Note : suis toujours la saison 1 de TW et la saison 3 de DW sans prendre en compte le reste :)
Note bis : Avec la seconde partie de l'épisode 5, j'achèverai Les oiseaux fous :)
Les oiseaux fous
Cinquième épisode
Partie 1
Torchwood 4 refit son apparition un matin de mi-avril, en pleine campagne nord-irlandaise. D'après les premiers rapports de Torchwood 2, ils avaient été pris dans un rift sporadique qui semblait tourner entre un lac local, le Triangle des Bermudes et un canyon en Australie.
Jack décida tout de suite d'aller voir leur équipe prodigue.
« Ils doivent en avoir, à raconter ! jubila-t-il. Et puis Peter me doit 50£. »
Ianto déclina l'invitation poliment mais fermement. Jack insista surtout pour la forme, dans sa tête il était déjà quelque part en Irlande.
Avant de monter dans la voiture, toutefois, il fronça les sourcils en regardant Ianto.
« Ça ira ? Tout seul dans cette grande maison ?
— Je suis trop vieux pour avoir peur du noir. »
Jack sourit, un débordement d'affection dans les yeux qui picota les doigts de Ianto.
« Fais attention à toi. Je reviens le plus vite possible. »
Ianto vit son regard traîner sur ses lèvres, puis se détourner résolument.
La première fois, Ianto avait cru que Jack n'osait pas, le laissait prendre la décision. Mais lorsqu'il s'était rapproché, Jack s'était soudain écarté.
Ils en étaient là.
Ianto commençait à croire que le statu quo était leur fonctionnement par défaut. Il regarda la voiture s'éloigner, attendit un petit quart d'heure sur le perron, puis il rentra dans la maison. Il monta les escaliers, lentement, et pénétra dans sa chambre. Il referma la porte derrière lui.
La taie d'oreiller dont il avait recouvert le miroir accroché au mur était toujours en place.
Le tissu glissa à terre sans difficulté.
Elle l'attendait, cachée derrière le reflet de la porte entrouverte. Il la voyait du coin de l'œil.
« Bonjour, dit-il. Je m'appelle Ianto. » Une inspiration. « Que me voulez-vous ? »
-
Elle était « Petite Sœur », lui expliqua-t-elle. Un méchant sorcier l'avait enfermée dans les miroirs, avait emporté ses parents et transformé son grand frère en épouvantail. Cela faisait plus d'un siècle qu'elle attendait quelqu'un qui pourrait l'aider.
Elle avait senti le surplus de vie de Ianto. Elle le suppliait de les aider. S'il pouvait accorder un peu de vie à son frère, pour qu'elle puisse lui parler… Lorsque Ianto lui demanda pourquoi elle n'avait pas demandé à Jack, son regard servit de réponse. Jack lui faisait peur.
Ianto lui promit d'y réfléchir et recouvrit fermement le miroir avant de descendre consulter les archives.
Il n'y trouva rien concernant des aliens enfermés dans des miroirs ou transformés en épouvantails. Les références à ce type de « malédiction » se rapportaient toutes à des contes folkloriques et des légendes urbaines.
Il irait voir, se dit Ianto. Il irait voir si ce que disait « Petite Sœur » était vrai, si son frère se trouvait vraiment au milieu de ce champ, puis il attendrait le retour de Jack.
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Retrouver le champ se révéla plus difficile que prévu. Les choses avaient changé, depuis l'époque où Petite Sœur avait été enfermée dans le miroir. Des maisons avaient été construites là où elle se souvenait de bois, les champs avaient changé de forme. Mais elle ne perdait pas espoir.
« Je sais qu'il y est encore, c'est sa malédiction, personne ne peut rompre sa malédiction », écrivit-elle à la buée de son côté du miroir.
Trois jours plus tard, quelqu'un se souvint d'un vieil épouvantail planté dans un carré de pommes de terre, quelques kilomètres plus loin.
« C'est lui ! C'est lui ! s'excita Petite Sœur lorsque Ianto le lui montra. Oh, s'il vous plait, s'il vous plait… »
L'épouvantail portait un vêtement sombre et sale, il avait la tête penchée, le corps affaissé. Malgré tout, Ianto accorda qu'il avait quelque chose de terriblement humain, réel.
« S'il vous plait… »
Peut-être qu'un tout petit peu de souffle ? Jack donnait la vie en embrassant. Rien qu'un souffle pourrait redonner suffisamment conscience à l'épouvantail pour leur permettre de communiquer. Allait-il devoir embrasser l'épouvantail ? Et restait-il seulement une bouche à ce dernier ? Ianto tendit la main pour lui soulever la tête.
« J'éviterais si j'étais vous », fit une voix soudaine derrière lui.
Ianto se retourna d'un coup, yeux écarquillés, mains sur le miroir comme s'il s'agissait d'une arme. Un homme, grand et souriant, se tenait là, les mains dans les poches.
« Qui êtes-vous ? demanda Ianto.
— Pourquoi ne lui demandez-vous pas ? » suggéra l'inconnu en indiquant le miroir.
Ianto risqua un regard rapide. Petite Sœur s'était cachée derrière le reflet d'un muret. Un « Seigneur du Temps ! » flou était écrit contre la glace.
« Vous êtes le Docteur ? » prononça Ianto d'une voix un peu étranglée.
Le regard de l'homme, de l'alien, du Docteur, se fit plus grand.
« Bonjour, Ianto Jones. »
oOo
Lorsque Jack gara la voiture devant la maison, le Tardis était posé dans le jardin. Le Docteur se trouvait devant, un air grave sur le visage, et le premier élan de joie de Jack se changea en une soudaine terreur.
« Docteur, fit-il, le cœur battant à tout rompre.
— Jack, dit doucement le Docteur. Je suis désolé.
— Non… »
Avec un mauvais pressentiment, Jack se précipita dans la maison. « Ianto ! IANTO ! »
La maison était vide. Dans la chambre de Ianto, la taie qui recouvrait son miroir était par terre. Jack appela, encore et encore, sans obtenir de réponse, alors il ressortit, trouva le Docteur toujours au même endroit et le saisit par le col.
« Où est-il ? Où l'avez-vous emmené ? Où est-il ? »
Le Docteur posa les mains sur les siennes et secoua doucement la tête.
« Ce n'est pas moi, dit-il. Ce n'est pas moi qui l'ait emmené. »
À l'ouest, le ciel s'illumina soudain.
(à suivre)
