« Eh bien personnellement, je trouve que c'est très excitant, même si vous n'êtes pas d'accord. » Fit Hermione, sa voix portant dans les rayonnages de la bibliothèque. Il leur semblait qu'il y avait des heures qu'ils étaient là et elle n'avait toujours pas perdu de son énergie.

Elle et Ron avaient découvert pourquoi Nicholas Flamel était célèbre quelques jours auparavant, lors de son dernier séjour dans les donjons. Harry s'en voulait de les avoir laissés faire tout le travail pendant son absence, mais Hermione avait balayé ses inquiétudes d'un geste de la main, en les traitant d' « absurdités ». Ron avait répliqué : « Chacun pour soi. Si j'avais pu me défiler de cette torture, je l'aurais fait. Peut-être que je devrais commencer à rendre visite à Snape dans les donjons, n'importe quoi vaudrait mieux que ça ! »

Harry suspectait que Ron en soit secrètement ravi, mais il garda ses soupçons pour lui.

« Est-ce qu'on a bientôt fini, Hermione ? Vraiment, qu'est-ce qu'on a besoin de savoir au sujet de ce caillou, de toute façon ? On sait qui l'a fait, on sait à quoi il sert… » Mais avant qu'il ait pu finir sa phase, Hermione l'interrompit :

« Oui, et maintenant ce que nous devons comprendre, c'est pourquoi est-ce que Dumbledore l'a en sa possession et pourquoi il le fait garder d'aussi près. De toute évidence il essaie de le protéger, mais de quoi ? »

'Plutôt de qui', gribouilla Harry. 'Si cette chose permet vraiment de vivre éternellement, n'importe qui la voudrait !'

« Oui, eh bien ce n'est pas comme s'ils s'apprêtaient à passer devant le chien, pas vrai ? » répliqua Ron, tandis qu'Hermione continuait :

« Je me demande si Dumbledore essaie juste d'empêcher des élèves de causer des problèmes s'ils trouvaient la pierre, ou s'il suspecte un des professeurs ? »

La question abasourdit Harry. Il n'avait jamais pensé à un professeur. Les professeurs étaient des gens bien. En tout cas, ils étaient censés l'être. L'avertissement d'Hagrid, ce premier jour, dans le Chemin de Traverse, lui revint à l'esprit aussitôt : Tous les sorciers ne sont pas gentils.

Une sensation de froid glacial l'envahit tandis qu'il levait les yeux vers une Hermione ayant entrepris de dresser une liste.

« Tout bon mystère implique que tout le monde soit suspect avant de pouvoir être éliminé. Il ne nous reste plus qu'à faire une liste avec les noms de tous les professeurs et de les éliminer un par un. »

« Mais il ne suffit pas de juste éliminer les gentils, » fit remarquer Ron. Hermione le fixa des yeux pendant un moment, bouchée bée.

« Non ? »

« Eh bien non. Je veux dire, imagine que tu aies cinq personnes sur la liste. Tu ne connais rien du premier, donc tu ne peux pas l'éliminer et deux des autres sont connus pour avoir léché les bottes de Tu-sais-qui. Ce n'est pas très juste, tu ne trouves pas ? »

« Eh bien, noooon. » fit Hermione en mâchonnant le bout de sa plume d'un air songeur.

'En plus,' ajouta Harry sur son parchemin. 'On est innocent tant qu'on n'a pas prouvé qu'on est coupable, pas l'inverse.'

« Bon, pourquoi ne pas prendre les choses autrement : on ajoute tout le monde à la liste, on les élimine quand on peut et on ajoute des informations compromettantes quand on en trouve. »

Ron acquiesça et Hermione sembla contente. Harry fut sauvé par l'arrivée de leur directrice de maison dans la salle commune.

C'est ainsi qu'il se retrouva à l'infirmerie deux heures plus tard, McGonagall et Mme Pomfresh à ses côtés.

Il n'aimait pas cela, la situation lui rappelait un peu trop le jour de l'attaque. Et ce ne fit qu'empirer quand il leva les yeux pour voir Snape passer la porte de l'infirmerie. Harry sentit l'appréhension le gagner, même s'il savait qu'il n'y avait aucune raison. Il ne put s'empêcher de jeter un rapide coup d'œil vers le placard à ce souvenir, avant de fermer ses yeux et de tenter de se calmer.

« Vous n'avez aucune raison d'être inquiet, M. Potter. Si j'ai bien compris, il s'agit juste d'une visite de routine pour examiner vos anciennes blessures. »

Le fait que Snape utilise son nom de famille, chose qu'il avait complètement cessé de faire à moins qu'il ne veuille pointer quelque chose d'important, poussa Harry à ouvrir les yeux dans un regard interrogateur et curieux. Qu'est-ce que j'ai encore fait ?

Le professeur dut lire la question sur son visage, car il leva les yeux au ciel et se contenta de répondre :

« Parfois, un peu de decorum professionnel est requis. Cela ne te ferait pas de mal d'en prendre bonne note. »

Harry ne put qu'imiter le roulement des yeux du professeur.

