Chapitre 15 - Souvenirs partagés

La sonnette qui retentissait, me sortie de ma rêverie. Je me dirigeai vers la porte quand je perçus son odeur. Sans m'en rendre compte j'accélérai le pas, puis hésitai la main sur la poignée de la porte. Je portais un survêtement d'intérieur, puis je me ressaisis en me disant qu'il en avait surement vu d'autre.

- Comment as-tu sus où je vivais? demandais-je à m'adossant à la porte les bras croisés sur ma poitrine.

- Ta collègue Annie, je croyais que tu travaillais ce soir, mais quand je lui ai demandé si tu étais là, elle a dit que c'était ton soir de congé.

- Et elle t'a donné mon adresse? J'étais septique.

- Bien sûr que non! Elle a cependant dit tout bonnement que tu vivais à quelques minutes du café et que si elle t'appelait pour te dire que j'étais là tu pouvais arriver en quelques minutes. J'ai refusé aimablement, parce que je ne veux surtout pas te déranger, suis sorti dehors, j'ai respiré un bon coup et me voici. Je te dérange?

- Non, ça va, j'étudiais. Entres!

Victor pénétra dans mon minuscule appartement et en parfait gentleman, retira ses chaussures. Il me suivait en direction de la cuisine mais s'immobilisa devant le mur qui contenait la trentaine de photographie de ma famille et de moi. Je le laissai regarder pendant un moment, puis notant qu'il fronçait les sourcils je le rejoignis en portai mon regard sur les photographies à mon tour.

- C'est ma famille, dis-je simplement.

- Qui est-ce? demanda t-il en me pointant un portrait de grand-père et grand-mère dans la villa de Forks.

- Carlisle, le créateur de mon père, tu le connais?

- Je crois bien l'avoir vu en peinture une fois, ce n'est pas lui qui a délaissé le clan des Volturi pour vivre parmi les humains?

- C'est lui, c'est mon grand-père! Dis donc j'ignorais qu'il était une vraie légende!

- Une légende, je n'irais pas jusque là, disons qu'il y a peu d'élus qui ont l'affront de quitter les Volturi, une fois qu'ils ont été choisis pour être membre d'un clan si prestigieux.

- Disons que pour ma famille il n'y a rien de glorieux à faire partie des Volturi, ils ne nous ont causé que des ennuis et on se serait volontiers passé de quelques batailles causé par eux. Mon père, ma mère et ma tante Alice ont été invités à faire partie de la garde et ont tous refusés.

- Tu plaisantes? Moi si on m'offrait de m'y joindre, ce serait un honneur de les servir pendant quelques siècles.

Je ne soulevai pas ce que mon invité venait de dire, visiblement, il partageait avec moi un rêve qu'il caressait depuis un moment, je n'avais pas le droit de m'en moquer ou de le dénigrer. Cependant, il me fit réfléchir, apparemment il était inexact de dire que tous les vampires partageaient l'aversion que nous éprouvions pour les Volturi. Je me rendis compte que je connaissais bien peu de choses sur le mode de vie des vampires en dehors de ma famille et de nos amis végétariens.

- Ah! Voilà ta mère et ton père je paris! Tu ressembles beaucoup à ton père mais ce nez retroussé et ces yeux rieurs et curieux tu les tiens de ta jolie maman. Comment s'appellent-ils?

- Edward et Isabella, voici, ma tante Alice et son mari Jasper, là c'est ma tante Rosalie et son mari Emmett, grand-père et grand-mère Carlisle et Esmée et là en haut ce sont mes grands-parents maternel Charlie et Renée. Je tiens mon prénom de mes deux grand-mères.

- Très original! affirma-t-il. Et qui est ce garçon qui est avec toi sur tous ces portraits?

- Voilà Jacob, c'est un vieil ami de la famille et mon fiancé en quelque sorte.

J'avais baissé les yeux en le disant, consciente qu'en un mois d'amitié je n'avais pas mentionné Jacob une seule fois. Victor me scrutait intensément, attendant peut-être que je précise que c'était une blague. Puis il inspira profondément et me demandant en reculant légèrement :

- En quelque sorte? Comment peux-tu être fiancée en quelque sorte?

- Et bien, il ne m'a jamais fait sa demande mais je suis en quelque sorte sa promise, précisais-je.

- Sa promise? J'ignorais qu'il était d'actualité de faire des mariages arrangés entre vampire et humain? Parce qu'il est humain, non? Tes grands parents là sont bien humains et ce Jacob aussi, je me trompe?

- Tout cela est bien compliqué, tu veux t'asseoir? Boire quelque chose?

- Tu es certaine d'avoir grandi avec des vampires?

- Pardon, j'essaye d'être une hôtesse agréable, c'est que c'est une très longue histoire, tu devrais t'asseoir.

