçons.

Harry fit un signe, et Weasley dit à voix haute : « Merci, professeur. »

Grommelant « Les Gryffondors et leur infernale gratitude! » Snape se dirigea à nouveau vers les donjons

: Anagramme intraduisible de « Lily Evans », à une lettre près !