La villa en Espagne
- Désolée Carmen, tu es déjà bien gentille de m'inviter mais je ne pourrai pas venir finalement ce weekend, je dois remplacer une amie au travail et j'ai beaucoup d'études à faire aussi. Grosse bise à Elzéard et à tante Rose et oncle Emmett. Merci encore.
Je me dépêchai à raccrocher le téléphone avant de me mélanger dans mes mensonges.
- Ça ne va pas? demanda Ann qui était en file derrière moi.
- Je suis toujours nerveuse quand je suis à l'aéroport, après tout, nous avons tous de faux papiers et il y aussi que je sais que je vais devoir m'expliquer à mes parents bientôt.
- Tu y penseras à ton retour, pas avant ok?
- Oui! Tu as raison? Où est ce qu'on va? Victor m'a uniquement dit d'apporter mon maillot de bain et autant de jeans que de robes soleils.
- Je voulais aller à Madrid, mais on y annonce du beau temps alors je crois que Victor penses à une villa dans le nord de l'Espagne où il pleut! Si on prend le prochain vol, nous arriveront en pleine nuit à l'aeropuerto de Asturias et nous pourrons louer une voiture.
- Ann? Dis moi cela fait combien de temps que tu n'as pas vu ton mari?
- Bastien? Je suis allé le visiter le mois dernier à Paris, je dois justement l'appeler une fois arrivée sur le vieux continent. Peut-être que tu le rencontreras.
- Et comment se fait-il que vous ne soyez pas ensemble?
- Bastien s'occupe d'immeubles qu'il a acquis depuis un moment, il restore et revend. Il doit bien posséder une centaine de propriétés un peu partout dans le monde. Ça l'occupe beaucoup et un retour sur les bancs d'école ne l'intéressait pas, alors il était ravis que j'aille de la compagnie au Canada avec Victor qui pensait lui aussi à reprendre ses études.
- Et il ne te manque pas?
- Ma chérie quand tu auras passé autant de siècles avec le même homme peut-être que tu verras les choses autrement. Il faut parfois vivre séparément un moment pour renouveler la passion. De plus Bastien, n'a jamais voulu essayer notre diète, alors il est fréquent que je le retrouve au lit avec une jeune femme vidée à ses côtés. Il est très colérique et violent. Un mâle passionné et exigeant, voilà ce qu'il est. C'est parfois très demandant de vivre avec lui.
- Je croyais que quand un vampire avait trouvé son âme sœur c'était si fort qu'ils ne pouvaient vivre séparément.
- Les âmes sœurs! Tu es mignonne! Et bien, il est vrai que les sentiments partagés entre deux vampires sont beaucoup plus puissants que ceux partagés entre deux humains, mais ça demeure deux entités bien distinctes crois moi. Et qu'est ce que j'y connais moi de toute façon? Peut-être que Bastien n'est pas mon âme sœur comme tu dis et que je ne l'ai pas encore rencontré.
- Si tu voyais mes parents, tu y croirais aux âmes sœurs toi aussi. Ils semblent n'être qu'une seule et même personne qui évolue dans deux corps séparés, en même temps ils sont si différents l'un de l'autre. Je crois qu'ils se complètent parfaitement. Si on les éloigne plus que quelques heures je crois bien qu'ils frôlent l'agonie.
- Et bien ça ne semble pas bien reposant tout cela, ma relation avec Bastien me semble plus saine que celle que tu viens de me décrire. Mais regardes toi, ça va bientôt faire un an que ton copain et toi êtes séparés, tu t'en sors non?
Un an, mon dieu! Cela allait bientôt faire un an que Jacob et moi n'avions pas passé plus de dix minutes dans la même pièce. Un an! Incroyable. Je pensais à Jacob à tous les jours et m'en voulait toujours de lui imposer ce calvaire, mais cette année avait passé à une vitesse folle.
- Et bien cela n'a pas été facile du tout, mais depuis que je vous ai rencontré Victor et toi, le temps passe plus vite, je dois bien l'admettre.
- Je crois que tu avais vraiment besoin de nouveauté, de rencontrer de nouvelles personnes et de voir du pays aussi. Ton clan me semble bien particulier, il si fermé. Je ne crois pas que je pourrais vivre avec les mêmes personnes pour l'éternité. Le monde est si grand et beau. Il y a tant à découvrir pour se morfondre dans une sage petite banlieue.
- Ma famille était bien plus que cela, tu ne les connais pas. Crois-moi, avec eux on ne s'ennuyait jamais. Dis moi, je n'ai jamais su comment Victor et toi vous êtes rencontré?
