Art Vs Science
Note : J'ai plus rien à dire là-dessus moi... Le chapitre 5. Voilà quoi.
Bonne lecture !
Chapitre 5
On dit « tomber amoureux » parce que ça nous tombe dessus, sans crier gare, comme un parpaing jeté d'un toit, et que ça fait très, très mal. Et aussi parce qu'en comprenant que ce sentiment dépasse largement l'attirance, l'amitié, l'affection, etc... on se sent un peu comme si on tombait dans les escaliers. Sur le cul (1). Même si, dans le cas de Naruto, cela s'apparentait plus à une chute du vingtième étage et sans parachute. En gros, il était largué. Il n'avait jamais expérimenté cela avant. Jamais. Ce besoin obsédant, permanent et impossible à brider, qui le bouffait de l'intérieur. Il avait toujours entendu dans les films et lus dans les livres des montagnes de description du sentiment amoureux, comme quoi c'est merveilleux, c'est la plus belle chose au monde et tout ça. Mais il avait beau chercher, il ne voyait absolument pas où était caché ce côté « c'est génial, c'est magnifique, je vais mourir de bonheur ». Pour lui, c'était plutôt la déprime.
En de rare moment de fugace lucidité, il arrivait à Naruto de se sentir incroyablement stupide et de se maudire pour son manque total de discernement. Ces phases d'éclairement temporaire s'étaient d'ailleurs accrues en fréquence depuis qu'il avait rencontré cet imbécile de Sasuke. Malheureusement, cela ne lui arrivait qu'après coup, quand il avait déjà sortis une flopée de conneries aussi grosses que lui à cause de son aveux – qu'il regrettait amèrement – il se trouvait dans cet état depuis quelques jours maintenant. Le brun avait finalement déserté le café et cette nouvelle qui, il s'en rappelait, l'aurait réjoui quelques semaines plus tôt, le plongeait à présent dans le désarroi le plus total. Pour lui, la question demeurait : comment allait-il faire pour survivre ?
Il n'avait pas osé retourner en boite depuis. Il craignait de croiser Sasuke et son air suffisant, un mec à chaque bras, et de l'entendre le rabaisser à un truc informe et pitoyable qu'on oserait même pas toucher du bout du pied. Il avait déjà vécu cette scène une nuit après sa fuite, cauchemar qui l'avait laissé en sueur et horriblement mal et il ne souhaitait pas vraiment la revivre en live.
Naruto céda pourtant, sous les supplications de son meilleur ami qui était incapable de rester plus d'une semaine sans sortir. Après tout, il n'allait pas s'arrêter de vivre sous prétexte que le mec qu'il aimait ne voulait pas de lui ! Il en avait vu d'autre. Il y survivrait bien. Sans doute...
En tous cas, il devait bien se l'avouer, il avait envie de sortir lui aussi. Ou plus précisément, il avait envie de se trouver un mec. Même si ce ne serait probablement qu'une pâle copie de ce que pouvait lui faire ressentir Sasuke, il devait quand même soulager sa libido, somme toute assez exigeante. Et s'il croisait le brun, et bien... il ferait comme s'il ne l'avait pas vu. Il se cacherait. Il changerait de dimension. Excellent plan. Et puis, rien n'indiquait qu'il croiserait forcément son bourreau. Il était malchanceux mais pas à ce point-là, n'est-ce pas ? N'est-ce pas ?
Le début de soirée était prometteur. Lui et Gaara n'eurent aucun mal à se trouver des partenaires. C'est un fait, ils étaient de ces mecs que l'on classe sans aucune hésitation dans la catégorie « beau gosse », surtout quand ils dansaient d'une façon aussi sensuelle. Ils étaient accompagnés, donc, et ils s'apprêtaient à aller s'occuper dans un coin plus tranquille quand Naruto sentit soudain une aura extrêmement hostile se diriger vers lui. Il pivota sur lui-même au ralenti, tentant d'analyser calmement la situation. Deux mecs, dont un était visiblement trainé par l'autre. Le trainé lui était inconnu. Par contre, le premier... il ne le connaissait que trop bien. Et il affichait un air qui ne présageait rien de bon.
« Sa... su... ke. »
Gaara observa la scène un instant puis, jugeant sans doute qu'il ne serait d'aucun secours à son meilleur ami, lui souhaita une « bonne nuit » et partit s'amuser avec le grand noir qu'il avait ramassé.
