Art vs Science

Note : Plus ça va plus il me sort par les yeux ce titre... Bref, voici la version corrigée du quatrième chapitre ! Ça me fait plaisir de republier cette fic. C'est la première histoire conséquente que j'ai publié et ça m'a rendu triste de la boucler, alors je prolonge un peu le plaisir comme ça. Nan nan mais je le fait aussi pour vous hein ! Vous vexez pas. Je voudrais en profiter pour remercier toute celles qui me laissent des reviews anonymes mais qui me frustrent parce que je ne peux pas leur répondre. J'essaie de répondre à toutes celles et ceux qui ont un compte, mais pour les anonymes, je ne peux rien faire. Merci donc à celles qui m'ont suivit, commenté, encouragé. Je vous oublie pas !

Bonne lecture à tous, les inscrits comme les autres !


Chapitre 4

Finalement, Naruto passa la journée chez Sasuke. Ou plutôt dans sa chambre. Et plus précisément dans son lit. Il n'avait jamais fait l'amour autant de fois en une nuit et en une journée et ce fut pleinement satisfait qu'il s'en retourna chez lui, non sans se faire la réflexion que le brun devait vraiment être très, très, très riche. Parce qu'ils leur avaient bien fallu cinq minutes pour faire le trajet chambre-porte d'entrée. Rien que cette fameuse chambre était plus grande que son appartement. Et ils y vivaient à deux.

Arrivant dans ce trésor de luxe qu'il habitait avec Gaara, il croisa un brun plutôt pas mal qu'il reconnut comme faisant parti de la bande de son propre brun. Il se demanda ce qu'un mec comme lui pouvait faire dans un quartier aussi mal famé mais la réponse devint assez vite limpide quand il découvrit l'état de son appartement. Apparemment, il n'était pas le seul à s'être offert une séance prolongée de sport de chambre. Il trouva Gaara torse nu, étalé sur leur matelas au milieu d'un bordel innommable, fumant tranquillement une cigarette et visiblement satisfait. Quand leurs regards se croisèrent, ils explosèrent de rire : ils avaient tous deux exactement la même expression de contentement, sourire béat et détendu aux lèvres. Ils entreprirent donc de faire ce qu'ils adoraient faire les lendemains de débâcle : se raconter, à tour de rôle et dans les moindres détails, la nuit passée. Cela leur prit la moitié de la nuit.

C'est donc logiquement exténué mais content d'eux que les deux jeunes hommes arrivèrent en cours le lundi matin. Étrangement, Naruto était serein. Parce que la tournure qu'avaient pris les événements l'avait mené en terrain connu, celui des coups d'un soir. Il savait comment ça marchait, ce que ça entrainait, comment ça se terminait. Pas de sentiments, pas de sensations impossibles à contrôler, pas d'interrogations interminables comme cela lui arrivait normalement en présence du brun. Malheureusement, cette sérénité d'esprit disparut dès qu'il se pencha plus sérieusement sur la question. Parce qu'il y avait quand même un très gros hic à ce qu'il s'était passé. C'est que d'habitude, l'obsession passait après une nuit. C'était ça le principe : on désirait un mec, on couchait avec et c'était bon. Sauf que pour Naruto, ce n'était pas bon du tout. Parce qu'il avait beau avoir expérimenté toutes les positons possibles et imaginable avec Sasuke (qui d'ailleurs dans ce domine ne manquait pas d'ingéniosité), il n'était absolument pas apaisé ; au contraire, il se surprenait à en vouloir encore. Pas bon.

« Les mecs, j'ai un problème. »

Toute la joyeuse bande cessa son activité en cours pour se tourner vers le blond tourmenté.

« Et c'est ?

– Bah, vous savez, j'ai couché avec Sasuke ce week-end. Pas, qu'une fois d'ailleurs...

– Épargne-nous les détails de ta vie sexuelle, s'il te plait...

– Euh, ouais, donc, j'ai couché avec.

– Et ? Il est où le problème ? »

Naruto se prit la tête entre les mains, désespéré.

« Alors ?

– Alors, j'ai toujours envie de lui. J'y pense toujours, voire plus. Et j'ai une furieuse envie de remettre ça... »

Tous ses amis, sans exception, eurent un regard empli de compassion pour leur pauvre blond.

