Chapter 13

Ce soir là, Harry se retrouva dans la salle commune à jouer une partie d'échecs sorciers franchement mauvaise avec Ron. Mauvaise, parce qu' il lui semblait qu'il ne s'améliorait pas du tout à ce jeu. Probablement parce que Ron me fiche toujours une raclée tellement rapidement que je n'ai pas l'occasion de m'entraîner, pensa-t-il sombrement. Il avait été tenté de suggérer une partie de bataille explosive avec la dernière parodie de partie, juste pour pouvoir jouer à peu près à égalité de chance. Mais pour finir, il avait décidé de faire plaisir à son ami.

Après tout, même si Noël avait été formidable pour lui, Ron en avait sûrement connu de meilleurs avec sa famille. Cette année-ci il avait du rester à l'école, et même Harry savait que ça n'avait probablement pas été le Meilleur Noël de Tous les Temps pour Ron.

Il se mit soudain à sourire en regardant l'échiquier tandis qu'il repensait à ce matin là. Le bonnet et les gants avaient été formidables, en particulier quand Ron et lui avaient entrepris de faire une réplique en neige de Poudlard. Les charmes de réchauffement avaient été particulièrement utiles et il devait admettre qu'avoir les oreilles au chaud était vraiment une nette amélioration... même si le bonnet avait rendu ses cheveux encore plus incontrôlables qu d'habitude. Ron s'en était presque étranglé de rire. Harry se demanda s'il existait quelque chose comme un charme anti-statique.

Mais le meilleur moment avait été celui où le professeur Snape lui avait donné son mot de passe. Il soupçonnait que c'était quelque chose que l'homme gardait secret, et il se demandait si même Dumbledore le connaissait. Il ne put résister à une petite bouffée d'orgueil; il était sûr que Malfoy ne le connaissait pas. Il se laissa bercer un moment par ce doux privilège.

Mais ce fut littéralement un moment, avant que sa joie ne se brise dans un élan de panique.

C'était une plaisanterie, Snape lui avait fait une plaisanterie. Une plaisanterie cruelle, méchante. C'était forcément cela, comment diable était il censé utiliser le mot de passe alors qu'il ne pouvait pas parler ?

Oh, c'était tellement évident. Le professeur était probablement en train de rire de lui dans les donjons à ce moment même.

Harry se mit à trembler, incapable de dire si c'était de rage ou de tristesse. Il savait juste qu'il devait y aller. Il devait voir le professeur, lui parler. Oh, comment avait il pu être aussi stupide ?

Il jaillit de son siège, la respiration haletante. Il lança quelques signes en direction de Ron, qui avait levé la tête machinalement quand son ami avait s'était levé au milieu de leur partie.

« Harry, ralentis, je ne peux pas suivre. »

Harry prit une grande inspiration en essayant de rester patient. Ce n'était que deux signes simples « Aller » et « Snape ». Il aurait bien aimé que son ami se concentre. Il se répéta plusieurs fois alors qu'il se dirigeait vers l'escalier des dortoirs. Il était reconnaissant pour la cape d'invisibilité, elle allait certainement se révéler pratique maintenant.

Alors qu'il redescendait les escaliers, il vit Ron froncer les sourcils en direction de l'échiquier. Probablement en pensant aux prochains mouvements. Quand il vit Harry, cependant, il lui tendit une plume et un parchemin. « Fais moi plaisir, vieux, explique toi un peu avant de t'enfuir. »

Harry soupira d'exaspération. Il devait sortir d'ici. Il avait besoin de savoir. Il s'arrêta toutefois assez longtemps pour griffonner une explication et la montrer à son ami.

'Je crois qu'une partie de mes cadeaux de Noël de la part de Snape était une mauvaise blague. Je dois lui parler.' Il ne pouvait rien dire de plus, Ron ne devait pas savoir qu'il avait le mot de passe.

« Vraiment ? Quel sale type ! Je suis vraiment désolé, Harry. »

Harry ne répondit pas, il enfila juste sa cape et se dirigea vers la porte. Tandis qu'il s'en allait, il entendit son ami soupirer lourdement derrière lui.

