Art VS Science

Note : Je suis en vacances. Qu'est-ce que ça fait du bien, c'est impressionnant. Du coup je passe mes journées à écrire des fics, regarder Cold Case, des dramas débiles, et me mater les meilleurs films du cinéma gays, je dors 12 heures par nuit, je glande, je mange à peine... Je revis quoi.

Allez faire un tour sur mon blog si des histoires originales de moi vous tente (elle est bidon cette phrase non ?), le lien est sur mon profil.

Lyabie : Merde, tu a lu ce chapitre avant correction. parce que là j'ai mis les bonnes dates de naissance du coup ! =P

Merci encore à Toumies pour ses corrections.

Bonne lecture !


Chapitre 6

Naruto se retrouvait maintenant avec un problème complètement différent de celui de départ et il se demandait comment il avait bien pu se débrouiller pour arriver à se mettre dans une situation pareille. La seule chose dont il était certain, c'est qu'il n'était absolument pas le mieux placé pour aider Sasuke. Lui-même avait du mal à gérer ses propres dilemmes sentimentaux sans avoir, en plus, à aider le sujet de ces fameux dilemmes à comprendre les siens. Il n'était pas docteur Love non plus. Bien sûr, ces réflexions étaient 100% inutiles. Il avait beau pester contre son manque de chance, il savait qu'il ne laisserait pas tomber Sasuke, pour la simple et bonne raison que ça faisait des mois qu'il attendait une excuse pour pouvoir voler ne serait-ce que cinq minutes de son temps. Il n'empêche qu'il ne savait plus quoi faire. Qu'est-ce que Sasuke attendait de lui d'abord ? Neji n'avait pas exagéré en parlant d'handicapé sentimental. Sasuke n'y connaissait rien. Sasuke n'avait jamais été amoureux, ne savait même pas qu'on pouvait l'être, ne savait même pas ce que ça signifiait. Et il avait fallut que ce soit de lui que Naruto tombe amoureux, lui-même totalement novice en matière de sentiment. Ça aurait pu être n'importe qui d'autre, mais non, il était tombé sur la plus faible probabilité de voir ses sentiments lui être retourné. C'était à devenir taré. Il n'avait jamais eu de chance mais là, il battait tous les records.

Toujours est-il qu'il se retrouvait attablé à un café un peu chic, un peu too much du centre ville, à attendre le brun qui avait eu la bonne idée d'arriver en retard à leur rencard. « Rencard » ... ce mot sonnait étrangement. Bien sûr, ce n'était pas celui que Sasuke avait employé en lui demandant de le retrouver ce samedi pour « tester » mais c'est comme ça que Naruto se plaisait à le voir. Enfin, quand le brun aurait daigné se montrer. Pour l'instant, seul à sa table, il se sentait affreusement déplacé. Tous ceux qui l'entourait exhibait des sacs Gucci, chaussures à cent cinquante euros, personnification de la mode actuelle... avec son baggy à moitié HS et son t-shirt trop grand, il ressemblait à un clown parachuté à un défilé de Jean Paul Gautier. Plutôt désagréable comme sensation. Mais qu'est-ce qu'il foutait là ? Et l'autre, qu'est-ce qu'il foutait avec une demi-heure de retard ? Ça commençait bien... il détestait attendre, en fait, il détestait rester inactif et c'est précisément ce qu'il était obligé de faire à cause de cette saloperie de coup de foudre de merde qui l'empêchait de tourner en rond.