« Et ben, chéri, je suis désolée d'avoir à te le dire mais... »

Temari fit une pause dramatique tandis que Naruto priait silencieusement pour qu'elle ne dise pas ce qu'il ne voulait surtout pas entendre même s'il savait que c'était inévitable.

« Je crois bien que t'es amoureux. »

Et voilà. Le mot était tombé. Amoureux. Il avait du mal à y croire. Bon, il s'en était bien rendu compte mais l'entendre de quelqu'un d'extérieur et, en plus, voir tous les autres approuver rendait la chose tout de suite beaucoup plus réelle. Et beaucoup plus problématique.

« Je suis dans la merde.

– Tu l'as dit mon vieux. »

Le blond soupira. Le problème n'était pas vraiment qu'il soit amoureux – ça lui faisait vraiment bizarre quand même – du brun, le problème était qu'il n'était pas idiot : il savait comment marchait les homos, surtout à son âge. Les relations sérieuses étaient aussi rare que de croiser Johnny Depp au super U du coin (1), quand à imaginer un mec comme Sasuke avec lui... il aurait pu trouver l'idée comique si elle avait concerné quelqu'un d'autre. Là, ça lui donnait surtout envie d'aller boire quelques verres, voire quelques bouteilles. Une petite centaine. Pourquoi était-il tombé amoureux ? Et pas de n'importe qui : un dieu du sexe beau comme une œuvre d'art et riche au-delà du possible. Ce constat le découragea d'une façon prodigieuse. Naruto était bon pour des heures de tortures morales ! Voir le blond se prendre la tête ainsi faisait beaucoup rire les autres parce qu'il agissait comme si ça venait juste de lui tomber dessus. Alors que ça faisait des mois qu'il leur rabâchait les oreilles avec ce mec ! Apparemment, il ne tiltait que maintenant que c'était bien plus que de la simple attirance physique qu'il ressentait pour « son » brun. Cette nouvelle semblait avoir été un choc psychologique important. Et il ne savait absolument pas quoi faire.

Mai arriva, en même temps que la panique des examens qui se rapprochaient (2). Naruto avait constaté avec soulagement que le brun continuait de venir au café et qu'il y avait même un mieux dans son attitude vis-à-vis de lui : Sasuke avait visiblement décidé de le considérer comme un être humain et à égalité avec les autres, c'est à dire qu'il lui adressait vaguement la parole quand c'était nécessaire et lui disait bonjour en rentrant dans le café. Net progrès donc. Naruto avait maintenant un autre problème (le pauvre, il est jamais tranquille...) parce que dès qu'il regardait Sasuke (donc très, très souvent, pour ne pas dire la quasi-totalité du temps) des images de leur nuit passée ensemble s'imposaient d'elles-mêmes dans son esprit, faisant instantanément augmenter sa température corporelle. Il avait une affreuse et indomptable envie de le voir, de lui parler, de le toucher... le brun envahissait ses pensées en permanence.

Aussi quand Gaara lui proposa une (énième) sortie en boite, son meilleur ami accepta aussitôt, espérant naïvement pouvoir se changer les idées, au moins quelques temps. Peine perdue. Il avait beau sortir plusieurs fois par semaine (3) et se trouver un mec à chaque fois, c'était toujours Sasuke qui hantait son esprit. Il ne cessait de le comparer à tous les mecs qu'il croisait (et baisait) et aucun, selon lui, ne lui arrivait à la cheville. Naruto n'arrivait même plus à se satisfaire de ceux qu'il ramenait et en mit plus d'un à la porte au milieu de la nuit. Au bout de deux semaines de sorties intensives et d'obsession grandissante, le blond annonça à son meilleur ami que, après cette fois-là, il arrêterait pour se consacrer à ses examens. C'était sans compter sur les humeurs joueuses du hasard.

Ils se retrouvèrent donc par hasard dans la boite où Naruto avait croisé le brun la première (et unique) fois, et il se trouva que par hasard, ledit brun y était également. Et il fallut que, dans la foule compacte et impénétrable se déhanchant sur la piste, les deux jeunes hommes se retrouvent par hasard l'un à côté de l'autre. Le hasard fait vraiment bien les choses, parfois. Évidemment, les deux étant tout aussi éméché l'un que l'autre, ils remirent ça sans la moindre hésitation.