- Je n'ai aucun souci à demeurer debout pour un long moment, mais mon hôtesse si charmante, tiens à ce que je me mette à l'aise, d'accord.

- Jacob est, comme moi un hybride, moitié-humain. En fait il est doté d'une grande force physique et son enveloppe corporelle ne vieillit pas.

- Jamais entendu parler de tels hybrides.

- Oh, je suis sûre que si, Jacob et sa « meute » se transforment en loup gigantesques et luttent contre les vampires pour empêcher ceux-ci de tuer des humains.

Mon invité pris un moment pour assimiler ce que je venais de lui dire. Puis fronça les sourcils à nouveau avant de demander :

- Dis-moi, quel âge as-tu?

- J'ai huit ans.

Victor se frappa violement le front avant de reprendre la parole, une expression hilare peinte sur le visage.

- C'était toi! Comment ais-je pu ne pas faire le lien. Carlisle, les Volturi et maintenant les loups immenses. J'avais entendu parler de toi auparavant. Bien sûr, tout reviens en place. Comment ais-je pu ne pas te reconnaître?

- Ne me dis pas que je suis connue dans le monde des vampires et que je n'en sais rien? Je ne veux pas être une triste célébrité comme Harry Potter.

- Un très bon ami, était témoin de cette non-bagarre. Il m'a parlé de l'étonnante petite fille que tu étais et de ton clan, grâce à vous il a cessé de boire du sang humain et c'est même lui qui m'a apprit à me contrôler. Ben ça alors! Dans mon esprit tu étais restée petite, je n'aurais jamais cru que tu grandirais autant. Mais dis-moi? Il m'a parlé d'un don, je ne veux pas te brusquer mais j'aurais aimé voir.

Je me renfrognai, il y avait bien longtemps qu'on ne m'avait pas traité en phénomène de foire ainsi. Ni parler de la bataille qui avait eu lieu entre ma famille, nos alliés et les Volturi avec autant de légèreté. On avait quand même presque décidé de mon sort à la courte paille ce jour là. Le souvenir était encore désagréable.

- Ça ne me vient pas comme cela. Mentis-je, mon invité me pesait soudainement.

- Renesmée, je vois bien que je t'ai blessé, pardonne moi. C'est qu'enfin, imagines un peu que tu rencontres John Lennon, tu ne lui demanderais pas de te gratter un air sur sa guitare?

- Oui, peut-être. Sa remarque me fit sourire.

Victor se redirigea vers le mur couvert de photographie, il devait pourtant les avoir toutes mémorisées…?

- Tu étais très mignonne! Tu as énormément de chance d'avoir une famille comme celle-ci, tu sais? La plupart des gens dans notre condition, vivent avec leurs créateurs pendant un moment et en couple ensuite ou complètement seuls mais jamais entourée comme ceci. Si j'avais eu une collection aussi impressionnante de photographies sur mon mur, je crois que j'aurais été comblé!

-J'avais énormément de chance tu veux dire! Grâce à moi, le clan est dissout, Jacob est, disons qu'il a du s'éloigner pour un moment et je me retrouve seule. Sans moi, tout ce beau monde vivrait une existence paisible, ils seraient tous réunis ce soir et feraient sans doute une partie de football au clair de lune à l'heure qu'il est.

- Quoique tu ais pu faire de si terrible, ça ne peut pas être pire que moi. Affirma t-il confiant.

- Vas-y, impressionnes moi! Lançais-je un air de défi au visage.

- Le jour où je me suis réveillé après ma douloureuse transformation, j'étais un peu déstabilisé, mais comme j'avais passé trois jours, à croire que je mourrais et à m'inquiéter pour ma petite sœur, à penser à ce qu'elle ferait pour vivre sans moi pour prendre soin d'elle, je me réveillai avec l'idée bien précise d'aller la retrouver. Ce que je fis, sans trop de difficultés. Tu devines la suite?

- Tu n'as pas?

- Si, je l'ai vidé de son sang pour me nourrir. Le premier humain que j'ai tué a été celui que j'aimais le plus au monde. Après cela, crois-moi la notion de famille en prends un coup.

Il resta un moment silencieux, la tête plongée dans ses souvenirs. Je m'approchai de lui avec l'envie de le prendre dans mes bras mais me retins.

- J'aimerais te montrer quelque chose, laisses toi faire.

Victor me regarda sans comprendre et je posai ma main sur sa joue. Je voulais lui montrer un aperçu de mon arrivée en ce monde. Lui montrer l'arrivée de tous les vampires à la villa de Forks pour me rencontrer, leurs regards accusateurs envers mes parents, leurs soupçons, puis la grande bataille, les adieux déchirants de ma mère lorsqu'elle avait cru être obligée de confier ma vie à Jacob, les paroles encourageantes d'Aro, le verdict de Caïus, la garde qui voulait s'en prendre à moi et à tous ceux que j'aimais et qui avaient voulu se lever et risquer leurs vies pour moi.