Autour de lui, des jeunes, moyenne d'âge vingt ans, discutaient avec animation, buvaient un verre, riaient. Ils agissaient comme n'importe quelle personne de vingt ans, pourtant... Naruto sentait un malaise. Une espèce de gêne, une distance qu'ils semblaient créer volontairement. Il n'y avait pas d'intimité, pas de complicité, pas de lien. Tout semblait factice. Il détestait cet endroit. Son cappuccino à moitié vide refroidissait entre ses mains. Il fixait la porte du café avec assiduité, comme si cela allait faire arriver son « rencard » plus vite (1). Une heure de retard. Il devrait exister une convention universelle sur les retards à un rendez-vous. Du genre qui expliquerait aux gens qu'en général, après une heure, il y a peu de chance que la personne vienne. Un peu comme pour le bus qui aurait dû passer il y a quinze minutes, il faut se faire une raison. Faut abandonner au bout d'un moment. Mais bien évidemment, qui renoncerait à un rencard attendu depuis des siècles ? Quitte à attendre quatre heures, assis seul sur un banc, à -4°C, on ne renoncerait jamais à un rencard avec ZE personne. Naruto ne faisait nullement exception à la règle. Au contraire, il était plutôt un concentré des réactions stupides que peuvent avoir la plupart des gens normaux, dont la plus courante est de ne jamais perdre espoir alors qu'on attend son Roméo depuis une heure et demie. Il le savait. Il l'avait compris, bien sûr, que l'autre ne viendrait plus. Mais il resta là, assis comme un con à sa table, décalé dans cet univers surfait, chatoyant, irrespirable. Ils avaient rendez-vous à 17 heures. Il était 21 heures 30 quand il quitta le café.

O

« Gaaraaaaaaaaaaa... »

Naruto, en mode « loque humaine », pleurnichait maintenant sur le t-shirt de son meilleur ami, qui le consolait distraitement, tout en s'émerveillant de la ténacité de son blond : il n'aurait jamais attendu plus de quinze minutes. D'ailleurs, lui, c'était plutôt celui qui arrivait en retard et pas l'inverse, la plupart du temps.

« Allez, c'est pas grave. Il a peut-être eu un empêchement de dernière minute.

– Mais...mais... il aurait pu me prévenir non ? »

Le roux observa l'autre garçon, ses yeux rougis, sa mine de chien battu et eut envie de lui foutre une baigne.

« Dis-moi Naruto... est-ce que, par le plus grand des hasards, tu lui aurais donné ton numéro de portable ? »

Il put très clairement voir une ampoule s'allumer au-dessus de la tête du blond. Si, il avait pris le numéro de brun. Mais celui-ci lui avait écrit sur un bout de papier MINUSCULE, en lui disant qu'il n'aurait qu'à l'appeler pour que lui ait le sien. Naruto avait soigneusement rangé le bout de papier dans son portefeuille. Il l'avait perdu. Il déclara, fataliste :

« Je vais me pendre... »

Au moins, il ne geignait plus. Il avait entouré ses bras autour de ses genoux, repliés contre sa poitrine, et contemplait le minuscule bout de ciel visible par leur fenêtre, tandis que Gaara leur préparait un repas. Enfin, préparer... tandis que Gaara faisait réchauffer une pizza au micro-onde.

« Dis, Gaara...

– Hmmm ?

– Pourquoi l'amour rend aussi stupide ?

– Dans ton cas, c'est pas l'amour.

– Mais-euh, sale trou du cul ! Je t'emmerde.

– Ça ne rend pas vraiment stupide. Juste déconnecté. Toi, t'étais déjà pas tellement ancré dans le monde réel avant ça, mais alors là, tu atteins des sommets.

– C'est vraiment trop naze...

– Pas tant que ça finalement. »

Naruto le regarda, surpris. Il était rare que Gaara daigne prodiguer ses conseils d'expert aux pauvres rameurs comme lui et, encore plus rare, qu'il essaye réellement de le réconforter.

« Finalement, ça te rend bien heureux, non ? »

Il sourit doucement. Il avait raison.