Sasuke se planta devant le blond, des éclairs pleins les yeux. Derrière lui, un mec blond également, et qui n'y comprenait apparemment pas grand chose, tentait d'échapper à la poigne du brun mais celui-ci ne semblait pas décider à le lâcher. Naruto, lui, ne savait pas comment réagir parce qu'il ne comprenait pas ce que le brun pouvait bien lui reprocher. Il se contenta donc de rester bouche bée devant le mec des ses rêves en train de fulminer.
« Tu fais quoi là ? »
Naruto chercha vainement de quoi le brun pouvait bien lui parler. Là ? Eh bien, il était planté à quelques mètres de l'entrée d'une boite de nuit gay, avec son futur amant d'une nuit dans son dos et son ex-amant, qui le rendait dingue, devant lui.
« Euh... de quoi ?
– Qu'est ce que tu fous avec ce mec ? »
Question stupide ! Qu'est-ce qui lui prenait, à l'apprenti ingé ?
« Bah, la même chose que toi avec celui-là, je suppose, lui répondit Naruto en désignant le blond toujours retenu en otage par un Sasuke au bord de la crise de nerfs.
– Et je peux savoir pourquoi ?
– Mais pourquoi quoi ?
– Pourquoi tu veux aller t'envoyer en l'air avec cet abruti !
– Je sais pas, c'est évident non ?
– Mais c'est pas vrai, je vais te massacrer ! »
Naruto fixa un moment Sasuke, complètement paumé. Il était où le problème exactement ? Le brun venait le faire chier pour quoi là ? Il avait rien fait !
« Euh Sasuke, je peux savoir en quoi ça te regarde ? Et qu'est -e que ça peux t'faire d'ailleurs ? »
Là, le brun sembla prendre conscience de ce qu'il disait. Il se perdit un instant dans ses pensées.
« Qu'est-ce que ça me... ah, tu m'emmerde ! »
Et, prenant totalement le blond par surprise, il lui envoya son poing dans la mâchoire. Naruto se rattrapa de justesse sur celui avec qui il aurait dû être au lit à l'heure qu'il est et lança un regard outré au brun toujours écumant de rage.
« Nan mais ça va pas ? D'où tu me frappes comme ça ?
– C'est pas possible, t'es trop con ! Tu m'énerves, TU M'ENERVES ! Putain, j'me casse tiens, t'es vraiment le roi des débiles, je me demande même comment j'ai pu coucher avec toi ! »
Il partit, entrainant avec lui l'amant malmené, laissant un Naruto largué et passablement énervé. Il nageait en plein délire ! Sasuke s'était drogué ou quoi ? Il avait complètement pété un câble !
Ayant toute les peines du monde à se contrôler, il envoya balader son compagnon qui ne l'intéressait plus du tout et sortit rageusement de la boite. L'air frais de la nuit lui éclaircit un peu les pensées et il se mit à réfléchir à toute vitesse, d'une façon particulièrement anarchique. Il essayait de reconstituer le pourquoi du comment mais rien à faire, quelque soient les raisons de l'Apollon, elles lui échappaient complètement.
Il prit le chemin de son appartement, puis, se souvenant des plans de Gaara, il changea d'itinéraire. Ils se mettaient toujours d'accord sur qui découchait et qui allait à l'appartement pour s'éviter les surprises du genre se retrouver à deux couples dans le placard qui leur servait de logement. Et si par hasard le partenaire n'avait pas d'habitation à disposition et bien tant pis : ils se trouvaient un pote à squatter ou une ruelle peu fréquentée... en tout cas, hors de question rentrer à l'appart', à moins qu'il y ait une vraie urgence. Du genre « je me suis fait renversé par une voiture ». Et encore, ça ne passait pas forcément car la validité d'une excuse dépendait en partie de ce qu'elle interrompait, c'est à dire de la qualité de l'amant ramené. Il n'y avait pas d'urgence, il décida donc d'aller demander l'hospitalité à ses amis.
Il trouva Kiba avec Hinata et Skikamaru avec Temari. Impossible de s'incruster donc : ils lui firent gentiment comprendre que sa présence était légèrement dérangeante. Choji vivait à l'autre bout de la ville, donc pas la peine d'y penser. Un coup d'œil à son portable : 3h30. Il s'assit contre un arbre en soupirant. Il n'avait pas envie de renter, pas envie de bouger non plus. Il s'alluma une cigarette et contempla le ciel étoilé, pensif. Il fallait réfléchir maintenant : il avait un problème. Il était hors de question que Sasuke lui pourrisse la vie plus longtemps, il s'était suffisamment pris la tête à cause de lui, si en plus, il se mettait à l'agresser sans raison... mais il ne savait pas quoi faire, lui. Il ne connaissait pas ça. Les relations humaines. Les contacts. L'amour...
