Les semaines qui suivirent furent incroyablement tendues pour Harry. Ron était toujours ahuri par son comportement et ne comprenait pas vraiment pourquoi Harry obéissait si docilement à Snape. Harry savait que son ami lui enviait sa situation. Pas de parents signifiait personne à écouter, en tout cas pas à Poudlard. Les parents de Ron maintenaient une forte présence dans la vie de leurs enfants même lorsqu'ils étaient à l'école, ce que Ron trouvait étouffant.
Alors non, il ne comprenait pas la position d'Harry, et de temps en temps Harry le surprenait à l'observer. Pas de façon méchante, mais de façon telle qu'il avait l'impression que Ron pensait qu'il était une sorte d'alien. Ou de monstre. Il était toujours le monstre de quelqu'un, pas vrai ?
Et Hermione, eh bien, Hermione comprenait Harry un peu trop bien. Elle s'était jeté sur lui à la minute même où Snape avait dit qu'il était temps de dire aurevoir, qu'il devait rester dans les donjons. Il n'était pas sur qu'il ait eut le temps de fermer la porte avant que son amie ne se mette à parler. Harry comprenait qu'elle soit inquiète pour lui, mais le simple souvenir de cet épisode le faisait rougir de honte et d'embarras.
« Pourquoi est ce que tu l'écoutes, Harry, je ne comprends pas ! » avait à nouveau protesté Ron. Hermione lui avait jeté un regard ennuyé, puis avait regardé Harry avec quelque chose qui ressemblait à de la sympathie.
« Harry, est-ce que ta volonté d'écouter le Professeur Snape a quelque chose à voir avec ton signe pour lui ? »
Son coeur sombra dans son estomac et rebondit dans sa gorge. S'il n'avait pas déjà été incapable de parler, il en aurait été muet de stupeur. C'était quelque chose de privé, et bien qu'il ait été conscient que son amie ait recherché le sens du signe qu'il avait crée, il n'avait jamais pensé qu'elle en parlerait.
Ca avait été une chose stupide à faire, vraiment, de créer un signe personnel pour le professeur. Ce n'était pas comme si Snape était un nom si long. Bon sang, il aurait aussi bien pu l'épeler aussi vite que le temps que prenait son signe... Mais il n'en avait pas envie.
Il n'avait pas beaucoup réfléchi aux deux signes qui en étaient venus à représenter le Maître des Potions. Sur le moment, il avait juste été reconnaissant et si soulagé, et juste... bien. Il n'avait pas de mot pour cela alors, mais à présent il pensait que c'était peut etre simplement ce que signifiait se sentir protégé et en sécurité. Pour la première fois de sa vie, un adulte essayait de l'aider, pas de lui faire du mal. Et soudain tout s'était embrouillé dans sa tête.
Parce qu'il n'avait jamais pensé qu'il voulait de cette protection. Il pensait qu'il avait abandonné ce rêve il y a bien longtemps, qu'il était bien trop vieux pour compter sur quelqu'un de cette façon. Apparemment, il s'était trompé, car non seulement il ne rejetait pas les efforts de Snape, mais il les appréciait vraiment, vraiment beaucoup.
Il absorbait la moindre once de sécurité et de protection comme une éponge et pour dire la vérité, il était horrifié de l'étendue de ses propres besoins. C'était embarrassant, et lui faisait penser que Snape avait peut être raison quand il l'avait appelé 'stupide petit garçon'
Mais l'embarras ne l'arrêtait pas, et alors que le temps passait, les mots qu'il avait choisis pour le signe du professeur se liaient plus étroitement encore à l'homme lui-même. Il ne pouvait plus regarder Snape à présent sans penser les mots, en particulier le second. Des fois, des fois il pensait même à sa version secrète, celle qu'il n'aurait jamais, au grand jamais été capable de dire à voix haute.
Il l'avait pensé cette nuit là, doucement, pour lui même, le mot un simple murmure même dans son esprit. Comme si quelqu'un aurait pu entendre ses pensées s'il les avait pensées trop fort. Après l'épisode de magie accidentelle, les ceintures, les questions d'Hermione et, de façon plus absurde encore, Snape lui demandant s'il s'était brossé les dents, il était allé au lit avec ce mot dans le coeur, à défaut de l'avoir sur les lèvres.
Il fut tiré de sa rêverie par le son de ses amis appelant son nom et rougit violemment. Une fois de plus, Hermione était en train de l'observer comme si elle pouvait lire ses pensées, et il aurait vraiment voulu qu'elle arrête de faire ça. Se renfrognant, il se tourna vers eux.
« Il est l'heure d'aller en cours de Potions, » lui dit elle avec un regard apitoyé.
