Chapitre 3 - Le Manoir Cullen

À mon réveil ma mère avait déjà quitté pour aller ouvrir la boutique avant le lever du soleil et mon père était affairé dans son bureau. Je m'habillais en vitesse et descendis à la cuisine pour manger un morceau, j'avais pris goût à la nourriture d'humain, beaucoup grâce à Jacob et à son appétit incontrôlable. Je bu un jus d'orange et grignotai un muffin en lisant un magazine littéraire oublié sur la table.

J'aimais la chaleur de notre maison, beaucoup plus petite que le Manoir Cullen à quelques kilomètres de là, notre maison se trouvait dans un quartier résidentiel en balieue de Montréal et le Manoir deux villes plus loin, à trente minutes en voitures et à environ sept minutes à la course en coupant dans la forêt. Notre maison ne détonait pas des autres résidences de la rue, nous étions abonnés au câble, recevions le journal à tous les matins et faisions les courses le samedi comme tous les habitants de cette ville. Notre mode de vie ne nous avait jamais attiré le moindre ennui. Des humais bien banals; une libraire, un économiste et une lointaine cousine en visite pour la durée de ses études, voilà ce que nous représentions pour nos voisins. Nous semblions bien jeunes et étions certes, très beaux, mais rien de suspect ne se passait chez nous et nous entretenions d'excellents rapports de voisinage. Ma mère échangeait même des vivaces avec une dame sur notre rue.

Grand-mère Esmée aurait bien voulu que l'on prenne possession de l'aile réservé pour nous au Manoir, mais Edward et Isabella avaient voulu m'offrir une vie de famille plus « normale » pour mes première années. Comme si cela était possible! Entre les parties de chasses, mon petit copain loup garou et notre notion particulière du temps et de l'éternité, j'avais eu une enfance relativement normale. Allant à Disney Word et fêtant Noël à chaque année. Ils iraient probablement vivre avec les autres Cullen au moment où je quitterai le nid.

- Veux tu que je te conduise au Manoir, j'y vais ce matin? Me demandant mon père en entrant dans la cuisine.

- Est ce que je peux conduire ma voiture? M'enquis-je.

- D'accord! Je t'attends au garage.

- J'arrive! Mon père m'avait offert à Noël une Audi Shift rouge. Je la conduisais rarement car Jacob préférait conduire partout où nous allions.

Moins de trente minutes plus tard, le portail se refermait derrière nous et nous foncions à vive allure vers l'immense résidence qui se dressait à un kilomètre de la rue. Le Manoir avait tout d'un château style anglais, si ce n'était de ses habitants on aurait cru à une résidence de riches comme toutes les autres. Le château avait quatre ailes distinctes, au centre se tenait un hall d'entrée, de nombreux salons, foyers, salle à dîner et une salle de bal. La cuisine et les appartements des domestiques étaient au sous-sol et inutilisés, évoquant les vestiges d'une autre époque.

Sur quatre ailes trois étaient utilisées pour loger les appartements de Tante Rose et d'oncle Emmett, ceux de Tante Alice et d'oncle Jasper et la troisième aile était réservée pour grand-mère et grand-père. La quatrième était l'aile des invités pour le moment. J'adorais la luxueuse résidence de ma famille, mais ma mère avait eu bien raison d'insister pour que nous puissions avoir notre maison à nous et j'espérais qu'elle comprendrait le jour où je lui proposerais de partir vivre seule avec Jacob. Mais ce jour n'était pas encore arrivé.

- Renéesmée! Viens ici ma chérie! S'écria ma grand-mère en m'ouvrant ses bras accueillants.

- Grand-mère! Criais-je à mon tour en me précipitant à sa rencontre. Je ne l'avais pas vu depuis plus d'une semaine. J'étais venue au Manoir la veille mais grand-mère étaient absente.

- Jacob, n'est pas avec toi ? Questionna-t-elle en respirant un bon coup. Les vampires avaient de ces manies!

- Non, je suis venue avec papa, Jacob travailles aujourd'hui, tu te rappelles?

- C'est vrai, il est toujours employé dans ce garage minable n'est ce pas? La famille de mon père ne comprenait pas que Jacob préfère travailler à un salaire de misère au lieu de profiter des commodités que le Manoir nous offrait. Le monde était à nous, les voyages, les résidences luxueuses, tout ce qu'un jeune couple pouvait souhaiter était à notre portée et mon copain crachait dessus comme si on lui avait offert un cadeau empoisonné.

