Severus était fatigué et il savait qu'il n'aurait pas l'occasion de se reposer avant au moins une heure. Albus l'attendait sous peu pour une réunion et il pouvait déjà deviner quel en serrait l'objet.
Alors qu'il pénétrait dans le bureau du directeur, il fut accueillit par la traditionnelle proposition de bonbon au citron. Un jour, j'en prendrais un, songea-t-il ironiquement, juste pour lui faire plaisir. Peut être comme cadeau de départ à la retraite.
« J'imagine que vous avez deviné pourquoi vous êtes ici, Severus. »
« Sentez-vous libre de me choquer en me disant qu'il ne s'agit pas de Potter. »
« Ah. Il semblerait que je sois devenu prévisible. »
Snape leva les yeux au ciel. Devenu ?
« Comment se porte notre jeune Harry ? »
« Bien. Comme je crois l'avoir mentionné, il n'y a pas de raison de s'inquiéter. En tout cas pas de la façon excessive dont Minerva McGonagall et vous semblez le faire.
« Il ne parle pas encore. »
« Répond-il en classe ? Prononce-t-il ses incantations quand on le lui demande ? »
« Oui, bien sur. Mais il ne parle pas en dehors de cela. »
« Au contraire. Il me parle. » Il put distinguer un fugitif air de surprise sur le visage de Dumbledore et Severus ne put retenir la petite flamme de fierté qui s'alluma en lui. Evidement, le garçon ne s'adonnait pas à des monologues déchainés, mais il parlait. »
« Parle-t-il à ses amis ? »
« Je ne vois pas comment je le saurais. Je ne participe pas aux petites discussions des Gryffondors. »
« Bien que j'apprécie certainement les progrès qu'il a fait en s'ouvrant à vous, je suis inquiet de voir que ce n'est pas le même garçon qui est arrivé ici en septembre. »
« Et peut-être ne le sera-t-il jamais plus. Beaucoup de choses sont arrivés au garçon cette année, et je pense que tout le monde en attend bien trop d'un élève de première année. Peut-être n'a-t-il jamais été ce garçon, pour commencer, » suggéra doucement Severus.
Albus sembla s'attristé à cette idée, mais il poursuivit. « Il faut toujours que nous ayons une discussion au sujet des dispositions à prendre pour Harry pour cet été. Etant donné que vous avez insinué que vous souhaitiez être impliqué dans toute décision importante concernant le jeune M. Potter… »
« Si vous vous imaginez que j'ai l'intention de jouer un second rôle dans cette discussion… »
« Je ne me permettrais pas de faire de telles suppositions. »
« Et pourtant vous estimez que la décision concernant l'endroit où M. Potter résidera cet été est toujours à prendre. »
« Peut-être serait-il plus sage d'arrêter de jouer à des jeux de serpentards avec moi, mon garçon. » La rebuffade était légère, mais Snape sentit le rouge lui monter aux joues.
« Je ne vois pas de raison de bouleverser sa vie encore plus qu'elle ne l'est déjà. La situation actuelle est satisfaisante, je suggère donc de la laisser telle qu'elle est. »
« Vous suggérez qu'Harry reste avec vous pour l'été ? »
« En effet. » Il décida qu'un peu de diplomatie ne ferait pas de mal : « Si bien-sûr vous n'y voyez pas d'objection ? »
« Aucune. A part que vous obteniez l'accord d'Harry, bien entendu. »
« Bien sûr, » murmura-t-il.
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Ils n'étaient pas depuis longtemps avec Hagrid quand le géant laissa échapper ce qui était arrivé.
Il n'avait rien vu venir pour commencer, mais il se mit rapidement à marmonner curieusement que beaucoup de gens semblaient intéressés par ' Touffu' ces derniers temps ; il ne fallut pas longtemps avant qu'il ne divulgue les principaux moments de sa partie de carte et ne parle du mystérieux étranger avec qui il avait joué.
Harry, Ron et Hermione retournèrent dans leur salle commune dans un silence inquiet.
« Hagrid devrait vraiment apprendre à faire plus attention, » soupira finalement Hermione alors qu'ils passaient par le trou du portrait.
« Ne m'en parle pas ! » s'exclama Ron. « Je veux dire, bien sûr qu'il voulait l'œuf de dragon, mais pourquoi aller jacasser au sujet de ce chien ? »
'Ce n'était pas une coïncidence,' écrivit Harry dès qu'il en fut capable.
Il ne put s'empêcher de remarquer l'air déçu identique que ses deux amis arboraient, mais il n'était pas encore prêt. Bien qu'il soit finalement capable d'admettre que sa peur de parler ait été basée sur l'idée que son… professeur l'abandonnerait quand sa voix reviendrait et bien qu'il parle maintenant à l'homme en question, il n'en était pas moins réticent et timide avec toute autre personne. En particulier après tout ce temps.