Il repensa aux nuits qu'il avait passé dehors avec Gaara quand l'univers de l'orphelinat devenait trop oppressant pour leur âme d'enfant égarée. Ils sortaient après le couvre-feu et parcouraient les rues des heures durant, en parlant de la vie qu'ils auraient une fois partit. Ils rentraient au levé du soleil, prêts à affronter une nouvelle journée sous les insultes des autres enfants de l'école primaire.
« T'es bizarre, t'as même pas de parents. ». Les enfants et leur innocence, les enfants et leur cruauté. Et leurs professeurs qui ne comprenaient pas pourquoi ils somnolaient sur leur siège toute la journée. Quand il songeait à son enfance, Naruto ne pouvait que constater qu'il n'avait pas vraiment été malheureux au sens propre. Il n'avait pas vécu un calvaire, n'avait pas été battu. Il avait seulement été vide. Vide d'amour, de rire et de distraction. Il se rappelait de ce qu'ils étaient : à l'orphelinat, on se contentait de se laisser vivre. Manger et dormir, aller à l'école pour ne pas se faire punir... rien de plus. Les moments agréables se perdaient dans la monotonie des jours qui se ressemblaient. Il n'avait aucun souvenir réel et précis de cette période. Juste une impression générale : l'ennui.
Il retraça mentalement le cours de sa vie. Les choses avaient changé, ensuite. Au collège, Gaara et lui avaient découvert une chose formidable : l'art. L'Art au sens propre, autre que les gribouillis multicolores dont les petits de l'orphelinat recouvraient des pages et des pages. L'art des couleurs et des formes, des sons, des mots, des textures. C'est ainsi qu'avait réellement commencé leur vie. Qu'ils avaient commencé à entrevoir un avenir car ils se découvraient peu à peu un talent certain pour cette discipline. Elle réveilla quelque chose en eux. Les émotions. La passion. Un exutoire à leur douleur et leur doute, pour combler ce qui leur avait manqué jusqu'alors. Ils en avaient fait leur vie, avaient recouvert les murs de leur chambre d'ébauches et de peintures et ils s'étaient, enfin, trouvé un but. Une raison. Une raison d'aller en cours, de travailler, de gagner de l'argent. Et leur bac en poche, ils étaient partis. Personne n'y avait cru, jamais. Ils pensaient tous à une lubie d'adolescent perturbé. Comment des ignorants sortis de nul part pourraient-ils créer quelque chose ? Mais ils avaient réussi. Et ils avaient quitté cette vie trop étriquée, trop pleine de vide. Le souvenir de leur départ tant attendu amena un fin sourire sur ses lèvres et il finit par s'endormir.
O
Naturellement, Naruto se réveilla, grelotant et courbaturé, dès les premières lueurs de l'aube. Il eut la bonté de trainer encore un peu pour laisser le temps à son colocataire de virer le jeune homme qui avait partagé sa nuit. Pour cela, le roux était bien plus rapide que lui. Plus direct aussi. Pas toujours très sympa mais ils auraient dû s'en douter, eux, avant de le suivre. Quand on part coucher avec un mec rencontré en boite, en général, ce n'est pas pour emménager !
Il reprit donc tout doucement le chemin de son immeuble, perdu dans ses pensées. Perdu si profondément qu'il ne réagit pas tout de suite en entendant une voix l'appeler.
« Hey oh ! Je te parle, tu m'entends ? »
L'injonction s'accompagna d'une pression sur son épaule qui eut pour mérite de le faire redescendre sur terre. Il tourna un visage surpris vers celui qui interrompait ainsi ses questionnements existentiels pour découvrir un brun aux cheveux long et aux yeux étrangement clairs. Incapable de le remettre, il lui fallut l'intervention de son interlocuteur pour se souvenir de l'endroit où il l'avait déjà vu.
« Euh... tu me reconnais ? Je suis un pote de Sasuke. Neiji. »
Et il lui tendit une main blanche et fine. Naruto le fixa, encore plus surpris. Ce mec ne lui avait jamais adressé la parole, ne lui avait même jamais accordé un regard, se contentant de le snober comme tout le reste de sa pitoyable bande. Qu'est-ce qu'il lui prenait, à jouer les mecs sociables ? Ils s'étaient tous donnés le mot ou quoi ? Lui aussi se mettait à agir bizarrement. La main était toujours tendue, en attente d'une réponse. Sceptique, le blond la serra pourtant, sa tendance naturelle à aller vers les gens reprenant le dessus.