Les résolutions de Naruto volèrent en éclat à l'instant même où il constata que le brun venait souvent dans cette boite. A partir de là, il se mit à sortir aussi souvent que possible, pour le plus grand bonheur de son colocataire. Et à chaque fois qu'il rencontrait le brun, ils finissaient la nuit par des parties de jambe en l'air, toutes plus mémorable les unes que les autres.

Les amoureux ont une caractéristique qui leur est propre et qui peut se révéler particulièrement cruelle : ils voient des signes encourageants sans arrêt. Même si l'autre ne fait que promener son regard dans une salle, là où personne n'y prêtera attention, l'amoureux croira bêtement que la personne le regarde exprès, engageant par la suite la création d'un espoir aussi stupide qu'infondé. La chute peut ainsi se révéler douloureuse. Et donc, malgré lui, Naruto se mit à croire qu'il y avait peut-être un espoir potentiel que le brun envisage éventuellement une relation un tout petit peu plus poussée. Il avait le droit d'espérer parce que mine de rien, le brun l'avait repris une deuxième fois, puis une troisième... c'était inespéré. Il ne put s'empêcher d'en rêver. Et effectivement, la chute fut plutôt douloureuse.

Normalement, ça n'arrive jamais en vrai. Il n'y'a que dans les films que l'on croise comme par hasard la personne que l'on aime sans que celle-ci nous voit, et que l'on intercepte, sans le vouloir, une conversation de ladite personne et d'un de ses amis qui, comme par hasard, traite des sentiments de la personne envers l'amoureux. Ça n'arrive pas en vrai. Et c'est sans doute mieux ainsi. Mais voilà, Naruto était passé maitre dans l'art d'attirer toute la malchance du monde, au point qu'il lui arrivait même les choses les plus improbables. Comme surprendre son Roméo avec un de ses amis, qu'il reconnut d'ailleurs comme étant le mec avec qui avait couché Gaara, la première fois où il s'était lui-même retrouvé dans le lit de Sasuke. Il l'avait d'ailleurs recroisé plusieurs fois aux portes de son appartement. Que Gaara couche plusieurs fois avec la même personne lui semblait être un fait suffisamment extraordinaire pour passer dans le journal, il faudrait qu'il lui en parle. Enfin bref, il croisa donc les deux bruns dans un parc un jour qu'il s'activait sur ses dessins. Ils étaient assis contre un arbre et le blond se trouvait de l'autre côté, à quelques pas. Poussé par sa curiosité maladive, il ne put résister à la tentation de les espionner. Finalement, il aurait préféré se retenir.

Arrivé assez proche d'eux pour comprendre ce qu'ils se disaient, il se concentra dans la difficile tâche de saisir le sens de leur discussion.

« … peut parler toi, t'as fait la même !

– Ouais mais c'est pas pareil

– Et pourquoi ?

– Moi, je connais pas son nom. »

Ça, c'était le deuxième brun. Sasuke poussa un long soupir contrarié.

« Mais putain Neji, qu'est-ce que tu veux que je te dise ? J'ai couché avec et j'ai voulu recommencer, je vois pas ce que ça à d'extraordinaire !

– Juste le fait que ça ne t'était jamais arrivé avant. »

Naruto se reconnut dans leur propos. A moins que le brun ait plusieurs « coups répétés », c'était du blond qu'il parlait. Naruto sourit. Alors ça ne lui arrivait jamais ? A peine commença-t-il à caresser cette idée que la reprise de son brun le figea d'horreur.

« J'avais peut-être jamais trouvé de mec assez stupide pour se faire avoir à chaque fois. »

Et c'est le crash.

« Tu l'as quand même pas pris au hasard !

– Bah quoi, c'est une bombe, même si c'est un crétin finit. »

Et il en remit un coup.

« Donc, tu le connais un peu quand même.