Il courut presque tout le chemin jusqu'aux donjons, mais s'arrêta brusquement à l'entrée du couloir qui menait aux quartiers de Snape. Il n'avait pas envie de se précipiter pour affronter la réalité de cette mauvaise plaisanterie. L'idée de se tenir devant ce portrait, de n'avoir aucun moyen d'utiliser le mot de passe que le professeur lui avait donné lui gelait les entrailles.

Mais l'idée qu'il ne faisait que retarder l'inévitable le poussa et il continua son chemin en traînant des pieds tout du long.

Et puis il le vit. Son cœur fit un bond dans sa poitrine et battit si vite qu'il cru qu'il allait s'échapper. Là, attaché au pied du cadre du portrait se trouvait un morceau de parchemin, les mots 'M. Potter' inscrits dessus.

Oh, Merlin. Avait il écrit pour se moquer de lui ? Pour lui dire qu'il avait été stupide et arrogant de penser que Snape pourrait songer à donner son mot de passe à un idiot comme lui ? Laissant glisser sa cape, il voulu prendre la note d'une main tremblante, mais elle ne bougea pas. Elle s'ouvrit, cependant, et Harry fut émerveillé par la magie en dépis de son anxiété grandissante.

Eyesight blurring, he slowly made out the writing.

Sa vue subitement floue, il décrypta lentement l'écriture.

Potter,

Je m'aperçois, peut-etre un peu tard, que vous ne pourrez pas délivrer le mot de passe pour mes appartements verbalement. J'ai donc placé un charme sur ce parchemin qui devrait vous aider.

Vous n'avez qu'à écrire le mot de passe dessus. Il est enchanté pour être lié au portrait. A moins que vous ne soyez victime de votre atroce écriture et orthographe habituels, il devrait vous permettre de rentrer comme si vous l'aviez prononcé.

De même que sur ma précédente note, une fois le mot de passe écrit, toute trace d'écriture disparaitra. Le parchemin, en revanche, restera jusqu'à ce que vous ayez retrouvé vos facultés vocales.

S. Snape.

Ce n'était pas une plaisanterie. Les mots tournaient encore et encore dans le cerveau d'Harry alors qu'il sortait une plume et commençait à écrire le mot de passe en question. Cen'étaitpasuneplaisanteriepasuneplaisanteriepasuneplaisanterie. C'était comme s'il venait à nouveau de recevoir le cadeau. Sans compter que le professeur avait du enchanter un parchemin pour lui, pour qu'il puisse entrer.

Il sentit un étrange sentiment réchauffer sa poitrine, chassant toute peur. Il aurait aimer pouvoir le mettre en bouteille. Bon sang, il aurait déjà bien aimé pouvoir mettre un nom dessus. Il regarda, fasciné, l'encre disparaître jusqu'à ce que le cliquetis de la porte s'ouvrant ne le ramène à la réalité.

Il aurait voulu courir vers l'homme, le remercier à nouveau alors que le soulagement l'envahissait. Mais son instinct lui soufflait que Snape n'aimerait pas cela, que tout démonstration d'enthousiasme lui ferait regretter son cadeau. Au lieu de cela, il ramassa donc simplement la cape et entra.

Le professeur n'était pas dans son bureau. Harry s'arrêta, hésitant. Il avait toujours été là les autres fois où il l'avait laissé rentré. Le sorcier était probablement dans le salon, mais c'était plutôt étrange de parcourir les appartements sans être accompagné.

Mais avant qu'il ait eu une chance de se mettre en marche, une voix distante l'appela.

« Ne restez pas planté comme uns souche, Potter. Venez dans le salon. »

Ce qu'il fit.

C'était déjà sa seconde nuit cette semaine, ce qui signifiait que Snape appliquerait la règle des 'Deux nuits par semaine' après cela. Harry la trouvait particulièrement dure à tenir, il serait resté ici toutes les nuits s'il avait pu. Il trouva même le courage, quelques heures plus tard, de demander au professeur de mettre la règle de côté le temps des vacances.

Il cru presque qu'il avait réussi quand le professeur posa son parchemin et lui jeta un étrange regard. Un long et étrange regard.

Il ne commença à se sentir mal à l'aise que quand le sorcier lui fit signe de venir s'asseoir à ses côtés sur le canapé. Quand les adultes faisaient cela, ça voulait généralement dire que quelque chose de sérieux se préparait. Il s'avança donc vers le canapé et s'assit en équilibre sur le bord des coussins. Snape leva un sourcil, mais ne fit pas de commentaire. En tout cas pas sur ce sujet. Non, ce qu'il dit fut bien, bien pire.

