Le procès débuta comme prévu le mercredi 14 juillet. Le temps nuageux ne nous obligea pas à être cacher dans le stationnement du palais de justice avant l'aube.
Alors nous étions tous là, dans la salle d'audience à attendre l'arrivé du juge et surtout de l'accusé. Je n'avais pas revu Jacob depuis le soir, mon père voulait que je dise le soir de l'accident. J'avais une boule dans la gorge et une dans l'estomac. Je savais que je serais incapable de croiser son regard. Avec tout ce que je lui faisais subir je n'y trouverais plus d'amour c'était certain.
Grand-père était au bout de la rangée, suivit de papa, de moi, de maman et de tante Alice qui représentait le service de traiteur Cullen, l'employeur de Jacob. Tous étions endimanchés et paraissions plus que respectables. Billy, sa fille Rachel, son mari Paul et Sam Uley avaient pris l'avion pour assister au procès. Quill, Embry et Seth qui vivaient au Canada eux aussi étaient également présents dans la rangé derrière nous. Notre avocat était confiant et ne cessait de nous le répéter.
Je me sentais malade, mes doigts se croisaient et se décroisaient sans arrêts avant que ma mère ne me tienne la main pour tenter de me calmer. Je tachai de répéter l'histoire que j'avais répété depuis un mois sur ce qui s'était « vraiment » passé dans l'entrepôt ce soir là.
Puis, nous dûmes nous lever pour que le juge Francoeur, un francophone, puisse débuter l'assemblée. Nous maîtrisions tous bien notre français, depuis les trois ans que nous vivions au Québec, mais je m'inquiétai pour Jacob. Visiblement le procès se tiendrait en français. Je me retournais vers mon père qui avait suivit le fil de mes pensées et il acquiesça.
- Jacob le sait, ça ne l'énerve pas outre mesure ne t'inquiètes pas. Spécifia-t-il en se rassoyant.
Puis, le moment que j'avais tant redouté depuis des mois arriva. On appela l'accusé et Jacob fit son entrée dans un costume très class, mais qui ne lui ressemblait en rien. Ou était son vieux jeans taché d'huile? Visiblement, tante Alice avait été magasiné pour lui. J'ignorais si lui faire porter un costume à 3000$ n'allait pas le rendre antipathique au juge. Mon père souleva les épaules à mes côtés. Il l'ignorait lui aussi.
Je me forçais à lever les yeux pour regarder son visage. Il avait maigris, ça sautait aux yeux. Nos regards se croisèrent et mes yeux s'embuèrent instantanément. Il avait l'air soulagé de me voir. Évidement puisque je n'étais pas venue le voir depuis le mois de mai. Il avait dû penser que je le laisserais tomber encore une fois. Je perçus qu'il aurait voulu me sourire pour m'indiquer qu'il allait bien, mais son avocat lui avait probablement recommandé d'avoir l'air désolé et repentant plutôt que joyeux et insouciant.
Je baissai les yeux pendant qu'on énumérait les raisons de notre présence ici, le décès d'un certain Jonathan Michaud, 24 ans, survenu dans la nuit du 3 mai, à Godmanchester, Québec. L'accusé, Jacob Black, un natif américain, canadien. du moins c'était ce que ses papiers disaient, qui n'avait aucun antécédent judiciaires à ce jour, avait plaidé coupable à l'accusation de meurtre sans préméditations. Son avocat, maître Mitchell, souhaite plaider la légitime défense, puisque Monsieur Black a tenté de défendre sa petite amie, Renesmée Cullen, qui avait déjà refuser les avances de la victime et que celui persistait à vouloir l'attoucher sexuellement. L'accusé...
Mon regard se posa de l'autre côté de la salle sur la famille du défunt. On y trouvait ses parents et une jeune fille qui devait être sa sœur, vu la ressemblance. Ils regardaient dans notre direction avec des moues haineuse. S'ils n'avaient rien contre les natifs américains avant le 3 mai, ça avait visiblement changé depuis. Je pouvais sentir leur chagrin, mais aujourd'hui ils étaient en colère et souhaitaient que justice soit rendue. Le regard de la mère croisa le mien et je pus sentir qu'elle ne croyait pas que son fils ait pu être si grossier avec moi, mais elle ne me soupçonnait pas d'avoir été celle qui lui avait enlevé la vie. Elle avait pourtant en face d'elle le véritable assassin de son fils. Je pensai une seconde qu'elle avait le droit de savoir et les doigts de mon père qui se serrèrent sur mon bras me firent comprendre que c'était une très mauvaise idée.
Le plaidoyer de la couronne se continuait, et je n'avais pas toujours pas regardé Jacob à nouveau, et ce même si je sentais le poids de son regard sur moi. Mes pieds accaparèrent mon attention la majeure partie de la matinée. Puis l'assemblée pris une pause. Les témoins seraient entendus à partir de 13h30.
