Harry passa plusieurs heures dans la salle commune le soir suivant, tentant d'y voir clair dans tout ce qu'il s'était passé pendant les dernières vingt quatre heures. Il savait qu'il avait été stupide d'essayer ce sort d'incendio. Enfin, il le savait maintenant. La journée l'avait épuisé, avec cette visite à l'hôpital et la scène dans les appartements de Snape. Il pensait bien n'avoir plus aucune larme en réserve ; il commençait à être franchement fatigué de pleurnicher tout le temps, pour tout dire.

Mais Snape semblait toujours savoir quoi dire et faire pour lui soutirer de nouvelles larmes. Il ne le faisait probablement pas, mais il y arrivait tout de même. S'il n'y avait pas eu tous ces derniers mois et toutes les choses que le professeur avait faites pour lui, il aurait suspecté qu'il prenait un certain plaisir à faire pleurer Harry.

Ils avaient tous les deux été drainés émotionnellement après leur journée à l'hôpital. Il avait fait ses excuses à son gardien de la seule façon qu'il puisse penser, en répétant les signes contre la poitrine de Snape. Ils étaient restés ainsi quelques temps, jusqu'à ce que le dîner soit servi et Harry s'était précipité à la salle de bain pour laver son visage des larmes qui y avaient séché.

Le silence s'était installé entre eux et le dîner avait été calme ; paisible même. Harry devinait que Snape pensait vraiment ce qu'il avait dit, que c'était fini, que le professeur n'était plus fâché contre lui. Son soulagement était palpable. Il n'en était pas quitte pour autant, cependant. Tandis qu'ils finissaient leur dessert, Snape lui avait jeté un de ces longs regards perçants auxquels Harry commençait à être habitué, mais dont il ne comprenait toujours pas la signification.

« En dépit de tout ce que nous avons fait aujourd'hui, une chose reste claire. Tes humeurs, et plus récemment tes sautes d'humeurs sont devenus passablement fatigants. Je soupçonne que quelque chose te perturbe, ou pèse sur son esprit. Je suggère, » dil-il d'une telle façon qu'Harry comprit que c'était tout sauf une suggestion, « que tu prennes un peu de temps pour ruminer ton état d'esprit. Ces réactions excessives ne peuvent pas continuer. »

Harry ne put que fixer son assiette. Il savait que l'homme avait raison, il s'était conduit de manière frustrante, même pour lui. Ce n'était pas comme s'il le faisait exprès, il lui semblait juste que tant de pensées et de sentiments différents se bousculaient en lui, et tous semblaient si... excessifs. Il n'était jamais simplement triste, il était malheureux. Il n'était pas juste inquiet, il était anxieux et angoissé. Et quand il était heureux, il avait le plus grand mal à ne pas rire et sourire comme un fou et sauter partout à travers le château.

Et puis il y avait Snape. Et tout ce qu'il avait fait pour Harry... il y avait un autre sentiment, quelque chose qui le rendait à la fois plein d'espoir et triste en même temps, qui tordait son estomac et faisait sauter son cœur dans sa gorge la moitié du temps quand il était dans les donjons. Ou qui le laissait confortable et somnolent, comme s'il était enveloppé dans une couverture en face du feu.

Et Snape voulait qu'il s'arrange pour démêler tout ça ? Ca semblait tout à fait impossible. Heureusement, Ron et Hermione étaient là pour le distraire.

Tous deux avaient tenté de discuter de la pierre philosophale à peine était-il revenu dans le dortoir, mais ils s'étaient rapidement arrêtés quand il leur avait expliqué qu'il n'avait plus en sa possession la liste des 'suspects'.

« Pourquoi, qu'est-ce qui lui est arrivé ? Oh non ! Snape ne l'a pas trouvée? »

Harry secoua la tête, et espérant les dissuader de s'enfoncer plus dans l'histoire, il se désigna lui même et mima un mouvement de baguette, avant de finalement décider de l'écrire. 'Je l'ai plus ou moins détruit avec un sort.' Ils n'avaient pas besoin de savoir qu'il l'avait fait exprès.

« Quel sort ? »

Soupirant, il l'écrivit.