- Oui, il travaille et il fait des heures supplémentaires en plus. Soufflais-je un rictus moqueur aux lèvres devant son ébahissement.

- Eh bien, c'est son choix, mais viens ma chérie installes toi, fais comme chez toi. Elle lâcha son étreinte pour aller vers mon père qui venait de passer la porte et se dirigeait vers elle en souriant.

- Bonjour maman! Dit-il en lui faisant un baisemain. Comment s'est passé votre séjour au chalet.

- Très bien, Bella adorerait Edward, tu devras l'emmener un jour!

- Compte sur moi, où est Carlisle?

- À l'université McGill, il donne une conférence ce matin, dit-elle fièrement. Et ma bru?

- À la libraire, c'est jeudi pour les humains!

- Je ne vous comprendrai jamais, décidément! Il y a des différences à paraître humains et à jouer les humains. Je me demande parfois si vous ne vous allongez pas dans vos lits durant 8 heures toutes les nuits pour être le plus humain possible. Qu'est ce que ce désire de faire semblant quand vous pouvez faire autrement, nous sommes dans une grande ville et les gens ne s'inquiètes pas de nous outre mesure, pourquoi ne pas faire comme Rose et Emmett, voyager et faire la fête?

- Bella souhaites offrir un mode de vie stable à Renesmée, nous en avons déjà discuté, et elle adore la librairie, elle veut être indépendante financièrement aussi, elle est très fière et souhaites faire des choses constructive, tu la connais. Et toi? Alice et toi passez beaucoup de temps à organiser les réceptions des gens fortunés de la région, j'ai su que vous aviez même un site Internet maintenant, répondit-il en feignant la surprise et le désarroi.

- Les affaires vont très bien, et c'est plus un hobby qu'un travail pour nous , se justifia-t-elle.

- Chacun sa façon de passer l'éternité, maman! Répondit mon père du tac-au-tac.

Se tournant vers moi à nouveau ma grand-mère me regarda pleine de joie et dit : Tu entre à l'université Concordia à l'automne j'ai entendu dire ma chérie, quelle branche souhaites tu étudier?

- Elle n'a pas encore la permission de s'inscrire Maman! Coupa mon père d'un ton dur, Renesmée est bien jeune encore, elle a tout son temps!

- Et qui a-t-il de mal à vouloir étudier? le questionna t'elle son regard allant de mon visage morose à celui plus obstiné de mon père.

- Elle peut étudier tout ce qu'elle veut avec nous, mais elle souhaite davantage que les études, elle souhaite déménager sur le campus à Montréal et vivre la vie d'étudiante à temps plein. Bella et moi trouvons cela un peu tôt et aussi dangereux. Elle devra chasser et porter un masque 24 heures par jours sans jamais pouvoir être libre. Le secret est un poids immense à porter seule.

- Et pourquoi devrait-elle y aller seule? Tu peux y aller avec elle, non?

Cette fois c'est moi qui intervins.

- Non grand-mère, j'aimerais y aller seule, j'ai envie de voler de mes propres ailes, je vis dans un cocon depuis ma naissance.

- Mais j'y pense! Ajouta-t-elle enthousiasmée, Jasper retournes aux études lui aussi. Il pourrait vivre sur le campus avec toi et veiller sur toi de loin, c'est moins embarrassant que d'avoir ses parents à ses côtés, concédât-elle.

- Nous en reparlerons, coupa Edward.

Personnes n'osa défier son ton et la conversation fût une fois de plus remise aux calendes grecques. Quelle frustration! Je me levai et sorti dans le jardin pour prendre l'air et me calmer. Dehors l'air était encore frais, nous n'étions qu'en mai, et mes oncles se disputaient un match de tennis endiablé, pauvres raquettes! Il fallut plusieurs minutes avant qu'ils ne se rendent compte que je les observais, tant ils étaient pris par leur joute. Oncle Emmett me remarqua en premier. « Hé! Nessie! Tu veux jouer contre le perdant?

- Non, merci! J'ai plus de plaisir à vous regarder qu'à me faire massacrer sur le terrain.

Au même moment, la balle fût envoyée dans ma direction si rapidement que même mes yeux eurent de la difficulté à l'apercevoir, elle me frôla et alla se loger dans la main depuis longtemps prête à la recevoir de mon père qui venait de passer l'embrasure de la porte du jardin.