« Eclaire moi. Pourquoi donc veux tu rester si souvent ici ? »

Il haussa les épaules, refusant de rencontrer le regard du professeur. La technique ne sembla pas marcher, et la voix de Snape se fit plus sévère quand il parla à nouveau.

« Je ne vous ai pas demandé grand chose en échange de votre séjour ici, M. Potter. » Harry tressaillit à ce dernier mot; Etrange, comme la façon d'avait Snape d'employer son nom de famille ne l'avait jamais dérangé auparavant. Soupirant, il pris le parchemin que son professeur lui tendait.

'J'aime bien rester ici parce que je me sens en sécurité.'

« Ne vous sentez vous pas en sécurité dans le reste du château ? En quoi est ce différent? »

Il ne voulait vraiment pas faire cela. Pourquoi Snape lui demandait il d'exposer ses sentiments de cette façon ? Ce n'était pas juste ! Si c'était ce qu'il voulait en échange de son séjour ici, eh bien peut etre qu'Harry n'y viendrait plus du tout !

Oh, à qui voulait il faire croire ça ? Avec les cauchemars, les flashs de ce qui s'était passé dans la salle de bain, du placard, d'oncle Vernon et du garçon qui l'avait trouvé mignon ( sur ce ton ), eh bien pour être honnête, il ne souhaitait rien de plus que de rester ici pour toujours, de s'endormir sur sa chaise tous les soirs.

Peut etre que s'il essayait, peut etre...

Mais tout ce qu'il réussi à écrire pour commencer fut 'Est ce que je dois vraiment?' Il rougit en le tendant, sachant que Snape pourrait entendre les geignements dans la phrase.

Mais à la grande surprise d'Harry, tout ce que l'homme dit fut « S'il te plait. »

Ce n'était pas vraiment une requête, et ce n'était ni doux, ni gentil. Mais c'était tout de même un 's'il te plait', et Harry y pensait secretement comme au 'mot magique'. Ce qui était plutot amusant maintenant qu'il en connaissait des vrais. Mais celui là avait été le premier, et il était sans défense contre lui. Il se mot donc à ecrire.

A nouveau. Ce fut plus lent cette fois, parce que c'était plus dur. Et pour dire la vérité, parce que sa main tremblant un peu; Mais il le fit.

'je me sens plus en sécurité ici parce que vous êtes là. Vous êtes grands, et un peu effrayant, et personne n'oserait me faire du mal en face de lui. Peut etre meme pas mon oncle.'

Il avala difficilement sa salive en rendant le parchemin au professeur, et observa tandis que les yeux de Snape déchiffraient ses mots. Et il vit, à son plus grand chagrin, le sorcier laisser échapper un léger rire. C'était juste ce qu'il lui fallait, qu'on se moque de lui ! Incapable de le supporter, il se précipita à travers la pièce pour attraper sa cape et la jeta sur lui; Il avait besoin de se cacher.

Une fois qu'il se fut installé sur le sol, les bras autour de ses genoux, il osa un coup d'oeil de l'autre côté de la pièce. Le professeur fixait toujours l'endroit d'où il avait disparu, les yeux ecarquillés. Apres un instant, Snape prit sa baguette et ferma toutes les portes à clé. Harry se crispa légèrement, mais s'efforça de laisser son corps se détendre. Il n'était pas en danger, il le savait. Juste mortellement humilié.

Il regarda Snape se pincer la base du nez et soupirer. Puis il parla très calmement, de toute évidence pour lui même : «au moins, je ne t'ai pas fais fuir dans le placard cette fois. »

Pendant un instant, il sembla se reprendre, avant de parler à nouveau, cette fois clairement pour Harry.

« Je ne me moquais pas de toi, stupide enfant. C'est simplement le fait que tu m'ai appelé 'grand.' je peux difficilement être considéré comme quelqu'un d'imposant, en réalité. Bien que je t'accorde 'effrayant' » fit il avec un petit sourire de fierté.

Carrant ses épaules, il se leva et se dirigea, très lentement, jusqu'à un tabouret prêt de l'endroit où Harry s'était recroquevillé. Il s'assit si près qu'Harry aurait pu toucher sa botte en tendant la main.

