Chapter 15
En dehors d'un déjeuner plutôt tendu le matin suivant, durant pendant lequel Snape avait essayé sans succès de tirer Potter de son étrange humeur, il n'avait pas vu le garçon depuis une semaine et demie. En dehors des cours, évidement.
Et même en classe, Harry gardait la tête baissée, finissait rapidement son travail mais ne rencontrait jamais le regard de son professeur.
Ce furent les signes qui le poussèrent finalement à agir. Le garçon avait cessé d'utiliser le signe qu'il avait crée pour Snape. Ce n'était pas que cela l'ennuyait ; il s'en moquait éperdument, vraiment, c'était simplement un signal très clair que quelque chose n'allait pas avec le garçon. Harry Potter était peut-être brave, un peu vulnérable et rapide à s'emporter, mais il n'était sûrement pas subtile. En réalité, il était un véritable livre de psychologie pour enfants moldus vivant, à sa façon de lancer des signaux par son comportement. Si ce n'avait pas été si frustrant, c'en aurait presque été amusant.
Cette après midi-la donc, quand Potter répondit à quelque chose qu'il avait demandé par seulement 'Oui professeur' et un léger rougissement, Snape demanda à Mlle Granger de rester après le cours.
Il ne perdit pas de temps en préliminaires.
« Je pense que vous savez ce qu'il se passe avec M. Potter ? »
« Ce qu'il se passe, monsieur ? »
Il ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel alors qu'il répondait. « Oui, ce qui le préoccupe. Je voudrais savoir de quoi il s'agit. »
« Oh. Eh bien, je ne suis pas sure qu'Harry soit d'accord pour que je partage ses confidences, monsieur. »
Il arqua un sourcil interrogatif. Toujours un adulte, toujours un ennemi, apparemment. « Mlle Granger, j'aimerai que M. Potter et vous compreniez qu'il y a des moment où il est nécessaire de garder de telles confidences et d'autres non. Comme vous le savez parfaitement, Harry a une certaine tendance à garder des secrets qui peuvent lui être néfastes. Je voudrais simplement m'assurer de son bien-être. »
La jeune fille le regarda avec un petit sourire triste. « Vous l'avez appelé Harry. »
« Il semblerait. »
« L'avez-vous fait exprès pour me pousser à vous dire ce qui l'ennuie? »
« Cela dépends. Est-ce efficace? »
Hermione soupira. « Oui, c'est efficace. » Elle prit un moment pour se préparer avant de continuer. « C'est juste, monsieur, qu'il est embarrassé. »
« Embarrassé? » Il ne s'était pas attendu à ça. Il avait supposé qu'Harry était fâché à propos d'un quelconque affront de sa part dont il ne s'était pas rendu compte. Ou fâché d'avoir du retourner à la tour. Mais embarrassé ? « Et pourquoi donc ? »
Il s'intima d'être patient tandis qu'Hermione se tortillait sur son siège. « Eh bien, monsieur, il m'a raconté comment il vous avait demandé de, enfin pas demandé précisément, indiqué serait peut-être un meilleur mot, ou suggéré... »
« Mlle Granger » gronda-t-il.
« Oui. Désolée monsieur. Eh bien, c'est juste qu'il voulait, hum, être porté. Il était fatigué et il se sentait bien, et il n'a pas vraiment réfléchi et il ne voulait pas vous offenser, monsieur ! Si vous saviez comme il était horrifié par sa conduite quand il me l'a raconté ! »
Se pinçant l'arrête du nez, Snape ferma les yeux. Que Merlin le sauve des enfants stupides.
« Et qu'avez vous répondu, exactement ? »
« Je lui ai dit de ne pas s'inquiéter pour ça. Que si vous ne vous étiez pas fâché sur le moment, il y avait peu de chances que vous le soyez, et qu'il faisait peut-être une montagne d'un taupinière. »
« En effet. Merci de m'en avoir parlé. Je ferai en sorte de détourner M. Potter de ses suppositions erronées. »
Il avait voulu signifier ainsi la fin de la conversation, mais la jeune fille ne partit pas immédiatement.
« Saviez-vous qu'il avait un signe pour vous, professeur? »
« J'en suis tout à fait conscient, Mlle Granger. »
« Eh bien, en réalité, ce sont deux signes. »
« Votre point étant ? »
« Je pensais juste que vous voudriez le savoir, c'est tout. »
Elle s'éloigna de quelques pas et il pensa un instant que la conversation était finie. Mais elle pivota alors sur les talons pour demander :
« Vous ne voulez pas savoir ce qu'ils signifient? »
Il croisa les bras en signe d'un calme qu'un ne ressentait pas vraiment.
« Je ne doute pas que M. Potter me le dira quand il sera prêt à le faire. »
Et là dessus, il fut enfin laissé seul avec ses pensées.
