Rencontre

Tiens tiens, encore lui!

Voilà qu'il prenait le métro en même temps que moi. Sans vouloir devenir paranoïaque, cela commençait à faire beaucoup de hasards.

La première fois que je l'avais aperçu, ou plutôt reniflé, c'était dans mon cours d'histoire moderne, à la mi-février. L'odeur m'avait chatouillé les narines. Je m'étais retournée cherchant des yeux ce fumet familier, j'étais persuadée de trouver mon père assis dans la salle, mais l'odeur familière, n'était pas connue. Je ne mis pas longtemps à trouver son origine. À l'arrière de la salle près de la sortie étaient assis avec leurs cahiers de notes, deux vampires. Ils semblaient avoir été transformés à la mi-vingtaine. Quoi que la femelle avait un physique plus jeune. Ou étais-ce parce qu'elle était plus menue?

Je me sentis tout de suite nerveuse, j'eus peur pour cette centaine d'humains qui se trouvaient dans cette salle, mais aussi peur d'avoir à les défendre seule. Ils n'allaient quand même pas attaquer en plein jour, dans une salle comble? Et cent humains, pour deux, ça fait un gros déjeuner.

Pendant que je me raidissais sur ma chaise en les observant. La femelle fronça le nez et se tourna vers moi. Apparemment nous étions deux à nous renifler comme des chiens, mais à distance. Ses yeux m'étudièrent, et elle murmura à son compagnon quelque chose qui le fit me regarder à son tour. Nous étions figés ainsi guettant un danger quelconque depuis plusieurs secondes, quand mon regard se porta sur leurs prunelles. Dorées! Ils avaient les yeux couleur miel. Je lâchai un profond soupir de soulagement et tentai de reprendre le fil du cours du mieux que je pus. À la fin du cours, ils quittèrent la pièce ensemble sans m'adresser un regard. J'en fus à la fois soulagée et déçue. J'avais envie d'entendre leur histoire, mais peut-être devions-nous nous laisser du temps.

J'avais recroiser le mâle une fois dans un couloir de l'université. Il m'avait toisé d'un regard méfiant comme si j'avais été une Buffy Summers avec un pieu dans mon sac, puis m'avait adressé un sourire timide, que je lui avais retourné. Après tout, s'il se nourrissait de sang animal, il devait être aussi civilisé que les Cullen. Le pauvre devait avoir tous les sens retournés à mon odeur. Peu de vampires connaissaient un mi-vampire, mi-humain.

Et voilà qu'il était là, dans le métro et qu'il allait dans la même direction que moi. Il me regarda, mais ne s'approcha pas de moi. Il ne pouvait pas savoir que j'avais grandit dans une famille de vampires. Peut-être ne voulait-il pas m'effrayer ou d'abord être certain de ma nature avant de s'exposer. Je ne m'approchai pas non plus. Je replongeai le nez dans mon livre.

Station Mont-Royal, je descendis et me dirigeai vers le café pour mon quart de travail qui débutait à dix-sept heures. L'heure du souper était toujours calme et Mylène et moi eûmes le temps de faire plusieurs des tâches que nous devions faire sur notre quart de travail. Elle s'installa vite à une table inoccupée avec ses livres de classe pour faire ses travaux. Je pouvais m'occuper des clients seule.

C'est à vingt-trois heures qu'il fit son entrée. Je pus le regarder à mon aise puisque c'était mon travail de prendre les commandes des clients. Il portait un manteau de cuir noir, mi-long et des jeans de marques. Il avait des cheveux foncés, presque noirs comme ceux d'Emmett mais un peu plus long. Il était bien coiffé.

- Bonsoir! Qu'est ce que je vous sers? demandais-je, taquine.

- Et bien, humm…. Il scruta le menu un moment avant de commander un mochachino.

- Avec de la crème fouettée et du chocolat râpé?

- Évidement!

Je souriais devant sa mise en scène, mais tentai de ne rien laisser paraître. Un vampire qui boit du café, voyez-vous cela!

- C'est pour un ami humain, je suppose?

J'avais parlé si bas qu'il aurait été impossible d'être entendue par quelqu'un d'autre dans le café. Ses yeux s'écarquillèrent, mais il se ressaisit rapidement. Comme s'il avait toujours su que je savais ce qu'il était. Il s'approcha de moi, et tendit la main pour attraper son café.