Naruto était irrécupérable. Un vrai boulet. Il se sentait mal. Il se prenait la tête à longueur de journée pour Sasuke mais il était incapable de faire quoique ce soit d'intelligent pour arranger son affaire. À côté du brun ; calme, insondable, impassible, il devait passer pour un excité parfaitement inutile. Il n'avançait à rien, c'en était frustrant. D'autant plus qu'il ne pouvait pas vraiment compter sur monsieur le scientifique pour faire évoluer les choses, sur ce point-là, au moins, Sasuke devait être encore plus nul que lui. Naruto s'était toujours débrouillé tout seul pourtant. Il avait toujours tout fait seul, puisque de toute façon personne ne pouvait l'aider. Mais rien à faire, il perdait toujours tous ses moyens devant le brun et devenait un adolescent gauche et complètement abruti. Peu avantageux en somme. Il stagnait comme un bleu. Il fut tiré du bord du gouffre sur lequel il lorgnait par un Gaara pragmatique au possible, qui dut lui balancer un bouquin sur le crâne pour lui dire qu'il n'y avait plus de papier toilette : il faudrait qu'il passe à la supérette le lendemain.

Quand on a pas de thune, on a deux solutions : soit on investit dans les produits Carrefour (2), Marques repères, Eco+ , etc. Soit, on se débrouille pour dénicher une épicerie de quartier pas cher et on se lie d'amitié avec les proprios pour avoir des réductions. Naruto adorait se faire des amis et il détestait particulièrement les grandes surfaces, où il ne manquait jamais de se perdre. C'est donc naturellement qu'il s'était tourné vers la deuxième solution, et, à peine deux semaines après leur installation dans leur appartement, il avait déniché la supérette d'Asuma et Kurenai.

Les gens comme eux sont les plus rares. Ouverts, prévenant, souriant, le genre de personne qui n'hésite pas à venir en aide à quelqu'un qui en a besoin, à être aimable avec n'importe qui, le genre rare quoi. Ils avaient flashé sur Naruto la première fois qu'ils l'avaient vu, comme c'était souvent le cas en ce qui concernait le blond : les gens étaient naturellement attirés vers lui, sans qu'il n'y fasse vraiment attention, et il le leur rendait bien. Naruto, pour sa part, adorait le couple. Ils représentaient le genre de parents qu'il aurait aimé avoir et le genre de relation qu'il aimerait pouvoir atteindre : de l'amour, simple et entrainant, qui ne sautait pas aux yeux mais qui était pourtant puissant, stable. Les voir lui remontait le moral. Ce matin-là, il se rendit donc d'humeur joyeuse dans le minuscule magasin tenu par le couple, coincé entre un tabac presse et un Crédit Mutuel (3)(4). Le couple était d'origine japonaise, ainsi ils vendaient de nombreux produits typiques de chez eux, ce dont Naruto et Gaara raffolaient. Tiens, ça faisait longtemps qu'ils ne s'étaient pas fait des ramens. Il en pris plusieurs boites pour la soirée, quelques autres trucs qui leur manquaient, puis passa à la caisse.

« Tiens, Naruto, ça faisait un bail !

– Salut Asuma ! Ça va ?

– Toujours ! Et toi ?

– Ça va, ça va. Kurenai n'est pas là ?

– Non, sa grossesse la fatigue pas mal, elle reste plus souvent à la maison maintenant.

– Alors c'est pour bientôt ? »

Ses yeux brillaient d'excitation. Naruto trouvait cela magnifique. Une naissance. Le fait qu'un homme, une femme et neuf mois puissent créer une petite merveille de cinquante centimètres. Il adorait les enfants. C'est d'ailleurs la seule chose qui lui faisait regretter d'être homo. Il aurait bien voulu avoir une famille, rendre ses enfants heureux, donner ce qui lui avait manqué à lui.

« J'y vais, tu lui passeras le bonjour de ma part

– Compte sur moi ! À bientôt !

– Salut ! »

Chargé de ses acquisitions, qui au passage lui avaient couté un prix ridicule, il rêvassait à une bande de braillards courant partout en riant, quand une autre image se superposa à la première : en toile de fond, couvant du regard ces enfants imaginaires, les parents. Lui. Et Sasuke. Doigts entrelacés et sourire aux lèvres. Cette vision était si étrange qu'il s'arrêta. C'était bien la première fois qu'il rêvait guimauve et descendance avec un partenaire définit. La plupart du temps, il ne se représentait jamais un compagnon, juste des enfants et un grand jardin. Pourtant, ce paysage-là lui avait plu. Sasuke serait-il un bon père ? Il avait l'impression que oui. Ou peut-être qu'il l'idéalisait. Juste un peu.

