Chapitre 5 - Bagarre

Minuit approchait et c'était maintenant l'heure pour les mariés de faire la cérémonie de la jarretière. Pendant qu'ils se prêtaient à ce rituel ridicule, Jacob et moi sortions le buffet de fin de soirée des réfrigérateurs. Dans l'hôtel, il ne restait que tel que convenu que tante Rose, oncle Emmett, tante Alice, Jacob et moi. Papa avait finalement accepté de partir avec maman après m'avoir fait promettre d'hurler à la seule vue du sale type et fort probablement après avoir prévenu son frère le plus costaud de la situation.

- Demain, tu veux toujours aller au parc? me demanda Jacob.

- Si tu veux, on verra bien à quelle heure tu te lèves, le dimanche tu restes au lit jusqu'au milieu de l'après-midi si je te laisse faire.

- C'est vrai qu'on n'est pas encore au lit. Il faut servir encore toute cette bouffe, puis la ranger et vider la salle… tu viens dormir chez moi ce soir?

Sa question me surprit au plus haut point. Que pouvait bien lui avoir dit ma mère pour que tous ces blocages aient disparus. Je restai estomaquée un moment avant de lui demander ce qui en était.

- Tu es sérieux, toi et moi dans un seul lit? j'avais soudais les mains moites.

- Eh bien voilà une éternité que je ne t'ai pas serré dans mes bras avant de m'endormir. Si tu veux bien sûr, je me disais qu'on pouvait commencer par dormir sous le même toit, ça ferait un pas dans la bonne direction. Enfin si tu veux, je ne veux pas que tu penses que j'essaye… enfin….

Il bégayait. Jacob avait beau être toujours dans un corps de gamin, il approchait les trente ans, mais quand il était nerveux comme maintenant il semblait bien plus jeune que moi. Je tendis les bras pour le serrer contre moi et le rassurer.

- J'adorerais m'endormir contre toi ce soir, et demain soir qui sait? je penchais la tête et m'accotais sur son torse. J'entendais son cœur battre vite et je relevai la tête pour voir son visage.

Nos regards se croisèrent et c'est lui cette fois qui fit le premier pas. Il se pencha en avant et nos lèvres se rencontrèrent pour la deuxième fois depuis ma naissance. J'avais bien essayé de l'embrasser l'année dernière mais il avait piqué une colère noire. Je n'avais pas répété l'expérience depuis. Cette fois-ci c'était différent. Il avait commencé je pouvais m'abandonner sans craindre d'être rejetée. Ce qui me changeait vraiment.

Je n'avais embrassé personne d'autre dans ma vie, mais j'avais quand même l'impression que Jacob embrassait bien, que nos lèvres étaient faites pour s'entremêler ainsi, que c'était la chose la plus naturelle du monde. Un instant, je me demandais s'il était entrain de me comparer à ma mère. Puis je repoussai cette idée dégoutante au plus loin de mon cerveau. Ce n'était vraiment pas le moment de gâcher ce moment que j'attends depuis si longtemps. Jacob me soulevait maintenant de terre pour me tenir plus près de lui.

- NON MAIS QU'EST-CE QUE VOUS FAITES TOUS LES DEUX? tante Alice se tenais au bout du corridor et nous toisait d'un regard à la fois effrayée et colérique.

- Rien! dis-je en me séparant de Jacob à contre cœur.

- Mes invités attendent, vous deviez apporter le buffet il y a plus de dix minutes! Il est cinq minutes passé minuits jeunes gens! Vous me montez cela tout de suite si tu ne veux pas que je raconte ce que je viens de voir à ton père jeune fille! elle était vraiment d'une colère noire.

- Tout de suite, tante Alice. Nous partîmes au pas de course pour la fuir mais une fois éloignée d'elle nous fûmes pris d'un immense fou rire.

- Elle n'aura pas besoin de parler à papa pour qu'il le sache. Ce moment va être gravé dans nos têtes à tous les trois pour quelques décennies. en disant cela je notai que la mine de Jacob se renfrognait.

- Et que veux tu qu'il fasse? Jacob, il s'en doute bien. Si je parais assez vielle pour avoir un faux permis de conduire, je parais assez vielle pour fréquenter mon petit ami, non?

- Okay, mais expliques lui cela quand je ne suis pas dans les parages veux-tu? sa nervosité s'atténuait néanmoins.

- Promis! dis-je encore sur mon nuage.