– Ouais, bah, le peu que je connais me donne pas vraiment envie d'en savoir plus. »

Et bam, dans tes dents. Incapable de se ressaisir, Naruto resta adossé contre l'arbre, immobile. La conversation dévia sur un autre sujet dont il ne saisit pas le sens puis les deux garçons finirent par s'en aller. Il resta assis la tête enfouie dans ses genoux qu'il avait repliés contre lui et entourés de ses bras. Ça faisait mal. La douleur revenait, lancinante, écho des espoirs brisés. Il se maudit d'y avoir cru. Il pleura un peu, doucement, comme à regret. Gaara finit par venir le chercher alors que le soleil était déjà couché. Il avait eu la bonne idée de lui dire où il comptait passer l'après-midi. Le roux s'assit à côté de lui. Le blond lui fit un sourire résigné, et murmura :

« Bah... je me suis fait avoir. »

Gaara se contenta de le prendre dans ses bras et ils restèrent un moment ainsi, comme quand ils étaient gosses, à regarder les heures passer, avant de rejoindre leur étouffant appartement.

Ce n'est un secret pour personne, l'amour rend stupide. Le plus éveillé des hommes peut devenir le roi des débiles par amour. Ce qui provoque bien souvent des séries de problèmes dont la base est la plupart du temps insignifiantes mais dont l'ampleur ensuite peut causer des dégâts irréparables, blessant l'amoureux, l'amour ou les deux. Naruto était amoureux. « Et même sans ça, il était déjà stupide » vous dirait ses amis. Donc, sans vraiment réfléchir à sa décision, Naruto fit quelque chose d'incroyablement idiot pour son propre bien : il fit comme si de rien n'était. Il continua à voir le brun comme si rien n'avait changé, détournant les yeux quand il le voyait au bras d'un autre parce que, malgré lui, ces visions lacéraient son cœur. Mais il préférait ça que de couper les ponts avec le brun parce qu'il avait besoin de lui. Il avait besoin de son contact, de son regard et de sa présence, comme d'une drogue. Et il n'avait aucune envie de s'en priver, même si ça signifiait supporter de n'être qu'un partenaire sexuel parmi tant d'autre.

Il avait besoin de se changer les idées, aussi décida-t-il de passer un de ses après-midi avec son jeune voisin et ses amis. En y réfléchissant, il se rendit compte qu'il ne les avait pas vus depuis des semaines alors qu'au début de l'année, il allait jouer avec eux presque quotidiennement. Il se rendit donc à leur lieu de prédilection, un parc pour enfant situé à quelques rues de leur immeuble. Il trouva comme il l'espérait le trio, assis à même le sol dans une discussion animée. Quand la fille du groupe l'aperçut, elle se précipita vers lui, bientôt suivit par ses deux acolytes.

« Narutooooooooo ! »

Il reçut un boulet de canon sur la poitrine qui faillit le faire basculer.

« Ça faisait longtemps qu'on t'avait plus vu !

– 1u moins un mois !

– Même plus !

– T'es sûr ?

– Je crois...

– Où t'étais ? »

Le blond sourit aux trois gamins postés devant lui. Il disait gamin mais ils avaient tout de même près de douze ans. Konohamaru était son voisin de palier et le plus énergique du groupe. C'était également une sorte de leader, et il lui vouait une admiration puérile et attendrissante de jeune garçon privé de modèle paternel : il vivait seul avec sa mère et son grand-père, un vieux croulant pas très efficace en matière d'autorité mais que Naruto appréciait. Lui aussi, il ne l'avait pas vu depuis des lustres...

Udon était la tête pensante, genre intello surdoué qui comprend tout et se retrouve obligé d'expliquer aux autres ensuite, image renforcée par ses lunettes rondes et son air ennuyé. Il était moins expansif et plus mou que son ami mais toujours prêt à suivre ce dernier et ses idées souvent farfelues.

Enfin, Moegi était la fille du groupe. Petite rousse dynamique et un rien féministe (Naruto ne pouvait s'empêcher de la comparer à Temari parfois...), c'était elle qui résonnait les garçons et leur tapait dessus si nécessaire. Naruto avait toujours adoré les enfants. Dès qu'il avait été en mesure de veiller sur plus jeune que lui, il s'était occupé des nouveaux à l'orphelinat, souvent victime de leurs congénères. Il en avait fait l'expérience : les enfants pouvaient être tout sauf innocent.