En arrivant à proximité de leur immeuble, Naruto ralentit le pas, mu par un étrange pressentiment. Gaara s'était montré assez pressé de le voir partir. Pourtant, un dimanche matin, les occupations n'étaient pas foisonnantes. Encore un truc bien avec la boutique d'Asuma : ils ouvraient le dimanche à la place du lundi. C'est vrai, qui irait faire ses courses un LUNDI ? En plus, c'est toujours le dimanche qu'on s'aperçoit qu'il nous manque quelque chose. Enfin bref, Gaara l'avait limite mis à la porte de leur appartement en lui disant de prendre son temps. C'était louche. Et en effet, en collant son oreille à leur porte, il put entendre des éclats de voix lui parvenir à travers les cloisons fines comme du papier de cigarette. Une dispute, assez violente, entre Gaara et... il l'avait déjà entendu mais il n'aurait su dire où. Il ne saisissait pas exactement le sens de leurs paroles mais globalement, ça parlait de « catin, macho, promesse, pieux, débile... », entre autre. Seuls les réflexes parfois assez vif de Naruto lui évitèrent de se faire casser le nez par la porte : le deuxième protagoniste l'avait ouvert avec fracas et Naruto put voir passer Neiji – il savait bien qu'il l'avait déjà entendu, cette voix – visiblement énervé, partir en trombe vers la cage d'escalier. Empruntant le chemin du brun en sens inverse, il pénétra dans la pièce exiguë, où il trouva, une fois de plus, Gaara à moité à poil et en train de fumer. Il s'avança timidement.

« Ça va ?

– C'est rien va. T'occupes. »

Mais Naruto connaissait un peu son meilleur ami à force. Alors même s'il ne poserait pas de questions, il savait que ça n'allait sûrement pas comme sur des roulettes. Il s'affala lourdement aux côtés de son colocataire, sur le matelas qu'ils partageaient tous les deux et celui-ci eut la gentillesse de lui faire passer sa cigarette.

« J'ai acheté du PQ et deux trois babioles.

– Hm... »

Naruto se tortilla, mal à l'aise. Il détestait voir son Gaara comme ça. Bien sûr, il semblait égal à lui-même mais Naruto sentait les bugs dans l'atmosphère, qui s'était faite lourde, tendue. Au bout d'un moment, le roux lui ébouriffa gentiment les cheveux.

« Allez chéri, fais pas la tête !

– Tu la fais bien toi...

– Oui mais moi, j'ai le droit.

– Et pourquoi moi, nan ?

– Parce que toi si tu boudes, tout le monde boude... »

Il le savait. Gaara le lui disait sans cesse. Qu'il influait sur les autres, leur humeur, leur sourire.

« Alors, si je suis content, tu le seras aussi.

– Sans aucun doute.

– Je suis content.

– Je préfère ça. »

Rien n'était résolu, bien sûr. Mais Gaara lui fit un sourire espiègle et Naruto se sentit mieux.

« Bon, Naruto, va falloir que tu prennes ton courage à deux mains.

– Quoi ? »

Le roux lui faisait à présent son air machiavélique, signe qu'il allait l'obliger à faire un truc déplaisant ou dangereux.

« Je veux que vendredi soir, à la sortie, tu ailles voir ton Jules. »

Ce coup-là, c'était les deux. Tandis qu'il se préparait à se lamenter et à supplier Gaara de l'épargner, il se rendit compte qu'il ne s'était jamais représenté son meilleur ami à poil parce que celui-ci semblait considérer le fait de s'habiller comme une superficialité encombrante. Il n'avait jamais couché avec Gaara. Même bourrés, ils ne s'en étaient jamais rapprochés. Il avait l'impression confuse que, le jour où Gaara et lui finiraient ensemble au pieu, ce serait les prémices de l'apocalypse.