C'était là ma seule chance de sortir Jacob de prison, si le juge croyait ce que je disais, peut-être trouverait-il le geste de Jacob héroïque et déciderait de le relâcher. Que représentait un petit mensonge en cours après un meurtre après tout? Qu'ils me fassent jurer sur la bible si ça leurs faisait plaisir. Autant demander au compte Dracula de faire une promesse de scout.
Les humains partirent déjeuner et les Cullen patientèrent dans le hall que la séance recommence. J'ignorais si Billy et Rachel savaient que Jacob était en prison à ma place. Surement pas, ils m'en auraient glissé un mot. Pour une fois j'étais reconnaissante à mon père de modifier la vérité avant tant de crédibilité.
Glissée entre maman et grand-mère qui me caressaient le dos à tour de rôle, l'heure du déjeuner passa beaucoup trop vite et mes malaises revinrent au moment de retourner dans la salle d'audience.
Tante Alice qui se sentait aussi impuissante que nous tous puisqu'elle ne pouvait voir ni le futur de Jacob, ni le mien. Sautillait nerveusement sur le banc avant qu'on l'appelle à la barre.
- Votre nom complet et votre âge s'il vous plait Madame?
- Mary Alice Hale Cullen, 24 ans. répondit-elle
- Est-ce vrai Madame Cullen que vous étiez propriétaire d'un service d'organisation d'évènements et de traiteur appelé Cullen Traiteur, le soir du drame.
- Copropriétaire, associée en fait, nous étions propriétaires toutes les deux ma mère adoptive et moi-même, c'est vrai.
- Pendant combien d'année l'accusé ici présent a-t-il travaillé pour vous lors d'évènements.
- En tout et partout, Jacob a travaillé avec nous près de deux ans. C'était un de mes meilleurs employés, le plus fiable. Ajouta-t-elle fièrement
- Mr. Black a-t-il déjà reçu des plaintes de la part de clients ou d'autres employés, pour avoir eu un comportement agressif au travail?
- Jamais! Jacob est un jeune homme tout ce qu'il y a de plus équilibré, il est toujours de bonne humeur au boulot, en fait il fait rire tout le monde!
- Je vous demanderais de ne répondre qu'aux questions posées par le procureur Madame Cullen. Le juge Francoeur intervint.
- Oui votre honneur, désolé. dit-elle avec son plus beau sourire.
L'interrogatoire de tante Alice dura une dizaine de minutes, puis vint le tour d'Edward à aller comparaître. Il était très convaincant dans le rôle du frère protecteur. Mon tour arriva trop rapidement, mais je me ressaisis rapidement. Je devais assurer! Pour Jacob.
- Votre nom complet et votre âge, s'il vous plaît mademoiselle?
- Renesmée Carlie Cullen, 19 ans.
- Vous êtes la jeune sœur d'Alice et d'Edward Cullen qui viennent de témoigner, est-ce exact?
- C'est exact. mentis-je
- Diriez-vous que l'accusé ici présent Jacob Black, est votre ami de cœur, mademoiselle Cullen?
- Oui
- Depuis combien de temps êtes vous ensemble?
- (Depuis ma naissance, il y a maintenant sept ans, presque huit) Depuis deux ans.
Il sorti alors la même photographie qu'il avait demandé à mon père d'identifier auparavant. Le sourire niais de l'homme se balançait à nouveau devant mes yeux. J'affirmais avoir vu la victime le soir du 3 mai, alors qu'il assistait à une réception de mariage à laquelle je servais.
- Vous souvenez vous des évènements qui ont précédés le décès de la victime et qui ont eu lieu sur votre lieu de travail le soir du 3 mai?
- Oui, je m'en souviens.
- À quelle heure avez-vous vu la victime pour la première fois?
- Entre 16h30 et 17h00, je passais des canapés à l'extérieur de l'hôtel sur le terrain.
- Vous a-t-il abordé le premier?
- Oui, il m'a questionné sur les canapés, puis m'a demandé à quelle heure je terminais mon quart de travail.
- Que lui avez-vous répondu?
- Que je croyais bien terminé mon quart de travail, vers les trois heures du matin. Puis il m'a proposé d'aller le rejoindre à sa chambre à ce moment là.
- Lui avez-vous donné un quelconque espoir de croire que vous l'y rejoindriez?
- Jamais de la vie!
- Lui avez-vous dit non?
- Non, en fait je suis restée estomaquée, je ne lui ai rien répondu.
- La victime vous a-telle abordé à un autre moment dans la soirée?
- Oui, il devait être 21h30, au service du dessert et du café. Il m'a pincé une fesse et m'a laissé savoir qu'il avait déjà hâte de savoir de quoi j'avais l'air sous mes vêtements.
Un grondement sourd s'échappa de la gorge de Jacob, qui visiblement n'avait toujours pas été au courant de toute la situation. Le connaissant, il devait regretter de ne pas avoir balancé le type par la fenêtre lui-même.
- Est-ce à ce moment que votre frère est intervenu?
- Oui, il a dit à l'homme qu'il ferait mieux de ne plus m'approcher.
- Vous n'avez pas eu envie d'en parler à votre petit-ami, plutôt qu'à votre frère?
