Visite
Je patientais déjà depuis 20 minutes dans une grande salle éclairée aux néons. D'autres personnes attendaient avec moi. Une jeune femme et son enfant de trois ans étaient assis à une table non loin de la mienne, un jeune adolescent et sa mère, un homme avec une mallette qui devait être un avocat et cinq autres familles semblaient nettement plus habitués à l'endroit que moi. J'ignorais si j'avais l'intention de devenir une habituée de la salle des visites de la prison moi-même.
Edward m'attendait dans la voiture. Je regrettais à présent de ne pas lui avoir demandé de m'accompagné. Je respirai profondément et serrai la boite contenant le I-Pod que je voulais lui offrir contre ma poitrine. Jacob, mon Jacob, comment pouvais-je être si nerveuse à l'idée d'être devant lui? Lui qui avait été avec moi presque chaque jour depuis ma naissance, chaque jour avant les 7 derniers mois.
Une sirène retentit et une porte s'ouvrit au fond la salle. Le petit garçon couru dans les bras d'un homme qui selon la ressemblance devait être son père, je me rendis compte que tous les visiteurs s'étaient levés, peut-être pour permettre au prisonnier de bien les voir. Je me levai aussi, et me rassis aussitôt, mon Jacob me trouverais à Time Square, il allait me voir dans une pièce rempli d'une trentaine de personnes.
Ma main se porta d'elle-même à ma bouche quand nos regards se croisèrent. La dernière fois que j'avais entraperçu Jacob c'était à son procès. Il avait les traits tirés d'un insomniaque et arborait un visage dur. Comme si fraterniser avec la racaille de la société lui avait ôté son air espiègle et qu'il ne voyait plus la vie avec les mêmes yeux qu'avant.
Jacob s'assit tant bien que mal en face de moi sur la petite table dans son corps trop grand pour le mobilier. Son expression éteinte me toisa et baissant les yeux il dit :
- Je m'attendais à voir Bella, elle a eu un empêchement?
Apparemment ma mère avait eu peur que ne change d'avis une fois de plus et avait souhaité protéger Jacob en lui gardant la surprise de ma visite.
- Non en fait, je voulais venir te voir. Jacob je suis désolée que soit ici à ma place, je n'ai pas été capable de t'affronter avant aujourd'hui. Me pardonneras-tu un jour? J'avais tendue la main pas dessus la table pour prendre la sienne mais il avait tassé sa main de ma trajectoire.
- Ouais, bien tu avais mieux à faire que de venir voir ton petit ami en prison il faut croire. Comment est ce que je peux t'en vouloir pour cela? Il avait dit ça dans un rire amer qui me brisa le cœur, une fois de plus.
- Jake, je ne pouvais me regarder dans une glace pour tout ce que je te faisais vivre, je ne pouvais pas… je ne pouvais pas! Un sanglot interrompit mon monologue.
- Ça va, Bella m'a dit que tu avait passé un mauvais moment toi aussi. Je suppose qu'on va avoir du temps à reprendre à ma sortie. Il avait voulu être moins dur avec moi, mais ses yeux étaient tout sauf chaleureux quand je les regardais.
- Ton avocat, parles de te faire sortir plus tôt pour bonne conduite. J'avais décidé d'engager la conversation sur une note plus positive.
- Tu parles! Bonne conduite, je n'ai participé qu'à trois batailles depuis que je suis arrivé. Tu peux oublier la bonne conduite pour moi.
- Tu t'es battu? Mais enfin à quoi as-tu pensé? Tu veux croupir ici toute ta vie?
- Facile à dire pour toi, tu n'as aucune idée que de vivre à tous les jours avec des détenus pervers et sadiques. Ici, tu dois te faire respecter pour survivre. Il continuait à fixer ses mains sur la table évitant clairement de croiser mon regard.
- Tu as raison, je ne sais pas de quoi je parle. Moi je suis bien en sécurité à la maison, rien n'a changé pour moi si ce n'est des cauchemars et de ton absence. Je suis bien mal placé pour te dire comment agir alors que tu vis ma peine. Excuses-moi.
- Tu vas à l'université c'est vrai?
- Oui, maman et papa ont voulu que je cesse de me lamenter sur mon sort et que fasse quelque chose de constructif en attendant ta sortie. J'ai un appartement ici à Montréal et je me suis trouvé un emploi dans un café. Ça ne te dérange pas dit?
- Non, je suis content que tu profites de ta liberté, c'est pour cela que j'ai voulu être ici à ta place.
