- C'est dommage, j'avais des billets pour aller voir l'orchestre symphonique avec cette chanteuse d'opéra demain soir, Ann sors et j'avais pensé que tu aurais voulu venir avec moi.
- L'orchestre symphonique? C'est vrai? Woah! J'aurais aimé y aller avec toi! Mais le jeudi soir je travaille.
- Je peux te remplacer si tu veux Nessie, rétorqua Annie, c'est vrai, quelques heures supplémentaires ne feraient pas de tort à mon budget.
- Ça ne t'ennuie pas? Tu ferais ça?
- Mais oui, tu m'as si souvent remplacé les vendredis soir pour que je puisse aller faire la fête, je peux bien te remplacer un soir. Allez-y ensemble, amusez-vous!
Victor afficha une mine triomphale, sorti son portefeuille de son manteau et fit mine de payer Annie pour avoir parlé en sa faveur, comme si elle avait respectée sa part du marché. Il plaisanta avec nous pendant quelques minutes puis, il fronça les sourcils.
-Il faut que je me sauve, je t'appelle demain pour te dire à quelle heure je passe te prendre.
Il fila par la porte qui donnait sur la terrasse, sauta par-dessus la clôture et fila aussi vite que permit dans une ruelle.
J'étais affairé à nettoyer la machine à espresso quand Annie murmura à mon intention.
- Hou lala, celui là est à moi! dit Annie avant de s'approcher de la caisse pour acceuillir le nouveau client.
- Pas de chance Annie, c'est mon frère et il est marié.
- Eh merde! lâcha t-elle avant de saisir un sceau pour aller récurer les salles de bains.
- Salut papa.
- Renesmée, c'est tranquille ce soir à ce que je vois.
- À cette heure-ci c'est toujours moins achalandé. Comment ça va à la maison?
- Tu le saurais si tu venais nous visiter plus souvent. Il y a longtemps que tu nous ne nous a pas honoré de ta présence.
- C'est vrai mais j'ai énormément de travail avec l'école, le café et les travaux…
- J'ai parlé à Seth Renesmée. Mon père avait parlé d'un ton dur qu'il n'avait jamais utiliser avec moi auparavant. Il me regardait intensément, scrutant probablement mon esprit. Il respira et ajouta : Je n'aurais pas eu à le faire étant donné l'espace que cet homme occupe dans ton esprit et son odeur imprégnée autant qu'ici que chez toi.
Je baissai les yeux, mal à l'aise.
- Pourquoi as-tu évité de nous parler de ton nouvel « ami ».
- Je ne sais pas, je ne voulais pas que vous vous inquiétiez sans doutes. Ce n'est pas ce que tu penses.
- Et je pense à quoi selon toi?
- Tu crois probablement que je suis amoureuse de lui et que je le fréquente.
- Ce n'est pas le cas? Ça ne me regardes pas vraiment, mais tu n'avais pas l'habitude de nous cacher tes fréquentations.
- Je n'ai pas à répondre, tu connais la réponse. Victor est un ami, nous étudions ensembles. Ann et lui sont de bons amis c'est tout!
- Parce qu'ils sont deux? Il se concentra à nouveau sur ma tête mais je lui facilitai la tâche en appuyant la paume de ma main sur son avant bras.
Il put visionner à loisir les moments que j'avais passé avec Ann et Victor. Les séances d'études, les films, les parties de chasses, les visites dans les musés et dans les galeries d'art. Le plaisir que nous avions à être ensemble et l'amitié qui s'était si vite développée entre nous trois.
- Et bien, c'est dommage que ton ami ait pris la poudre d'escampette en me sentant approcher nous aurions pu faire connaissance. J'aurais pu le traquer, mais c'est avec toi que je voulais discuter.
- De quoi?
- Ta mère et moi allons irons visiter Charlie à Forks pour le grand week-end de pâques. Nous partons le vendredi après la tombée de la nuit et revenons lundi. Évidement, tu es invitée à nous accompagner, mais je sais que tu as été invité chez Carmen à Denali aussi, alors je me demandais ce que tu comptais faire. Rosalie et Emmett seront là et je sais à quel point ils te manquent.
C'était le moment où jamais pour réussir à tromper le don de mon père. Je pensai très fort à des retrouvailles entre ma tante, mon oncle et moi.
