Journée père et fille
- Nous y voilà, 4402, rue Saint-André! dit mon père en stationnant sa Volvo de l'année devant un duplex.
- Hummmm!
- Tu ne veux pas visiter? s'enquit-il.
- Si si, on y va!
Le propriétaire, un vieil homme grincheux qui nous indiqua que nous étions en retard, alors que nous avions dix minutes d'avance.
- Vous aviez dit une personne seule, si vous êtes un couple ça fait deux fois plus de bruit. L'homme à qui j'ai parlé a dit que c'était pour une fille seule.
- Et c'est toujours exact, ma sœur ici Renesmée, se cherche un logement pour la durée de ses études à McGill. Mon père arborait son sourire le plus charmant, il devait avoir vu dans la tête de l'homme que celui-ci ne voulait pas nous louer l'appartement.
- McGill hein?
L'homme était apparemment impressionné, nous étions sur la bonne voie. Mon père me fit un clin d'œil, confiant. Le vieil homme monta difficilement les escaliers pour nous ouvrir la porte de l'appartement à louer.
- Alors voici, 3 appartements et demi. La cuisine est au fond, le salon et la chambre sont en fait un salon double. La salle de bain est ici, mais il n'y a pas de bain, seulement une douche. Le réfrigérateur et la cuisinière restent là, ou sont remplacés avant de quitter, si vous peinturer ce doit être fait à l'huile dans des couleurs claires. Les animaux sont interdits. C'est 750$ par mois. Je ne veux pas de fêtes, pas de bruits après vingt et une heure.
Il nous avait fait son monologue en nous entrainant d'une pièce à l'autre. Mon regard passait des boiseries qui avaient dues être peintes une trentaine de fois, aux deux placards minuscules. Mes yeux s'agrandirent devant la salle de bain minuscule et le manque de baignoire. Puis je revins au réfrigérateur qui selon moi était bien plus antique que celui de Jacob. Les couleurs claires n'étaient pas une option, il faisait si sombre dans l'appartement qu'il aurait été effrayant de peindre plus foncé que « jaune beurre ». Je me rendis compte que mon père me regardait un sourire moqueur aux lèvres. Il avait apparemment un plaisir fou à regarder l'enfant gâtée que j'étais, imaginer cet endroit comme étant son futur foyer.
Si je ne connaissais pas mieux Montréal, j'aurais été persuadée qu'il m'avait emmené dans le quartier le plus pourris pour me faire peur. Mais non, l'appartement était dans un quartier branché, où plusieurs cafés et boutiques prendraient bien une jeune employée comme moi. Il n'était pas trop loin de l'université. Le pont pour la rive sud était accessible rapidement pour rendre visite à mes parents. Je me mis à regarder « mon » appartement avec des yeux différents et demandai :
- Les animaux sont interdits? Même les petits animaux?
- Même les perruches, jeune demoiselle, si je me rends compte que vous héberger un animal ici, je vous expulse sur le champ. J'ai déjà eu suffisamment de grabuge dans ce logement causé par des petites bêtes.
- Vous pouvez garder Démon, dit? Je regardais Edward avec appréhension.
- Bien sûr que oui, ne t'inquiètes pas pour ça. La maison serait trop vide sans toi et lui en même temps. Ta mère va avoir de chouchouter un bébé au moins, pour l'empêcher de devenir folle.
- Alors, Monsieur Pelletier, je le prends. Quand puis-je emménager?
- Nous pouvons commencer votre bail au premier janvier. Vous pourrez commencer à venir peinturer pendant les fêtes si vous voulez. Ça vous va?
- C'est parfait!
- Tu es certaine? Parce qu'on peut en visiter d'autre si tu veux. Il y en a d'autres qui peuvent être intéressants, on peut aller les voir et revenir en fin de journée.
Edward bafouillait presque tant l'idée de laisser sa fille chérie dans cet appartement seule lui déplaisait. Il y avait encore cinq adresses sur sa liste et je me doutais bien que la dernière était celle d'un appartement nettement plus spacieux et moderne que celui-ci. Mon père se passait la main dans les cheveux nerveusement, la situation lui avait visiblement échappé. C'est son épouse qui serait en colère contre lui à notre retour.