Normalement, à cet âge, on ne dit pas « jouer ». On dit s'amuser, trainer mais jouer, c'est pour les enfants. Pourtant, et ça Naruto le savait également, être un enfant était un luxe dont il fallait jouir le plus longtemps possible. Comme lui, les trois enfants n'avaient pas eu une enfance facile alors ils se rattrapaient, même si cela ne semblait « plus de leur âge ». Mais ils n'avaient pas pu le faire, à leur âge. Ils n'avaient pas pu en profiter. Et même Gaara se joignait à eux parfois car ils étaient semblables : leur enfance ne leur avait nullement laissé le choix de vivre.

Naruto passa l'après-midi entière avec le gang, laissant pour quelques heures de côté ses soucis d'adulte. Soucis qu'il n'aurait techniquement pas dû avoir à subir, étant tout juste majeur. Mais, là, comme ailleurs, il n'avait pas eu le choix. En rentrant chez lui, il se trouva légèrement apaisé et se promit de les revoir plus souvent. Il demanderait à Gaara de venir, la prochaine fois.

Celui-ci était d'ailleurs là à son retour. Il fumait à la fenêtre de leur deux-pièces, perdu dans ses pensées. Rares étaient les moments où Naruto le voyait ainsi. Le roux avait beau se cacher derrière son indifférence quasi-permanente, le blond le connaissait par cœur et réciproquement. Il appuya sa tête sur son épaule.

« Ça te dit un Carré ? »

Le roux hocha la tête.

« Avec plaisir. »

Leur dernier Carré remontait à avant leur arrivée ici, quand ils avaient pris la décision de quitter leur ville pour aller tenter leur chance aux Beaux-Arts. Ils avaient mis en place cette pratique des années auparavant, à l'époque de leurs premiers contacts. Un peu moins d'un an après l'arrivée de Gaara à l'orphelinat, Naruto l'avait trouvé en train de pleurer dans les toilettes. Il ne l'avait jamais vu avec autre chose qu'un regard haineux et méprisant, aussi cette scène le perturba énormément, à l'époque.

« Tu veux qu'on parle ?, avait-il murmuré.

Et le roux ne l'avait pas envoyé promener. Sans doute se sentait-il trop mal pour songer à rembarrer le petit blond si exaspérant qui s'obstinait à vouloir lui parler. Il avait acquiescé. Ils avaient fabriqué un espace clos en bougeant les meubles de leur chambre, un carré, et s'étaient réfugiés sous une couverture. Leur relation avait commencé ainsi, leur amitié. Ils avaient six ans à l'époque et ils procéderaient ainsi à chaque fois qu'ils auraient besoin de s'isoler du monde, dans un espace clos et confiné où ils pouvaient parler sans crainte. C'est dans un Carré que Naruto avait révélé à Gaara son homosexualité, qu'ils s'étaient mutuellement raconté leur enfance déchirée, qu'ils s'étaient enfermés quand l'un d'eux était tenu éveillé par un cauchemar plus tenace que les autres.

Ils reproduisirent leur rituel en formant un carré avec un coin de mur plus leur matelas et la planche sur tréteaux qui leur servait de table dressé à la verticale. Avec une couverture en guise de toit, la séance d'aveu pouvait commencer.

Ils restèrent d'abord silencieux, comme souvent en début de « conseil ». Finalement, Naruto commença.

« Je suis allé voir le trio c't'aprem. On a pas mal joué. »

Gaara sourit. Les Carrés étaient également des moments où il devenait soudainement beaucoup plus expressifs, profitant de la protection, certes relative mais tellement rassurante, de leur cabane pour se laisser aller à afficher quelques émotions supplémentaires.

« Ça m'a rappelé comment c'était. Avant. »

Ils se fixèrent un moment. Tous deux savaient exactement à quelle période le blond faisait référence. À quels souvenirs.

« Je pense pouvoir affirmer avec certitude que quitter notre bled a été la chose la plus sensée qu'on ait jamais faite.

« Je suis d'accord petit frère. Vivre ici, c'est le paradis. »

Gaara avait toujours taquiné Naruto avec leur différence d'âge, pourtant de cinq mois à peine. « Cinq mois, c'est cinq mois ». Naruto se sentit soudainement débordé d'affection pour le jeune homme. Ils étaient plus que des frères. Liés et marqués par leur passé commun et tourmenté, par tous ce qu'ils avaient partagé. Gaara était le pilier de son existence, le point d'ancrage qui était là dix ans auparavant et qui y serait encore les dix prochaines années.