- Oui, j'irai à Denali, mais je prends un vol uniquement le samedi soir, parce que je travaille dans la journée.
- As-tu ton billet?
- Pas encore, je vais regarder sur Internet.
Mon père me tendit une carte de crédit couleur or. Je la pris et la regardai, elle était à mon nom.
- Si tu en a besoin, on ne sait jamais quand on voyage, quel imprévu peut arriver. Je suis très fier de toi, tu as subvenu à tes besoins, seule, depuis janvier. Tu sembles bien te débrouiller, tu prends tes études au sérieux, ta mère m'a dit que tu écrivais à Jacob à chaque semaine, tu travailles et payes tes factures. Vraiment je n'aurais pas cru que tu sortirais si bien. Tu as gagnée toute ma confiance Nessie.
- Tu m'aides quand même à payer mes livres et l'université, la nourriture ne me coûte pas cher en général. Je suis privilégiée.
- Enfin, nous voulions te montrer ce que vivre de ses propres ailes voulait dire, mais nous ne sommes pas cruels. Tu sais bien que nous allons toujours être là pour toi, tu le sais?
- Je le sais, comment va maman?
- Tu lui manque, elle trimbale ce chien partout où elle va et le cajole comme un poupon. Elle continue à aller visiter Jacob à la prison, elle téléphone à ses parents, travailles à la librairie. Souvent je la vois saisir le téléphone pour t'appeler et le déposer aussitôt pour ne pas t'embêter.
Une lueur inquiète s'afficha furtivement dans son regard. Je l'encourageai à continuer malgré la boule qui serrait mon estomac à l'idée de causer du souci ou du chagrin à ma mère.
- Un soir, elle était assise sur ton lit, et serrait une petite robe qui t'avais appartenu. J'ignorais qu'elle avait conservé tes vêtements de bébé. Mais je reconnu la robe que tu portais, le jour où …, enfin la robe qu'elle t'avait mise quand elle avait cru que nous devrions nous séparer. Ça m'a déchiré de la voir ainsi, si vulnérable, elle qui est toujours la plus forte de nous deux. Je lui ai dit que tu allais bien, que tu étais heureuse et qu'elle avait de quoi être fière de toi. Elle a simplement dit que « c'était trop tôt » et s'est enfermé dans son esprit silencieux.
- C'est étrange quand elle me téléphone, elle ne laisse rien paraitre. Elle est toujours si joyeuse.
- Tu la connais, elle ne veut pas énerver personne. Elle fait ce qu'on attend d'elle. Cela fait dix ans que nous sommes ensemble et elle ne s'ouvre que très peu à moi.
Un client se présenta à la caisse et je laissai mon père seul au comptoir avec sa mélancolie.
Quelle fille ingrate j'étais! Ma mère qui s'était battue pour que je vive, qui avait perdue la vie en me mettant au monde, qui avait remué ciel et terre pour me protéger depuis, s'inquiétait pour moi, encore. Et moi, tout ce que je trouvais à faire c'était de lever les yeux au ciel quand je reconnaissais son numéro sur l'afficheur. Je ne prenais même pas de ses nouvelles.
Depuis que j'avais rencontré Ann et Victor, je passais tout mon temps libre avec eux, ils étaient si insouciants et libres de contraintes que comparé à la famille dans laquelle j'avais grandie je pouvais voir des avantages à ma condition. Pas besoin de se cacher sans arrêts, d'avoir honte de ce que nous sommes. Le changement était majeur.
Victor me faisait penser au Jacob que j'avais connu, celui qui se foutait des règlements et qui rêvait de bien davantage que de la vie remplie de contraintes que mon père lui imposait pour qu'il puisse demeurer auprès de moi. Ce Jacob là avait disparu à la longue, il avait été remplacé par un jeune homme consciencieux, responsable et protecteur.
Une fois le client parti, je m'approchai de mon père.
- On ferme dans vingt minutes, tu veux passer à l'appartement? Ça n'a pas l'air d'aller.
- Non, je me sauve, tu es gentille.
- Embrasse maman pour moi, et profitez bien de vos vacances tous les deux. Prenez soin l'un de l'autre, d'accord?
Mon père sourit enfin.
- Dire que c'est moi qui était venu t'apporter mon appui et que c'est toi qui me remonte le moral. La paternité me surprendra toujours.