O

Prendre son courage à deux mains. Expression des plus stupides qui signifie oser enfin faire ce qu'on crève de trouille et d'envie de faire. Naruto allait prendre son courage à deux mains. Ou plutôt une seule parce qu'il avait beau s'être résolut, il devait quand même se faire violence pour empêcher ses jambes de l'emmener loin d'ici. Il avait donc pris son courage, et, d'une seule main, l'avait forcé à le faire attendre devant les portes de l'école d'ingénieur. Courage qui menaçait de l'abandonner à tout instant, alors que les premiers élèves commençaient à sortir du bâtiment et que des regards étonnées et/ou moqueurs se posaient sur lui par dizaine. Il aurait dû mettre un costume de pom-pom girl, au moins ils auraient eu une raison de le dévisager comme un alien. Pourtant, il devait résister. Il tentait de faire abstraction de tous les visages qui défilaient sous ses yeux pour n'en voir qu'un seul : une peau pale, des cheveux et des yeux noirs comme la nuit, des légères cernes violettes et un air indifférent. Il n'était même pas sûr que Sasuke sortirait par là, à cette heure-là, si ça se trouve il était déjà partis, ou il restait travailler dans l'école, ou alors un OVNI s'était écrasé le matin sur sa maison et il était mort broyé par des tonnes et des tonnes de ferrailles. Mais ce n'était pas ça, la pire des hypothèses.

Naruto vit comme dans un rêve, la silhouette de Sasuke apparaître dans la foule. Il se vit esquisser un sourire avant de heurter le regard dur et froid du brun, avant que celui-ci ne le dépasse sans même s'attarder sur lui et le laissa là, pantelant, au milieu d'un univers qui lui était inconnu. Mais qu'est-ce qu'il croyait ? Que Sasuke allait parler devant tout le monde à un pauvre loser comme lui ? Pourquoi avait-il cru que... pourquoi était-il venu ? Il se vit courir à en perdre haleine au hasard des rues jusqu'à se perdre tout à fait et pleurer toutes les larmes de son corps. Il fut pris de nausée. Il avait oublié que, si Sasuke était le roi de l'indifférence, ce n'était pas qu'en façade et que, s'il se foutait royalement des autres, il se foutait également de ce que les autres pensaient de lui. Aussi, quand Sasuke l'aperçut dans la foule, il ne l'ignora pas. Il ne fit pas demi-tour. Il se contenta de marcher droit vers lui et, arrivé à une distance respectable, sa voix tira Naruto de sa contemplation.

« Tiens, salut. »

Et cette entrée en matière complètement banale et incongrue au vue du film qu'il s'était fait le fit éclater d'un rire joyeux. L'autre le regardait, en proie à une perplexité digne d'un problème de maths, et Naruto le vit froncer les sourcils, d'un air de se demander s'il devait le laisser seul dans son délire ou appeler une ambulance. Il se calma donc et sortit le plus naturellement du monde.

« Je suis content de te voir. »

Le tout accompagné d'un sourire d'ingénu. Sasuke tressaillit si imperceptiblement que Naruto l'attribua à un effet d'optique, même s'il pensait l'avoir vu très clairement rougir. Enfin, clairement... pour Sasuke disons. Les gens leur jetaient des regards intrigués, parce qu'ils se tenaient l'un en face de l'autre sans rien se dire et qu'ils avaient l'air plongé dans une discussion télépathique. Soucieux de ne pas avoir l'air plus crétin qu'il ne l'était déjà, Naruto décida d'agir :

« Bon et bah, ça te dit d'aller boire un verre ? »

Et le brun acquiesça en silence.