Il avait prévu d'aller voir Potter dans le Grand Hall pendant le dîner et de lui dire de venir dans les donjons après son repas. Le plus tôt il s'occuperait de cela, le mieux ce serait. Comment un enfant pouvait à la fois être brave et peu sûr de lui, cela le dépassait.
Potter, cependant, n'était pas dans le Grand Hall pour le repas. Il ne savait peut-être pas grand chose au sujet du garçon, mais il savait au moins une chose : même dans son pire état d'embarras, il n'y avait aucune chance pour qu'Harry laisse sa fierté le priver d'un repas. Il était toujours dirigé par son instinct de survie et cet instinct l'aurait conduit droit à la table des Gryffondors.
Les autres membres du lamentable trio étaient présents à l'appel, cependant, ce qui ne fit qu'augmenter ses soupçons. Il finit son repas et s'approcha rapidement et silencieusement du banc ou les deux enfants étaient assis.
Les abordant par derrière, il s'éclaircit la voix dans un effort pour capter leur attention. Il se tournèrent instantanément vers lui, le fils Weasley au milieu d'une bouchée.
« Charmant, M. Weasley » se moqua-t-il. « Mlle Granger, M. Potter a-t-il un problème tel qu'il ne puisse continuer à se nourrir correctement ? »
« En fait, monsieur, ce n'est pas cela » répondit la jeune fille en question. « Le professeur Dumbledore lui a envoyé une note tout à l'heure en lui demandant de venir le voir. » Elle baissa la voix. « Je pense que ça a quelque chose à voir avec son attaque. »
Snape jura tout bas, laissant les deux élèves bouche bée. Il lança un regard noir dans leur direction avant de se retourner et de se diriger vers le bureau du directeur.
Harry avait été heureux que Dumbledore le fasse venir pour cette rencontre pendant le dîner. Une fois qu'il eut lu la note du sorcier, il sut qu'il ne serait pas capable de manger même s'il le voulait.
Harry,
Je suis heureux de pouvoir te dire que nous avons découvert l'identité de tes agresseurs. Je les rencontrerai ce soir à 18h, j'aimerai que tu sois présent.
Le mot de passe pour mon bureau est « Zingy Zaps »
Dumbledore.
Même s'il était content qu'on ait enfin trouvé les garçons qui l'avaient attaqué, il ne comprenait pas pourquoi le directeur avait besoin de lui pour cette réunion. Il n'allait sûrement pas lui demander de redonner sa version des faits à nouveau ? Cette idée seule était suffisant pour lui donner envie de fuir loin du bureau de Dumbledore.
Cela faisait dix minutes qu'il attendait là, seul. Il supposait que les autres étaient dans une pièce contiguë et le rejoindraient rapidement; il s'assit donc sur le canapé et attendit.
Il était plus que disposé à attendre aussi longtemps qu'il le faudrait. Pour toujours, même.
Malheureusement, ce fut précisément à ce moment que l'une des portes de côté du bureau de Dumbledore s'ouvrit, laissant entrer trois élèves, suivis du directeur lui-même.
Harry se leva, dans un effort pour bloquer ses genoux et les empêcher de trembler plus que par respect pour le directeur. Il n'en avait certainement aucun pour ses agresseurs.
« Harry, mon garçon, je suis content de te voir. Je t'en prie, assieds toi. »
Il ne put que hocher la tête. Ses yeux ne quittèrent pas le visage de Dumbledore, bien qu'il ne voyait pas vraiment l'homme. Il voulait juste éviter de regarder les visages des trois garçons à sa gauche.
« Harry, je crois que tu mérites de connaître l'identité de tes agresseurs. » Sa voix s'était durcie, nota Harry. « Jovan Sirec, Conrad McWhinney et Honoré Leguin. »
Harry balaya rapidement du regard dans leur direction. Ce fut assez pour noter qu'ils portaient tous des cravates aux couleurs de Serdaigle; apparemment, il n'y avait pas que les Serpentards qui le détestaient. Formidable. Il resta planté là, fixant ses chaussures pendant ce qui sembla des siècles. Qu'est ce que Dumbledore attendait de lui, un « ravi de vous rencontrer? »
« Je crois que ces trois personnes voulaient te dire quelque chose. » Harry fut un instant troublé par la réalisation frappante que Dumbledore pouvait être aussi impressionnant. Tentant de réunir toute la force qu'il put de la présence du directeur à ses côtés, Harry tourna finalement les yeux vers ses agresseurs.
C'était une vue plutôt décevante. Ils ne ressemblaient pas à des monstres. Est-ce qu'ils n'étaient pas censés ressembler à des monstres?
L'un d'eux s'avança légèrement, faisant instinctivement reculer Harry d'autant. Mais il ne détourna pas le regard.