Une fois la table de buffet garnie de victuailles et tante Alice souriante à nouveau, Jacob alla aider Emmett à remplir les réfrigérateurs de bières pendant que je remplissais les boîtes qu'on allait descendre à la camionnette avant de partir. J'empilais les nappes sales dans le petit entrepôt aménagé pour ranger le matériel de traiteur au deuxième étage quand je sentis une présence derrière moi. M'attendant à trouver Jacob et ses yeux plein de malice, je me retournais tout sourire. C'est quand j'aperçu le gros visage couvert de sueur que mon sourire s'effaça.

- C'est ici que tu te caches mon cœur? Je te cherche partout. il avait haleté ces deux phrases comme si parler lui demandait un effort.

- Sortez d'ici! Il n'y a que les employés qui ont accès à cette partie de l'hôtel! dis-je d'une voix plus aigue que je l'aurais souhaité.

- Et bien, c'est tant mieux! Encore moins de chance qu'on se fasse prendre ma chérie. Souffla-t-il de sa voix rendue râpeuse par l'alcool.

- Restez où vous êtes! ce coup ci je criai mon ordre.

- T'énerves pas ma toute belle, je te ferai pas mal, à moins que tu me le demandes! Son rire rauque emplit la petite pièce et un frisson de dégoût secoua mon corps.

- Restez-où vous êtes! puis, me souvenant du conseil de ma mère j'ajoutai : Mon petit ami arrives, il va vous mettre un raclé si vous me toucher!

- Alors, tu as un copain? Qu'est ce qu'il te fait ton copain? Parce que moi je peux te faire des choses qu'il ne t'a surement jamais fait. T'as envie d'essayé de t'amuser avec moi pour voir ce que tu manques?

Il avait avancé en parlant et se tenais si près maintenant que je sentais son souffle contre ma joue. Voilà déjà plusieurs mètres que je sentais son haleine, même sans mes sens développés j'aurais pu la sentir, mais en sentir la chaleur me donna à nouveau la nausée. Il tendit ses petits doigts boudinés vers mon corsage et c'est à ce moment là que je décidai de me défendre.

Un cri de rage s'éleva de ma cage thoracique et je le poussai au bout de mes bras pour avoir le temps de me sauver. Quand il fut projeté par la fenêtre je réalisai qu'il était trop tard. L'homme de deux-cents livres venait de faire un saut dans les airs de plusieurs mètre, avait traversé la fenêtre et s'apprêtait à s'écraser dans le stationnement deux étages plus bas. Quelles étaient ses chances de survies? Où était grand-père quand on avait besoin de lui. Je regardai par la fenêtre pour voir l'étendue des dégâts. Le jeune homme était affalé sur l'asphalte mouillé par la rosée. Il gisait, et je n'eus qu'à tendre l'oreille pour apprendre que son cœur ne battait plus.

Je venais de tuer un humain. C'était ma première expérience avec la mort. En fait depuis qu'Irina avait été assassinée devant mes yeux. C'était la première fois que je causais la mort. J'avais causé la mort. J'avais tué un humain. J'entendais désormais les humains, les amis de l'homme accourir auprès de son corps et discuter de la fenêtre cassée deux étages plus haut. Je m'effondrai.

Ce qui se passa ensuite me paru très flou. Je me tenais en retrait dans la pièce quand tante Alice se précipita à mes côtés me suppliant de lui dire si je n'avais rien et ce qui c'était passé. Puis oncle Emmett et Jacob entrèrent dans l'entrepôt, tante Rose non loin derrière eux. Je les entendais parler fort et rapidement, je n'aurais su dire ce qu'ils disaient tant je me sentais loin d'eux. Tante Rose me prit dans ses bras et me berça pour me rassurer. Je perçu qu'oncle Emmett parlait au téléphone. Les humains dans le stationnement étaient au téléphone, ils appelaient les véhicules d'urgence. On me questionnait, on me criait dessus, j'étais incapable de leurs répondre. Des larmes coulaient sur mes joues.

Quand Jacob saisit ma main et la colla à son visage, ses yeux s'écarquillèrent. Il avait compris. Il savait que j'étais une meurtrière. Il ne m'aimerait jamais plus. Tante Rose assista aussi au spectacle qui s'était produit dans cette pièce, il y avait maintenant un peu plus d'une minute.

- Elle n'a jamais pu comparer sa force avec les humains, elle ne connaissait pas sa force, c'est un accident! elle chuchotait mais on pouvait percevoir la panique dans sa voix.