« Et maintenant, voyons voir votre gorge, M. Potter. » Harry observa la guérisseuse tandis qu'elle agitait sa baguette devant sa gorge tout en murmurant des sorts. Enfin, elle abaissa sa baguette et lui sourit. « Tout semble parfaitement guéri, mais jetons tout de même un œil. Ouvre la bouche. »

Il ouvrit la bouche et tenta de ne pas s'étouffer tandis que Mme Pomfresh lui abaissait la langue avec un bâtonnet. Son cœur se mit à battre la chamade. Il était guéri ? Qu'est-ce que cela signifiait ? Est-ce que tout allait changer maintenant ? Snape ne voudrait probablement plus de lui dans ses jambes. Il s'était occupé de lui seulement parce qu'il avait été malade et blessé et peut-être un peu parce qu'il était effrayé. Mais il allait mieux à présent et les garçons qui l'avaient attaqué n'étaient plus à Poudlard, alors peut-être était-il sensé oublier tout cela.

La pensée le mit mal à l'aise, bien qu'il ne sache pas exactement pourquoi. Tout ce qu'il savait, était qu'il était guéri, et que ça ne lui faisait pas plaisir.

« Eh bien, vous êtes bon pour le service, M. Potter. Il est temps pour nous d'entendre votre voix à nouveau. Faites un essai. »

Avalant sa salive, il ouvrit la bouche. Il avait voulu dire un simple bonjour, mais aucun son ne sortit.

Tout le monde le fixait des yeux.

« Eh bien, M. Potter, ne nous faites pas attendre. »

Il essaya à nouveau, mais il ne réussit qu'à se faire mal à la gorge. C'était étrange, la douleur avait disparu depuis des semaines…

« Quel est le problème, Potter ? » Demanda Snape.

Il ne put que secouer sa tête et montrer sa gorge du doigt. Le professeur poussa un long soupir et demanda : « Madame Pomfresh, voudriez vous regarder à nouveau la gorge de garçon ? »

« Je ne vois pas ce que cela pourrait changer… » Murmura-t-elle, mais cela ne l'empêcha pas de placer un autre abaisse-langue dans sa bouche. Un moment plus tard, elle déclara à nouveau : « Il va bien, ce n'est ni enflé ni rouge et les écorchures sur les cordes vocales ont disparu. »

« Dans ce cas, pourquoi ne peut-il pas parler ? » gronda Snape.

« Parce qu'il y a un charme de silence sur le garçon. »

Tous les yeux se tournèrent vers l'endroit d'où McGonagall se tenait, appuyée familièrement contre l'un des lits de l'infirmerie.

« Qu'est ce que vous voulez dire, bon sang ? Personne n'a jeté de sort de silence. »

McGonagall regarda les deux autres adultes avec un mélange de pitié et de frustration. « Bien sûr que personne n'a lancé ce sort. Harry l'a fait. »

Si Harry n'avait pas été si totalement et parfaitement abasourdi, il aurait ri quand Snape et Pomfresh s'écrièrent d'une même voix : « De la magie accidentelle ! ». Une fois qu'il eut enregistré leurs mots, il se retrouva à la fois effaré et horrifié.

De la magie accidentelle ? Mais c'était impossible ! Il était à Poudlard maintenant, la magie accidentelle était censée s'arrêter ! Est-ce que ce genre de choses n'arrivait pas qu'aux petits enfants ? Il avait bien plus de onze ans maintenant. Son cœur se mit à battre plus fort et il dut lutter pour garder sa respiration. Il fut rapidement ramené à la réalité quand Snape fit d'un ton traînant :

« Eh bien, voilà qui explique le comment. Reste maintenant le pourquoi… » Il pivota pour faire face à Harry, qui dût lutter contre ses instincts profonds pour ne pas grimper à nouveau sur le lit. Il ne put, en revanche, s'empêcher de tressaillir.

Après un long regard calme, Snape lui dit finalement : « Retourne aux donjons et commence tes devoirs. »

Il dût passer trop de temps à tenter d'analyser le ton de la voix de l'homme, car tous les adultes étaient en train de l'observer. A nouveau.

« Vas-y, Harry. Je te rejoindrais rapidement. »

Il descendit donc, tentant de se convaincre tout le long du chemin que la dernière remarque du professeur n'était pas une menace.

**********

Harry put se féliciter : il ne s'était pas enfermé dans le placard de réserve des potions. Il avait voulu le faire, pourtant, ça semblait juste tellement automatique… si tu fais des « monstruosités », va t'enfermer dans le placard. Et même si la magie n'était pas une mauvaise chose ici à l'école, ils étaient sensés faire de la vraie magie, pas de ces trucs accidentels. La magie accidentelle faisait tout aller de travers, il savait cela d'expérience. Et toute cette expérience le rendait terriblement nerveux.

Alors oui, même s'il ne s'était pas caché dans un placard, il s'était blotti dans un coin du bureau. Le coin le plus éloigné du bureau de son mentor.