Repoussant le sentiment de culpabilité, il continua à écrire. 'Quelles sont les chances qu'un homme arrive au village avec un œuf de dragon, juste ce qu'Hagrid veut, et que comme par hasard il vienne poser des questions pour savoir comment passer devant un chien qui est de toute évidence en train de garder quelque chose ?'
« Donc, tu penses que quelqu'un est délibérément venu parler à Hagrid pour cela ? »
Harry acquiesça frénétiquement.
« Dans ce cas, nous devrions vraiment en parler au professeur McGonagall ! » s'exclama Hermione.
Ils coururent à travers les couloirs vides jusqu'à la classe de métamorphoses, et s'arrêtèrent dans une glissade en face du bureau où leur Directrice de Maison était assise.
« Professeur, nous devons vous parler ! » commença Hermione, légèrement essoufflée.
Elle leva un sourcil, dans une mimique qui la fit ressembler à Snape de manière suspecte, songea Harry. Il se demanda vaguement si la capacité à hausser les sourcils faisait partie des qualités requises pour enseigner à Poudlard.
« Vous devriez tous être dans vos dortoirs, il est tard. » Elle retourna son attention vers ses papiers, comme pour les congédier, mais Ron ne lui en laissa pas l'occasion.
« Nous pensons que quelqu'un essaie de voler la Pierre Philosophale ! »
Le professeur pâlit légèrement avant de demander sèchement : « Comment se fait-il que vous soyez au courant pour la Pierre ? »
« C'était simple, vraiment, nous avons juste assemblé les pièces du puzzle, comme le chien et le coffre et… » Hermione était lancée, avec sa meilleur voix d'élève studieuse.
« C'est assez, mademoiselle Granger. Vous trois, écoutez-moi et écoutez-moi bien. Vous ne devez pas vous inquiéter pour cette pierre. Elle est bien protégée, et vous pouvez me faire confiance pour cela. »
« Mais… »
« Pas de mais. Dehors, tous les trois, vous avez sûrement mieux à faire que ces idioties. »
Et là dessus, ils furent rapidement congédiés et Harry ne put s'empêcher de penser : Vous voyez, parler ne mène jamais nulle part. Personne n'écoute jamais.
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Plus tard, cette nuit là, ils avaient à peine franchi le portrait qu'une lampe s'alluma sur leur gauche. Le cœur d'Harry bondit dans sa poitrine à l'idée qu'ils aient pu se faire repérer par Rusard, et il sombra dans son estomac quand il reconnut le professeur Snape.
« La dernière fois que j'ai vérifié, les portraits ne s'ouvraient et ne se refermaient pas d'eux-même. Montrez-vous immédiatement, M. Potter, ou je serais ravi de le faire pour vous d'un Accio sur votre cape. »
Oh bon sang. Snape ne lui avait pas parlé sur ce ton depuis des siècles. Harry prit un bref instant pour s'assurer que son visage paraissait suffisamment calme avant d'ôter la cape d'invisibilité.
Severus s'arrêta le temps de croiser le regard d'Harry avec un air de déception avant de faire une remarque. « Eh bien, vous voilà tous les trois en train de foncer vers les ennuis. Comme c'est surprenant. »
« Monsieur, » intervint Hermione, « nous allions juste… »
« Epargnez-moi vos excuses. Vous étiez tout au moins en train de vous promener dans le château bien après votre heure de coucher. » Harry rougit violement en entendant ce mot enfantin. Il aurait au moins pu dire 'couvre-feu'. « Sans compter le fait que l'usage de cette cape implique que vous vous prépariez à faire quelque chose d'interdit. Vous allez tous les trois vous diriger droit vers mes quartiers. Je crois que M. Potter connaît le chemin. »
Harry soupira et se tourna pour précéder les autres jusqu'au bureau du professeur, mais avant qu'il puisse seulement faire un pas, il fut arrêté par le son de Snape s'éclaircissant la voix de manière significative.
Incapable de retenir un regard furieux, il roula sa cape en boule et la lui tendit.
Il ne savait pas pourquoi le professeur ne les suivait pas directement, mais quand il pénétra enfin dans la pièce, Harry Ron et Hermione étaient déjà là depuis plusieurs minutes, échangeant des regards inquiets.
Leur inquiétude ne fit qu'augmenter quand Snape claqua la porte derrière lui dans un bruit de tonnerre.
