Il savait que Dumbledore descendrait aux donjons, ce n'était qu'une question de temps. Severus s'attendait à recevoir une visite dès que le directeur aurait fini de s'occuper des trois agresseurs. Il ne pouvait pas les appeler des élèves ; après tout ce qu'il s'était passé, il vaudrait mieux pour eux qu'ils ne soient plus des élèves à présent.
Et bien entendu, il ne fut pas déçu. Une heure plus tard, Snape entendit frapper à sa porte. Dumbledore devait se sentir vraiment coupable s'il se mettait subitement à frapper...
Se retournant dans sa chaise, Severus lança un : « Entrez. » Ne pas venir accueillir son employeur à la porte était un message suffisamment clair, et il l'entendait bien ainsi.
« Severus, mon garçon. »
« Albus. »
Il vit les yeux du directeur se poser sur lui ; vit l'expression qui traversa le visage du vieux sorcier dans la fraction de seconde avant qu'il ne puisse se reprendre.
« Je suis surpris que vous ne l'ayez pas encore mis au lit. »
« Vraiment ? Eh bien, j'ai mes raisons. Pour commencer, il s'est endormi par pur épuisement émotionnel et pas par réel besoin d'aller au lit. Il est encore tôt, même pour quelqu'un de son âge. Deuxièmement, je n'ai pas pu le convaincre de me lâcher suffisamment longtemps pour pouvoir en contempler l'idée. »
A nouveau, il aperçut une étincelle derrière ces yeux habituellement si sages. Il ajouta un troisième point par pure perfidie. Il ne s'en sentit pas le moins du monde coupable.
« Et pour finir, Harry ne dort plus. Il s'est réveillé quand vous avez frappé. »
Non, il ne s'était pas sentit coupable avant de l'avoir dit, mais il changea d'avis en voyant le visage d'Albus s'assombrir à ces mots. Il aurait dû continuer à faire semblant ; à présent Albus savait qu'Harry ne voulait pas le voir, ne pouvait pas regarder son ancien protecteur dans les yeux.
« Re-bonjour, Harry, » fit gentiment le directeur.
Harry entendit la voix, mais ne se retourna pas. Il se contenta de lever les yeux vers le visage de son professeur et de resserrer légèrement les doigts sur le morceau de sa robe qu'il tenait dans ses poings, comme pour poser une question : Est-ce que je suis obligé ? Des doigts vinrent caresser sa nuque en réponse, le laissant se détendre : non, tu n'es pas obligé.
« Il écoute. »
Dumbledore s'avança, et des mots d'excuses tombèrent de ses lèvres. « Je suis vraiment désolé, Harry, pour toutes les erreurs que j'ai commis. J'ai pris des décisions qui t'ont fait du mal, de plus d'une façon. » ajouta-t-il tristement. « Tu ne me crois peut-être pas, mais j'essayais de te protéger. Il semblerait que tout ce que j'ai réussi à faire soit de considérablement faillir à cette mission. Je suis content que tu aies trouvé quelqu'un d'autre qui y soit bien meilleur que je n'aie jamais été. »
Si Severus n'avait pas été un Serpentard et Mangemort accompli, il aurait rougi.
« Le sentimentalisme marchera peut-être avec le garçon, mais elle ne vous mènera nulle part avec moi. »
« De toute évidence, » répondit Albus avec un sourire contraint. C'était un spectacle effrayant, et Snape espérait de tout cœur ne jamais avoir à le contempler à nouveau. « Je vais vous laisser tranquilles tous les deux. Une fois de plus, je m'excuse, Harry. »
Il s'avança pour poser une main sur le dos d'Harry, et ce geste sembla déchaîner un petite bête féroce.
A ce contact, Harry se retourna et se lança vers le directeur dans une attaque sauvage et imprévue. Il ne réussit cependant pas à atteindre l'homme, Severus l'ayant attrapé par la taille et plaqué contre sa poitrine. Harry se débattit et le frappa en hurlant, mais ne parvint pas à se libérer.
Les deux hommes furent brièvement pris de court, Dumbledore trop surpris pour faire quoique ce soit d'autre que de regarder et Snape ne réagissant que par pur instinct. Un moment plus tard, il fût suffisamment remis de sa surprise pour s'écrier : « Harry, ça suffit ! Tu n'as rien à craindre! » Mais soit Harry ne l'entendit pas, soit il ne voulu pas écouter.