- Non, cet appartement me va, ce n'est pas trop cher, avec un emploi payé salaire minimum je dois penser à cela aussi.
- Nous pouvons en discuter, enfin Renesmée!
- Je prends l'appartement, Monsieur Pelletier, puis-je signer le bail maintenant?
- Oui, descendons et je vous remettrai la clé.
Très vite les papiers légaux furent remplis et nous fûmes avertis qu'au moindre retard de loyer, l'appartement serait affiché à louer dans les journaux et que l'expulsion serait rapide. Mon père rassura l'homme sur ma solvabilité et on me remit la clé de mon premier appartement. Je me sentais réellement heureuse, je ne prétendais plus pour faire regretter les magouilles d'Edward. J'étais persuadée que j'allais être relativement heureuse dans cet appartement.
- Ensuite? Qu'est ce qu'on a au programme? questionnais-je mon père en pénétrant dans la voiture.
- Et bien, j'avais l'intention de t'envoyer porter ton curriculum vitae dans un restaurant McDonald's mais je suis suffisamment décontenancé pour aujourd'hui. Merci à toi!
- Zut! Je n'ai pas préparé de curriculum vitae!
Mon père m'indiqua la banquette arrière et je vis une enveloppe brune. Je l'attraperai et commençait à lire le résumé de mes expériences de travail.
- Woah! J'ignorais que j'avais fait tant de choses! C'est toi qui as pondu ça? Références : Alice Hale, Librairie Cullen, un stage d'immersion en Espagne … et bien! Tu t'es amusé on dirait!
- Et bien, je trouvais ridicule d'écrire que tu n'avais pas d'expérience de travail alors que tu peux montrer au propriétaire comment gérer son entreprise.
- Alors, où allons nous porter cela?
- On peut revenir en ville un autre jour, ce n'est pas nécessaire de te trouver un emploi maintenant, tu peux bien commencer l'université avant aussi et après on verra. Ta mère et moi allons t'aider financièrement tu le sais bien.
- J'y tiens, je vais me faire de nouveaux amis, et avoir mon argent, et gérer mes choses. On peut aller porter mon curriculum vitae dans un bar, tante Rose m'a déjà montré une centaine de recettes et les pourboires m'assureraient un bon revenu, qu'est ce que tu en dis?
- Il y a un café au bout de la rue, on peut commencer par là, tu as déjà eu suffisamment d'ennuis avec les hommes et la boisson comme cela. Puis, réalisant l'étendu de ses paroles, il ajouta : Ça rassurerait ton vieux père si tu vendais des cappuccinos à des gens sobres, habillée en uniforme unisexe.
- Va pour le café et les biscottis!
Définitivement, j'avais une chance d'enfer, le patron était là et me pris en entrevue assise à une des table de son café. Je dû faire l'affaire parce qu'il me remit un chandail noir et une casquette, mon entrainement commençait dimanche. Ce qui était parfait puisque j'avais l'intention d'aller à la prison samedi.
- Il pense quoi de moi? questionnais-je mon père une fois à l'extérieur.
- Et bien, il te trouve bien jolie et crois que ta beauté va savoir garder la clientèle fidèle, en particulier les jeunes étudiants qui viennent passer leurs soirées à étudier et qui boivent une dizaine de café à chaque soir. Il est heureux que tu étudie à McGill puisque c'est une clientèle qui ne vient jamais si loin habituellement, mais en même temps préoccupé que tu ne puisses travailler plusieurs soirs par semaine pour étudier, cependant tu l'as bien rassuré. Il trouve ton anglais très bon! Il ajouta cette dernière remarque en riant de bon cœur, puisque le propriétaire bafouillait un anglais très basique et qu'il avait probablement manqué des bouts de mon monologue dans la langue de Shakespeare.
- Tu crois que maman va être d'accord pour que je travaille dans ce café?
- Tu n'auras qu'à lui rappeler qu'elle a déjà vendu des chaussures de randonné et des skis alors qu'elle avait de la difficulté à placer un pied devant l'autre.
C'est en rigolant que nous regagnâmes la rive-sud de Montréal, se rappelant des souvenirs de mon enfance. Quand mon père gara sa voiture dans le garage c'était notre symphonie de Prokofiev préférée, Peter and the Wolf qui jouait, quelle belle façon de clore cette agréable journée père et fille.