Il se leva et saisit le parchemin qu'ils avaient utilisé pour tenter de tirer quelque chose des informations qu'ils avaient trouvé concernant la pierre philosophale. Il avaient été obsédés par leur liste de 'suspects' toute la semaine et en dépit de ses arguments, il n'avait pas réussi à convaincre les autres de retirer Snape de la liste. L'incident lors du premier match de quidditch était suffisant pour que ses amis continuent de considérer l'homme comme un suspect. Harry, cependant, était convaincu qu'il y avait plus derrière cela qu'ils n'en avaient conscience. C'était juste une chose de plus à ajouter à sa frustration de ces derniers jours.
Alors même qu'il prenait la défense du professeur devant ses amis, Harry éprouvait une forte envie de crier après l'homme chaque fois qu'il se trouvait dans les donjons. Il rit amèrement de lui-même devant l'ironie de la situation. Snape serait probablement ravi qu'il crie, étant donné la façon dont l'homme ne cessait de lui rappeler qu'il ne parlait pas. Et pour rendre les choses encore pires, au début de la semaine le professeur était revenu sur sa décision de le laisser ne pas répondre verbalement aux questions en classe.
Harry en avait été furieux et contrarié. Il avait fait confiance à l'homme et avait fait ce qu'il lui avait demandé en incantant en classe, mais apparemment ce n'était pas assez.
« Je pensais qu'en te donnant un peu plus de temps pour t'habituer à parler en classe, tu commencerait à parler plus de toi même, mais il semblerait que ce ne soit pas le cas. Peut être les Gryffondors devraient-ils être réputés pour leur entêtement et non leur courage. »
Et c'est lui qui dit ça ! Bouillonna Harry.
« Et juste pour être sûr que nous nous comprenons bien... » fit Snape d'une voix traînante en sortant quelque chose de sa poche. Il la posa à plat sur le bureau et Harry pâlit en reconnaissant l'objet. Le serment d'obéissance qu'il avait donné à Snape pour Noël. Oh, non !
La colère et la peur manquèrent de le submerger. Saisissant le papier et ses affaire, il se dirigea vers la porte pour sortir, mais pas avant que son professeur n'assène le dernier coup.
« Je crois que vous me devez un mot ou deux, M. Potter. »
Arg, bon sang ! Pivotant sur ses talons, il lança les deux mots accusateur à Snape, d'une voix plus croassante qu'il ne l'aurait voulu.
« Sale type ! » cria-t il, avant de quitter les donjons dans une telle précipitation qu'il n'entendit pas le profeseur éclater d'un petit rire triste.
Snape l'avait retrouvé un moment plus tard, en train de vomir dans les toilettes des garçons du troisième étage. Harry ne le remarqua pas avant qu'il ne l'entende murmurer quelque chose à propos des 'stupides petits garçons', et qu'il ne sente une main fraîche brosser les cheveux de son visage. Snape lui tendit un flacon.
« Bois ça, c'est une potion pour calmer ton estomac. » Il fit ce qu'on lui demandait, bien que la potion ait un goût de craie. Un autre flacon fut pressé entre ses mains. « Une potion rafraîchissante, pour ta bouche. »
Harry devait accorder cela à Snape, il pensait à tout. Celle-ci avait le goût de menthe et de neige. Se sentant nettement mieux, il se jeta sans penser contre l'homme. Il était toujours fâché après lui, mais s'il devait être honnête avec lui même, il voulait aussi s'endormir juste là où il était. Se rouler en boule contre la poitrine ferme du professeur et être porté au lit.
La confusion et la contradiction de la situation lui arrachèrent un grognement de frustration, et il leva son bras pour essuyer son visage de toute la saleté qu'il sentait. Mais avant qu'il ait pu le faire, Snape l'avait arrêté et avait essuyé son visage avec un mouchoir.
« Ce n'est pas étonnant que tu te rendes malade. Mais le plus tôt tu recommenceras à parler, le moins tu seras anxieux à ce sujet. »
Harry en doutait. Il en doutait beaucoup.
Snape l'avait raccompagné jusqu'à la tour de Gryffondor et c'était la dernière fois qu'il avait vu l'homme. Jusqu'à maintenant. Le cours de potions n'était que dans quelques minutes, et bien que les autres professeurs ne lui aient pas encore demandé de répondre à lreurs questions, il savait que Snape ne serait pas aussi indulgent.
C'est ainsi qu'Harry se retrouva à fixer le tableau quinze minutes plus tard, alors que Snape décrivait la potion qu'ils s'apprêtaient à faire. Une potion pour calmer l'estomac. Et les gens pensaient que le professeur n'avait pas d'humour.
« M. Potter, pouvez vous me dire quels sont les effets de cette potion? »
Est-ce que c'était sa question ? Etait-il sérieux ? Il prit une grande inspiration. « Ca, ça calme l'estomac, monsieur. » Sa réponse ressemblait trop à un murmure au goût d'Harry.
« Agit-elle lentement ou rapidement ? »
« R-r-rapidement, monsieur. »
« Et si elle est préparée correctement, quelle couleur devrait elle avoir ? »
« Blanc grisâtre. » Assez proche de la couleur de son propre visage à cet instant, sans aucun doute.