N'ayant plus d'autre solution, Snape prit une grande inspiration et lâcha de sa voix la plus sévère : « Harold James Potter! Ca SUFFIT ! »
Presque instantanément, le garçon dans ses bras cessa de bouger et retomba comme un poids mort. Severus fut secrètement heureux de ne pas pouvoir voir son visage. Il donna à Harry et à lui même une autre minute pour se calmer avant de déposer le garçon sur ses pieds et de le retourner.
Mettant un genou en terre, il ne put trouver qu'une chose à dire à son élève : « Qu'est-ce qui a bien pu te passer par la tête ? »
Il n'obtint pas de réelle réponse, juste un haussement d'épaules.
« Regarde moi. » Harry leva les yeux, mais pas la tête, et Snape tendit la main pour lever son menton. « Correctement, s'il te plait, avec un peu de respect. » Le garçon rougit mais soutint son regard à 100.
« Je sais que tu n'aimes pas qu'on te touche et je pense que le directeur le comprend aussi à présent. Il y a très peu de situations dans lesquelles « attaquer ou être attaqué » soit une réponse appropriée, et celle ci n'en faisait pas partie. Personne ici... » il s'apprêtait à dire 'Personne ici ne va te faire de mal' mais ce n'était pas vrai, n'est ce pas... Potter avait été blessé ici, à Poudlard. « Le directeur ne te ferait jamais de mal. Tu lui dois des excuses. Allez. »
Il poussa légèrement Harry qui s'avança et fit ses excuses par signes à Dumbledore. Celui-ci se retenait clairement de rire à la vue pathétique qu'offrait le garçon dans son si totalement sincère repentir. Il ne put empêcher ses yeux d'étinceler, cependant.
« Je m'excuse également, Harry. Peut-on se serrer la main et dire que nous sommes quittes ? »
Snape fut pris d'une violente envie de frapper l'homme lui même. L'éclat de colère tout à fait compréhensible d'un petit garçon à bout de nerfs n'égalait certainement pas les graves erreurs qu'un vieux sorcier avait commises au détriment d'Harry.
Prenant la parole, il s'adressa à Dumbledore. « J'espère ne pas avoir à m'interroger une troisième fois sur votre santé mentale, Albus. Peut-être vaudrait il mieux que dans le futur, toute décision concernant le bien être d'Harry soit prise en concertation avec un autre membre du personnel. » Il savait que Dumbledore lirait entre les lignes : Toute décision concernant Harry sera désormais prise avec moi.
Le directeur hocha brièvement le bout de son chapeau en signe de reddition. Vous avez gagné. A voix haute, il ne fit que dire: « Une excellente idée, mon garçon. » Avec un sourire sincère pour ses deux orphelins, il quitta les donjons.
Alors qu'il se tournait vers Harry, il sût ce qui lui restait à faire. Ce serait dur et injuste, et aucun d'eux ne dormirait bien cette nuit, mais c'était nécessaire.
Parfois, il fallait blesser quelqu'un pour pouvoir l'aider ; il avait assez vécu pour savoir cela. Il connaissait tous les points faibles d'Harry, et il avait assez de ruse serpentarde pour utiliser ces connaissances. Parfois, la fin justifiait les moyens.
Ajustant sa voix, il commença son sermon.
« Je suis extrêmement déçu, Mr. Potter. » La tête du garçon partit brusquement en arrière comme s'il avait été giflé. « Oui, tu as été terriblement mal traité. Mais penses-tu êtres la seul personne à avoir été blessée ? Ce n'est pas le cas. »
Il pouvait voir le garçon trembler; de peur ou de rage, il l'ignorait. Ses bras étaient étroitement serrés autour de lui, dans une étreinte protectrice. Severus savait qu'il était sur la bonne voie.
« Tu dois libérer tes émotions d'une manière appropriée. » Il leva à nouveau la voix : « Tu ne peux pas faire du mal aux gens parce que tu te sens effrayé ou blessé ! »
Harry le fixa du regard, les larmes coulant sur ses joues. Puis ses yeux se plissèrent dans une expression de défi. C'est bien mon petit lion, encore un pas de plus...