Annie surgissait justement des salles de bains avec ses gants, son sceau et son sourire le plus charmeur. Edward me regarda d'un air entendu et fila en quatrième vitesse, ne voulant surtout pas entendre les fantasmes muets de l'amie de sa fille.
- Il est craquant ton frère! Il me fait un peu pensé à ton ami Victor, pas toi?
- Si un peu, ils ont des airs. Sa remarque me fit sourire.
- Pourquoi est ce qu'il s'est marié si jeune? Pour les prêts et bourses ou parce qu'elle lui a fait le coup de la femme enceinte?
J'écarquillai les yeux de surprise.
- Tu es bien chanceuse qu'il ne t'ai pas entendu parler de son âme soeur ainsi. Disons qu'il a trouver la bonne et a mis toutes les chances de son côté pour la garder.
- Elle est jolie?
- Plutôt oui, elle est parfaite!
- J'aurais dû m'en douter, tu n'as pas un autre frère comme lui?
- Dans ma famille tout le monde est déjà en couple à vrai dire.
- Dommage, bon, je nettoie les tables à l'intérieur, tu fais la terrasse?
- Go!
La fermeture se fit rapidement, avec Annie à l'intérieur et la rue presque déserte, je pus ranger la terrasse à mon rythme et une dizaine de minutes plus tard nous marchions chacune vers notre logis.
J'eu à peine le temps d'entendre le sifflement qui fendait l'air qu'une forme noire surgit devant moi.
- Tu as sauté du toit de l'immeuble? Tu es fou! Quelqu'un aurait pu te voir!
Victor, son visage habituellement mur et viril affichait l'expression d'un gamin fier de son coup.
- Regardez-moi qui parles, je n'ai jamais vu ces tables de céramiques s'empiler aussi rapidement, j'allais descendre pour te donner un coup de main mais tu avais déjà terminé avant que j'ai pris mon élan.
- Alors, tu étais sur le toit, pourquoi n'es-tu pas descendu? J'avais quelqu'un à te présenter.
- J'avais plutôt l'impression que tu ne voulais surtout pas nous présenter. C'était lui ton père je me trompe?
- C'était bien mon père. Qu'est ce qui te fait croire que je ne veux pas vous présenter?
- Hummm, peut-être que je me fais des idées mais à chaque fois qu'un membre de ta famille te téléphone, tu t'éloignes en me priant de me taire de la main, tu ne m'as pas parlé d'aucun d'entre eux depuis le soir de la visite de ton ami le loup et je me trompe ou tu ne m'as jamais mentionné dans une de ces lettres destinées à la prison.
- Tu lis ma correspondance?
- Pas besoin d'en faire autant, tu es comme un livre ouvert!
- Et bien, tu as tout faut, je viens de parler de toi à mon père.
- La belle affaire! Il l'aurait su de toute façon avec son don.
- Qui t'as dit pour son don?
- Toi, qui d'autre?
- Ah oui? Excuse-moi Victor, je ne voulais pas te blesser. Ce serait un honneur pour moi que tu rencontres ma famille un de ces jours, vraiment.
- Non, c'est très bien ainsi, ce ne serait pas la première fois que je suis l'amant secret d'une femme en cinq cent-cinquante ans.
- L'amant secret! Ce qu'il ne faut pas entendre, vraiment je te jure!
Victor était si confiant en ses moyens qu'il me déstabillisait souvent. Voilà maintenant trois mois que nous nous voyions régulièrement et il me surprenait encore à chaque jour. Son enthousiame faisait plaisir à voir. Petit à petit, j'en étais venu à trouver les journée où il n'apparaissait pas à un moment où à un autre, tristes et mornes. J'en étais venue à le guetter à tous les détours, espérant presque le voir surgir. Je l'avais vue se précipiter sur une dame âgée pour l'aider à traverser une grande arthère, alors que j'avais été persuadée qu'il l'attaquait et je l'avais vu la même journée briser la vitrine d'un magasin pour m'offrir le sac que j'admirais de la rue. Il était spontané et insouciant quoique en même temps très réfléchis et brillant. Il était de ces personnes avec qui on avait envie d'être, s'il ne nous terrifiait pas. Il me rappelait mon oncle Emmett, mais une version plus distinguée. Ann tant qu'à elle était toujours d'agréable compagnie, si ce n'était qu'elle se plaignait sans arrêts de tout. Elle se plaignait des journées de beau temps qui la cloîtraient à la maison, des professeurs, des étudiants, du prix de l'essence, etc. Elle avait son mot à dire sur tous les sujets d'actualités et ne mâchaient pas ses mots. J'avais pris beaucoup d'assurance auprès d'elle.