- - Salut les gars! Alice est occupée? Demanda t'il en renvoyant la balle à Jasper en moins d'une seconde. Mon père et Alice étaient très proche et je savais qu'il adorait chacun des membres de sa famille, mais tante Alice et lui partageait la même vision de la vie et s'entraidaient souvent. Après ma mère et moi, Alice était la personne qui était la plus chère aux yeux de mon père. Elle était sa petite sœur chérie.

- - Elle repeint l'aile ouest, je crois. Lui répondit Jasper ne ralentissant pas son jeu le moins du monde.

- - Encore! Répondirent en chœur Emmett et Edward les yeux ahuris.

- - Ne m'en parlez pas, si elle était humaine, elle voudrait sans doutes un chiot ou un bébé à tous les printemps. Souffla t-il en effectuant un smash plus violent que les précédents.

- Ah! Les femmes! Et ils ricanèrent complices avant de retourner à leurs occupations. Mon père me passa la main dans les cheveux d'un geste paternel avant de quitter pour l'aile ouest.

Je rentrai à l'intérieur et allait m'installai au piano pour reprendre où j'avais laissé mes leçons.

Je faisais mes exercices la tête ailleurs depuis presque trois heures, quand mon portable vibra dans ma poche. C'était Jacob, je répondis et me retins d'être agressive avec lui, le pauvre ignorait qu'il avait quelque chose à se reprocher.

- Hé Ness, où es-tu? Sa voix toujours aussi positive et joviale me fit oublier pourquoi j'étais en colère contre lui.

- Au manoir. Toi? Tu finis bientôt? Veux-tu que j'aille te rejoindre au garage?

- Non, Bells m'a appelé au travail elle veut que j'aille la voir à la librairie après le travail. J'ignore de quoi elle veut me parler, je vais probablement rentrer avec elle et passer la soirée avec toi après, ça te va?

- Ça me va! Mentis-je, je préférais de loin passer nos soirées dans son appartement que dans la maison de mes parents aux sens hyper développés. À tout à l'heure!

- Hé! Je t'aime! Ajouta-t-il avant de raccrocher.

- Je t'aime aussi, dis-je dans un murmure.

Ainsi, ma mère avait tenue parole et allait parler à Jacob à propos de ma nouvelle féminité et de mes besoins. J'aurais aimé être un oiseau pour pouvoir écouter ce qui se passerait à la librairie d'ici quelques heures. J'avais évidement la capacité d'être plus discrète qu'un oiseau encore si je le souhaitais, mais ma mère et Jake avaient la capacité de me sentir à des kilomètres à la ronde. N'y pensons plus! Où était l'utilité de tous ces super pouvoirs si les autres en avaient de meilleurs que moi.

- Ah! Mon éternelle insatisfaite adorée!

Mon père était debout derrière moi et m'embrassa sur le dessus du crâne, il avait apparemment écouté mes songes depuis plusieurs minutes. Un grondement sourd sorti de ma gorge sans que je puisse l'éviter. Ce qui déclenchera un fou rire de sa part. Je savais qu'il ne me trouvait pas menaçante, mais il aurait pu se retenir pour ne pas me rire au visage.

- Shhhh…. La vie est injuste ma chérie, une femme très sage m'a apprit cela un jour, une belle jeune femme qui te ressemble étrangement je dois dire.

- Parles moi d'elle, comment as-tu su qu'elle était la bonne? Lui demandais-je, ne me lançant jamais d'entendre cette histoire.

- Doutes-tu de Jacob, ma chérie? Son ton de voix était maintenant inquiet.

- Non, bien sûr que non! Jacob et moi, c'est à la vie à la mort, mais votre histoire semble plus simple, vous vous êtes tout de suite aimé à la folie et vous le saviez tous les deux non?

- Ma chérie, notre histoire était tout sauf simple, ricana mon père au souvenir de temps lointains. J'ai souhaité tuer ta mère à la minute où je l'ai rencontré.

- Oui, mais après, une fois que tu as su que tu l'aimais, tu n'en as jamais douté?

- Je n'ai jamais douté de l'amour que j'éprouvais pour elle, ce qui ne m'a pas empêcher de l'abandonner et de risquer nos vies à tout deux. Je n'avais aucun moyen de savoir si elle m'aimait autant que je l'aimais. Elle aurait pu refaire sa vie sans moi, contrairement à moi.

J'étais au courant de l'idylle qu'avait eu Jacob pour ma mère à l'adolescence, mais entendre mon père dire que ma mère aurait pu refaire sa vie sans lui, impliquait nécessairement qu'elle aurait tenue ma place, l'idée était d'un vulgaire!