« Incendio ! Cool! Ca a marché ? Ca a brûlé vite ou lentement ? C'était comment ? »

« Ronald! » gronda Hermione, « Ce n'est pas cool ! Harry aurait pu être blessé. Ce n'est même pas un sort qu'on a appris. »

« Parce que ça t'a déjà arrêtée, toi ? »

Elle rougit et fronça les sourcils, avant que la curiosité n'ait le dessus sur elle aussi. « Bon, alors, comment ça s'est passé ? »

A contre cœur, Harry s'assit et se mit à écrire l'histoire complète pour ses amis, du moment où il avait lancé le sort jusqu'à leur retour aux donjons. Il leur tendit le parchemin et ils lurent avec avidité. Comment Ron allait-il réagir cette fois ?

Etrangement, ce fut Hermione qui parut bouleversée par l'histoire.

« Harry, c'est horrible ! Il n'aurait pas du faire ça, c'est vraiment horriblement cruel ! »

Avant qu'il ne puisse réaliser ce qu'elle venait de dire, cependant, Ron avait répondu, laissant Harry bouche bée.

« Je ne suis pas, 'Mione. C'est le genre de chose que ferait ma mère, » dit son meilleur ami. Puis il se pencha pour murmurer avec un air de conspirateur « J'essaie toujours de prendre mon air le plus pathétique et désolé, même si je ne le suis pas vraiment. Ca marche toujours ! Tu devrais essayer. »

Hermione éclata de dire, et Harry n'était pas sûr que ce soit à la remarque de Ron ou à l'air abasourdi qu'il était certain d'arborer. Ron eut le bon goût de rougir.

« J'en ai discuté avec mon père. Il m'a expliqué certaines choses. Il m'a dit que je « tenais les choses pour acquises ». Ne te méprends pas, je pense toujours que tu es un peu cinglé, je veux dire, c'est Snape... mais je comprends un peu mieux maintenant. »

Harry ne put s'empêcher de serrer son ami dans ses bras.

Ce sujet délicat étant réglé, le trio passa quelques heures à revisiter la liste des suspects ( dont Hermione avait une copie de secours, bien sûr. ). Ils n'était toujours pas plus proches de découvrir qui pouvait vouloir la pierre. Après tout, tout le monde aurait pu. Qui ne voudrait pas vivre éternellement ?

« Je pense qu'on devrait parler à Hagrid, » suggéra Hermione après le cinquième tour de questions toujours identiques.

« Hagrid ? Pourquoi ? » demanda Ron, exprimant les pensées d'Harry comme à son habitude.

« Eh bien, Hagrid adore les animaux. Tu ne penses pas qu'il pourrait savoir quelque chose à propos du chien ? Et si nous pouvons en savoir plus à propos du chien, eh bien, ça sera déjà ça. Chaque petite information aide. »

« Bon, je suppose... »

En vérité, Harry ne voyait pas en quoi des informations sur le chien pourraient les aider le moins du monde. Mais il comprenait qu'Hermione soit frustrée par leur manque de progrès, et qu'en savoir plus l'aiderait à se sentir mieux. Même si c'était à propos du chien. De plus, ce serait agréable de voir Hagrid, songea Harry. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas vu son ami géant et il commençait seulement à réaliser maintenant que les choses étaient réglées à quel point il avait négligé sa vie quotidienne.

Enfin, presque réglée, il devait encore... comment Snape avait-il dit ? 'Ruminer son état d'esprit'.

Oui, c'est ça.

Facile.

Il réprima un grognement de frustration.

*********

Il lui fallut une semaine, à se glisser furtivement dans la tour d'astronomie tous les soirs, pour parvenir à affronter la réalité de ce qui occupait ses pensées. Il laissait son esprit vagabonder, espérant que s'il ne censurait pas ses pensées, tout deviendrait clair. Quand une révélation le frappait, il s'asseyait et regardait les étoiles, ou dessinait. Il était devenu plutôt habile avec une plume et un parchemin durant ces derniers mois de silence.

Il en était donc à sa cinquième visite à la tour, occupé à penser et à réfléchir. Ron et Hermione pensaient que sa distraction était due à la pierre philosophale, mais ils étaient loin du compte. C'était la peur de perdre quelque chose, son fragile besoin de ce dont il manquait.