- On va marcher un peu au parc ou tu as sommeil?
- Non, je veux bien aller marcher avec toi un peu, mais pas toute la nuit, j'ai besoin de sommeil moi!
- Je sais, marmotte! Dis moi plutôt ce qui te chicotte?
- Il n'y a rien qui me chicottes, t'en fait pas pour moi. À part cet examen d'histoire.
Victor s'arrêta brusquement toucha le bout de mon nez avec son index d'un air menaçant.
- Tu me racontes encore des histoires!
- C'est mon père, il semble si déprimé, ceci dit mon père est toujours un peu plus mélancolique que les autres, même que, c'est lorsqu'il rit de bon cœur qu'il m'inquiète habituellement.
- Ça rendrait n'importe qui complètement fou d'entendre les pensées des autres sans arrêts, il s'en sort plutôt bien s'il est simplement un peu maussade, non? demanda Victor, réaliste.
- Oui, tout à fait! Mais depuis que le clan est dissout, il ne va pas bien.
- Mais il t'a toujours toi et ta mère aussi, il est quand même bien de la chance.
- Tu vois c'est justement ça le problème! Il se dit qu'il nous a, et que ça lui suffit. Il ne voit pas que sa famille lui manque. Selon lui, ils n'étaient que de passage dans sa vie et que puisqu'ils ont pris des chemins différents c'est aussi bien qu'ils restent en dehors de nos affaires.
- Nessie, les vampires ne vivent pas en clan si nombreux! Cela tiens du miracle que vous ayez pu tous vous endurer aussi longtemps.
- NON! Tu ne connais pas ma famille, nous étions si unis.
- Cesse de dramatiser la situation, nous avons l'éternité devant nous, vous allez tous vous retrouver dans quelques siècles.
- Tu me fais penser à mon petit ami quand tu parles ainsi.
- J'ignore si c'est flatteur? Enfin, au moins je ne te fais pas penser à ton ex-petit ami. Dis-moi, ça tiens toujours pour le week-end de pâques?
- Ça tiens oui, mon père m'a même donné une carte de crédit pour prendre l'avion.
- Tu étais mon invitée, il est hors de question que tu te serves de cette carte de crédit. Ton père, il sait que tu viens en Europe avec nous?
- Heu, non. Mais il sait que je pars en weekend.
- C'est un début! Bravo pour l'honnêteté! Victor siffla à la fois pour mon commentaire et pour une blonde qui venait de passer à côté de nous.
- Dis donc, te gênes pas pour moi! Je peux rentrer seule si tu te trouves une copine.
- Non, j'ai soif! Cela fait trois jours que tu reportes notre voyage à la montagne pour chasser. Si un jus de légumes peut te permettre de survivre, il n'est est pas de même pour moi et cette jolie blonde sentait rudement bon.
- C'est vrai désolée, je n'y penses pas. On ira demain après les cours? Avant le concert?
- Si je ne t'ai pas mangé avant, dit-il avec sa voix empruntée au compte Dracula. Allez, on rentre c'est le troisième bâillement que tu réprimes, marmotte.
Nous remontâmes la rue tranquillement, une fois au pied de l'escalier Victor pris ma main pour y déposer son traditionnel baise main, mais cette fois, il garda ma main dans la sienne. Mon cœur se mit à battre plus vite, comme si je savais ce qui m'attendait mais que je n'avais aucune envie d'en arriver là. Je retirai ma main brusquement et pivotai vers l'escalier. Il ne fallait pas qu'il gâche tout!
- Hé ho! Nessie, ça va! Je n'allais pas te demander ta main, respire! Je voulais juste te dire que je t'aime bien. Je me sens bien avec toi.
- Je me sens bien avec toi aussi Victor.
Me sentant piteuse, je déposai de moi-même un baiser sur sa joue.
- Je savais que tu craquerais un jour, allez bonne nuit Belle au bois dormant!
- C'est ça, bonne nuit! Beau parleur!