- Non, je ne voulais pas qu'il grimpe dans les rideaux et qu'il…
Et voilà, je venais de faire ma première erreur. Je venais de dire que Jacob était violent et que j'avais préféré lui cacher qu'un homme m'avait approché, pour ne pas qu'il s'emporte. Le sourire narquois du procureur me donna envie de lui sauter à la gorge. Mais je me repris rapidement :
- Je ne voulais pas l'inquiéter pour des riens. Il n'est pas rare en restauration que des clients qui cherche un peu de compagnie, courtisent les serveurs. Je ne croyais pas que l'homme irait plus loin.
- Et il est allé plus loin?
- Oui, peu après minuit. L'homme est entré dans l'entrepôt ou je rangeais, et m'a proposé à nouveau d'avoir des relations sexuelles avec lui. Cette fois je lui ai clairement demandé de partir, je lui ai dit que j'avais un copain et que je ne souhaitais pas avoir de relations avec lui. Il s'est approché de moi, je l'ai poussé et Jacob est entré dans la pièce à ce moment là.
- Ils se sont battus?
- J'ai mal vu, je me suis poussé de l'homme quand Jacob s'est interposé entre nous deux et au moment de me retourné, j'ai vu l'homme perdre l'équilibre et passé au travers de la fenêtre.
Le procureur se détourna de moi pour faire face au juge et spécifia de sa voix perfide :
- J'aimerais indiquer à la cour, que la dite fenêtre se trouvait à plus de 1,50 mètre du sol. La victime a donc dû être projetée dans les airs pour y passer au travers elle n'a pu trébucher comme le sous-entend Mlle Cullen.
- Je, je ne voyais pas… bredouillais-je
- Vous pouvez aller vous rassoir Mademoiselle Cullen, j'ai terminé avec le témoin. dit-il avant de reprendre :
- J'aimerais aussi faire voir à la cour quelques photographies des contusions retrouvées sur le corps de la victime et qui selon le médecin légiste n'auraient pas été causées par sa chute, mais bien par la lutte qui a précédé la chute.
Le juge pris connaissance des photographies et incita le procureur à continuer.
- Voici les photographies de l'accusé à son arrivée au poste de police, dans la nuit du 3 au 4 mai. Aucune contusion n'est visible, au visage ni sur le corps. À croire que la victime n'a pas essayé de se défendre du tout.
Je pensais tout de suite à l'aptitude de Jacob à guérir très rapidement et me souvenu qu'il était évident qu'il n'ait pas de marques puisqu'il n'avait jamais touché l'homme. J'étais maintenant imprégnée de l'évidence que j'avais échouée à rendre la situation crédible aux yeux du juge. Je sombrai à nouveau dans l'abattement et n'eut presque pas conscience du reste de la séance.
Un jeune homme, cousin de la victime, avait été appelé pour témoigner m'avoir vu flirter avec la victime et dire que je lui avais fait croire que j'étais intéressée. J'étais si apathique que j'eu de la difficulté à éprouver de la colère.
Vint finalement le tour de Jacob de se défendre. Je sortis de la salle du tribunal prétendant aller aux toilettes. Ma mère m'y rejoint.
- Renesmée Carlie Cullen! Tu vas me faire le plaisir d'aller supporter Jacob maintenant! Tes états d'âmes n'ont pas leur place en pareil moment. Cesse de te regarder le nombril et retournes dans cette salle d'audience tout de suite!
- Maman, ce sera ma faute, ma faute s'il a déjà passé presque trois mois en prison et ma faute s'il y reste, j'ai tout gâché.
- Pour l'instant jeune fille, ton petit-ami, le mot est faible, a besoin de savoir que tu es avec lui. Alors tu viens avec moi et on y retourne. Attends d'avoir le verdict avant de crier à l'injustice.
- Je ne peux pas! Je ne peux pas le voir se défendre pour un meurtre qu'il n'a pas commis!
- Chut, tais-toi! Ce n'est ni l'endroit, ni le moment! ses yeux étaient exorbités par la colère.
- Ne me force pas à y aller. S'il te plaît. la suppliais-je
- Et bien moi j'y vais! Jacob est mon ami et on n'abandonne pas ceux qu'on aime au moment où ils ont le plus besoin de nous!
Sur ces paroles, elle me laissa seule dans la salle de bain avec le reflet de ma médiocrité à contempler. Je m'aspergeai le visage avec de l'eau froide et repris le chemin de la salle d'audience.
Jacob avait terminé son témoignage quand je repris ma place. Le juge donna congé à tout le monde et nous redonna rendez-vous le lendemain 11h00 pour l'annonce de la sentence. Jacob quitta la pièce par la même porte par laquelle il était entré ce matin. Il me jeta un dernier regard et un rictus étrange se dessina sur son visage. J'ignorai s'il s'agissait d'un sourire ou d'une grimace de colère.
Le nœud dans mon estomac se resserra encore plus. Je déglutis avec difficulté, et rejoignis les autres qui planifiaient d'emmener Billy et les Quilleutes à l'appartement de Jacob afin qu'ils s'y installent.