Le garçon leva la main, sa bouche tordue dans un sourire ironique et il pointa un doigt accusateur vers son professeur. Tout était silencieux, mais le message qu'Harry tentait de lui envoyer était clair comme du cristal. Vous le faites bien, vous. Comment osez-vous me dire de ne pas le faire ?
Là dessus, Snape se dirigea vers le garçon pour bien faire passer son message. S'agenouillant, il prit Harry par les épaules et dit lentement et clairement : « Je ne veux pas que tu finisses comme moi. »
Deux autres larmes coulèrent lourdement sur les joues du garçon, à présent rouges vif d'émotion et il les aspira comme s'il pouvait ainsi les cacher.
Le garçon avait probablement compris son message, au moins superficiellement, quand Dumbledore était encore présent ; mais snape devait être sûr. Il ne laisserait pas Harry enfermer sa douleur en lui, mais il ne lui permettrait pas non plus de la laisser se déchaîner sur les autres. C'était le chemin le plus rapide vers le mal.
« Tu ne peux pas faire de mal aux gens, Harry, pas parce que tu es toi-même blessé. Crie, ou pleure, ou écris, ou cours jusqu'à ce que tes poumons explosent. Ou viens me voir, c'est pour cela que je suis là ! »
Harry s'éloigna alors de lui, s'arrachant à son étreinte avec tant de force qu'il tomba sur le sol et se mit à ramper comme un crabe. La frustration irradiait de la moindre parcelle de son corps. Snape regarda Potter désigner sa gorge avec un grognement, enfonçant ses doigts dans la peau et l'égratignant.
« Je sais que ça t'empêche de parler, mais tu peux communiquer, Harry, tu peux écrire les choses ou les dire par signes. »
A ces mots, Harry se mit à lui faire des signes à toute vitesse. Il lui fallut quelques secondes pour réaliser ce que l'enfant était en train de dire. Trois mots: 'S'il vous plait' 'Aider' 'Mauvais'. Il se félicita mentalement d'avoir étudié ce fichu livre de langage des signes.
« Quoi ? Qu'est ce qui est mauvais, Harry? »
'Moi'
La corde raide de ses émotions céda à cet instant et pendant un bref instant, il se revit dans la maison de son enfance, recroquevillé dans un coin. Se secouant de ses pensées, il s'avança vers Harry et s'installa avec lui dans un fauteuil près du feu.
Il installa facilement le garçon sur ses genoux, il était aussi inerte qu'une poupée de chiffon. Toute étincelle en lui avait été soufflée. Il regardait à travers ses lunettes embrumées, clignant à peine des yeux.
Doucement, Snape leva sa baguette et la passa sur la gorge d'Harry, guérissant les égratignures. « Quand j'ai dit que tu ne devais blesser personne, je parlais également de toi. »
Harry ne répondit d'aucune manière.
Il fit venir une plume et un parchemin d'un accio, puis, très, très doucement, Snape demanda : « Pourquoi penses-tu être mauvais, Harry? »
Lentement, Harry prit la plume et écrivit. 'Je dois l'être. Sinon, pourquoi est-ce que tout le monde me ferait du mal ?'
« Je ne sais pas, Harry. Je ne sais pas pourquoi ils ont fait ce qu'ils ont fait. » Il fit une pause et se força à continuer. « M'as-tu déjà entendu dire des mensonges pour épargner les sentiments des gens? »
Harry émit un reniflement ironique à travers ses larmes et secoua la tête.
« Alors tu devras me croire quand je te dis qu'aucune de ces choses n'étaient de ta faute. Tu es peut-être impatient et imprudent, et tu me rends fou avec ton travail en potion, mais tu n'es en aucun cas mauvais, Harry. »
Là-dessus, Harry enfouit son visage dans les robes de l'homme et se remit à pleurer. Ce n'étaient pas cette fois de gros sanglots de colère ou de peur, mais ceux silencieux et résignés qui accompagnaient le chagrin d'un enfant
Et tandis qu'il séchait les larmes du fils de son pire ennemi, Severus ne put s'empêcher de se demander à quel moment tout avait changé.
