Voilà maintenant plus d'un mois que Jake était en prison. Je n'étais pas allé le voir. Je savais que je serais incapable de le regarder en face sachant que je devrais vivre son calvaire et non le contraire. Ma mère y allait à tous les jours et elle me transmettait ses lettres. Je lui avais écrit moi aussi. Une lettre. Je lui avais écrit qu'il devait tenir bon, que je comprendrais qu'il ne veuille plus moi en sortant, étant donné ce que je lui faisais vivre. Que j'étais désolée qu'il se soit imprégné d'une meurtrière.
Il m'avait répondu, mais je n'avais pas lu sa réponse. Je savais qu'il tenterait à l'aide de celle-ci de me déculpabiliser. Ce que tout le monde tentait de faire sans arrêts avec moi. Mais je ne pouvais rester impunie pour ce que j'avais fait. Le juste prix à payer selon moi pour avoir tué un homme et fait porter la faute par mon âme sœur, serait qu'il me quitte et s'en aille être heureux auprès d'une autre. C'était là tout ce que je méritais. Je ne méritais certainement pas son amour inconditionnel, ni celui de ma famille. Alors j'avais arrêté de lire ses lettres, qui étaient d'un optimisme enfantin.
Tante Rose avait fermé son école de danse et était partie vivre pour quelques temps avec oncle Emmett à Denali. Elle m'avait juré que toute cette histoire n'y était pour rien et de ne pas m'en faire. Et depuis quand les vampires disaient-ils la vérité?
Alice et Esmée avaient dû annuler tous les engagements de la saison, mettant plusieurs anniversaires et mariages en plan. Elles se disaient en fait qu'elles avaient cancellés avant que les clients n'appellent pour canceller eux même. Tante Alice et oncle Jasper avait quitté le Canada pour un moment, ils reviendraient bientôt avaient-ils spécifiés, ils voulaient se changer les idées un peu. Tu parles!
Grand-mère Esmée restait avec grand-père, et grand-père était fidèle à papa. Alors il ne restait que nous cinq pour aider Jacob.
Je savais bien que j'étais responsable de la dissolution du clan. Dans le dernier mois, papa et tante Rose s'étaient plus souvent disputés qu'en sept ans. Mon père la trouvait lâche et égocentrique, tante Rose le trouvais fou et puérile.
La date du procès avait été annoncée au 14 juillet. Avec les vacances d'été, le procès avait faillit être remis à la fin du mois d'août. Quelques personnes influentes avaient agis avec brio et le 14 juillet était apparemment la meilleure date possible.
L'avocat de Jake, qui était apparemment habitué à ce genre de causes et un des meilleurs sur le continent avait un bon pressentiment. Un bon pressentiment.
Toutes ces informations se retournaient dans ma tête sans que je puisse y trouver d'espoir. Je m'apprêtais à me rendormir pour un autre mois quand on frappa doucement à la porte de ma chambre. Démon grogna et se redressa dans le lit prêt à me protéger contre un ennemi.
- Nessie c'est moi, je peux entrer? la voix d'Edward était calme. Il devait avoir une autre mauvaise nouvelle à m'annoncer.
- Mmm…
Dans la pénombre de ma chambre je vis la main de mon père se tendre vers Démon pour le caresser. La plupart des animaux s'éloignaient instinctivement des vampires, mais Démon devait être habitué. Quel chien de garde celui là!
- Tu savais que Jacob m'avais demandé de l'aider à trouver ton chien?
Non, je l'ignorais. À ma connaissance Jacob et Edward n'entretenaient de rapports cordiaux uniquement par nécessité. Ils se seraient volontiers la main pour se souhaiter la nouvelle année et ne discutaient au téléphone que le temps nécessaire pour que je saisisse le combiné. Je me redressais sur les coudes pour indiquer à mon père que son histoire m'intéressait.
- Et oui, un beau matin, peu de temps avant ton anniversaire, il est venu ici et m'a demandé mon avis pour acheter un chien. Il savait que les animaux étaient sensibles aux vampires et se demandait si tu ne pourrais jamais avoir un animal de compagnie.
Voyant que je ne brochais pas, il continua avec son monologue :
- J'étais surpris qu'il vienne vers moi, il aurait pu aller voir ta mère. Mais je laissé tomber. Je lui avais demandé à quelle sorte de bête il pensait, il me répondit qu'une petite bête que tu pourrais cajoler comme un bébé serait préférable. Il ne voulait pas d'un deuxième loup dans la maison.
- Et tu es allé faire la tournée des animaleries avec lui? L'idée me semblait peu probable.