- Comment est ce que? … Qui es-tu?... Qu'est ce que? Il avait soulevé la main en signe d'incompréhension totale. J'éclatai de rire et il m'accompagna dans mon euphorie. La situation devait être difficile à gérer pour lui.

- Mes deux parents sont des vampires, expliquais-je le plus simplement du monde.

- Attends, tes créateurs ou tes parents biologiques? Il semblait ahuri.

- Ma mère est tombée enceinte de moi alors qu'elle était toujours humaine, quand elle a accouché, comme elle a faillit mourir, mon père l'a transformée. Alors je suis mi-humaine, mi-vampire et j'ai été élevée dans un clan de vampires. Tu peux cesser ta mascarade avec moi, je t'ai immédiatement reconnu. Renesmée ! ajoutais-je en tendant la main.

- Victor, enchanté. Woah! Ta peau est brûlante sur la mienne.

Je baissai les yeux un peu embarrassée. Si moi je ne prêtais plus attention à la peau dure et glacée des vampires, tout le monde n'avait pas mon expérience.

- Pardonnes moi Renesmée, je ne voulais pas te vexer. C'est que tu es la première mi-humaine, mi-vampire que je rencontre. Tout chez toi est différent, ton odeur, ton cœur qui bat si vite, ta peau, enfin, je vais m'habituer. Laisses moi le temps.

- Je comprends, tu ne pas vexée. Où est ta compagne?

- Ann? Ce n'est pas ma compagne, elle est mariée, mais pas à moi! Elle doit être à l'appartement que nous louons. Elle est un peu comme une sœur, en fait nous avons le même créateur.

- Vous venez du Canada tous le deux?

- Non, en fait, nous venons d'un peu partout, mais il y a un petit moment que nous vivons en Europe.

- Pourquoi êtes-vous ici?

- Tout d'abord, souhaites-tu que je sois honnête à cent pour cent avec toi?

- J'aimerais bien oui. Il m'inquiétait tout d'un coup.

- Et bien, dans mon jeune temps, j'ai acheté et surtout volé des tableaux, on remonte à il y a plusieurs années de cela n'est ce pas? Ajouta t-il avec un clin d'œil. Et voilà, depuis que je suis devenu un honnête citoyen, j'avais pensé ouvrir une galerie d'art à Milan. Mais comme je ne m'y connais pas si bien en art, des études s'imposaient. Où cela se complique c'est que toutes les grandes universités d'Europe ont déjà un dossier à mon nom et des professeurs bien vivants qui me reconnaîtraient encore.

- D'où la nécessité de changer de continent ? demandais-je

- D'où la nécessité de changer de continent! Finalement je me rends bien compte qu'on peut faire des rencontres intéressantes même dans une Amérique si hostile. Je suis surpris de trouver des immeubles et non des tipis.

- J'ai toujours trouvé les européens un peu snob lorsqu'ils venaient en Amérique.

- C'est que nous avons des trésors d'architecture! Entre nous ce stade olympique est d'un ridicule!

- Tu me présentes ton ami, Nessie? Mylène venait de surgir derrière moi au comptoir sans ce que je ne m'en rende compte.

- Heuu, bien sûr, Mylène voici Victor, Victor, voici ma collègue Mylène.

- Enchanté!

- C'est un plaisir! Nessie, on ferme dans une demi-heure est ce que tu peux m'aider avec la fermeture?

- Oui, j'arrive!

- Je dois y aller de toute façon, Renesmée ça a été un plaisir de te rencontrer. Il prit ma main et me donna un baisemain qui me fit de questionner sur son âge réel. On se voit à l'école?

- Oui, à l'école! Ciao!

Je le regardai franchir la porte et le vis donner son café demeuré intouché au sans-abri qui avait élu domicile devant notre café avec sa meute de chien, avant de prendre la rue Mont-Royal et de disparaître vers l'ouest.

- Waouh! Quel canon! Il est beau comme un dieu! Tu le connais bien?

- Pas très bien, il fréquente mon école. Il est plutôt sympa, avouais-je.

- Vous allez vous revoir alors?

- J'en sais rien, on verra, je vais commencer à balayer, tu peux nettoyer les tables?

En rentrant à la maison, je rappelai ma mère qui m'avait laissé un message. Nous parlâmes de l'école et du travail mais je ne mentionnai pas Victor et Ann. Ça l'aurait inquiété qu'il y ait deux vampires dans mon école.

Après avoir raccroché avec elle, je pris une douche et allai me coucher. Comme à chaque nuit je m'endormis en caressant distraitement mon bracelet de cuir.