« Je t'aime, tu sais. »

Gaara lui sourit et lui ébouriffa les cheveux.

« Moi aussi je t'aime petit blond ! »

Ils rigolèrent un moment quand Naruto se souvint d'un détail.

« Tiens au fait... c'était bien un de la bande des matheux, le mec avec qui je t'ai vu la dernière fois ? »

A sa grande surprise, Gaara parut, l'espace d'un très court instant, gêné. Nouvel événement à inscrire dans le journal. Il se réjouit de pouvoir le torturer un peu.

« D'ailleurs, ça m'étonne que tu aies ramené ici le même mec plus d'une fois. Même plus de deux d'après ce que j'ai vu. »

Mais il ne resta pas déstabilisé bien longtemps. Gaara était d'une franchise aberrante et extrêmement lucide sur lui-même, qualité que Naruto lui avait toujours envié, lui qui était incapable de comprendre ses sentiments. Aussi le roux annonça-t-il sans une hésitation :

« Ouais... je crois qu'il me plait bien. »

Naruto en resta stupéfait. Mais comment faisait-il ? Il avait déduit cela à la seconde, sans que cela ne le perturbe plus que ça. La faculté de son meilleur ami à ne jamais se poser de questions fascinait Naruto au plus haut point. Il fut néanmoins curieusement heureux que le roux se retrouve dans une situation si semblable à la sienne. C'est donc naturellement que, après avoir converser longuement sur le fameux brun de Gaara, Neji, ils dévièrent sur celui de Naruto, à savoir Sasuke bien sûr. Gaara fut clair : le blond avait tort de se faire du mal comme ça. Il allait se détruire. C'était simple, selon le roux en tous cas :

« Naruto, dis-lui. Sérieusement. C'est sans doute con comme idée mais fais-le pour toi au moins. Va le voir et avoue-lui, ça vaudra mieux. »

Facile à dire, mais Naruto avait vraiment peur de ce que cela pourrait entrainer. Il ne voulait pas le perdre. Il avait besoin de lui.

« Tu n'as pas le choix petit frère. Si tu continues comme ça, tu n'en sortiras jamais. »

Ils finirent le Carré ainsi. Naruto se blottit dans les bras du roux, perdu, qui le serra contre lui. Ils restèrent plusieurs heures sans bouger, puis allèrent se coucher.

Finalement, la fois suivante, Naruto repensa à ce qu'avait dit son ami. Gaara avait raison bien sûr, comme toujours et il le savait. Aussi, après avoir une fois de plus cédé à la tentation et s'être laissé entrainer dans le lit du brun, au lieu de rester pour la nuit, il se rhabilla tout de suite. Surpris, le brun lui demanda ce qui lui prenait. Et Naruto avait décidé. Décidé de tenter, même si c'était voué à l'échec.

« Écoute Sasuke... honnêtement, j'aimerais bien rester des heures, voire des jours ici si je le pouvais. Mais je ne suis pas un crétin, du moins pas complètement alors... »

Il empoigna sa veste. Sasuke le retint.

« C'est quoi le problème ?

– Le problème, c'est que... »

Pouvait-il faire ça ? Vraiment ? C'était stupide. Bah, et puis après, il était stupide de toute façon.

« Toi, tu me vois comme un plan cul et moi... »

Le brun le fixait, les cheveux décoiffés par leurs récents ébats et incroyablement désirable. Naruto respira un coup et fixa ses prunelles azurs dans les gouffres insondables de son homologue.

« Je t'aime. »

Et encore une fois, il s'enfuit.

A suivre


(1) Alors non, je ne connais rien de la vie de homosexuels, je suis juste fan de Queer As Folk... et cette comparaison est un peu minable quand même. Il fallait bien que je case Johnny Depp quelque part.

(2) Désolé je connais rien au fonctionnement des Beaux-Arts, donc on va dire que y'a des exams vers juin...

(3) On va dire que les boites sont ouvertes tous les soirs ^^


Yeh Yeh Yeh ! Je sais plus ce que j'avais pensé de mes chapitres en les publiant la première fois, du coup je sais pas trop quoi dire. En tout cas, merci d'avoir lu !

Bye !