Et d'une certaine façon, il était fâché ; après ses parents pour être morts, après Dumbledore pour l'avoir confié aux Dursley, et même après lui même pour désirer quelque chose sans lequel il avait très bien survécu jusque là.

Jetant un regard au parchemin, il vit ce qu'il avait dessiné et la simple et irréfutable vérité le submergea.

Il voulait que quelqu'un prenne soin de lui. Il voulait un parent.

Et soudain il se sentit très, très fatigué.

Il finit le dessin et le rangea dans ses robes. Il avait fait ce que Snape lui avait demandé. Et même si ce n'était pas un soulagement comme il l'avait espéré, il pouvait retourner aux donjons la conscience tranquille.

Quand Harry pénétra dans les quartiers du professeur, Snape leva les yeux vers lui, un sourcil arqué et ce qui ressemblait à... bon, ce n'était pas exactement un sourire. Plutôt un froncement de sourcils. Un petit éclair de joie parcourut Harry à la vue de l'homme, assis à son bureau comme à l'ordinaire.

« Alors, tu as décidé de réapparaître ? » commenta Snape.

Harry s'installa dans sa chaise habituelle avec assurance et tendit un mot rapidement gribouillé à travers le bureau.

'Je crois que je vous ai manqué!'

Snape se contenta de grogner en roulant des yeux. « Oui, la propreté, la paix et le calme étaient absolument insupportables. »

Harry rit au sarcasme et se mit à fouiller son sac à la recherche de ses devoirs. Le professeur de potions saisit l'opportunité d'ajouter : « Bien que je présume que ton retour signifie que tu as réfléchi, je n'entendais pas suggérer que tu ne viennes plus ici pendant cette période. Oui, tu avais besoin de te figurer ce qui te préoccupait, mais tu n'as pas besoin d'être parfait pour venir ici, Harry. Si c'était le cas, je ne vivrais certainement pas ici. »

La chaleur de cette remarque ne quitta pas Harry alors qu'il finissait ses devoirs et se préparait à aller au lit. Jetant ses robes au hasard au bout de son lit, il se sourit à lui-même tandis qu'il se mettait en pyjamas. Je n'ai pas besoin d'être parfait. C'était une triste révélation et Harry en était si absorbé qu'il ne réalisa pas que son rouleau de parchemin, celui sur lequel il avait dessiné, était tombé de sa poche et avait roulé sous le lit.

*******

Snape cherchait à tout prit à éviter de noter ses copies. Sans quoi, il ne se serait jamais retrouvé dans la chambre d'Harry ( quand était ce devenu la chambre d'Harry? ) à trier les restes des affaires de Luka.

Son besoin de remettre son travail l'avait conduis à trier les objets qui avaient appartenu à son filleul, mettant de coté ceux qui étaient clairement trop jeunes pour Harry. Il avait remis la tache à plus tard trop longtemps, craignant d'affronter la réalité de la mort du garçon. Mais la chambre était occupée par un autre garçon à présent, et il était temps qu'elle le reflète.

De plus, il n'avait vraiment aucune envie de noter les copies des élèves de première année qui s'empilaient sur son bureau.

Il sortit un carton de jouets et autres babioles diverses qui avaient jadis occupé son filleul. Il tenta de ne pas les regarder de trop près, au lieu de cela il se concentra sur l'analyse de leur intérêt potentiel pour Harry.

Mettant finalement le premier carton de côté pour fouiller le suivant, il aperçut un rouleau de parchemin. Tandis qu'il le sortait de sa cachette, il remarqua qu'il était couvert de dessins d'enfant fait à l'encre.

Son cœur s'arrêta, et il souhaita ardemment ne pas avoir juste débusqué un dessin de son filleul décédé. Il n'était pas sûr de pouvoir le supporter.

Mais ce qu'il découvrit ne fut pas plus facile à gérer.

Là, sur le parchemin, se trouvait un dessin terriblement réaliste d'un enfant et de lui-même. Il souriait au garçon ; un garçon avec des lunettes et une cicatrice en forme d'éclair. Et sous eux, dans le coin, se trouvait les esquisses fantomatiques de James et Lily Potter, souriant eux aussi.

C'était déjà suffisamment terrible comme ça, mais là, juste sous le dessin de Severus, Harry avait écri d'une écriture enfantine tremblante :

« Je voudrais qu'il soit mon père »