« Et donc, tu me veux quoi ?
– Et ben, en fait... »
Il sembla soudainement un peu gêné. Voir ce mec mal à l'aise était aussi étonnant que lorsque c'est Gaara qui l'était. Tous les deux semblaient ne pas être programmés pour ça. Le genre avoir naturellement un calme à toute épreuve.
« Donc ?
– C'est Sasuke qui m'envoie ».
Dire que Naruto était surpris était un euphémisme. Il se retrouvait comme deux ronds de flans(2). Sasuke l'avait ENVOYE ? Il avait du mal à y croire. En fait, il n'y croyait pas du tout.
« Je te crois pas. »
Et il l'avait sortit. Pourquoi se sentait-il toujours obligé de former avec sa bouche les pensées qui lui traversaient l'esprit ? L'autre le regardait comme s'il était un peu attardé et soupira.
« Je m'en fous. En tout cas, Sasuke veut que je te demande pourquoi tu veux plus le voir.
– Il a qu'à venir lui-même. »
Nouveau soupir.
« Bon écoute, ça me fait pas plus plaisir que toi de te parler alors ne rends pas les choses encore plus chiantes qu'elle ne le sont déjà. »
On croirait entendre Shikamaru.
« Bah tant que t'y es, tu lui demanderas pourquoi il m'a sauté dessus comme une groupie hier ! »
Excédé, Naruto croisa les bras, foudroyant l'autre du regard qui se contenta de lever les yeux au ciel, d'un air de dire « mais qu'est-ce que je fous là ? »
« Et puis d'abord, si ça te fait tellement chier, pourquoi t'es là ? »
Air gêné : le retour.
« Il ira parler à Gaara pour moi en échange.
– Hein ?
– Gaara. Ton pote. »
Il fallut une dizaine de seconde à Naruto pour réagir. Au bout de ce court laps de temps, il explosa de rire.
« Mortel ! Gaara avec un prétendant ! »
Neiji serra les dents, une menace de mort affichée sur le visage et le blond retrouva instantanément son sérieux.
« Excuse-moi.. euh... en tout cas, pas la peine d'envoyer Sasuke. T'es déjà bien parti. »
La curiosité du brun s'éveilla malgré lui.
« Il t'en a parlé.
– Euh... ouais. »
Malgré son envie évidente de le questionner davantage, il retrouva son air froid.
« Bon, ça change rien au fait que je dois bien aller faire mon rapport à Sasuke, moi.
– Pourquoi tu ferais ça ?
– C'est mon pote quand même. »
Il n'aurait pas dû être étonné. Et pourtant... Sasuke était tellement difficile à mettre en parallèle avec le concept d'ami. Du moins tel que lui le voyait. Il essaya de s'imaginer Sasuke riant aux éclats autour d'une table, entouré d'autres personnes, passer du bon temps, être heureux. Trop bizarre. Pourtant ça devait bien arriver, non ? Il ne pouvait pas être en mode « glaçon » en permanence ! Quoique... il repensa à l'attitude de Gaara. Lui, il ne s'en rendait pas compte parce qu'il l'avait toujours connu ainsi mais c'est vrai que le roux ne se déridait que rarement et jamais en public. Ça existait vraiment, les gens impassible alors.
« Mais qu'est-ce que tu veux que je te dise moi ? Déjà c'est pas comme si lui faisait tout pour me voir, et puis en plus... rah mais merde, pourquoi je parle de ça avec toi ?
– Dis-toi que ça pourrait t'avancer. Je ne sais pas ce que Sasuke te trouve mais en tout cas il t'a dans le collimateur et c'est plutôt encourageant, contrairement à ce que tu pourrais croire. »
Effectivement, le blond ne voyait pas trop en quoi c'était une bonne chose que Sasuke l'ait dans sa ligne de mire.
« Écoute, Sasuke c'est... enfin, il est handicapé du sentiment. Il y connait rien, n'a jamais cherché à en savoir plus mais on dirait que t'as remué un truc parce qu'il est sur les nerfs maintenant. Avant fallait le secouer comme un pruneau pour lui provoquer un minuscule froncement de sourcils mais toi... on dirait que tu arrives à le faire sortir de ses gonds, ce qui est déjà pas mal.
– Ah... »
Pas convaincu.