- Et bien oui, nous avons visité deux élevages ce jour là et les chiens s'éloignaient quand je m'approchais, je pouvais voir leurs pensées devenir confuses à mon approche. Jacob était découragé et nous allions abandonnés lorsque cette petite chose retint mon attention.
Démon, sur le lit, se laissait flatter avec plaisir. Edward regardait le petit animal avec affection mais son attention devait être fixée sur cette journée passée avec Jacob près d'un an auparavant.
- Ce petit gaillard, semblait être le plus joyeux de sa portée. Il était le plus costaud aussi ce qui indiquait qu'il mangeait plus que ses frères et donc le plus dominant. Nous n'avions pas besoin d'une mauviette dans la famille! ricana-t-il.
- Quand tu t'es approché? Il n'a pas eu peur?
- Et bien, il n'était pas certain de comment réagir quand j'ai tendu mon bras, mais grâce à mon aptitude à lire dans ses pensées, je sus ce qu'il voulait que je fasse et j'obéis.
Je pouffai de rire à l'idée que mon père obéisse à qui que ce soit, mais à un chiot de trois livres c'était ridicule.
- Ne te moque pas! Je souhaitais qu'il m'aime bien et qu'il se plaise chez nous. Je trouvais l'idée de Jacob très bonne au fond, et je m'en voulais de ne pas y avoir pensé avant moi-même.
Maintenant que j'y repensais, je me souvenais de la période d'entrainement du chiot à son arrivée, mon père répondais à tous ses caprices, il doublait les gâteries récompenses et s'était bien évidement fait un allié en Démon.
- Ma chérie je veux que tu saches que j'aime vraiment Jacob. Que je suis désolé pour ce qu'il doit vivre en ce moment et que je vais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour le sortir de là. Dans la mesure où c'est légal bien entendu.
- Non tu ne l'aimes pas, tu fais tout cela et je t'en remercie, mais tu ne le fais pas pour lui, tu le fais pour ne pas déplaire à maman. répliquais-je aussitôt
- Renesmée, Jacob a toujours pris soin des deux femmes que j'aime le plus au monde dès que celles-ci sont entrées dans ma vie. Il est un vrai rayon de soleil dans notre existence à tous. Et je te promets que même si ta mère n'avait pas été aussi attachée à lui, j'aurais agis de la même manière. Aujourd'hui je lui ai promis de lui rendre le service qu'il m'a rendu il y a un moment. Il a pris soin de ta mère quand je ne pouvais être près d'elle et je vais lui remettre la pareille. Je vais m'assurer que tu manges, que tu chasses, que tu vois la lumière du soleil le plus souvent possible. Si en cours de route j'arrive à te faire sourire en attendant son retour mon but aura été atteint. Tu ne peux pas continuer à dépérir comme cela, penses à lui, à comment il aimera te retrouver aussi pétillante de vie que tu l'étais avant son départ.
- Avant que je commence à tuer des innocents et à faire porter le blâme aux autres?
- Et tu crois que je n'ai jamais tué personnes? Ma chérie, j'ai tué des centaines de personnes dans mon existence et ce n'était pas par légitime défense. De plus j'aimerais que tu cesses d'appeler ce type un innocent. Penses à ce qu'il aurait pu te faire si tu avais été incapable de te défendre. Il a mérité son sort, en fait tu as été trop bonne de lui accorder une mort si rapide. Il souriait à présent, tout pour me faire sentir moins misérable.
- Grand-père, grand-mère et maman n'ont jamais tué personne! lui répondis-je aussitôt. Alors que moi je l'ai fait.
- Par accident, j'ai vu ce qui s'est passé dans ta tête à ce moment là, et je le revois depuis des semaines parce que tu n'arrives pas à penser à autre chose. Nessie, tu me rends dingue avec ta culpabilité! J'ai bien faillis demander à ta mère de te mettre sous son bouclier pour me donner un répit, mais j'ai décidé de t'aider et pour cela je dois savoir ce que tu ressens et crois moi je sais ce que tu ressens. Mais l'éternité est trop longue pour la passer en catatonie comme tu le fais. Ressaisis-toi! Ce soir tu viens chasser avec nous. Tu dois reprendre des forces!
- Je chasserais avec Jacob, à son retour. boudais-je
- Oh non, jeune fille! Tu viens avec nous et tu vas te préparer pour ton témoignage dans un mois. Habilles-toi, l'avocat de Jacob arrives dans une heure.
- Je veux juste dormir.
- Tu dormiras pendant des décennies si tu le souhaites mais pas maintenant! Debout!
Son ton autoritaire ne me laissa pas le choix. Le patriarche avait parlé.