Il me regardait maintenant avec plus de sympathie, mais je ne m'arrêtai pas là, je lui montrai aussi l'année qui venait de s'écouler. Les moments partagés avec Jacob, la vie que j'avais avant le drame, simple, sans soucis. J'arrêtais mon souvenir sur un reflet de moi dans une glace alors que j'étais à mon meilleur et malgré tout insatisfaite. Une jeune fille gâtée qui avait une vie de rêve et qui ne le voyais pas.

Puis, dans mon esprit pris place l'accident, Jacob qui s'était rendu à la police, le procès, le verdict, Billy et Sam qui m'avaient tenu responsable. Je n'oubliai pas les crises de rages au sein de mon propre clan, j'avais encore clairement en tête mon père et ma tante qui se criaient dessus, ma mère et sa meilleure amie qui s'enlaçaient en se disant au revoir, le manoir à vendre, le visage de soucieux de mon père le jour de Noël. Je lui montrai finalement le visage épuisé de Jacob la fois où je l'avais visité en prison et qu'on l'avait à nouveau éloignée de moi sans que je ne puisse y changer quelque chose.

Je retirai ma main.

- Je n'ai pas tué ma famille de la même manière que toi, mais je l'ai quand même tué.

- Merci de m'avoir fait confiance comme cela Renesmée, je tâcherai d'en être digne.

Trois coups cognés à la porte nous ramenèrent à la réalité. Ça alors, mes deux premières visites en un seul soir! Je me levai pour aller répondre et ne réalisai pas immédiatement que Victor se pinçait le nez de dégout.

- Seth? Que fais-tu ici?

- Nessie! Tu vas bien? Il semblait vraiment soulagé.

- Oui, mais qu'est-ce qui t'amène?

- En fait, je passe souvent devant chez toi pour m'assurer que tu vas bien, habituellement tu es seule, mais ce soir j'ai sentis un vampire et je savais que ce n'était pas un Cullen alors j'ai préféré vérifié que tu allais bien et que tu étais en sécurité.

- Oui, en fait je suis avec mon ami Victor, nous étudions ensemble. Victor? Tu peux venir j'ai un ami à te présenter? Seth entres, je t'en prie.

- Bonjour Seth, enchanté! Je suis Victor, Renesmée et moi allons à la même université.

Victor avait tendu une main à Seth, qui s'empressa de la saisir. Il avait vraiment de la chance d'être tombé sur le membre de la meute le plus « ouvert d'esprit » à l'égard des vampires. Seth arborait néanmoins un visage méfiant et dû élaborer le plan dans sa tête très rapidement car il se retourna vers moi et demanda à brûle-pourpoint :

- Nessie, je suis crevé, ça ne me dit pas du tout de faire tout le chemin pour rentrer à la maison, ça ne te déranges pas dit, si je dors sur ton divan cette nuit? C'est qu'il est passé une heure du matin maintenant.

- Bien sûr que non Seth, tu es toujours le bienvenu ici, je vais chercher des draps propres. Si tu as faim sers-toi!

Je n'avais pas besoin d'insister sur ce point, ces loups étaient comme des adolescents en pleine croissance! Ils mangeaient comme des ogres. Seth se dirigea dans la cuisine au moment où Victor remettait ses chaussures.

- Désolée pour cela, je ne veux pas te chasser, commençais-je

- Non, ton ami a raison, il se fait tard. On va se voir demain!

- Oui, à demain.

Victor, déposa un rapide baiser sur ma joue avant de dévaler les escaliers et de disparaître au coin de la rue quelques secondes plus tard.

Je rentrai et m'assis à la table avec Seth, j'étais sincèrement heureuse de le voir. Je n'avais pas fréquenté les amis de Jacob depuis qu'il avait été enfermé, et le fait qu'il soit là me rapprochait de mon ancienne vie dans un sens.

Je demandai à Seth si c'était mon père qui lui avait demandé de veiller sur moi, ainsi. Il me répondit seulement que si Edward avait voulu veiller sur moi, il avait la capacité de le faire lui-même. Je compris donc que celui qui lui avait demandé cette faveur n'avait pas le pouvoir de se déplacer où bon lui semblait.

Seth s'endormit en regardant un dessin animé pour adulte pendant que je faisais ma toilette. J'éteignis la télévision et abriai mon invité surprise comme s'il avait été un enfant.

En me dirigeant dans ma chambre je m'arrêtai malgré moi devant le mur couvert de photographies. Mon regard se posa sur une photographie qui devait dater de six ans auparavant. Sur la photographie Jacob me tenait dans ses bras et j'étais accrochée à son cou sur une plage. Nos deux sourires étaient si sincères que la vision me déstabilisa. Je caressai le visage de Jacob derrière la vitre et lui souhaitai bonne nuit.