Une autre des capacités étonnantes de Naruto était qu'il était capable d'entretenir la conversation tout seul. Sans que ça paresse gênant, sans empêcher les autres de prendre la parole, simplement que si son interlocuteur ne disait rien, il pouvait maintenir la discussion en se contentant de réponse en monosyllabe et, justement, Sasuke en était le spécialiste. Ce qui fait que, malgré le débit de parole extraordinaire de l'un et quasi-négatif de l'autre, l'ambiance fut tranquille tout au long de la soirée. Ils s'étaient arrêtés dans un bar quelconque que ni l'un ni l'autre ne connaissait et, installés autour d'un verre, Naruto parlait et Sasuke écoutait, ce qui leur convenait à tous les deux. Bien sûr, le blond aurait aimé en savoir plus sur le mystère Sasuke mais il s'estimait heureux de pouvoir profiter de sa compagnie. Pour lui, parler était naturel, instinctif, et il avait une très belle élocution. Mais il dut bien se résoudre à amener le sujet qui fâche : il voulait parler d'eux. D'eux deux(5). Il se lança donc.

« Euh, au fait... pourquoi t'es pas venu samedi ? »

Et là, malgré tous ses talents d'orateur, il ne pouvait rien faire de plus qu'attendre que l'autre ouvre la bouche. Celui-ci, pris de court, semblait chercher ses mots.

« Tu m'as attendu ?

– Bah... un peu. »

Plutôt mourir que lui avouer qu'il y avait passé quatre heures.

« Pourquoi ?

– Pourquoi quoi ?

– Pourquoi tu as attendu ? »

Question débile.

« Ah, bah... je sais pas, on avait rendez-vous non ? Et puis... j'avais envie de te voir alors...

– Je crois que moi aussi, j'avais envie de te voir. »

Encore une fois, le brun parlait en fronçant les sourcils, réfléchissant avec application sur un problème particulièrement coriace. Naruto avait du mal à comprendre ses réactions, il avait du mal à suivre son mode de raisonnement. Il avait du mal à ne pas sourire.

« Alors pourquoi t'es pas venu ?

– Je me suis battu avec mon frère. Il m'a enfermé dans ma chambre. »

Pour expliquer la scène qui va suivre, il faut s'attarder sur l'entourage du jeune brun. Les amis de Sasuke, pour la plupart enfant unique, auraient été indignés par de tel propos. En entendant cela, ils auraient hurler à la maltraitance, l'auraient encouragé à coller un procès à ce grand frère tyrannique, et auraient eu tout un tas de réactions de ce genre ; c'était déjà arrivé car ce n'était pas la première fois que le frère de Sasuke l'enfermait dans sa chambre. Mais bon, Naruto ne faisait pas partie de l'entourage habituel de Sasuke, et puis de toute façon, Naruto était un peu à part aussi. Alors il prit une fois de plus Sasuke de court. Il explosa de rire.

« Ah okay ! C'était ça ! P'tain je me suis trop inquiété moi. J'ai cru qu'il t'était arrivé un truc, ou que t'avais pas voulu venir ou... »

Il ne put continuer sa phrase, plié en deux par une nouvelle crise de rire. Il relâchait une fois de plus la pression. Sasuke ne l'avait pas oublié, ne l'avait pas abandonné délibérément, n'avait pas fait brûler sa maison. Et Sasuke, une fois de plus, ne savait plus comment réagir. Naruto était décidément trop différent de lui.

« Ça t'étonne même pas ?

– De quoi ? »

Sasuke ne précisait jamais l'objet de ses propos.

« Je t'ai fait poireauter parce que mon frère, qui soit dit en passant à vingt-trois ans, m'a enfermé à clé dans ma propre chambre. Tu trouves pas ça bizarre ?

– Quand j'étais petit, j'étais jaloux que Gaara ait des rendez-vous et pas moi, alors je piquais toutes ses fringues et je les mettais sous clés dans le placard des jeux. Pour se venger, il foutait la caisse contenant les produits d'entretien devant ma cabine de douche. J'y ai passé la nuit, une fois.