« Qu'étiez-vous en train de faire ? »
« Juste ce que vous avez vu, monsieur, nous promener dans le château. »
« N'essayez pas de jouer à ce petit jeu avec moi, M. Weasley. Vous allez perdre. Vous savez exactement ce que je veux dire. Que vous apprêtiez vous à faire ? »
« Eh bien, professeur, il y a ce livre dans la section interdite… »
Mais Severus ne prêta aucune attention à la pauvre tentative d'Hermione pour forger une excuse crédible. Ses yeux étaient fixés sur Harry, visiblement mal à l'aise avec les histoires que ses amis racontaient. Les lèvres du garçon étaient pressées si fort qu'elles en étaient blanches, et il agrippait les manches de son pull dans ses poings. Il croisa leurs regards, espérant que le message était clair.
Ne me mens pas. Réunis toute cette bravoure Gryffondor et parle.
« Nous allions chercher la Pierre Philosophale ! Nous pensons que quelqu'un essaie de la voler. » Finit par éclater Harry.
« Je sais. »
Les trois enfants le regardèrent, bouche bée. Ce qui aurait été agréable, n'eut été leur profonde inconscience.
« Votre Directrice de Maison m'a informé de la conversation qu'elle a eu avec vous ce soir. »
« Vous saviez depuis le début ?! Alors pourquoi vous vous embêtez avec tout ça maintenant ? »
« M. Weasley, je suggère que vous utilisiez votre talent pour la stratégie pour autre chose que les échecs et appreniez à fermer votre bouche ! »
Severus s'autorisa un petit sourire pour lui-même, tandis qu'il observait le cadet des Weasley lutter entre la colère à cette admonestation et le choc du compliment sous entendu. Se secouant, il se concentra une fois de plus sur Le-Garçon-Qui-S'était-Introduit-Dans-Sa-vie.
« Tu n'iras nulle part près de cette pierre. Elle est cachée pour une bonne raison, et il y a des protections mises en place pour la garder en sécurité avec lesquelles trois élèves de première année ne devraient pas jouer. Je t'ordonne de te tenir hors de danger, est-ce que c'est clair ? »
« Mais si quelqu'un la volait ? Il y a cet homme avec qui Hagrid a parlé du chien et… » Harry commença-t-il à argumenter, mais comme il le soupçonnait, il n'eut pas l'occasion de finir sa phrase.
« Je partage tes inquiétudes, crois moi. Si cela peut soulager vos esprits, j'irais contrôler la pierre moi-même cette nuit. »
« Quoi ?! Vous venez juste de dire que c'était dangereux et que nous ne pouvions pas y aller ! Pourquoi est-ce que vous iriez à la place ? » Cria Harry.
« Parce que je suis l'adulte et que tu es l'enfant ! » La colère et la frustration devaient avoir été évidentes dans son ton et le volume de sa voix, car les trois Gryffondors reculèrent légèrement.
Ce qui ne fit qu'empirer sa frustration. Si la pierre était réellement en danger, il n'avait pas le temps de réconforter les enfants. En revanche, il était clair qu'en dépit du désir d'Harry d'avoir un parent, il n'avait pas la moindre idée de la façon dont une telle relation était sensée fonctionner.
Grognant, il se tourna à nouveau vers son élève- son fils- et s'accroupit à hauteur d'yeux du garçon. Ceci était important.
« Tu m'as dit l'autre jour que tu voulais un père, pas vrai ? » Harry avala difficilement et acquiesça doucement. Tous deux ignorèrent les glapissements de ses amis. « Eh bien Harry, c'est ce que les pères… » Il fut interrompu par son propre souvenir vivace de Lily, et du sacrifice qu'elle avait fait. « C'est ce que les parents font. Ils protègent leurs enfants. »
Il put voir la compréhension, ou du moins une tentative pour embrasser l'idée s'allumer dans les yeux d'Harry. Il s'apprêtait à se redresser quand une petite main agrippa la manche de ses robes.
Harry se pencha vers lui et murmura dans son oreille, comme pour partager un secret précieux : « J'ai peur. »
Severus trouva soudain difficile d'avaler sa salive. Il pouvait entendre ce qu'Harry ne disait pas. N'étant pas du genre à faire de fausses promesses, il dit simplement :
« L'homme brave n'est pas celui qui n'a peur de rien, mais celui qui agit en dépit de cette peur. Souviens-toi de cela, Harry. »
Sur ces mots, il se leva. « Si je ne suis pas de retour ici dans trois heures, allez trouver votre directrice de maison. »
Fouillant dans ses poches, il en sortit quelque chose qu'il tendit à Harry. Il fronça les sourcils en le voyant, reconnaissant le deuxième bon garantissant son obéissance, son dernier cadeau de noël pour Snape.
« Vous n'avez pas besoin de cela. Je n'irai nulle part de toute façon. »
« Considère-le comme ma garantie. Trois heures. » Et là-dessus, il se dirigea vers la porte d'un pas décidé.