« Disons que tu arrives à lui provoquer des émotions, même négative. Tu ne lui es pas indifférent, tu piges ? »
Ça, c'était tout de suite plus clair. Assez pour que Naruto se sente mieux. Il n'avait aucune raison de croire ce type sorti de nul part et qui ne pouvait assurément pas le saquer mais il n'avait pas l'impression qu'il mentait. Et puis, pourquoi aller inventer une connerie pareil en plus ? Il ne se serait surement pas donné la peine de lui adresser la parole si s'était pour lui raconter des salades.
« Ah, et pour hier... »
Il fit une pause, souriant d'un air un peu pervers devant la mine impatiente du blond.
« Il est incapable de le comprendre et encore moins de se l'avouer parce qu'il est légèrement trop orgueilleux pour son propre bien...
– Tu t'es pas regardé...
– Enfin bref, je pense qu'il était tout simplement jaloux. »
Naruto, mode « pause ». Ja...loux ? Jaloux, ça voulait dire plein de chose. Ça voulait dire que Sasuke l'aimait un peu ou du moins qu'il le considérait un minimum disons. Ça pouvait s'interpréter de pleins de façons différentes, dont certaines particulièrement positives pour le blond. Neiji poussa un soupir exaspéré et le temps que Naruto se remette de la nouvelle, il avait déjà tourné les talons, plantant le blond en pleine rue et un air très crétin sur le visage.
Arrivée chez lui et rassuré de voir l'appartement déserté par la dernière conquête du roux, il lui raconta sa brève entrevue avec Neiji. Si Gaara tira ses propres conclusions quant à l'attitude de Sasuke, il préféra laisser le blond trouver la solution tout seul pour une fois. Et en ce qui concernait son propre brun... il ne dit rien mais Naruto sentit qu'il était intrigué par ce garçon et, quelque part, heureux de l'intérêt qu'il suscitait chez lui. Le blond en fut heureux : peut-être que son meilleur ami allait finalement découvrir la joie des sentiments amoureux ! Même s'il ne donnait pas le plus bel exemple de cette « joie ».
O
Quand il retourna au café le lundi suivant, Naruto dut faire tous les efforts du monde pour que ses yeux ne sortent pas de leurs orbites. Installés à une table comme si de rien n'était, la bande de matheux discutait joyeusement autour d'un verre. Et Sasuke était avec eux. Neiji aussi. Naruto les observa longuement à la dérobée, repensant à ce que ce dernier lui avait dit. « C'est mon pote quand même ». Il n'y avait jamais songé mais le fait est que, malgré des dissemblances évidentes, leur groupe et le sien n'étaient pas si différents. Ils étaient juste une bande de tous jeunes adultes sûrs d'eux, dans cette arrogance propre à la jeunesse de penser que la vie nous appartient (3). Ils n'étaient, certes, pas très agréables avec lui et ses amis mais ils n'étaient pas non plus des démons pour autant. C'est vrai, tout le monde s'était montré blessant envers quelqu'un à un moment ou un autre. Ainsi, ils étaient amis, eux. Ils riaient ensemble, sortaient, faisaient la fête. Comme lui et ses amis. Chacun avait sa place, son rôle. Comme pour eux. Sans qu'il ne sache vraiment pourquoi, cette constatation le rassura. Sasuke n'était pas un dieu inaccessible et supérieur au commun des mortels après tout, il n'était qu'un jeune homme (4) en prise avec ses problèmes, comme lui. Quand celui-ci le vit, ils se fixèrent un long moment, cherchant à deviner ce que pensait l'autre, puis il détourna les yeux pour se replonger dans la contemplation de sa tasse de café. Naruto n'eut plus droit à aucune marque d'attention de la soirée. Il les resservit pourtant à plusieurs reprises et d'excellente humeur, ce qui lui valut d'ailleurs des coups d'œil sceptiques voire effrayés du groupe. Malgré tous leurs efforts, ils ne purent départir le blond de son sourire et finir par laisser tomber, sonnant l'installation d'une sorte de statu quo plutôt exceptionnel. En laissant trainer une oreille du coté de leur table, il capta une conversation qui le glaça d'horreur :
« Au fait, vous faites quoi cet été ? – La cruche aux cheveux rose.
– Moi, je pars tout le mois d'aout aux Antilles avec mes parents et mes cousins – Neiji.
– Avec Ino, on va se louer une maison en Espagne, vous voulez pas qu'on y ailles ensemble ? – Pink hairs again.
– Combien de temps ?
– Je sais pas, sans doute trois semaines ou un mois.