Quand le sorcier arriva enfin dans les donjons, Harry était rendu dans un état de nervosité avancée. Il serra les bras autour de ses genoux, dans un effort pour à la fois se paraître plus petit et arrêter les tremblements. Son esprit parcourait les souvenirs de tous ses accidents de magie chez les Dursley. Il n'avait pas su de quoi il s'agissait à l'époque, mais de toute évidence son oncle savait. Il avait presque mal à la tête au souvenir de la fois où Vernon l'avait attrapé par les cheveux, après l'incident du serpent. Cette fois-la lui avait valu la quatrième des corrections avec la ceinture dont il avait parlé à Snape. Son oncle aimait garder la ceinture pour les occasions où Harry faisait quelque chose de bizarre, comme s'il essayait de le débarrasser de cette habitude.

Cela aurait peut-être marché si Harry avait su quoique ce soit au sujet de la magie, mais de cette façon, cela n'avait fait qu'empirer les choses d'être battu pour quelque chose qu'il ne comprenait pas.

Le son de la porte se refermant le tira de ses souvenirs.

« Qu'est-ce que tu fais là ? Il me semble t'avoir dit de commencer tes devoirs ? »

Oh, bon sang. On dirait que je ne peux rien faire de bien, ces temps-ci.

Il se remit sur ses pieds et sortit le parchemin à moitié rempli sur lequel il avait travaillé. Ou en tout cas essayé. Evidemment, il avait été un peu distrait.

Il fit un pas en avant, tendant le parchemin pour reculer à nouveau quand Snape s'avança pour le prendre. Le sorcier lui jeta à nouveau un de ces regards calmes qu'il ne pouvait déchiffrer et, levant sa baguette, incanta « Accio parchemin d'Harry. » La feuille s'envola de sa main.

Le professeur le parcourut rapidement des yeux. « C'est un début plutôt mauvais. Tu devras recommencer. »

Harry sentit sa gorge se nouer. 'Je suis désolé' signa-t-il, fixant les yeux de l'homme, dans le vague. Du coin des yeux, il put voir la boucle brillante de la ceinture de Snape. C'était la seule chose que l'homme portait qui ne soit pas noir. 'Je suis désolé' répéta-t-il, son regard braqué cette fois sur la dangereuse lanière de cuir autour de la taille de l'homme.

« Mais peut-être que tes devoirs devront attendre. Il faut que nous parlions. Sors de ce coin, s'il te plait. »

Oh, bon sang. Ça y était. Peut-être que s'il s'excusait encore une fois ? 'Je suis désolé'

Snape ne bougea pas. Résigné, Harry enleva sa robe et la déposa sur une chaise. Les yeux de Snape semblaient suivre le moindre de ses mouvements et Harry ne put soutenir son regard. Il se contenta de fixer le plancher des yeux tandis que ses doigts se refermaient sur les bords de son T-shirt bien trop large.

Il ne vit donc pas les yeux de Severus se mettre à briller et ses poings se crisper.

« Au nom de Merlin, Harry, qu'est-ce que tu fais ? »

Sa voix était dure, tranchante même, mais il sembla à Harry que Snape forçait le ton. Comme si cela lui demandait un effort. L'homme était clairement déstabilisé, et cette pensée déstabilisa Harry à son tour. Il ne semblait plus pouvoir focaliser, il n'arrivait plus à voir à travers le brouillard qui l'entourait.

Tout ce qu'il put faire fut de hausser les épaules et de désigner faiblement la ceinture d'un geste.

Snape passa une main sur son visage et Harry crût l'entendre murmurer : « C'était une question rhétorique. » Après un long moment, il leva les yeux vers Harry et dit : « Réalises-tu où tu te trouves ? » Harry hocha la tête avec hésitation. « Alors pourquoi penses-tu que je ferais… ça ? »

Harry avala difficilement sa salive. Son parchemin était sur le bureau et il ne voulait pas particulièrement s'approcher encore plus. Finalement, il décida de se désigner lui-même en faisant le signe pour « mauvais », accompagné d'un geste imitant celui d'une baguette.

Il n'était pas sûr que Snape aie compris, car tout ce qu'il dit fut « Accio ceintures de Severus. »

Une pile d'une dizaine de ceintures élimées, toutes en cuir noir, vint s'amonceler aux pieds de l'homme. « Regarde-moi, s'il te plait. »

Harry fut contraint de soutenir son regard intense. « J'étais assez sûr du fait que tu me faisais confiance, mais je vois à présent que ce n'est pas le cas. » Harry voulut protester, mais Snape l'interrompit. « Pas complètement, pas comme tu le devrais. C'est un premier geste assez stupide, mais si ça peut te rassurer… »

Le professeur s'approcha alors de lui et Harry se figea. L'homme était de toute évidence contrarié, bien qu'il laissa peu filtrer ses émotions, il le faisait clairement en face d'Harry à cet instant. Il ne pouvait donc se permettre de s'enfuir en courant, cela n'aurait fait que rendre les choses pires encore.

« Ni moi, ni aucun autre professeur de cette école ne te frappera avec une ceinture. Peut-être devrais-je dire que personne ne te battra plus jamais, ni pour de la magie accidentelle ni pour quoique ce soit d'autre. Maintenant, regarde.

Et Harry regarda tandis que le professeur, d'un geste de sa baguette, faisait disparaître toutes les ceintures qu'il possédait.