Ces paroles ressemblaient davantage au Jacob que je connaissais mes l'intention n'était pas au rendez-vous. Il disait cela pour me déculpabiliser, il n'en pensait rien.
- Jake! Tu sais que je voudrais que cette soirée ne se soit jamais produite et que tu sois à l'extérieur avec moi. Tu le sais ça non? Je déteste te savoir ici! Les larmes étaient revenues à présent.
- Bien sûr. Je le sais.
- C'est tout? Jacob pourquoi ne me regardes tu pas, quand je te parle?
- Pourquoi n'es tu pas venue me voir avant? Au procès tu m'as à peine regardé. Depuis le temps que tu veux faire des grandes études je me demande parfois si tu n'es pas satisfaite de me savoir ici, tu es peut-être plus heureuse sans ton garagiste de petit ami. Peut-être que tu vas pouvoir rencontrer un intellectuel comme Edward à McGill. Pas un minable comme moi… D'autant plus qu'à ma sortie je serai un ex-taular.
Il était incohérent comme s'il avait répété un texte depuis des mois et que l'émotion lui faisait perdre le fil.
- Tu es ridicule! Ridicule! Tu es le seul homme que j'ai jamais aimé et je t'aime tant, Jacob, je veux que tu viennes me rejoindre, qu'on reprenne nos projets où nous les avions laissé, je t'aime tant! ajoutais-je avant de m'écrouler à nouveau.
Il se leva et vint s'asseoir à côté de moi et commença à me caresser le dos maladroitement. Je me collai à lui avec l'énergie du désespoir et passai mes mains autour de son coup. Il évitait encore mon regard. Il maintenait une distance entre nous, je le sentais bien, pourquoi faisait-il cela?
- Hé Black! Tu changes de copine souvent dis donc?
Un grand homme tatoué, assis à une autre table avec une femme venait de me rappeler dans quel endroit nous nous trouvions. Jacob se rembrunit en entendant ces paroles. Il tenta d'ignorer ce que l'homme avait dit et regarda délibérément dans une direction opposée.
- Celle-ci n'est pas mal non plus, je me demande ce que tu leurs fais, la brunette, la blonde et maintenant une rouquine, toutes aussi belles les unes que les autres, ben ça alors!
- Ferme là! Jacob avait sifflé son ordre. Il s'était placé entre l'homme tatoué et moi pour que je ne le voie pas.
- Qu'est ce que tu as dit minus?
- Je t'ai dit de la fermer gros porc!
Jacob s'était levé et faisait face à l'homme maintenant. Je tenais sa main et tentais de le faire rassoir à mes côtés mais je sentais que c'était peine perdue. Il n'en fallu pas plus pour que l'homme se lève aussi. Face à face Jacob dépassait l'homme d'une tête mais l'autre était bien plus corpulent. Si Jake n'avait pas été magiquement doué, je me serais inquiétée pour lui.
Trois gardiens s'étaient matérialisés autour de Jacob et de l'autre détenu pour les séparer et à peine dix minutes après nos retrouvailles Jacob fût emmené loin de moi. Un gardien le poussait vers la sortie violement. Jacob se retourna pour scruter mon visage consterné. Deux mouvements brusques furent suffisants pour que Jake se libère de l'étreinte du gardien et qu'il revienne vers moi.
Il me prit dans ses bras et me serra si fort que j'en eu le souffle coupé. Il posa un baiser bruyant sur mon front, puis un sur ma joue et enfin un dernier au coin de mes lèvres et me remit sur mes pieds. Je m'accrochai à son torse, consciente de n'avoir que quelques secondes près de lui. Il me serrait aussi contre lui et je sus qu'il reniflait l'odeur de mes cheveux pour pouvoir la garder en mémoire.
- Je t'aime, lui dis-je espérant qu'il ne me rejetterait pas cette fois.
Il serra ma main dans la sienne avant que quatre nouveaux gardiens arrivent pour l'éloigner de la salle des visiteurs.
- Jake!
Je lui lançai son cadeau alors qu'il s'éloignait. Il était suffisamment agile pour une fois de plus libérer son bras du l'étreinte du gardien et attrapa la boîte au vol.
- Joyeux Noël, dis-je me dirigeant vers la sortie.
Une fois dans la voiture, mon père me questionna sur ma visite. Ne trouvant pas les mots pour lui raconter mes sentiments et mes impressions, je lui tendis ma main et il regarda ce que je venais de vivre. Les larmes s'étaient remisent à couler sur mes joues alors que nous nous éloignions de la prison.