Je ne pouvais arrêter les larmes de couler. Je me blottis sur tante Rose qui ne cessait de caresser mes cheveux en chuchotant que tout allait s'arranger. Je ne compris pas ce qu'ils tramaient mais j'entendis Emmett dire qu'il porterait le blâme à ma place et Alice lui affirmer que trop de témoins l'avaient vu au bar. Le plan ne tiendrait pas. Alice se porta garante de la responsabilité de mon geste et Rose lui rappela que si personne ne croirait que moi qui suis si menue ait pu balancer un type par une fenêtre par légitime défense, l'histoire ne collait pas plus pour elle. Aucune femme n'aurait pu le faire selon elle.

Jacob se proposa, il voulait porter le blâme. Tous s'écrièrent pendant que je restai inerte les larmes mouillant de plus en plus le chemisier de Rosalie. Je secouai la tête, c'était tout ce que j'étais capable de faire. NON, pas Jacob, c'est moi, c'est moi qui suit responsable. Je tremblais à présent. On me posa un cellulaire sur l'oreille et j'entendis au loin la voix inquiète de ma mère me dire qu'ils arrivaient, je ne pu lui répondre. Les sanglots sortaient à présent de ma gorge sans que je puisse les retenir. Le visage du jeune homme me souriait de son sourire niais à nouveau. Il était vivant. Quand je fermais les yeux, il était vivant. Bien réel avec son haleine de boissons, mais vivant. Pourquoi ce connard était-il mort?

- C'est ridicule, je vais y aller, je suis assez baraqué pour qu'on ne doute pas que je l'ai fait. Je vais en taule pour quelques mois et je feins une crise cardiaque. On part au loin et toute cette merde est derrière nous.

- Emmett, tu étais au bar! Ça ne colle pas et tu le sais. Alice s'énervait à présent.

- Où est-il? Demanda tante Rose.

Puis le bruit du moteur de la Ferrari de ma mère retenti à mes oreilles. Les larmes doublèrent à ce moment. Mes parents arrivaient. La gamine de sept en moi avait tant besoin d'eux. Maman… Papa…

- Ils arrivent ma chérie, ils sont ici. répondit tante Rose. J'avais dû les appeler à voix haute.

À peine quelques secondes plus tard une paire de bras glacée me souleva de terre et deux mains me caressaient le visage.

- Nessie, tu vas bien ma chérie? Tu vas bien? la voix flutée d'Isabella était maintenant stridente tant elle était paniquée.

- Elle est en choc post-traumatique! mon père avait dû lire ma tête, il ne fallait pas y rester bien longtemps pour pouvoir faire un tel diagnostique. Puis mon père reprit la parole mais de façon plus agressive.

- NON! Où va-t-il? Il se rend? Emmett rattrapes Jacob avant qu'il ne fasse ça! la voix d'Edward résonna à mes oreilles plusieurs fois avant que je ne réagisse.

Jacob, se rend? Mais pourquoi Jacob se rend-t-il? C'est moi la meurtrière. C'est moi qui ai tué l'homme. Sans mon intervention, il serait encore vivant. Il serait vivant. Vivant.

Les sirènes avaient envahis mes songes, je voyais l'homme dans ma tête, souriant, quand je lui avais servis des canapés. Et maintenant avec l'éclairage des gyrophares, il avait un visage défiguré. Comme s'il brûlait. Il brûlait et il m'implorait de l'aider.

La voix de ma mère devint plus proche. Elle criait qu'il ne fallait pas qu'on le laisse faire. Que faisait-il?

Parlait-elle de l'homme en habit noir? Était-il vivant? Allait-on le guérir? Puis mon sang se glaça. Elle ne parlait pas de l'homme. Elle parlait de Jacob. Jacob parlait avec des policiers. Je l'entendais.

Il disait que l'homme avait essayé de me forcer la main et qu'il était intervenu pour me défendre, que la bataille avait mal tournée. Pourquoi disait-il cela? Il mentait. C'était moi qui avais tué l'homme. Qu'allait-il arriver à Jacob maintenant? Si ma mère était si secouée, ce n'était pas sans raisons. Que disaient les autres?

Puis plus rien. Un grand silence, à l'extérieur autant que dans la pièce bondée. Je pensais que Jacob avait dû être emmené dans la voiture d'auto-patrouille. Ne pouvant toujours pas parlé, je collai ma main au visage de ma mère et lui montrai la vision d'horreur que j'avais eu, montrant Jacob quittant dans la voiture, les menottes aux poignets. Ma main tremblait. Isabella la saisit et hocha la tête pour m'indiquer que j'avais vu juste. Son émotion était palpable, si elle avait pu pleurer, ses joues auraient été inondées comme les miennes.