Mon père avait suivit le fil de mes pensées.

- C'est assez tordu je te l'accorde. souffla-t-il. Heureusement pour nous tous la vie s'est chargé de tous nous ramener au bon endroit au bon moment et plus rien ne devrait faire obstacle à notre bonheur maintenant n'est ce pas? dit-il en me questionnant du regard.

- Non! Tout va pour le mieux maintenant. Dis-je d'un ton encourageant pour le rassurer. Il ne sembla pas dupe, mais laissa tomber.

- On va chercher ta mère au magasin? Demanda t-il joyeusement comme il avait l'habitude de la faire quand j'étais gamine.

- Non, Jacob est avec elle, ils doivent discuter.

Je notai que son visage se renfrogna, apparemment ma mère avait omis d'en discuter avec lui.

- Allons directement à la maison, ils vont nous rejoindre là bas, je vais avoir le temps de cuisiner quelque chose pour Jacob.

Je n'aurais pas eu à expliquer ceci à voix haute, mon père se dirigeait déjà d'un pas décidé vers le jardin pour annoncer notre départ aux membres de sa famille.

- Attendez! S'écria une voix plus lointaine, quoique parfaitement audible pour nous tous, tante Alice s'approchais de nous. Ne planifiez rien pour samedi soir c'est le mariage des Stewarts, 600 invités, j'ai besoin de nous tous. Renésmée, Jacob et toi servirai le cocktail et les canapés à l'extérieur dans l'après-midi car il fera soleil. Ça te convient?

- Nous serons là! Répondit Edward à ma place.

J'étais heureuse pour Alice et grand-mère que leurs affaires aillent si bien mais, samedi, j'aurais davantage aimé pique-niquer avec Jacob, au parc. Mon père avait du lire dans mes pensées et ayant sans doute préféré me savoir avec sa famille samedi, à faire quelque chose de constructif voilà pourquoi il avait répondu de façon si précipitée. Je ne m'obstinerai pas avec lui aujourd'hui, le pire était à venir, si je voulais avoir une chance de pouvoir m'inscrire à l'université ou d'aller vivre chez Jacob, je devais me montrer une fille modèle. Et les filles modèles aident leurs tantes lorsque celles-ci ont de gros contrats à remplir.

Nous arrivâmes à la maison 2 heures avant que Jacob et ma mère nous rejoignent. J'eu le temps de préparer un rôti pour Jacob et pour moi, et de faire mes tâches dans la maison. La porte du garage se referma et la maison se réanima soudainement. Les rires de ma mère et de Jacob se faisaient entendre depuis l'intérieur de la voiture. Ils pénétrèrent dans la cuisine savourant apparemment la dernière plaisanterie de Jacob, lorsque celui-ci vint m'enlacer. Du coup, toute ma jalousie et mon désarroi s'effacèrent comme par magie. Ses bras puissants étaient autour ma taille et plus rien d'autre n'existait. Je me laissai aller à appuyer ma tête sur son torse en fermant les yeux, savourant ce petit moment qui aurait pu sembler anodin à un autre couple mais qui m'était si cher. Un baiser tendre fût déposé sur mon cou. Jacob se laissait enfin aller à démontrer son affection devant ma mère. Une première! Visiblement, la conversation avait porté fruit.

Mon père nous rejoignit silencieusement, et embrassa ma mère comme il l'embrassait toujours devant moi, un baiser tendre sur la joue, puis sur la bouche, comme s'il effleurait un pétale. Elle lui rendit son baiser tout aussi tendrement en le regardant dans les yeux comme si passer la journée sans lui avait été la chose la plus difficile du monde et qu'elle devait à nouveau se remémorer chacun de ses traits. Je me doutais que mes parents échangeaient des baisers plus fougueux lorsqu'ils étaient seuls, mais je ne les avais jamais vus à l'œuvre. Rare étaient les vampires pudiques, mais Edward et Isabella, étaient avant tout, des parents consciencieux.

- Jacob, tu peux travailler à un banquet samedi soir avec nous? S'enquit mon père. Alice a besoin de tes services.

- Samedi? Bien sûr! Il me questionna cependant du regard en approuvant pour savoir si j'y allais aussi.

- On pourra toujours aller au parc dimanche. As-tu faim?

- Ça sent bon! Vous vous joigniez à nous?

- Très drôle Jake, nous on va danser ce soir alors vous avez la maison à vous, je vous fais confiance. Soyez sages!