Naruto riait, se remémorant les coups bas que lui et Gaara se rendaient immanquablement.

« Vous êtes frères ?

– Hin hin.

– Mais alors...

– On a grandi ensemble. À l'orphelinat. »

Naruto se rendit compte que, effectivement, il ne l'avait jamais dit au brun. D'une manière générale, il n'aimait pas vraiment parler de son enfance. Mais il en avait envie, là, tout de suite, en voyant Sasuke essayer de cacher sa curiosité. Alors il lui raconta. Un peu. Comment il s'était retrouvé là-bas. Comment il avait rencontré Gaara. Les moments heureux – les bastons, les après-midi à jouer dans les champs ou la forêt, les gouters d'anniversaire dans le réfectoire... – et ceux qui l'étaient un peu moins, quand les enfants de l'école primaire les insultaient en les traitant d'orphelin et que les adultes les regardaient comme la dernière des raclures, les fois où ils devaient se soigner tout seul pour ne pas dire aux surveillants qu'ils s'étaient battus avec les autres. Cela lui fit du bien. Enhardi, il se risqua donc à poser une question qui lui brûlait les lèvres depuis le début, depuis la toute première fois où il l'avait vu dans le café.

« Et toi ? Il t'est arrivé quoi pour que t'aies toujours l'air aussi déprimé ? »

Il regretta son audace aussitôt que la question eut franchi ses lèvres. Son cerveau tira la sonnette d'alarme : « Sasuke est en colère, fait gaffe ». Il redoutait que le brun ne se ferme, ne s'en aille. Mais, au lieu d'exploser, Sasuke, comme à son habitude, lui reposa une question.

« Pourquoi tu veux savoir ? »

Il commençait à l'énerver, avec ses pourquoi à tout bout de champs.

« Je sais pas moi, j'ai envie d'en apprendre plus, c'est tout. Pourquoi tu poses tout le temps des questions ?

– J'essaie de te comprendre. C'est pas facile. »

Sasuke parlait toujours pour lui-même, le regardant sans vraiment le voir. Cela semblait vraiment lui poser problème. Naruto pouvait comprendre ça. Pour quelqu'un d'aussi logique et terre-à-terre, ne pas comprendre devait être le comble de la frustration.

« Tu veux pas me répondre alors ?

– J'aime pas parler de moi.

– Il s'appelle comment ton frère ? »

Changement radical de sujet. Sasuke fut tellement surpris qu'il répondit par automatisme.

« Itachi, mais...

– Tu as d'autres frères et sœurs ?

– Non...

– C'est quand ton anniversaire ?

– Hein ?

– Dis-moi !

– Euh... le 23 juillet. Et toi ?

– 10 octobre. Quelle année ?

– 1989.

– Et moi 90. Ça nous fait un an d'écart tiens. »

Naruto souriait. Naruto souriait encore et encore, si bien que Sasuke finit par lui poser la question :

« Pourquoi tu as l'air si heureux ?

– Tu ne m'avais jamais autant parlé. Et en plus, tu m'as dit des trucs sur toi. »

C'était ça qui le rendait heureux. Simplement ça. Alors, Sasuke eut l'ombre d'un sourire. Il passa dans ses yeux, étira légèrement ses lèvres mais c'était déjà ça.

« Ça m'est égal que tu ne veuilles pas me parler. Si, déjà, tu me réponds, si même tu te contentes de m'écouter déblatérer des choses sans intérêt, alors ça me va.

– Pourquoi ?

– Parce que je t'aime. »

Ce n'était pas vraiment une réponse. Ça ne signifiait pas grand-chose. Mais Naruto regarda les dilemmes intérieurs de Sasuke s'agiter sans son cerveau. Il le regarda essayer de se soustraire à son regard, soudainement gêné. Il le regarda proposer maladroitement d'aller chez lui et il se sentit heureux. Peu importait que Sasuke demeure un mystère. S'il avait le droit de passer du temps avec lui, ça lui irait.