« Harry, je voulais te dire que j'étais désolé. Ce que nous avons fait est inexcusable. » La voix du garçon était brisée alors qu'il prononçait ces mots. « Je regrette de ne pas avoir tenu tête à mes amis et refusé de faire ça. Nous méritons notre punition pour ce que nous t'avons fait. »
Harry n'eut que le temps d'acquiescer avant que les deux autres ne prennent la parole. Tout le monde sembla se mettre à parler en même temps et il était difficile de comprendre quoique ce soit. Il saisit quelques bribes de phrases, cependant.
« ... renvoyés... »
« ...stupide petit gamin... »
Il ne détournerai pas le regard, il ne pouvait pas. Il ne leur donnerai pas cette satisfaction. Ses yeux restèrent fixes, même s'ils ne voyaient rien, tandis qu'il avait l'impression que ses intestins étaient en train de geler et de fondre en même temps.
« ... aurait du être toi... »
« ... joli garçon, Potter... »
Et puis une autre voix supplanta toutes les autres.
« Stupefix ! »
Alors que le premier garçon se figeait, Harry se retourna pour voir Snape qui se tenait devant la porte, l'air plus menaçant, sombre et furieux qu'il ne l'avait jamais vu. L'éclair dans ses yeux s'arrêta pendant une fraction de seconde quand ils se fixèrent sur Harry. Puis, avant qu'il comprenne ce qui lui arrivait, Harry se retrouva attiré et pressé contre l'homme, qui tourna le visage d'Harry vers ses robes.
En dépit de toute la bravoure qu'il avait réussi à conserver face aux garçons de Serdaigle, Harry sentit son courage le quitter quand la main libre de son professeur vint se poser sur sa joue, comme s'il essayait de le protéger de la paume de sa main. Ce simple geste tira un gémissement des lèvres d'Harry et ses mains vinrent de leur propre volonté s'agripper aux robes de Snape. Il n'entendit pas l'homme lancer son deuxième stupéfix.
Il entendit en revanche ce qui vint après, et qui fut plutôt difficile à manquer.
« Etes-vous complètement fou, vieil homme ? »
Quelqu'un hoqueta et Harry réalisa que l'un de ses agresseurs était toujours libre. Probablement celui qui s'était excusé, celui qui n'avait pas crié.
« Un son, un seul petit son de votre part, M. McWhinney, et vous irez rejoindre vos amis.
Quant à vous, Albus... à quoi diable pensiez-vous en le faisant venir ici pour voir ces trois-la ? » Harry remarqua que Snape avait, d'une façon ou d'une autre, réussi à faire sonner le mot « trois » comme une insulte.
« Severus, je pensais simplement qu'avant qu'ils ne partent, » Harry ne manqua pas la façon dont Dumbledore accentua ce mot, « que ces garçons devraient se voir offrir une dernière chance de rester à Poudlard en abjurant leurs méfaits. Ils m'ont assuré que c'était ce qu'ils comptaient faire. »
Harry pouvait sentir la poitrine de Snape gronder alors qu'il parlait. C'était une sensation étrange, presque comme une chatouille.
« Et pourquoi donc insistez-vous pour donner une multitude de chances à des élèves qui de toute évidence ne le méritent pas? Il semble toujours que ce soit aux dépends des autres. »
« Est-ce que nous parlons du présent ou du passé, Severus? »
« Des deux. » gronda l'homme. « Je l'ai accepté comme le cours normal des choses quand j'étais un enfant. Je suis plus avisé maintenant et ne je vous permettrais pas de faire la même chose avec Harry. »
La tension dans la pièce devenait trop forte pour Harry, qui voulait juste que tout s'arrête. Il pressa un peu plus son visage dans les robes de son protecteur, cherchant l'obscurité qu'elles lui procuraient.
Snape sembla alors sentir quelque chose et Harry sentit qu'on enlevait ses mains des robes. Puis les mains de l'homme se posèrent sur ses épaules.
« Est-ce que tu vas bien ? »
Harry réfléchit un instant, avant de réaliser qu'il n'avait pas le courage de mentir à ce sujet. Il ne put donc que secouer la tête. Non, non il n'allait pas bien. Il tenta de rencontrer le regard de son professeur, mais tout était un peu flou et il était plus qu'un peu chancelant.
Il avait besoin de sortir d'ici, de s'éloigner de Dumbledore et des autres garçons. Il fit donc deux signes en espérant être compris.
'Maison' et son signe pour Snape. Il ne put dire si l'homme avait compris la signification des mots, mais il était clair qu'il en avait compris suffisamment. L'instant suivant, Harry sentit des mains fines et puissantes le soulever et il se retrouva dans les bras de Snape, contre sa poitrine, comme pendant les vacances. Sauf que cette fois, il n'avait pas eu à le demander.
Tandis que le professeur prenait les lunettes d'Harry pour les retirer, il lâcha deux mots. « C'est bon ? »
Harry hocha la tête, glissant ses bras autour du cou de l'homme. Laissant échapper un souffle qu'il n'avait pas réalisé avoir retenu, il posa sa tête sur l'épaule de Snape.
Il s'endormit avant d'avoir atteint les donjons.