– Moi, je suis partant ! Je suis 100% d'accord ! Je veux y aller !
Ça, c'était Lee, un mec sur motivé qui criait à qui mieux mieux (5) mais qui restait, aux yeux de Naruto, le plus sympathique du groupe. Il n'avait pas pensé à ça : la fin de l'année scolaire approchait. La fin des cours, ça signifiait les vacances, les sorties tout les soirs ou presque les journées de boulot à amasser quelques économies pour s'offrir une ou deux semaines de camping à la plage, les grasses matinées et... ça signifiait aussi que les élèves de l'école d'ingénieur partaient également en vacances pour des durées et des distances plus ou moins importantes en fonction du revenus mensuels de leur géniteurs. Donc Naruto était partagé entre la joie de dormir jusqu'à 14 heures et un désespoir relatif à l'inévitable départ de Sasuke dans des pays lointains et ensoleillés qui lui étaient inaccessibles. Et si le brun décidait de partir faire un safari dans le désert pendant deux mois ? Deux mois sans le voir ! Il doutait de sa capacité à survivre à une telle tragédie. Surtout que son obsession relative au garçon l'empêchait d'en trouver un autre satisfaisant et il se voyait déjà en être réduit à des rapports sexuels des plus médiocres avec des mâles barbant et insipides pour des semaines durant... inconcevable, il ne pourrait jamais tenir. Naruto fut vraiment à deux doigts mais à deux doigts de sauter sur le brun en le suppliant de rester pour toujours à moins de quinze centimètres de lui. À la place, il servit une tournée de café à un groupe d'hommes d'affaires en costards cravates qui riaient joyeusement, mit fin à son service et s'en alla.
Il eut le temps de faire cent mètres avant qu'une silhouette ne se plante devant lui. Surpris, il sursauta, fit un bon en arrière, trébucha, se retrouva les fesses par terre et l'air ahuri. Il voulut piquer une crise ; ses mots se bloquèrent au fond de sa gorge. Il ne prit même pas la peine de se relever. Décidément, Sasuke provoquait chez lui les réactions les plus étranges... ce dernier se tenait là, le toisant d'un air supérieur, même s'il lui semblait un peu plus agité que d'habitude. Bien sûr, pour trouver Sasuke agité, il fallait voir qu'il se balançait très légèrement sur ses pieds ou que ses mains étaient crispées dans les poches de son jean. Agité, donc. Le blond se releva péniblement.
« Tu veux quelque chose ?
– Pourquoi tu veux plus qu'on couche ensemble ? »
Ce garçon n'avait aucun tact...
« Je te l'ai dit nan ?
– Oui mais j'ai pas compris. Explique-moi.
– T'expliquer quoi ?
– Ce que t'as voulu dire par « Je t'aime ». »
Naruto écarquilla les yeux et resta un moment sans réaction. Comment pouvait-il lui expliquer un truc pareil ?
« Comment tu veux que je t'explique un truc pareil ? C'est... arf, merde, t'as jamais vu de film à l'eau de rose ? »
L'autre le fixa avec un regard noir, qui disait clairement « tu me vois regarder ce genre de conneries ? ». Le blond soupira.
« Sasuke... t'as jamais été amoureux ? »
Il mit un temps pour répondre. Un temps considérable. Il semblait plonger dans une intense réflexion. Finalement, il lâcha.
« Non. Jamais. »
Naruto leva les yeux au ciel.
« On est pas rendu... »
(1) Alors pour ceux qui ont lu ma fic « Secret Love », un Drarry que perso j'adore, d'ailleurs je vais faire une suite bientôt (je sais, c'est nul, mais faut bien se faire un peu de pub), ne vous étonnez pas, vous retrouverez exactement ce passage sur l'amour. Je sais, manque flagrant d'originalité, mais y'a des trucs que je suis tellement contente d'avoir écrit (moi, je me vante ?) que je me plagie moi-même sur d'autres fic. Un peu affligeant, je sais...
(2) Yeah, j'adore cette expression !
(3) ça aussi je le sors d'une autre fic que j'ai en magasin. Je me casse pas le cul, en fait !
(4) Je sais jamais comment qualifier les gens de cet âge-là. 18-19 ans, on peut pas dire ado mais c'est pas des adultes non plus ! Jeunes adultes j'aime pas... Rah, quel dilemme !
(5)Celle-là aussi j'adore ! Je sais pas, dès que je vois « à qui mieux mieux » dans une fic, ça me met de bonne humeur... u.u
Voilà. Voilà voilà.