Ils allèrent donc, une fois de plus, chez le brun. Naruto remerciait le ciel que Sasuke ne soit pas pris de l'envie soudaine de venir chez lui parce qu'il se serait senti légèrement mal à l'aise avec le brun dans son appartement. Non seulement parce qu'il faisait à peu près la taille de la chambre de Sasuke mais aussi parce qu'il aurait dû lui expliquer qu'il n'y avait pas l'eau chaude, que le courant se coupait parfois sans raison, que la fenêtre fermait mal, et qu'en plus ils vivaient à deux dedans. Il ne voulait pas s'attirer sa pitié, que le brun lui propose systématiquement de venir chez lui pour ne pas qu'il dorme à même le sol. Il ne voulait pas qu'il croit qu'il abusait de son hospitalité, qu'il était malheureux ou qu'il couchait avec son colocataire. Bien sûr, il devrait forcément lui dire un jour ou l'autre mais pas maintenant tant qu'à faire.

De toutes les fois où Naruto était allé chez Sasuke, il n'avait jamais croisé personne. Bon, évidemment, ils ne se baladaient pas bien longtemps dans la maison, passant directement à la case « chambre » mais tout de même. La maison semblait constamment vide et silencieuse, comme si personne n'y habitait. Ils mangèrent brièvement dans une grande cuisine suréquipée et profondément impersonnelle. Naruto s'y sentait mal à l'aise. Sasuke semblait s'efforcer de ne poser son regard nul part dans la pièce. Il restait le nez plongé dans son assiette, ou fixé sur ses pieds quand il marchait. Naruto aurait voulu lui poser la question, lui demander. Mais il n'en fit rien. Il attendrait. Ce n'était pas le moment, alors que le brun avait empoigné fermement sa main et le guidait vers sa chambre.

Et ce soir-là, Naruto trouva quelque chose de différent dans leur façon de faire l'amour. Plus doux, plus accordé, ils réitérèrent l'exercice encore et encore jusqu'à tomber d'épuisement. Il se fit d'ailleurs la réflexion pertinente mais complètement hors de propos que les murs de cette chambre immense devait être insonorisé parce que sinon la moitié du quartier se serait ramené en hurlant au tapage nocturne. D'ailleurs, où étaient les parents de Sasuke ? Savaient-ils à quoi leur fils occupait ses nuits ? Il relégua ces questionnements fondamentaux à un plan secondaire, pour se concentrer sur la main du brun qui passait et repassait inlassablement sur son crâne, démêlant entre ses doigts ses mèches blondes collées par la sueur. Alors qu'il se sentait lentement mais sûrement glisser vers le sommeil, il put entendre Sasuke murmurer à son oreille :

« Tu sais que je pourrais te garder toi ? »

Il s'endormit comme un bienheureux.

A suivre


(1) fait avéré que tout le monde applique : si on fixe l'entrée, la personne arrive plus vite.

(2) J'ai découvert récemment que le sigle de carrefour n'était pas du tout un symbole étrange combinant un triangle et une flèche mais UN C ! Mon dieu ! Ce n'est pas du tout une création abstraite, c'est un banal C dans un losange ! Cela m'a plongé dans un profond désarroi...

(3) Mais pourquoi tu dis ça ?

(4) Complètement débile de mettre deux trucs à la suite. Enfin bref, juste pour dire que dans ma tête, la ville où se passe ma fic ressemble à Nantes, parce que c'est la ville que j'adore et le seul modèle que j'ai en fait. Donc en gros y'a des rues pavées, des immeubles de trois ou quatre étages de je ne sais quelle époque (haut plafond, grandes fenêtres...) avec boutique et resto au rez-de-chaussée, enfin pour le centre-ville en tout cas. Ouais parce que pour moi ils habitent en France en fait... enfin je crois. Je me suis jamais vraiment posé la question.

(5) Je suis la seule à trouver ça marrant ? 2 2... héhéhé ! Okay je me tais.


A plus les gens !