- Victor a, lui aussi, été créé par Bastien. Ils ont été pendant des années des amis inséparables, puis Bastien m'a créé, nous nous sommes mariés, Victor ne voulant pas être la troisième roue du carrosse, est partit de son côté, mais nous sommes toujours demeuré en contact. Cette année, nous nous sommes même louer un appartement à Montréal où nous avons fait une charmante rencontre.
- J'ignorais que Bastien était votre créateur. Tu peux bien parler de ma famille!! Dis moi Ann, tu as quel âge?
- Voilà, qui est très grossier à demander à une femme, Nessie. Mais puisque je sais que je ne les fais pas, j'ai trois-cent quarante-quatre ans.
- Des magasines pour vous mesdames, des parapluies pour nous, qui ne pouvons être exposés au soleil, un café latté pour vous mademoiselle, dans combien de temps on embarque?
Victor venait de nous rejoindre dans la file d'embarquement, il était vêtu de façon décontracté, lui qui arborait toujours une tenue de ville. J'étais bien forcée d'admettre que ça lui allait à ravir. Ses cheveux noirs ébouriffés avec soin et application, ses lunettes soleil de marque lui donnait plus un air d'ado que d'homme mûr.
Le vol se déroula tranquillement et je foulai le sol espagnol avec la seule crainte que mes parents ne découvrent ma supercherie et ne viennent me chercher en furie. Pour le reste j'étais vraiment excitée à l'idée de mon premier voyage sans eux. Je n'étais jamais venu en Espagne, les Asturies étaient vraiment la région la plus verte et montagneuse, on y sentait l'humidité en sortant de l'aéroport.
Victor alla louer une voiture luxueuse aux vitres teintés et nous primes la route. Il semblait connaître la région, puisque je ne le vis jamais jeter un œil sur une carte routière. Deux heures plus tard, il gara la voiture devant une coquette résidence bâtie à flan de montagne.
- Woah! Tu as loué cette villa?
- Pourquoi la louer? Elle m'appartient.
- C'est vrai? Tu m'avais caché cela, c'est une beauté vraiment!
- Elle avait nettement moins belle allure en 1814 lorsque je le l'ai acquis, mais Bastien m'a aidé à la restaurer, c'est pas mal hein? Allez viens, je te fais faire le tour du propriétaire. Tu visiteras les jardins demain matin.
- C'est la mer qu'on entend?
- Bien deviné! On ira nager demain.
Ann connaissait visiblement déjà les airs, puisqu'elle s'était déjà approprié des quartiers à l'étage et trimballait les valises de tous pour les disposer où elle l'entendait. Puis, je l'entendis se plaindre de la réception de son portable, elle devait tenter de joindre son mari.
La villa était magnifique, la céramique qui recouvrait le plancher changeait de motifs et de couleurs dans chaque pièce, une vraie mosaïque! Le salon ne semblait pas très confortable avec ses divans d'exposition, mais dans une résidence de vampires qui avait besoin de coussins de divans moelleux? Une immense table, où on n'avait probablement jamais mangé meublait la salle à manger et le coin cuisine ressemblait à un décor de magasine. Il y avait un réfrigérateur antique qui n'était pas branché et j'eu beau chercher un four micro-onde des yeux, je n'en trouvai aucun. Ce qui devait être la norme des gens qui ne mangent pas de nourriture à proprement parler.
Victor me fit visiter la salle de bain et m'emmena à l'étage où il ouvrit la porte de la pièce qui allait être ma chambre pour les trois prochains jours.
La chambre était plus petite que les autres pièces mais très coquette. Un lit double qui semblait être là depuis l'achat de la maison était recouvert d'une literie ancienne. Une commode et une vanité pour dame meublait le reste de la pièce. Un pot de chambre et un bouquet de fleurs séchées décoraient, rappelant les vestiges d'une ancienne époque. C'est la porte qui donnait sur un balcon qui attira mon regard. Je me précipitai pour l'ouvrir.
Debout sur le balcon, on percevait bien mieux le bruit des vagues et au loin, à ce qui me semblait cinq minutes de marche dans la forêt, on voyait l'immensité de la mer qui venait s'échouée sur les rochers.
- C'est magnifique Victor!
- Heureux que ça te plaise, on n'a pas des paysages pareils à Montréal. Je vais aller connecter l'eau et tu vas pouvoir prendre une douche. On se voit demain marmotte.
- Merci, bonne nuit.
Merci pour vos reviews, c'est toujours très apprécié!!! La fin approche encore 6 ou 7 chapitres!!