« Je l'ai déjà dit avant, mais peut etre n'est il pas inutile de le répéter. Je regrette que tu ne te sentes pas en sécurité ici à Poudlard. Si tu répètes cela, je le nierais farouchement, mais je suis flatté que tu trouves ma présence rassurance. Je peux comprendre pourquoi tu demandes à augmenter le nombre de tes séjours ici. »

« Je dois cependant refuser ta requête. »

Harry se mordit la joue, fort. Il ferma ses yeux et retint sa respiration, comme si empêcher les larmes et les sanglots de sortir de son corps pouvait signifier qu'il n'était pas réellement touché. Il ne remarqua donc pas la main pale et fine qui se tendit pour retirer la cape d'invisibilité.

« Regarde moi, s'il te plait. » Le mot magique à nouveau, si impossible à ne pas obéir. Il leva les yeux pour rechercher sa liberté, son outil pour se cacher, tenu par les mains de l'homme assis devant lui. Il se sentait tout nu.

« Veux tu savoir pourquoi, Harry? » Il ferma à nouveau ses yeux et secoua la tête mécaniquement de gauche à droite. Il ne pouvait pas supporter de faire face à ce rejet.

Il sentit Snape se lever et quitter la pièce, et son coeur échoua plus bas que ses pieds. Qu'est ce qui n'allait pas avec lui ? Il se sentait comme quand il avait cinq ans, et que tante Petunia venait juste de jeter sa couverture, le seul souvenir de ses parents, dans la poubelle.

Puis il apercut à nouveau les bottes, et se força à prendre une inspiration douloureuse.

« Viens. » Une main le guida jusqu'au tabouret et lui tendit un flacon. Snape dut lire la question dans ses yeux. « Ce n'est pas une potion calmante. Plutôt l'inverse, en fait. Elle va libérer toutes les émotions que tu essaie clairement de garder en toi. Les potions calmantes ont leurs avantages, mais il n'y a aucune raison de t'imposer du calme ici. »

Libérer ses émotions ?! Il n'aimait pas du tout l'idée, et fit un geste pour rendre le flacon.Des doigts fins s'enveloppèrent autour de sa main et l'arrêtèrent.

« Tu as raison, tu sais. Tu es en sécurité ici. »

Sur ces mots, il versa légèrement la potions dans sa bouche.Il ne fallut que quelques instants pour qu'elle fasse effet, et qu'il se retrouve à sangloter à fendre l'ame. Snape réagit rapidement; il ota les lunettes d'harry de son nez et lui offrit un mouchoir. Il repoussa aussi le flacon de potion, mais, remarqua Harry, pas sa main, qui resta serrée autour des doigts d'Harry. Il ne put s'empecher d'agripper la main du sorcier, comme s'il pouvait en extraire de la compassion comme du jus d'une orange.

« Avant tout, tu dois savoir que mon refus de changer les règles n'a rien de personnel. C'est pour toi. Tu dois faire partie de ta maison et de cette école, et pas seulement en assistant aux cours. Poudlard est fait de façon à instaurer une communauté soudée entre les étudiants. »

Harry commença à se calmer et essuya ses yeux. Snape continua. « Même si j'étais ton... » sa langue sembla se coller à son palais, et le jeune sorcier le regarda avec fascination reformuler : « Même si tes parents faisaient partie du personnel, tu devrais tout de meme rester dans les dortoirs de ta maison. C'est ainsi. »

Harry songea aux demi-vérités contenues dans ses mots alors qu'il prenait sa plume pour répondre, faisant inconsciement écho aux premiers mots de Snape.

'Mais c'est les vacances. Si vous etiez... si mes parents étaient professeur, je pourrais surement rester avec eux pendant les vacances?'

« Oui, c'est juste,mais je ne suis pas... ils ne sont pas... ce n'est simplement pas pareil, Potter! »

Il répondit de la seule façon qu'il pouvait. Avec trois signes. Les deux premiers étaient son signe spécial pour Snape, le troisième 'S'il vous plait'

Un soupir, puis une pression sur ses doigts. « Très bien. Mais seulement pour le reste des vacances, ensuite tu retourneras dans ton dortoir et les anciennes règles s'appliqueront.'

Harry sourit de soulagement. Apparement, le mot magique marchait aussi avec Snape.