« Correct, M. Potter. »
Et voilà. Le début de la fin, songea Harry.
Il rumina sa rancune pendant tout le repas ce soir là, avant de se diriger vers les donjons en tapant des pieds. Il n'eut même pas le temps d'arriver jusqu'à sa chaise que Snape l'avait déjà pris à parti.
« Tu ne te permettrais pas de faire irruption chez un autre professeur pour faire un scandale à propos des cours, alors ne prend pas avantage des circonstances pour le faire maintenant. »
Il ne leva même pas les yeux en disant cela, aussi Harry se jeta-t il sur la chaise face à Snape avec... zèle. Il pensait attirer l'attention de l'homme en la faisant grincer tandis qu'il la tirait en arrière, mais le professeur ne leva toujours pas le regard.
« Si tu veux attirer mon attention, peut-être devrais-tu dire quelque chose. »
Oh, pour l'amour du ciel !
« Pas parler. » Cela faisait deux mots, peut-être que cela suffirait pour que Snape le laisse tranquille.
Le sorcier soupira de façon presque triste et le coeur d'Harry chavira. Il n'aimait pas le décevoir. Mais Snape recommença à le harceler, et il ne se sentit plus du tout coupable.
« Tu t'es bien débrouillé aujourd'hui, Harry. Un mot de plus, peut être? »
« Non. »
Cette fois ce fût au tour de Snape d'être ennuyé. « Je dois arrêter de tomber dans ce piège grossier, » murmura-t il pour lui même.
Harry saisit son parchemin. 'Vous aviez dit que vous ne m'ennuieriez pas avec cela à la maison !' écrivit-il, inconscient de répéter le mot que l'homme avait utilisé quelques semaines auparavant.
Etrangement, Snape se colora à ces mots et sembla... attristé. C'est du moins ce qu'Harry supposait. Il n'avait jamais vu l'homme prit de remord auparavant, il ne pouvait donc que deviner.
« Tu as raison. C'est ce que j'ai dit. Et si ça ne tenait qu'à moi je te laisserais faire comme tu l'entends, pour autant que tu puisses te maintenir à niveau en classe. Mais le directeur et le professeur McGonagall commencent à s'inquiéter. Les gens ne cessent pas normalement de parler, et ne se lancent pas par accident des sorts de silence à moins qu'il n'y ait quelque chose qui n'aille pas. »
Une fois de plus, la tornade des émotions d'Harry se mit à bouillir en lui. Son professeur semblait triste et inquiet. Harry en était à la fois touché et irrité. Evidemment que quelque chose n'allait pas !
Prenant son parchemin, il se mit à écrire si vite et avec tant d'émotions que l'encre coula. Mais ses mots étaient clairs.
'A quoi ça me sert de parler ? Quel bien ça m'a fait? Personne ne m'écoute. Pas ma tante quand je l'ai suppliée d'arrêter mon oncle, pas les professeurs quand je leur ait dit que ma famille me faisait du mal, pas mes amis quand je vous ait défendu, et même pas vous quand je suis arrivé à Poudlard ! Alors dites moi, pourquoi est-ce que je devrais m'embêter avec ça ?!'
Il observa Snape pendant qu'il lisait ces mots et passait les doigts dans ses longues mèches graisseuses. Il ferma les yeux et murmura dans ses paumes. « C'est vrai. Nous t'avons tous failli. »
Après un moment, Harry se sentit mal à l'aise. Il tira sur les robes de Severus et lui tendit le parchemin, sur lequel était écris : 'Est-ce que je peux aller dans l'autre chambre?'
« Tu n'as pas besoin de demander la permission, petit » répondit Snape, en pressant brièvement des doigts.
Il entra dans la chambre et s'assit sur le lit, tentant de contenir toutes les émotions qu'il ressentait. Le bruit du parchemin de ce matin se froissant dans sa poche le rappela à des problèmes plus immédiats.
Il ne pouvait peut-être pas se décider à parler, ni même comprendre les vraies raisons derrière cela. Mais il pouvait faire quelque chose pour cette frustration-la.
Il sortit le parchemin et le posa sur le bureau, avant de prendre sa baguette. Il visa le bout de papier et répéta les mots qu'il avait entendu Snape dire à Noël.
« Incendio ! » croassa-t il. Le papier s'enflamma, mais il ne s'éteignit pas en quelques seconde comme ses gants l'avaient fait. Au lieu de cela, le feu s'étendit à ses livres de classe et ils commencèrent à fumer. La panique le gagna et il tenta de crier pour que Snape l'entende, mais rien ne sortit. La fumée devenait de plus en plus épaisse et il s'avança pour prendre le livre en feu quand il entendit l'ordre.
« Recule-toi ! Aguamenti ! »
Harry regarda l'eau éteindre les flammes, les yeux écarquillés. Après cela, tout ce qu'il put voir fut les yeux de Snape, et ils étaient furieux.
« Qu'est-ce que tu as fait ? »
Oh, il avait vraiment des ennuis, maintenant.
